Conversation transatlantique

This discussion is in French, the community’s main language.

Original post
UN
Ciao a tutti,

Ras le censuré du covid! Et si on causait d'autre chose, hein?

Dans un livre au beau titre, Globe-trotteur en français, Svetski putnik en langue originale bcms (littéralement La Conscience du voyageur) David Albahari, auteur serbe émigré au Canada, place ces mots dans la bouche de l'un des personnages du roman, Daniel Atias, écrivain de l'"ex-pays" invité à une résidence d'artistes à Banff :

Dans son monde, l'Europe,

il n’y a que l’instant présent, et dans cet instant on vit, en fait, pour le passé, que chacun voudrait bien changer, alors qu’ici, s’il ne se trompait point […] l’instant présent n’est que l’antichambre du futur, et le passé reste, comme il se doit, aussi immuable que les montagnes qui nous entourent.

L'ici qu'il évoque est le Nouveau Monde, l'Amérique aux vastes étendues.

La lectrice que je suis avait adhéré à la vision d' Albahari sur l'homme européen, du moins d'un certain âge et curiosité intellectuelle sur sa propre histoire, sur la matière de sa mémoire, Frankenstein couturé de traumatismes mal digérés (comment ne pas entendre aujourd'hui sans masque sur les oreilles les grincements de dents dans l'Egée?) et de quelques rares périodes resplendissantes. Je n'avais eu en revanche aucun point d'appui pour évaluer sa perception du Nord Américain.

Qu'en pensent mes compatriotes européens et les natifs des vastes étendues (pratiquement absents de cette rubrique) ou bourlingueurs attentifs des deux rives de l'Atlantique?

Catherine (qui se dit que son esprit serait peut-être différent, autre texture, autres réflexes, si elle habitait rue des écureuils au lieu de rue d'un général napoléonien syphilitique à quelques pas de la place d'un empereur romain grand massacreur de chrétiens)

PS : pour contextualiser (sans épistémologiser ) la citation extraite du livre, voici la critique complète que j'avais écrite de l'ouvrage :

« Ce qui m’inquiétait c’était une chose que je devinais plutôt que je ne la voyais vraiment, une chose qui n’avait pas encore de forme déterminée et ne se rattachait pas davantage à telle ou telle partie de son visage, quelque chose qui du moins à ce moment là n’aurait pas pu être saisi par le dessin, mais qui, telle une ombre, ne cessait de glisser sur ses joues, ses sourcils et l arête de son nez, menaçant de s’y fixer et – la voilà mon inquiétude, de s’y établir à demeure. »

Deux hommes. Un peintre et un écrivain. Un peintre canadien et un écrivain de Belgrade. En cet été 1998, ils sont tout deux invités du Centre des Arts de Banff, artistes en résidence, longue pour le premier, à peine 13 jours pour le second. Le visage de l’auteur fascine le plasticien, qui en scrute les moindres détails, les moindres expressions, et tente dans les heures où ils ne sont pas ensemble de dessiner ses traits, de la simple épure d’une ride à la physionomie complète. Il tente péniblement de faire apparaître une forme qui se dérobe.

Cette passion exclusive et oh combien possessive du peintre envers l’écrivain qui ne la découvrira, en feuilletant le haut paquet de dessins dans un parfait silence, que quelques minutes avant son départ définitif de Banff, est contrariée par l’arrivée d’un troisième homme, un Canadien de Calgary, rejeton d’Ivan Matulić, globe-trotter croate dont les deux artistes ont vu la signature dans une vitrine du Musée d’Histoire naturelle de Banff. L’écrivain et le petit-fils partageant une origine géographique commune et par là même une fraction d’histoire commune, il se noue entre eux une discussion, une entente même, dont le peintre, à son grand regret, se sent exclu.

Le peintre est le narrateur. Narration intime où il relate ses sentiments, les mouvements du groupe, les discussions.

Thé pris au grand hôtel à l’orgueilleuse architecture, conférences au Centre des Arts, cocktail petit doigt en l’air et expression inspirée de rigueur chez le directeur des programmes littéraires, fraîches eaux des torrents et wapitis vaquant, indifférents aux hommes, à leurs occupations. Déambulations plus ou moins rapides selon l’heure et l’humeur dans les rues du Bison, de la Loutre, du Castor…

Les rues ont à Banff des noms d’animaux, le peintre s’attirera la sympathie de Daniel Atias en définissant son identité par la prairie.

