Instruments et genres musicaux traditionnels des Sonraï (Mali)
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MUSIQUE TRADITIONNELLE DES SONRAÏ

« When you play the njarka, the Jinn – the spirits of the river – will come » Hassi Saré, from the documentary film "Timbouktoubab"

Situées dans la partie nord du Mali à 1.200 km de la capitale, les régions de Tombouctou (6e) et de Gao (7e), la dernière regroupant les cercles d’Ansongo, de Bourem, de Gao et de Ménaka, représentent le territoire principal des Sonraï (sans prendre en compte les régions, certes moins importantes, de Hombori et Djenné dans lesquelles un bon nombre de Sonraï résident de nos jours). L’agriculture est pratiquée le long du fleuve en période de crue. L’élevage et la pêche sont aussi présents. Les échanges commerciaux s’effectuent avec les partenaires des pays voisins comme l’Algérie, le Niger pour les dattes, le sucre, le lait et des biens divers, et avec la capitale qui ravitaille la région en légumes, fruits, céréales et bétail. Cependant, cette zone du nord, entièrement islamisée, est une des plus pauvres et instables du Mali, les infrastructures étant très peu développées. Elle comprend aussi d’importantes populations arabe, touareg et peul.

Les principaux instruments de musique des Sonraï sont : le zarka (ou njarka, et gooje en langue sonraï-zarma), violon monochorde, le koloo, tambour petit et rond en poterie, le harey, tambour à deux faces (cylindrique), le kurubu, harpe à quatre cordes, le njurkle, luth monochorde, le gaasu, calebasse (d’une gourde sans cou, < Lagenaria sicerarea). Hormis la harpe et les calebasses servant d’instruments de percussion, tous ces instruments, notamment le violon, sont, excepté certaines occasions, utilisés par les femmes. L’utilisation des instruments par les femmes s’affiche en effet comme une règle de la tradition musicale des Sonraï, Touareg, Bella et Maure, contrairement aux autres groupes ethniques du sud du Mali, où les instruments de musique sont joués presque exclusivement par les hommes. L’une des particularités de la musique des Sonraï est qu’elle établit une distinction presque nette entre musique de simple réjouissance, musique corporative et musique religieuse.

Les instruments cités en haut sont utilisés pour produire divers genres musicaux : le gao-gao est l’un des plus anciens genres musicaux des Sonraï, qui s’enracine dans l’histoire de la ville de Gao. Essentiellement instrumental, il est joué à l’aide d’un violon, deux tambours à peaux et un tambour d’eau, et dansé par les femmes pour célébrer le premier mariage et la première maternité d’une femme, les fêtes de tabaski, de ramadan, et les réceptions officielles.

Le takanba est un style de musique très très populaire chez le peuple sonraï. Né à Takanba, village situé près de Bourem, il a évolué en prenant des formes complexes. Aujourd’hui, il a largement dépassé les frontières du pays sonraï : on écoute le takanba dans toutes les villes maliennes à une forte communauté sonraï. Il est joué pour célébrer les baptêmes, les mariages ou à toute occasion de s’amuser. La grâce des gestes et des mouvements des danseurs et danseuses richement habillés, évoluant assis ou debout dans une harmonie frôlant l’intimité, consitue un des attraits de la musique takanba. Le répertoire, chanté en langue sonraï ou tamasheq est essentiellement laudatif.

Le genre musical dimba est lié à l’organisation corporative de la société sonraï de Tombouctou, où il existe la corporation des maçons, la corporation des bouchers, et celle des cultivateurs. Chacune de ces corporations a sa propre musique. La musique dimba est liée à l’origine et à l’histoire des maçons. Pour la plupart des cas, elle est produite par les femmes. Comme musique de travail, elle sert à animer les travaux de restauration annuels des minarets de mosquées. Mais elle est également présentée pour célébrer le mariage d’un maître maçon, et pour saluer ce dernier à son retour de pèlerinage à la Mecque.

