Voyage à la découverte de l'Amour
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YA
L'Amour... Comme nombre de mes semblables, ce mot m'a toujours fait rêver et depuis ma tendre enfance, je rêvais de le connaître, de pouvoir associer un vécu, des souvenirs, des expériences à ce mot si magique. Car à 31 ans, je ne l'avais jamais connu l'Amour avec un grand A, celui que seule une petite minorité de terriens a pu un jour connaître ou tout simplement effleurer. Et si du haut de mes quelques années de vie et de voyages j'ai déjà pu accumuler un certain nombre d'expériences intéressantes, l'Amour restait encore quelque chose pour moi de mystérieux et d'inconnu.

Une semaine de vacances plus ou moins imposées au dernier moment en cet été 2007 allaient représenter une chance unique de partir à la découverte de l'Amour. Et à ce quasi-dépucelage voyagiste allait s'ajouter une autre première en ce qui me concerne: j'allais voyager avec des amis, ce qui était une véritable révolution pour le voyageur solitaire que je suis en général. Un couple d'amis français de passage en Chine, que je désignerai sobrement par les initiales H. et K., étaient tout à fait disposés à m'accompagner dans cette quête de l'Amour. Je savais que je ne risquais pas grand chose en voyageant avec eux. Habitués aux rythmes effrénés, et partageant bon nombre de centres d'intérêts avec moi (surtout H.), ils allaient être les compagnons idéaux pour ce voyage initiatique.

Inutile de préserver le suspense plus longtemps, l'Amour, je peux maintenant dire au terme de ce voyage que je l'ai rencontré. Mais j'y reviendrai plus tard. Si l'Amour était effectivement le but principal de ce voyage, il n'y a quand même pas que ça dans la vie, et il s'est passé bien des choses pendant ces 9 jours, avant et après la rencontre avec l'Amour. Je savais instinctivement que c'est dans le nord-est de la Chine, dans l'ancienne Mandchourie, que je rencontrerais l'Amour. Dans la province du Heilongjiang que je n'avais encore jamais explorée pour être exact, ce qui tombait très bien car en cet été caniculaire, elle devait être une des plus agréables de Chine, d'un point de vue strictement climatique.

Ce voyage a donc commencé un beau et chaud samedi matin par un vol en direction de Pékin où m'attendaient mes amis avec qui nous devions rejoindre ensemble Harbin, capitale de la province du Heilongjiang, un peu plus tard. Arrivé sans encombres à l'hôtel, j'ai retrouvé H. et K. puis nous nous sommes mis en quête d'un billet de train pour Harbin, ce qui s'est avéré être une opération plus difficile que prévue (ils avaient déjà échoué la veille). Mais ce voyage à la découverte de l'Amour allait être placé sous le signe de la chance, et une aubaine miraculeuse nous fit décrocher trois places en couchette molle le soir même pour Harbin, à un horaire parfait. Cela ne me laissait qu'une demi-journée pour profiter de Pékin, une ville où j'étais déjà allé à plusieurs reprises, mais souvent en coup de vent, et où j'avais plusieurs choses à faire. La première, et aussi bien H. que K. ne pouvaient que m'encourager à assouvir ce vice, consistait à aller déguster un délicieux canard laqué au Yawang, le roi canard, un des restaurants les plus en vue de la ville pour cette spécialité. On a beau rechercher l'Amour avec un grand A, ce n'est pas une raison pour étouffer l'amour de la bonne bouffe!
FA Fabricia Globetrotter ·
😉...L'Amour est-il un long fleuve tranquille ?
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
KO Kola Globetrotter ·
Est il préférable de se déshabiller pour découvrir l'Amour?...
YA Yangguizi Globetrotter ·
Patience patience, vous aurez la réponse à toutes vos questions. Et je promets de n'épargner aucun détail!
YA Yangguizi Globetrotter ·
Une fois avalé ce délicieux déjeuner, H. et moi nous sommes mis d'accord pour assouvir une passion commune, en tant que collectionneurs d'objets nord-coréens. Je savais qu'il existait à Pékin des marchés aux collectionneurs où on pourrait probablement trouver du matériel nord-coréen en quantité supérieure à ce qui est disponible à Shanghai et en France.

Après une tentative infructueuse dans un attrape-touristes, j'ai appelé un vieil antiquaire de Shanghai qui m'avait révélé l'existence de ces marchés, et il m'a donné l'adresse de l'un d'entre eux par téléphone. Mes amis et moi avons donc pris la direction du temple Baoguo Si, au moment où tous les vendeurs rangeaient leurs affaires. Comme ce voyage était placé sous le signe de la chance, H. et moi avons pu mettre la main in extremis sur un vendeur de médailles nord-coréennes que nous avons dévalisé. C'était une bonne chose de faite, il avait des pièces rares que je n'avais jamais vues ailleurs. Tant pis pour le porte-monnaie. Quand on aime, on ne compte pas.

Nous nous sommes ensuite promenés tous les trois dans les jolies hutongs environnantes, encore bien préservées, conservant une étonnante ambiance villageoise en plein coeur de cette ville bouillonnante. De retour à l'hôtel, je me suis battu trois quarts d'heure avec le personnel pour essuyer leur tentative d'arnaque due au fait que je ne devais payer qu'une demi-journée d'hôtel, et non une journée complète. La victoire arrachée au forceps, nous avons enfin pu avaler rapidement des raviolis avant d'embarquer dans notre train couchettes.

Cela faisait longtemps que je n'en avais pas pris en Chine et ça me manquait. J'aime beaucoup prendre le train en Chine, il y a toujours une atmosphère particulière qui imprègne les wagons. Dans le wagon restaurant, un policier nous a tenu la jambe un moment, se vantant du bon salaire qu'il gagnait en restant assis deux jours par semaine dans le train, pour assurer une sécurité qu'il n'avait de toute façon pas vraiment besoin de maintenir tant il était improbable que quoi que ce soit se passe un jour à bord. Après une bonne nuit de sommeil, nous nous sommes réveillés au milieu des paysages verdoyants de Mandchourie. Forêts et champs de maïs à perte de vue, voilà qui allait enfin me changer de l'enfer urbain que je subis la majeure partie de l'année. De temps en temps, quelques superbes complexes sidérurgiques venaient ponctuer ces riants paysages, donnant à la région cette touche esthético-industrielle propre aux anciens pays communistes, qu'H. et moi aimons tellement contempler. C'est à qui verrait le combinat le plus gros et le plus polluant! J'ai vite rassuré H. en lui rappelant que le nord-est de la Chine, non content d'être un des greniers de l'Empire, est également le principal pilier de son industrie lourde. Ces beautés naturelles et industrielles allaient nous accompagner pendant tout le voyage.

Arrivés à Harbin au petit matin, nous avons rejoint un hôtel du centre-ville où nous avons posé nos affaires et nous sommes douchés avant de commencer, enfin, notre périple.
KO Kola Globetrotter ·
... Donc, avant de connaitre l'Amour... il est préférable de prendre une douche...
PO Pondy Veteran ·
Mince alors, pendant que j'écris mon historiette sans histoire, voilà, que toi, tu nous annonces que tu découvres l'Amour.... Alors, écris, écris, j'ai hâte de découvrir.....et me balader en Chine c'est quand mieux que l'Isère.

Dom.
FA Fabricia Globetrotter ·
Je tiens à vous féliciter, Pondy et Yangguizi... Quel régal, aujourd'hui, de lire vos deux récits en parallèle. Merci à vous, grands voyageurs.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
PO Pondy Veteran ·
T'es super gentille Fabricia. La chance pour lui, c'est qu'il est un vrai grand voyageur.... qui relate avec un suspense génial et qu'il distille l'attente avec un très grand talent...

Dom.
TI Timouss Globetrotter ·
Pondy et Yangguizi, les deux prix Goncourt du Forum 😏😏😏

Timouss
YA Yangguizi Globetrotter ·
Harbin est la plus russe des villes chinoises, et par là même une des plus européennes. Sur le trajet entre la gare et l’hôtel, nous n’avons pas pu compter le nombre de vieilles façades russes en plus ou moins bon état qui bordaient les larges avenues de la ville ou ses ruelles étroites et plus chaotiques. Mais ce n’était pas ce qui m’a le plus étonné à Harbin lors de ces premiers coups d’œil matinaux. J’avais beau remuer la tête frénétiquement dans toutes les directions, je ne voyais presque pas de gratte-ciels autour de moi alors que nous étions en plein centre-ville. Diable, une métropole chinoise sans gratte-ciels, voilà qui était bien original !

Harbin ne fut jamais une ville russe à proprement parler, mais la forte influence de la proche Russie tsariste, des émigrés russes blancs, puis du grand frère soviétique, ont profondément imprégné sa physionomie, et la ville semble encore aujourd’hui marquée par cette double culture. Cela en fait à mon sens une des grandes villes chinoises les plus agréables à arpenter.

La grande avenue piétonne en plein centre ville, qui débouche sur le Monument à la lutte contre les crues puis le parc Staline et la rivière Songhua, offre une étonnante perspective composée des plus belles bâtisses russes de la ville, se glissant au milieu de constructions modernes d’un goût plus que douteux. Dès les premières heures matinales, le cœur de la ville commence à s’animer, et le manège quotidien à s’organiser. Les premiers touristes japonais et russes font leur apparition, ces derniers devenant de plus en plus nombreux à mesure que l’heure tourne. Partout, des magasins de souvenirs russes, tous identiques, ouvrent pour proposer aux chinois avides d'exotisme des poupées russes traditionnelles ou à l’effigie des tsars soviétiques ou d’Oussama Ben Laden, de Saddam Hussein ou encore de Nasrallah. Faux caviar, chocolat russe infecte, bibelots à trois sous, tenues militaires chinoises et américaines et quelques pin’s de Lenine sont également proposés aux consommateurs chinois dans ces magasins qui n’ont de russes que quelques objets d’importation, la devanture et parfois les caractères cyrilliques destinés à tromper sur la marchandise. De fait, ni H. ni moi n’avons pu trouver quoi que ce soit d’intéressant, à part un très beau buste de Karl Marx malheureusement vendu hors de prix. Je n’ai pas non plus acheté la peinture représentant Ben Laden sous des traits plutôt flatteurs, ni la boîte de pâté de poisson du Kolkhoze Lenine de Petropavlovsk Kamtchatskii qui m’avaient amusés.

Nous avons pris un petit-déjeuner tardif dans un charmant café-restaurant russe, très joliment décoré, qui nous a un moment fait oublier que nous étions en terre chinoise.

Un peu plus loin, nous nous sommes promenés dans le parc Staline au bord de la rivière Songhua, à la recherche d’une statue du petit père des peuples qui n’existait même pas. Le nom de Staline a apparemment été donné à ce parc uniquement en raison de la date de son inauguration, coïncidant avec la mort du grand leader soviétique. Après avoir été ridiculisés par de vieux joueurs de ping pong, et quelques virtuoses de la gymnastique en cadence, nous avons décidé que nous avions fourni assez d’efforts pour le moment, et nous sommes assis pour siroter un soda, tandis que des hordes de touristes chinois galvanisés par des hauts parleurs se battaient pour rejoindre la rive d’en face et l’île touristique qui les attendait. Cela ne nous intéressait pas et nous avons décidé de ne pas y aller.
KO Kola Globetrotter ·
... L'Amour SANS détour, s'il te plait!...
HE Hery Veteran ·
Salut,

récemment, j'ai vu un reportage sur - entre autre - cette ville chinoise. En commerce dynamique avec la Russie, Harbin est une vraie "tête de pont" de ces deux pays ...

puis du grand frère soviétique, selon mes connaissances d'histoire, ces deux frères étaitent très brouillés (sauf une très courte épisode) ...

