Tour du monde de notre barbarie
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Original post
OP
Nous voyageons pour faire de belles rencontres, voir de beaux paysages. Pour nous connaître mieux aussi. Les tour du monde ont toujours des thèmes positifs : entre le tour des initiatives locales et celui du commerce équitable, en passant par les écoles et l'art.

Je vous propose là un tour du monde et de l'homme. Mais de ce que nous faisons de pire. Pas besoin d'aller très loin, il y a un massacre plus ou moins récent à chaque carrefour... L'Humanité a une tendance au masochisme. Je ne parlerai là que des massacres directs, pas de ceux à retardement qui passent par la destruction de notre environnement. Ni du nombre de morts des pays du sud, nécessaires à ma vie confortable...

Mémorial du Linge, Vosges.

Nous sommes une classe de CM2, excité de faire une petite excursion. Nous nous enfonçons dans les Vosges. C'est sans doute l'automne et il tombe une pluie fine. Un vieux monsieur nous guide dans les tranchées, là la ligne allemande, ici, celle française. On ne l'écoute pas trop, on recherche des éclats d'obus. Pour les gamins que nous sommes, la guerre, c'est l'action, les méchants, les gentils. On s'amuse bien. Dans le petit musée, nous posons de nombreuses questions sur le fonctionnement des armes. Mitrailleuses, obus, fusils, barbelés, etc... Une question commence à germer en moi : quel type d'homme peut inventer ces choses là ? Cet ingénieur d'Arsenal, de Manurhin ou de Dassault se dit sûrement que c'est un métier comme un autre, qu'il a une famille à nourrir...

Hiroshima, Japon.

Arrivée matinal en gare d'Hiroshima. Nous arrivons en Shinkansen de Hakata, dans l'île de Kyushu. La ville est moderne, à l'image des grandes villes japonaises. En face de la gare, trois immeubles anciens résistent. Parmi eux, un cinéma et un pachinko. Quand je dis ancien, cela signifie des années 60. Nous rejoignons le but de notre visite à pieds. Au bord d'une rivière, je devine le dôme. Le seul bâtiment à avoir résister au lancement de la bombe atomique, le 6 Avril 1945. Nous passons le pont qui a servi de repère aux pilotes du bombardier pour lâcher Little Boy, nom étrange pour une bombe A. C'est touchant de savoir garder un peu de légèreté en toutes circonstances... Au milieu du parc se dresse le mémorial de la Paix. On peut y lire 221 000 noms. Ceux des victimes du bombardement. Des enfants sont assis devant le musée. Casquette de couleurs différentes pour chaque classe. Un professeur s'adresse à eux en parlant dans un mégaphone. La première partie du musée tente d'expliquer le contexte qui a entraîné le lancement de la bombe. La deuxième regroupe des témoignages de toutes sortes : des lettres, des photos, des vidéos, des objets. On y voit des ongles coupés long de huit ou dix centimètres. Dans les semaines qui ont suivi l'explosion, les ongles des irradiés ont poussés à toute vitesse, avant de tomber. Dans une vitrine, il y a quelque chose d'informe, qui est à mi-chemin entre le verre fondu et le charbon. C'est tout ce qu'une mère de famille a retrouvé de son fils et de son mari dans la maison qu'ils occupaient. Je vois aussi un fantôme : sur un mur gris rapporté au musée, se dessine une ombre blanche. C'est celle de l' homme qui se tenait devant ce porche au moment de l'explosion. La chaleur et les rayonnement ont marqué le mur sauf là où l'homme se trouvait. Lui a disparu. Son ombre reste.



Le dôme à Hiroshima

Prague, République Tchèque.

Il est agréable de se promener dans cette ville. Une des plus grande minorité d'Europe centrale, les juifs ont été décimés par le nazisme et ses alliés. On peut découvrir les objets de cultes dans les nombreuses synagogues du quartier. Elles ne sont plus des lieux de vie ou de prière, mais des lieux de mémoire. Celle figée d'une culture qui a été exterminée. Sur les murs de la synagogue Pinkas, on peut lire les noms des familles qui ont été décimées durant l'holocauste. Cet enchaînement de noms, cette surface immense recouverte des traces des disparus permet à peine de fixer l'ampleur de l'extermination.

Îles du Salut, Guyane.

