Après avoir un été un lecteur assidu mais discret de ce forum pendant des années, et avoir allègrement usé de la masse d'informations disponible grâce à ses membres, je me demandais de quelle manière je pouvais y contribuer à mon tour.
Je me suis alors rendu compte qu'il n'existait pas de carnet de voyage récent pour le Bangladesh, le dernier remontant à 2008. Pourquoi une telle situation? Très certainement car le nombre de touristes annuel représente environ 20.000 personnes, comparé à une population toujours en croissance de 150 millions de Bangladais, sur un territoire représentant grosso modo un tiers de la France. Le Bangladesh est ainsi le pays le plus dense du monde, hormis quelques cités-états, et la situation n'est pas près de s'arranger en termes de surpopulation.
Pour faire une comparaison un peu spécieuse et illustrer la quasi absence de touristes, on peut rapporter les chiffres précédemment cités à la population de Paris (un peu plus de deux millions intramuros), et se rendre compte que moins de 300 touristes par an auraient le privilège de sentir les douces effluves d’urine de notre métro et de prendre des selfies devant la tour Eiffel.
De ce constat simple le voyageur peut déduire qu'il ne rencontrera pas beaucoup de compatriotes et que les infrastructures touristiques seront à peu près nulles, mais surtout qu'il doit s'attendre à attirer l'attention de façon constante de foules d'hommes et d'adolescents pour lesquels la notion d'espace personnel est inconnue, et ne s'imaginent pas une seule seconde qu'être suivi partout pendant des heures, et ce, répété chaque jour du séjour, peut finir par devenir légèrement pesant, et amener le touriste a rejoindre sa chambre d’hôtel plus tôt que prévu pour s’étendre en position fœtale et pleurer. J’exagère un peu… mais l’idée est là.
Pour résumer, ce fut un voyage extrêmement intéressant mais difficile et fatigant à la fois. Je vais essayer de retranscrire au fil de ce carnet mes impressions de façon la plus fidèle possible et sans langue de bois, et j’évoquerai également un peu l’actualité et l’exode forcé des Rohingyas vers le Sud-est du Bangladesh où je me trouvais il y quelques mois. Je vais m’appliquer à être le plus exhaustif possible dans l’introduction car il est difficile de trouver des informations récentes en français a propos de ce pays.
Qui suis-je ?
Je m’appelle Maxime, j’ai 28 ans et j’ai déjà eu beaucoup d’occasions de voyager ou de passer du temps à l’étranger, notamment depuis avoir été diplômé d’école de commerce en 2013. J’avais déjà avant cette date réalisé un stage de trois mois au Maroc, et passé un semestre d’échange en Corée du Sud en plus de quelques voyages en Europe de l’Est notamment. Apres avoir passé deux ans en stage et apprentissage en région parisienne j’ai différé mon entrée dans le monde professionnel pour voyager un an en Asie avec l’argent que j’avais alors économisé. Apres mon retour en Europe, j’ai travaillé un peu plus d’un an en Italie dans une société de conseil mais ai été plus ou moins poussé vers la sortie car je ne manifestais guère d’enthousiasme quand il fallait « mapper des process target ». Apres cette expérience j’ai décidé de voyager de nouveau notamment en Iran et Asie Centrale. Tout cela pour dire que malgré mes voyages précédents, le Bangladesh a représenté un choc culturel plutôt corsé.
Pourquoi le Bangladesh ?
Le Bangladesh était l’un des pays auxquels je pensais pour finir mon voyage d’un an en Asie mais j’avais finalement opté pour un autre itinéraire. Je voyais aussi ce pays comme un test pour savoir si je pourrais être tenté également par un voyage en Inde, ne voulant pas aller dans ce pays pour seulement quelques semaines, mais n’osant pas me lancer pour plusieurs mois. C’était aussi l’occasion de découvrir un pays complètement ignoré des touristes et plus connu pour ses accidents industriels et pour favoriser l’insertion professionnelle des petits bouts de chou que pour ses paysages verdoyants ou des monuments classés a l’UNESCO.
Dans quel contexte s’est déroulé le voyage ?
J’ai décidé de me rendre en Australie pour réaliser un working holiday visa d’un an et me rapprocher de ma copine australienne rencontrée lors de mon précédent voyage en Asie centrale. Pour joindre l’utile a l’agréable j’ai voyagé environ deux mois entre la France et l’Australie, et me suis arrêté aux Emirats Arabes Unis, a Oman et au Sri Lanka avant de visiter le Bangladesh. Je voyageais donc seul avec mon sac-a-dos, sans guide, utilisant les transports en commun… A la routarde dirons-nous.
Informations pratiques
· Visa : disponible à l’aéroport pour une durée de trente jours pour les touristes français, il coute de mémoire 51 US dollars. On ne vous demande pas grand-chose mais on m’a demandé ou je comptais passer la nuit et ils ont même appelé mon hôte sur Couchsurfing pour vérifier. J’avais par ailleurs un vol de sortie au départ du même aéroport moins de trente jours plus tard.
· Météo : rien de particulier, chaud et humide au mois d’avril mais pas de pluies diluviennes ininterrompues.
· Transport : le pays étant très petit et dense, il est extrêmement facile de se déplacer même entre les petites villes ou villages. Il y a un nombre assez incroyable de bus sillonnant le pays à tombeaux ouverts pour les amateurs de sensations fortes. En ville on trouve des Rickshaws et des Tuktuks partout, et des taxis/tuktuks collectifs font la navette entre les villages pour un prix dérisoire. On y reviendra plus en détail par la suite.
Est-ce dangereux de visiter le Bangladesh ?
Le ministère des affaires étrangères déconseille fortement de se rendre dans le pays, qu’il classait en zone orange au moment de mon séjour. Il y a notamment eu une attaque dans un restaurant italien un an auparavant au cours de laquelle une vingtaine de personnes avaient péri. Il donne aussi des conseils pertinents en conseillant d’éviter les rassemblements politiques ou de grévistes car la culture politique locale est assez violente. En bref, je pense qu’ils font leur travail correctement en mettant en garde les voyageurs, un routard français ayant par exemple disparu peu de temps avant mon passage alors qu’il prévoyait de passer en Birmanie par voie terrestre ou par bateau ce qui est illégal et pas forcement intelligent.
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/bangladesh/#securite
Pour ma part, je ne me suis jamais senti en situation d’insécurité, bien que je n’eusse pas été a l’abri d’un mouvement de foule ou d’un accident de la route. Alors que l’islamisme représente apparemment un danger croissant, je n’ai pas vécu de situation inconfortable par rapport a la religion et les musulmans d’apparence les plus pieux, grosses barbes rousses, Kamis… se sont montrés sympathiques et chaleureux avec moi.
Quel est le niveau d’hygiène ?
Les phobiques peuvent je pense arrêter leur lecture ici car c’est certainement le pays le plus sale que j’ai visité jusqu'à présent. Des ordures partout, des villes poussiéreuses au possible, des draps d’hôtel aux taches suspectes, des chauffeurs de rickshaws qui font leurs besoins dans la rue… Par exemple, après une journée complète assis dans un bus, je me suis gratté le visage et mes ongles étaient noirs de saleté. J’imagine que ca doit être pareil en Inde.
Pour ma part, sans dire que la situation était excellente au niveau gastrique, je me contentais généralement de fumer une cigarette le matin avant de quitter l’hôtel, et j’étais tranquille pour la journée. Donc globalement, trois semaines dans le pays sans être trop malade, ce dont j’étais assez fier.
La minute chien errant
Religion musulmane oblige, ou bien trafic routier meurtrier, les rues ne sont pas envahies de chiens errants comme la Birmanie ou le Sri Lanka par exemple, et nos meilleurs amis ne représentent pas une menace quotidienne pour nos délicats mollets. Bien appréciable.
Comment et qu’est-ce qu’on y mange ?
Les gens mangent avec les mains mais vous pouvez facilement demander au moins une cuiller si cela vous dérange. En général, il est possible de se laver les mains au savon avant et après avoir mangé dans tous les restaurants donc ca va. La main droite sert à manger et la gauche à se débarbouiller le derrière (quasiment pas de petite douche dans les toilettes, plus généralement une petite carafe dans laquelle on puise).
Vous pouvez généralement choisir comme base soit du riz soit du pain (pratha, chapati…) généralement servi avec des currys de viande, de poisson ou de légumes. Vous pouvez également consommer du dhal (plat a base de lentilles un peu partout), des omelettes… Une grande variété de fruits est également disponible et vous pouvez acheter des noix de coco pour environ 0,5 euro la pièce. Pour le petit-déjeuner, l’un des plats les plus populaires est une sorte de samosa frit fourré à la patate, très bon mais brulant quand on mord dedans. Les Bangladais boivent également énormément de the dans de petits verres, avec ou sans lait concentré, au citron… Un verre de the coute généralement cinq takas, soit environ 0,06 euro. L’eau en bouteille se trouve partout à un prix raisonnable pour un touriste occidental, peut-être 0,4 euro les deux litres. On trouve de l’alcool dans quelques bars dans les grandes villes, ainsi que dans une poignée de magasins ouverts aux étrangers, mais la consommation reste très limitée.
Accueil de la population ?
Les Bangladais sont d’une gentillesse et d’une curiosité un peu envahissante avec les rares étrangers qu’ils rencontrent. Le fait d’être seul les incite je pense encore plus a vous aborder et vouloir passer du temps avec vous.
Cela peut être d’autant plus stressant que chaque personne rencontrée va au bout de cinq minutes vous demander votre numéro de téléphone, votre facebook, votre email, et vous appeler, écrire... chaque jour pour vous demander de vos nouvelles, comment vont vos parents... et ce pendant des mois après votre rencontre. Je fournirai des exemples un peu plus précis par la suite, notamment des captures d’écran de mon téléphone.
Cette situation pouvant être déjà pénible pour un garçon brun de taille moyenne et à la peau mate comme moi, j’imagine que cela serait surement bien pire pour une fille blonde par exemple et surtout non accompagnée. Je suis sur que des voyageuses intrépides s’y sont déjà rendues et ont apprécié leur séjour sur place mais je ne recommanderais pas ce pays a titre personnel pour une routarde seule. J’ai en un peu plus de trois semaines rencontré trois étrangers dans le Nord du pays, trois carabins anglais qui faisaient un stage de quelques mois dans un hôpital du pays, mais aucun touriste, donc je pense que les chances de se trouver un compagnon de voyage sur place sont assez minces.
Cependant pour rendre à César ce qui est à César, je me dois aussi de dire que les gens ont presque toujours été d'une grande gentillesse, ne m'ont presque jamais demandé de l'argent dans la rue, et m’ont paru être globalement très honnêtes avec les étrangers. Les Bangladais adorent par ailleurs Zinedine Zidane, qui s’est rendu dans le pays pour je crois des actions humanitaires, et dont le nom revient systématiquement quand vous dites être français.
Facile de communiquer avec la population ?
Comme dit un peu plus tôt les gens ne sont pas timides et rendent volontiers service. Beaucoup parlent un anglais assez basique, mais on trouve assez souvent des gens qui maitrisent cette langue couramment donc peu de soucis d’incompréhension comme en Chine par exemple. Je pense que l’arabe est également assez répandu dans la mesure ou des millions de Bangladais travaillent ou ont travaillé dans les pays du golfe.
Quel a été mon itinéraire ?
· Dhaka : 1 nuit
· Sonorgaon : 1 nuit
· Chittagong : 2 nuits
· Cox’s Bazaar : 2 nuits
· Ramu et Chittagong Hills Tracts : 4 nuits
· Bus de nuit entre Chittagong et Syhlet : 1 nuit
· Syhlet : 2 nuits
· Sri Mangal : 2 nuits
· Rajshahi : 3 nuits
· Bogra : 4 nuits
· Retour a Dhaka dans l’après-midi pour prendre l’avion vers 22h
Qu’est-ce que j’ai raté et pourquoi ?
Deux attractions touristiques majeures que je n’ai pas faites :
· Le parc national des Sunderbans, qui est la plus grande mangrove du monde à cheval sur l’Inde pour un tiers, et le Bangladesh pour le reste. On y trouve encore notamment une grande population de tigres du Bengale sauvages.
· Prendre le rocket boat pour une croisière fluviale entre Dhaka et Barisal. Le Bangladesh étant traversé par de multiples fleuves, il est recommandé d’effectuer un trajet sur un de ces bateaux à vapeur.
J’avais initialement prévu de débuter mon voyage au Bangladesh par ces deux attractions mais le temps était mauvais dans le Sud-ouest a mon arrivée et j’ai décidé de visiter le Sud-est en premier. Par la suite j’ai lu des avis assez mitiges de personnes ayant souscrit à des tours, nécessaires pour visiter ce parc national, et n’en ayant pas eu pour leur argent (environ 200 USD donc une somme coquette pour ce pays). Ils se plaignaient notamment de n’être pas allés en profondeur dans la mangrove et d’avoir surtout été conduit dans une sorte d’écomusée à proximité immédiate de la ville de Khulna d’où ils étaient partis. Etant seul et n’ayant rien réserve j’avais peu de chances de trouver un groupe prêt au départ sur lequel me greffer pour diminuer la note, et avec une agence sérieuse.
Est-ce que le Bangladesh ressemble à l’Inde ?
Je ne suis jamais allé en Inde, mais selon certains Bangladais qui s’y rendaient régulièrement pour leur travail, l’Inde est bien plus organisée et développée que leur pays.