En fin de compte et sans doute, un brillant récit de voyage ! Chapeau !

hgb
Cécile974 Regular ·
Pas d'accord Kola...les prémices de l'Amour ont grand intérêt....🙂
Cécile "Il n'y a pas de honte à préférer le bonheur" A.Camus http://cecileetsestroisbambinsenvoyage.over-blog.com
YA Yangguizi Globetrotter ·
Bien que la cuisine du nord-est de la Chine soit une de mes préférées, je ne voulais pas passer à Harbin sans avoir mangé dans un restaurant russe. Non loin du Parc Staline, entre deux boutiques de tenues militaires, une grosse dame aux traits asiatiques nous a apostrophés en russe, comme nombre des habitants de la ville d'ailleurs, tous les blancs étant là-bas assimilés à des russes. Je n'ai évidemment pas compris un traître mot, mais ai quand même réussi à déchiffrer les inscriptions en cyrillique sur le devant de la porte: il s'agissait d'un restaurant russe. J'ai appelé mes amis qui avaient pris un peu d'avance et nous avons décidé de rentrer dans ce tout petit restaurant qui avait l'air plutôt accueillant.

Aucun client à l'intérieur, uniquement trois dames de type asiatique et parlant un chinois approximatif. C'était des sibériennes. J'ai personnellement trouvé cela plutôt cocasse de converser en chinois avec des russes asiatiques, mais l'important c'est que la communication passe, et nous n'avons pas vraiment eu de problème de langue. L'autre bonne nouvelle, c'est que nous avons très bien mangé, si ce n'est une déception (anticipée) lors de la dégustation du "foie gras" qui n'était en fait qu'un horrible pâté bon marché tartiné sur des crackers. Mais le reste était très bon, donc on s'en fiche.

Après le déjeuner, nous avons décidé d'aller explorer les églises russes de la ville, à commencer par la plus célèbre, la superbe Eglise Sainte Sophie. Située sur une grande place piétonne, et cernée de constructions modernes et d'une immense structure métallique imitant la forme d'une église, cet édifice centenaire est une véritable pièce d'art. Tout du moins extérieurement, car l'intérieur est malheureusement très détérioré, et sa transformation en petit musée n'est pas des plus heureuses.

Ce n'est pas la seule église orthodoxe de la ville, et nous ne savions pas où trouver les autres. Finalement, quelqu'un a fini par me donner une adresse et nous nous y sommes rendus en taxi. Elle était plus petite que Sainte Sophie, et moins finement bâtie, mais c'était également un joli bâtiment. Non loin de là, une église protestante remplie de fidèles en train de chanter semblait gagner les faveurs de H. et de K. Enfin, juste en face, une immense église catholique dont les rangs étaient plus clairsemés compléta ce périple religieux. Tout cela ne m'intéressait guère, l'amour de dieu étant quelque chose qui me dépasse complètement. Moi, c'était un Amour d'un genre différent que j'étais venu chercher dans cette région.

C'était déjà la fin de l'après-midi et j'ai décidé de trouver un cybercafé pour remettre les pieds sur terre l'espace de quelques instants. H. et K. ont renoncé rapidement, mais à force de persévérance j'ai fini par en dégoter un en sous sol. Je n'y suis pas resté très longtemps en raison de l'insupportable odeur d'urine qui imprégnait l'endroit. Quant au maître des lieux, un jeune homme d'une vingtaine d'années, je n'ai pas apprécié les coups de griffe qu'il m'a donné lorsqu'il a voulu plusieurs fois attirer mon attention pour me dire quelque chose. Ses ongles étaient très longs, et il avait du mal à les maîtriser. Finalement, je lui ai conseillé de les couper, ce qui provoqua chez lui un sourire et un remerciement pour le conseil. Au moins il n'était pas hypocrite, car en repartant, je l'ai effectivement vu en train de se couper les ongles dans un coin.

Pour dîner, nous voulions trouver un bon restaurant de raviolis dans le quartier de la rue piétonne, mais aucun endroit n'emporta nos suffrages. L'heure commençait à tourner, et les restaurants les plus avenants semblaient fermer les uns après les autres. En désespoir de cause, nous avons failli nous résoudre à manger une fondue dans un restaurant suisse, mais avons finalement trouvé cela tellement ridicule que nous ne l'avons pas fait. En attendant, nos ventres commençaient à ronronner et nous ne savions toujours pas où manger.

Soudain, H. a poussé un cri en montrant quelque chose derrière moi. Je me suis retourné et ai à nouveau poussé un cri: il y avait un restaurant nord-coréen juste derrière nous, le seul de la ville en fait, dont j'ignorais l'existence. Aucun doute permis, le drapeau et la serveuse en robe coréenne et pin's du Grand Leader à l'entrée ne trompaient pas. J'ai frénétiquement sorti mon porte-monnaie pour en sortir le même pin's à l'effigie de Kim Il Sung, l'ai mis sur ma chemise, et nous sommes entrés. Je l'ai toujours dit, il faut toujours avoir sur soi un pin's à l'effigie du Grand Leader, ça peut toujours servir si jamais on tombe sur des nord-coréens par hasard. Et cette expérience m'a donné raison: nous avons été traités comme des rois (ou plutôt comme des camarades dirigeants), et on nous a même offert à la fin des magazines de propagande complétant idéalement ma collection.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Il y a quelques endroits dans le monde où l'on cultive la mémoire en hommage aux victimes des actes les plus barbares de l'histoire récente. Auschwitz, Phonm Penh, Nankin, etc... Harbin est l'un de ces lieux de mémoire où l'horreur se visite, où l'on peut déambuler parmi des fantômes meurtris et où l'on est invité à ne pas oublier. Pendant la guerre, l'Empire du Japon qui occupait alors toute cette partie de la Chine a lancé un programme d'armes chimiques et bactériologiques en s'appuyant sur la célèbre "Unité 731" de sinistre mémoire. Cette unité plus ou moins secrète avait établi dans la région de Harbin un laboratoire qui n'était rien d'autre qu'un camp de la mort où les victimes chinoises étaient amenées, parfois suite à une rafle aléatoire dans la rue, pour faire l'objet de tests atroces et de tortures innommables afin de tester les limites du corps humain. Plusieurs milliers de chinois sont morts ici avant que les japonais ne détruisent tout à la fin de la guerre, pour effacer les preuves. Ce n'est que plusieurs décennies plus tard que cette unité et ce lieu ont refait surface, et que cet aspect le plus barbare de l'occupation japonaise d'une partie de l'Asie ne soit connue du grand public.

Le camp de l'unité 731 se trouve donc à trois quarts d'heure de route de Harbin. Les chauffeurs de taxi ne le connaissent pas bien, et celui que nous avions emprunté devait constamment s'arrêter pour demander son chemin. Peu avant d'arriver à destination, nous avons traversé un grand parc de développement industriel dont l'activité principale semblait être... l'industrie pharmaceutique. De fait, le camp de l'unité 731 se retrouve presque en plein coeur de cette zone. J'ose imaginer qu'il ne s'agit là que d'une macabre coïncidence mais tout de même, c'est d'un goût...

Presque personne ne visite ce lieu, qui bizarrement est beaucoup moins solennel que le mémorial du massacre de Nankin, pour comparer avecce qui existe ailleurs en Chine. Deux employées désoeuvrées, arborant le badge du Parti Communiste laissent entrer nonchalamment les rares visiteurs qui entrent dans le seul bâtiment encore visible du complexe: le siège administratif. L'intérieur a été aménagé en musée, qui consiste essentiellement en une exposition de reconstitutions sculptées, de photos et de commentaires. Les japonais n'avaient presque rien laissé, et les documents et instruments de torture de l'époque sont presque inexistants. Certaines scènes sont toutefois dures à voir. On n'omet bien entendu pas de rappeler le mauvais rôle des américains qui, après la guerre, ont fait en sorte que les bourreaux ne soient pas inquiétés, en échange des résultats des expériences de l'unité 731. A la sortie du bâtiment, une boutique de souvenirs propose quelques livres ainsi que de très incongrues poupées russes et maquettes d'avions (?). Fait intéressant, le même livre coûte deux fois et demi plus cher en langue japonaise qu'en langue chinoise.

A l'extérieur, seules quelques ruines subsistent. Quelques bâtiments ont toutefois été reconstitués, comme le "centre d'élevage des rats jaunes". Entre les deux parties du camp, et donc en plein coeur du complexe, une résidence de béton identique à celles qui ont poussé dans toute la Chine étonne le visiteur qui se demande comment des gens ont bien pu emménager au milieu de "ça". J'imagine qu'ils se sont posés beaucoup moins de questions que nous autres visiteurs.
KO Kola Globetrotter ·
Alors avant l'Amour... La mort ?
YA Yangguizi Globetrotter ·
De retour à Harbin, nous avons pu - enfin - apprécier un bon déjeuner de raviolis avant de nous mettre en route vers la gare routière pour avancer dans notre périple. La carte du Heilongjiang achetée la veille fut notre seul outil pour dessiner un itinéraire, d'autant plus que nous ne voulions pas nous retrouver dans les deux ou trois pièges à touristes de la province, qui ne manque de toute façon pas de beautés naturelles pour satisfaire tout le monde. Et moi, de toute façon, seul l'Amour m'intéressait, et c'est en avançant dans la direction du nord-est, la moins fréquentée par le tourisme, que j'étais sûr de le trouver. Enfin bref, je n'avais aucune idée de ce qui nous attendait là-bas.

En regardant la carte de la province, il y a une ville qui saute aux yeux lorsque l'on veut s'engager dans cette direction, un point névralgique qui semble incontournable pour établir un camp de base et se renseigner sur cette partie de la province. Cette ville, c'est Jiamusi, dernière grande ville avant la frontière russe. Un demi-million d'habitants, aucune renommée, Jiamusi devait être un de ces "gros bleds" chinois dont le nom est inconnu de tous. Personnellement, je trouvais ça plutôt intéressant d'aller découvrir ce "patelin" à la recherche de toutes les bonnes surprises qu'il pourrait offrir.

Le trajet dura une bonne partie de l'après-midi et nous sommes arrivés à Jiamusi dans la soirée. Sur le chemin, un orage cataclysmique nous donna quelques sueurs froides mais le chauffeur avait l'air du genre prudent, et je ne pense pas qu'il ait pris de risques inconsidérés sur cette autoroute parfaitement droite et peu fréquentée. Nous étions malheureusement tous les trois assis près des toilettes dont d'atroces effluves ne tardèrent pas à s'échapper. Raison de plus pour être impatient d'arriver. Et comme il n'y avait aucun stop de prévu pendant ces quelques heures de trajet, K., H. et moi avons décidé de satisfaire un petit caprice: manger du caviar à bord.

Certes, le prix modique de ces boîtes de caviar russe achetées à Harbin nous faisait fortement soupçonner que ce n'était pas du vrai caviar, mais nous voulions quand même en avoir le coeur net. Et puis tartiner du caviar sur du pain de mie à bord d'un bus lancé à toute vitesse, sans tablettes ni support, c'était un exercice logistique qui tenait plus du jeu d'adresse que des prémices d'un festin. Et nous n'avons pas été étonnés de ce point de vue, le jeu n'en valait pas du tout la chandelle, ce caviar était bien du faux. Et du mauvais faux en plus.