Les deux hommes viennent de deux mondes profondément différents. Dans le monde de Daniel Atias dit-il, « il n’y a que l’instant présent, et dans cet instant on vit, en fait, pour le passé, que chacun voudrait bien changer, alors qu’ici, s’il ne se trompait point […] l’instant présent n’est que l’antichambre du futur, et le passé reste, comme il se doit, aussi immuable que les montagnes qui nous entourent. » La réflexion sur le temps, sur l’histoire, sur les relations que les peuples entretiennent avec elle influençant ainsi leur existence, charpente le livre.

Au-delà de la confrontation du rapport au temps, à la mémoire sur les deux rives de l’Atlantique se développe la relation entre des ressortissants de deux camps opposés de l' »ex-pays » comme le nomme l’écrivain qui ne mentionnera jamais ni la « Yougoslavie« , ni encore moins la « Serbie« , discussions intenses, prises de conscience qui réveillent l’espoir assoupi de Daniel Atias. Mais le petit-fils du globe-trotter croate, né dans un pays d’avenir, cédant à l’impulsion de contempler le passé de son ancêtre, de Canadien devenant ainsi Croate, sera empoisonné, à mort, par cette dislocation abyssale de son identité.

En mode mineur, une réflexion sur la nature de la peinture et de la littérature, sur leur façon différente d’appréhender le monde, d’en rendre compte, traverse l’ouvrage.

Le texte est dense, pas de chapitre, pas même d’alinéa. Un bloc de langue, d’idées, de sentiments. Daniel Atias prétend que « le mieux serait encore de lire un seul livre pendant toute sa vie…« . Au vu de l’épaisseur de ces 200 pages, on se dit que si elles n’occupent pas toute une vie, il ne serait sans doute pas inutile de les fréquenter longuement pour en approfondir la compréhension, en déceler le cheminement, en apprécier le système d’échos.
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
JU Junolu Regular ·
Bonjour, Je ne sais pas si mes associations sont pertinentes mais en lisant cet extrait de «Globe-trotter» et ton commentaire j’ai pensé à une autre fracture mémorielle, transméditerranéenne celle-là, évoquée par Alice Zéniter dans «L’art de perdre». Mais je n’ai pas lu le livre dont tu parles et je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi ... De plus je suis sortie du sujet. 🤭 Quant à ce qui se passe dans l’Egée, je redoute d’autres flambées de violence!
« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace » Alexandra David-Neel
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour Christiane,

Plus que de "fracture mémorielle", Albahari parle du poids de la mémoire, souvent traumatique, dans la définition de l'identité. Il postule que l'Européen, absorbé dans une digestion trop lourde d'un passé trop dense, est un individu profondément différent d'un Canadien, projeté dans la construction du futur sur des espaces vierges ou presque. J'ignore si cette conception recueille un assentiment de part et d'autres de l'Atlantique.

David Albahari est né à Pecs (Kosovo), dans une famille juive, en 1948. Il n'a émigré au Canada qu'en 1993. Dans une conception organique de l'Europe, les Balkans seraient sans aucun doute le système intestinal, loin de la jolie peau italienne ou gros biceps allemands, on y percoit les gargouillis digestifs, l'essence même de notre continent. Et je lui donne raison sur notre être (notre ne concerne probablement pas cette nouvelle espèce anthropologique aux pouces désarticulés et très occupée des effets de lumière sur les reliefs de son nombril, qui appartient déjà sans doute à un autre monde) comme littéralement ligoté par son passé, qui le rumine et consacre d'une certaine façon son énergie à le réparer, à ne pas en reproduire les "erreurs". (qui peut prétendre, avec un sérieux inébranlable que c'est sur des critères purement objectifs, que la Croatie, alliée historique de l'Allemagne, fait déjà partie de l'UE, alors que la Serbie alliée historique de la France, reste dans l'antichambre, sans parler de la BiH teintée d'islam et suspecte à tous qui devra sans doute poireauter des lustres si tant est qu'on consente à l'intégrer un jour et qu'elle ne subisse pas le sort de la Turquie).