Budget
C’est un pays extrêmement bon marché pour un voyageur, j’ai dépensé en 24 jours 29150 Takas, billets d’avion et visa exclus, soit environ 300 euros, ou bien 12,5 euros par jour. Je n’ai pas payé pour ma première nuit à Dhaka car j’ai fait du couchsurfing et ai été invité plusieurs nuits dans la région de Ramu. Le reste du temps, j’ai dormi dans des hôtels bon marché, mangé dans de petits restaurants et pris les transports en commun. J’aurais pu dépenser encore un peu moins mais j’ai fait quelques achats de vêtements pendant mon dernier jour, en prévision de mon année en Australie.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Du Sri Lanka, où je venais de passer environ trois semaines, je prends un avion pour Kuala Lumpur où une escale de quelques heures me permettra de prendre une correspondance et de rejoindre Dhaka. Premier constat, je suis le seul occidental dans la salle d'embarquement, et les Bangladais ont l'air surpris de me voir ici mais se montrent sympathiques et curieux. Une fois monté, je m'endors pour la grande majorité du vol et me réveille environ 20 minutes avant d'arriver à Dhaka.
Mon voisin profite de cet intervalle pour me poser les questions qui deviendront habituelles au cours de mon séjour, d'où je viens, ce que je viens faire là, est-ce que mes parents sont vivants... Il me demande aussi si je suis musulman et ma réponse négative semble le satisfaire, étant lui-même Hindu comme environ 10% de la population. Il me fait comprendre qu'ils n'aime pas beaucoup les disciples de Mahomet, pas de chance quand tu vis au milieu de 140 millions d'entre eux... Il insiste pour me donner l'equivalent d'un euro en monnaie locale et pour que je vienne lui rendre visite dans son magasin de Dhaka après avoir pris un certain nombre de selfies avec moi. Gentil, mais un peu bizarre quand même.
Dhaka
Je perds mon camarade au moment du passage de la douane, où les Bangladais s'engouffrent rapidement mais où les quelques etrangers présents dans l'aéroport doivent prendre leur mal en patience pour obtenir leur visa. Je dois perdre plus ou moins une heure avant de decrocher le précieux tampon. Apres celà, j'achète une carte sim et contacte mon hôte du site Couchsurfing que je dois retrouver un peu plus tard. Je quitte l'aéroport et décide de prendre un taxi ou tuktuk pour rejoindre le centre-ville où vit Mike, le Russe qui m'hébergera pour la nuit. Joute avec les chauffeurs de taxi présents, je finis par partir avec l'un d'eux, mais assez bizzarement, il ne conduit pas, et je me retrouve avec lui et deux autres Bangladais dans la voiture. Pas trop rassurant, mais je vois sur maps.me qu'ils ont bien mis le cap sur le quartier de Gulshan, en plein centre, où je dois aller.
Coup classique quand j'arrive, le type me demande plus d'argent que ce qui était plus ou moins convenu, mais je suis déjà dehors avec mon sac. Ça négocie, ça parlemente, des Bangladais qui parlent un peu anglais se joignent à la conversation qui est animée mais reste bon enfant. Je finis par donner 100 takas de plus au type mais je lui prends sa dernière cigarette histoire de le faire un peu chier quand même. Je suis à quelques centaines de mètres de chez Mike, mais ayant perdu trop de temps entre les formalités administratives, l'achat d'une carte sim, et la course en taxi, ce dernier est parti au travail et ne reviendra que deux heures plus tard. Une averse me pousse donc vers le premier restaurant où je mange un morceau et attend que ça passe.
Après cela, je décide de marcher un peu dans les alentours, et retrouve par hasard un des Bangladais qui m'avait aidé à parler avec le chauffeur de taxi. On marche un petit peu et j'essaie de comprendre son anglais assez basique. avant de se séparer il me demande mon numéro de téléphone et me demande "you love me?". Encore un gars gentil, mais un peu bizarre...
Je rejoins Mike, dépose mon sac, bois un café avec lui et souffle un peu. Il doit rencontrer quelqu'un un peu plus tard pour parler boulot, donc je sors manger et me promener aux alentours du lac et conviens de le retrouver un peu plus tard pour une bière.
Vendeuse de cigarettes, par paquet ou bien à l'unité
Les rues sont dans un état assez déplorable, surtout quand on sait que ce quartier est l'un des plus modernes de Dhaka
Street food locale, grasse mais pas mauvaise, j'ai gouté plusieurs plats dans la rue
Je retrouve Mike un peu plus tard, et j'effectue avec lui ma première course en Rickshaw pour rejoindre un bar. Il me raconte qu'un soir alors qu'il fumait de l'herbe dans la rue, il a rencontré un Ecossais passablement éméché aussi et ont décidé de faire une course de Rickshaw en promettant l'équivalent de deux dollars à celui qui pédalerait le plus vite. Imaginer cette scène m'a fait bien rire, bien que ce soit assez horrible quand on y pense. Nous buvons deux canettes de bières à environ cinq euros l'une si je me rappelle bien, pendant que Mike m'explique son ressenti dans ce pays. Il me confirme que les etrangers, même à Dhaka, sont une curiosité pour les locaux et reçoivent un traitement de faveur. Nous rentrons chez lui, où je m'endors du sommeil du juste.
Le lendemain je décide de prendre le bus pour Sonorgaon où il existe des bâtiments intéressants datant d'avant l'indépendance. Je marche jusqu'à un arrêt de bus d'où je monte dans un bus branlant direction la gare routière Sud. Plus d'une heure sera nécessaire pour parcourir quelques kilomètres dans le chaos ambiant, et je manque de me faire renverser en descendant du bus qui ne s'arrête pas mais se contente de ralentir. Je parviens à acheter un billet pour Sonorgaon, billet qui me sera facturé bien trop cher (le bus allant à Chittagong, je pense avoir payé le tarif complet jusqu'au terminus).
Sachant que le gouvernement français définit le Bangladesh comme un pays dangereux, et quitte à avoir une tête d'etranger, je décide de porter le turban que l'on m'a offert à Oman. Etranger oui, mais si possible arabe et musulman. Cependant, l'un des passagers du bus vient vers moi et commence à me parler en arabe, dialecte d'Oman svp, car il avait vécu de nombreuses années dans ce pays et avait reconnu le turban. C'est raté pour la discretion !
vision du chaos de la gare routière
L'opération turban fut donc un echec
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Ayant un peu trainé, à l'encontre de mes habitudes, avant de quitter Dhaka, puis ayant perdu du temps dans les bus pour rejoindre la gare routière puis la ville de Sonargaon elle-même, j'arrive en milieu d'après-midi, plus tard que je l'aurais souhaité.
Sonargaon est une ancienne capitale du Bengale qui recèle encore de quelques bâtiments historiques et d'un ou deux musées. Arrivé trop tard pour visiter tous les sites, je me dirige vers la vieille ville de Panam d'abord à pieds, puis dans un tuktuk car je ne trouvais pas le chemin et l'heure tournait. Arrivé sur place je donne 50 takas au chauffeur qui avait dit qu'il me prendrait gratuitement. Le prix de la course étant de dix takas comme je l'appris plus tard, cela a dû être une heureuse surprise pour lui.
Je me balade dans ce que je pensais être une ville assez étendue mais qui s'avère en fait être une assez longue rue bordée de vieilles maisons appartenant apparemment à des marchands hindus ayant fui le pays au moment de la partition de l'Inde en 1947 (A cette époque, le Pakistan et le Bangladesh formaient donc un même pays largement dominé par les habitants du Pakistan actuel, bien que séparé par plusieurs milliers de kilomètres et des différences culturelles. Le Bangladesh ne deviendra indépendant qu'au terme d'une sanglante guerre d'indépendance menée avec le soutien de l'Inde en 1971). Les habitants locaux s'étaient réfugiés en Inde, quand des millions de musulmans faisaient le chemin inverse vers le Pakistan.
Le manque de temps, la petite taille du site, et le stress de trouver un endroit où passer la nuit ne me permettent pas je pense d'apprécier pleinement les lieux. Je vois par ailleurs des femmes s'épouiller mutuellement près de la rivière ce qui m'a assez surpris je dois dire (sachant que je n'étais arrivé que la veille, j'étais encore en période de rôdage).
Je récupère mon sac laissé au guichet, marche un peu dans les alentours pour essayer de dénicher un endroit ou dormir. On me conduit dans une sorte de maison où on me propose une chambre basique sur le lit de laquelle reposaient une quantité de cerf-volants poussiéreux pour une vingtaine d'euros ce qui me fait gentiment rigoler. Je propose 500 takas, ce qui est dans les prix d'une chambre d'hôtel normale (6-7 euros) ce que la dame refuse. Je m'en vais sans qu'on cherche à me retenir.
La nuit se rapproche et je me remets en route vers la ville pour trouver autre chose quand un type m'appelle de son échoppe pour m'offrir un thé. Il tient une sorte de petite épicerie comme il y en a tant en Asie. Son fils est également présent et on discute avec un peu d'anglais. L'idée de passer la nuit chez eux commence à germer dans mon esprit. Ils finissent par me demander où je compte dormir et je leur propose de leur donner un peu d'argent pour passer la nuit chez eux, ce qu'ils acceptent malgré qu'ils aient l'air de trouver cela un peu bizarre.
Un autre de ses fils d'une quinzaine d'années est arrivé entre temps avec plusieurs de ses copains, et le père lui dit d'aller acheter un poulet pour le diner du soir. Je les accompagne et insiste pour acheter la bête encore vivante pour 200 takas (2,5 euros), que le vendeur tue à ce moment là. Nous sommes sur le retour quand nous sommes pris à partie par un "uncle" du gamin, chauffeur de tuktuk de son état, pour une raison que j'ai du mal à comprendre. Nous rentrons à l'épicerie, suivi de ce type qui invective le père de famille, ce qui me met assez mal à l'aise car je ne souhaitais pas créer de troubles pour ce dernier. Je finis par devoir aller au commissariat avec ce type plus le fils de la famille qui me fait office de traducteur sans savoir si j'allais revenir ou non. Le dîner que j'avais payé étant presque prêt, et ayant très faim, je suis passablement énervé.
J'arrive donc au commissariat de nuit avec mes deux camarades, et je suis conduit au chef de la police locale toujours sans savoir pourquoi. On me demande de laisser mon gros sac ce que je fais, ainsi que mon petit sac contenant mon appareil photo, ce que je refuse. Je leur explique de façon polie et respectueuse que mes objets de valeur étaient dedans. "Mais... nous sommes la police... on ne va pas essayer de te voler !", c'est peut-être vrai au Bangladesh, mais ce n'est pas universel malheureusement. On me présente finalement au chef qui parle très bien anglais et inspecte mon passeport. Les visas du Tadjikistan et de l'Ouzbekistan font notamment de moi quelqu'un d'assez "suspect" d'après lui, mais tous les pandores sont en fait aux petits soins, et m'offrent du thé et des gâteaux. Je reçois finalement l'autorisation de dormir chez mes hôtes, et suis raccompagné par deux tuktuks plein de flics armés jusqu'aux dents pour ma protection. Merci pour la discretion les gars ! Ils me laissent à l'épicerie après m'avoir demandé mon facebook.
Je finis par pourvoir dîner avant de partager un lit avec deux des fils du taulier. Ce premier jour complet ne fut pas non plus de tout repos.
Je me mets en route le lendemain pour Chittagong après donné une douzaine d'euros au père de famille pour les remercier. Retour à la gare routière et achat du billet de bus.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Avant de penser voyager au Bangladesh, je ne connaissais que deux villes de ce pays, la capitale Dhaka, et Chittagong. Cette dernière avait en effet fait parler d'elle et pas pour de bonnes raisons, il y a une dizaine d'années. C'est ici que le porte-avion Clémenceau, renfermant probablement une bonne dose d'amiante, devait être démantelé dans des conditions de travail certainement loin des normes de sécurité européennes.
Bref, j'arrive à la gare routière, et maps.me m'indique le chemin à suivre pour me rendre à l'hôtel Al-Faisal repéré sur wikitravel. Il se situe a environ deux kilomètres et je décide donc de marcher jusque là-bas comme j'aime le faire quand je voyage. Je le trouve assez facilement après une marche assez désagréable en raison du traffic. On me propose une première chambre dont l'odeur est difficillement supportable et que je refuse, puis une seconde pour le même prix, que j'accepte sans qu'elle sente la rose non plus. Je me douche et me repose un peu avant de sortir dîner à proximité.
Après cela, je demande des informations aux deux réceptionnistes, très amicaux et parlant bien anglais, comment rejoindre les casses de navires le lendemain. Ils m'indiquent où prendre le bus et écrivent ma destination en Bengali sur un morceau de papier.
Le lendemain je parviens donc en bus et sans encombre à destination et rencontre un comptable qui travaille sur un de ces sites. Il semble avoir du mal à croire que je suis un touriste et non un journaliste, qui ne sont pas les bienvenus. Il m'accompagne et me montre une petite porte sur un côté qui me permet de rejoindre la plage d'où je peux observer les bâteaux.
Ce que je découvre est un spectacle assez beau dans sa désolation je dois dire, et fait clairement relativiser sur nos conditions de travail en France. Les gars qu'on aperçoit sur la seconde photo me font signe de dégager car les appareils photo comme les journalistes ne sont pas les bienvenus. Je rencontre et discute avec un groupe de lycéens en train de zoner qui me montrent ensuite les environs.
Après être rentré en ville et repassé par mon hôtel, je décide de me promener un peu en ville et d'aller voir une université qui s'avèrera fermée au public. Nouveau groupe d'adolescents qui veut que je les prenne en photos et les leur envoie sur une application appelée Immo ou Imo que tout le monde utilise dans le pays. J'irai ensuite manger au même endroit où un type me demandera si je suis marin et ouvrira de grands yeux en apprenant que je suis un touriste.
