Éthiopie - septembre 2015
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SA
L'arrivée sur le tarmac d'Addis Abeba se fait de nuit. Il fait frais, à peine 15 degrés. Mon vol en provenance de Nairobi a été calme, ce qui pour moi signifie sans turbulence... De nombreux passagers poursuivent leur trajet jusqu'à Djibouti. Le visa s'obtient à l'arrivée moyennant 50 dollars ou 48 euros. Les prix sont nettement inflationnistes. Je me souviens d'un montant de 20 dollars pour ce même visa il y a un peu plus de 10 ans, lors de ma première visite de l'Ethiopie. Si Le prix a augmenté, les formalités n'ont guère changées. Toujours aussi lentes. Une organisation sans productivité . A part un léger vernis cosmétique, l 'aéroport n'a pas non plus subi de profondes transformations. A la sortie, sur le parking les chauffeurs de taxi attendent, comme toujours, comme partout. Mon expérience des voyages m'a amené à constater que les taxis sont toujours à l'image du pays. Un indice qui trompe rarement et qui donne systématiquement de précieuses informations... Je suis horrifié des prix annoncés. Ils ont été multipliés par 4 depuis ma dernière venue en 2011. Désormais, la course en ville est annoncée à 240 birrs soit plus de 10 euros pour à peine 3 ou 4 Kms parcourus dans des Ladas qui ont déjà bien souffert. Ça frise l'escroquerie.. Le prix chute à 150 birrs après une courte négociation. Ce qui reste très cher eu égard aux salaires généralement pratiqués en Ethiopie. On m'affirme que c'est par ce que c'est un tarif de nuit. Passons...

Il est une heure du matin. L'ambiance sur le trajet de mon hôtel reste identique à celle que j'avais connue antérieurement. Des rues presque vides, un éclairage dispersé, blafard, jaunâtre rend l'atmosphère un peu glauque. Seuls de nouveaux buildings en chantier changent le paysage. Je suis stupéfait du nombre de ces nouvelles constructions. Ça bétonne partout. Les routes et les trottoirs en subissent les dommages collatéraux. Une ligne de métro à peine achevée et non encore opérationnelle sépare la route principale qui relie le centre ville. Elle empêche désormais de traverser d'un bord à l'autre et, manque de chance, le taxi me dépose du mauvais côté du lieu où je me rends. J'ai beau lui expliquer, il feint de ne rien comprendre. Heureusement je connais l'endroit. Je claque la porte du taxi et m'en vais, passablement agacé par la mauvaise foi de ce type. Un premier contact, qui ajouté à la fatigue du vol et l'heure tardive, n'a rien de fort agréable. Finalement je trouve à traverser la voie de métro et me rend à mon hôtel qui lui non plus, mis à part les prix, n'a pas changé. Je retrouve une chambre au " Classic Hotel " qui, pour 20 euros , est peu comparable aux standards asiatiques de même prix. Ici moquette marron, murs jaunâtres et salle de bain exiguë ou règne en maître un immense chauffe-eau qui occupe le tiers de l'espace. Le miroir a un coin cassé et le robinet goutte. J'ai quand même deux serviettes... Je ne suis pas dans un 5 étoiles et ça saute aux yeux. Par ailleurs les hôtels 4 ou 5 étoiles ont fleuris dans le quartier. Les prix fluctuent alors entre 80 et 200 euros la nuitée. Hors de portée bien sur pour un Éthiopien moyen.! Ceux qui construisent ces hôtels de luxe pour des salaires de misère n'y auront jamais accès. Un salaire "normal" se situe entre 1500 et 2000 birrs par mois. L'euro se change aujourd'hui à 23 birrs . Faites le calcul vous- même .

Ce sont les nombreuses Organisations internationales qui alimentent ces hôtels et qui ont fait flamber les prix à Addis. On voit dans les rues de nombreux 4x4 tout neufs, occupés par des messieurs en costume-cravate qui viennent, probablement savamment, disserter de la faim dans le monde tout en logeant au Hilton, Sheraton, Radisson... On continue aussi à voir dans ces mêmes rues de nombreux mendiants et un nombre important de jeunes garçons qui se sont improvisés, faute de mieux, cireurs de chaussures. La pauvreté est palpable, mais on sent aussi désormais une délinquance latente. D'ailleurs, un nouveau discours émerge, mettant en garde contre les voleurs. Jamais, lors de mes précédents séjours, je n'avais entendu de tels propos en Ethiopie.

