En Transsibérien vers la Corée
FR

This discussion is in French, the community’s main language.

Original post
CO
Bonjour

Je reviens d'un voyage qui m'a emmenée de Moscou à Séoul via le transsibérien. Compte-rendu

Pourquoi le transsibérien? C’était un fantasme de vieille routarde : prendre le transsibérien, le vrai, l’historique, celui qui va à Vladivostok en 9250 kilomètres depuis Moscou. L’élément déclencheur a été d’apprendre qu’un ferry permettait d’aller en Corée et au Japon depuis Vladivostok. On peut donc s’enfoncer vers le far east sans prendre l’avion. Le bilan carbone de l’aventure n’est certainement pas impeccable mais c’est la lenteur qui m’a ici séduite. Lenteur relative : je n’avais que quatre semaines pour le tout mais on peut évidemment boucler l’itinéraire russe en beaucoup plus de temps. Voyager, c’est se déplacer et c’est regarder vivre les gens. Et là, j’ai été servie. J’avais tout organisé très facilement avant de partir, en réservant mes billets de train sur le site de la RZD https://pass.rzd.ru/main-pass/public/en C’est nettement moins cher que par agence. 308 € en ce qui me concerne pour des couchettes basses, avec quelques réductions « sénior » (il faut bien avoir quelques avantages au fait d’avoir eu 60 ans) et en tenant compte du fait que j’ai pris quelques billets en seconde. Les billets peuvent se prendre deux mois à l’avance et on ne perd rien à s’organiser : cela m’a permis de me rendre compte qu’on pouvait faire des étapes entre deux trains de nuit. J’ajoute que la 2e classe n’est pas nécessairement plus confortable que la 3e. C’est juste qu’il y a moins de monde. J’ai autant échangé avec les Russes dans l’une et l’autre classe, à ceci près que les passagers de seconde parlaient plus souvent anglais. En chemin, j’ai choisi de m’arrêter à Moscou, Kazan, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Irkoutsk et Ulan-Ude. Je ne sais pas si j’ai aimé la Russie mais le train, oui ! Super expérience, qui invite à mesurer de façon très sensible l’immensité du pays et à savourer le temps qui passe.

To be continued
CO Cosi Regular ·
Bon, alors, ce n'est plus l'intro mais je ne sais pas comment modifier le titre du message, désolée

1 Vers le Baïkal

Moscou

Mon week-end d’arrivée coïncide avec la fête anniversaire de la ville. Plein de monde dans les rues devenues piétonnes, des concerts en plein air. J’en écoute un devant la kitschissime cathédrale du Christ Sauveur, avec un baryton aux allures de mafieux qui me fait bien marrer. Du coup, impression d’une ville très décontractée où il fait bon flâner. Les gros groupes Chinois et Français m’ont un peu gâché le Kremlin et Saint-Basile que j’avais pourtant pris soin de réserver.

Kazan Et hop, un train de nuit pour Kazan. 2e classe option confort avec petit dej servi au lit (si, si !) et pseudo douchette dans les toilettes, Ras. En revanche, j’ai beaucoup aimé Kazan, son Kremlin, ses bords de rivière, sa rue piétonne. Gros potentiel touristique, fièrement exhibé, sauf au musée d’histoire, où tout est en russe et où les gardiennes rébarbatives sont plus nombreuses que les visiteurs.

NB : l’office de tourisme n’est pas du tout à l’adresse indiquée par le LP, il se trouve au bout de la rue piétonne à l’opposé du Kremlin.

Dans le train pour Ekaterinbourg C’est un autre train de nuit. En 2e aussi. Nettement plus ordinaire. Le robinet du lavabo a un fonctionnement assez surprenant : l’eau ne coule que si on maintient le doigt dessous. La petite famille Kazakhe avec qui je partage mon compartiment, elle, est géniale. Nous communiquons avec force gestes et dessins. Apprenant que je suis française, la maman appelle la sienne, qui a appris le français. Et c’est parti pour chanter « Gentille alouette » au téléphone ! J’aurais droit en partant à mon pot de 6 kilos de miel maison. Merde, que vais-je faire de tout ce miel ?

Ekaterinburg

Très pratique, cette « red line » tracée sur le trottoir et qui relie musées, attractions et sites remarquables, des plus « ordinaires » (une statue des Beatles !) aux plus intéressants comme la tour Vissotsky avec vue sur la ville depuis le 52e étage et petit musée consacré au chanteur.

