Sur le fleuve (Bénin et Niger)

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Original post
CA
Un petit recit pour essayer de s s'évader un peu Février 2012

Le bateau avance, silencieux sur le grand fleuve. (s'oubliait très vite le ronron du moteur) . Debout sur la poupe se tient le navigateur. Silencieux lui aussi. Le soleil est déjà bas sur l horizon et au dessus des arbres le ciel devient rose. Sur les berges on devine les villages : par-delà les hautes herbes on aperçoit les toits de chaume des cases, les feux commencent à s allumer et s s'élèvent des fumées blafardes : les femmes cuisinent. Le tout dans une sorte de halo crépusculaire. Nous parvient aussi le murmure des conversations et des rires d d'enfant.

Bien plus tôt dans l après-midi on avait chargé la profonde pirogue, des heures durant. Les sacs de riz s'étaient ajoutés aux sacs de farine et de haricots, puis des planches et tôles ondulées, des moteurs., des générateurs, de l outillage. des moulins électriques.... Les passagers étaient enfin montés . De la berge sur le bateau au moyen d une simple planche, ensuite chacun selon sa forme physique s est trouvé une place. Qui sur les quelques plateformes de bois, passerelles au dessus de la cale. Qui sur les sacs de farine et de grain accumulés jusqu'au plat bord. Chacun jouait le chat agile ou l ours empoté. Voyager sur une pirogue marchande, c'est sportif. Agnès et moi, ourses empotees avons joué la carte du confort en nous coinçant sur les réserves de riz : sièges et dossiers improvisés. Au fur et à mesure des déchargement successifs nous nous retrouverons, au terme du voyage, en fond d d'embarcation.. Comme tous les voyageurs nous avions acheté au marché du ravitaillement..du pain, des œufs durs, des yaourts à boire, des gâteaux, des fruits, des bonbons. On avait mit tout ca dans des seaux colorés à couvercles. Comme tout le monde. Des sachets de "piavatta" aussi , mot béninois pour nommer de la "purewater" . De l eau stérile en sachets souples.

Puis, le bateau chargé, matériel et gens, Il est parti. De longues perches nous ont éloignés du "port", le moteur a été mis en route et vogue la pirogue.

Tres rapidement le petit embarcadère de Malanville a disparu. Le Niger alors nous est apparu . Solide, large, lent. Comme le bateau. Un fleuve en qui on peut faire confiance. Comme au bateau, dirigé par des gens solides et compétents, emportant des marchandises indispensables aux gens des villages du fleuve. Emmenant des passagers gentils, civiques, bien élevés, organisés.

Quelle satisfaction profonde d etre la, après nos hésitations et un ridicule retour à l hotel.... nous hésitions devant cette petite équipée totalement improvisée, juste un nom sur une carte ... et puis nos regards se sont croisés qui disaient la même chose : quels regrets aurions nous, si, ... ? Alors on a bourré notre petit sac de ville de nos papiers, d un slip, d un pull, , d une brosse a dents et d un peigne et hop c'etait parti.

Bonheur total de se retrouver la, glissant sur le Niger, vers cette petite ville écrite en lettres grasses noires sur la carte : karimama. Etre parmi tous ces gens dont nous allions partager un petit bout de vie..

Entre chien et loup la pirogue s est arrêté plusieurs fois, sur une berge ou sur l autre, d un pays a l autre, du Niger au Benin, déchargeant marchandises et voyageurs. Des douaniers bonnasses, avachis sur des fauteuils de camping en plastique, surveillaient du coin de l œil ces déchargements et le petit commerce des femmes qui guettaient la clientèle : Qui vendaient des beignets, qui proposaient des fruits..mangues, cannes a sucre coupées en petits morceaux.

La nuit tombe vite en afrique. Apres quelques minutes d une flamboyance rouge orange violette le soleil d un coup s'est couché .. c est la nuit noire. Nous longeons tantôt la berge béninoise tantôt la berge nigérienne. Toujours en silence la pirogue avance sous un ciel étoilé que nous ne cessons d admirer. Une heureuse conjonction nous fait admirer en même temps la lune et Vénus, le premier astre. Puis les autres apparaissent peu à peu. Noir est le fleuve, noires sont les très hautes herbes des berges, noir est le ciel étincelant d d'étoiles : nous prenons un bain de voie lactée. Dire l'émotion, l impression de paix intérieure, la joie profonde d etre là, sans souci, sans problème, sans rien qui nous dissocie de cette atmosphère pour nous inconnue. Nous nous laissons comme couler sans retenue dans ce bain d d'émotions nouvelles .