Une fois la nuit tombée et tandis que l'orage s'était arrêté, nous avons traversé des bourgades à l'aspect très sinistre, qui me firent espérer que mes amis ne m'en voudraient pas trop de les avoir entrainés dans des coins moches et inintéressants. Mais K. voulait absolument voir la Chine profonde, et je pourrais toujours jouer là-dessus en lui disant que si ce n'était pas encore assez profond pour elle, il y aurait sûrement moyen de trouver encore plus sinistre. Nous sommes finalement arrivés à la gare routière de Jiamusi qui était beaucoup moins boueuse que je ne le craignais. L'hôtel le plus proche de la gare routière nous sembla particulièrement glauque et nous n'avons même pas essayé de rentrer à l'intérieur. Finalement, la première passante arrêtée au hasard fut de bon conseil puisqu'elle sut nous recommander un hôtel tout à fait convenable, tout proche et plutôt bon marché.

J'étais de plus en plus sceptique sur l'intérêt de cette ville et me disais pour me réconforter que l'Amour mérite bien quelques sacrifices. Finalement, après avoir posé nos affaires, nous sommes partis explorer le centre-ville tout proche qui nous sembla bien plus agréable que prévu. Il y avait une rue calme regorgeant de restaurants appétissants et une ambiance plutôt bon enfant dans les rues déjà quasiment désertes de Jiamusi. Après avoir parcouru la rue des sex shops, ou plutôt des magasins d'articles de santé pour reprendre la terminologie officielle, nous avons finalement échoué dans un restaurant très agréable où nous avons fait un petit festin de cuisine du nord-est malgré le manque d'appétit de mes amis.
KO Kola Globetrotter ·
La carte qui indique le chemin de l'Amour... Est ce... la carte du tendre?...
YA Yangguizi Globetrotter ·
eh eh, merci pour tes touches d'humour qui me font rire à chaque fois!
DO Dolma Globetrotter ·
Je ne sais pas si c'est le Hasard qui t'a plus ou moins imposé cette semaine de vacances mais je peux te dire que pour nous c'est un véritable Jeu de piste que de découvrir avec toi ce que sera cet Amour-là 🙂 !

Et bien entendu, comme d'hab, que du plaisir de lecture...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
CA CatherineGil Globetrotter ·
Et voilà ! Toujours un régal !

J'ai passé la matiné à vous lire toi et Pondy. J'avais bien prévu de faire le ménage à fond avant notre départ, on ne sait jamais ce qui peut arriver, si par hasard on se fait cambrioler, que le voleur ait au moins l'impression de rentrer dans un appartement frais et accueillant.... Et je n'ai rien fait, que prendre plaisir à vous lire.
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
YA Yangguizi Globetrotter ·
Ma précieuse carte m'indiquait de vastes forêts et un certain nombre de petites montagnes annotées dans les environs de Jiamusi. Rien de tout cela n'avait l'air loin de la ville, mais je n'avais aucune idée sur ce qui valait vraiment la peine d'être vu. En tous les cas, nous voulions tous les trois profiter de la journée suivante pour ne pas trop nous fatiguer, ou du moins pour ne pas accumuler les kilomètres de route. Moi, ça ne me dérangeait pas vraiment de remettre à un ou deux jours plus tard la rencontre avec l'Amour, bien qu'il n'y ait aucune chance de l'approcher à Jiamusi-même. Le personnel de la réception, pas encore bien réveillé après une vingtaine d'années passées dans ce trou qu'est Jiamusi, n'a pas su me dire quels coins étaient intéressants à voir dans la région. L'un d'entre eux poussa même le vice jusqu'à me citer une ville située à l'autre bout de la province, à plusieurs centaines de kilomètres de là! Inutile de leur montrer ma carte puisque, à l'instar de la plupart de leurs compatriotes, ils ne savaient pas la lire (c'est un fait quasiment universel en Chine, les chinois n'arrivent pas à utiliser des cartes géographiques). Je leur ai donc cité les trois ou quatres endroits de la région qui étaient indiqués comme "à voir", mais ils n'avaient pas l'air d'en avoir entendu parler. Le mot "forêt" déclencha toutefois une lueur dans l'oeil gauche de la réceptionniste qui me "recommanda" d'aller voir le parc forestier devant se situer à une heure de route de Jiamusi. Sa prestation ne m'a pas vraiment convaincu.

Finalement, nous sommes montés au dernier étage de l'hôtel, d'où l'on pouvait voir qu'au-delà des limites de la ville, tout n'était que forêts et collines. Peut-être était-il inutile après tout de vouloir absolument rejoindre un lieu-dit, le hasard pouvant faire office de guide. La dame de quarante ans qui supervisait la salle du petit-déjeuner fut d'une aide plus efficace que ses collègues du rez-de-chaussée, et elle me conseilla de prendre un taxi pour rejoindre un lac juste à la sortie de la ville. Cette solution, pas forcément la plus bucolique ni la plus "profonde" pour exprimer les voeux de K., avait au moins le mérite de la facilité et celui de nous épargner des kilomètres peut-être inutiles. Nous avons donc tous les trois décidé de suivre son conseil.

L'endroit était effectivement tout proche du centre. Dès la sortie de la ville, le taxi obliqua à gauche pour monter sur une petite hauteur dominant le fameux lac. C'est là que nous sommes descendus. Le paysage n'avait rien de rare, mais au moins nous étions hors de la ville, et à vue d'oeil, on pouvait deviner des possibilités de balade intéressantes. Nous avions toute la journée devant nous, et pouvions donc nous permettre de prendre notre temps. Faire le tour du lac à pieds nous sembla l'option la plus intéressante, d'autant plus que de l'autre côté de cette étendue d'eau, forêts, paturages et petits villages semblaient facilement accessibles. Nous nous sommes donc mis en route, en laissant rapidement derrière nous la zone du lac fréquentée par les promeneurs et les montagnes de détritus qu'ils laissaient derrière eux. De fait, le bord du lac ressemblait plus à une décharge qu'à un véritable lieu de villégiature, ce qu'il était pourtant. Et bien que la couleur de l'eau soit vraiment peu appétissante, des baigneurs matinaux étaient déjà à l'oeuvre tandis que des pédalos et d'autres plus gros bateaux à moteur se dirigeaient vers l'île au milieu du lac. Lorsque nous avons atteint la zone du rivage où les détritus se raréfiaient, nous étions déjà à la campagne, et les seules formes de vie que nous croisions n'étaient que des troupeaux de chèvres, de vaches et leurs gardiens. Le premier quart de la balade ne nous avait pas vraiment enchantés, mais la suite ne pouvait être que prometteuse.

Finalement, au lieu de continuer à longer la rive, nous avons décidé de nous enfoncer en direction des villages que l'on pouvait apercevoir en retrait. K. avait trouvé sa Chine profonde, H. était tout excité à la vue d'un drapeau rouge flottant derrière une rangée d'arbres, et qu'il devinait dominer une caserne, et moi j'étais plutôt content car j'aime bien les moutons et les casernes. En regardant vers là d'où on venait, la ville de Jiamusi se résumait à quelques cheminées d'usine, ce qui plaisait aussi beaucoup à H.

Au milieu des paturages, tandis que nous nous arrêtions pour regarder le paysage, nous avons remarqué venir vers nous un étrange personnage, en uniforme militaire, béret de commando, et parapluie bleu à la main. Des ennuis en perspective? Non pas du tout, lorsqu'il arriva à notre hauteur, le militaire assez âgé, probablement à la retraite, fit presque mine de nous ignorer et poursuivit son chemin en direction du village le plus proche, après s'être étonné à voix haute du fait que nous n'ayons pas de traducteur avec nous. Nous avons finalement atteint le hameau dont j'ai déjà oublié le nom, et avons pu trouvé un endroit pour nous asseoir et vider une bière. Car, j'avais oublié de le préciser, dans le nord-est de la Chine, on ne fait pas seulement les meilleurs raviolis et le meilleur boeuf du pays, mais on y brasse également la meilleure bière, la Harbin, plus vieille que la Qingdao de quelques années, et à mon goût bien meilleure. Curieusement, la présence de trois occidentaux ne sembla troubler personne, et on nous regarda à peine, ce qui me changeait des expériences campagnardes que j'avais pu vivre ailleurs en Chine. Les russes seraient-ils déjà arrivés avant nous dans ce nulle part?

Un peu plus loin, nous avons rejoint une route que nous avons empruntée dans la direction opposée à Jiamusi, pour nous approcher de la mystérieuse caserne et de l'encore plus mystérieux temple qui dominait l'endroit. Sur le chemin, nous sommes passés devant une unité de fabrication de vin, dont on a même pu voir les vignes. Comment de la vigne peut-elle survivre dans cette région où les températures hivernales sont sibériennes, et quel goût peut bien avoir le vin? Telles étaient les deux questions que cet improbable complexe m'évoqua. La deuxième allait bientôt recevoir sa réponse, puisque juste derrière les vignes, nous avons trouvé un petit restaurant. K. s'en souvient encore comme celui abritant les toilettes les plus sales qu'elle ait pu voir et sentir en Chine, tandis qu'H. et moi tenions à goûter une des bouteilles de vin local qui étaient exposées. Nous avons eu le choix entre une petite bouteille et une espèce de jerrican d'1 litre 8. Soupçonnant que le nectar serait dans le meilleur des cas mauvais, nous avons opté pour la petite quantité. En examinant la bouteille, j'eus la confirmation que c'était bien du vin, ou en tout cas que le mot vin était écrit en anglais et en chinois. Le problème, c'est que l'étiquette indiquait 3% d'alcool, ce qui pour du vin nous rendait plutôt perplexes. Restait encore à le goûter et H. fut le plus courageux de nous trois, car il se dévoua pour être le premier à en boire une gorgée. Cela ne lui déplut pas. Perplexe, je l'imitais juste après et ai dû faire une grimace mémorable: l'horrible boisson que j'avais dans la bouche n'était pas du vin mais du soda au raisin au goût chimique très prononcé, et à l'alcool indécelable. J'ai laissé H. finir la bouteille. Fort heureusement, la nourriture qui nous était servie était bien meilleure.
KO Kola Globetrotter ·
Un philtre mystérieux?... Pourtant, l'ivresse de l'Amour est éphémère...
YA Yangguizi Globetrotter ·
A la sortie du restaurant, nous avons repris la route dans la même direction pour nous rapprocher de la fameuse caserne, que les panneaux indicateurs me firent identifier comme un institut technique universitaire, et non un complexe millitaire. La déception de H. fut de courte durée et l'espoir revit en nous lorsque j'ai déchiffré une large banderolle de propagande surplombant la route: "notre institut, notre caserne, notre maison". L'institut technique était militaire et il devait donc bien y avoir une caserne à proximité. Nous avons atteint l'ensemble quelques minutes plus tard, et nous sommes arrêtés devant l'entrée où deux jeunes en uniforme semblaient aussi étonnés par notre présente que nous l'étions de leur étonnement. Je sentais H. bouillir d'impatience d'entrer, tandis que moi, je n'osais les aborder, la vue de l'extérieur me contentant. Finalement, j'ai obtempéré et ai demandé à un des deux jeunes si on pouvait entrer voir. Ca ne devrait pas poser de problèmes, suivez-moi me répondit-il. Il tenta de me parler en russe, mais je lui ai rapidement dit que ça ne servirait à rien.

