On part en vadrouille en Birmanie!

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BI
Jour 1 (14 février) - Joyeuse Saint-Valentin !

Ma chère bachelorette, cette année, pour la Saint Valentin, je vais te sortir le grand jeu ! Je vais t’emmener dans un restaurant digne de ton standing... Mais non, pourquoi veux-tu toujours aller au Flunch, tu mérites mieux que ça, quand même !?!… Et tu n’auras pas non plus droit à une petite auberge de campagne… Ni même à un resto branché du centre-ville… Non, cette année, je me suis surpassé pour marquer cet événement d’une pierre jaune ! Au menu de la Saint Valentin, ce sera plateau repas made in Ukraine Airlines ! Original, n’est-ce pas ? Et devine quoi ?... Un vol est même compris dans le prix du repas ! Du coup, on en profitera pour rester les trois prochaines semaines là où le commandant de bord décidera de nous parachuter… Je viens de m’entretenir avec lui et attention… roulement de tambourin… ce sera en Birmanie !!! « Alors là, non ! Y en a marre de chez marre de payer des rançons pour des gens comme vous qui voyagent dans des pays qui craignent !… Qu’est-ce que vous allez faire dans ce pays totalitaire, encore ? Tu vas peut-être me dire que c'est pour ses régions encore interdites aux étrangers ? Ou alors pour son conflit tribal ? A moins que ce ne soit pour vivre aux côtés de sa population, une des plus pauvres au monde ? »

Je savais que je n’pouvais pas compter sur toi, lâcheur !… Une personne censée et intelligente m’aurait plutôt dit, la Birmanie, pourquoi pas ??? Déjà, l'Asie est le terrain de jeu idéal en cette ère glaciaire de février. Ensuite, les carnets de route que je me suis injecté depuis plusieurs années en intraveineuse m’ont contraint et forcé à inscrire cette destination sur ma sacrosainte longue liste de souhaits de voyage. Enfin, les yeux pétillants de nos routards d’amis Jérôme et Chloé à l'évocation de leur voyage là-bas ont fait le reste, c’est-à-dire faire gagner au classement les nombreuses et précieuses places à la Birmanie afin qu’elle arrive touuuuut là-haut, en tête de cette liste ! Et puis un repas de Saint Valentin chez Ukraine Airlines à mille sept cents euros pour quatre, ça ne pouvait pas se refuser ! Donc le Myanmar, je valide !

« Alors là, je ne comprends plus rien à ton histoire à dormir debout ! Il y a encore deux minutes, tu disais que c’était en Birmanie que vous partiez, non ? » Ben oui, première info pour toi, la Birmanie est au Myanmar ce qu’est le Ceylan pour le Sri Lanka... Ok, vus tes yeux tout estomaqués, je pense que ma métaphore n’a pas abouti au résultat escompté… Et la Gaule pour la France, tu comprends mieux comme ça ?... En fait, le Myanmar est le nouveau sobriquet de la Birmanie depuis 1989, date à laquelle la junte militaire en place a décidé de rebaptiser le pays pour cause de… Ah non, en fait, ils n’avaient pas vraiment de raison… Mais bon, au final, doit-on dire « Birmanie » ou « Myanmar » ? La célèbre Aung San Suu Kyi a déclaré à ce sujet : « Les militaires ont rebaptisé le pays contre la volonté du peuple, nous continuerons pour notre part à l'appeler Birmanie et nous ne reviendrons pas sur cette décision ». Sauf que comme tu le sais peut-être, la junte a enfermé Aung San Suu Kyi de nombreuses années à cause de son opposition au pouvoir. Du coup, dans ce carnet, j’emploierai les deux termes simplement pour m’éviter des répétitions, mais sur place, fais ce qu’il te plait, mais moi, ce sera Myanmar pour éviter de finir le séjour en taule !