Pied à terre dans les montées pour pousser le Rickshaw
La chèvre voulait boire dans la tasse de ce gars, ce qui faisait bien rire tout le monde
Un petit pipi rapide
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Bonjour Maxime,
Merci pour ce partage. Votre carnet est passionnant, riche en informations et resentis et les photos sont superbes! J'attends la suite avec impatience!
Marie
Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve.
Départ de Chittagong pour Cox's Bazar, le trajet en bus prendra environ trois heures. Je prends place à l'avant du bus et suis rejoint par un homme d'une petite trentaine d'années. Il place son jeune fils sur ses genoux où il s'endormira paisiblement, et son coq à côté de mon sac. Il me dit qu'il vit à Ramu, près de Cox's Bazar, qui compte une forte minorité bouddhiste à laquelle il appartient.
Le coq et mon sac Quechua
Pour en revenir à Cox's Bazar où j'arrive sans encombres, cette ville, et le district du même nom, sont au coeur de l'actualité car c'est là que les réfugiés Rohingyas se concentrent en grande majorité depuis quelques mois.
Source wikipedia pour rappeler l'histoire de la ville:
"La région de Chittagong, y compris Cox's Bazar, est sous la domination des rois d'Arakan du ixe siècle à sa conquête par les Moghols en 1666. Pendant un voyage à Arakan, le prince moghol Shâh Shujâ passe par Cox's Bazar et est captivé par la beauté de la région ; il commande à ses forces, dont mille palanquins, de s'y installer temporairement. Il existe aujourd'hui un lieu appelé Dulahazara, signifiant « mille palanquins ». Après les Moghols, la région est sous domination tipra, puis arakan à nouveau, suivi des Portugais puis des Britanniques.
Le nom de Cox's Bazar vient du nom de famille d'un officier de la Compagnie anglaise des Indes orientales, le capitaine Hiram Cox, surintendant de Palonki (aujourd'hui Cox's Bazar), après que Warren Hastings devient gouverneur du Bengale à la suite du passage de la British East India Company Act en 1773. Cox fut choisi pour s'occuper d'un conflit de longue durée entre les réfugiés Arakan et les Rakhains locaux. Il fait progresser la réinsertion des réfugiés de la région, mais meurt en 1799 avant d'avoir fini son travail. Pour commémorer son rôle dans ce projet, on monte un marché/bazar nommé en son honneur. La thana de Cox's Bazar est établi en 1854 et la municipalité en 1869"
On se trouve donc dans une zone culturellement et historiquement à cheval entre les mondes birmans et bouddhistes, et bengalis hindus/musulmans de l'autre.
Pour ma part, je me trouve un peu dufficilement un hôtel au prix raisonnable, et décide d'aller voir la fameuse plage qui se trouve être la plus longue plage du monde avec plus de 120 kilomètres de long. Je vois quelques etrangers, sûrement expatriés venus se détendre, mais la grande majorité des gens présents sont des Bangladais. Et on se baigne tout habillé s'il vous plait.
Sur la plage se trouvaient de nombreux photographes qui réalisaient des portraits de leurs clients avant de leur partager les photos sur des cartes sd ou via bluetooth. Chaque photo était facturée environ 5-10 centimes il me semble.
J'ai aussi l'occasion de visiter la ville qui compte quelques temples bouddhistes de style birman mais sans charme particulier et où des gens vous suivent en vous réclamant un pourboire pour avoir gardé vos chaussures à l'entrée ou tenu la jambe au long de votre passage.
Le reste de la ville n'a rien de particulier mais on lit la proximité de la Birmanie sur les visages, dont les traits se font plus asiatiques et sont souvent recouverts de Tanaka, cette sorte de pâte jaune à base d'écorce qui sert à la fois de maquillage et de protection contre le soleil dans le pays voisin.
Bon voilà, et vu que je n'aime pas aller à la plage je décide de visiter la ville de Ramu le lendemain.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Bonjour Maxime,
un mot merci !!!
Je voyage tous les ans en Inde, l'année dernière dans west bengal où les touristes ne viennent pas et les habitants ont souvent été surpris de voir une femme seule visiter cette région et heureux de venir échanger quelques mots Les villes sont très polluées mais j'ai toujours trouvé un hôtel et assez propre. J'ai l'impression d'après ton carnet que les conditions de vie sont encore plus dure au Bangladesh qu'en Inde même dans ces contrées.
Je te remercie de nous faire parcourir ce pays en détail où l'on ne franchit pas souvent la frontière. On voit bien la vie quotidienne à travers tes photos .
vivement la suite !!
mariejo
Qui a l'habitude de voyager sait qu'il vient toujours un moment où il faut partir...
Paulo Coelho
Merci pour ton retour, je ne sais pas si cela te tenterait comme voyage, ça serait intéressant de comparer avec l'Inde, et en particulier l'état du Bengale, où je ne suis pas allé personnellement. Bon après encore une fois je ne suis pas sûr que je recommenderais ce pays à une femme seule, pas car elle courrait un plus grand danger qu'en Inde je pense, mais en raison de l'attention qu'elle recevrait en permanence. Après chacun est libre de faire ce qu'il veut [:P]
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Je ne me doute pas encore en prenant un tuktuk (ils appellent ca des CNG au Bangladesh, je viens de me souvenir) pour la gare routière que je viens de débuter la journée la plus importante de mon voyage au Bangladesh. Arrive a destination, je monte dans un minibus en partance pour Ramu et les villages des alentours. Mon voisin, air d’étudiant attarde, sac en bandoulière plein de papiers et lunettes vissées sur le nez (très rare au Bangladesh), contre lequel je suis serré, me demande combien on m’a demandé de payer pour ce trajet d’environ 16 kilomètres. Quand je lui réponds 30 takas, environ 40 centimes donc, il se met en colère et me dit que cela ne devrait pas excéder 25 takas, qu’on profite de moi car je suis étranger… et qu’on va l’entendre.
Arrivés a Ramu, je m’extraie difficilement du minibus plein à craquer, suivi de ce gars que j’appellerai Reza, car nous avons fait un certain nombre de trucs illégaux ensemble par la suite. Une discussion s’ensuit entre lui et le chauffeur et je paie finalement 30 takas et lui 20, 50 pour tous les deux donc. « Je te dois cinq takas, tu veux boire un thé ? ». Reza vit dans un village un peu après Ramu, mais est descendu pour ne pas que je me fasse délester de cinq beaux centimes durement gagnés et surement aussi un peu par curiosité devant ce touriste a la tête d’espion israélien. Nous buvons un thé, puis deux, tout en fumant copieusement, un de ses amis croisé par hasard se joint à nous. C’est un ancien soldat du génie, passionné de littérature et notamment admirateur de Victor Hugo. Reza qui effectue des recherches ici dans le cadre de son doctorat commence à m’expliquer avec passion et moult détails l’histoire de la région et la progression de l’islam dans cette terre qui fut autrefois très majoritairement bouddhiste. Il est lui-même issu d’une minorité ethnique et sa famille ne s’est convertie à l’islam qu’assez récemment. Il me parle aussi brièvement de la colonisation de la région par nos amis anglais, toujours si doués pour le commerce, et qui auraient échangé aux populations locales des bibles, contre à peu près tout ce qui avait de la valeur.
Pour la première fois depuis mon arrivée, j’ai une discussion poussée et vraiment intéressante avec une personne du cru, oubliés les « comment s’appelle ton père ? », « tu aimes le cricket ? »… Il explique par exemple à ma demande pourquoi les rickshaws électriques, très répandus par ailleurs, sont interdits sous peine d’amende. Le gouvernement subventionne ainsi l’électricité pour favoriser l’activité économique en la vendant probablement à perte, et les rickshaws représenteraient une industrie bien trop gourmande si on les laissait faire, rien qu’à Dhaka, on ne compterait pas moins de 500.000 de ces vélos-taxis.
Au bout d’un moment il m’invite à venir chez lui a quelques kilomètres de la, et m’explique que c’est un lieu tranquille ou il peut écrire et faire ses recherches au calme. Je le suis dans la mesure ou je lui fais confiance car il n’y a pas d’arnaque à touristes dans les pays ou il n’y a pas de touristes. Si j’avais encore des doutes, ils s’estompent immédiatement en arrivant chez lui et en voyant la quantité de livres empilés un peu partout. Bien qu’il soit assez occupé, il m’offre de me faire visiter les alentours car je suis étranger. Nous nous rendons chez un autre de ses amis, qui se trouvera être aussi son fournisseur d’alcool, pour lui emprunter sa moto. Il me propose ainsi d’acheter de l’alcool de riz ensemble et de partager les frais, ce que j’accepte avec quelques réserves et avec l’impression qu’il ne me dit pas tout non plus. Nous partons ensuite a deux sur la moto avec je pense une curiosité mutuelle mais aussi quelques doutes sur les motivations de chacun. Il finira par exemple par me demander si je ne suis pas juif, bien que cela n’eut pas posé de problème avec lui je pense.
Chez Reza
Nous parcourrons la campagne et visitons un certain nombre de sites tout en discutant. Ce qui est frappant au Bangladesh, c’est le contraste entre la crasse de ses villes poussiéreuses, et la beauté de ses campagnes d’un vert presque fluo grâce surement a la seule richesse du pays, ses nombreuses rivières. Nous nous arrêtons également dans la ville de Ramu ou je visite un temple en sa compagnie et ou l’ambiance est beaucoup plus recueillie et agréable qu’a Cox’s Bazar.
La majorité des temples bouddhistes de Ramu a été brulée lors de violences inter-religieuses en 2012. En gros, une fausse image d'un Coran désacralisé, posté sur un faux compte facebook dont le profil semblait appartenir à un homme de confession bouddiste a conduit une foule en colère de 25.000 personnes a attaquer des lieux de culte non musulmans. Bref, tout ça pour dire que même si les gens ont toujours été gentils et accueillants avec moi il peut parfois suffir d'une étincelle.
Wikipedia :
The 2012 Ramu violence refers to a series of attacks on Buddhist monasteries, shrines, and houses of Buddhist inhabitants in Ramu Upazila in Cox's Bazar District in Bangladesh by local mobs on the midnight past 29 September 2012. The mobs destroyed 12 Buddhist temples and monasteries and 50 houses in reaction to a tagging of an image depicting the desecration of a Quran on the timeline of a fake Facebook account under a Buddhist male name. The actual posting of the photo was not done by the Buddhist who was falsely slandered. The Buddhist was innocent of the accusation. The violence later spread to Ukhia Upazila in Cox's Bazar District and Patiya Upazila in Chittagong District where Buddhist monasteries, Sikh Gurudwaras and Hindu temples were targeted for attacks.
Nous rentrons dans son village et buvons une partie de l’alcool de riz. Il me propose de passer la nuit là-bas mais je décline poliment son offre car toutes mes affaires sont restées a ma Guest House, mais promet de revenir le lendemain si son offre tient toujours. Il accepte mais insiste pour me donner la moitié de l’alcool restant avant de me raccompagner au départ des bus.
Arrivé à la gare routière de Cox, un chauffeur de CNG essaie de m’arnaquer et offre de me prendre pour dix fois le prix, 100 takas au lieu des 10 habituels pour rejoindre la ville. Je rigole et lui tape dans le dos avant de partir avec un autre, ce qui fait rire ses confrères. Je décide de manger rapidement près de ma Guest House, quelques œufs et des galettes, dans une gargote dont le patron tout heureux d’avoir un client étranger me prend par la main et insiste pour me montrer les cuisines et en inspecter la propreté. Curieux que mon estomac ait si bien tenu le coup dans ce pays…
Le lendemain, check out et départ pour le village de Reza dont il m’avait écrit le nom en Bengali pour le chauffeur de bus. Je retrouve péniblement sa maison grâce à maps.me, ainsi que son locataire tout surpris de me voir revenu. Il ne pensait pas que je tiendrais parole, et c’est je crois a ce moment la que j’ai pleinement gagné sa confiance.
Deuxième acte illégal après nous être procuré de la goutte locale, Reza me propose de me rendre toujours en moto et avec le plein de la veille dans une zone interdite aux étrangers. En effet, cette zone frontalière délimitée de façon un peu floue entre la Birmanie et le Bangladesh a été un facteur d’instabilité. On parle beaucoup du problème des rohingyas coté birman, mais le Bangladesh n’a pas été en reste non plus avec les populations bouddhistes, culturellement plus proches de la Birmanie. « Silence, on tue » ca s’est passé des deux cotés de la frontière, bien que surement dans une proportion moindre qu’au Myanmar.
Casque sur la tête et lunettes de soleil pour me camoufler le visage, nous parcourrons de nouveau la campagne, prémices des Chittagong Hills Tracts dont les douaniers m’avaient bien précisé de me tenir éloigné en me délivrant mon visa quelques jours plus tôt. Reza me dit aussi qu’il est d’accord de m’emmener dans cette zone qu’il connait bien et a sillonné dans tous les sens pour ses recherches car j’ai la peau mate, une taille moyenne et un physique passe-partout. Nous convenons aussi d’une histoire selon laquelle nous nous serions rencontres quelques années plus tôt lors d’une conférence en Allemagne a laquelle il avait participé. Nous passons les check points de la police sans nous arrêter et nous retrouvons dans la zone interdite. La culture principale est le tabac et Reza s’arrête pour discuter avec un fermier et demander le chemin, mais c’est en fait un test pour vérifier que ce dernier ne soupçonne pas que je suis un occidental. Test réussi haut la main.