Ce lieu a tout d'un petit paradis : cocotiers, chemins de promenade, plage et même piscine. Oui, mais tout ça a été planté, creusé et aménagé par les bagnards. Et ce temps là n'est pas si loin. Le bagne a fermé en 1946. Nous sommes deux en plus du légionnaire de garde à passer la nuit sur la petite île St Joseph. Les hamacs et la bâche tendus entre deux cocotiers, je monte vers le centre de l'île. La végétation est dense. On croise quelques agoutis et une petite famille de chèvres. Une voie pavée monte tout droit vers les bâtiments pénitentiaires. Ils sont là, au sommet de l'île, entourés d'arbres. La nature n'a pas encore réussi à les engloutir. Aucune difficulté à s'imaginer la vie ici. Epuisés par le travail, impaludés, les détenus sont surveillés constamment de tous côtés. Le plafond consiste en une grille sur laquelle peuvent se promener le gardes. Pour eux aussi, d'ailleurs, la vie ici est insupportable. Des racines passent de cellule en cellule. Derrière une porte fermée, on s'attend presque à découvrir quelque bagnard oublié. Je suis seul dans ces ruines et seul le vent me tient compagnie. Je quitte ce camps de la mort français pour rejoindre mon campement. Sur le chemin, je passe devant le cimetière des bagnards. Pas de noms sur les croix.



Cimetière des bagnards

Moscou, Russie.

Je quitte des sosies de Staline présents sur la place rouge, je passe devant le théâtre Bolchoi et me voilà à un carrefour. Devant moi se dresse la Loubianka. L'ancien siège du KGB. Le nouveau siège du FSB ! En passant devant les petites fenêtres grillagées qui longent le trottoir, je me demande si de nos jours encore, on y amène des opposants pour les interroger ou les faire disparaître. Le KGB n'existe plus mais c'est bien la clique de ses anciens cadres qui dirige le pays. Lirons nous dans quelques décennies les crimes commis par le KGB-nouveau dans les murs muets de la Loubianka ?



La Loubianka

Phnom Penh, Cambodge.

S-21 ou Tuol Seng a été le lieu de toute la folie khmère rouge. On y a torturé, le but étant d'obtenir des aveux accompagnés d'une liste de complices. Ceux-ci étaient à leur tour internés. Les tortionnaires eux-même ont souvent changé de côté et sont devenus à leurs tours des ennemis de l'intérieur. Entre 1975 et 1979, environ 14000 hommes, femmes et enfants furent incarcérés, torturés et exécutés à S-21. Sur les murs, les images des victimes nous regardent avec un regard brûlant. Elles portent un numéro sur la poitrine. Certaines femmes portent des nourrissons. Les détenus étaient couchés et attachés par les pieds à une barre de fer. Entassés dans les salles de classe de cet ancien lycée, tout leur était interdit. Dans certaines salles, un maçonnage rapide a permis d'aménager des cellules individuelles. Dehors, les oiseaux chantent fort. Je me demande si les détenus, entre deux séances de torture les entendaient aussi. L'atmosphère est lourde en cette saison de mousson. Je vois les photos prises par les vietnamiens à leur arrivée dans la prison. Des corps achevés à la hâte, attachés à des tables. Il y a aussi la photo de Douch, le chef de la prison. A la porte de Tuol-Seng, le buisness continue. On me propose de voir les Killing Fields, champs d'exécution des détenus de S-21. On me propose aussi d'aller dans un stand de tir. Contre quelques dollars, je pourrai essayer des mitraillettes, lancer des grenades. Pour un peu plus, je pourrai même tirer au lance-roquette. Je vais plutôt aller me promener sur le quai Sisovath...



Règlement de S-21.

Retour à la maison :

En face de chez moi, une plaque rappelle que cet ancien collège a servi de quartier général au Général Joffre en août 1914. La ville est au centre de la bataille de la Marne qui a fait 250 000 morts. Durant la guerre suivante, en juin 1940, la ville est rasée à plus de 90 % par les bombardements.

