Il était une fois...sur un coup de tête (Italie)
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EV
Chacun de nous a bien déjà pris la poudre d'escampette sur un coup de tête une fois dans sa vie, non?! Si on se racontait ces escapades improvisées? Ces impulsions de dernière minute qui nous ont emmené...ailleurs? Bon, je commence...et j'espère bien vous lire ensuite!

Je venais de me faire larguer par mon copain et j'étais passablement à cran...Pour me défouler et libérer mon esprit encombré, je me suis mise à faire des abdos matin et soir, à pédaler farouchement sur mon vélo pendant des kilomètres sur une route montante. A chaque tour de pédale, en guise de mantra d'encouragement, je répétais hargneusement: "Salaud! Salaud!"... Enfin, vous voyez le tableau...Et puis un jour je me suis dit qu'il y en avait marre de souffrir et que je ferais mieux de me faire plaisir!...

Et un matin suivant, le soleil, semblant pulser dans l'air, m'invita à l'échappée-belle...

J'avais toujours rêvé d'aller en Italie. Je n'étais qu'à 200 kms de la frontière mais je n'avais jamais trouvé l'occasion d'y aller. Et bien j'allais la créer, cette occasion! Et peu importe que je ne parle pas un mot d'italien...j'allais improviser!

Je suis sortie de chez moi, rayonnante... je venais juste de décider d'aller à Florence...Firenze... en stop.

Il était dix heures du matin, et je quittais mon village* le sourire aux lèvres, avec un petit sac contenant un pull, une carte de France, un appareil photo, et bien-sûr, ma pancarte de stop. Non, non, pas un de ces panneaux de dillettante en carton, non...j'ai du matériel, disons, plus...professionnel: ardoise blanche, feutre effaçable et mini brosse-effaceur. Simple, pas encombrant, résistant aux imtempéries, facile à nettoyer et réutilisable à l'infini...

Les 200 kms qui me séparaient de la frontière sont passés tellement vite que je ne m'en souviens même plus! Et on ne m'avait pas déposé depuis dix minutes que déjà, une voiture s'arrêtait! Un gros volume, genre Espace, conduit par un jeune couple d'italiens qui allaient jusqu'à Rome!...Avanti!...

Ils ne parlaient pas français, et moi pas italien...Mais ça ne nous a pas empêché de parler pendant tout le trajet! En anglais... On a même tellement parlé que j'en avais mal à la gorge...On a bien sympathisé. J'aurais pu aller jusqu'à Rome avec eux si je voulais. Rome? C'était tentant! Encore plus loin que ce que je visais... mais j'ai choisi Florence...

A 16 H, on était à Pise. Nos routes se séparaient là.

Pise, ce n'était qu'un souvenir d'enfance pour eux. Sous prétexte de me déposer, ils se sont carrément arrêtés pour venir voir la fameuse tour penchée avec moi, on a bu un pot, je les ai immortalisés en photo devant l'édifice, en souvenir de notre rencontre et de cette journée singulière...et puis on s'est dit au-revoir.

Maintenant, en dehors du cocon chaleureux et confortable de leur voiture, l'aventure italienne commençait vraiment.

Le gars qui s'est arrêté pour me prendre en stop n'allait pas jusqu'à Florence. Mais au moins, il pouvait me rapprocher. Je présumais des difficultés de communication...mais le ciel venait d'en décider autrement: voilà qu'il m'envoyait un conducteur marocain ayant vécu plusieurs années du côté de Narbonne et qui parlait bien français. Sur ce point au moins, pas de stress!

On s'est mis à bavarder, passant en un éclair du Maroc, à la France, puis à l'Italie. C'était plutôt marrant. Et voilà que mon conducteur, qui se préparait à passer une soirée oisive, se décida nonchalemment pour un royal détour jusqu'à Florence qu'il se mit en tête de me faire visiter, si j'acceptais. Pourquoi pas?!...

On a garé la voiture et on est parti à pied...

Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que je n'avais pas hérité du meilleur des guides car:

a) il n'aimait pas marcher!

b) il n'avait aucun sens de l'orientation!

c) il était manifestement plus intéressé de me faire visiter son lit que le Ponte Vecchio!

D'ailleurs, le Ponte Vecchio...parlons-en. C'était mignon, mais bon, c'était ridiculement petit par rapport à ce que j'avais imaginé à travers la littérature. Faudra que je pense à le citer dans la rubrique des endroits qui m'ont déçu...Bon, sinon c'est vrai que c'est mignon. Dommage que les musées soient fermés la nuit! Mais au moins, j'ai profité de la visite de la ville dans le calme...

A une heure du matin, je décidais de mettre fin à mon tour de Florence by night. Je n'étais pas suffisamment tombée sous le charme de la ville pour avoir envie de rester et j'en avais marre d'être talonnée par ce dragueur coriace. Repousser ses avances m'avait vidée.

Je suis allée à la gare prendre un billet de retour vers la frontière française à un distributeur automatique. La machine ne délivrait pas de billet jusqu'en France : c'était peut-être un itinéraire trop complexe pour elle?Tant pis...j'ai pris un billet pour l'arrêt le plus proche de la frontière. Une fois dans le train, j'ai sombré jusqu'au petit matin... jusqu'à la frontière. Au réveil, j'ai prié pour qu'il n'y ai pas de contrôleur dans le train...et je suis tranquillement descendue à Nice sans être inquiétée.

