Bon, long message, mais quand on me pose une question sur le Nord, c'est dur de m'arréter car j'aime partager cette passion 😉
La route de la Baie James commence à Matagami, sur 600 km jusqu'à Radisson-La Grande 2 directement au nord, à partir d'ou il y a un embranchement vers l'ouest jusqu'à Chisasibi, le plus gros village Cris du Québec sur les rives de la baie de James. Ces deux routes sont publiques, et je me rappelle qu'il y avait auparavant des infrastructures d'accueil de base et des postes d'essences tous les 200-300 km. L'embranchement "est" se rend jusqu'à Caniapiscau, à 600 km, mais je pense que cette route n'est pas publique. Les autres villages cris de la Baie James ne sont accessibles que par avion (cher) et certains par route de glace (je crois que récemment des routes ont été construites jusqu'à Waskaganish, Nemiscau, etc., mais pas sûr), sauf Waswanipi, Ouje-Bougoumou et Mistassini qui se trouvent dans la partie sud dans le coin de Chapais et Chibougamau. C'est là que j'ai commencé ma carrière nordique, 2 ans à travailler pour les Cris à faire la surveillance environnementale de la construction du méga complexe hydrolélectrique La Grande. Le pied! C'est la taiga d'épinettes noire et de mélèze laricin, dans un paysage de collines ondulées à perte de vue parsemé de rivières majestueuses (sauf celles que qu'"ils" ont harnaché), moins spectaculaire que certains paysages de montagnes qui font pousser des ho et des ha aux touristes ébahis, mais qui à mon avis est plus magique et mystérieux quand on prend le temps de le connaître. Un circuit sans guide est possible, mais le mieux pour quelqu'un qui veut vraiment connaître la culture autochtone et la vrai nature sauvage est de s'enfoncer dans le bois avec un guide Cri pour une semaine ou deux. Il y a d'ailleurs une française à Val d'Or ou quelque part dans les environs depuis 20 ans qui organise des circuits dans le bois, traineau et tipi et tout le tralala, je crois que son mari est Cri. Plus au nord, c'est la tundra et les 14 villages inuit du Nunavik (que le gouvernement colonialiste du Québec appelle à tort le Nouveau-Québec...OK, j'ai un certain parti pris 🙁) accessible seulement par avion (très cher). J'y ai passé 12 années magnifiques et bien remplie!
Ya aussi le train de Sept-Iles à Schefferville, qui longe la magnifique rivière Moisie (avis aux kayakistes-canoistes) territoire des Innu, puis au nord des Naskapi de Kawawachikamach. Et aussi la route plus ou moins carrossable qui va de Baie Comeau à Happy-Valley au Labrador. Moi, quand il y a une route qui va quelque part au nord, il faut absolument que je la prenne pour voir ce qu'il y a à l'autre bout, quitte à
être déçu, ce qui n'arrive pas souvent car pour moi, la destination n'a pas d'importance car c'est le voyage qui compte.
À Yellowknife, -40 est régulier, et avec le facteur éolien, -50 et -60 sont courants, mais c'est relativement doux comparé à Gjoa Haven ou je travaille (3 heures d'avion plus au nord, au Nunavut, cherchez-le sur un atlas), un petit village de 1000 habitants 99% inuit. Là, peu ou pas de touristes, seulement une poignée de riches chasseurs d'ours polaires, quelques aventuriers européens le plus souvent endurcis et en super-forme qui prennent leur pied en se punissant physiquement (ça fait souvent sourire les Inuit...), et 1 ou 2 voiliers scandinaves ou allemands en tournée circumpolaire via le fameux passage du Nord-ouest qui restent souvent coincés là pour l'hiver quand les glaces restent tout l'été!...bref, bien qu'une villa sur une plage tropicale me tente souvent pendant nos rudes hivers, je ne changerai ma place pour rien au monde. Mais si quelqu'un est vraiment intéressé au Grand Nord que ce soit sur ou hors des sentiers battus, je ne suis pas le spécialiste du Nord mais je suis disponible pour tout renseignement ou conseil.
YKPhil
Yellowknife (Canada)
"Where are we going? I don't know man, but we gotta go till we get there..." (Jack Kerouac, On the Road)