Nous rentrons au village et retrouvons son ami admirateur de Victor Hugo pour diner et finir l’alcool, ce qui tombait bien dans la mesure où je fêtais mes 28 ans ce jour-la. Reza me raconte alors tout ce qu’il ne m’avait pas dit la veille, qu’en plus d’être étudiant, il est aussi journaliste et a donné de sa personne pour écrire des articles passionnants. Il s’est par exemple rendu illégalement en Inde a Calcutta et s’est fait passé pour un membre d’une mafia locale pour vivre dans un bordel pendant six mois et raconter le quotidien de ces femmes dont il aurait aidé plusieurs d’entre elles a en sortir par la suite.
Il me propose une autre aventure pour le lendemain, aller visiter et dormir dans un village de l’ethnie Chakma, la plus importante de la région, et ce a un jet de pierre de la frontière birmane.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Passionnant ton carnet de voyage. Cela fait 3 ans que j'hésite à partir dans ce pays. j'ai acheté le seul guide existant "le petit futé".
tu confortes mon hésitation d'y aller en femme seule. il va falloir que je me trouve un accompagnateur
Ceci dit, voyager en inde, pays dont tu parles et que je connais bien, n'est pas non plus de tout repos, surtout pour une femme.
En tout cas, continue de nous régaler par ton récit
laurence
Top ce carnet [:)]
Je connais bien l’Inde mais je ne me suis jamais intéressé à ce pays à part un livre que j’avais lu (et que je recommande) : Bangladesh Rickshaw.
C’est un européens qui traverse le pays en Rickshaw et rejoint pendant un certain temps la communauté.
Retour à Ramu pour prendre un premier camion/bus, on ne se parle pas avec Reza pour ne pas attirer l’attention, mais il écrit à un moment donné sur son téléphone que son contact dans la dernière ville avant la frontière nous attend. Nous changeons de bus et finissons par arriver sans encombre dans cette dernière, qui a l’atmosphère particulière un peu far-west qui caractérise ces endroits du bout du monde a cheval sur plusieurs pays et aires culturelles. Je baisse la tète et suis Reza de près jusqu’à un magasin ou nous retrouvons son ami/contact. Nous buvons le traditionnel the et attendons que le contact de notre contact se manifeste. Reza me demande si j’ai des petites coupures avec moi pour payer les villageois pour notre nourriture… et je lui réponds que non car je les ai dépensées pour payer les bus. Je lui donne un ou deux billets de 50 Takas en lui demandant d’acheter des cigarettes qui sont souvent le meilleur moyen de se faire des amis en Asie.
Nous retrouvons finalement le villageois qui va nous accompagner, petite cinquantaine et figure rusée de trafiquant d’opium. Il n’y a plus rien d’indien dans son visage. Il flaire qu’il se trame quelque chose de louche et pose des questions a mon sujet. Reza lui explique que je suis issu de la bonne société de Dhaka et ai été élevé et éduqué en ne parlant qu’anglais, explication un peu fumeuse qui n’a pas l’air de convaincre son interlocuteur qui garde un sourire en coin. Nous nous installons dans un tuktuk, Didi le villageois à l’avant, Reza, son ami et moi a l’arrière. On me fait assoir au milieu des deux autres et Reza m’enfonce sur la tete la casquette de son ami après m’avoir dit de ne pas parler et que maintenant je devais lui faire confiance. Un peu stressant.
Nous arrivons dans un village, payons le chauffeur du tuktuk qui semble lui aussi soupçonneux. Reza lui demande son numéro de téléphone et lui dit que nous le recontacterons le lendemain pour revenir, ce que nous ne ferons pas. Reza me dit alors « bienvenue en Birmanie, j’espère que tu es prêt car nous allons rester un mois ici », gros coup de pression, car je n’ai pas mes affaires avec moi, je n’ai dit a personne que j’allais disparaitre pour plus de deux ou trois jours, que mon visa aura expiré d’ici-la et mon avion pour l’Australie ne m’aura pas attendu. Il faut aussi savoir que Reza a passé illégalement six mois en Birmanie avec les rebelles du Nord du pays dans le cadre de son activité de journaliste, ce qui rend ce qui s’avèrera être une blague suffisamment crédible pour que je m’en inquiète.
Arrivés chez lui, Didi nous sort une bouteille de rhum birman de derrière les fagots et nous fait servir une collation par sa femme Dada. On me dira ensuite que Didi veut dire « frère »et « Dada »sœur. On fume, on discute, Reza est ravi de venir dans ce village pour la première fois et restera en contact avec ce gars pour ses incursions futures. On se croit dans un autre pays, les gens sont différents, des autels bouddhistes sont présents dans chaque maison, des cochons se baladent en semi-liberté autour des maisons, et l’alcool est consommé ouvertement.
Reza essaie de glisser un billet dans la chemise de Didi pour le dedommager, ce que ce dernier refus et il s'ensuit une affrontement burlesque de cinq minutes jusqu'a ce qu'il capitule enfin
C'est le genre d'endroit ou tu n'achetes pas ta viande a carrefour et tu dois la tuer toi-meme
On demande au fils de la maison de me faire visiter le village et nous partons ensemble. Il croise un voisin qui parle un peu mieux anglais et se joint à nous. Les deux me demandent d’où je viens et je finis par lâcher le morceau en leur demandant d’être discrets (le gouvernement français parle de risques d’enlèvement dans cette région, en plus qu’elle soit interdite aux étrangers) mais ils le disent a tous ceux que l’on croise en chemin et se joignent également a nous. On me conduit a l’école locale, ou le seul Bengali du village fait a la fois office de docteur et de professeur. C’est quelqu’un de touchant qui, on me le dira par la suite, vit dans ce village depuis une vingtaine d’années sans rien gagner (je ne sais pas si c’est une expression ou bien si c’est littéralement vrai). Il parle anglais, me fait apporter une chaise par l’un des gamins, puis demande a un autre de grimper a l’un des cocotiers qui se trouve dans la cour et de m’en décrocher deux de ses fruits. Je m’assois cérémonieusement, de même que le professeur et boit le lait de mes deux noix de coco sous le regard bienveillant de tous les élèves. Je retourne avec mes deux accompagnateurs vers la maison, passablement ballonné par tout ce que je viens de boire.
A gauche Nirmol qui m'offrira l'hospitalité, et a droite le fils de Didi
Devant l'école
Le soir après le diner, les deux jeunes m’emmènent au temple du coin qui semble être aussi un lieu de rassemblement et de socialisation pour les jeunes du village. Des jeunes sont notamment en train de danser un peu à l’extérieur. Je passe la nuit chez le voisin de Didi qui m’a invité à dormir.
Je pars marcher le lendemain avec Reza et mon hôte dans les collines alentours. Beaux paysages vallonnés et tropicaux ou nous croisons parfois une maison ou une jeune femme avec son enfant. Il fait très chaud et humide et je commence a suer a grosses gouttes et a devenir rouge. Nous nous trouvons au somment d’une colline d’où nous pouvons voir la Birmanie a quelques centaines de mètres, il serait surement facile de passer la frontière dans l’illégalité a cet endroit comme de nombreux habitants font pour aller vendre ou acheter divers produits de chaque cote de la frontière.
Un peu plus tard, catastrophe, nous croisons une patrouille de trois gardes-frontières. Nous gardons notre sang-froid, leur serrons la main avec de grands sourires et Reza leur explique que nous travaillons ensemble a l’université. Ils ne parlent pas anglais donc je ne saisis pas la teneur de toute la conversation mais nous repartons sans problèmes et rallions de nouveau le village. Nous devons attendre plusieurs personnes pour quitter la zone.
Nous attendons longtemps, Reza va aux nouvelles pendant que je discute avec les professeurs de l’école, le Bengali et un assistant de l’ethnie locale. Je sens un peu de tension chez Reza, quand les autres arrivent en moto. Et la, il ne se passe rien, l’attente continue sans que je sache pourquoi, je commence a me dire que nous allons dormir de nouveau ici et m’en ouvre a Reza. C’est alors que nous nous mettons en route. Je bataille avec la maitresse de maison pour lui donner un peu d’argent comme Reza l’avait fait la veille avec son mari. J’avais auparavant donné au jeune homme qui m’avait offert l’hospitalité et au professeur les billets des pays que j’avais traverse en chemin (émirats, Oman, Sri Lanka et Malaisie) en souvenir et n’ayant rien d’autre, geste minime mais qui fut apprécié. Didi nous offre chacun une noix de bétel en partant, que je prends mais que je jetterai hors de sa vue, suite a une expérience malheureuse avec cette plante aux Philippines quelques années plus tôt (disons que c’était la première fois que je vomissais le soir de Noel).
Premier constat, nous partons sur trois motos mais pas ensemble. On me fait monter sur la même moto que deux frères au physique très Bengali, pendant que les membres des minorités ethniques suivront a distance. Je remarque également que le chemin emprunté n’est pas le même qu’a l’aller. Un peu étrange mais je ne pose pas encore de question. Les deux frères me déposé chez un membre de leur famille a plusieurs kilomètres de la qui me fait rentrer dans sa maison. Il est fan du Real Madrid et du grand Zinedine Zidane dont je suis un peu l’émanation sur place. Au bout d’un moment les autres nous rejoignent, et je pars avec l’un d’eux. Nous roulons pour arriver au bord de la mer a peut-être 20 ou 30 kilomètres de Cox’s Bazar, ou on me dit qu’il n’y a plus de danger. Nous prenons un thé tous ensemble dans un hôtel de standing pour 20 centimes pièce, un prix exorbitant pour le pays. J’invite tout le monde de bon cœur bien évidemment.
Le fin mot de l’histoire sera qu’une patrouille de gardes-frontières avait été attaquée ce jour-ci dans la région et que la tension était soudainement montée d’un cran, et les mesures de sécurité renforcées non seulement avec la Birmanie mais aussi avec l’Inde, ce qui aura son importance par la suite.
Je pars avec Reza et nous prenons un Tuktuk pour Cox’s Bazar ou nous passerons la nuit chez des connaissances, qui nous servent à diner et nous attribuent une pièce de leur logement mais situé en dehors du corps principal de l’appartement. Nous n’avons donc pas accès aux toilettes. Assoiffé comme je l’étais j’ai bu beaucoup bien fraiche et ce qui devait arriver arriva, l’envie irrépressible de pisser me vint. Pas de problème selon Reza, il me propose de monter sur le toit pour faire mes besoins et fumer une dernière cigarette, a Rome, fais comme les Romains. Je commence a me soulager quand quelqu’un arrive ce qui me met un peu mal a l’aise, bien qu’il n’y ait pas de problème, et Reza lui explique que je suis français, probablement le premier qu’il rencontrait, donc j’ai moyennement dû contribuer a notre réputation ce soir la.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Retour a Ramu avec Reza qui me propose de rester encore un peu chez lui. Le 14 Avril est le jour du Nouvel an Bengali donc nous nous rendons encore une fois dans la ville de Ramu pour assister aux celebrations . Nous faisons aussi un detour par l’atelier de reparation de motos ou le bolide de Reza est remis en etat.
Juste en face, un type casse des briques avec un marteau. Les briques sont produites partout au Bangladesh et servent notamment au soubassement des routes, je mettrai des photos d'un "Bricks field" que j'ai visité à la fin de mon séjour plus loin dans le carnet
Quelques photos de la ville :
Sous les pavés la plage...
Ces deux peintures commémorent la lutte pour l'indépendance du peuple Bangladais contre le Pakistan en 1971. La guerre a été extrêmement meurtrière et ne s'est achevée qu'avec le soutien massif de l'armée indienne.
Les festivités du nouvel an battent leur plein dans un espèce de terrain vague, les gens ont revétu de beaux costumes et se rassemblent pour profiter de ce jour férié.
Je me suis offert un tour de montagnes russes locales, actionnées manuellement par deux hommes pour le plus grand plaisir d'enfants surexcités.
Le clou de la cérémonie devant être leur suspension sous la peau à des crochets par un groupe d'hommes, qui devaient ensuite tourner autour d'un mat. Ça avait l'air assez gore, mais j'avais envie de voir ça. Les types passaient en attendant dans la foule pour récolter de l'argent, avant de finalement se dégonfler pour une raison inconnue sans faire couler leur sang.
Toujours intéressant cependant de voir ce genre de fêtes où les gens passent du bon temps. Il y avait notamment un concours de chant pour les enfants, divers étals de nourriture... Le soir tombe et Reza me dit qu'il n'est pas sûr pour les étrangers de rester à Ramu quand il fait sombre car les émeutes anti-bouddhistes de 2012 ont amené des journalistes et humanitaires occidentaux dans la zone et nous sommes vus par les musulmans intégristes comme ayant un parti pris à leur encontre. Je n'ai pas senti d'animosité mais je lui fais confiance et nous rentrons donc au bercail.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Merci pour votre retour Marie, ça me rassure, j'avais un peu l'impression de pleurnicher haha mais ça a été intense comme voyage [;)]
Ben non, bien au contraire!! Tu racontes tes craintes, tes doutes, tes stress, tes questionnements mais tout en gardant toujours la volonté de découvrir et de faire confiance à l'Autre. J'aime ça. Et quelle chance et chouette expérience que ta rencontre avec Reza! J'imagine que sans lui, ton voyage et ta découverte du pays aurait été bien différente!!
Et les photos sont vraiment réussies!
Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve.
Un carnet de voyage, hors des sentiers battus, comme je les aime... même si je n'en ferai pas le dixième!
C'est vivant, au plus près de la vie réelle, très bien illustré.