Bon, lorsque tu m’as interrompu, je disais donc que le Myanmar, je valide ! Et plutôt mille fois qu’une ! Donc si tu as d’autres questions, n’hésite pas… : « Quand aura lieu votre petite sauterie ? - En février, mais ça, je l’ai déjà dit ! - Avec qui ? - On prend les mêmes zigotos et on r’commence, soit les personnes à peu près normales que voici : Anna la chieuse (ma fille de 8 ans), Sasha la chieuse (ma seconde fille de 5 ans), Sandrine la chieuse (ma femme), et moi, le tour-opérateur de A comme « Aéroport » jusqu’à Z comme « Z’était drôlement bien ! » Enfin, ça, c’est c’que j’espère… - Où ? - La boucle classique, Mandalay, Bagan, Inle, Rangoon et deux trois aventures par-ci par-là dans des coins moins fréquentés. Mais ça, on aura l’occasion d’en reparler un peu plus tard... - En combien de temps ? - Seulement trois semaines… - Pourquoi dis-tu « seulement trois semaines » ? - Ben à ton avis ?... Parce que Herr Colonel Sandrine n’a pas voulu plus, pardi !!! Et puis tu m’en poses, toi, des questions !!! Allez, au lieu de me faire perdre mon temps avec tes questions, au lieu de déguster ta petite coupe de champagne pour la Saint Valentin, n’as-tu pas plutôt envie d’un petit verre d’alcool de riz, n’as-tu pas plutôt envie de partir avec nous vers de nouvelles aventures pour te réchauffer entre deux perturbations ? Si ? Et bien suis-nous et tais-toi !!! »

La suite bientôt... mais déjà dispo sur mon blog (avec photos)... http://onpartenvadrouille.over-blog.com/2015/02/joyeuse-saint-valentin.html
http://onpartenvadrouille.over-blog.com Carnets de route "décalés" : Jordanie, Balkans, Thaïlande, ouest américain, Birmanie, Pérou, Cambodge, ...
LA Larri Regular ·
Beau début qui met l'eau à la bouche! Vite la suite larri
MI Michel35 Regular ·
Bonjour Bibouns51,

J'aime beaucoup votre "ton" et votre humour. J'ai dévoré, il y a quelques années, votre carnet en Jordanie. Alors...VIVEMENT LA SUITE.

PS : J'ai le même projet de voyage, mais en novembre et décembre (même parcours).
Michel
BA Barefoot Veteran ·
Bonjour/ Bonsoir la Franky Family,

Je suis allée sur votre blog et après avoir capté votre écriture touarègue (lecture de bas en haut), je me suis marrée tout le long des 9 premiers épisodes. C'est bourré d'humour, de références amusantes (du PSG à Dora l'exploratrice ) et ça se lit comme une de ces saloperies sucrées qu'on déguste sans faim ni écoeurement. J'ai traversé à peu près les mêmes endroits il y a 5 ans et c'est franchement marrant de se les remémorer avec un autre regard. En attendant la suite, j'irai faire un tour sur votre carnet thailandais, car de toute façon demain est une autre aventure...[;)]
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Ah oui, les désagréments liés aux blogs... [:(][:(] En tout cas, merci pour ce message qui donne l'envie de continuer ! Et bonne lecture avec la Thaïlande... ou les autres carnets ! A+
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
La suite est en ligne sur le blog... Ou la seconde journée sur VF... maintenant ! Merci pour le commentaire sympa !
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 2 (15 février) - Nos premiers pas d’thaï…

« Bonjour… - Bonjour mon bon monsieur… Je m’appelle Franck et je vous trouve très beau. Je crois même que je vous aime ! En fait, aujourd’hui, j’aime tout le monde ! Je serais même presque capable d’aimer le PSG, c’est dire ! Est-ce que je peux vous serrez très fort dans mes bras ?... - Euh, on va se calmer, monsieur, ou j’appelle la sécurité ! Contentez-vous de répondre à mes questions !... Quand avez-vous fait vos valises ? - Ben, il y a environ trois ans et demi… - Les avez-vous laissées sans surveillance ? - Oui, bien sûr. Sur le bord de l’autoroute A4 pendant quinze jours et je viens juste de les récupérer… - Se pourrait-il que quelqu'un ait introduit un colis dans vos bagages ? - Oui, le gars barbu, là-bas, en train de lire le Coran avec son étiquette « A mort Charlie » accrochée dans le dos. Il nous a baragouiné un truc mais on n’a rien compris parce qu'on ne parle pas le norvégien… »