Dans le train pour Novossibirsk 24 heures en 3e classe à bord de l’Express n°100. Finalement aussi confortable que la 2e. Et poste d’observation privilégié de la vie russe. Parmi mes voisins, il y a donc le Papy dormeur enfoui dans ses draps, la bavarde qui adopte illico tous ceux qui passent à sa portée, la coquette qui réussira à se faire un brushing dans le lavabo. Les mecs sont conformes à leur légende : biceps tatoués, coupe rase, pas causants… Mon voisin immédiat entame en pleine nuit un saucisson à l’ail. Du saucisson à l’ail à minuit, Igor, tu déconnes ! Sinon, les passagers sont toujours très discrets : le train est une bulle dans laquelle chacun se fait sa bulle en prenant garde à ne pas déborder sur la bulle de l’autre, sinon, ce serait invivable. Les plus délicats prennent soin de soulever le matelas quand ils viennent s’asseoir sur la couchette du dessous, histoire de ne pas salir les draps. Et par la fenêtre ? Bouleaux, bouleaux, pins, bouleaux, oh, tiens, un mélèze, bouleaux. Le tout, étonnamment, sans trace humaine. Pas la moindre baraque pendant des dizaines de kilomètres. C’est à la fois rébarbatif et hypnotique…

Novossibirsk

Etape de quelques heures, le temps d’une balade le long de l’Ob, d’une visite du musée historique (très bien fait) et d’un Lac des Cygnes de haut vol à l’opéra, le plus grand de Russie ! J’aurai même le temps de recharger mon téléphone à la gare. Sauf que, au moment où mon train est annoncé, plus de téléphone ! Je ne surveillais pas d’assez près et je ne me suis pas rendu compte que les passagers qui faisaient de même avaient déjà récupéré leur appareil pour prendre un train précédent. La babouchka auprès de laquelle j’ai fait mes provisions me fait comprendre que c’est la police qui l’a ramassé. En effet, un gars en un uniforme finit par me rendre mon téléphone. Il est parfaitement au courant que je prends le train 008H pour Irkoutsk. L’appareil a apparemment été allumé et mes contacts recherchés. Je dois avoir hérité d’un gentil logiciel espion…

Dans le train 008H pour Irkoutsk Me revoici en seconde, dans un train aussi « ordinaire » que le Kazan-Ekaterinburg. Ce qui n’empêche pas la provodnitsa d’être à fond, blonde, ultra maquillée, circulant en nuisette à l’aube. Comme quoi, l’histoire des trains dont le confort décroitrait quand leur numéro augmente est une légende, c’est plutôt une loterie. J’aurais également le 008H pour le dernier tronçon, en 3e, et dans un wagon neuf. Là, ma voisine Olga, au beau visage ruiné, parle assez bien anglais et traduit obligeamment nos conversations sur le voyage et la cuisine russe à nos deux comparses.

Le paysage commence à changer. De la forêt toujours mis aussi de la broussaille, l’Ienissei majestueux et beaucoup plus de villages que lors du trajet précédent. Le temps est aboli et pourtant, nous prendrons deux heures de décalage dans la vue. Etonnante expérience. Je lis mollement. A ce rythme, Michel Strogoff va arriver à Irkoutsk après moi !
CO Cosi Regular ·
Le Baïkal, enfin

Irkoutsk Ça pince et il pleut. Sachant que la météo pouvait être maussade dans le coin à cette période de l’année, j’ai de toute façon prévu peu de temps pour le Baïkal. Je me contenterai de Listvianka. Attention, les bus qui s’y rendent peuvent vite être pleins. J’ai donc pris le bateau qui part du quai Raketa (je n’ai pas réussi à booker une place sur le site de l’Eastern Siberian Company, il faut y aller la veille par le trolley n°3) Les horaires laissent une bonne journée sur place, ce qui est suffisant pour aller au musée du lac (assez rigolo), se tremper les pieds, parcourir les quais et contempler le lac scintillant et vaste comme une mer.

A Irkoutsk, comme à Ekaterinburg, une ligne tracée sur le trottoir fait le tour des choses à voir. Sauf qu’elle est verte et extrêmement détaillée, on ne loupe pas la moindre statue. J’en ai profité, sous le soleil retrouvé, pour faire un peu de hors pistes. A l’écart du centre très propret (d’ailleurs, tous les centres villes le sont, dingue le nombre de balayeurs qu’il y a dans ce pays) les maisons de bois voisinent des grands immeubles aussi branlants qu’eux et les habitants se fournissent en eau à la pompe.

Dans le train pour Ulan-Ude Cette fois, j’ai chopé le fameux Rossya qui fait Moscou-Vladivostok. Mais c’est pour huit heures « seulement », le temps de longer le Baïkal, toujours aussi vaste et scintillant. Pensez à réservez une couchette latérale pour ce trajet, on y voit beaucoup mieux.

Ulan-Ude

Etonnante ville aux portes de la Mongolie, où les symboles de l’URSS sont moins effacés qu’ailleurs (il y a même un portrait de Staline à l’opéra !) en même temps que l’influence asiatique, mongole, en l’occurrence, est très visible. C’est comme si j’avais changé de pays.

