Lundi 31 décembre
Après avoir pris le petit déjeuner dans une immense salle à manger vide, on va à la piscine en plein air de l’hôtel. Quoique assez claire, l’aspect de l’eau m’a l’air douteux.
Le responsable nous accueille avec moult salamalecs, heureux d’avoir des « bideshi » (étrangers) autour de sa piscine.
Après réflexion, je me contente de m’étendre sur une chaise longue pour avancer dans mon carnet de voyage. Thierry plonge et fait une longueur, puis revient. Heureusement qu’il a mis ses lunettes de natation car il ressort tout gluant d’algues minuscules qui flottaient sur l’eau.
Comme il en fait gentiment la remarque au surveillant, celui-ci s’en va chercher un collègue et ils décident de nettoyer la piscine….
A l’aide d’un bois de bambou flottant sur l’eau, ils « tirent » les particules d’algues vers les bords de la piscine et les jettent sur les plantes qui garnissent les abords.

Nous apprécions la bonne chaleur du soleil et traînaillons jusqu’à 11h30. Nous signons le livre d’or si gentiment présenté et constatons à haute voix qu’il y a quand même une personne dont le nom à consonance anglo-saxonne est passé par ici quelques semaines plutôt.
- « Il habite à Bogra…. » nous dit le gardien.
Après être remontés dans la chambre prendre une bonne douche et fait le check out, nous partons vers l’entrée de la ville.
Aujourd’hui, le voyage sera court car nous devons juste aller jusqu’au fleuve, passer de l’autre côté et attraper un bus à Jamalpur pour Mymensingh. Un jeu d’enfant.

Nous montons d’abord dans un bus en direction du village de Siriakandi. Nous sommes bloqué à un passage à niveau.

A Siriakandi, nous demandons la direction du fleuve. C’est un rickshaw qui nous mène au bord de la Jamuna, fleuve emblématique qui descend tout droit de l’himalaya.
Sur la plage de sable le long de la rive, des palmiers, des petites gargottes, une dizaine de bateaux de pêcheurs et une foule entourant un homme….un montreur de singes.

Nous nous dirigons vers une petite cahute en bois et un jeune homme vient à notre rencontre :
- « Salam walekum »
- « Alekum salam. C’est possible de passer de l’autre côté du fleuve ? Nous voulons aller à Jamalpur puis Mymensingh.»
- « oui, bien sur. »
Il appelle un pêcheur.
- « Je peux vous faire passer pour 600 tk seulement. Un bateau rien que pour vous ! »
- « 600 takas !! C’est bien trop cher, et nous n’avons pas besoin d’un bateau privé. Nous voulons voyager comme tout le monde. A quelle heure part le bateau ? Et combien ça coûte ?»
- « A 15h30, il y a un bateau qui traverse. Ca coûte 200 tk. »
- « C’est encore fort cher. Dans mon livre, je lis qu’on peut prendre un bateau pour 40 tk. »
- « Ok. Pour 40 tk, vous passerez de l’autre côté. Venez vous installer en attendant »
Thierry n’a rien lu de tel dans le LP mis à part qu’on peut faire un tour de bateau sur le fleuve pour ce même prix. Faut croire que 40 tk ce n’est pas encore trop bon marché. D’autant plus que l’on voit l’autre rive d’ici. Reste plus qu’à attendre une heure ici.
On apporte une chaise en plastique à Thierry et je m’installe sur un petit banc en bois.
Lorsque le montreur de singes s’en repart sur la route, très rapidement, nous sommes la curiosité de tous. Ca ne doit pas être habituel de voir un blanc et une blonde dans le coin.

Maintenant, il doit bien y avoir une cinquantaine de personnes autour de nous.
Quelqu’un sort du lot, un personnage que nous n’oublierons pas de sitôt. C’est Razak, pêcheur, et porteur à l’occasion, qui nous demande ce que nous faisons là, d’où nous venons et où nous comptons aller.

