Et au-delà de cette question gauche-droite, est-ce que l'on n'exagère pas un peu l'importance des voyages? Est-ce qu'on ne les magnifie pas? Il me semble qu'on veut leur donner une dimension humaine qu'ils n'ont pas, ou pas toujours du moins.
Je pense que l'on voyage surtout pour se distraire, pour quitter son chez soi pendant un moment. C'est une forme d'évasion et de diversion. Mais ça paraît peut-être trop léger, plat. Alors, comme on ne veut pas passer pour un Bidochon, on invente à ses voyages un contenu plus transcendantal. On va découvrir des Peuples, des Cultures (avec des majuscules), on va philosopher, méditer, se trouver soi-même, on va faire des rencontres. Est-ce qu'on ne se monte pas un peu le bourrichon? Est-ce qu'on ne fait pas que répéter ce qu'on a entendu ailleurs?
Le tourisme représente une industrie importante. Agences de voyage, hôtels, guides touristiques et bien d'autres vivent du tourisme, des régions, parfois des pays entiers en dépendent. Les voyages, c'est un produit et qui n'est pas de première nécessité. Comme pour les parfums, il faut donc que l'emballage soit attrayant. Alors, on leur colle une valeur ajoutée, à coup de profondes pensées d'auteurs ou de proverbes, chinois ou arabes de préférence. "Celui qui lit beaucoup apprend à connaître le monde, celui qui voyage apprend à se connaître lui-même". Et voilà. Voyager devient un art de vivre. Est-ce qu'on ne se fait pas un peu mousser?
Je travaille dans une agence de voyages en Amérique du Sud et ça me fait penser à ces clients qui nous disent qu'ils veulent faire des rencontres avec des locaux.
- Et vous parlez espagnol?
- Non, pourquoi?
François