A un signal que nous n avons pas perçu, la pirogue change de route et pique vers une des berges. Rien ne se voit ni ne s entend. tout d un coup les herbes noires s'écartent devant le bateau et s ouvrent sur une petite plage ou nous attendent quelques villageois. Certains avec une carriole tirée par un vélo, pour d autres le port de la marchanfise se fera sur la tête. Puis arrive un bel attelage : une carriole tirée par deux beaux zebus. C est au cœur de la nuit une vision irréelle. C est alors de vigoureux échanges entre notre équipage et les villageois. Dans les herbes , à la lueur des lampes électriques, chacun cherche son bien. On se trompe, on réclame, on cherche, on compte et.l on recompte les colis. on s entraide. C est un moment rapide, efficace, musclé (poids des charges) mais joyeux. Puis chacun repart sur un invisible chemin. Les bœufs en tête. Tous sont engloutis dans la végétation brune. Le silence retombe. La pirogue recule et repart .Les herbes se referment sur cette scène surréaliste et la nuit nous happe de nouveau sur le fleuve. Comme si rien ne s s'était passé.

Il est une heure du matin. Dans une heure nous serons à karimama. Nous sommes deja bien descendues dans notre cale.

Il a commencé à faire froid et les minces pull casés à la va vite dans nos sacs ne nous protègent pas bien. Sur l eau... c est bien frais. Nous arrivons enfin.

Karimama : un gros village sur le fleuve indiquait la carte. Hum hum Pas une lumière en vue. Pas de ponton Une simple berge herbeuse.

Moment de vague à l âme... qu est ce que nous sommes venues faire la ? Quelle est cette galère ? Fret déchargé et nous même hissées du fin fond de la pirogue, nous nous enquêrrons du village. "A trois km, suivez les deux mamas, elles vous indiqueront"

Il est plus de deux heures du matin. Nuit toujours noire, malgré un croissant de lune, et les deux mémés filent à un train d enfer. Nous cavalons derrière...

Nous avons eu plus d une fois envie de nous laisser choir comme des sacs au pied d un palmier et de dormir là. Je crois que la frousse de certains animaux de brousse nous a seule retenu.

Finalement nous arrivons, mais ce n est pas fini pour nous..

Nos deux guides réveillent un propriétaire de vélomoteur.

Trois heures du matin

Le vélomoteur nous charge tous les trois Le conducteur conduit Je suis assise derrière lui avec une lampe torche et j essaie d éclairer le sentier Agnès en troisième position essaie de ne pas tomber de la mob.

Voila qui nous remet les pieds et l esprit sur terre après notre poetique remontee du Niger.

Cahin caha on arrive en bonne santé près d une maison dont il faut réveiller le gardien . Malgré l heure il est charmant. Cette maison est l auberge communautaire du village destinée à héberger passants occasionnels (nous cette nuit), voyageurs de commerce etc Pas d eau pas d'électricité. Pas de soucis non plus : :notre hôte nous gâte avec chacune une lampe de camping et des bidons de 20 l d eau. 40 l chacune et des bouteilles d eau potable. Contre toute attente dans ce lieu improbable les chambres et lits sont nickels, les draps plus blancs que blancs. Une douche au seau, eau froide bien sur, et hop dodo. Nous nous endormons comme des bienheureuses. Demain sera un autre jour.
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GA
Bonjour Béatrice,

Ce reçit me fait penser à Jacques Sarasin auteur du documentaire "Je chanterai pour toi" tourné au Mali en 2002. De passage à Mopti je m'étais juré d'aller faire un tour sur le Niger !

Cordiales salutions.
Gaston
CA
Je ne connais pas ce doc. Je vais le chercher. Cette virée sur le Niger a duré juste une bonne dizaine d d'heures mais c est un de mes bons souvenirs d Afrique. Je suis plus tard allée au Mali mais il n etait déjà plus temps pour Mopti...