Et c'est ainsi que nous sommes entrés tous les trois dans cet institut qui n'avait pas l'air de déborder d'activité. Il est vrai que nous étions pendant les vacances scolaires, mais le lendemain, c'était le 1er août, fête de l'Armée, et on aurait pu s'attendre à quelques préparations festives. Le jeune homme était apparemment ravi de rompre l'ennui de son poste de garde à l'entrée du complexe, et insista pour nous faire visiter les lieux, après avoir demandé l'autorisation à un gradé. Celui-ci fit un large sourire en nous voyant: "vous êtes nos amis", dit-il, pensant sans doute que nous étions russes. Le jeune Li nous expliqua à quoi correspondaient les bâtiments autour de nous: salles de cours, dortoirs des garçons, dortoirs des filles, installations sportives, etc... Il n'était pas de la région, mais pas très loin tout de même, d'une ville du Heilongjiang à deux ou trois cents kilomètres au nord-ouest de Jiamusi. Dans un coin, posé contre un mur, quelques peintures toutes fraîches à forte teneur militaire attirèrent notre attention.

Un peu plus loin, Li et une de ses camarades insistèrent pour nous faire rentrer dans un bâtiment: il fallait absolument que nous visitions la salle de cours de russe. Il savait pourtant que nous n'étions pas russes, mais qu'importe, tout le monde apprenait le russe ici, et ils en étaient fiers. La salle était d'un ordre et d'une propreté impeccables. Au fond, une immense et superbe affiche de propagande pour l'armée chinoise attira notre attention, tandis que sur le tableau noir, une simple inscription en chinois "bienvenue en cours de russe" attendait les étudiants soldats qui allaient arriver un mois plus tard.

Nous sommes ressortis et Li nous indiqua la direction de la caserne: "la caserne, vous ne pouvez pas y aller. D'ailleurs, même moi je ne peux pas y aller". Et pourtant, l'institut et la caserne avaient l'air de se fondre dans un même ensemble. Nous sommes finalement ressortis satisfaits, et avons pris la direction du temple bouddhiste situé juste à côté.

C'était un temple de bonzesses, comme on nous l'avait dit peu de temps avant. Un temple très moderne, et pas encore tout à fait achevé. Une dame âgée nous laissa entrer dans la salle de prière principale, plutôt joliment décorée. Puis on nous proposa de rejoindre un bâtiment annexe où quelques bonzesses vaquaient à quelques occupations. On nous fit asseoir et on nous offrit des pastèques fort bienvenues, car mine de rien, quelques heures de marche, ça donne soif! Drôle d'endroit décidemment...

C'était déjà le milieu de l'après-midi et nous avons décidé de reprendre lentement le chemin de Jiamusi. Nous avons traversé un autre village, où nous avons pu contempler de jolis toits en chaume, puis avons coupé à travers champs pour rejoindre le lac. Afin de finir la boucle, nous avons décidé de rejoindre le point de départ par la rive que nous n'avions pas encore abordée. Quasiment aucun détritus de ce côté-là, et pour cause, juste avant d'arriver à destination, le sol ferme laissa la place à une zone boueuse difficilement franchissable. Nos chaussures et bas de pantalons prirent rapidement une teinte maronnâtre, tandis que H., effectua un superbe vol plané en voulant franchir un ruisseau. Ce fut le Monsieur Marron de la journée! Notre état eut l'air d'amuser les fermiers qui étaient installés de l'autre côté, et après avoir traversé une ferme d'autruches, nous avons enfin rejoint le barrage puis le point de départ. Et non, notre état ne justifiait pas que nous nous salissions encore plus en allant nous mélanger aux nageurs, malgré leurs propositions amusées.
KO Kola Globetrotter ·
L'attrait irrésistible du gong dans le temple des bonzesses... Préludes enchanteurs, mélodieux ou enfumés sur le chemin de l'Amour... (pardon...)
YA Yangguizi Globetrotter ·
Après ces si longs préliminaires, il était enfin temps de partir plus sérieusement à la recherche de l'Amour. En consultant ma carte, j'ai repéré les petites villes de Fuyuan et de Tongjiang qui me semblaient les plus propices pour accomplir cette quête. Mais laquelle choisir entre les deux? Une fois encore, je n'avais pas la moindre idée de ce que l'on trouverait là-bas, et je ne pouvais me fier qu'à mon intuition. Fuyuan m'attirait plus, en raison de sa proximité avec le fleuve Oussouri et la grande ville russe de Khabarovsk, mais les plusieurs centaines de kilomètres qui la séparaient de Jiamusi me faisaient hésiter. Tongjiang n'avait pas l'air mal non plus, et était environ deux fois moins loin. Finalement, renseignements pris à la gare routière, les temps de trajet étaient beaucoup moins longs que je ne le supposais, malgré l'absence de voie express sur la carte. Avec mes amis nous nous sommes mis d'accord, nous aurions le temps de voir Fuyuan et Tongjiang et de revenir à Jiamusi en deux jours, en passant la nuit à Fuyuan.

Mais en rentrant de notre promenade à la campagne, le temps était au repos, et H. et moi avons passé un peu de temps dans un cybercafé, histoire de se tenir un peu au courant de ce qui se passait dans le monde et faire quelques recherches sur Fuyuan et Tongjiang. Nous n'avons hélas rien trouvé d'intéressant, si ce n'est une petite annonce d'une fille de Fuyuan sur un site de rencontre, qui désirait apparemment se marier et se faire la malle. La ville de Fuyuan serait-elle donc si peu propice aux rencontres amoureuses? Nous avons en revanche appris que Jiamusi où nous nous trouvions avait été le théâtre d'une grave pollution au benzène deux années plus tôt. Bon, il vaut mieux l'apprendre plus tard qu'avant...

Le lendemain matin, nous avions fait le choix de ne pas prendre le bus de 5.30 du matin, n'étant pas encore assez masochistes pour sacrifier le peu de sommeil dont nous pouvions profiter. Va donc pour le bus de 7.50, bien assez matinal pour nous. Bien qu'effectivement, la route ne fut pas express, le bus roulait à bonne allure, et les arrêts furent peu nombreux. Dans la ville de Fujin, à un tiers du chemin, H. tenta d'aller aux toilettes publiques situées près de notre stop. Selon la formule désormais consacrée et dont il est l'heureux auteur, H. me confia avec dépit qu'il n'avait rien pu y faire, en raison de la foule aussi dense qu'un jour d'arrivée de viande à Tirana. Au deuxième tiers du chemin, c'est une mamie infirme qui fit arrêter le bus car elle ne pouvait plus contrôler ses vomissements intempestifs.

Mais tandis que nous approchions enfin de Fuyuan, je guettais fébrilement au travers de la vitre tout indice pouvant m'évoquer l'Amour que je sentais tout proche. Finalement, je n'ai rien remarqué de notable et le bus est arrivé à sa destination, la gare routière de Fuyuan. Contre toute attente, cette petite ville loin de tout, en fait la plus orientale de toute la Chine, était des plus étonnantes. Le quartier de la gare routière, entièrement neuf et quasiment vide était le siège d'un nombre impressionnant de bâtiments administratifs colossaux et à la prestance complètement disproportionnée par rapport à la petite taille de la ville. Le siège de la Ligue de la Jeunesse, du Parti Communiste, du Bureau des Taxes, etc... étaient au moins dignes d'une grande capitale provinciale, alors que nous n'étions que dans un minuscule bled de quelques dizaines de milliers d'habitants. La sensation que procurait ces édifices était comme si des architectes fous avaient commencé à bâtir une mégapole en commençant par ses bâtiments administratifs, en attendant que la ville ne soit construite autour. Il y avait bien une raison à cela, que nous soupçonnions et qui n'allait pas tarder à se confirmer sous nos yeux un peu plus tard. Mais en attendant, il fallait trouver un hôtel. Rechercher l'Amour c'est bien, mais si on n'a aucun endroit pour coucher, ce n'est pas très intelligent. Après un premier échec dans un hôtel plein où tout était écrit en russe, et avoir repoussé les approches quasi-homosexuelles d'un ou deux autochtones, j'ai fini par demander à une passante où nous pourrions nous loger. Elle eut peur de moi en me voyant m'approcher et fit de grands gestes en bredouillant en chinois qu'elle ne parlait pas russe. Je l'ai vite rassurée en lui disant que moi non plus et que tout ce qui m'intéressait était de trouver un hôtel. Elle fit alors un grand sourire et nous emmena juste à côté, jusqu'à l'intérieur d'un hôtel tout petit mais incroyablement propre et bon marché. En fait il était tout neuf, comme le reste de la ville, et j'ai même supposé que nous étions ses premiers clients.
HE Hery Veteran ·
Si tu continues à nous présenter des récits tellement captivants, je vais à l’agence de voyage pour commander un billet d’avion pour la Chine … (malheureusement, en ce moment, mon solde de compte est misérable, donc, je te demande sérieusement : « Veux-tu me ruiner ?! »)

hgb
YA Yangguizi Globetrotter ·
Après s'être renseignés à droite à gauche, il s'est avéré que mes craintes issues de l'examen attentif de la carte étaient fondées: il n'y avait aucune route menant au confluent de l'Oussouri et du Heilongjiang, juste en face de la cité russe de Khabarovsk. Nous étions pourtant juste à côté, mais seuls un ou deux villages se dressaient entre Fuyuan et la pointe du triangle qui marque le point le plus à l'est de la Chine. Tant pis, on se contenterait de Fuyuan pour ce qui est de cette lubie orientaliste. De toute façon, il y avait bien assez à faire en vile. H. et moi espérions que la ville serait bien approvisionnée en objets russes de toutes sortes en raison de la proximité de Khabarovsk. Pour ma part, je fantasmais déjà sur les uniformes soviétiques que je n'avais pas pu acheter en Ouzbékistan et que je ne manquerais pas de trouver dans les innombrables échoppes tenues par des trafiquants russes et chinois tous plus louches les uns que les autres.

La dame du restaurant où nous avons déjeuné nous conseilla d'aller plus vers l'ouest, en direction du centre-ville, tant que les magasins étaient encore ouverts. Autant le dire tout de suite, nous avons été très déçus: il n'y avait absolument rien de russe à acheter dans cette ville. Et pour cause! Fuyuan n'est rien d'autre qu'une immense plaque tournante du commerce sino-russe à sens unique, un centre logistique majeur d'où toute la camelote chinoise bon marché est exportée vers Khabarovsk et la Sibérie, et où des nuées de russes viennent faire leurs emplettes pendant un jour ou deux. Quasiment tous les chinois de la ville savent plus ou moins parler russe (sauf les passantes qu'on arrête pour demander des adresses d'hôtel), et la plupart des enseignes de magasins ou de restaurants sont bilingues chinois/russe. En fait, il n'y avait pas tellement de russes en ville ce jour-là, même si nous en avons croisé un nombre substantiel. Il paraît qu'ils sont beaucoup plus nombreux le weekend toutefois. Mais l'ambiance de cette ville était absolument unique. Je suppose que tous ces bâtiments officiels monumentaux annonçaient un développement économique sans précédent pour la région. Les chinois ont sans doute décidé d'attribuer un rôle commercial de premier plan à Fuyuan, ce qui implique bien sûr que toute la smala administrative habituelle suive derrière. De centre encore secondaire, Fuyuan pourrait bien devenir prochainement une plateforme d'exportation de premier plan. Et tel que c'est parti, j'imagine que les échanges se feront toujours dans un seul sens.