Thierry énumère les citées par lesquelles nous sommes déjà passées ainsi que celles prévues. Notre cher Razak corrige la prononciation des mots prononcés en bengali. Il s’amuse à répéter tout ce que Thierry dit en anglais et en français, et fait sa petite remarque à chaque fois.

Pour ma part, je voudrais faire des portraits mais c’est impossible, tout le monde veut être en même temps sur la photo. Notre espace est de plus en plus restreint, ce qui oblige Thierry à monter sur sa chaise et à gesticuler pour faire comprendre qu’on a besoin d’un peu d’air.
Il en profite pour faire 2-3 photos et j’essaie de faire une petite vidéo.


Le temps file à une allure folle et l’on vient déjà nous chercher. Nous sommes escorté par la foule jusqu’à notre embarcation en bois où l’on nous propose de nous installer à l’arrière sur la plate-forme près du moteur.
Razak et ses amis nous font de grands adieux avant de retourner à leurs occupations.


Tout le monde embarque à notre suite, chargé de provisions, et s’assoie sur les bords du bateau. Les derniers s’accroupissent tant bien que mal par terre, face à nous, au milieu du fatras et de l’eau stagnante au fond du bateau. Chacun s’organise comme il peut pour s’installer pour la durée de la traversée. Nous sommes très nombreux et il ne reste plus de place lorsque nous nous mettons en route.

A peine sommes nous au milieu du fleuve, que nous entrevoyons un dauphin sortant de l’eau. Nous scrutons l’horizon mais plus rien ne refait surface. La nature est magnifique de beauté quoique fort désertique.
Au bout du bateau, plusieurs membres d’une famille se partage des restes de cannes à sucre.
A ma gauche, un papa et sa petite fille avec qui je lie connaissance à coup de sourire et petits mots. Je crois qu’elle a des poux car c’est dingue comme elle se gratte.
Face à moi, une maman accroupie caressant les cheveux de sa fille adulte handicapée mentale au regard vide et dure.
Un gars traverse le bateau avec prudence pour venir à côté de Thierry et lui poser les rituelles questions pour lier connaissance. Parfois, l’homme qui est à la barre crie à l’un ou l’autre des passagers de se déplacer vers la droite ou la gauche pour rééquilibrer le bateau.
La Jamuna est de plus en plus large. Nous nous imaginions simplement traverser mais à voir les gens si bien installés, j’ai l’impression que ça va durer un peu.
Effectivement, le temps passe et nous continuons toujours à remonter le fleuve, passer de l’autre côté de plusieurs îles et contourner des bancs de sables. Bien évidemment, personne n’a l’air étonné. Comme nous avions bien spécifié le nom de Jamalpur comme ville de destination, nous présumons que nous sommes dans la bonne direction.
Ce n’est que 1h30 plutard que le bateau commence à ralentir le long du fleuve dont la rive est en pente raide.
Il n’y a rien ici et nous pensons tout d’abord que c’est un arrêt intermédiaire pour quelques uns mais non, c’est bien la fin du voyage….
Rien. Quand je vous rien, vous pouvez me croire, il n’y a rien !!

Enfin, si. Je mens un peu. Il y a quand même plus de 50 personnes qui descendent du bateau et qui se retrouvent au bord d’un fleuve où il n’y a ni gargotte, ni arbres, ni route, rien sinon en haut de la butte……5 hommes qui attendent le client.
Pour tout véhicule, ils ont chacun un plateau fait de léger bambou sur 2 roues de voiture tirées par un cheval miniature.
Evidemment, il n’y a pas de place pour tous sur les charrettes, nous sommes trop nombreux et puis, cela se paie et tout le monde n’a pas les moyens. Apparemment ce n’est pas un problème, les autres marcheront.
La maman et sa jeune femme handicapée nous regardent avec insistante curiosité. Comme elles se mettent en route à pied, nous leur courons après. Je leur donne un sac avec un salwar kameez, un grand foulard, deux pantalons punjabi et une paire de tongs. Thierry leur offre également un autre sac avec des petits savons et du shampooing chipé dans les hôtels. Elles ont les larmes aux yeux, le visage de la jeune handicapée s’ouvre, elle me fait le plus grand sourire comme je n’ai jamais vu sur cette terre.
Un jeune homme, Fuel, que j’avais vu sur le bateau, prend d’autorité nos sacs à dos et les attache fermement à l’aide de cordes sur la charrette. Nous sommes invités à nous installer sur une grosse couverture bien moelleuse.