Je ne sais pas en revanche, si sa vision du Canadien (ou de l'Etats-Uniens?) comme individu pour lequel tout est toujours à construire sans entraves ou presque s'ancre dans un reve d'Européen, un mythe né d'un désir d'inaccessible échappatoire, de repos, ou dans un vécu effectif des gens de ce continent. Je pose donc la question.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Catherine, moi aussi j'ai du mal à bien saisir les méandres de ta pensée et ta question. L'Européen et le poids de son passé, mais le Canadien, pour la grande partie d'entre eux sont des Européens partis de l'autre côté de l'Atlantique, donc la traversée de l'Atlantique les aurait rendu amnésiques de leurs racines européennes. Auraient-ils trouvé une virginité qui les absout de la terrible repentance ou autre vacuité de l'esprit dans un monde qui n'aurait plus de sens?

Après la question de l'accession à l'UE des différents pays des Balkans, tout a évolué au cours des 25 dernières années, la Serbie devait intégrer l'UE avec l'Albanie et sans doute le Kosovo, mais il y a eu marche arrière, parce que les peuples de l'UE n'étaient pas d'accord, indépendamment du problème turc. La Bosnie c'est vrai on n'a jamais trop envisagé son adhésion (tout du moins lorsque je travaillais sur ces problèmes d'adhésion au sein du ministère des affaires étrangères). La Bosnie patchwork des trois entités bosniaque, serbe et croate dont on a du mal à faire la synthèse. Mais pour pouvoir donner mon avis j'aurais besoin d'explications de textes de pas mal de membres de phrases, certes je ne suis pas un littéraire de par mes études, sans doute un handicap pour comprendre tous les volets de la réflexion. Par exemple que veut dire :une conception organique de l'Europe. Luc
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonsoir Luc,

le Canadien, pour la grande partie d'entre eux sont des Européens partis de l'autre côté de l'Atlantique, donc la traversée de l'Atlantique les aurait rendu amnésiques de leurs racines européennes. Auraient-ils trouvé une virginité qui les absout de la terrible repentance ou autre vacuité de l'esprit dans un monde qui n'aurait plus de sens

Tu penses donc que la conception nord-américaine d'Albahari relève du fantasme? S'il peut parler de virginité, relative, en ce sens qu'elle serait une certaine légèreté du passé dévorée par l'espace naturel, qui permet de concevoir un futur sans envahissement de passé, il ne fait aucune allusion, pour autant que je me souvienne, à une quelconque "repentance", juste à un enchevetrement inextricable de passé, histoire commune et histoires individuelles au sein de celle là, rancoeurs, sales expériences, etc, qui nous rend boiteux.

la Serbie devait intégrer l'UE avec l'Albanie et sans doute le Kosovo, mais il y a eu marche arrière, parce que les peuples de l'UE n'étaient pas d'accord, indépendamment du problème turc. La Bosnie c'est vrai on n'a jamais trop envisagé son adhésion (tout du moins lorsque je travaillais sur ces problèmes d'adhésion au sein du ministère des affaires étrangères). La Bosnie patchwork des trois entités bosniaque, serbe et croate dont on a du mal à faire la synthèse.

Pourquoi ont-ils été d'accord pour la Croatie et pas pour les 3 autres? Pourquoi cette synthèse là leur pose-t-elle problème (la Belgique en est une, et tu ne parierais pas que si la Suisse, , autre synthèse demandait son adhésion à l'UE elle serait aussitot accueillie?) N'est-ce pas à cause de nos fantomes que la BiH nous dérange?

Par exemple que veut dire :une conception organique de l'Europe.

L'Europe concue comme un corps. Mais ça fonctionne pas mon truc. Si j'ai vraiment l'impression que les Balkans sont l'estomac du continent, là où tout tombe et se concentre, je serais bien en peine de trouver un pays qui fasse office de cerveau.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
N'ayant pas lu le livre je me base sur ta synthèse.