Tandis que nous nous émerveillions devant tous ces magasins pour russes, où absolument tous types d'objets quotidiens, vêtements, et équipements en tous genres leur étaient proposés, nous avons aperçu l'entrée d'un intriguant marché. Celui-ci, beaucoup plus grand qu'il n'en avait l'air au premier abord était stupéfiant. Il faut pour cela imaginer un giganteque bric à brac à moitié couvert, comme on peut en voir dans de nombreux endroits en Chine, où des nuées de chinois harcèlent le consommateur russe dans la langue de Lénine pour leur faire acheter tout et n'importe quoi. Dans ce marché, nous n'étions que trois russes parmi d'autres, et les chinois s'affairaient autour de nous pour nous proposer leurs meilleures affaires. Un peu comme n'importe quel marché à touristes en Chine en fait, à ceci près qu'il n'y avait ici aucune contrefaçon, juste du produit chinois bon marché, et que les chinois ne parlaient pas trois mots d'anglais mais cinq mots de russe. En fait, je n'ai pas la moindre idée du niveau de russe de ces chinois, je suis incapable d'en juger, mais ils n'avaient pas l'air de se débrouiller si mal que ça. Au début, ça nous a un peu surpris et je faisais rire tout le monde en disant en chinois que je ne comprenais pas un mot de russe et qu'ils feraient mieux de me parler en chinois s'ils voulaient faire affaire avec moi. Puis, au bout d'une bonne demi-heure de harcèlement permanent, mes amis et moi avons décidé d'élaborer une autre tactique: leur répondre en français. "Monsieur, je ne suis pas russe, je ne comprends rien à ce que vous dites." "Mademoiselle, je suis français, ça ne se voit pas? Pourquoi me parlez-vous en russe?" "Elles sont bien tes fourchettes et tes serviettes?" Certains répondaient "da, da" en faisant semblant d'avoir compris, mais la plupart se grattaient la tête en riant. Certains mêmes se chambraient entre eux en disant en chinois qu'ils ne comprenaient rien et qu'ils feraient mieux d'étudier le russe de manière plus soignée." Ca nous a beaucoup amusés.

Mais j'ai fini par sonner la fin de la récréation, car ce n'était pas ça que j'étais venu chercher à Fuyuan. Cette fois, le but du voyage était trop proche, l'Amour était quasiment à portée de la main, et je ne voulais plus attendre, d'autant plus que l'après-midi était déjà bien avancée. Nous avons essayé de marcher à sa rencontre, sans être vraiment sûr de la direction à prendre, avant de finalement prendre un taxi: vers l'Amour, s'il vous plait.

Le chauffeur de taxi savait exactement ce que nous voulions, et ne posa aucune question. Trois minutes plus tard, il nous amena à destination et je suis descendu du véhicule. Je retenais ma respiration tandis que je contemplais enfin le but ultime de mon voyage. Cette fois j'en étais sûr, je l'ai reconnu au premier coup d'oeil, je le voyais enfin de mes propres yeux, je pouvais presque le toucher, c'est bien l'Amour que je contemplais. Cette apparition était encore plus belle et impressionnante que dans mes rêves et mes fantasmes. Que l'Amour est beau, que l'Amour est grand!
KO Kola Globetrotter ·
L'Amour donne des ailes, l'Amour coupe le souffle... L'Amour inspire et rend lyrique...
PO Pondy Veteran ·
Mais c'est ça bien sûr dis-je en me frappant le front... ça coule de source disait le dragon noir😉

Dom.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Avec plus de 4000 kilomètres de longueur, l'Amour est un des plus grands fleuves du Monde, il se classe parmi les dix premiers. Prenant sa source aux confins sibério-mongols, une grande partie de son cours marque la frontière entre la Russie et la Chine, jusqu'à Khabarovsk. De là, l'Amour remonte vers le nord pour finalement se jeter dans la mer en face de l'île de Sakhaline. Les chinois appellent ce fleuve le Heilongjiang, ou fleuve du dragon noir, et il a donné son nom à la province la plus au nord-est du pays. Pour la première fois de ma vie, je contemplais et je ressentais donc l'Amour avec un grand A. Pourquoi avec un grand A? Parce que c'est un nom propre et qu'en français, on met des majuscules aux noms propres.

C'est vrai qu'il est immense ce fleuve, bien plus que je ne l'imaginais. A ce niveau, ce n'était plus un jeune ruisseau impétueux mais déjà un long fleuve tranquille. Et la végétation qui le borde le rend vraiment beau. Toutefois, à hauteur de Fuyuan l'eau était assez boueuse et j'ai donc renoncé à mon projet de baigner dans l'Amour. De toute façon, après m'être promené sur sa rive, je pourrais dorénavant dire que j'ai fait l'Amour, de même que j'avais déjà fait la Seine, le Nil, l'Indus et quelques autres fleuves. Il est vrai qu'il était plaisant de se promener dans le petit parc bordant le fleuve et de profiter enfin de quelques instants de repos après un si long trajet. Faire l'Amour c'est vraiment crevant, je ne le referai pas tous les jours!

La question qui doit brûler les lèvres de tout le monde est s'il y a quelque chose ou non au-delà de l'Amour. Et bien la réponse est non, il n'y a rien. L'Amour ressemble un peu au bout du monde. Enfin si, il y a bien quelque chose sur la rive d'en face, il y a la Russie, c'est vrai. Ce n'est pas rien la Russie, c'est même très grand. Mais en face de Fuyuan il n'y avait vraiment rien de visible à part de la végétation. Pas la moindre construction, pas la moindre trace de présence humaine. L'autre moitié de l'Amour semblait encore vierge. Ce n'est pas plus mal comme ça en fait, ce serait dommage de défigurer l'Amour, ce que les chinois n'ont pas encore fait non plus car la rive chinoise hors de Fuyuan semble aussi peu aménagée. Il faudrait quand même que le gouvernement chinois le préserve, hâtif (hum) qu'il est de donner un nouvel essor à la région.

Juste à côté du parc, un embarcadère et un poste-frontière semble être le seul point de départ et d'arrivée des russes de Khabarovsk qui viennent à Fuyuan faire leurs emplettes. Malgré la proximité des deux villes, elles ne sont pas reliées par la route, et l'Amour est donc le seul lien qui unit la Chine et la Russie, ce qui tombe d'ailleurs plutôt bien puisque les deux pays sont maintenant bons amis. Nous sommes entrés dans le terminal portuaire, sombre et vide, et nous sommes arrêtés devant le poste de contrôle des passeports. Nous n'irions pas plus loin aujourd'hui, faute de visa russe. Juste en face, les douanes occupaient un énorme bâtiment qui semblait vide lui aussi. Enfin, de l'autre côté du poste-frontière, un port de commerce était encore actif, avec ses dizaines de travailleurs préparant les cargaisons des bateaux à destination de la Russie. Nous sommes arrivés le jour des pommes de terre. Les dockers transvasaient d'immenses quantités de patates dans des sacs géants en train d'être hissés à bord. Rien en revanche ne semblait être déchargé des bateaux en provenance de Russie, donnant toujours l'illusion d'un commerce unilatéral. Les russes n'exportent-ils donc rien vers la Chine?

Tandis que la lumière de la fin du jour donnait à l'Amour un aspect encore plus féérique qu'à notre arrivée, nous avons décidé d'aller jeter un coup d'oeil au monument érigé sur la toute petite colline voisine. C'était un monument aux héros de la marine soviétique, inauguré il y a quelques années par l'ancien président chinois Jiang Zemin, probablement pour célébrer l'amitié sino-russe en pleine renaissance. Juste à côté, une brève balade en forêt nous a mené au pied d'un poste d'observation militaire où il nous a clairement été signifié que nous devions rebrousser chemin.

Le jour allait bientôt tomber sur la ville, et il fallait maintenant décider quoi faire après l'Amour. Diner était l'option la plus logique, d'autant que je voulais absolument manger russe ce soir-là. Après avoir pris un verre dégueulasse dans un bar lugubre, et avoir traité d'homosexuel un jeune homme qui était venu spontanément me caresser l'épaule (l'Amour rend-il lubrique?), nous nous sommes mis en quête d'un restaurant russe que nous avons rapidement trouvé. Le personnel était bien entendu chinois mais l'ensemble de la clientèle était russe, ça devait donc être une bonne adresse. Toutefois, en parcourant le menu, j'ai eu des soupçons de plus en plus pesants sur le type de nourriture qui nous était proposé. Là encore, les caractères cyrilliques ne devaient pas nous tromper: il n'y avait que des plats chinois! La serveuse m'a malheureusement confirmé que j'avais raison, qu'il n'y avait pas de plats russes au menu. Je n'étais pas très content: mais alors pourquoi écrivez-vous sur la devanture que c'est un restaurant russe avec des plats russes? parce que les russes aiment bien venir manger ici, ils sont toujours contents. bien sûr qu'ils sont contents! C'est exotique pour eux la cuisine chinoise! Mais quand on fait de la cuisine chinoise, on n'écrit pas que c'est de la cuisine russe! en fait ce sont des plats chinois adaptés pour les russes, voilà pourquoi on écrit ça.

Non, je n'étais pas content du tout, mais H. et K. m'ont calmé en me disant que sociologiquement parlant, il serait au moins aussi intéressant de manger chinois au milieu de russes que russe au milieu de chinois. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris mais ça sonnait plutôt bien, et je me suis donc assagi. Et finalement ce n'était pas si mauvais que ça.

Un peu plus tard, nous sommes rentrés à l'hôtel où nous nous sommes douchés et nous sommes mis au lit. C'est important de se doucher après avoir fait l'Amour, et il n'y a rien de honteux à vouloir roupiller juste après.
KO Kola Globetrotter ·
L'Amour est un voyage au long cours parsemé de surprises... Il dévoile ses charmes et ses mystères aux curieux qui ont été jusqu'au bout du parcours... Un très joli clin d'oeil, pour la... Saint Amour, aujourd'hui...
PO Pondy Veteran ·
Et voilà! Tu confirmes : l'Amour n'a pas de frontières

Imagine, si tu avais rencontré l'Amazone, l'unique, la vraie, aurais-tu eu autant de Pô ?
TY Tylassin Veteran ·
Toutefois, à hauteur de Fuyuan l'eau était assez boueuse et j'ai donc renoncé à mon projet de baigner dans l'Amour.

Et donc tu n'as pas nagé dans le bonheur non plus 😉
YA Yangguizi Globetrotter ·
Le lendemain, 2 août, fut la journée la plus éprouvante en termes de transports. Il s'agissait d'effectuer le parcours Fuyuan - Tongjiang - Jiamusi - Mudanjiang, ce qui représente une distance colossale. Fort heureusement, une fois encore le coup de pouce de la chance organisa un agencement parfait entre tous les modes de transport.