Reza, encore lui, m'avait offert de m'emmener dans le parc national des Sunderbans, célèbre pour ses tigres, à condition que je couvre ses frais pour s'y rendre et revenir ici ensuite. Il connaissait en effet des scientifiques travaillant dans une base militaire avancée au coeur de la jungle. Il estime les frais à environ 70 euros par personne, soit bien moins que le prix d'un tour organisé et avec la quasi certitude de vivre une aventure peu banale, je suis donc emballé par l'idée. Nous avions convenu de nous arrêter par Dhaka, étape quasi obligatoire, et d'en profiter pour acheter de l'alcool dans les fameux magasins réservés aux étrangers. Je suggère d'apporter avec nous également trois ou quatre cartouches de clopes pour ces soldats et scientifiques oubliés dans la mangrove. Quelle entrée triomphale nous eûmes faite !
Malheureusement, son contact lui écrit alors que nous étions prêts à partir, pour lui dire que les mesures de sécurité à la frontière ont été renforcées et qu'il est impossible d'amener un étranger. Nous nous séparons donc à Ramu, à regret au moins pour ma part, et le laisse retourner à ses livres, pendant que je monte dans un bus pour Chittagong. De là après quelques heures d'attente, je prends un bus de nuit pour Sylhet, dans le Nord-est.
Arrivé de bon matin, je prends une chambre à l'hôtel Abu Humza près de la gare routière, et m'endors pour quelques heures. Sylhet est une ville pas désagréable pour le Bangladesh, et bien qu'elle soit la troisième ville la plus peuplée du pays, elle ne compte qu'un peu plus de 500.000 habitants. C'en est apparemment aussi l'une des villes les plus riches (/les moins pauvres) en raison d'une forte diaspora présente au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. J'ai par exemple demandé de l'aide à un jeune type pour monter dans le bon bus et ce dernier m'a, à ma grande surprise, répondu avec un très fort accent anglais.
Pour décrire rapidemment cette ville, elle s'étend le long d'un fleuve que l'on peut traverser en barque ou sur un vieux pont, compte plusieurs mausolées de saints musulmans et peut servir de base pour explorer les environs. Je ne sais pas pourquoi je l'ai trouvée moins oppressante que d'autres villes parfois plus petites.
Le reste de ma journée se déroulera comme suit : je passe le pont pour rejoindre le centre-ville, je me promène un peu avant de rallier le mausolée, puis revient en faisant une boucle et en longeant la rivière.
Quelques photos:
Comme dans d'autres pays asiatiques, beaucoup de femmes travaillent dans la construction
Deux photos du mausolée, j'ai vu une femme à poil gueuler dans son enceinte mais ça n'avait pas l'air d'offusquer qui que ce soit. Cet endroit m'a en effet semblé drainer tous les invalides et handicapés de la ville donc ça ne devait pas être inhabituel.
Retour dans la ville profane :
Combat de chèvres dans l'indifférence générale
Je mange un petit quelque chose au bord du fleuve avant de retourner à mon hôtel
Je profite du wifi disponible dans le lobby de l'hôtel, ce qui est suffisamment rare pour être signalé pour répondre aux messages reçus pour mon anniversaire et discuter avec un de mes amis. Un Bangladais en manque d'attention commence à me parler ce dont je n'ai pas du tout envie, puis il me montre une vidéo de lui en train de monter dans un avion et d'y assoir, scène passionnante et filmée de bout en bout. J'essaie de lui faire comprendre mon manque d'intérêt mais c'est peine perdue donc je retourne dans ma chambre. Il aura réussi à me soutirer mon facebook, dont je le supprimerai sans remord le lendemain. Erreur de débutant vite corrigée, j'ai oublié de le bloquer ce dont il profitera pour m'appeler deux fois, ce qui m'exaspère.
Je dîne dans un restaurant assez fréquenté à proximité de l'hôtel et qui deviendra ma cantine. Le gars a la caisse a vécu à Manchester où il travaillait dans un MacDo. Je lui dis que je ne suis jamais allé au Royaume-Uni ce qui le surprend beaucoup, et lui demande des conseils sur quoi visiter aux environs et comment m'y rendre. Le service est irréprochable et je suis à chaque fois conduit dans une sorte de pièce fermée par un rideau où je suis tranquille.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Bonjour Laurence, merci pour ton retour. C'est en effet un pays qui n'est pas de tout repos quand on est seul, je suis sûr qu'à deux c'est plus facile. Après j'ai jeté un oeil a ton profil et tu as l'air d'être une voyageuse experimentée donc tu t'en sortirais surement seule. Je n'ai jamais voyagé en Inde, mais j'imagine qu'il doit y avoir moyen de souffler ou de visiter des regions moins surpeuplées que d'autres, quand le Bangladesh m'a donné l'impression d'être une ville qui ne s'arrête jamais, il y a du monde litteralement partout.
Je pense cependant que les locaux seraient peut-etre moins familers avec une femme et que tu eviterais surement les groupes d'adolescents masculins qui peuvent etre assez penibles et pas seulement au Bangladesh.
Je n'ai pa encore fini de rediger mon carnet mais si tu as des questions en prevision d'un eventuel voyage, n'hesite pas!
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Salut ! Merci pour ton message, j'ai regardé le livre dont tu parles et il m'intéresserait probablement, particulierement apres ce voyage. Il a pas froid aux yeux de traverser le pays en tuktuk, j'avais deja la trouille en bus moi haha
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Bon ben là Maxime, vraiment merci.
Tu ne nous fait pas un carnet de voyage mais bien un récit d'aventure rempli de suspens. C'est encore mieux que "j'irais dormir chez vous" (parce que Antoine n'est pas assez tête brûlée pour aller dans des coins interdits, quoique [;)]).
Il se trouve que ton retour m’intéresse particulièrement depuis mon dernier voyage en Inde.
On y a rencontré des étudiants Bangladais en goguette vraiment sympas et je m'étais dit qu'il serait interessant de me pencher sur cette idée de destination .
J'avoue qu'être l'objet d'une certaine curiosité nous plait toujours beaucoup ; on est sur d'être loin de chez nous dans ces moments là [:P].
Par contre les villes je déteste et les villes pourries(sales, bruyantes...) encore plus!!
J'attends donc avec attention la suite en espérant que tu nous fera découvrir le coté plus rural et nature du pays
Une question pour finir : comment sont habillées les femmes globalement, on en voit peu sur les photos ?
Merci encore et à bientôt pour la suite
Christelle
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
Ah mais j'ai deja mis des photos de la campagne haha. La densité du Bangladesh est de 1100 habitants par kilometre carré (on est autour de 100 en France) et la propreté laisse à désirer partout. Bon je vais rajouter les photos des plantations de thé prochainement mais ça reste une exception et elles ne couvrent pas une grosse superficie. Après encore une fois je ne suis pas allé partout mais je ne vois pas de raison que ce soit différent dans les autres régions.
Ce que je t'invite a faire c'est aller sur google maps par exemple, de prendre une ville moyenne et de regarder à quoi ça ressemble avec l'option Street view. Par exemple dans ma dernière étape qui était la ville de Bogra la rue principale n'est que partiellement couverte ce que je n'ai vu nulle part ailleurs et surement a cause de la circulation. Tu peux aussi te mettre sur une route entre deux villes et voir le trafic mais aussi que des gens vivent tout le long sans discontinuer.
Pour ce qui est des femmes, c'est vrai qu'il n'y en a pas beaucoup sur mes photos, je n'ai d'ailleurs pas souvent discuté avec elles dans la rue. Elles sont habillées à la façon des indiennes je dirais, en sari, la plupart sont voilées mais pas toutes. Mais effectivement c'est vrai qu'on voit beaucoup plus d'hommes dans la rue que de femmes.
Et enfin pour ce qui est de l'attention, je suis allé dans des pays où les étrangers en reçoivent beaucoup, je pense notamment à l'Iran, à la Birmanie et à la Chine par exemple, mais elle s'y exprime d'une manière moins constante ou invasive. On ne m'a jamais fait assoir en Chine en me posant des questions banales pendant qu'un type me filmait à trente centimètres de mon visage avec son téléphone par exemple.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Une sortie sur la journée depuis Sylhet que je recommande definitivement. Cette petite ville se situe à environ deux heures de demi de bus de Sylhet mais se distingue par sa proximité avec l'Inde, sa cascade, ses rivières, champs de thé...
J'arrive donc là-bas mais ne trouve personne qui parle anglais, je comprends cependant que le dernier bus pour rentrer ce soir sera à 17h, ce qui me laisse environ 6 heures sur place. Je marche le long de la rivière où des travailleurs récoltent des graviers qui seront transportés sur des barques à fond plat proches du naufrage pour être vendus en Inde. J'imagine que les indiens sont trop bien pour ce travail ingrat.
Maps.me n'étant pas d'une grande aide, je ne sais pas vraiment comment me diriger vers les différents sites quand deux gars d'une vingtaine d'années viennent à ma rencontre. Ils sont aussi en goguette pour la journée depuis Sylhet. L'un est étudiant, l'autre corvéable à merci à Abu Dhabi, mais de retour au pays pour de courtes vacances.
Nous nous dirigeons vers la rivière où se massent une foule bigarrée de touristes locaux, de femmes en train de laver leur linge et de bateliers.
Je commence à comprendre que le but principal des deux beaux gosses qui m'accompagnent est de se prendre en photo dans le plus de situations possibles. Ils ont ainsi apporté une demi-douzaine de tenues differentes dont ils changent régulièrement et sont trop heureux d'avoir à leur service un étranger à l'appareil photo imposant. Je finirai la journée avec plus de 100 photos d'eux qu'il faudra bien évidemment leur envoyer.
Qu'ils sont mignons
La jeune fille que l'on voit sur la photo est l'une des seules qui sont venues me parler pendant mon séjour. Venue avec ses parents, professeurs à lúniversité son anglais était très bon. Après son départ, mes deux acolytes m'ont fait comprendre que malgré ses quinze ans elle était à leur goût. Je pense que le degré de frustration sexuelle chez les garçons doit être assez fort dans ce pays musulman et conservateur.
Nous allons ensuite vers une cascade où les gens se baignent et s'arrosent tout habillés et où je discute pour la seule fois avec des étrangers, trois internes anglais venus faire un stage dans un hôpital du pays. Mes deux compagnons ont l'air déçus que je les délaisse cinq minutes. Les anglais sont logés dans un bel hôtel et ont un guide et un chauffeur pour les accompagner, cela doit être plus reposant.
Le shooting photo continue, je commence à en avoir un peu marre mais on se met en route pour manger puis visiter l'une des plantations de thé.
Nouveau shooting photo, il commence à se faire tard et j'insiste pour que l'on rejoingne la gare routière avant cinq heures. Ils ne comprennent pas pourquoi je me dépèche mais je n'ai guère envie de passer la nuit sur place ou de galérer pour rentrer.
Nous repassons la rivière en barque juste à temps
"Pourquoi tu te dépèches Maxime, relaxe" trente secondes plus tard nous voyons le dernier bus passer et lui faisons signe de s'arrêter. Il doit rester 4 ou 5 sièges libres, nous en prenons trois, le bus s'arrête de nouveau 50 mètres plus loin et fait monter une dizaine de personnes supplémentaires qui resteront debout. De rien les gars...
Dans le bus je suis assis à côté d'un adolescent grassouillet qui passe son temps à me dévisager et qui finit par me demander si je suis un fan du Real Madrid ou du Barça. N'étant ni espagnol ni fan de foot, je réponds quand même le Barça en espérant qu'il me lâche. Raté, il se désigne du pouce et m'affirme qu'il est un madrilène inconditionnel.
On arrive enfin à Sylhet où je fausse compagnie à mes deux camarades sous pretexte que mon téléphone n'a plus assez de batterie pour transférer les photos de mon appareil, puis les leur envoyer, ce qui était vrai par ailleurs. Je vais à mon hôtel tout seul et fait ce que j'avais promis, enfin seul !
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Sri Mangal est la première région productrice de thé du pays. J'avais cru comprendre qu'autrefois les touristes louaient généralement des vélos ou faisaient des randonnées dans les plantations verdoyantes. Cependant pour d'obscures raisons de sécurité, cela n'est apparemment plus possible. Bon en tout cas Sri Mangal est une étape logique après Sylhet, dont elle se trouve à quelques heures seulement et sur la route de Dhaka.
J'arrive donc, trouve un hotel pour 4 ou 500 takas la chambre simple avec sdb (hôtel United), c'est pas le luxe mais ça reste correct et la grille de l'entrée est fermée par une grosse chaine la nuit.
Chambre avec vue sur le bordel habituel :
C'est une ville assez sale et poussiérieuse un peu à l'image des autres villes du pays mais il est assez facile d'en sortir et de trouver des plantations de thé. Je suis allé à pieds facilement et sans problème dans l'une d'elle à proximité du centre ville (direction sud). J'ai pris la première photo pour pouvoir me rappeler du nom, Finlay si ça peut servir à quelqu'un.
J'ai vu principalement des femmes travailler dans les plantations.
Je me promenais tranquillement quand une moto de la police avec deux officiers en uniforme me dépasse, s'arrête et revient vers moi. Ils me demandent comment je suis venu ici tout seul, pourquoi je suis là, me disent que c'est trop dangereux pour les touristes d'être ici car des éléments séditieux mal identifiés veulent "détruire le tourisme", en l'occurence moi car j'étais seul... Deuxième fois que j'ai à faire avec la police pendant ce séjour. Ils m'invitent chaudement à interrompre ma visite "if I don't mind" et à retourner sagement en ville avec eux pour ma propre sécurité. Je monte donc sans casque sur la moto avec eux, nous sommes donc trois... dont deux flics... sans casque...
