…mais voulais juste parler de l'intérêt de faire un master en langue étrangère si c'est pour à la fin avoir le même niveau que quelqu’un qui est parti 1 ans seul pour apprendre l'anglais mais qui lui dispose d'une autre formation
L’intérêt est dans le résultat au quotidien. Que vous ayez appris une autre langue sur les bancs d’école où dans la rue c’est le résultat qui compte. L’aisance d’une langue vient avec l’usage. Merci La Palice!
Pour maitriser une langue, il faut d’abord connaître ses notions de base : sa grammaire, sa syntaxe, sa ponctuation, son vocabulaire, notions difficilement acquises dans la rue (sauf pour le vocabulaire). L’école est là pour ça. Vient ensuite la pratique. La rue, le milieu de travail, le cercle d’amis sont là pour ça.
J’ai appris les bases de l’anglais sur les bancs d’école et sa pratique dans la rue, au boulot, au cinéma, en lisant de la littérature anglaise, en voyageant. Pour le vocabulaire, je me fixais comme objectif de retenir 5 à 10 mots au quotidien (objets, situations, mises en contexte). Aujourd’hui je suis à l’aise à l’oral et en traduction mais je buche encore sur l’accent, la prononciation la plus neutre possible, celle qui ouvre des opportunités en milieu anglophones.
J’ai gagné ma croûte plus d’un an à traduire des textes pour des professeurs, des charger de cours, des étudiants en littératures comparées anglaise-française. Je buche depuis un certain temps à traduire des chansons de Tom Waits. Une commande d’un ami, un fan enseignant la poésie dans un collège mixte (anglais-français) de l’Ontario. Ce qu’il m’en coûte en scotchs, clopes et nuits blanches depuis lors! Et puis il y a cet autre copain (un libertarien teint jusqu’à la moelle) chez qui j’aide à traduire Atlas Shrugged de Ayn Rand, une brique de 1 200 pages! Faut d’abord se mettre dans la peau de l’auteure, lire sa biographie, son parcours idéologique et littéraire, ensuite s’attaquer à l’œuvre comme telle, ligne par ligne, page après page.
Ah! Pourquoi ne suis-je pas né fils de plombier merde! La poésie de la tuyauterie et d’la clef à molette, l’accord des raccords, faire rimer débouche-toilette et oeuvre bien faite.
Ce qu’il m’en fait baver ce Tom Waits! Du slang (patois) américain, parfois sans équivalent en français.
Got no time for the corner boys,
Down in the street makin’ all that noise,
Don’t want no whores on eighth avenue,
Cause tonight I wanna be with you.
Down the shore everything’s alright,
You’re with your baby on a saturday night,
Don’t you know that all my dreams come true,
When I’m walkin’ down the street with you.
You know she thrills me with all her charms,
When I’m wrapped up in my baby’s arms,
My little angel gives me everything,
I know that some day she’ll wear my ring.
So don’t bother me cause I got no time,
I’m on my way to see that girl of mine,
Nothin’ else matters in this whole wide world
When you’re in love with a Jersey girl.
And I call your name, I can’t sleep at night,
Jersey girl, Tom Waits.
J’ai pas l’temps pour les mecs du coin
Déjà ça se complique (il me faut une rime avec coin. Vite le dictionnaire analogique.)
Essayons ceci : À faire tout ce bruit dans la rue (je mets de côté « chahut » au cas où)
Ä faire tout ce bruit et tant de chahut (horreur! C’est pas mieux. En français des rimes embrassées doivent être du même genre : chahut=masculin, avenue= féminin, alors que l’anglais n’a pas de genre).
Pa besoin des putes d’la huitième avenue
Parce que ce soir c’est de toi qu’j’ai besoin (faudra trouver autre chose, trop ronflant à mon goût!)
Ah mais j’ai créé un autre problème là! Maintenant la strophe française est en rime embrassée, ce qui nécessitera un même suivi pour toutes les autres alors qu’en anglais les rimes sont jumelles (boys-noise, avenue (prononcez aveniou)-you). Après faudra compter le nombre de pieds, ajuster le tout selon la versification française (une langue syllabique) alors que l’anglais est tonique (la poésie anglaise se fout des syllabes, elle en a que pour l’accent tonique). Bingo! La solution facile commanderait de tout traduire en vers libres mais ce ne serait plus de la traduction. Tout au plus un travail bâclé.
Oh là là! Allez, courage, une lampée de scotch.
En plus, les rimes embrassées commandent davantage de lyrisme, techniquement c’est plus « sirop », plus coulant en français qu’en anglais et comme le texte de Tom Waits est en anglais populaire, le lyrisme ça sera pour une autre fois. Faut garder en tête l’esprit de la chose : l’excitation d’un amoureux qui s’ennuie, qui va rencontrer sa belle, qui n’en a que pour elle. Trouver des mots français « excitants » le désir, la passion, l’impatience et pourquoi pas… le rêve qu’un jour peut être la belle portera l’anneau au doigt, some day she’ll wear my ring.
En attendant moi je vais rencontrer ma bouteille, mon biberon de tâcheron pour la cause (la poésie).
DeCléricy
J’en appelle à vous ô Muses
Où tant ma vie passe et s’use
Qu’encore et toujours j’aime
Mes soeurs Galère et Bohème