On n'y accède qu'à pieds (Tizi n'Hammid, Maroc)
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Je me réveille à l’aube. Les enfants sont encore là. La lune aussi. Curieux qui nous observent. Un villageois vient nous offrir du miel, en échange de quelques gorgées de thé. Les troupeaux sont déjà en route. Nous ne tardons pas à les suivre. Sur le chemin de Tizi n’Hammid, quelques bergères bavardent. Vieilles femmes au regard doux et à la mine crevassée. Rides profondes et pieds agiles. Deux immenses greniers en amont du village. Six étages, souvenirs des kasbah d’antan. Et puis des chênes et de la vigne, de la luzerne et du maïs, sous les rondeurs de la lune. Féerie passagère.

Le sentier devient vite raide. Il faut pousser le mulet. Oucht ! Oucht ! Zit ! Les pentes n’acceptent plus que les genévriers difformes. De plus en plus rares, de plus en plus secs. Les cailloux se multiplient comme par miracle. Le col n’est plus très loin. Les crêtes à nu laissent paraître un vécu tourmenté par le vent, et par les rayons du soleil. Il fait déjà très chaud. Les arbres découragés, eux, ne sont pas montés jusqu’au col. Le plateau découvert a des airs sahariens. Les passages des troupeaux ont laissé quelques traces. Un feu, un pieu pour les mulets, des crottes et un vieux bidon.

Sur le brun des versants qui descendent à Tamga, les vieillards végétaux surplombent la cathédrale. Architecture géologique. Les troncs trop courts sont décharnés, et les branchages désespérants. Des nœuds de bois sans cohérence bataillent encore pour un peu d’eau. De l’eau ? Il n’y en a pas. Ou alors il faut descendre un peu. Les sources sont plus basses. Elles sont d’ailleurs nombreuses. Leur eau est fraîche et bonne. Il y traîne un petit gobelet, ou le fond d’un bidon coupé. Pour permettre à chacun de boire de cette eau claire et bienfaisante.

Sieste en compagnie des pins, des thuyas et des cyprès. Les chèvres bêlent, le vent chuchote. Sur un tapis d’aiguilles que défient les fourmis, je vais bientôt dormir.

Et puis je me réveille. Quelques nuages d’orage ont couvert le soleil. Basso dort encore. C’est l’occasion pour moi de vous parler de lui. Peau brune et lumineuse des bergers des montagnes. Des regards ténébreux, parfois entre deux mots. Quarante ans bien sonnés. Femme et enfants à Anergui. Il parle tamazight et arabe. Vingt mots de français tout au plus. Je ne sais pas grand-chose de lui. Il dort beaucoup, se mouche dans un pan de sa veste, se rase quand il y pense, se promène pieds nus sous les arbres. Ses frusques centenaires sentent la bonne odeur des mulets. Bonnet au dessus des oreilles et chaussures en plastique moulé. Nos conversations sont sobres. On rit de tout. Et même parfois de rien. J’essaye d’apprendre le nom des arbres et des oiseaux en tamazight. Je lui prépare parfois du thé. Je charge avec lui le mulet. Il m’oriente dans son vaste monde et me présente à ses amis. Si je devais finir un jour, replié sur de hauts plateaux, sa compagnie serait pour moi tout simplement naturelle.

Le voilà qui s’éveille. Allons donc rallumer le feu, et préparer trois verres de thé. Accompagnés de quelques noix, ils sont ma sucrerie d’enfant. Alors, vous venez ?...

Mon frère Berbère, Noir comme les cimes A contre-jour de la lune.

Mon frère Berbère, Sec comme le bois Torturé des thuyas.

Mon frère Berbère, Blanc comme la neige D’un hiver à Wihalane.

Des cailloux au creux des joues Et la falaise de son front Sur un regard multicolore.

Le teint de l’oued est variable Selon les vents de l’orage Et le vécu des nuages.

La terre brunie leur a montré Que la blancheur des cailloux Sur les sentiers enténébrés Ne demeure jamais unique Selon la lumière du jour.
SC Sch Globetrotter ·
Très joli et profond, merci Scourtoi 🙂
DO Dolma Globetrotter ·
On dirait bien que certains endroits du Maroc inspirent les Flâneurs...