J'ouvre le livre qui se trouve sur mon bureau : S-21 ou le crime impuni des khmères rouges. Je relis ce texte intelligent et sage, de David Chandler :

Les explications des phénomènes comme S-21 résident dans notre capacité à ordonner et à obéir, à nous souder contre les étrangers, à nous perdre au sein de groupes, à aspirer à la perfection et à l'approbation, et à décharger notre haine et notre confusion sur d'autres individus souvent sans défense, particulièrement lorsque nous y sommes encouragés par des gens que nous respectons. Pour trouver la source du mal mis en oeuvre chaque jour à S-21, nous ne devons finalement pas regarder plus loin que nous-mêmes.
NA Naturelle43 Regular ·
😠çà fait froid dans le dos !!!!! On vit pèpère chez soi, imaginant qu'il ne peut rien nous arriver, mais..........que va-t-on devenir !!! Je n'ai plus peur pour moi, à mon âge !!! Mais bien que je n'aie pas d'enfants, je pense à nos générations futures ! Qu'allons-nous leur léguer ?!
Il n'y a pas de petites actions, il n'y a que de grandes conséquences.
KH Khaldoun Regular ·
Juste une petite précision concernant Prague que j’ai visité récemment: les "nombreuses" synagogues n’y sont plus qu’au nombre de six. Toutes les autres ont été détruites durant la seconde guerre. Avec les restantes, les nazis comptaient créer un musée de la race juive éteinte.

Toujours à Prague, les intellectuels ont été persécutés, liquidés, acculés au suicide ou, dans le meilleur des cas, contraints à l’exil. C’est valable durant la seconde guerre, c'est valable aussi durant l’ère communiste qui suit. Cela pour te dire que la pire violence vécue par ces gens (les artistes survivants le disent très clairement, et c’est valable ailleurs, comme en Russie et en Chine aujourd’hui par exemple) a été la censure, l’impossibilité d’écrire et de s’exprimer librement. C’est un thème à illustrer également. La violence n’est pas seulement une histoire de guerres, d’ethnies, d’armes…

Comment vit-on la censure, Opai ? La censure n’est-elle pas barbarie ?

Khaldoun
OP Opai Veteran ·
Biensûr que la barbarie prend aussi les formes que tu cites, . Maintenant, de là à dire que celle-ci ou celle là est pire... Je ne sais pas. Surtout qu'elles sont en général cumulées! Je ne voulais pas et ne pouvais pas faire une liste exhaustive! Je n'ai écrit que sur des lieux dans lesquels j'ai été.

Cette discussion est ouverte, d'autres personnes peuvent compléter la liste...
LO LoneSandra ·
A vivre les dégâts et la douleur causés par la mort d'un seul être humain, comment ne pas se sentir terrassés devant tout ce que tu décris, et puis ces centaines de milliers de croix dans les cimetières militaires, ces paquets de cheveux et de lunettes dans les camps de la morts, seuls traces tangibles de tant d'existences qui, chacune, a été une histoire : une grossesse, une naissance, une enfance, une famille, des joies, des peines, des amitiés, des amours... Tellement de souffrances, tellement de haines, incommensurables, indicibles. Comment, d'ailleurs, ne pas haïr soi-même les hommes de toutes ses forces, pour leur inhumanité, la barbarie des uns ou juste l'indifférence des autres, ici ou partout ailleurs ?
AZ Azia35 Regular ·
Vous avez malheureusement raison tous les deux: dans le domaine de la barbarie, l'exhaustivité n'est pas de mise!

Tous ceux qui un jour ou l'autre se sont sentis interpellés par la souffrance vécue par un autre, qu'elle ait été physique ou psychologique, devraient pouvoir en témoigner sans avoir à craindre de devoir justifier pourquoi plus celle-ci qu'une autre. Peut-être parce que tout simplement, dans l'existence, tout n'est question que de rencontre. (personnes, lectures, images, paysages...)

Bien sur, la barbarie revêt des aspects multiples mais je me réjouis personnellement qu'on ne puisse pas connaître et faire le tour de toutes ses facettes en une seule vie.

Si seulement ce que l'on nomme "devoir de mémoire" pouvait servir et aider à juguler la barbarie d'aujourd'hui. Malheureusement, on vit dans un monde où il est de bon ton de culpabiliser pour les méfaits commis par le passé, mais où on se fout pas mal de savoir ce qui se passe chez le voisin...

Pour en revenir à la citation de ton post, Opai, je crains que malheureusement, on préfère trop souvent tourner la tête quand quelque chose nous heurte et nous dérange, c'est tellement plus confortable, et surtout, si ça nous évite d'avoir à admettre qu'au fond, on est tous capables du meilleur... comme du pire.