Le bus de Fuyuan à Tongjiang partait vers 5.40 du matin et la durée du trajet était de 4 heures. Un bus rapide, s'il avait existé, aurait mis deux fois moins de temps, car la route était plutôt bonne sur ces 190 kilomètres, mais le notre était un omnibus qui a même pris le luxe de s'arrêter une grosse demi-heure au milieu de nulle part sans que rien ne se passe. Le trajet ne fut pas vain, et ceci pour plusieurs raisons. La première, c'est que j'y ai découvert au cours d'un arrêt à mi-parcours les gogues les plus sales qu'il m'ait été donné de voir en Chine. Je pense pouvoir dire sans me vanter que des toilettes repoussantes, j'en ai visité un paquet aux quatre coins du pays, mais celles-là, c'était vraiment le ponpon! En fait, c'est la première fois en Chine que j'ai dû renoncer à me soulager dans des gogues, car je ne pouvais pas y rester plus de quelques secondes d'affilée. H. a d'ailleurs eu la même réaction que moi. J'étais pourtant entraîné à faire mon office en apnée totale et à couper ma respiration pendant tout le séjour dans les lieux de "malaisance" d'une gogue chinoise moyenne. A priori, rien ne devait m'empêcher de réussir le même exploit dans ce bled perdu du Heilongjiang à quelques kilomètres de l'Amour. Mais à l'agression olfactive, s'ajoutait ici un spectacle visuel que la bienséance m'interdit de détailler ici, et ce n'est qu'au bout de quelques secondes que j'ai déclaré forfait.

Un peu plus loin, tandis que le bus avait repris sa route vers Tongjiang, nous avons à nouveau aperçu l'Amour qui s'était rapproché de la route. Cette fois, on a même pu voir quelques bâtiments et installations électriques du côté russe. A côté de nous, un chinois de Tongjiang engagea la conversation: "Amour" dit-il en russe/français/anglais. Et j'en ai profité pour l'interroger sur ce qu'on pouvait faire à Tongjiang. A mon grand soulagement, il m'a conforté dans mon objectif d'aller voir le confluent de l'Amour, de la rivière Songhua et d'un troisième cours d'eau dont le nom m'échappe. C'était en fait l'unique raison qui me motivait pour y aller. Et puis il m'a confirmé qu'on pourrait acheter des produits russes, même si je ne m'attendais pas à trouver autre chose que les sempiternels gadgets pour touristes.

Le bus eut la bonne idée de nous déposer à un ou deux kilomètres de la gare routière de Tongjiang, là où tous les gens interrogés nous disaient que c'était juste à côté. Nous nous en sommes tirés avec une demi-heure de marche dans un décor urbain assez étonnant, où là encore l'écriture cyrillique avait tout envahi. Après avoir réservé notre billet pour Jiamusi dans l'après-midi, nous sommes allés voir le fameux confluent, juste à côté de la ville.

Contrairement à Fuyuan, le site de Tongjiang avait été aménagé pour le tourisme, et un grand parc avait été aménagé sur la rive de la Songhua, d'où l'on avait une vue imprenable sur le confluent et la rive russe en face. Nous avons été accueillis par des touristes chinois avides de poser en photo avec "des soviétiques", et nous sommes prétés au jeu. Côté fleuve, toujours rien en vue chez les russes, à part un mirador que K. avec ses bons yeux avait repéré au loin. C'est qu'à cet endroit le cours d'eau devait bien faire deux ou trois kilomètres de large, et la rive russe semblait donc bien lointaine. Les magasins russes ne vendaient effectivement que de la camelote et nous sommes donc rapidement descendus sur la rive où des bateaux attendaient les touristes voulant s'aventurer sur le fleuve. Comme nous en avions le temps, l'envie, et rien d'autre à faire, nous avons donc embarqué pour la croisière de l'Amour de 50 minutes qui nous ferait approcher la rive russe d'un peu plus près. Tandis que nous nous éloignions de la rive chinoise, passions la ligne de partage des eaux et avancions vers la dernière île chinoise, le paysage industriel de Tongjiang et le gros bateau russe qui avançait au loin nous captivaient au point que l'on en oubliait presque de regarder vers la Russie. Ce fut le moment que choisit H. pour allumer une cigarette, ce qui me permit de lui faire la morale: fumer après l'Amour, ok, c'est normal, mais pendant, c'est quand même du vice!

Nous nous sommes rapprochés à environ deux cents mètres de la rive russe, avons vu le mirador de beaucoup plus près ainsi que quelques énigmatiques formes métalliques, avant de finir la boucle et de revenir au point de départ. Les chinois du bateau plus rapide qui nous avait dépassé nous attendaient pour prendre la photo avec nous sur le quai, suite à quoi nous sommes allés manger. Le choix se résumait à 5 bateaux restaurants et nous sommes donc montés à bord de l'un d'entre eux au hasard. Tandis que nous embarquions, un pêcheur venait de ferrer un gros poisson encore vivant et la patronne du restaurant nous demanda si nous voulions le manger. Cela nous sembla être une bonne idée et nous avons accepté l'invitation malgré le prix astronomique de la bête (les cours du poisson de l'Amour auraient soi-disant augmenté quelques jours plus tôt). Bon, ce genre d'endroit puait le piège à touristes, mais nous avons fait contre mauvaise fortune bon coeur, d'autant plus que le poisson était vraiment énorme et délicieux. Malgré notre appétit, nous n'avons pas réussi à le finir.

A la fin du repas, nous sommes allés chacun à notre tour aux "toilettes", en fait un trou creusé sur un bord du bateau et donnant directement sur le fleuve. Mon urine s'est ainsi mélangée au liquide de l'Amour, ce qui n'est sans doute pas hygiénique, surtout pour les poissons des clients suivants, mais de toute façon, ce trou sur l'Amour sentait tellement le poisson (hum) que ça ne devait pas changer grand chose.

En sortant du restaurant et tandis que nous devions repartir pour la gare routière, un type demanda encore à poser en photo avec moi. Mais ses gestes prématurés et déplacés sur mon épaule éveillèrent mes soupçons. Et quand il commença à se tripoter la braguette, j'ai pris la fuite, sous les ricanements de H. et de K. Décidemment, l'Amour rend lubrique. Cette expérience fut d'autant plus désagréable qu'elle ponctua notre adieu à l'Amour, que nous ne reverrons peut-être jamais plus.
KO Kola Globetrotter ·
l'Amour rêvé, l'Amour imaginé, l'Amour espéré... L'Amour Sublimé... Puis l'Amour lubrique, les odeurs de l'Amour, la crudité de l'Amour, les fluides de l'Amour...

Quel est le véritable Amour...
TI Timouss Globetrotter ·
Alléluia, Patrick a enfin trouvé l'Amour !!!!! Jouez hautbois, résonnez musettes (et n'en prenez pas une)😉😉. Sortez le champagne, sonnez les cloches de tous les villages chinois (il y en a des cloches en Chine ?) et français. Convoquez Mendelssohn et le pâtissier ...

Timouss
YA Yangguizi Globetrotter ·
Bien que le trajet ait été assez fatiguant, rétrospectivement c'était sans doute une bonne idée d'avoir voulu voir l'Amour à la fois à Fuyuan et à Tongjiang. Les deux sites se complètent bien, le premier dévoilant une atmosphère et une activité commerciale hors du commun, ainsi qu'une intéressante perspective sur le futur développement de la région, le second étant un joli site naturel. On ne nous avait en tout cas pas menti, il n'y avait presque pas de russes à Tongjiang, trop éloignée des villes russes principales de Khabarovsk et de Blagovechtchensk. Birobidjan en revanche, la capitale de la république autonome juive de Russie du même nom, n'était pas très éloignée mais apparemment pas reliée par la route à la rive russe de l'Amour à cette hauteur. C'est dommage, du Birobidjan mythique j'aurais bien aimé voir autre chose que la rive, ou à tout le moins en approcher certains des ressortissants.

Le bus de l'après-midi traversa de riants paysages champêtres et nous laissa en fin d'après-midi à Jiamusi, après un trajet sans encombres bien que n'ayant pas emprunté la route la plus directe. Comme nous nous y attendions, nous avons raté le dernier bus pour Mudanjiang et avons donc dû à nouveau invoquer la chance pour progresser dans notre périple. En Chine, la chance se résume souvent à cette quasi-équation: s'il n'y a plus de bus, il y aura un train, s'il n'y a plus de train, il y aura un bus. Et comme à Jiamusi comme dans la plupart des villes moyennes chinoises la gare routière est juste à côté de la gare ferroviaire, le suspense ne dura pas très longtemps. Un train de nuit pour Mudanjiang partait quelques heures plus tard pour nous laisser là-bas en tout début de matinée. Et comme la chance était réellement au rendez-vous, nous avons même pu obtenir trois couchettes à bord de ce train, ce qui n'est pas un mince exploit quand on s'y prend au dernier moment. Ces quelques heures de répit nous donnèrent l'occasion de nous doucher, changer, trouver une solution à l'accident de fermeture éclair du sac de H. et même avaler quelques raviolis au milieu des cafards et des crachats de la "Cité du ravioli" faisant face à la gare.

Conformément à la tradition, j'ai hérité de deux voisins ronfleurs dans mon train de nuit ce qui ne m'a d'ailleurs pas empêché de passer une bonne nuit de sommeil. Réveillé à l'aube, j'en ai profité pour admirer le paysage qui défilait derrière la vitre. Mudanjiang est située dans le sud de la province du Heilongjiang, c'est je crois la deuxième agglomération de la province après Harbin. Elle vit essentiellement de l'industrie du bois, ce qui n'est guère étonnant car la région est entièrement recouverte de forêts et de fleuves. Comme dans le reste de la province, la densité de population est beaucoup moins importante que dans le reste de la Chine, ce qui contribue grandement à la préservation de vastes étendues sauvages. Par ci par là, cheminées et usines venaient ponctuer cette nature sauvage bien que nous ne semblions traverser aucune agglomération.

Lorsque le train entra dans Mudanjiang, elle sembla conforme à sa mauvaise réputation acquise auprès des voyageurs. En fait, à part les voyageurs de commerce, personne ne passe du temps à Mudanjiang qui n'est qu'un point de départ pour un lac touristique situé à la frontière russe. C'est d'ailleurs là-bas que voulaient nous emmener tous les rabatteurs. Nous non plus n'avions pas l'intention de rester à Mudanjiang, mais tel n'était pas non plus notre projet. Si Mudanjiang ne devait rien être de plus pour nous qu'un point de passage, notre destination finale était la ville de Tumen, que j'avais déjà visitée en été 2006 et qui est située sur la rivière du même nom, une rivière qui marque la frontière avec la Corée du Nord.

H. tenait absolument à y aller, et moi à y retourner, frustré que j'étais du peu de temps que j'avais pu y passer un an plus tôt. Quant à K., qui supportait nos lubies avec une patience et une abnégation exemplaires, elle dû bien avouer que si ça n'avait tenu qu'à elle, elle n'aurait jamais fait autant de kilomètres pour "ça". Car après le très long trajet Fuyuan - Tongjiang - Jiamusi - Mudanjiang, une demi-journée de transport nous attendait encore pour rejoindre Tumen.