To be continued
CO Cosi Regular ·
A l'est, le vrai

Dans le train 008H pour Vladivostok Alors là, j’augmente la dose. Deux jours et demi, trois nuits. Ça passe comme une lettre à la poste, à faire la queue au samovar pour le thé, à guetter les arrêts les plus longs en gare, à se nourrir de pirojkis à la pomme de terre (vachement diététique, comme menu), à noter les petits incidents genre chiottes en panne qu’un employé se dépêche d’évacuer sur un quai de gare, à remettre les pendules à l’heure, à se réjouir des prises de téléphone disponibles à chaque place tout en réalisant qu’on s’en fout puisqu’il n’y a pas de réseau … Et puis lire, rêvasser, écrire, méditer, regarder le temps passer et les bouleaux devenir rachitiques, accepter de se laisser glisser dans cette faille spatio-temporelle. Et encore discuter avec les voisins, d’abord une troupe de comédiens qui prépare une performance sur… le transsibérien, puis un nouvel Igor qui s’en va au milieu de la nuit en me laissant des blinis dans un petit paquet et une poubelle toute neuve, et encore un couple qui part pour la Corée et trouve que la Russie n’est que « bullshit ». L’apparition du Pacifique par la fenêtre procure une joie enfantine.

Vladivostok

Golden Bridge, collines dévalant vers une baie rayonnante. Ben zut alors, la ville ressemble à l’image que je me fais de San Francisco. Si ça se trouve, je suis allée trop à l’est. En fait, non. C’est bien l’Orient qui affleure ici. Avec un petit côté fête à neuneu le long de la plage urbaine et une très belle île Roussky où j’ai gambadé après la visite du très bel aquarium (joignable par le bus n°15 qui fait par ailleurs le tour des attractions de la ville)

To be continued
CO Cosi Regular ·
Et maintenant, la Corée

Dans le ferry pour la Corée

Le ferry de DBS part normalement le mercredi. Là, un typhon japonais impose 24 heures de retard ? Tant mieux, cela me laisse 24 heures de plus à Vladivostok. Sinon, il est très sympa, ce ferry. Encore un dortoir, mais avec de petits rideaux pour fermer chaque couchette. Restau, quasi salle de bain et même boîte de nuit où les passagers se trémoussent en doudoune.

Gangneung

Cette station balnéaire de la côte est, proche de Donghae où arrive le ferry mérite une petite étape. Joli bord de mer couplé à un bord de lac taillé pour la promenade, beau palais Okhujeon, office de tourisme efficace à la gare. En revanche, le musée de grammophone Chisori, bien que sympathique, ne mérite pas les 17000 wons réclamés.

Séoul

Cinq jours à sillonner la ville à pieds et en métro. J’avoue que je suis assez indifférente à l’architecture des palais de la dynastie Joseon, sauf quand ils sont visités par des Séouliens en habits traditionnels, ce qui leur permet une entrée gratuite. Sinon, c’est la grande ville asiatique comme je l’aime, clinquante de modernité mais avec de petits coins foutraques et populos où les petits vieux tiennent le haut du pavé.

The end
MY Myuri Regular ·
Waou, mon rêve à moi aussi ! Je vais prendre le temps de lire ce carnet, mais avant cela, merci pour le partage !

Bonne journée :) Myu-Ri
www.souslecieldecoree.fr Votre guide pour la Corée du Sud.
VO Voyajou Globetrotter ·
Intense mais bref plaisir à vous lire, un soupçon d'âme russe, sans doute. En particulier ces portraits, ces saynètes que vous croquez avec plus de gourmandise que le saucisson à l'ail. Simple curiosité : comme souvent dans les contrées où l'espace n'est pas compté, existe-t-il une piste qui longe la voie ferrée?

Si vous souhaitiez élargir vos horizons, puisque vous aimez les trains et ne connaissez pas l'Afrique, saviez-vous qu'il est possible de relier Le Caire au Cap principalement en train? Il faudra en changer parfois et souvent utiliser d'autres moyens de transport là où le réseau est inachevé ou hors-service. Un vrai défi pour une routarde ferrovipathe!
VP VP44 Regular ·
Merci pour le joli compte-rendu ! Prendre le ferry pour rallier la Corée depuis la Russie, c'est plutôt inhabituelle. 🙂
BR Bruno31 Veteran ·
Merci pour le super compte-rendu ! Rallier l'extrème orient par voie terrestre fait partie de mes fantasmes depuis longtemps...

Peux tu situer la saison où tu as réalisé ce périple ? En septembre comme le laisse penser l'indication initiale "je viens de" ?
Bruno
CO Cosi Regular ·
@voyajou Pour la piste le long de la voie du transsibérien, je ne crois pas qu'il existe quoique ce soit. La plupart du temps j'ai eu l'impression de traverser.. du vide. Quant à la traversée de l'Afrique, je prends bonne note sur ma liste de voyyages désirées, déjà bien trop longue

@Bruno 31 Je suis partie le 7 septembre et rentrée le 7 octobre. Période idéale à mon avis: pas trop de touristes, pas encore trop froid et belles couleurs d'automne

Similar discussions

You might also like