En tous cas, merci pour ton texte. Je prendrai le temps de lire tes pages perso plus tard. Bonne continuation, Tashi delek Isabelle
Je revenais des autres chaque fois guérie de moi... Andrée Chédid
SI Sifaka Regular ·
Barbarie contre les enfants, barbarie contre les animaux, barbarie contre la nature;je suis prof d'histoire-géo et je peux dire que qd j'étudie l'histoire avec eux, qu'est qu'on s'amuse!Nous sommes entourés par des catastrophes naturelles et ns avons trouvé le moyen d'inventer le moyen le plus radical pour faire éclater notre "maison, la Terre", la bombe atomique; voilà ce que je dis à mes élèves(entre autres, bonnes histoires sur les atrocités commises par l'homme !).
AR Aristomakos Globetrotter ·
Bonne idée, cette discussion sur le tour du monde de l'horreur humaine.

Tu aurais pu passer également parl'Ukraine (famine provoquée par staline au début des années 1930, plus de morts que les juifs pendant la 2e GM)la Russie (mais où sont enterrés les 20 millions de sovietiques victimes des nazis ? En trouve t-on des fosses communes ? On connait celles des juifs et des soldats de Napoléon, mais et celles des moudjiks ? ; et je ne parle pas des victimes de staline)la Chine (génocide commis au Moyen Age par les gentils cavaliers mongols tellement appréciés par certains voyageurs ; massacres de Mao, sans parler de ceux des empereurs), plus de 50 millions de morts au total...l'Arménie (génocide de 1915)Rwanda (génocide de 1994 et vengeance des tutsis)L'Indonésie des années 1960 et l'extermination des communistes (la main du vieux marchand javanais que vous serez après avoir conclu une affaire a peut-être étranglée des dizaines de prisonniers communistes)Les immenses massacres commis par les musulmans dans le Nord de l'Inde au XIIe siècle (oui, ils sont beaux les palais musulmans de cette région, sauf qu'ils reposent sur des monceaux d'ossements d'hindous, sauf que les musulmans sont arrivés ici sans y avoir été invités, en brulant, pillant et massacrant).Les millions d'Amérindiens tués indirectement par les espagnoles, du fait des maladies importées. Au moins, ils n'ont pas fait exprès. Pourquoi tuer tant d'hommes...qu'on aurait pu réduire à l'esclavage !

Dois-je évoquer les Arabes au VII-VIIIe siècle, les Huns, les Mongols en Russie et en Europe centrale (c'est drôle la faible densité en Anatolie ou dans certains secteurs de Russie, n'y aurait-il pas un rapport ? certes, tous ne futrent pas tués, beaucoup fuirent ), les Aborigènes, etc. ?

Je préfère vous épargner quelques millions de morts qui, de toute façon, ont été oubliés de tous.

Reste un autre problème. Surtout féminin. Le viole. Historiquement, il n'existe pas, puisque rares sont les livres d'histoires à le mentionnée et en une phrase seulement (à propos des allemandes violées par les russes en 45, par exemple).

Et pourtant, assurément, sans aucun doute, des dizaines voire des centaines de MILLIONS de femmes l'ont été (sans parler des hommes). Et personne n'en parle. Ne le dit. Ou presque. Celles du XXe siècle, un peu. Et encore. Quant aux autres, elles n'avaient qu'à vivre aujourd'hui, pour avoir notre considération. Et puis elles ont bien dû le chercher ce guerrier hun, vandale arabe ou nazi qui était tranquillement en train de piller sa maison pendant après avoir égorgé son mari.

Moi, je sais qu'elles ont souffert, en masse, anonymement. Et que 99% de les bourreaux n'ont jamais été punis, exceptés ceux tués au combat par la suite.

Respectez une minute de silence. Pour elles. Ces millions de victimes oubliées.

Moi, j'y pense. Souvent. A toutes ces victimes. Et j'en parle souvent. Elles ont existé, elles ont souffert.

Ne les oubliez pas non plus, celles-là.

Heureusement, l'humanité ce n'est pas que cela. Nous, voyageurs, n sommes bien placéspour le savoir. Mais elle peut l'être.

Alors vigilance.