Karimama est comme un village du bout du monde. On en est revenues en camion. Piste.

Merci de ta lecture.
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DO
Joli texte. Les mots qui dessinent les paysages et les gens. Les mots qui voilent les craintes et les sourires...

Oui, joli texte.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
CA
Merci Dolma
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AR
Beau J[:)]ur! Beatrice,

Merci! pour ce partage d'une Nuit-sur-le-Niger-d'il-y-a-8!!! ans ....que vous êtes sans doute allée repêcher dans le...Golfe de Guinée du coup? Quelle puissance de...bras!!!!

Bien cordialement (et sans filet ),

Sânouk3

ps: prendez soin de vous, camarade.
Du Beau, du Bon: du baudet!
CA
Je ne comprends pas tout mais pas grave. [;)]

Le golfe de Guinee offre de beaux paysages mais se promener dessus est trop sportif pour moi. Il y a une barre difficile à franchir pour les bateaux de peche côtiere et y nager est assez dangereux à cause d un fort courant latéral... Le Niger a bien convenu à mes envies d eau , de paysages, de nonchalance (relative). De rêve, rétrospectivement. [:)]
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SO
Je ne connais pas ce doc. Je vais le chercher.

Je suis plus tard allée au Mali mais il n etait déjà plus temps pour Mopti... .

bonjour il est bien loin le temps , 10 ans juste pour moi , que le Mali , le nord , n'est plus accessible aux touristes , alors juste en entendre parler fait du bien ! j'avais prévu de revenir chaque année visiter mes amis Touareg , Songhaï , Boso ...on se skipe de temps à autres et le pire c'est que c'est eux qui s'inquiète pour nous avec la corona ! merci pour ton récit ! francia
le mérite d'un homme réside dans sa connaissance et dans ses actes et non point dans la couleur de sa peau ou de sa religion! Khalil Gibran
CA
C est bien triste tout ca. Peut on espérer qu'à tous leurs malheurs ne ajoute pas cette pandémie... ? Moi je n ai carrément plus de nouvelles des personnes rencontrées au Burkina, dans une zone maintenant sous contrôle des islamistes et dont la population est en fuite... Mon petit recit ... je ne sais pas si l on pourrait retourner en ce moment sur ce petit bout fleuve... Mon cœur est avec eux.
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SO
bonjour oui c'est bien triste , j'ai l'impression que le Burkina s'est embrassé encore plus rapidement que le Mali ! le partenariat entre ma ville Chambéry et Ouahigouya au nord du Burkina est pratiquement à l'arrêt , plus personne ne pouvant y aller ! mon fils adoptif Congolais est rentré de Pointe Noire , juste avant le confinement , il était effondré de voir son pays dans un tel état , il m'a dit dit qu'il n'avait vu que des gens qui priaient et qui buvaient ! un vrai délabrement , plus de bibliothèques , plus de cinéma , plus de cultures ! c'est inquiétant car ça s'étend autour ... avant je souhaitais bon voyage ... maintenant , je souhaite bon confinement ! francia
le mérite d'un homme réside dans sa connaissance et dans ses actes et non point dans la couleur de sa peau ou de sa religion! Khalil Gibran
CH
Bonjour Béatrice,

Merci pour cette petite virée virtuelle au fil du Niger ... [:)]
Choucarde
CA
Souvenir , dans l attente de l after....[:)]
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VO
En temps «normal», les carnets sur l'Afrique de l'Ouest sont aussi rares que des gondoles sur le Niger. Alors, en plein confinement, ton récit est un tiramisu. Je regardé du ciel où se situent les villes évoquées, ces alignements de cases en dur à Malanville, au cordeau comme une ville nouvelle et les cultures vivrières sur les alluvions. Tout un monde qui soudainement me manque. Figure-toi que l'année suivante, j'ai rencontré votre pinassier dans un maquis de Lomé. Il se souvenait encore des ces passagères empotées mais intrépides, mélangées aux ballots. Entrechoquant nos Pils, il lança dans un éclat de rire: «Elles sont folles ces yovos!» [;)]

Une gondole sur le Niger, du côté de Ségou (2008) :
CA
C est vrai ? Incroyable... et sympa. [;)][:)][:)]
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