Les pièces musicales fewa ("travail collectif") et haala ("fête des cultivateurs après une bonne récolte") sont deux composantes complémentaires, inséparables, de la musique agraire des Sonraï. La première est exécutée lors du travail au champ pour encourager les travailleurs, la seconde est jouée au village pour saluer leur retour de succès. Leurs répertoires mettent l’accent sur le nom de Dieu, le Coran et le Chérif dont les bénédictions protègent les cultivateurs et favorisent de bonnes récoltes. Des noms de mares, sources d’eau rares en zone aride, sont souvent cités.

Le hollo-horey ("culte du ‘vaudou‘") est une musique culturelle commune aux Sonraï et aux Bella. Il s’enracine dans la structure sociale de ces deux groupes. Liée au culte des génies de l’eau et de la brousse, cette musique de possession est inséparable d’un rite complexe qui allie croyances religieuses et pratiques magiques. Il s’agit ici d’un style plutôt instrumental que vocal et dont la mélodie est assurée par le violon et le rythme par la calebasse. Cette musique établit la relation entre les danseurs (possédés) et les génies par l’intermédiaire d’un ensemble hétéroclite d’objets et d’habits aux couleurs chatoyantes portés par les danseurs, ou qu’on expose pour décorer l’aire de la manifestation. La confrérie du hollo-horey exerce à travers cette musique une fonction thérapeutique essentielle dont peuvent bénéficier tous les membres de la société, mais aussi un pouvoir religieux et politique.

Aux genres musicaux cités ci-dessus, qui sont loin d’être exhaustifs, s’ajoutent les chants de mariage, d’apaisement de l’enfant, etc. etc.

NB : enfin, il m’importe de citer quelques musiciens maliens nés de et grandis dans cette tradition musicale et se référant sans cesse à elle, et qui l’ont mise dans un setting moderne-populaire : le doyen de la musique populaire malienne, Ali Farka Touré, puis Afel Bocoum (& son groupe Alkibar), Vieux Farka Touré, Hamma Sankaré, Sidi Touré, le Takanba Super Onze, Alhassane "Hassi" Hamdou Saré, Haira Arby, Baba Salah, Samba Touré, les Sonraï Stars, pour n‘énumérer que les plus connus ...

CD «Mali : Region Gao», benkadi fòli series I, Vol. 3 (2008) CD «Mali : Timbuktu», benkadi fòli series I, Vol. 5 (2010)

hgb

(Jeffrey Heath 1998. Dictionnaire songhay - anglais - français. Tome 1. Paris : L’Harmattan)
IB IbiMali Regular ·
Merci Hery pour ces intéressantes expliquations, puisque vous parlez aussi de Bouem, il faut rappeler le 2ème Festival Tamasonghoï, Mali qui aura lieu à Bourem à 100 km au nord-est de Gao du 14 janvier 2011 au 16 janvier 2011.

Bon voyage à tous au Mali.
Nul sait ce que demain sera mais, une chose est sûre, c'est que la Terre est belle et Unique, protègeons-là. Ch.Z. iBi, village est situé au coeur du Pays Dogon sur la falaise de Bandiagara au Mali. http://symposiumibi-mali.com
HE Hery Veteran ·
Madame, bonjour !

D'abord, un grand merci pour votre réponse ! Oui, j'ai suivi la discussion initiée par Jahou..., je crois (pardon, j'ai oublié le vrai nom). Espérons que le festival aura lieu, ça serait un bon signe pour cette région très intéressante mais endommagée par la situation politique ... Je ne connais pas le festival mais ai visité une fois la ville de Bourem ... Je recommande vivement à tout le monde de se rendre dans cette région : j'ai une prédilection pour ce peuple, sa culture et surtout sa musique. Vous savez peut-être que je m'intéresse beaucoup pour le fleuve (où se trouve directement la ville de Bourem, à une belle petite mosquée d'ailleurs dont le minaret ressemble bien à celui de la fameuse mosquée Sankoré de Tombouctou) et le Delta central ...

Bon courage pour votre "festival" à Ibi (j'ai jeté un coup d'oeil sur votre site. Intéressant !) !!!