Il s'avère que j'ai en fait eu de la chance de les rencontrer car il se met à tomber des trombes d'eau sur la ville. Je rentre donc me mettre à l'abri dans un restaurant / tea shop le temps que ça passe. J'attire pas mal l'attention du personnel et des autres clients, majoritairement des vendeurs de rue et des rickshawallas qui se montrent tous curieux et gentils.
Le garçon qui servait le thé sést recoiffé avant de me demander de prendre son portrait
Mes camarades d'infortune :
Celui de gauche tirait un espèce de charriot avec des marchandises dessus, avait un grand sourire sans aucune dent et portait son écharpe nouée autour de la tête, il avait du mal à parler mais je n'ai pas compris si il était muet ou non. Toujours est-il que quand je lui demandé de le prendre en photo il a pris une mine beaucoup plus grave. Celui de droite était un ancien membre de l'armée de l'air, mais tout ce qu'il pilotait à présent était un Rickshaw, et a fait office de traducteur avant de m'emmener dans son carrosse pour me présenter à divers de ses connaissances. Je finirai par lui dire que j'ai besoin d'aller à mon hôtel au bout d'un long moment.
Première journée un peu courte en raison du trajet et de la pluie, mais aucun problème de sécurité apparent.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Excursion à la journée depuis Sri Mangal. Je trouve facilement le tuktuk pour m'emmener dans une ville à proximité et dont j'ai oublié le nom. Je le partage avec un type qui descendra en chemin car il travaillait dans le parc national, je ne sais plus exactement ce qu'il y faisait, mais il connaissait une chanson en français et quelques mots de notre langue que lui avait appris un de nos compatriotes à Chittagong. Bref.
De cette ville dont j'ai oublié le nom, il faut prendre un autre tuktuk qui vous laissera le long de la route qui mène à la plantation et au lac. De là c'est facile de trouver. Le garde de la plantation m'a laissé rentrer moyennant un "bakchich", disons que nous sommes tous à vendre, la seule chose qui change c'est le prix et le sien était bas. Je rencontre aussi le manager de la plantation à qui j'explique être marocain histoire de limiter les risques décrits par la maréchaussée la veille.
Au programme, balade autour de ce petit lac et dans les champs de thé. Cette escapade permet un peu de souffler après environ deux semaines au Bangladesh. Je me paie même le luxe de ne plus voir personne à un moment donné, sensation au combien etrange.
Je me balade, décide de couper à travers les colines pour retourner vers le lac. Je me perds. Je maudis ces Bangladais qui sont ne sont jamais là quand on a besoin d'eux... Je tombe finalement sur un type qui surveille quelques vâches maigrichonnes et qui m'indique le chemin à suivre. Sauvé !
Je rentre comme un grand dans la petite ville dont j'ai oublié le nom mais devrait être Bhanugach quand je regarde google maps. Je décide de manger un morceau avant de rentrer et un type propre sur lui mais un peu lourd me suit et m'explique qu'il veut de l'argent. Moi qui ai déjà du mal quand ma copine me parle alors que je me concentre sur ma bouffe, je me serais bien passé de sa présence. Je lui demande si il souhaite boire un thé en ma compagnie à la fin de mon repas mais il reste ferme sur sa demande en argent comptant, "et bein vas te faire foutre alors".
Je rentre à mon hôtel dans un camion-bus en traversant les plantations où j'avais été cueilli par les flics la veille. Bonne nuit de repos avant mon départ pour Rajshahi le lendemain, ville située géographiquement à l'opposée de là où je suis. Ce sera donc une longue journée en bus.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Journée sans aucun intérêt d’un point du vue touristique, mais qui peut donner quelques précieux renseignements.
Premièrement, ma grande crainte s’est justifiée, je vais devoir retourner à Dhaka car il n’y a pas de liaison directe entre ma ville de départ et ma ville d’arrivée. Super. Je pars donc de mon hôtel tôt le matin histoire d’arriver a la gare routière locale avant huit heures, le trajet pour Dhaka devant prendre peut-être quatre ou cinq heures, puis cinq a six heures jusqu'à Rajshahi.
Trajet ennuyeux, le bus a eu un peu de retard au départ. Nous arrivons à Dhaka mais nous avons mis plutôt dans les six heures pour rallier la capitale. Je découvre avec horreur que les bus pour Rajshahi partent d’une gare routière se situant a l’opposée de celle dans laquelle je suis arrivé. Il doit déjà être plus de 14 heures. J’apprends cependant a mon grand soulagement que la compagnie de bus mets a la disposition de ses voyageurs une navette gratuite vers la gare routière d’où partent les bus pour Rajshahi. Bon encore une bonne heure de perdu. Arrive là-bas j’achète pour billet dans un bus partant peut-être une demi-heure plus tard, et quelque chose à manger. Je calcule que je devrais arriver aux alentours de 22 heures en comptant six heures de trajet.
Nous partons, et je me rends compte que le trajet se situera dans la fourchette haute. Nous nous arrêtons a un moment donné pour manger et je rencontre un groupe de pèlerins musulmans indonésiens et leur guide local qui vont s’arrêter un peu avant nous pour participer a un festival religieux.
L’heure tourne, on les dépose, on continue notre chemin, nous nous approchons dangereusement de notre destination aux alentours de 22 heures, nous touchons presque au but, encore peut-être dix minutes quinze minutes quand soudain… c’est le drame. Problème mécanique, nous perdons environ 40 minutes avant de pouvoir repartir, certains passagers nous ont planté là et ont hélé des tuktuks. Plus rien ne m’atteint et j’attends dans le bus.
Nous arrivons a presque 23 heures et je monte rapidement dans un Rickshaw en expliquant que je veux aller dans un hôtel. « Hôtel » peut vouloir dire restaurant au Bangladesh et le gars me dépose devant un de ces derniers. Incompréhension le patron du restaurant m’indique qu’il y a un hôtel cent mètres plus loin et je me dépêche d’y aller. Je prends une de leurs chambres miteuses, pose mon sac et informe le gars de la réception que je sors manger quand il me dit que les portes seront fermées dans dix minutes. Envie de pleurer, je n’ai rien eu de solide à me mettre sous la dent de la journée. Le gars comprend la situation, dit qu’il attendra un peu mais j’en ai eu assez pour la journée, je me retire dans mes appartements. Apres cette journée dans le bus, je me gratte le visage et mes ongles sont noirs de saleté. J’aimerais vous dire que je me suis pris une bonne douche mais je crois me souvenir que je me suis juste allongé et endormi immédiatement du sommeil des justes.
Hôtel Asia pour ceux que ca intéresse, pas cher, mais assez vétuste/dégueulasse, sur la New Widened road. Il se trouve âpres l’hôtel Bindu qui se trouve être le restaurant dont je parlais.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Chapeau votre récit, tant dans la forme que dans le contenu.
J’ai eu la chance de passer deux semaines au Bangladesh il y a qques années. De grands souvenirs de foules bruyantes, mais aussi de verts incroyables, de tuktuks improbables.
Nous avons tâté du bateau à aubes pendant 18 heures, dans une cabine en teck surchauffée, avec dîner à la table du commandant en compagnie d’un notable local , tout ça pour au moins 15€....
Passé également 3 jours sur un petit bateau dans le delta. Pas vu le tigre, mais expérience très attachante, du style croisière de luxe des années trente, avec le boy en gants blancs qui attend le retour des excursionnistes à la coupée du bateau, avec un plateau de citronnade glacée. Et à défaut de fauves, des oiseaux, des singes et des crocos quand même , qui justifient l’accompagnateur et son fusil.
Et un retour en train de nuit vers Dakka, où l’employé vient nous demander de choisir entre l’éclairage ou le ventilateur.
Br3f, que du bonheur.....
Bon, si Rajshahi n'a pas été élue destination touristique de l'année 1987 (ou d'une autre) c'est qu'il y a une raison. La ville elle-même n'a pas énormément d'attrait mais se situe à la frontière indienne donc il se pourrait que si vous la passiez par voie terrestre, Rajshahi soit votre première étape dans le pays. L'inde se situe au-delà d'une grosse rivière quasiment à sec au moment de mon passage fin avril. Le trafic fluvial était cependant loin d'être négligeable, à la fois pour les gens qui travaillaient et pour les locaux qui voulaient se détendre sur les bancs de sables mis à jour par la descente du niveau des eaux.
L'Inde est en face
Les mecs qui cassent des briques pour faire le soubassement des routes.
Bien que j'ais préféré Sylhet, la ville en elle-même n'est pas horrible. Il y a notamment un grand parc avec des attractions et un zoo qui m'ont rappelé ce qui peut se trouver dans chaque ville un minimum importante dans les pays de l'ex Union Soviétique. Le Bangladesh est d'ailleurs toujours officiellement une République Populaire, coincidence ? J'ai aussi vu des affiches ornées du marteau et cette bonne vieille faucille qui ont si souvent portés chance à ceux qui les brandissaient. Bref.
Il y a également un musée qui recèle de nombreuses belles statues qui datent de l'ère pré-islamique et un ou deux mausolées. Mon guide pour la journée était un banquier qui participait à l'organisation d'un tournoi de cricket et m'a véhiculé dans divers endroit. Il m'a notamment emmené dans un hôpital financé et tenu par une organisation chrétienne. On me l'a bien sûr fait visiter même si je n'étais pas particulièrement à l'aise avec cette idée.
Mon guide rentre chez lui et je décide de chercher une mosquée recommendée par deux ou trois personnes sur google mais qui ne s'avèrera guère intéressante. Il n'empêche que celà m'a incité à me promener dans les petites rues non touristiques de Rajshahi et de discuter un peu avec les habitants.
Cette grand-mère qui tenait une sorte de minuscule épicerie m'a montré ses petites-filles dont celle-ci qui avait l'air de me dire de dégager de son territoire
Le vendeur de cacahouètes qui se sert d'un ecrou pour determiner le prix
Je me reposais chez la dame quand un gars d'une cinquantaine d'années, se déplaçant difficelement avec des béquilles est arrivé. Il s'est trouvé qu'il parlait très bien anglais et m'a dit de le raccompagner pour boire un thé. Né en Inde, il avait dû contracter la polio ou quelque chose dans ce genre quand il était jeune. Je ne suis ni médecin, ni expert en quoi que ce soit, mais je me dis que la vaccination obligatoire contre un bon nombre de maladies ça doit quand même être fondé sur des bases solides car je n'ai jamais vu ce genre de cas en Europe.
Je retourne à mon hôtel dans la soirée.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Bonjour Maxime,
super intéressant ton récit... je me régale...
Par rapport à ta réflexion sur le gars qui avait eu la polio, tu n'as pas eu l'occasion d'en rencontrer car tu es jeune et que la vaccination est maintenant systématique en France mais moi qui ait la soixantaine, j'en ai connu des cas comme ça avec des béquilles suite à la polio. Et oui, la vaccination a du bon, souvent...quoiqu'on en dise!
En tout cas merci pour ce témoignage passionnant, bien que je ne pense pas aller un jour dans ce pays !
Anne
Mes récits de voyages : www.unendroitoualler.fr
Les environs de Rajshahi sont assez riches en attractions et quelques sites intéressants peuvent être visités en réalisant une boucle sur la journée depuis cette ville et ce en transports en commun.
Puthia
Cet petite ville regroupe le plus grand nombre de temples Hindous du Bangladesh. Elle se situe à environ 20 kilomètres de Rajshahi et il est facile de monter dans un bus qui vous y déposera. Ce n'est pas Prambanan ou Angkor Wat mais ça vaut le coup d'oeil si vous passez dans les environs.
Pour ceux qui parlent anglais :
en.wikipedia.org/...uthia_Temple_Complex
Deux insupportables petits cons me suivent partout tout au long de ma visite jusqu'à ce que je sois vraiment excédé et les pourrisse dans toutes les langues que je connaisse. Je les avais vu venir mais je ne m'attendais pas à ce qu'ils soient aussi collants et désagréables. Je réponds d'abord aux questions d'usage trois fois d'affilée bien que ça commence à me gonfler, les classiques "comment s'appelle ton père ?" (je me demande bien ce que ça pouvait leur foutre mais il devait y avoir une raison culturelle car j'y avais droit tous les jours), "es-tu musulman ?"... Puis les "donne moi de ton eau", "donne moi ta montre" (montre Quechua au combien banale mais qui m'est bien utile), "donne moi ton appareil photo"... Je m'en vais mais ils me suivent, je les attends et ils me disent qu'ils vont au temple suivant, tant mieux pour vous, je vais prendre mon petit-déjeuner, salut ! Je rentre dans un boui-boui où bien sûr ils me rejoignent l'air de rien. Je m'en vais, ils me suivent... Je m'assois sur un tronc au bord du lac, décidé à leur faire comprendre que je me passerais dès à présent de leur compagnie. "comment s'appelle ton père ?", "Donne moi ta montre". Je lui reponds en la montrant du doigt, en souriant bêtement et en faisant ces petites ondulations de la tête dont les habitants du sous-continent indien ont le secret et qui peuvent vouloir dire "oui", "non", "je ne sais pas", "c'est trop salé"... you want my watch? Il pense que je vais lui donner, ce qui finit par me faire exploser et son ami lui dit que peut-être il vaut mieux s'en aller. Je ne m'énerve que très rarement et j'essaie toujours de discuter ou d'échanger avec les gens que je rencontre mais ces deux garçons étaient juste trop pénibles. Enfin seul, mais pas pour longtemps.
"Un lieu d'enseignement moderne pour vos enfants"
Salade, tomate, oignon chef ? Non ce ne sont pas des kebabs mais des baguettes de bouse sêche servant de combustible.
Un guide local m'aide à arrêter un tuk tuk pour rejoindre ma prochaine destination. Il m'en faudra deux au total mais cela se fera facilement.