Les Grands Espaces Je comprends mieux ou tout du moins je semble comprendre que les grands espaces d'Amérique du Nord nous font oublier notre espace européen plus étroit. Si j'ai bien compris, je dirais que c'est fort possible, je ne connais ni les USA ni le Canada, mais je connais les grands espaces sud américains, et c'est sûr que si j'y habitais l'Europe m'apparaîtrait comme très très lointaine. En particulier l'Atacama, pour lequel j'ai ressenti une attirance très forte, très rapidement m'absorberait.

Les Balkans Pourquoi d'accord pour la Croatie et pas les autres. D'abord, il y a eu la Slovénie qui est un pays très proche de l'Autriche donc peut-être plus facile psychologiquement à intégrer et assez riche sans doute un facteur favorable de plus. Ensuite la Croatie, tout le poids de l'Allemagne qui a pesé. Les autres, il y a eu des négociations pour que la situation se calme entre Serbes et Albanais, surtout Kosovo et aussi l'Albanie, qui dans ces affaires albanaises a toujours une influence et une capacité d'action. Aux Serbes et aux Albanais on leur brandissait la carotte de l'adhésion, puis les politiques ont réalisé que les peuples de l'UE renâclaient, d'où abandon du projet. La Bosnie, sans doute le problème de son adhésion aurait été étudié après l'adhésion de la Serbie, du Kosovo et de l'Albanie, mais ces adhésions n'ont pas eu lieu. La Bosnie reste un pays très fractionné entre trois entités, malgré la pseudo-intégration bosno-croate. La dernière fois que j'y suis allé , cela fait certes 6 ou 7 ans, on sentait toujours la barrière entre Bosniaques et Serbes. Si la frontière n'était pas physiquement matérialisée, les personnes selon leur appartenance ne la franchissaient pas. La ligne de bus qui après "sniper alley" se dirigeait vers les quartiers serbes s'arrêtait avant et c'est à pied que j'y suis allé, et seul. Est-ce que cela a changé, si non, comment intégrer un tel pays à l'UE? Et à Mostar, d'un côté du pont on paie avec la monnaie bosniaque (du pays Bosnie) et de l'autre côté, le côté croate, ils exigent la monnaie croate ou des euros, alors que nous sommes toujours en Bosnie des deux côtés. Donc ces trois entités, serbe, bosniaque et croate n'ont pas encore réglé leurs problèmes et leurs contentieux. L'intégration à l'UE serait-elle la solution? On ne le pense pas dans les différentes chancelleries, et je ne le pense pas non plus. Différentes anecdotes d'assistance montrent que c'est loin d'être gagné. Ce que je dis remonte à plusieurs années, une quinzaine, peut-être cela s'est bien amélioré, je le souhaite.

L'Europe organique Pour la dernière partie, Europe organique, le brexit est le contre-exemple qui va vers la déconstruction. Les pays de Visograd après avoir plié sous le joug de l'URSS sont très jaloux de leur indépendance et refusent ce qu'ils considèrent comme un dictat de l'UE. En France, tous les partis se disent gaullistes, mais ils ont oublié que de Gaulle était pour une affirmation forte de l'identité nationale, et il se montrait très pointilleux et d'une totale intransigeance sur ces problèmes d'autorité nationale. Tout cela pour dire que nous sommes dans une espèce de marasme assez inextricable où plus personne ne semble comprendre grand chose.

Voila ce que je peux dire à l'éclairage de tes dernières explications Luc
UN UnaMilanese Veteran ·
Tout cela pour dire que nous sommes dans une espèce de marasme assez inextricable où plus personne ne semble comprendre grand chose.

Oui, c'est cela . Et je ne sais pas si tu te rends compte, mais à la lecture de ton message, on voit que la BiH n'est en fait qu'un modèle réduit de l'ensemble du continent. Et de l'etre aussi visiblement, on ne l'acceptera jamais "dans les chancelleries", "Cachez cette Europe que je ne saurais voir", elle me ressemble trop.

Tu n'as jamais envisagé de t'installer dans l'un espace vaste et neuf (pour toi) que tu as parcouru?

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Un espace vaste et neuf pour moi? J'ai eu des coups de foudre de coins du bout du monde en voyage à vélo, des ébahissements loin de tout, que ce soit le Gobi ou les déserts d'Amérique du sud où je suis retourné à trois reprises durant des mois. Et d'autres endroits aussi.

