Bon! moi pour l'instant je retourne dans ma citrouille
bonjour Cendrillon,
en attendant la chaussure de verre et ce qui va avec,
une autre approche:
Le rituel funéraire des Lahu rouges
La mort : une destination à la fois mystérieuse et inévitable que rejoignent tous les êtres humains depuis des millénaires. Qu’il soit riche, pauvre, général d’armée, paysan, philosophe ou simple d’esprit, chacun termine son voyage dans ce monde au même endroit : la mort, qui fait partie intégrante de la vie.
Très peu de personnes comprennent toutefois réellement le sens profond de cette vérité. Les êtres humains des diverses races, cultures ou communautés sociales proposent actuellement des réponses différentes et organisent des rituels funéraires variés. Ainsi, lorsqu’un membre d’une communauté décède, ses compagnons peuvent organiser un rituel empreint de sobriété et de simplicité alors que d’autres cultures marqueront cet événement par une cérémonie luxurieuse et extravagante. De même, certaines cultures peuvent percevoir la mort d’un proche avec sérénité ou même dans la joie alors que d’autres ressentiront une profonde tristesse. Il s’agit d’autant de réactions des êtres humains à une question pour laquelle ils n’ont toujours pas trouvé de réponse adéquate.
L’une de ces approches est le rituel funéraire des Lahu rouges, un sous-groupe de l’ethnie des Lahu qui vit essentiellement dans les régions montagneuses et reculées de part et d’autre de la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar.
Qui sont les Lahu rouges ?
Les Thaïlandais les appellent les Mou-soeu alors qu’ils se dénomment eux-mêmes les Lahu (prononcer la-hou). Le groupe ethnique des Lahu est divisé en plusieurs sous-groupes, plus que tout autre groupe tribal présent en Thaïlande. Chaque sous-groupe possède ses coutumes distinctes tout en partageant des racines culturelles communes avec les autres. Le rituel funéraire de chaque sous-groupe présente ainsi quelques spécificités. Chez les Lahu rouges, par exemple, si une personne décède de mort naturelle, son corps sera enterré. Si, par contre, sa mort a été violente ou anormale (maladie, accidents, etc.), la dépouille sera incinérée. Les Lahu Kalao, quand à eux, incinèrent toujours le corps sauf s’il s’agit d’un enfant. De même, les Lahu Sae Lae brûlent le corps quelle que soit la cause du décès et l’âge du défunt.
Les Lahu rouges ont compris très tôt que la mort est un dénominateur commun à tous les êtres vivants et marque leur fin. Il l’appellent Sayway et la classent en deux catégories : la bonne mort et la mauvaise ป mort. La bonne mort désigne la fin de la vie de quelqu’un pour cause de vieilliesse ou de maladie, sans que du sang ne s’écoule de son corps. Une mauvaise mort est celle provoquée par un meurtre ou un accident, par exemple une chute dans un ravin ou d’un arbre.
Selon la tradition, le corps d’une personne qui a eu une bonne mort sera enterré, alors que la dépouille de la victime d’une mauvaise mort sera incinérée. L’un de mes élèves, par exemple, qui était le fils du chef du village de Yapanae, a trouvé la mort dans un accident de moto en février 1993. Il avait quitté le village pendant les cérémonies du nouvel an Lahu et personne ne savait où il était. Pujong, le maître des exprits du village, a tué un poulet pour un rituel prophétique et a annoncé aux habitants qu’il était parti dans un autre village. Ils l’ont attendu pendant deux jours et, ne voyant acun signe anonciateur de son retour, le chef du village a demandé à un groupe de jeunes hommes de partir à sa recherche. Après 9 jours, l’un des membres du groupe a retrouvé son corps dans les buissons au lieu dit Lalang, à environ 3 kilomètres du bureau du district de Pang Mapa. Les gens du village, y compris moi-même, avons incinéré le corps avec beaucoup de tristesse. C’était un garçon très serviable qui m’apportait toujours de l’eau et du bois pour le feu, même si je ne lui demandait pas. Les cérémonies du nouvel an de 1993 au village de Yapanae ont été particulièrement calmes et réservées ; personne n’avait vraiment le cœur à la fête comme les années précédentes.