Nous sommes 7 sur notre chariot : un papa et sa fille qui rentrent à la maison, Fuel habitant Bogra rend visite à la famille avec ses 2 frères, Thierry et moi.
Comme Fuel parle un petit peu anglais, nous en profitons pour lui poser la question.
- « Dis Fuel, il viennent souvent chercher des passagers au bord de la Jamuna ? »
- « Non, ils viennent du village une fois par jour. »
- « C’est loin le village ? »
- « Non, pas du tout »
- « Ca veut dire quoi ? Quelques kilomètres, 1 heure ? »
Fuel s’adresse au gars qui court à côté du cheval, puis nous répond :
- « Il pense qu’on en a pour 15 Km, je ne suis pas très sure »
- « Heu, tu rigoles hein ? »
- « Non. Là, on va rouler dans le lit asséché du fleuve Jamuna. »
- « C’est fou ça ! »
- « Ben, c’est la saison sèche et la mousson n’a pas été terrible cette année. D’une année à l’autre, c’est différent, la route est donc plus ou moins longue. »
- « ….. »
Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça…. ?
On est parti vers midi de Bogra pour faire à peine 100 Km et on pensait simplement traverser le fleuve, attraper un bus pour Jamalpur et arriver à Mymensingh en fin d’après-midi.
Il est presque 17h, et voilà que nous nous retrouvons en plein milieu d’un désert de sable gris avec le soleil couchant pour tout horizon.
C’est magique !!
Il y a 140.000 d’habitants au Bangladesh et nous avons dégotté le seul endroit du pays où il n’y a pas un chat….
Notre étonnement passé, nous profitons du calme absolu qui règne ici.

N’ayant pas prévu cette petite aventure et, n’ayant rien mangé depuis ce midi, et nos estomacs gargouillent. Heureusement, le grand frère de Fuel nous offre des délicieux biscuits salés mais nous refusons poliment la boisson proposée.
Je comprends à l’intonation des paroles du jeune frère de Fuel qu’il se moque ouvertement de nous. On ne comprend pas ce qu’il a dit mais on ne l’entendra plus jusqu’à notre arrivée car Fuel lui rabat fermement le caquet en s’excusant auprès de nous.
Au bout d’une bonne heure, nous arrivons face à une grande rivière. Je me dis qu’on va devoir descendre, prendre un petit bateau pour traverser. Mais après ?
Et bien, rien de plus facile. Fuel nous dit de croiser nos jambes sur le chariot et, doucement, le conducteur du cheval le fait traverser l’eau. Il a du bien calculer son coup ou avoir l’habitude du moins, car l’eau monte jusqu’au bord du plateau.
C‘est ici enfin que nous voyons enfin notre premier hameau : 3 petites maisons en torchis avec sa cour au milieu peuplée de chiens, canards, poules, buffles d’eau, chèvres et vaches. Autour, bananiers et buissons de toutes sortes. Un peu plus loin, les premiers champs de céréales.
A notre arrivée, les habitants accourent pour regarder la petite caravane passer. Nous leur faisons des grands signes et crions des « hello » auxquels ils répondent vivement.
Je les imagine bien, attendre chaque jour la caravane de charrettes qui passe et repasse, histoire d’avoir quelque chose à raconter le soir autour du feu….
A partir de là, les 5 chariots se séparent. Nous ne sommes plus que 2, les trois autres partent vers le sud le long du cours d’eau.

