Ca va changer ici... (Maroc)
FR

This discussion is in French, the community’s main language.

Original post
LE
Les enfants adorent le melon. C’est sucré, juteux, ça fond dans la bouche, coule sous le menton. On s’en lèche les doigts et le tee-shirt n’est pas à une salissure près.

Aziz le sait. Aziz a sept ans. Je l’ai rencontré au souk. Il vendait des parts de melon aux autres enfants de la vallée. L’année dernière Aziz s’est endetté auprès de son père pour se payer son premier melon. C’était un gros, cinq Dirhams, cinquante centimes d’Euros, une fortune pour le gamin et un risque en cas d’échec. Mais le culot a payé. Le melon vendu par tranches aux autres gamins et adultes goguenards a rapporté un Dirham de bénéfice. Aziz a convaincu son père, différé le remboursement et emprunté encore la semaine suivante pour l’achat d’un deuxième melon. L’épaisseur des tranches a diminué. Le bénéfice a augmenté. Aujourd’hui Aziz n’a plus de dettes. Les quatre dernières tranches faisaient triste mine sous le soleil, les mouches et la poussière. Je les ai toutes prises et payé cinq en échange d’un rinçage à l’eau de source.....................................

J’ai retrouvé le petit homme plus tard dans l’après midi. Il mangeait une part de melon. Je l’ai invité à boire un thé et j’ai cherché un interprète pour vous conter cette histoire. La journée avait été bonne. Grâce à moi parait-il. Quand on vend tout de bonne heure on peut en acheter un autre. Un plus petit, bien sûr. Il faut assurer le capital au cas où le fruit resterait sur les bras. Sur les lèvres devrais-je dire car il lui en est resté trois tranches dont il finissait la dernière au moment où nous nous croisions. Quelques instants avant, et c’est toi qui la dégustait. Je te l’aurais offerte. Je n’en doute pas gamin. Qu’est-ce que tu fais de l’argent ?

C’est le début de sa deuxième saison. Il a remboursé ses dettes. Achète bien sûr quelques bonbons, fait profiter les copains et garde comme un trésor une belle pièce de dix Dirhams. C’est mieux qu’un billet, on la sent bien dans la poche…

Ses projets ? Acheter un jour tout le nécessaire du parfait cireur de chaussures ! Tu pars en ville ? Non, mais le goudron arrive, et l’électricité aussi. Sur le goudron il y a des chaussures, ça va changer ici… Le goudron est encore loin. Alors j’achèterai un beau ballon pour le louer à l’équipe de foot. Le leur est toujours crevé.

José Leflâneur
« Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… » Isabelle Eberhardt
ME Memphre Globetrotter ·
Super....continue à nous faire rêver.....et je vais suivre le conseil d'Aziz pour les billets...[;)]
On met longtemps à devenir jeune...
OU Outbouguemez ·
excellent! j'ai hâte de lire la suite, si suite il y a [;)]
la plus belle des choses, c'est de pouvoir réaliser ses rêves!!!
GA Gavioticos Regular ·
j'ai les larmes aux yeux tellement que c'est bien ecrit, c'est vrai que ça doit changer. merci pour l'histoire.
MO Mohajirtanaj ·
suite.... aziz, est cet enfant rêveur, qui a hérité de ses ancêtres, le sens du commerce, quand en France, à minuit, on n’a rien à boire, on va voir aziz ( le petit arabe du coin). Mais aziz n’est pas que celui qui rêve de devenir cireur, aziz est aussi celui qui a rêvé de donner un rêve aux enfants de la France qui n’en ont pas…en post-cure, en psychiatrie, ou en maison de retraite… Aziz et comme julien…celui ci rêvait d’être éboueur parce qu’il aimait les camions quand il était petit….

la suite arrive
ohymsa - abyaha
MO Mohajirtanaj ·
suite...

aziz...a vendu des sacs en plastique dans le marché qui brasse grands et petits, riches et pauvres...il savait comment lire sur le visage des gens, le bonheur, comme il savait bien, qui allait lui acheter son sac, et lui demander de lui donner un coup de main pour allonger son petit revenu… il savait que ce n’était pas un touriste qui allait lui achetait un sac plastique, ni un riche qui vient avec son panier porté par son chauffeur polyvalent… !!!.

