Houlàlà, mais faut pas s'énerver comme ça.
Premièrement, il y avait une bonne part d'ironie dans mes propos.
Deuxièmement, je ne vois pas où j'ai écrit que je voulais une solution qui résolve tous les problèmes du monde d'un seul coup.
Troisièmement:
Ton discours est bien joli, mais je maintiens que le premier commerce équitable se fait à la maison en rayant du système les intermédiaires, car ce sont eux qui s'engraissent pendant qu'on est obligé de subventionner de façon absurde nos paysans parce qu'ils ne gagnent pas avec leur travail (souvent dur, je ne parle pas des milliardaires beaucerons) de quoi remplir la gamelle. En plus, c'est un commerce qui limite les transports, ce qui devient indispensable si on ne veut pas voir nos mômes en scaphandre. Pourquoi faire venir des pommes équitables du Venezuela alors qu'il y en a dans le champs en face ? Pour faire une bonne action ?
Tu vas me répondre que mon discours revient à vouloir faire notre petit business entre riches et laisser crever les trois-quarts de la planète... Eh bien non. Le coup du commerce équitable est, certes une idée noble, mais si on veut réellement que les gens aient à bouffer dans les pays du tiers-monde, ce serait certainement plus efficace ; d'arrêter de leur imposer des plans d'ajustement structurels à la con qui écrasent leurs économies en commençant par les secteurs vitaux (santé, éducation, etc) ; d'arrêter de subventionner nos productions de façon à ce qu'elles en deviennent plus concurrentielles sur le marché local que les produits des paysans locaux (exemple parmi des milliers d'autres, le poulet en batterie congelé venu d'europe qui détruit le poulet fermier - bien meilleur ! - camerounais, pourquoi les commerçants "équitables" ne vendent-ils qu'aux riches, tu t'es déjà posé la question ?) ; et accessoirement, arrêter de soutenir contre leur population des guignols corrompus jusqu'à la moelle ; d'annuler la dette, aussi, et etc, je n'ai pas la prétention d'être exhaustif.
Oui, c'est beau le commerce équitable, mais c'est en grande partie une excuse qui permet aux nantis (dont je fais partie) de croire qu'ils ne sont pas des salauds qui se développent aux dépends du reste du monde, et ça me fait bien rigoler. Des miettes de commerce équitable dans un gigantesque gâteau truqué changeront sans doute la vie d'une poignée de paysans, mais en épargnant la structure inébranlable qu'il y a autour, donc ce sont des vraies décisions politiques qui sont nécessaires. Quand je vois la grande distribution se jeter à bloc dans ce rayon, je trouve ça louche : et je me demande franchement où est le commerce équitable quand je passe à la caisse, accueilli par une fille payée au smic sur un contrat qui excède rarement les 25 heures/semaine (fais le calcul, ta vie est belle avec ça en France !) et qui donc n'achètera probablement jamais de l'équitable pour nourrir ses gosses. Sans ces grandes enseignes qui font exploser leurs marges en écrasant les producteurs et leurs propres employés, le commerce ne serait-il pas plus équitable, un peu ?
La consommation, ce n'est à mon avis pas un acte philanthropique et c'est se leurrer que de le croire : et pendant ce temps-là, on ne décide rien de vraiment important, on continue à remplir son caddie. Pendant des années, nous sommes aller piquer ailleurs ce que nous n'avions pas chez nous ; puis nous avons empêché le développement des autres pour finir d'assurer le nôtre ; et maintenant, nous allons leur montrer d'une main comment se développer un petit peu à droite à gauche, tout en les empêchant de l'autre main de le faire réellement. Foutons la paix aux pauvres, c'est le meilleur service que l'on ait à leur rendre.