Ala ka tile hèrè caya, hgb
JA JahouToure Regular ·
Salam aleikoum ! Warga Sabu ? Oui c'est vrais on est fans de Takamba !!! Les danses trad. sonrhaïs sont profondes et très élégantes elle vous transporte et vous entré dans une transe qui vous élève et vous transporte....le cadre lui aussi est enchanteur: le fleuve, majestueux avec ses cultures qui donne cette touche de vert indispensable à la vie des hommes et des animaux et les dunes d'un côté le Gourma et de l'autre Haoussa ..Merci Hery et Chantal pour vos soutiens. Il faut savoir que la culture sonrhaïs est riche et fascinante, de plus nous avons beaucoup de point communs avec les tamasheqs.... beaucoup de Songhoy se marient avec des Tamasheq.... Au sujet de Tamasonghoï, il vrais que nous ne sommes pas aidés par la mauvaise image que les médias et les autorités donnent sur la région ce qui est fâcheux, le résultat de cela est que nous avons aucuns supports de l'occident....il nous restent que les partenaires/sponsors locaux..... Mais nous restons intègre dans notre démarche et continuons coute que coute, le festival aura bien lieu en janvier avec une programmation encore plus riche que la première édition, mais aussi avec des débats et conférence sur l'avenir du Nord Mali, la paix, le développement durable ect Nous ne lâcherons pas car la culture à toujours été un facteur de développement même pendant les conflits.... elle traverse toute les averses sans basculer !!!! Salam à tous !!! Jahou
Africa Siempre
JA JahouToure Regular ·
Yes hery !!!! on peut aussi ajouter: Thiale Arby Aminata Wassidje Alkibar Gignor Sadio Sidibe Zouzou ... plus les grands maîtres de Takamba: Atia et Douma ... il ne faut pas aussi oublier les troupes d'Asongo, de Ménaka, de Bourem ect qui chantent les chants tradi. en sonrhaïs !!! vous aurez l'occasion d'écouter tout cela lors du festival Tamasonghoï Bisimillah !!! Jahou
Africa Siempre
HE Hery Veteran ·
Ay cere bisimila !

... un larboo (Touré) rend les honneurs : tout à sa bonne place ! Un gros MERCI pour les noms ajoutés ; je ne suis pas trop familier avec les noms des stars de la musique traditionnelle sonraï (mais de ceux des musiciens sonraï modernes). Bon, on connaît le nom Mah Wellet Hamma, joueuse d’enzad de Tombouctou ... Alors, les noms sont notés !

En fait, "trance" est le terme pertinent pour la perception de cette musique extraordinaire (le même s’applique bien sûr aux musiques touareg et peul aussi). L’an avant-dernier, j’ai assisté le tabaski dans une famille au nord du delta (la cour se situait dans un quartier peul, et est fréquentée exclusivement par les Peul) : l’après-midi, les femmes se sont réunies pour fêter. On a joués de la musique traditionnelle peul (cassettes). Et les femmes ont caqueté sans cesse (et assez arythmiques et contre toute mesure ) ... Quelle ambiance !

il vrais que nous ne sommes pas aidés par la mauvaise image que les médias et les autorités donnent sur la région ce qui est fâcheux. Oui, la situation est très difficile, et les actuelles consignes du gouvernement français stigmatisent le Nord du Mali complètement. Catastrophique ! Mais ce n'est pas une situation nouvelle pour les Touareg. Ils la connaissent depuis plus de 100 ans ...*

Yerkoy saabu !

hgb

* Monsieur, je ne vais pas m'immiscer sur ce forum dans ces débats de "sécurité", donc un tout bref commentaire ici : on lit toujours "les médias, les médias, les médias ...". Mr, les médias sont surtout tâcherons, donc citez les vrais profiteurs de la situation au Nord (entre autres le gouvernement cafard à Bamako) ...
JA JahouToure Regular ·
Koï Saabu !

Il est clair que le Nord tout entier est stigmatisé donc les Tamasheqs, les Peuls, Les Bozos, les Bellas, les Kuntas (Maures) et les Songhaïs Bamako à plus de 1200 km tremble !!!!

Chef harma de Bourem

Jahou Touré ps: pour revenir sur la musique les différents style des musique que se soit avec ou sans instruments sont "partagés par les différentes cultures du Nord à quelques variations prêts Le Takamba, le Tindé, le Tagout, le Guitare;, le violon (Imzad), la Flute ect...
Africa Siempre

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