Heureux de voir que 20 ou 30 ans après, le point commun à tous les souvenirs est la gentillesse des soudanais.
Avec beaucoup de retard (because vacances) je termine mon retour sur le Soudan en 1980:
Nous arrivons enfin à Kadugli et aux les Monts Nouba rendus célèbres par Leni Rifenstahl, et c'est... la Normandie! Enfin je veux dire abondance de verdure, de paturages. Les village groupés autour de petits monts faits de blocs de grès, c'est superbe. Je n'ai pas vu les fameux combats avec des bracelets tranchants célèbrés par la photographe, mais j'ai connu là le choc culturel qui m'aura marqué dans tout le voyage: un jour le Bedford s'arrête, comme souvent, pour faire monter un passager. Et grimpe dans la benne du camion un grand gaillard tout mince, vêtu d'un court pagne, les cheveux teints en arrière au henné et armé d'un courte lance. Il fait mon age apparemment, et il est tout aussi surpris que nous. Si c'est le premier homme "primitif" que je rencontre (jusqu'à présent tous les soudanais croisés étaient vétus de djellabahs ou de longs pagnes), il est clair que nous sommes les premiers blancs qu'il voit! Nous sommes aussi fascinés l'un que l'autre. On tente une conversation... anglais, arabe... rien, il ne parle que son dialecte local. Je lui donne une cigarette, il me donne des feuilles (du khat?) à mâcher, mais c'est toute la communication que nous réussissons à établir. Deux heures après il descend du camion, et moi qui n'ai même pas pris une photo.
Malheureusement à cause du retard que nous avons pris, et vu la vitesse d'escargot à laquelle nous progressons, nous ne pouvons nous enfoncer plus dans les monts Nouba et nous abandonnons notre projet de descendre dans le Sud. Nous filons donc vers l'ouest vers Babanusa pour voir si on peut choper un train pour remonter vers El Obeid et Khartoum. Encore un échec; le train est bondé. Mais quand je dis bondé, c'est bondé à la soudanaise, c'est à dire que c'est archi plein dedans, archi plein sur les marches, et archi plein sur le toit (voir photo)! Inimaginable pour nous, nous on va rentrer à nouveau en camion. Le retour sera cool, à noter une invitation à un mariage à El Obeid, et nous revoila à Khartoum ou nous pouvons reprendre quelques forces.
En efet, j'ai du perdre 10kg (et il n'y en avait pas trop): à manger des fouls à tous les repas, plus une assiette de mouton tous les 4 ou 5 jours, on fond plus vite qu'avec un Ducan!
Voilà, c'est terminé, mais 32 ans près j'ai encore la nostalgie de ce pays et de ces habitants!