Après une courte nuit partagée avec des moustiques arrogants, et un petit déjeuner surprenant, j'entreprends de redécouvrir la ville. Cela fait quatre ans que je n'y suis pas venu. Elle a beaucoup changé en si peu de temps. Tout ce qui était ancien a été plus ou moins rasé, laissant la place à de nouveaux buildings ou à des terrains herbeux inoccupés mais méticuleusement clôturés. Fort heureusement j'y ai encore mes repères visuels et j'arrive à me déplacer sans grande difficulté. Le paysage urbain s'est cependant fortement transformé . Métro, routes aériennes, ponts.. Le tout construit par les Chinois qui n'ont pas manqué, là encore, de s'implanter en Ethiopie. Ici, comme souvent, ils sont décriés pour leur comportement souvent arrogant ou déplacé et aussi par le fait qu'ils ne font que rarement appel à la main d'œuvre locale.

La mue de cette capitale n'est certainement pas achevée. On se trouve parfois face à des scènes totalement incongrues. C'est ainsi qu'un troupeau de chèvres, guidé par son berger en pleine ville, peut être source d'embouteillage. Quelques ânes peuvent aussi côtoyer de superbes Toyota dernier modèle.



A moins d'une révolution, à mon sens peu probable, on pressent aussi que la transition sociale n'est pas pour demain. L'avenir d'une grande frange de la population, plutôt soumise, qui subit de plein fouet les incessantes augmentations du coût de la vie, m'apparaît bien sombre.



A Addis, ville où les hôtels de luxe sont les plus chers d'Afrique, on manque d'électricité et d'universités. Par contre il y a de nombreux forums et d'innombrables conférences... Pour combien de temps encore l'économie appuiera sa croissance sur les plus démunis..?

Bien cordialement.

SAINT.
DO Dolma Globetrotter ·
Bonjour 🙂

Lecture non seulement plaisante mais aussi très intéressante. La suite bientôt ?

Merci...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
DO Doumechris Veteran ·
Philippe, Ta remarque sur les 5 étoiles est valable en France:je n'ai pas les moyens d'aller au Crillon (toi peut-être?) !!!Les taxis idem, les prix ont augmentépour nous les touristes. Qui en profite?Un Ethiopien de base.J'ai fait 3 séjours en Ethiopie depuis 2006:j'y ai vu une amélioration des conditions de vie. moins de coupure d'eau et d'électricité même dans des endroits très reculés.(Réalisation de barrages sur l'Omo et le Nil bleu, éoliennes) il y a une très nette amélioration des infrastructures (routes, chemin de fer ) Bien sûr c'est à marche forcée. La modernisation rapide d'Addis se fait en grande partie sur la population la plus fragile renvoyée en banlieue où ils construisent en quantité ( ils ont pris exemple sur qui? ).Apparition de la 1 ère autoroute payante au sud vers Nazret.Quant à leur démocratie, ils ne préfèrent pas en parler de peur d'avoir des ennuis. Mais nous, on peut en parler de la nôtre et .......ils comprennent que tout n'est pas rose dans ce pauvre monde !!!Le problème essentiel qu'ils auront à résoudre sera certainementle vivre ensemble entre les communautés de religion différente. C'est le ressenti lors de mon dernier passage en 2014:difficile pour un Chrétien Ethiopien d'aller dans un commerce tenu par un Musulman. J'espère me tromper et que cette impression va se dissiper dans l'avenir, mais il faut voir la position de l'Ethiopie sur la carte du monde, entourée de nombreux pays aux tendances extrémistes.
SA Saint Veteran ·
Dominique...

Je m'interroge sur l'objectif de ton message.

Tu souhaites évoquer le manque de démocratie en Ethiopie?? Tu veux affirmer que le pays se modernise en terme d'infrastructures..? Tu souhaites pointer un problème latent de communautés religieuses..? Tu veux affirmer la délicate position géostratégique du pays dans la région..? Tu souhaites aborder les mutations sociales sur un plan plus "philosophique"..? Désolé de te dire que ta réponse m'apparait légèrement brouillonne.

Quant à ma remarque sur les 5 étoiles... Elle concerne spécifiquement l'Ethiopie et n'a pour autre objectif que de préciser que ces catégories d'hôtels se sont fort développées à Addis.( A moins d'être particulièrement idiot, je crois que chacun sait que les hôtels 5 étoiles sont chers en France..!) Par contre, on sait peut-être moins que c'est à Addis qu'ils sont les plus chers d'Afrique... Et que j'aille , ou pas , dans les hôtels 5 étoiles , n'en change pas les prix.

Par ailleurs, penses-tu réellement que " l'éthiopien de base " comme tu le qualifies soit le principal bénéficiaire de cette croissance économique.? Je défends l'idée inverse.