La chance fut une nouvelle fois au rendez-vous, et nous avons pu attrapper un bus pour Tumen in extremis au moment où nous avons mis les pieds hors de la gare. Certes, il s'arrêta d'abord trois quarts d'heure dans une gare routière juste à côté d'un bus russe à destination d'Oussourisk, mais le parfait agencement de tous ces moyens de transport que nous avons empruntés jusque là était quand même très satisfaisant. A sept heures du matin, le bus quitta donc la gare routière pour se faufiler dans les embouteillages matinaux de Mudanjiang. En regardant dehors, nous n'avons eu aucun regret de ne pas nous y être attardés: Mudanjiang avait vraiment l'air aussi moche que sa réputation le laissait supposer. C'est dommage d'ailleurs, c'est un joli nom Mudanjiang, ça veut dire "fleuve des pivoines", du nom de la rivière qui travrse la ville et que nous n'avons pas tardé à atteindre. Un peu plus tard, dès la sortie de la ville, les champs allaient progressivement laisser la place à la forêt au fur et à mesure que nous avancions vers le sud. A mi-chemin, un panneau nous laissa supposer que nous avions quitté le Heilonjiang pour atteindre la province du Jilin, et plus précisément le district autonome coréen du Yanbian, que j'avais visité en 2006. Dorénavant, tout serait écrit en chinois et en coréen dans les petites villes et villages que nous allions traverser.

Tandis que la forêt se faisait réellement très dense autour de nous, un gigantesque complexe industriel crachant mille panaches dans un ciel déjà brumeux fit soudain son apparition au milieu de nulle part au détour d'une vallée encaissée. Tandis qu'H. et moi nous ruions sur nos appareils photos, ma voisine de siège laissa échapper un soupir et ne put s'empêcher de regretter à haute voix la présence incongrue de cette chose au milieu d'un paysage aussi joli. Un peu plus loin, les derniers kilomètres furent les plus durs car le chauffeur prit un raccourci pour franchir un col, sur une route qu'un bus ne devrait certainement jamais emprunter. Mais nous sommes finalement arrivés sains et saufs et le bus nous déposa dans un patelin à vingt kilomètres de Tumen que nous avons rapidement rejoint en taxi en longeant la Corée du Nord. J'étais de retour en territoire connu.
KO Kola Globetrotter ·
Revenir couché? Et s'endormir après l'Amour?!!...
YA Yangguizi Globetrotter ·
Je n'ai eu aucune difficulté pour retrouver l'hôtel proche de la gare où j'avais séjourné un an plus tôt, et le hasard m'a attribué la même chambre qu'alors, sans que je ne demande rien. C'est vrai qu'il est exceptionnel que je retourne deux fois au même endroit en vacances, mais là j'étais tout excité à l'idée de faire ce que je n'avais pas eu le temps de faire la dernière fois: enrichir de manière encore plus substantielle ma collection d'objets nord-coréens. Mais avant cela, nous sommes allés faire réparer très rapidement le sac de H. avant de rejoindre le fleuve Tumen et sa promenade en face de la ville coréenne de Namyang.

Il y avait plus de monde qu'en 2006, le tourisme a eu l'air de s'être développé en un an si on en juge par le nombre d'activités proposées aux visiteurs. Cette fois, le hors bord n'était plus seul sur le fleuve, il y avait aussi des bateaux plus lents et même quelques radeaux en bambou qui rasaient la rive coréenne à seulement un ou deux mètres de distance. C'est évidemment ce moyen de locomotion que nous avons choisi tous les trois le lendemain. En fait, on s'est approché tellement près de la rive coréenne qu'on a même réussi à arracher des herbes. Je perçois d'ici les ricanements des lecteurs, mais que voulez-vous, quand on est passionné par quelque chose, on ne se rend plus compte de ce qui est ridicule et de ce qui ne l'est pas.

Mais la grande nouveauté par rapport à 2006, c'est qu'on pouvait désormais monter au sommet du poste frontière et s'aventurer sur le pont, alors que tout cela était fermé aux visiteurs démunis de visa nord-coréen il y a un an. Et du sommet du poste frontière, la vue sur Namyang est plus intéressante, d'autant plus qu'on peut se servir de deux puissantes longues vues nous permettant d'épier de très près la vie quotidienne de ces mystérieux nord-coréens. Le fleuve n'est certes pas large, mais à l'oeil nu on ne voit pas beaucoup de détails, même si on aperçoit quand même des personnes se déplacer. Du toit donc, on a une vue unique sur un portrait du Grand Leader, Camarade Kim Il Sung, qui décore ce qui est vraisemblablement un bâtiment administratif. Juste en dessous, une peinture en grande partie cachée par les arbres avait l'air encore plus intéressante. On voit très bien les garde frontières coréens, et la rapidité des contrôles sur les chinois qui de temps en temps traversent le pont en véhicule ou à pieds (renseignements pris plus tard, il s'est avéré qu'au bout de 5 ans de résidence à Tumen, on est éligible pour obtenir un laisser-passer en territoire nord-coréen qui fait office de visa et permet de s'y rendre à volonté autant de fois qu'on le souhaite). Que n'aurions-nous pas donné H. et moi pour posséder un tel document! Tandis que K. était morte de rire en nous voyant nous extasier devant le moindre vélo ou le moindre enfant jouant au ballon, nous ne perdions aucune miette du spectacle, surtout quand les patrouilles nord-coréennes se faufilaient à travers les buissons du bord du fleuve et faisaient des pauses cigarettes. A vue d'oeil, ces soldats avaient l'air très jeunes, c'était probablement des mineurs, mais ils étaient tout de même armés. Un gradé fit un peu plus tard son apparition à l'autre extrémité du pont, il rendait sans doute visite aux soldats en poste qui laissaient passer les chinois. "C'est cette casquette qu'il me faut" ai-je lâché!

Namyang est une toute petite ville, bien moins importante que sa jumelle chinoise Tumen, et il ne s'y passe donc pas grand chose de visible, mais en raison de sa rare situation frontalière, il s'agit sans doute d'un endroit stratégiquement important pour les coréens. Plus tard, nous avons vu 5 ou 6 camions rouges chargés à ras bord de charbon franchir le pont en provenance de Corée pour aller déverser leur cargaison quelque part à Tumen. Un peu plus tard, ils refirent le trajet en sens inverse, mais à vide. Que la Corée du Nord exangue et en pleine pénurie énergétique livre ainsi son charbon à la Chine m'a laissé quelque peu perplexe, mais je suppose que les devises sont encore plus précieuses que ce charbon qui n'alimentera aucune usine et ne chauffera aucun foyer coréen.

"Camarades" nous cria un soldat chinois à l'entrée du pont, c'est par là. En fait, nous nous sommes fait appeler trois fois "camarades" par ces soldats en l'espace d'une demi-heure. C'était la première fois que des chinois m'appelaient ainsi hors de tout contexte humoristique. Sans doute fallait-il y voir une quelconque influence nord-coréenne, où le vocable est d'usage courant. Nous avons donc suivi le camarade soldat jusqu'au premier tiers du pont, jusqu'à une ligne où était écrit en chinois et en coréen le mot frontière, et que nous avons été invités à ne pas dépasser. Le chinois qui n'en avait de toute façon rien à foutre n'a pas réagi quand K. s'est amusée à faire glisser son pied au delà de la ligne. Comme ce petit jeu nous amusait, nous avons finalement allègrement franchi la ligne pour nous prendre en photo, sous les yeux du soldat qui s'en moquait éperdument. De toute façon, nous n'étions pas en territoire coréen mais seulement en zone neutre. Un peu plus tard, des groupes de chinois et de sud-coréens nous ont rejoint et se sont livrés au même jeu.

La nuit tombée, la plupart des bâtiments coréens étaient faiblement éclairés, un peu plus toutefois qu'en 2006. Ce qui était en revanche surprenant était la faiblesse des lumières côté chinois, eux qui pourtant prennent un malin plaisir en général à illuminer de mille feux la moindre promenade touristique. Etait-ce par égard pour les voisins et néanmoins amis coréens?
KO Kola Globetrotter ·
Où il n'est plus question d'Amour...
CA CatherineGil Globetrotter ·
" L'Amour n'est qu'une étape, un arrêt momentané sur la route de la vie " Octave Uzanne -
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
YA Yangguizi Globetrotter ·
La découverte de l'Amour m'avait-elle rendu fou? Ou bien était-ce l'abondance d'objets nord-coréens que l'on peut trouver à Tumen - à condition de savoir chercher et d'insister lourdement auprès des vendeurs pour qu'ils montrent ce qu'ils ont d'intéressant - qui a provoqué cette boulimie d'achats chez H. et surtout chez moi? On peut dire que nous avons littéralement dévalisé les magasins de souvenirs et que nous n'avons pas laissé grand chose d'intéressant derrière nous. Par intéressant, il faut entendre ce qui est relativement rare et connoté politiquement, ce qui exclut les timbres et autres babioles fabriqués et vendus à une échelle industrielle.

La moisson fut en tous les cas particulièrement fructueuse pendant cette journée et demie passée sur place, et a dépassé toutes mes espérances. J'avais cru prévoir large en voyageant avec une valise quasiment vide, mais au retour, elle et mon sac à dos furent tellement bien remplis que j'ai cru que le tout allait éclater sous l'effet du poids et volume. Finalement mes affaires ont tenu bon et j'ai pu tout ramener à Shanghai.

J'ai enfin pu trouver un uniforme nord-coréen, à peu près à ma taille (sauf la casquette qui est trop petite, à moins que les casquettes de l'armée nord-coréenne ne soient spécialement conçues pour comprimer le cerveau des soldats). Ce n'est certes pas un uniforme de gradé et j'hésite donc à y fixer toutes mes médailles dont certaines ne sont pas destinées aux simples soldats. Mais le lendemain j'ai acheté un superbe livre en français intitulé "la cinématographie coréenne" qui décrit avec force images et textes politiquement forts 150 films nord-coréens parmi les plus idéologiquement profonds. Ainsi "L'ancien supérieur du chef de brigade" est ainsi résumé: "Le héros Djou Hyeun Tcheul, adjudant rengagé conduit le camion pendant plus de 30 ans depuis les premiers jours de la Guerre de Libération de la Patrie. Il a reçu à trois reprises l'ordre de sa démobilisation, mais il a refusé de quitter son uniforme militaire, désireux de servir jusqu'au jour de la réunification de la patrie. Nombre de ses compagnons d'armes sont promus supérieurs, dont Djeung Min, jadis soldat de son escouade, mais aujourd'hui chef de brigade. Mais, Djou Hyeun Tcheul ne veut ni de l'honneur ni du grade et s'adonne à sa tâche toujours dans le même grade. Sur sa poitrine brillent d'innombrables ordres et médailles, qui prouvent ses mérites accomplis pour la patrie et le peuple. Le mérite dans le service militaire se mesure donc non par le grade, mais bien par les décorations, affirme le film." Ouf, nous voilà rassurés, il est djoutchénnement correct de tapisser de médailles un uniforme de simple soldat!

Toujours dans la catégorie des livres artistiques, j'ai dégoté quelques pièces rares comme un ouvrage, toujours en français, sur les ballets de la troupe artistique de Mansudae, ainsi qu'un autre (hélas en coréen) sur l'oeuvre d'un des plus grands peintres réalistes socialistes de Corée qui est décédé il y a quelques années. Certaines de ses peintures sont très connues et apparaissent dans quasiment tous les livres de propagande illustrés, mais il y a des pièces bien plus rares dans ce livre, comme de nombreux portraits de Kim Jong Il en action, et une peinture représentant le peuple pleurant autour de Kim Jong Il le jour de la mort de Kim Il Sung. J'ai laissé H. acheter "Juche Art", un gros livre faisant la synthèse de l'art cinématrographique, chorégraphique et pictural inspirés par le culte du Grand Leader. Mais je n'ai aucun regret à avoir puisque j'ai réussi à retrouver le même aujourd'hui-même à Shanghai. Nous avons également acheté chacun un livre de peintures dédiées à Kim Jong Suk, la mère de Kim Jong Il, adulée comme une sainte par l'idéologie nord-coréenne.