Bref, tu l’as compris, je suis tout guilleret à l’idée d’être enfin à l’aéroport. Aéroport Charles de Gaule pour être précis. Décollage imminent pour Kiev ! Aïe… Les plus peureux d’entre vous remarqueront d’entrée le lieu un tantinet risqué de notre escale qui refroidirait même le plus hardi des Vladimir Poutine himself. Mais pas la franky family !... Kiev, Kiev, une heure et demie d’arrêt, tout le monde descend ! Aïe… Les plus expérimentés d'entre vous remarqueront d'entrée la durée étriquée de notre correspondance qui refroidirait même le plus expéditif des Usain Bolt himself. Mais pas la franky family ! Si bien qu’on se retrouve déjà à bord de notre second avion de la journée qui nous transbahute cette fois-ci jusqu’à Bangkok. Et oui, toujours pas de dame Birmanie à se mettre sous les chicots ! Car pour accéder au saint-graal, il faut que tu sois préparé à l’idée de t’enquiller un vrai parcours du con battant. En plus d’une éventuelle escale ukrainienne, tu n’auras pas d’autre choix que de transiter, soit par Bangkok, soit par Kuala Lumpur… La première possibilité a remporté tous mes suffrages, billets Ukraine Airlines pas chers obligent ! Du coup, comme il voulait revoir, revoir, non pas sa Normandie, mais la ville de Bangkok, ben on va en profiter pour y faire un stop de vingt-quatre heures afin de marquer une pause dans ce marathon aérien. Bon, je passe volontairement rapidement sur les neuf heures de vols à déchiffrer les dialogues en ukrainien des films qu’on se coltine pour te téléporter avec nous directement à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok qui n’a pas bougé d’un poil de yack depuis notre dernière visite, à la différence prêt que la station de taxi propose maintenant un distributeur de tickets, là où je m’étais frotté à la mafia des dispatcheurs il y a trois ans...

Et le tirage au sort nous attribue le taxi numéro… quarante-quatre ! Et là, la malchance fait très bien les choses puisque dans la flopée de taxis en stationnement, un seul a le capot grand ouvert pour cause de chauffeur en train de bricoler dans son moteur. Tu l’as compris, celui-là, il est pour bibi !!! Et là, tu te demandes certainement pourquoi diantre est-il en train de s’affairer sur son moteur ?... Attends un peu, il va certainement nous l’expliquer… Encore une fois, la malchance joue très bien son rôle car parmi tous les chauffeurs présents, un seul ne peut prononcer un mot pour cause de clapet vissé en plein milieu de la gorge. Et tu l’as encore une fois compris, celui-là, il est pour bibi ! Les seuls bruits qui sortent de la bouche de ce pauvr’homme s’apparentent à mes gargouillis intestinaux après un séjour gastronomique à Castelnaudary… Pas tip top pour échanger au sujet du trajet alambiqué qu’on veut lui faire faire ! D’ailleurs, si ça continue, il n’y aura pas de trajet du tout car là, la doublure-voix de Dark Vador tente de démarrer son bolide sans se préoccuper de son capot toujours grand ouvert ! Euh… Il ne l’a pas vu, tu crois ? Attends un peu, si il ne voit pas ça, ne me dis quand même pas qu’on s’est récupéré le seul chauffeur de taxi au monde aveugle !!! Si ?... Et là, bien évidemment, il va se mettre à conduire en passant le bras par la fenêtre pour se tenir à la rambarde de sécurité, c’est ça ???... Ah non, ça y est, il l’a vu, et justement, il redescend pour brancher des pinces crocodiles entre sa batterie et celle du voisin avant de pouvoir enfin reclaquer son capot… Et ben ma zette, nos prochaines minutes risquent bien d’être nos dernières...