Mais mon ailleurs je l'ai trouvé, j'ai vendu ma maison à Lyon il y a trois ans et je vis dans un paradis, le Paradis, les Vosges, les forêts et les rivières. en particulier la rivière dont j'ai toujours rêvé depuis que je marche et vois. Il y a tout, belles balades, truites, champignons, myrtilles, animaux sauvages, on va écouter le brame. On surgit au sommet du vallon et on voit les Alpes se développer avec au premier plan la Jungfrau, le Monch et l'Eigerwand, et puis les années favorables de belles bambées à ski de fond ou en peaux de phoque. Et presque jamais personne.

Quand je suis de l'autre côté de la planète ma vallée secrète me manque, et quand je suis dans ma vallée secrète même si j'éprouve un tout petit manque en pensant aux grands espaces et aux hautes altitudes des déserts du Chili, Argentine, Bolivie ou Pérou, je réalise surtout que j'ai une chance ENORME de vivre au Paradis.

Je vais peut-être faire un carnet de voyage sur mon paradis, en essayant qu'il ne soit pas trop long, j'ai tellement de choses à dire sur les émotions multiples que j'y éprouve tous les jours. Luc
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour Luc,

les forêts et les rivières. en particulier la rivière dont j'ai toujours rêvé depuis que je marche et vois. Il y a tout, belles balades, truites, champignons, myrtilles, animaux sauvages, on va écouter le brame. On surgit au sommet du vallon et on voit les Alpes se développer avec au premier plan la Jungfrau, le Monch et l'Eigerwand, et puis les années favorables de belles bambées à ski de fond ou en peaux de phoque. Et presque jamais personne.

Un micro Banff sur le Vieux Continent... [;)]

Bon dimanche!

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
VO Voyajou Globetrotter ·
On dirait bien suivre une conversation transalpine.

Comme observé liminairement, les véfo-américains fréquentent peu cette région du forum et on pourrait sans doute en tirer quelques enseignements.

Un autre livre -mais la question est abondamment traitée- a déclenché une 'conversation transatlantique', je dis une conversation mais ça ressemblait fort à certaines discussions de cette rubrique, l'esprit en plus. C'est American Vertigo. L'auteur, français, juif aussi, ancien nouveau philosophe (ils n'ont pas ça en Amérique) endosse les habits trop grands de Tocqueville et livre sa vision de l'Amérique du début de ce siècle. Il s'attirera en retour des commentaires piquants de lecteurs américains et ses réponses ne seront pas à la hauteur.
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour Jean-Luc,

Comme observé liminairement, les véfo-américains fréquentent peu cette région du forum et on pourrait sans doute en tirer quelques enseignements.

Un autre livre -mais la question est abondamment traitée- a déclenché une 'conversation transatlantique', je dis une conversation mais ça ressemblait fort à certaines discussions de cette rubrique, l'esprit en plus. C'est American Vertigo. L'auteur, français, juif aussi, ancien nouveau philosophe (ils n'ont pas ça en Amérique) endosse les habits trop grands de Tocqueville et livre sa vision de l'Amérique du début de ce siècle. Il s'attirera en retour des commentaires piquants de lecteurs américains et ses réponses ne seront pas à la hauteur.

"il y a de nombreux moments, voyageant en voiture avec lui, où vous avez envie de lui dire de la fermer cinq minutes et de mieux regarder le paysage" (propos de William Grimes, extraits de l'article du Monde en lien). Serait-ce "l'enseignement" à tirer de l'absence des Nordam dans cette rubrique? On cause trop et ne regarde pas assez? Ça va plutot dans le sens d'Albahari (dont le seul point commun avec votre BHL national est qu'il est juif. Ce n'est pas un philosophe, c'est un auteur de romans extraordinairement sombres, sauf Svetski putnik, éclairé, en vain, par le paysage banffien).