Pour ma part, j'ai laissé de côté les dictionnaires techniques et médicaux pour acheter les trois premiers tomes de l'encyclopédie nord-coréenne (qui en compte 30). Avec 650 pages par tome, et richement illustrée, cette encyclopédie très complète traite de sujets extrêmement variés, allant du culte de Kim Il Sung aux familles de poissons en passant par l'architecture moderne dans le monde entier, l'art Gandara, la biographie de Giuseppe Garibaldi, les anciennes poteries et peintures coréennes et les différentes manières pour un soldat de traverser un fleuve. Il y a certainement pléthore d'articles hilarants dans cette montagne de savoir, mais ma connaissance trop limitée du coréen me contraint à ne pouvoir anoner que quelques titres et à ne regarder que les planches illustrées.

Nous avons également acheté des montres nord-coréennes de marque Moranbong, dont je n'avais jamais entendu parler. Il faudra toutefois les faire réparer car leur mécanisme est sérieusement défaillant. Toujours parmi les raretés, une petite peinture enfantine représentant la maison natale du Grand Leader, et des petites affiches le représentant dans diverses scènes de sa carrière révolutionnaire. Mais le clou de la collection est incontestablement la peinture incurvée représentant en trompe l'oeil et en trois dimensions le Grand Leader se tenant au sommet du mont Paektu, haut lieu de la révolution dans la mythologie communiste nord-coréenne. Ca, c'est vraiment rarissime je pense! Rappelons qu'en Corée du Nord, les affiches et représentations du Grand Leader, hors des livres, ne peuvent pas être vendues aux étrangers. Mais les chinois de Tumen qui peuvent librement franchir la frontière arrivent parfois à ramener en cachette des trésors. Tous m'ont dit que c'est de plus en plus difficile, ce qui explique la rareté de ce genre de chose, même à Tumen.

Puisque ce n'était pas bien cher, j'ai également acheté un très beau calendrier nord-coréen 2007, représentant essentiellement des soldats et des policières, ainsi qu'un crayon de papier pour écolier. On peut encore citer pêle mèle un pin's du Grand Leader (celui que j'avais déjà commençait à s'user), un ou deux films, quelques pièces de monnaie et bien entendu quelques magazines nord-coréens illustrés que je collectionne. Citons enfin quelques petits fascicules en chinois résumant la pensée de Kim Il Sung ainsi qu'un guide de voyage pour chinois particulièrement complet et exhaustif sur la Corée du Nord.

Comme tout cela était toujours insuffisant, nous avons interrogé un chauffeur de taxi particulièrement bienveillant sur les possibilités d'achats hors des magasins pour touristes et collectionneurs. Cet homme qui avait passé plusieurs années en Russie et en Corée du Sud fut d'une aide précieuse car il nous indiqua un marché pour locaux où, en cherchant bien et en insistant lourdement auprès des dames âgées qui vendaient leur bric à brac d'objets quotidiens, nous avons encore trouvé quelques trésors: boites de fourchettes made in DPRK, baguettes, cuillers, couteaux, hachoirs estampillés "Pyongyang Corée" ou "fabriqué en Corée", tellement recouverts de poussière qu'ils devaient être enfouis depuis de nombreuses années avant que les occidentaux fous que nous étions ne les fassions sortir du tas d'immondices où ils dormaient. Idem pour les assiettes et bols nord-coréens que nous avons également trouvés sur place et qui me permettent dorénavant d'avoir un service de table complet entièrement nord-coréen pour 8 personnes.

Avec tout cela, les lecteurs comprendront donc pourquoi ma valise et mon sac se sont vite remplis! Cette frénésie d'achats fut également un bon test d'amitié pour H. et pour moi, car il ne fut pas toujours facile de répartir nos trouvailles n'existant souvent qu'en un seul exemplaire. Les lecteurs seront également priés de garder pour eux les explications psychiatriques qu'ils ne manqueront pas de trouver à cette boulimie, faute de quoi je les renverrai à l'explication que donnent tous les collectionneurs du monde: les collections, c'est fait pour augmenter et être complété.
KO Kola Globetrotter ·
Quelquefois cette recherche est la quête d'une vie... Mais au fond pour toi, cet... Amour là, ce n'était qu'une simple aventure de vacances n'est ce pas?...
YA Yangguizi Globetrotter ·
Nous avons cru un moment que la chance allait nous lâcher, elle qui s'était montrée si généreuse jusque là. Car autant H. et K. que moi devions être dimanche en début d'après-midi à Harbin, eux pour attraper leur train pour Pékin, moi mon avion pour Shanghai. Et de Tumen à Harbin, c'est une sacrée trotte! Contre toute attente, il y avait un train direct de nuit pour Harbin, qui nous permettait ainsi de rester à Tumen jusqu'au diner de samedi soir. Encore un horaire idéal donc. Le hic, c'est que cette fois il ne fut pas possible d'acheter de couchettes. Après avoir tergiversé et envisagé les trajets les plus indirects via Mudanjiang, Jilin ou Changchun, nous en sommes arrivés à la conclusion que le train direct en assis dur serait le moins fatigant, toutes proportions gardées. Nous avons donc acheté trois places samedi matin.

Après avoir échoué à déjeuner et diner au restaurant nord-coréen de la ville qui était monopolisé par un mariage, nous avons finalement réussi à nous sustenter de manière tout à fait agréable dans un restaurant coréen, moderne et avenant, juste sur la rue piétonne du centre-ville. Puis ce fut l'heure tant redoutée d'aller chercher nos affaires pour les transporter de l'hôtel à la gare toute proche. Les valises chinoises sont heureusement pourvues de roulettes, mais par contre, il semble que personne en Chine n'ait jamais imaginé installer de rampes plates pour éviter aux voyageurs de les soulever dans les escaliers. La gare de Tumen ne fait donc pas exception à la règle, et nous avons donc fait un peu de sport avant de pouvoir embarquer dans le train.

Mais juste avant, dans la salle d'attente, j'ai pu assister à un spectacle absolument inédit en Chine: l'annonce d'embarquement à bord du train ne provoqua aucune émeute, et seuls quelques passagers épars se dirigèrent vers le contrôle des billets, de manière nonchalante et sans qu'aucune bousculade ne se produise. Le plus étonnant, c'est que Tumen était le point de départ du train, ce qui devait donc signifier que nous allions embarquer dans un train quasiment vide! Du jamais vu en ce qui me concerne, et cette expérience étant donc plutôt déconcertante. Et comme effectivement il devait être écrit quelque part que la chance ne nous abandonnerait pas si près du but, nous avons réussi à faire échanger nos billets contre des couchettes dures, nous permettant ainsi d'arriver le lendemain à Harbin dans un état pas trop piteux.

Il nous restait donc une demi-journée à passer dans la capitale du Heilongjiang, et après avoir laissé passer un orage, nous sommes d'abord allés visiter le musée des martyrs de la ville, un édifice imposant où sur trois étages, on peut voir une collection de photographies, de récits et d'objets rappelant les atrocités commises par les japonais dans la région pendant la guerre. Pour déjeuner, nous sommes retournés au restaurant nord-coréen découvert une semaine plus tôt où l'accueil fut beaucoup plus glacial que la première fois. Je suppose que le personnel avait été réprimandé pour s'être laissé aller à trop d'égards envers nous, et nos questions sur les livres achetés la veille ne suscitèrent ni la surprise ni la coopération attendues. Après le déjeuner, il restait juste ce qu'il fallait de temps pour aller acheter la boîte de paté de poisson du Kolkhoze Lénine repérée lors de notre arrivée, avant de rejoindre la gare pour mes amis, puis l'aéroport pour moi.

Mais sur le chemin de l'aéroport, oubliant que je n'étais pas encore à Shanghai, j'ai commis l'erreur de vouloir accrocher ma ceinture de sécurité à bord du taxi, car nous roulions à vivre allure sur une autoroute déserte et car j'étais assis à la place du mort. Le problème, c'est que dans la plupart des taxis chinois, les ceintures de sécurité ne sont jamais utilisées, et sont donc recouvertes d'une épaisse couche de graisse et de poussière, qui a laissé une superbe empreinte sur ma chemise blanche. Ca a fait rigoler le chauffeur, c'est normal.

L'avion décolla à l'heure de l'aéroport, et au bout de deux heures et demi de vol, l'hôtesse annonça que nous entamions notre approche sur l'aéroport de... Qingdao, une grande ville à mi-chemin entre Harbin et Shanghai où aucun arrêt n'avait été prévu. Une violente tempête à Shanghai obligea tous les avions à se dérouter ce soir-là, mais par chance nous avons pu redécoller une heure plus tard et nous en sommes donc juste tirés avec quelques heures de retard. Le problème, c'est que cette expérience sembla traumatiser pas mal de monde dans l'avion, et la plupart des passagers ont hurlé dans leurs téléphones portables lors de l'escale improvisée. Le type derrière moi était le plus exaspérant de tous: ses baillements étaient des hurlements qui ponctuaient à la perfection un dialecte non-identifié, subtil mélange de grognements hagards et de syllabes plus ou moins intelligibles, le tout agrémenté de puissants raclements de gorge et de coups de pied dans mon siège. Inutile de jeter un regard noir à ce genre de personnage sauvage, il ne comprenait bien sûr pas où je voulais en venir. Je bouillais intérieurement.

Ce voyage à la découverte de l'Amour fut donc un véritable condensé de vie: à l'excitation de l'inconnu succéda celle de l'approche en douceur puis de la révélation de ce qu'est l'Amour véritable. L'extase des premiers instants finit par laisser la place au train train quotidien, puis aux passions infidèles, aux problèmes de lessive, et enfin au quasi-pétage de plombs. Et tout ça en seulement 9 jours! Et dire que certains ont besoin d'une vie entière pour vivre toutes ces expériences...

FIN
FA Fabricia Globetrotter ·
Et dire que certains ont besoin d'une vie entière pour vivre toutes ces expériences...

😛 Pas si longtemps que ça, selon Frédéric Beigbeder, dans son livre :

"L'Amour dure trois ans"... Extrait : "L'amour commence dans l'eau de rose et finit en eau de boudin"

No comment !
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
KO Kola Globetrotter ·
Vivre d'Amour et d'eau fraiche... maintenant c'est fini! Et pourtant... cet Amour là aurait pu être un roman fleuve...

(merci...)
SO Songhai73 Globetrotter ·
merci a pondy et yangguizi, j'ai marché toute la journée devant mon écran !!!ouf je suis épuisé !!! et j'en redemande !! francia
le mérite d'un homme réside dans sa connaissance et dans ses actes et non point dans la couleur de sa peau ou de sa religion! Khalil Gibran
YA Yangguizi Globetrotter ·
Pour ceux qui voudraient savoir à quoi ressemble l'Amour véritable, voici quelques clichés: le passage à l'Eglise, quasiment obligé avant de connaître l'Amour ma rencontre avec l'Amour, encore vierge l'Amour, ça donne la patate! la croisière de l'Amour

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