Toute cette anecdote me fait d’ailleurs sortir mon appareil photo de sa sacoche et du même coup, de sa longue léthargie hivernale… Car je tiens beaucoup à ce que la première photo de ce voyage soit pour lui, mister Lek, notre original chauffeur muet mécanicien aveugle thaïlandais… « Mister Lek, celle-là, elle est pour toi, bébé !!! » Bon, c’est pas l’tout, mais nous, on veut se rendre dans un premier temps au Hard Rock Café avant d’aller ensuite à notre hôtel dans le quartier de Rambuttri !... Ben va faire comprendre ça à notre ami et reviens me voir lorsque ce sera fait, ok ?!? Heureusement, mon basic instinct m’a fait éditer une carte de Bangkok avant de partir. Je lui montre donc les deux endroits où on souhaite aller et mon bon monsieur Lek se contente de me répondre un « Eeeeeesssss » nasal que je prends avec beaucoup d’optimisme pour un « Yes »...



Bon, je te fais la version courte pour t’épargner la description détaillée de l’heure et demie passée en compagnie de monsieur Lek, au demeurant sympathique puisqu’il ne parle pas, mais retiens seulement qu’il a réussi malgré tous ses handicaps à nous amener en vie au Hard Rock Café pour y acheter le petit frère du verre que notre chère Clémence a délibérément explosé il y a quelques mois, puis à notre hôtel Mango Lagoon Place situé en plein cœur du quartier de Rambuttri… Une fois arrivés à bon port, tellement fier de son exploit, le voilà en train de nous sortir un « Hiiiip hiiiip hiiiip ! » avec son nez… Moi, au quart de tour, je réplique par un « Hourra ! »… Et ce n’est que quelques minutes plus tard que je percute… En fait, il nous réclamait un « tip tip tip » ! Tant pis, il n’avait qu’à articuler mieux que ça !!!... Ooooh, méchant Dobby… Rassure-toi, je me suis mis une claque sur la main pour me punir...

Allez, ça y est enfin ! Depuis le moment où nous avons fermé la porte de notre maison à double tour jusqu’au moment où nous poussons la porte de l’hôtel, vingt-et-une heures se sont écoulées ! Et là… Engourdie de chaleur, fripée d’humidité, décalquée de décalage, … bref, épuisée d’épuisement, la pauv’Sandrine s’écroule directe sur le lit, telle une sirène échouée sur la plage de Dunkerque... Là, j’ouvre une parenthèse pour parfaire tes connaissances : Comment savoir si Sandrine fait ou non semblant d’être fatiguée en arrivant dans un hôtel pour éventuellement échapper à la visite d’un temple ?... C’est simple, si la salle de bain et les toilettes n’ont pas droit à leur inspection minitieuse dans la seconde qui suit notre entrée dans la chambre, c’est qu’elle est réellement fatiguée. Du coup, je lui accorde dix minutes de repos bien mérité… Bon, ok, soyons généreux, dacodac pour une heure, mais pas plus ! Pas de temps à consacrer à la glandouille, je sais par habitude que les vacances passent très vite...

Deux heures et demie plus tard, mon premier œil s’ouvre et constate que tout le monde dort. Mon second constate quant à lui en regardant ma montre que le planning de l’après-midi vient de prendre un coup de vingt-deux long rifle dans l’arrière-train. Il nous reste tout juste le temps d’enchaîner en quelques heures les grands classiques bangkokois : Un pad-thaï dans la rue, une Chang pour le faire glisser, le Wat Arun pour me venger, un marché pour marcher, un massage pour s’en remettre, un tuk-tuk pour rentrer, une claque su’l’baigneur pour le plaisir, et là, il sera temps d’aller pour de bon rouler des pelles à mon oreiller...





Ah, je vois que tu aimerais me poser une question… Allez, lance-toi… Tu veux savoir pourquoi je souhaite aller au Wat Arun pour me venger, c’est ça ? Ben si tu es un de mes lecteurs les plus assidus, et surtout, si tu as une excellente mémoire, tu te rappelles peut-être que lors de notre vadrouille thaïlandaise, je n’avais pas pu visiter le Wat Arun. La raison ?... Ben elle est simple. A l’époque, la ligue féminine anti-pagode, composée de ma mère et de ma femme, m’avait flanqué un carton rouge sans aucun avertissement préalable pour excès de pagode après les visites du Wat Pho et du Wat Phra Kaew… Là, même si nous ne sommes à Bangkok que pour une journée déjà bien entamée, je tiens ma revanche ! A moi le Wat Arun ! A moi le petit badge que je vais pouvoir fièrement arborer sur ma poitrine et sur lequel est écrit « Le Wat Arun, I did it ! ».