Il ne suffit bien sûr pas que de l'endroit, il faut aussi le talent d'écriture et de pensée et quand ces "ingrédients" sont réunis, quel bonheur de lecture pour nous !

Merci pour cette promenade ; suis-je trop gourmande d'en demander encore et encore 🙂 ?

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
EV Evegi ·
MERCI pour ces mots merveileux qui me touchent profondément.Quel bonheur de pouvoir lire ce que l'on ressent sous la plume d'un autre alors que l'on ne sais pas soi-mçeme l'exprimer.Tout est dit, la beauté du paysage et celle des hommes, l'amour des autres et du Maroc en particuliers.
MA Mafaldaisa Regular ·
On dirait que toi et José (sur ce même forum) sont inspirés par le même coin du Maroc... hum, je soupçonne les vertues de ces vallées d'être à l'origine de votre talent d'écrivain, Messieurs!😛

grand merci pour ce moment d'évasion...
"Heureux qui comme Ulysse a vu cent paysages et puis a retrouvé, après maintes traversées, le pays des vertes allées...." (Brassens)
PA Parvat Globetrotter ·
J'arrive, sers moi déjà un premier p'tit thé si tu veux bien... 🙂 Superbe ton poeme... Merci Sam 😎
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
LE Leflâneur Regular ·
Et dire que sans Dolma je passais à coté de ce p'tit moment de bonheur! Bien m'en a pris de tenir à la saluer à mon retour de vacances... P... Scourtois t'es chié... tu pourrais prévenir quoi 😠😉 et tu sais bien pourquoi... je ne vais pas m'étaler ici...

Encore....Encore... j'en veux encore... je sais que tu peux...oui je sais, je suis gourmand, mais tu sais combien j'aime Koucer, Wihalane, Khoya, Boulmane et autres Ayt...

Réveille en moi encore ces parfums subtils, ces relents anciens de flâneries utiles dands ces gorges profondes, sur ces hauts plateaux... leur exil...mon asile.

Merci

José
« Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… » Isabelle Eberhardt
DO Dolma Globetrotter ·
Welcome my Friend 🙂 ! Je savais bien que vous alliez vous retrouver sur certains sentiers marocains les 2 Flâneurs-Ecrivains-Rêveurs que vous êtes...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
SC Scourtoi Veteran ·
Salam mes amis ! Je dirais même plus... José n'est pas tout à fait étranger à mon passage par la vallée d'Anergui. Son talent pour en parler n'a pas son pareil... D'autres tranches de vie en perspective, en tout cas. Car depuis ma boussole a perdu la tête, et me revoilà après pas moins de 300 bornes à pieds entre dunes et cailloux... Ben quoi, le dromadaire il ne peut quand même pas tout porter 😉 ! Sam
PA Patoune Veteran ·
Alors te voila de retour. Tu vas encore nous régaler par tes récits je pense.

Au plaisir de te lire vite 😉

Patoune
vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre.
DO Dolma Globetrotter ·
Ta boussole a perdu la tête ? Tant mieux : ça nous permettra, à nous lecteurs, de nous égarer avec enchantement entre les pistes aux cailloux roussis et les dunes lunaires...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
MI Minala Veteran ·
merveilleux ce recit! comme toi j'ai adore le maroc mais moi, je ne sait pas jouer avec les mots! du coup je privilegie les images! as tu vu mon recit: evasion saharienne. je ne sais pas si j'arrive a faire ressortir la beaute des paysages, la gentillesse des gens et l'envoutement que ce pays nous fait ressentire. le maroc aura toujours une petite place a part pour moi.
SC Scourtoi Veteran ·
Oui, j'ai regardé tes images une à une, qui sont toutes très vraies et très belles. Mon périple marocain me semble avoir été bien court, et approfondi encore mon besoin de me rapprocher du désert. J'aime l'esprit qui y plane, comme ce petit oiseau noir et blanc qui suit les dromadaires de puits en puits : Bou B'chour🙂. Déjà quelques idées en tête pour les mois à venir... Du coté du Niger, entre Nguimi et Bilma (il paraît que les dattes y sont excellentes). En attendant, au boulot !!!😕 Je te souhaite en tout cas encore des millénaires d'émerveillement et de lumière sur les terres arides du Maroc !

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