Aziz n’était pas gâté comme les enfants rois… il fabriquait lui même ses jouets, et bricolait ses gadgets qu’il revendait aux autres enfants, il respectait instinctivement les normes de sécurités… il a même apprit à parler aux touristes en leur langue…

suite...à suivre
ohymsa - abyaha
MA Marieléone Regular ·
Merci, nous rentrons de 3 mois au Maroc.Nous avons rencontré beaucoup de soucis pour l'essentiel, qu'il est difficile de trouver de l'intéret pour toutes les contingences d'ici! Comme cette histoire est bien écrite.Encore Merci.
LE Leflâneur Regular ·
Je ne pensais pas que le petit Aziz occasionnerait cette réaction…

et ne savais pas non plus que vous l’aviez rencontré. Je ne suis pas allé aussi loin que vous dans la connaissance du jeune garçon, mais cela me rappelle un peu ces conteurs qui enrichissent, transforment, dotent une histoire vraie de protagonistes imaginaires et d’évènements insolites pour tenir en haleine sur la place du souk un auditoire séduit. Je ferai preuve de moins d’imagination et me contenterai modestement d’une autre portrait non moins vivant (voir « Ahmo est un grand tendre ») en laissant le soin aux plus inspiré(e)s de prolonger cette écriture à plusieurs mains.

Merci

José Leflâneur
« Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… » Isabelle Eberhardt
TC Tchoops ·
suite..

Aziz est rentré à la maison. Il accourt vers son père et le retient par sa tunique maculée de poussière. Un sourire orne son visage. Il a rencontré quelqu’un. Son père l’écoute qu’à moitié, encore absorbé dans ses pensées.

Aziz est enthousiaste et s’emballe : - J’ai rencontré quelqu’un ! – insiste t-il.

A première vue cela ne semble guère surprenant puisque des cars bondés de touristes enduits de crème solaire se déversent tous les jours à l’entrée de son village.

Pourtant, aux yeux d’Aziz, celui-là était bien différent des autres. Il compare les touristes ordinaires aux chèvres de son père. Ils se déplacent en troupeau et bêlent bruyamment en suivant le berger. A l’instar des chèvres qui se précipitent à la vue de la moindre petite touffe d’herbe ; les touristes, eux, s’empressent d’aller acheter des souvenirs dans les échoppes. Le seul contact qu’il a pu avoir avec eux, était celui de la pièce de monnaie qu’ils lui glissent dans la main en échange de ses fines tranches de melon.

Mais lui, c’était différent ! Il était venu vers lui et lui avait acheté toutes ses tranches de melon. Ce qui était plus étonnant encore, c’est qu’il lui avait proposé de venir boire le thé avec lui et de discuter. Aziz aurait sans doute préféré jouer avec ses copains, mais le monsieur lui avait proposé du thé, une offre qu’on ne refuse pas. Le bonhomme était curieux et lui posait beaucoup de questions. Ce n’est pas que cette discussion l’intéressait, mais au moins tant que le monsieur lui posait des questions, il pouvait étancher sa soif.. Et puis finalement il avait été intrigué par cet homme.. C’était bien la première fois qu’un touriste s’intéressait à lui, à ce qu’il faisait. Au moment où l’homme s’était levé pour s’en aller, Aziz aurait voulu le retenir ; pas pour pouvoir jouir du thé un peu plus longtemps, mais seulement pour le remercier… le remercier d’avoir eu un peu de considération pour lui, de ne pas être un porte-monnaie ambulant comme tous les autres touristes…

Le père ne l’écoutait plus. Ce n’est pas qu’il délaissait son fils, mais il était préoccupé ces temps-ci. Une chèvre malade venait de rendre l’âme. Comment allait-il faire pour nourrir sa famille avec seulement six chèvres maintenant ?

Le petit Aziz, lui, était loin... Il regardait ses quelques petites pièces miroitants des reflets cuivrés au creux de sa main…

suite..à suivre
citoyen du monde ^^

You might also like