Et alors, le Wat Arun ?... Bon, ben, en revisionnant les ralentis sous divers angles, je m’aperçois que le carton rouge reçu la dernière fois était finalement mérité. Ce n’est pas le Wat Arun qui fera battre mon cœur le reste de ma vie, le reste de notre vadrouille, ni même le reste de cette journée… J’exagère un peu là, mais c’est pour te faire comprendre que je prends quelques photos pour te montrer que j'y suis vraiment venu et on passe vite fait bien fait à la suite des événements. Pour ce faire, il nous faut prendre un bateau pour traverser le fleuve Chao Praya. Trois baths la traversée par personne, soit huit centimes d’euros, soit trois anciens francs, soit des clopinettes, même si le bath a pris vingt-cinq pour cent d’augmentation ces derniers temps… Bon, d’accord, une bath, ça ne vaut pas grand’chose, mais maintenant, ça vaut quand même pas grand’chose plus vingt-cinq pour cent ! Après ça, une bonne petite marche liquéfiante et on arrive au marché aux fleurs de Pak Khlong Talat. Et là, devine ce que les gens des stands offrent à nos filles ?... Des fleurs ?... Ben non, des paquets de gâteaux apéro ! Comme si ça se voyait tant que ça sur nos têtes !!! On navigue comme ça au milieu des marguerites, des œillets, des pivoines, des lys, des glaïeuls, des tulipes, … bref, tu l’as compris, il y a des fleurs au marché aux fleurs de Pak Khlong Talat ! Mais je sens bien que le cœur de mes pouliches n’y est pas. De toute manière, avec mon expérience de vieux mammouth, je sais bien que la première journée d’une vadrouille, c’est comme une première conquête féminine… Ce n’est pas le meilleur coup qu’on puisse espérer… Le stress de la première, trop de chaleur humide d’un seul coup… Bref, je capitule et accepte sans me débattre de rentrer au bercail !









Pour ça, quoi de mieux qu’un bon vieux tuk-tuk pollueur pour faire bien cliché local comme il faut ? Rien ?... Ben c’est parti pour un p’tit tour de manège dans lequel Sasha n’est pas prête d’attraper le pompon puisqu’elle s’endort au bout de deux virages… Elle n’ouvre les yeux qu’une fois allongée sur son transat, étonnée de constater qu’un vieux monsieur bridé est en train de lui tripoter les doigts de pieds ! Bienvenue au pays des massages de la voute plantaire à cent vingt bath la demi-heure ! Bienvenue également au pays des petites brochettes de poulet à trente baths ! Allez, comme c’est encore un peu la Saint Valentin, fais péter les grandes brochettes à quarante !... Mauvaise pioche. Ici, le gras coûte plus cher que la viande. En parlant de gras, c’est l’heure d’aller en faire dans notre lit car demain sera encore aujourd’hui dans notre pays... Enfin bref, de toute façon, demain est une autre aventure...





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DA Daisyone Globetrotter ·
Je suis toujours aussi fan de tes carnets. Je me régale ! Merci
daisy
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Merci Daisy ! J'espère que ce voyage et ce carnet vont te donner l'envie d'aller faire un tour chez les birmans... Il ne te manque plus que ça à ton tableau de chasse du sud-est asiatique... Pour moi, Indonésie l'année prochaine... A+
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DA Daisyone Globetrotter ·
Tu as deviné, c'est prévu pour février prochain, si tout va bien [;)]
daisy
BI Bibouns51 Globetrotter ·
J'espère que le tremblement de terre de Bagan d'avant-hier ne va pas contrarier tes plans...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 3 (16 février) - Bienvenue au pays des mille pagodes