Bon, je dois vous laisser, j'ai un paquet de copies à corriger, au sujet de la féodalité. Il n'y aura pas trop de massacres au programme, ce soir. 🤪
Ben
KH Khaldoun Regular ·
Et si tout le monde s’en fichait ? C'est ce que suggère "Et puis les touristes", un film allemand actuellement à l'affiche.

Sven, un jeune allemand, arrive à Auschwitz pour effectuer son service civil. Des tâches diverses et variées dans la gestion de l’ancien camp lui sont confiées. Il s’occupera tout particulièrement d’un octogénaire, rescapé du camp, qui occupe un petit appartement alentour. Impressionné et enthousiaste au départ, le jeune homme ne tarde pas à prendre la mesure de l’ennui et du je-m’en-foutisme général autour de lui.

Le camp ? Il est devenu une formidable cash machine. Et il crée des emplois. Ce n’est pas plus compliqué pour les habitants du cru. Lorsque Sven interroge la jolie polonaise native du coin devenue son amie, il ne perçoit aucune émotion. Née à un jet de pierre d’Auschwitz ? Et alors ? Un hasard. Doit-on éprouver un sentiment particulier ?

Les touristes ? Chaque jour apporte sa cargaison. Il y a quelque chose de déprimant à observer jour après jour le manège des cars qui se garent, et le spectacle qui suit d’un défilé de visages graves comme il faut, d’une procession d’où fusent les mêmes gestes, les mêmes mimiques et les mêmes réflexions. Est-on plus intelligent, plus avisé, plus lucide après avoir visité Auschwitz ?

Le rescapé octogénaire ? Son humour le sauve. Les jeunes lycéens en visite ne trouvent aucune question intéressante à lui poser. « C’est là votre numéro du camp ? On n’y voit presque plus rien » lui balance un rien déçu un jeune pubère. « Je n’ai pas pensé à le renouveler » lui renvoie le vieux, en retirant son bras. Les élus locaux accompagnés d’investisseurs lui rendent hommage avant de lui couper le sifflet lorsqu’il improvise un discours. Pas de temps à perdre à écouter un sénile. Les affaires n’attendent pas. Les restaurateurs du camp lui interdisent dorénavant de réparer d’anciennes valises de prisonniers. Il les abîme sans façons. Alors, ils lui font la leçon, ils le tancent, ils lui crient après.

Dure, la leçon pour Sven : la proximité de la barbarie n’adoucit rien. Les gens restent comme ils sont. A chacun sa comédie, ses calculs et ses mesquineries. En boîte de nuit, en essayant de se faire des amis en expliquant pourquoi il est à Auschwitz, il provoque un fou rire général : « Au secours ! Les Allemands sont de retour!!! »

La barbarie ? Et si tout le monde s’en fichait ?

Khaldoun
OP Opai Veteran ·
Je suis convaincu que l'on détourne souvent le regard. La mort, ça ennuie. Nombre de fois, j'ai entendu à propos de films sur S-21 ou sur les camps nazis : "Ah non, je veux pas voir ça, c'est déprimant".

Et la tendance n'est pas à se déprimer mais à se divertir. Bienvenue chez les Ch'tis, c'est moins long et plus drôle que Shoah.

Pour ce qui est du film, ce que tu en dis a l'air proche de la réalité. A Phnom Penh, S21 et les charniers sont un vrai gagne pain pour de nombreux cambodgiens. Ils jouent sur l'attirance pour l'horreur (elle aussi doit être divertissante pour se monnayer) alors que certains y ont été directement confrontés. Après la prison et les charniers, on propose d'aller tirer une vache au lance roquette sur un champs de tir...

Se souvenir du pire de ce que nous pouvons faire, quand les conditions sont réunies... C'est considéré comme de l'auto flagellation. La barbarie? C'est pour les autres, pas pour nous, les civilisés.
GI Gildadesiles Globetrotter ·
Ne nous oublions pas nous français dans la liste des méfaits et des actes de barbarie...la guerre d'Algérie, que l'on a tant de mal à évoquer, a eu son lot d'actes de barbarie et de victimes innocentes femmes et enfants....
FI Filtoche Regular ·
Eh oui, notre belle France avec les massacres de Sétif, Thiaroye, ou à Madagascar plus tôt.
Filtoche

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