Junolu a fait une esquisse de transmédittéranéisation (de l'immense étendue à la flaque scintillante). Du coup, j'ai ce matin écouté Alice Zeniter (jamais entendu parler avant, elle usait encore ses fonds de jupe sur les bancs du lycée lorsque j'ai levé le camp) https://www.franceculture.fr/litterature/prix-goncourt-des-lyceens-pour-alice-zeniter-et-lart-de-perdre Elle évoque plutot la réappropriation d'un territoire, d'une histoire-histoires abandonnées dans l'exil des ancetres me semble-t-il. Je n'ai pas lu le livre, forcément plus fouillé que la présentation, mais il me semble qu'on est bien dans cette importance fondamentale, fondatrice de la mémoire. Peut-être y voit-elle, elle, une nécessité (?), là où A. voit surtout, pour autant que je me souvienne, un handicap.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
PO Pondy Veteran ·
Bonjour Catherine,

Je me suis penchée sur ta - conversation transatlantique- .

Je n’ai rien compris. Tu es décidément trop cultivée et trop intellectuelle pour ma comprenote limitée Tu es une vraie européenne et emprunte les ruelles tortueuses et emmêlées de nos petites villes. Un labyrinthe de mots où je tourne entre les vieilles demeures et les toits qui se touchent pour me retrouver dans une impasse. En Nord Amérique les voies sont rectilignes, très souvent larges et on avance sans se poser de questions vers sa destination. Nos villes sont comme nos mémoires, si anciennes, qu’elles sont imprégnées du passé et on y retourne sans cesse. En Nord Amérique, c’est neuf, récent, on ne s’appesantit pas sur ce qui fut et on se projette dans ce qui sera. C’est comme ça que j’imagine en tout cas.

Et pour rester dans la métaphore de la maison, j’emprunte cette phrase de St Exupéry que j’imagine dans la bouche d’un nord américain. Un préjugé sans doute mais qui résume, pour moi, leur façon d’appréhender l’existence:

« J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit...", elles ne parviennent pas à s'imaginer cette maison. Il faut leur dire: 'J'ai vu une maison de cent mille francs." Alors elles s'écrient: "Comme c'est joli!" .

Un peu comme si de l’autre côté de l’océan, l’histoire de la belle maison en brique n’avait aucune importance ? Ce qui sera important, c’est le déménagement dans cette jolie maison, joyeuse et fleurie pour vivre dans un monde neuf sans les douleurs ou les difficultés du passé (si l’on vient d’Europe) ou continuer d’avancer vers du mieux dans la vie quotidienne si l’on est natif du Nouveau Monde.

A mon avis, chuis hors sujet, c’est l’problème quand on ne pige rien de ce que l’autre demande.
CA CatherineGil Globetrotter ·
Bonjour Catherine,

Je ne comprends pas trop où tu veux en venir.

Ce n'est pas parce que nous européens ne la connaissons pas que ces immensités n'ont pas d'Histoire ou bien d'histoires.

Alors, je présume que sans mémoire notre imaginaire se tourne plus facilement vers l' à venir : ce qui vient, aspiré par le vide à combler.

Cependant il me semble bien que les Canadiens sont assez friands de retrouver leurs origines européennes, leur histoire, leur mémoire familiale. J'ai retrouvé le même appétit en Amérique du Sud. J'avais été très étonnée notamment en Argentine que la première chose que nous disaient les gens rencontrés était - je suis Français, Italien, Allemand, Espagnol .... - Même si de fait ils étaient Argentins depuis quatre ou cinq générations. Il me semble que c'est exactement le contraire d'être tourné vers l'avenir.

Mais bon, je n'ai probablement rien compris à ce que tu expliques .
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonsoir Dom, bonsoir Catherine,

Je "n'explique" rien [:)] Je tatonne, j'essaye d'éprouver la validité de la perception de cette différence d'esprit des hommes qui peuplent les deux rives de l'Atlantique telle qu'exposée dans le roman que je cite. Peut-être Albahari souffrait-il à la fin des années 1990 et avait-il besoin de créer un "occidental" différent, projetant un désir sur son peintre canadien. Peut-être est-ce que moi-même je reve qu'il n'existe pas uniquement un perpétuel et envahissant ressassement de l'histoire, qu'il puisse être soluble, ou du moins rencognable dans de très amples paysages créateurs d'une autre identité... C'est faux? Tant pis... [:)]

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
CA CatherineGil Globetrotter ·
Bonjour,

Pour ma part, je ne sais pas ce qui est juste ou ce qui est faux, par contre j'ai foi en l'adage bien connu selon lequel les homme on besoin de racines pour pouvoir s'envoler [:)]

Bonne journée !
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
PO Pondy Veteran ·
Bonjour Catherine,

Ah oui, je suis de cet avis.