Aujourd’hui, finis les jeux de mots à la « et quand il pète, il troue son slip » ! Aujourd’hui, les circonstances m’obligent à garder mon sérieux ! Aujourd’hui est en effet le jour J où je vais enfin pouvoir fouler de ma tong le sol birman !... Non mais là, je crois que tu n’te rends pas bien compte du truc de ouf qui nous attend… La Bir-ma-nie ! En chair et… en sourires !!! Celle-là même qui ne s’est officiellement offerte au reste du monde qu’en 2011 ! Celle-là même qui sort tout juste d’une longue période de dictature militaire ! Celle-là même, mystérieuse, qui fait mouiller d’envie les petites culottes de tous les voyageurs en herbe ! Mais bon, nous reviendrons à toutes ces considérations ultérieurement car pour l’heure, à ce que je sache, nous avons toujours nos huit pieds en Thaïlande ! Et à part les deux miens qui sont déjà sous la douche, les six autres ont du mal à s’extraire de leur lit. Il est pourtant déjà sept heures et il nous faut enchaîner au pas de course le check-out, le petit déjeuner dans la rue, et la négociation avec un taxi pour rallier l’aéroport Don Muang, à ne surtout pas confondre avec Suvarnabhumi par où nous sommes arrivés hier...

Sacs bouclés, clé de la chambre restituée, fruit shake et pancakes avalés, taxi à trois cents baths négocié… Ok, ma description fait très recette de cuisine mais ça marche car nous voilà en route vers la porte d’entrée de notre nouvelle vadrouille ! Vingt minutes de route… En tout cas, c’est ce que le chauffeur de taxi m’indique, sûr de lui, comme durée nécessaire pour gagner l’aéroport Don Muang. Tu l’auras certainement remarqué, pour cette fois-ci, quitte à payer plus cher, j’ai choisi un chauffeur à qui Bouddha a bien voulu faire grâce du don de la parole !... Du coup, je rentabilise l’investissement en lui reposant exactement la même question au bout de vingt minutes, dans la mesure où nous avons toujours droit aux immeubles et aux deux-roues en lieu et place d’un hall d’embarquement et d’un avion comme il nous l’avait vendu. Et cet imbécile-heureux me prend certainement pour Jean-Pierre Foucault, car pour la même question posée à vingt minutes d’intervalle, il me ressort avec un sourire en coin exactement la même réponse en ajoutant quand même deux ou trois autres mots en thaï que je traduis sur le coup par « Et c’est mon dernier mot Jean-Pierre ! » Et les vingt premières minutes, elles comptaient pour du beurre de Normandie ?... Qu’il n’ait jamais vu la Normandie, passe encore ! Ma crainte réelle est qu’il n’ait jamais mis les roues à l’aéroport Don Muang de toute sa vie… La malédiction des chauffeurs de taxi, le retour !!! Et celui-ci fait une entrée fracassante dans le top cinquante des mythos dans lequel tu monopolises la première place… Oui, oui, toi, que j’ai plusieurs fois entendu dire « Il est vraiment mignon votre bébé ! », ou encore « Désolé, c'était ma dernière cigarette ! », sans oublier les fois où tu coches le classique « J'ai lu et j'accepte les conditions d'utilisation »... Tu vois que j’te connais par cœur !!!...

Mais revenons-en à notre menteur du jour que je commence à démasquer puisqu’en bord de route fleurissent des panneaux de direction nous indiquant que nous allons tout droit dans la gueule de l’aéroport… Suvarnabhumi ! « Don Muang ? en lui montrant de la main la direction dans laquelle nous allons... - Yes ! - Don Muang airport ? en lui montrant cette fois-ci des deux mains la direction dans laquelle nous allons… - Yes ! - Don Muang airport, no Suvarnabhumi ? en lui montrant maintenant des deux mains, des deux bras, de la tête, … la direction dans laquelle nous allons… - Yes ! » Bon, le document que je lui fais signer sur lequel il accepte d’être fouetté à coups de nouilles bouillantes sur la place publique s’il s’est trompé d’aéroport ne lui fait pas changer de cap, je n’ai plus qu’à lui faire confiance et à prier Bouddha...