Mosquée de Bagha
Dans le second tuktuk je me fais immédiatement de nouveaux amis. Un jeune ingénieur il me semble, bien habillé et baragouinant un peu d'anglais qui me soutire mon facebook au bout de cinq minutes, et qui m'enverra la demande suivante deux jours plus tard:
hello friend
Hello Maxime, how are you??
hello
You come not Rajshahi??
Friend I going to franc
please help me, I am agree going to France
Bien que n'étant pas magicien, je l'ai fait disparaître vite fait de mes contacts car après bientôt trois semaines, je commençais vraiment à saturer de tous ces messages... Ce n'est pas le premier pays où les gens pensent qu'avoir rencontré un blanc suffit instantanément à rejoindre un eldorado fantasmé. Un an plus tôt au Tadjikistan "tu peux m'envoyer une lettre d'invitation pour l'Allemagne ou l'Australie ?" "Je ne suis ni allemand ni australien mon gars, je suis français" "ah ok bah envoie moi en une pour la France alors"... Bref.
Parmi les autres passagers, un autre gars qui vivait aux émirats arabes unis, discute avec moi et finalement me suit et me montre les environs avec un de ses amis. Il m'emmène notamment à la fameuse mosquée de Bagha qui date du XVIe siècle et se trouve être un lieu de prière important dans la région. Il m'emmène également voir un temple situé dans l'enceinte d'une école où les filles se mettront à glousser et les garçons à littéralement m'entourer.
Nous déjeunons ensemble puis je rentre en bus sur Rajshahi. Arrivé aux abords de la ville je demandais au chauffeur de me déposer au niveau de l'université dont la visite était recommendée sur wikitravel. Rien de fascinant, je marche quelques kilomètres pour rentrer à pieds à mon hôtel où je pense être un peu tranquille, mais mon téléphone sonne et le banquier de la veille me rappelle que je lui avais plus ou moins promis de dîner avec lui.
Je ressors donc de l'hôtel pour le retrouver à son travail, une agence bancaire dont il devait être l'un des managers, et ce après la fermeture. On m'offre le traditionnel thé pendant que les employés comptent les liasses de billets. Pas sûr que c'eut été possible en France. Nous sortons discuter au bord de la rivière en mangeant des cacahouètes et il me montre notamment des vidéos de l'Inde où il s'est rendu plusieurs fois pour son travail pour me montrer que c'est bien mieux organisé et développé de l'autre coté de la rivière Padma. Il rentre ensuite dans plusieurs épiceries avec un emballage de gateau vide, car il avait promis à sa fille de six ans de lui en racheter ce que j'avais trouvé touchant. Diner ensemble, poulet grillé, galettes et sodas dans un restaurant au décor plus ou moins arabo-iranien. Je passe finalement un très bonne soirée avec lui qui rencontrait un français pour la première fois. Il avait cependant rencontré un prêtre italien peu de temps auparavant qui cherchait à récolter des fonds pour la mission locale située en dehors de Rajshahi. J'aurais aimé allé lui rendre visite si j'avais eu plus de temps, d'autant plus que je parle italien et ai travaillé dans ce pays.
Retour à l'hôtel, départ le lendemain pour Bogra avec un arrêt dans la ville de Natore à mi-chemin.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Après avoir fait le trajet en bus depuis Rajshahi et être arrivé à Natore, je me dirige vers le Natore Rajbari, ou Palais de Natore en Français. Il y a d'autres attractions aux alentours mais je ne disposais pas de beaucoup de temps ou d'informations disponibles, et j'étais par ailleurs en transit avec mon gros sac.
Le palais dispose de quelques batiments et statues intéressantes mais se visite rapidement. Je suis suivi par les habituels pots de colle adolescents du coin qui m'explique que ce que je vois est "maison" "lac" "oiseau"... "Pourquoi tu voyages tout seul ?", "J'aime être seul", "Ah bon. Mais sinon à part ça comment s'appelle ton père ?"
De belles jeunes filles en saris colorés sont venues me parler et m'ont serré la main au moment de se dire au revoir, rien que cela m'a fait du bien. Un peu de changement par rapport aux adolescents collants à souhait.
Parfois il vaut mieux ne pas chercher à comprendre
Je fausse compagnie à ces deux garçons gentils mais un peu gonflants, à la faveur d'une rencontre avec un directeur de journal de Dhaka et d'un de ses chroniqueurs ingénieurs/inventeurs à la dégaine de savant fou. On discute pas mal, les deux sont intéressants et avenants. Le savant fou me montre une photo d'une sculpture du Christ en bois qu'il a réalisé et essaie de vendre car il "ressemble à Jésus". Il m'enverra des mails pendant un mois pour que je soumette un de ses projets scientifiques à notre gouvernement, car je suis bien sûr un intime d'Emmanuel Macron. Nous nous séparons, et je prends le bus pour Bogra.
J'arrive à la gare routière de cette ville qui restera dans mon trio de tête des villes les plus horribles que j'ai eu la chance de visiter, avec notamment Nukus en Ouzbekistan. Poussiéreuse, bruyante, surpeuplée, je finis cependant par rejoindre l'hôtel Akboria recommandé par un local qui m'y deposera en moto après avoir eu pitié de moi. La ville est hideuse mais les gens sont sympathiques par contre.
Je recommande l'hôtel cependant qui pour 5 euros offre une chambre simple avec ventilateur correcte malgré une odeur de renfermé et la faune abondante présente dans la salle de bain. Il y a aussi du wifi, ce qui est rare au Bangladesh.
Je mange et reste dans ma chambre pour le reste de la soirée.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Je ne le sais pas encore mais Bogra sera ma dernière etape avant de quitter le pays.
La ville de Bogra est connue pour les attractions suivantes:
-Rien
Par contre on trouve aux alentours plusieurs sites classés au patrimoine de l'UNESCO, nommément:
- Mahasthangarh
- Paharpur
Mahastangarh
Ce site étant situé à seulement quelques kilomètres de la ville je décide d'y consacrer ma première journée.
Source wikipedia :
Mahasthangarh (মহাস্থানগড় Môhasthangôṛ) est le plus ancien site archéologique urbain découvert au Bangladesh. Le village de Mahasthan, situé dans l'Upazila de Shibganj au sein du District de Bogra, contient les restes d'une ancienne cité appelée Pundranagara ou Paundravardhanapura dans le territoire de Pundravardhana1, 2, 3. Une plaque de calcaire contenant six lignes en Prakrit écrite en Brahmi, découverte en 1931, date Mahasthangarh du iiie siècle av. J.-C. au plus tard4. La zone fortifiée a été utilisée jusqu'au xviiie siècle2.
La zone est assez jolie et il est nécessaire de traverser des champs pour rejoindre les vestiges de la ville.
Quelques kilomètres plus au Sud se trouve le temple de Gokul Medh qui est en fait plus impressionnant que la vieille ville elle-même. Y étant allé à pieds j'ai immanquablement fini par être invité par les ouvriers d'un silo à patates et emmené au moto sur ce site par le comptable de l'entreprise.
Je retourne à Bogra en Tuktuk, la journée a été chaude, j'ai envie d'être tranquille. Je marche dans la rue, des mecs dans une échoppe crient "hey !" "hey !", je fais semblant de ne pas les entendre et j'accélère quand l'un d'eux crie "Hey excuse me man !" donc je me sens un peu obligé de me retourner et d'aller vers eux. On me fait assoir, on me donne un thé, celui du groupe qui parle le mieux anglais me pose des questions pendant que son pote me filme avec son téléphone à 30 centimètres de mon visage. Avant que je n'arrive à partir on me demande mon facebook que je leur donne en disant que je n'ai pas de carte sim mais que je les accepterai depuis l'hôtel. Petit mensonge, mais j'apprends de mes erreurs.
Retour à l'hôtel, diner et dodo.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
J'ai eu un petit aperçu du Bangladesh il y a environ 30 ans .....certaines de tes photos , des ouvriers qui cassent les briques , des rickshaws , des rues , des échoppes , pourraient être de la même époque .
Je n'avais pas le souvenir d'être à ce point questionnée et entourée ...peut-être car je n'étais pas restée longtemps , ça n'a pas eu le temps de devenir pesant .
Ton récit est vraiment intéressant .
Merci de nous raconter tout cela . Les récits de première main sur ce pays sont si rares .
"La vie est un voyage qui se vit au présent ou jamais ...."
Super récit !
Le côté collant de la population ça me rappelle Aceh au début des années 2000 Tes parents vivent-ils toujours ? Comment s'appelle ton frère ? Tu fais quoi comme taf ? Vous avez 4 saisons en France ? Paris est à combien d'heures de trajet de la France ? C'est quoi ton adresse, ton numéro de téléphone ? Tu rentres quand en France que je vienne avec toi ? ...
La suite !!!
Deux fois moins de monde ? Et aussi pas de facebook , ni d'e-mails , ni de smartphone , ni donc de carte sim, et si peu de fax et téléphone international .
"La vie est un voyage qui se vit au présent ou jamais ...."
Et moi qui croyait que les Indiens étaient les habitants les plus curieux de la planète. Ce sont des petits joueurs à coté de tes "nouveaux amis" !!
Sinon j'attends encore la réponse à cette question passionnante : "il s'appelle comment ton père ?[:P]" (en fait je suis jalouse, on ne me l'a jamais posé celle là!!).
Vivement la suite de ce voyage pas facile mais hors du commun
Christelle
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
Effectivement la population a je pense plus que doublé depuis l'indépendance. Selon Wikipedia la population a augmenté de 12 ou 13 millions entre 2011 et 2016, donc plus ou moins deux millions d'habitants en plus chaque année. Un demi-million de Rohingyas ne représente donc que plus ou moins six mois de croissance démographique pour le Bangladesh.
Mais oui, et c'est un point que je souhaitais mettre en conclusion, je vois mal comment la situation peut évoluer favorablement pour le Bangladesh avec tant d'habitants sur un si petit territoire. Le pays sera aussi fortement impacté en cas de montée des eaux et je ne suis pas sûr que qui ce soit se précipitera pour accueillir des dizaines de millions de réfugiés climatiques bangladais. Avec la même densité la France compterait plus de 700 millions d'habitants, ça semble irréel.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Paharpur est un autre site intéressant à visiter depuis Bogra. Il faut d'abord prendre un bus pour Jaipurhat qui se situe à environ 45 kilomètres de Bogra, puis un autre pour Paharpur à environ 10 kilomètres. La forte densité du réseau interurbain et la variété des transports fait que ce trajet se fait facilement dans les deux sens. Je prendrais ainsi un bus à l'aller entre Jaipurhat et Paharpur et un gros tuktuk au retour.
Bref arrivé à Paharpur, je déjeune en compagnie d'un commercial de Proctor & Gamble qui me montre son tableau d'objectifs à réaliser sur sa tablette. Lessives, barres de savon, dentifrice... tout y était. C'était assez marrant de se dire que son travail était somme toute assez similaire à ce que ferait un commercial européen même si il démarchait des petites échoppes sans porte. Une rencontre sympa.
Je décide de marcher vers le site de Paharpur lui-même. Voici ce que Wikipedia en dit (oui je commence à avoir la flemme d'écrire ce carnet, heureusement qu'on touche au bout pour moi et pour ceux qui sont encore là haha) :
Le Somapura Mahavihara ou Paharpur était le plus grand monastère bouddhique d'Asie du Sud. Il est parmi les restes de vihara bouddhiques le plus célèbre. Situé à Naogaon (Bangladesh), il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985, organisation internationale qui a contribué à hauteur de 5,6 millions de dollars pour sa préservation
La structure, en forme de carré, est composée de 177 cellules utilisées par les moines pour méditer, et d'un stûpa au centre. On trouve également plusieurs autres stûpas dans le complexe, ainsi que des sanctuaires de tailles variées, des plaques en terre cuite, des sculptures en pierre, des inscriptions et gravures, de la monnaie, de la céramique, etc.
Le site abrite les restes d'un vaste monastère bouddhique, Somapura Mahavihara, recouvrant 27 ha. Il était un important centre intellectuel non seulement pour les Bouddhistes, mais aussi pour les Jaïns et les Hindous.
Il est aussi possible d'y dormir pour ceux que ça intéresse
Enfin pour finir, je vais vous offrir une petite sucrerie, des photos d'une briqueterie comme il y en a des milliers dans le pays. J'en avais souvent vues de loin mais n'y était jamais allé directement. Cependant dans la mesure où il y en avait une entre l'entrée du site et l'endroit où le bus m'a deposé j'ai décidé d'y jeter un oeil. Les ouvriers étaient assez surpris de me voir débarquer mais avoir partagé le reste de mes cigarettes entre eux avait brisé la glace.
Voilà, voilà, je me suis promis de ne plus me plaindre quand la clim serait un peu trop forte à mon goût au boulot.
Retour à Bogra pour la nuit.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
J'avais songé quitter Bogra la veille de mon vol et passer une dernière nuit et la journée du lendemain à Dhaka, mais l'idée de devoir chercher un hôtel dans Dhaka et le rejoindre depuis cette gare routière, qui se trouve en plus être excentrée au Nord de la ville et donc du même coté que l'aéroport, me donnait mes maux de tête. Je vais donc consacrer cette dernière journée à Bogra au shopping histoire de ne pas avoir trop l'air d'un vagabond en Australie.