De Nice, j'ai continué en stop. Comme pour l'aller, le trajet ne m'a pas laissé un souvenir impérissable... Mais à midi; j'étais à Aix et j'avais retrouvé une pêche d'enfer, euphorisée par ma ballade improvisée.

Je jubilais d'avoir osé ce caprice...aller à Florence en stop, juste y passer la soirée et revenir...

C'est ainsi que j'ai guéri de ma peine sentimentale...

* Petit village d'irréductibles à quelques kilomètres d'Aix-en-Provence.
"Nous, on a le temps Vous, vous avez l'heure" dixit un chamelier dans le désert...
LA Laneige Regular ·
BRAVO!!!! quel récit! vraiment formidable que ces impulsions qui rendent des récits de vie mémorables....qui, rétrospectivement sont parmi les meilleurs car souvent les plus fous! j'ai adoré te lire!

me concernant, rien de vraiment "inoui" car souvent préparé....

mais l'automne dernier mon ami et moi étions venus faire un tour chez des amis à Perpignan et avions décidé tout les deux de partir longer la côte vermeil l'après midi...allant de ravissements en ravissements, nous arrêtant souvent.. pour contempler du haut d'une falaise les nuances marines à turquoises de la mer, pour sentir le vent iodé sur nos joues, pour avoir la sensation du vide et l'immensité à perte d'horizon....nous continuâmes ainsi notre chemin dans les petites routes sinueuses lorsque la fin du jour commença à décliner...ce qui annonçait un retour imminent auprès de nos amis......mais pourtant grisés de ces paysages, de la route qui serpentait à l'infini....nous reprîmes la route.....mais ne fîmes pas demi tour....c'est ainsi que l'on arriva à la frontière espagnole....et qu'aux alentpurs de minuit nous dépassions Figuerras...sans avoir pu joindre quiconque de notre "aventure" à notre plus grand plaisir!!.....nous rentrâmes ensuite silencieux dans les mots mais tellemnt bavards dans les yeux... heureux de ce petit tour........

bon je dois avoir d'autres pitites histoires de ce genre sous le pied..mais je crois que les plus belles restent à venir! ........
"Il y a assez sur Terre pour répondre aux besoins de tous, mais pas assez pour satisfaire l'avidité de chacun" GHANDI"

"Heureux le voyageur, qui en parcourant le monde trouvera son âme et en s'ouvrant à lui trouvera son coeur"...
PA Pataugas Veteran ·
Noooon, c'est dingue ça! Tu t'es carapatée de Firenze avant le jour???? Une fois la tête vidée, lavée, rincée et essorée tu es....rentrée chez toi sans avoir dévoré les mille saveurs de la ville??? Vindiou, ça, fallait le faire!

Remarque, j'ai bien un ami qui -il y a longtemps - avait hypothéqué sa maison et pris un billet pour les Seychelles où il avait le projet de monter un club équestre. Il y a passé une dizaine d'heures puis il est remonté dans l'avion pour Chez-lui-les-Ouailles. Fin de l'histoire.
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
EV Eversmile Veteran ·
Qu'est-ce qui lui est arrivé, à ton ami, pour qu'il reparte aussi sec des Seychelles?! Là aussi, fallait le faire!...Il est allé voir ailleurs s'il y était et ne s'y est pas trouvé? ...
"Nous, on a le temps Vous, vous avez l'heure" dixit un chamelier dans le désert...
PA Pataugas Veteran ·
Oui, je crois que c'est ça. Il est toujours resté vague sur le sujet, parlant du temps humide et d'un climat politique défavorable... Mais de toute évidence il s'est passé autre chose au moment où il s'est trouvé face à son fantasme.

Ca me rappelle le jour où je suis partie du Midi - où je vivais provisoirement - pour aller dans le sud-ouest, "élever des chèvres" comme disaient mes amis en riant. Je suis arrivée dans ce coin reculé et charmant, les propriétaires étaient absents mais comme ils attendaient ma venue ils n'allaient pas tarder à revenir, et j'ai donc flâné à la découverte des lieux. Une heure plus tard je remontais dans ma voiture et je faisais le trajet dans le sens inverse. Plus de 1.500 kms d'affilée, partie le matin tôt et rentrée au milieu de la nuit... y'en a qui ont éclaté de rire en voyant ma voiture revenue à sa place de stationnement. "C'était crade" ai-je dit en guise d'explication. "Crade de chez crade". Ce qui n'était pas faux mais loin d'être la véritable raison de mon repli glorieux... La vraie raison, c'était quoi, en fait? A 20 ans et des poussières je crois que j'ai plus d'une fois oublié de m'emporter là où j'allais.🙁
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
LE Lepiaf Globetrotter ·
Qu'est-ce qui lui est arrivé, à ton ami, pour qu'il reparte aussi sec des Seychelles?! Là aussi, fallait le faire!...Il est allé voir ailleurs s'il y était et ne s'y est pas trouvé? ...

Ou alors, il est parti pour se fuir et, pas de pot, il était toujours là aux Seychelles. Pour apprécier le voyage, ne faut-il pas commencer par s'accepter soi-même ?

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