Le chemin qui, avant la rivière, était plutôt plat, deviens de plus en plus chaotique et sablonneux. Régulièrement, nous devons passer dans des alluvions du fleuve asséché. Nous descendons les pentes raides, le cheval peine. Pour remonter, Thierry descend de la charrette et pousse.
Il commence à faire franchement noir et je vois que Fuel chipote avec son téléphone portable. Il nous propose d’écouter un peu de musique indienne….. Nous voilà dans la nuit du réveillon de l’an 2008, traversant ce magnifique paysage en écoutant de la « Bollywood music » à plein tube !!
Petite à petit, nous croisons des piétons qui viennent sans doute du village où nous allons et nous sommes heureuse de voir que nous approchons :
- « Thierry, tu vois quelque chose toi ? Je cherche une lumière, des voitures, quelque chose qui me dit qu’on va bientôt arriver »
- « Non, je n’y vois presque plus rien d’ailleurs.
- « De mon côté, je vois quand même la lumière rouge d’une antenne de téléphonie mobile »
Ce que me confirme Fuel :
- « C’est une antenne de la Grameen Phone, la société qui donne accès au téléphone bon marché pour tout les bangladais.
Mais bientôt, on ne la voit plus car nous partons dans le sens opposé.
- « Dis, Fuel, tu peux nous dire où se trouve le village ? Ou la route ? On arrive bientôt tu crois ? »
- « Ha ha !! Il n’y a pas de route ici. Nous allons bientôt arriver, ne vous inquiétez pas. De toute façon, vous allez rester dormir chez moi car c’est trop dangereux d’aller jusqu’à Mymensingh ce soir. Les routes ne sont pas bonnes et la nuit, le danger est partout»
- « C’est très aimable à toi Fuel, merci. »
Maintenant, c’est effectivement la nuit complète. Thierry et moi, sortons nos lampes de poche pour éclairer le chemin qui serpente entre des champs de blé, de maïs et quelques rizières puis, le chariot se fraie un chemin entre des plantations de bananiers. mais nous ne voyons toujours aucune lumière à l’horizon, sinon les quelques feux allumé par les habitants des petits hameaux que nous traversons.
Et puis, tout d’un coup, au bout de quelques centaines de mètres, on débouche dans un village !! C’est dingue !!
D’être depuis 2h30 sur une « autre planète » d’oú j’avais l’impression que je n’allais plus sortir, et oú j’avais trouvé une certaine sérénité, voilà que je débarque dans le réel !!
Je suis à nouveau dans le monde moderne !!
Bon, le monde moderne, il faut le dire vite. Après être péniblement descendue du chariot (c’est que mon popotin en a pris un fameux coup….) je regarde partout et j’ai l’impression de voir des spectres partout…..Pas d’électricité ici, les seules lumières du village sont les lanternes à huile qui pendent aux vélo-rickshaw et ça donne une drôle d’expression sur les visages. Il me faut un sacré temps pour m’habituer à « voir » dans la nuit.
D’un regard, Thierry et moi, convenons que nous ne resterons pas ici.
La première chose qui me vient à l’esprit, c’est d’aller vers notre cheval miniature qui nous a amené jusqu’ici. Je l’étreint de toutes mes forces et embrasse son encolure trempée par les souffrances endurées sur la route, ce qui fait bien rire tout le monde.
Je suis tellement heureuse d’être arrivée quelque part, que je donne 100 tk au conducteur en lui disant de bien gâter sa famille et son cheval.