Il existe un grand marché en face de mon hôtel, plus des stands de vêtements dans la rue à proximité immédiate, j'ai donc le choix. Je commence par acheter des caleçons pour 50 takas pièce (environ 60 centimes donc), puis je regarde les chemises. Parmi plus ou moins 200 chemises criardes mon choix se porte sur une chemise claires à petits carreaux. Coincidence ou pas il s'avère que c'est une chemise Jules, les mêmes que l'on trouve en France, mais pour 3 euros au lieu de 30-50. Il y avait en effet des pièces de différentes marques vendues là (Uniqlo, Waikiki...) et les etiquettes étaient libelées en turc, suédois... J'achète au final trois chemises, les seules qui me semblent portables en dehors du Bangladesh ou d'une soirée disco. Je n'avais pas le temps de le faire mais apparemment les chemises sur mesure coutaient environ 500 takas avec choix du tissu, mesures prises sur le corps...
Je m'achète également une belle ceinture en cuir pour environ 5 euros. Le vendeur la coupera à ma taille, fera les trous... c'était presque du sur-mesure. Je me mets en quête de jeans et je tombe sur du Celio un peu partout, mais je cherche quelque chose avec moins de diamants et de plus classique. Je trouve mon bonheur un peu plus loin pour environ 16 euros les deux il me semble. Je demande aux vendeurs où je peux faire recoudre une de mes chaussures decathlon et l'un d'eux m'emmène dans une autre rue.
Un type, cireur de chaussures/cordonnier, était assis dans la rue et y offrait ses services. Je lui montre la misère, lui donne ma basket contre une tong, m'assoit et fume une cigarette en attandant qu'il ait terminé. Cela lui prendra encore moins de temps que ma pause nicotine. Il me rend ma chaussure recousue, je lui tends un billet de 20 takas (0,25 euro) pour un prix annoncé de 10, et grand seigneur, lui dit de garder la monnaie. Cette réparation de fortune aura tenu près de six mois donc il méritait bien un petit pourboire je trouve.
A la demande de ma douce, je cherche à acquérir une moustiquaire pour nos escapades en voiture à venir en Australie. Je tombe sur un magasin qui fera mon bonheur, me mets d'accord sur le prix avec le vendeur qui parlait bien anglais. Après la transaction il me demande d'où je suis originaire et je réponds que je suis français. Il ouvre de grands yeux ébahis et m'explique qu'il a vécu trois à Paris ("pote de la chappelle") où il faisait la plonge dans un restaurant, mais n'avait jamais vraiment appris le français qui était une langue trop difficile à son gout. Il m'offre le traditionnel thé et on discute un peu. Je me dis qu'il est sûrement mieux ici à gérer son business qu'en France à trimer illégalement pour une misère.
Je retourne vers les chemises où le vendeur m'avait ajouté sur facebook également, nouveau thé avec les vendeurs, puis avec les amis des vendeurs, puis les amis de leurs amis. Pour la faire courte j'ai fini par être invité à diner chez lui après avoir fait le tour de tous les membres de sa famille. Sa famille était très gentille et son beau-frère commence à me citer tous les départements d'outre-mer ce qui me surprend. D'habitude c'est plutôt "Paris, Eiffel Tower, very romantic". Son entreprise exportait en fait des vêtements vers ces territoires et il m'offrira un polo et un tee-shirt qu'il avait en surplus. Son autre soeur et son mari arrivent en renfort et ils forment un beau couple assez marrant qui m'explique leur mariage était un "marriage love" et pas un "love marriage" car l'amour s'est installé postérieurement à la cérémonie.
On me raccompagne finalement jusque dans ma chambre d'hôtel vers minuit. Adieux larmoyants, promesse de revenir les voir si je reviens au Bangladesh... Je fais mon sac-à-dos, en y incorporant tous mes achats. Départ pour Dhaka le lendemain matin.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Journée sans intérêt touristique mais au combien importante, je m'apprête à quitter le pays. Avec un vol partant de Dhaka vers 22 ou 23 heures je suis assez large. Je prends donc un bus vers 9h30 10h pour arriver aux environs de 15 heures a la gare routière de Dhaka.
Je mange, achète des clopes et demande aux autochtones comment rejoindre l'aéroport et le prix approximatif pour le taxi quand quelqu'un m'explique que je peux prendre le bus pour y aller. Comme j'ai le temps et que je suis un peu un crevard sur les bords je me dis que ça serait pas mal d'économiser cinq euros.
Je demande autour de moi et finalement un gars vivant près de l'aéroport me dit de le suivre. Il bosse dans un hôtel près de l'aéroport et descendra au même arrêt que moi. Il est originaire du Nord du pays et vient de revenir à Dhaka après une semaine de vacances dans sa famille. Le trajet prendra une bonne heure ce qui ne me dérange pas car je vais avoir plusieurs heures d'attente.
Pour la dernière fois, un Bangladais va me suivre jusqu'à l'aéroport, je suis assez surpris mais pas tant que ça. La sécurité ne le laisse pas passer, je le remercie et rentre dans l'aéroport. Ce dernier semble bien plus fréquenté qu'à l'aller. Je passe tous les contrôles, change ce qu'il me reste de takas en dollars de Singapour pour mon escale et arpente les couloirs. Je m'assois sur un banc à coté d'un occidental qui pianote sur son ordinateur. Son clavier est Azerty et je lui demande s'il est français. C'est le cas et je parle français pour la première fois depuis un mois. Embarquement imminent, je monte dans l'avion, le Bangladesh c'est fini ! Direction Singapour pour une vingtaine d'heures, puis l'Australie pour un an ou plus si affinités
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Merci Maxime pour ce beau voyage qui m'a bien fait rire, frissonner, tenu en haleine !! et voilà maintenant c'est fini mais je pense le relire car j'ai beaucoup aimé et je guettai tous les matins une nouvelle étape !! c'était mon voyage pour la journée !!!
Maintenant je vais patienter quelques jours avant de repartir en Inde . Je n'ai jamais été accompagnée de cette façon même dans des régions non touristiques c'est la grande différence et au quotidien ça compte .
merci encore et je suis prête pour te lire si tu te décides à écrire un nouveau carnet
bonne journée
Mariejo
Qui a l'habitude de voyager sait qu'il vient toujours un moment où il faut partir...
Paulo Coelho
Pour conclure et avec plusieurs mois de recul, je dois dire que ce fut un voyage réellement intense. Je n’avais jamais eu un choc culturel pareil dans aucun des 50+ pays que j’ai pu visiter pour des durées plus ou moins longues. C’est un pays parfait pour ceux qui ont le syndrome Christophe Colomb et veulent être les seuls blancs aux alentours. Je peux désormais regarder en roulant des yeux les gens qui m’expliquent qu’ils connaissent des lieux totalement épargnés par le tourisme a Bali ou Ibiza
Est-ce que je suis content d’y être allé ?
Plutôt oui, c’était une sacre expérience même si j’en ai chie. Je ne suis cependant pas sur que j’y retournerais a moins que Reza ne m’organise un itinéraire en béton pour visiter les Sunderbans et prendre le bateau a vapeur. Je pense en effet qu’en trois semaines j’ai eu un bel aperçu de ce pays, mais que je souhaite aller dans beaucoup d’autres endroits qui seront surement plus beaux et intéressants. J’avais atteint un certain niveau de ras-le-bol au bout de trois semaines, et je me suis pris une si grosse cuite pendant mon escale a Singapour que je ne me rappelle même pas être monté dans l’avion pour Melbourne et me suis réveillé trente minutes avant l’atterrissage.
A qui je conseille d’aller visiter le Bangladesh et dans quelles conditions ?
J’ai beaucoup voyagé seul avec mon sac-a-dos (dans les limites de mes 28 ans il est vrai, mais sachez que j’ai déjà fortement hypothéqué un brillant avenir dans une tour sordide de La Défense), c’était loin d’être mon premier voyage et j’en ai vraiment bavé. J’aimerais bien avoir l’avis de quelqu’un qui a voyagé extensivement en Inde et pourrait comparer les deux pays. Voyager avec un ami aurait été idéal je pense car c’est toujours plus facile de décompresser a deux et de rigoler de chaque situation absurde. Je suis particulièrement reconnaissance a Reza de m’avoir consacré du temps et de m’avoir donné beaucoup d’explications et de renseignements qui me faisaient défaut.
Peut-être que voyager en petit groupe avec un guide serait plus plaisant, avec notamment une croisière en bateau a vapeur. Cependant il n’est pas bon marché de voyager avec des standards qualitatifs élèves notamment pour l’hébergement. Je ne vois d’ailleurs aucune bonne raison de voyager au Bangladesh plutôt que dans un autre pays si l’argent n’est pas un problème. Peu de touristes signifie aussi une faible offre en termes de prestations et d’acteurs. Il n’y aura surement jamais assez de touristes étrangers pour favoriser l’émergence de d’hébergements de qualité à prix raisonnables comme c’est surement en train de se passer au Myanmar ou en Iran par exemple.
En bref, je ne le recommande pas pour les débutants et surtout pas pour les femmes seules (sans vouloir remettre en question votre habilité à prendre vos propres décisions mesdames). L’attention permanente suscitée était dure a vivre et serait surement encore pire pour une femme. Et si en Inde il existe des guest houses touristiques ou des établissements touristiques pour souffler, ce n’est pas le cas au Bangladesh.
Pour ceux qui veulent un aperçu, chercher la rue de l’hôtel Akboria a Bogra et descendez-la jusqu’au rond-point, la google car n’a apparemment pas réussi à faire les quelques centaines de mètres de ligne droite a cause du trafic je dirais.
Comment je vois le Bangladesh évoluer ?
Je ne suis qu’un touriste et pas un expert donc cela n’engage que moi. J’ai vu un certain nombre de choses intelligentes, par exemple la vente de médicaments à l’unité plutôt qu’a la boite, cela evite le gaspillage. Cependant, si j’ai foi en l’être humain, je suis un grand cynique et je ne vois pas comment ce pays peut s’en sortir. La population croît à un rythme effrene alors qu’il y a facilement déjà deux fois trop de monde par rapport a la taille de ce pays. Le Bangladesh sera aussi l’un des pays les plus impactés par la montée des eaux si cela se produit et je ne crois pas que qui que ce soit se précipitera pour accueillir des dizaines de millions de bangladais.
Critiquer les grandes compagnies occidentales ou asiatiques qui y ont font produire leurs vêtements a bas cout me semble aussi une analyse assez limitée même si comme l’enfer elle est pavée de bonnes intentions. En effet, environ quatre millions de personnes, le plus souvent des femmes sans réelle éducation, y travaillent et font vivre autant de familles. Les exportations de textile représentent environ 80% du total des exportations du pays qui s’en passerait donc difficilement.
Les acteurs du développement (j’ai oublie d’en parler avant alors je mets ca ici) : Mohammad Yunnus et la Grameen Bank qui facilitent l’accès au crédit des plus pauvres. Les rickshawallas qui travaillent en ville et envoient une partie de leur salaire a leur famille restée a la campagne.
Les limites de ce carnet
J’ai essayé de raconter de façon honnête et sans politiquement correct ce que j’ai vécu et ressenti pendant ce voyage. J’ai parfois l’impression d’avoir fait ma princesse, mais c’était vraiment un voyage a part, et j’ai essayé de voyager au plus de la réalité locale et de la population donc je n’ai pas de regret. Je ne suis pas un Rousseauiste partisan de la thèse du bon sauvage, des expressions telles que « ils n’ont rien mais ils sont tellement plus heureux que nous » me herissent le poil et je trouve l’être humain intéressant et touchant dans ses contradictions plus que dans une vision fantasmée et superficielle de cet orient « compliqué ».
J’espère en tout cas par ce carnet avoir racheté quelques années de lecture passive sur ce forum en offrant quelque chose de fouillé pour un pays inhabituel et être ainsi utile a la communauté. Merci a tous ceux qui m’ont lu et j’espère que cela aidera de potentiels voyageurs au Bangladesh. Je vais essayer de contribuer de façon plus active à ce très utile forum. Il est possible que j’aille passer quelques semaines aux Iles Salomon pendant que je suis en Australie et je ne crois pas qu’il existe de carnet pour cette destination. A voir, et bon vent a tous !
Maxime
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Bonjour Jacques, merci pour votre retour, les choses n'ont pas du beaucoup changer malheureusement. En tout cas vous avez l'air d'avoir fait toutes les choses que j'ai raté dans ce pays (J'ai aussi évité de prendre le train car c'était si simple de prendre le bus bien que le train soit plus propice aux rencontres et fournit de beaux sujets de photo). Et effectivement on ne peut jamais être sûr d'apercevoir des tigres à chaque fois même si c'est un peu decevant.
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
Merci aussi pour ton retour Anne, j'adore voyager mais je suis convaincu que nous avons beaucoup de chance d'être français/européens quand je vois ce genre de chose.Nous avons vraiment tout pour réussir et vivre heureux même si notre mentalité passablement dépressive nous a donné de grands écrivains [:)]
"Bon il serait peut-etre temps de te marier et de trouver un vrai travail quand meme" - Grand-mere
J'en étais sure!! Non pas que ton père s'appelle Daniel mais qu'un mec interessant comme toi était né dans les Landes [;)] (mais non les autres, ne hurlez pas, je rigoooole).
En tout cas merci encore Maxime, moi qui suis tjs à l'affut de nouvelles découvertes, je me suis régalée!!
Sur que l'ambiance m'attire beaucoup mais effectivement avec mon mari, parce que les lourds il les calmerait vite et qu'avec les autres on aurait de belles parties de rigolade .
Et puis ton "syndrome Christophe Colomb" me parle grave parce que mon kif ultime en voyage c'est de me sentir comme "Christophe Colomb qui découvre l'Amérique"!! C'est ta création ce syndrome ou ça vient de quelque part ?
Merci encore et bon dimanche (ou bon lundi, je ne sais pas où tu en es en Australie [:P])
Christelle
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!