Les funérailles
Lorsque quelqu’un décède, il est d’usage que les membres de la communauté viennent présenter leurs condoléances à la famille et participent à leur deuil. Selon la coutume des Lahu rouges, si la personne décédée est un enfant, il peut être enterré le jour même. S’il s’agit d’un adulte, le corps sera conservé pendant une journée et mis en terre le lendemain. Il n’y a pas de cercueil, les membres de la famille enveloppent le corps dans un tissu ou une natte de roseau.
La tradition veut qu’un poulet soit tué et cuisiné pour la personne décédée. Une aile et une cuisse – avec les plumes – sont découpées de l’animal, attachées l’une à l’autre avec une lanière en bambou puis l’ensemble est placé sur le torse du défunt. Les Lahu rouges croient que l’aile se transformera en éventail pour se rafraîchir après un long voyage. La cuisse se transformera en un outil qui permettra à la personne décédée de creuser pour chercher de l’eau. Les membres de la famille doivent apporter une poignée d’herbe ou de feuilles prélevée autour de la maison et attachée pour former une botte, botte qui sera elle aussi placée sur la poitrine du défunt. Selon les croyances, cette botte se transformera en balai qui servira au nettoyage. Ils ajoutent également quelques morceaux d’étain dans la bouche de la personne décédée, le même que celui qui sert à fabriquer les cartouches et qui fera ici office de monnaie. Un pot de riz est préparé pour le défunt et celui-ci est mélangé avec des cendres ou du charbon de bois afin qu’il deviennent noir et impropre à la consommation. Ce pot de riz sert à avertir les personnes encore vivantes de ne pas essayer de suivre celui qui est mort, car elles ne trouveront rien à manger.
Le jour suivant, les membres de la famille attachent un bambou de chaque côté du corps et le transportent jusqu’au cimetière du village. Le corps sera sorti de la maison par une paroi latérale et non pas par l’échelle principale, car celle-ci est réservée aux vivants. Si le corps était sorti de la maison par l’échelle, un autre membre de la famille le suivrait dans la mort.
Les membres de la famille placent ensuite les affaires personnelles du défunt, par exemple son oreiller, sa couverture, ses vêtements, son couteau et ses outils sur le bord de la tombe afin qu’il puisse les utiliser. Cette tradition présente un intérêt scientifique et médical certain, car si la personne est décédée d’une maladie contagieuse, les membres de la famille qui vivent dans la maison risquent moins d’être contaminés à leur tour.
Le choix du lieu de la tombe
Les Lahu rouges ont leur propre méthode pour choisir l’endroit où ils creuseront la tombe : ils lancent en l’air un œuf et si celui-ci se casse en retombant, c’est que l’endroit convient pour la tombe. S’ils ne disposent pas d’un œuf à ce moment-là, ils prennent le couteau du défunt, le lancent en l’air et creusent la tombe à l’endroit où le couteau reste planté.
La tombe ne sera généralement pas très grande, à peine plus longue et large que le corps du défunt. J’ai relevé les dimensions suivantes sur la tombe d’un vieil homme décédé en 1991 :
Profondeur : 135 cm
Longueur : 175 cm
Largeur : 43 cm
Placement du corps dans la tombe
Au cours d’un rituel funéraire auquel j’ai participé, j’ai remarqué qu’avant de placer le corps dans la tombe, les membres de la famille allumaient des branches de pin et les passaient au fond du trou pour en chasser l’humidité ainsi que les mauvais esprits éventuellement présents dans la tombe. Ils tapissent ensuite le fond de la tombe avec des écorces. Pendant qu’ils font descendre le corps dans la tombe, ils font passer sous celui-ci un morceau de bambou dont une extrémité est taillée en plusieurs minces lamelles recourbées de manière à former des cercles dont le nombre est égal au nombre de personnes qui assistent à la cérémonie. Ce rituel est supposé marquer la séparation entre le mort et les vivants et indiquer aux âmes de ces derniers le chemin vers la sortie de la tombe afin qu’elles n’y restent pas emprisonnées. Les personnes présentes jettent ensuite des brindilles fraîches sur le corps pour demander son pardon, puis le recouvrent de terre. J’ai remarqué à ce moment-là que les hommes et les femmes présents se taquinait mutuellement et même que certains couples se couraient après et s’embrassaient autour de la tombe fraîchement recouverte.