Peut-être que lorsqu’on ne sait pas bien où l’on va, on regarde toujours d’où l’on vient. Et quand on ne sait pas d’où l’on vient, la quête de ses racines est brouillée.

Chacun éprouve à un moment de son existence le besoin de s’ancrer dans une histoire. Une histoire familiale, une histoire nationale, peu importe, une histoire, un fil d'Ariane.

Et, souvent, "quand la mémoire s’en va chercher du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît"

(Birago Diop),
CA CatherineGil Globetrotter ·
[:)] Ah j'adore la phrase de Birago Diop ! Je me la mets sous le coude [;)]
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
UN UnaMilanese Veteran ·
Ciao Catherine,

les homme on besoin de racines pour pouvoir s'envoler

Ah! Le vol gracieux du chiendent... [:p]

Catherine 2 (pas très fan des analogies végétales appliquées à son espèce)
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonsoir Dom,

Peut-être que lorsqu’on ne sait pas bien où l’on va, on regarde toujours d’où l’on vient.

Mouais, et à force de regarder d'où l'on vient on en oublie carrément d'aller quelque part... Ariane voulait sortir son Thésée du labyrinthe, et mal lui en a pris : elle mourut abandonnée aux bords où elle fut laissée.

Si on se débouchait une bouteille? (d'Amarone) et qu'on utilisait le fagot pour faire griller une cote de boeuf?

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
CA CatherineGil Globetrotter ·
[:)] Ca ne vole pas bien haut .
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour Catherine,

Ca ne vole pas bien haut.

Un homme plein de racines?[;)] Je ne connais pas ton adage (en bonne Européenne (ou être humain?) on m'a évidemment rebattu les oreilles de cette histoire de racines, mais je n'avais jamais entendu qu'elles servaient à voler. Et mon esprit betement pratique trouve l'idée incohérente : avec de belles racines, et à condition que le substrat soit fertile, tu auras au mieux une plante florissante. Sûrement pas un être animé de la vivacité du vol. Il faut choisir là.

Et en écho à la réflexion de départ, l'homme européen ne serait que racines, dans un sol qui finit par s'appauvrir. Et la question n'est même pas la présence ou l'absence de "racines" mais la place que l'on attribue à celles-ci dans notre... euh, comment appeler cela... structure psychique? définition identitaire? Rien ne justifie qu'elles soient accaparantes, ni même centrales.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
CA CatherineGil Globetrotter ·
Ecoutes, je ne me sens pas légitime pour justifier un adage vieux de 4000 ans .
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
LI LillieoneFE Veteran ·
" ce ne peut être que la fin du monde en avançant " A.Rimbaud
UN UnaMilanese Veteran ·
B'soir Lillie,

Pourquoi as-tu supprimé la vidéo? C'était très drole d'entendre que 8 % de la population française de plus de 4 ans avait écouté Carrère et Quignard. "La vie n'est pas une biographie" (acquis dans la surprenante librairie de Banon) est d'ailleurs sur ma table de chevet, dès que j'ai fini mes histoires d'Arméniens d'Abadan (super racinés et ça n'accélère pas le déboutonnage de chemise, et que je me mets de la crème sur les mains, et que je rempote mes pois de senteurs, et que je mange des chocolats Cadbury, etc, etc, tout ça pour tourner autour d'une rangée de boutons... Ou c'est à cause de la censure iranienne?) j'y plonge. C'est un Européen étonnant Quignard. Une culture gigantesque mais atomisée, fragmentée, où le récit construit n'existe plus, où des bribes de mémoire, des silex de mémoire, s'entrechoquent dans un univers beaucoup plus vaste, océanique (qui est d'ailleurs le terme qu'il emploie pour qualifier son entreprise). Atlantique, plus transatlantique pour le coup.

Bonne soirée littéraire [:)]

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LI LillieoneFE Veteran ·
" ce ne peut être que la fin du monde en avançant " A.Rimbaud

You might also like