« Fuel, tu nous es très sympathique. Peux-tu nous dire oú nous sommes ?« Nous sommes à Madarganj. »« Je pense qu’on va prendre un bus pour Mymensingh et nous trouver une chambre d’hôtel ou nous pourrons nous reposer.« C’est comme vous voulez, je vous amène au bus.« Merci de nous aider Fuel. »« Y’a pas de quoi, vous êtes mes amis. »
Nous montons à trois dans un rickshaw, ce qui n’est pas des plus facile avec les sacs.
Il y a bien 2 bus à la sortie du village mais les chauffeurs sont rentrés chez eux, ils ne rouleront plus aujourd’hui, il fait trop noir….« Ne vous inquiétez pas, je vais trouver une solution. »
J’attends dans le rickshaw avec les sacs pendant que Thierry part avec Fuel.
Un quart d’heure plutard, ils sont déjà de retour.
« Fuel nous as dégoté un gars qui à un véhicule. Il veut bien nous amener à Jamalpur, pas plus loin.« C’est déjà mieux que rien. C’est loin encore ? »« Il dit que c’est encore une heure de route, de mauvaise route… »« Ok, de toute façon, on a pas d’autres alternatives, je présume. »
Le rickshaw nous amène devant un commerce. On ouvre les volets et un superbe van en est sorti.
« Voilà mes « bondhu » amis, ce monsieur va vous amener en toute sécurité à la ville. »« Merci Fuel, on ne t’oubliera jamais. »« Que Allah soit avec vous. »
Le papa et sa petite fille tout en pleurs, à qui nous avions fait nos adieux, nous interceptent et nous demandent pour monter dans la voiture car ils habitent à l’extérieur du village. On ne peut pas refuser de les aider, il est déjà si tard et la petite est épuisée.
Quelques kilomètres plus loin, nous les déposons et entamons la longue route, garnie de nid de poules pour arriver une heure plutard à Jamalpur.
Après avoir tourner un peu en ville, le chauffeur nous confirme, comme nous le craignions, qu’il n’y a pas d’hôtel à Jamalpur mais nous propose d’aller voir l’imam qui a souvent une chambre pour ses visiteurs.
Hélas, il ne sait pas nous loger car il a justement des amis à la maison. Qu’à cela ne tienne, l’imam prend son portable et cherche un logement.
- « Vous êtes Mariés ?
- « Oui, on est marié. »
- « Vous êtes de religion musulmane ? »
- « Non, on est pas musulmans »
Encore quelques coups de téléphone et il s’adresse à notre chauffeur puis à nous :
- « Vous allez être entre de bonnes mains. Je vous envoie à la Circuit House. C’est la maison d’hôtes de la caserne militaire. Désolé mais il n’y a pas de restaurant là-bas et il n’y a pas de piscine non plus…. »
Est-ce qu’on a vraiment une tête à vouloir une piscine à 9h du soir alors qu’on aspire qu’à une seule chose : un lit et une douche !!
Quelques minutes plutard, nous y sommes déjà. Après règlement de la voiture et remerciement du service rendu, on nous introduit dans un bâtiment au bout d’un grand jardin. A peine le temps de patienter un quart d’heure dans une salle de prière, un gamin nous accompagne à notre chambre au 1er étage.
Nous recevons tout le nécessaire de toilette et pouvons prendre une douche avant de nous endormir comme des bébés.
S’eut été bien triste que la journée se soit passée différemment, voilà un réveillon de nouvel an que nous ne sommes pas prêt d’oublier !!
Informations pratiques
Rickshaw Naz Garden-bus stand 10 tk
Bus Bogra-Shariakandi 50 tk
Rickshaw Shariakandi-Bord de la Jamuna 10tk
Bateau 1h30 de navigation 40tk/pers.
Charrette Bord de la Jamuna jusqu’à Madarganj 100tk (2h30)
Voiture Madarganj-Jamalpur 1h 1200 tk 45 min.
Circuit House chambre double salle de bain tv 400 tk
Balades autour de la boule : Inde, Bangladesh, Turquie, Népal, ..
Récit Bangladesh
Récit Inde 2001