Avant de rentrer chez eux, tous les participants se tiennent sur le bord de la tombe et sautent pardessus celle-ci. Ils passent ensuite sous une arche en bois sous laquelle brûle un feu de joie. Une personne du village se tient à côté de l’arche et essuie le dos de chaque villageois avec une branche fraîchement coupée pour éviter que de mauvais esprits le suivent en rentrant au village. Une fois le dernier participant passé, elle essuie son propre dos avec la branche et rejoint les autres au village. Une fois au village, les participants se rendent directement près la maison de la personne décédée, trempent une branche dans une bassine d’eau et s’aspergent le corps pour en chasser les mauvais esprits.
Les croyances à propos de l’âme du mort
Un ancien Lahu rouge avait l’habitude de raconter cette histoire à propos de l’âme d’un défunt :
Lorsqu’une personne décède, son âme – ou esprit – est toujours rattachée à sa famille et à sa maison, un lien très fort qui fait que l’esprit de la personne décédée revient toujours dans son foyer. La première nuit après le décès, l’âme est encore capable de venir dans la cuisine pour chercher de quoi manger. La deuxième nuit, l’âme s’arrête devant la porte de la maison et la troisième nuit, elle peut seulement monter sur l’échelle. La quatrième nuit, l’esprit ne pourra parvenir que jusqu’à l’entrée du village, puis son aptitude à s’approcher du village diminuera progressivement jusqu’à la septième nuit où l’esprit de la personne défunte disparaîtra pour de bon et restera vivre dans son propre monde.
La manière dont la tradition funéraire prévoit de traiter la personne décédée concerne deux aspects : d’une part elle symbolise les liens avec le défunt et l’affection que la communauté lui portait et d’autre part, elle marque la différence de statut entre le mort et ceux qui sont toujours vivants.
Avant 1969, les Lahu rouges le long de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie avaient pour habitude de déménager si 3 à 4 personnes du village décédaient pendant une courte période. Ils croyaient qu’un mauvais esprit était présent autour du village et venait régulièrement pour prendre la vie des personnes. Les connaissances médicales communiquées par les autorités ont toutefois contribué à amenuiser ces croyances et les Lahu rouges n’ont plus besoin aujourd’hui de fuire devant les fantômes, car ils ont accès à la médecine moderne offerte par les services de la santé publique.
Les Lahu rouges ont un rituel funéraire élaboré et complexe pour traiter une personne décédée. Ce rituel fait appel à des matériaux naturels et n’est donc pas très coûteux. Il est cependant de moins en moins pratiqué en raison de l’influence des cultures extérieures, notamment de la vie urbaine et des coutumes chrétiennes qui jouent un rôle de plus en plus important dans la vie quotidienne des Lahu rouges.
l’auteur:
Monsieur Pimook Chantanawat, * qui vit et travaille avec les communautés tribales depuis de nombreuses années, diplômé d’anthropologie il a obtenu une maîtrise d’anthropologie à l’université Silpakorn et a ensuite défendu une thèse sur Les modifications de la culture Thai Yai à l’institut Rajabhat à Chiang Mai. En 1995, il s’est porté volontaire pour un poste d’enseignant dans la région montagneuse de Mae Hong Song et ou il est actuellement directeur d’école.
*traduit de l anglais par Serge/Thailsacien
les voyageurs parcourant le Nord de la Thaïlande et désirant rencontrer Monsieur Pimook dans son école,
me demander la logistique d accueil en MP ou, prendre contact ici:
http://pimook.canalblog.com/...uoi_haeng/index.html
des moments d'exception.