Alors , vois-tu, je ne saisis pas le sens de ta contribution à ce post... Mais peut-être, sans doute, ai-je une lecture restrictive de tes lignes... Ou n'est-ce pas une réponse.?
Bien cordialement.

SAINT.
DO Doumechris Veteran ·
Philippe, je suis peut-être un peu brouillon dans mes lignes!!! Pour le prix des 5*, je croyais que l'Angola était encore plus cher. je ne parle pas des lodges au Botswana qui fait de plus en plus un tri dans ses touristes. La réalisation d'infra fait quand même travailler pas mal d'Ethiopiens (pour le train , c'est 3 Ethiopiens pour un chinois). L'Ethiopie, c'est 95 millions d'habitants qu'il faut éduquer et occuper. Pour l'éducation, en traversant même en vitesse le pays, on s'aperçoit que malgré les lacunes et le manque de moyen que l'on trouve, l'école éthiopienne peut nous en montrer: les gamins de 6/ 8 ans arrivent à baragouiner de l'anglais ce que ne peut pas faire nombre d'écoliers de chez nous.

Dans ton post, toi aussi, quel message veux-tu faire passer? Bien sûr que tout développement crée une ségrégation entre ceux qui ont du travail et les autres. L'Ethiopie doit-elle rester un pays totalement agricole ?( aujourd'hui c'est 85% qui vit de l'agriculture) ou essayer d'offrir de l'activité industrielle à une partie de sa population pour ne pas vider ses campagnes sans opportunité de travail dans les villes? Je me pose la question relative à l'agriculture vivrière qui fait travailler beaucoup de bras: une modernisation par la mécanisation n'entraînerait-elle pas un appauvrissement du milieu agricole qui serait alors obligé de quitter la campagne pour vivre puisqu'il y aurait moins de travail?
SA Saint Veteran ·
Pour répondre à ta question, dans ce post je relatais essentiellement mon étonnement face à la rapidité des changements à Addis et je m'interrogeais sur le partage des fruits de la croissance.. Est- ce plus clair désormais..? Rien à voir avec une discussion " café du commerce " sur l'état de l'économie éthiopienne, la qualité de l'enseignement éthiopien ou même à relation entre la productivité et l'emploi dans le secteur agricole.
Bien cordialement.

SAINT.
DO Doumechris Veteran ·
saint Philippe, Gardes tes interrogations pour toi car elle sont aussi du niveau Café du commerce !!!
HU Huberaime ·
Bonjour Saint. Merci pour votre excellent article illustré très utile. Ne vous laissez pas déstabiliser par les mauvaises langues. J'ai passé presque 2 ans en Ethiopie en 1976-78. Mon témoignage pourrait vous intéresser. Entrez MON GRAND VOYAGE sur Google et lisez gratuitement. Encore merci. HT
SA Saint Veteran ·
Merci beaucoup. je ne manquerai pas de lire le texte auquel vous faites référence...

Et rassurez-vous , ce n'est pas un imbécile comme Doumechris qui parviendra à me déstabiliser... Malheureusement pour lui, il a une lecture très limitée d'un pays qu'il affirme connaître. Laissons le baigner dans ses certitudes et vivre avec son ignorance. Il y a suffisamment de "trolls" qui aiment se mêler de choses qu'ils ne cromprennent que difficilement voire pas du tout pour éviter d'alimenter les réponses à ce genre d'individu. C'est ainsi que j'ai décidé de l'ignorer.
Bien cordialement.

SAINT.
HU Huguetter Veteran ·
Il n' y a pas de suite a ton premier message 😕 ? Nos voyages dans ce pays datent de 2002 et 2007 et nous sommes curieux d' en savoir davantage , Merci d' avance !
LO Lofoten Veteran ·
Sans parler du racket sur les touristes pour visiter les églises un scandale !

MAIS il y'a plus grave en ce moment en Ethiopie la sécheresse

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/12/08/la-pire-secheresse-depuis-cinquante-ans-en-ethiopie_4827257_3212.html

De plus croissance à 2 chiffres ne signifie pas forcément amélioration des conditions de vie......

Je suis allé en Ethiopie en 2014 et la population rencontrée était obsédé par l'argent.... j'ai proposé d'offrir un tee shirt on m'a répondu on veut du fric....
"Certes, un rêve de beignet, c'est un rêve, pas un beignet. Mais un rêve de voyage, c'est déjà un voyage". Marek Halter

« Les montagnes sont des géants assoupis. (...) Peut-être que nous ne sommes que leur rêve, un rêve de la terre somnolente » Théodore Roszak

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