Quarante minutes de route… Soit vingt minutes plus vingt minutes comme nous l’avait annoncé notre ami Pinocchio… Car oui, c’est effectivement le temps qu’il nous aura fallu pour finalement arriver à l’aéroport Don Muang, tout juste à temps avant qu’ils ne ferment l’enregistrement de notre vol Air Asia à destination de Mandalay. Oui, oui, Air Asia comme la compagnie qui a crashé un de ses avions le mois dernier, et Mandalay comme… ben je n’sais pas quoi… Pourtant, ce nom m’a toujours fait rêver ! Et à y réfléchir, je ne sais pas vraiment le pourquoi du comment… Les sonorités du nom, peut-être ?… Les paroles d’une chanson ?... Ou alors l’évocation de cette ville dans un film ?... Non, vraiment, je ne vois pas… En plus, aucune image précise ne m’apparaît lorsque je pense à elle. A quoi ressemble donc cette fameuse Mandalay ? Et bien ce sont toutes ces questions que je te propose d’élucider ensemble les deux prochains jours qui viennent, une fois qu’on en aura terminé avec ce vol tout à fait normal, c’est-à-dire sans même un coup d’œil d’un passager pour l’hôtesse pendant ses consignes de sécurité, sans turbulence, sans repas et surtout, sans applaudissement à l’atterrissage… Un vol sans histoire, quoi !

Là, j’aurais pu te parler de la dame de l’immigration aussi énergique qu’un Doc Gynéco sous anxiolytique pour te faire comprendre qu’on sort les premiers de l’avion mais les derniers de l’aéroport. Mais je préfèrerai m’abstenir, de peur de te donner une mauvaise première image de la Birmanie. J’aurais également pu te parler de toute cette masse de papier qu’ils nous refilent avant de sortir pour te faire comprendre que nous devons maintenant nous trimballer un cinquième sac. Mais là aussi, je préfèrerai m’abstenir, de peur de te donner une mauvaise première image de la Birmanie. Enfin, j’aurais pu te parler de la casse automobile qu’ils ont plantée tout juste devant les portes de l’aéroport pour te faire comprendre que le premier paysage qui s’offre à nous est surprenant. Mais une fois de plus, je préfèrerai m’abstenir, de peur de te donner une mauvaise première image de la Birmanie. Du coup, je préfère que mes premières lignes birmanes te racontent l’histoire de notre agent d’immigration vraiment trèèèèès coooool qui nous accueille avec le premier sourire d’une longue série…. Et puis aussi celle du bureau de change qui nous refile toute une valise de billets en échange de dix pauvres biffetons de cent euros… Et enfin celle de la station des taxis qu’ils ont plantée tout juste devant les portes de l’aéroport...

Bonjour la Birmanie, carte d’identité s’il vous plait ! Habitants ? Les myanmars ou les birmans… Superficie ? Kiffe kiffe la bourrique par rapport à la France… Monnaie ? Le kyat qui se prononce comme quelque chose entre « tchat » pour les geeks, et « chiasse » pour les squatteurs de toilettes… Drapeau ? Jaune, vert, rouge en lignes horizontales avec une étoile blanche en plein milieu… Religion ? Bouddhisme… Régime politique ? Démocratie participative où seuls les généraux du cartel participent réellement aux décisions pour tout le monde. Ça ne sert à rien d’embêter les autres avec ces conneries… Qu’est-ce qu’ils sont sympas, ces généraux… Capitale ? Ahhh, en voilà une question comme elle est bonne ! Car par exemple, si je te dis « Capitale des Etats-Unis », tu vas peut-être me répondre « New York ». Et ben perdu, c’est Washington… Et celle de l’Australie ? Et non, ce n’est pas Sydney, mais Canberra… Allez, mon gros nullos, voici celle qui nous intéresse aujourd’hui. Capitale de la Birmanie ?... Rangoon !!!! Et ben dis donc, tu ne m’as pas menti quand tu me disais que tu étais nul ! Car la capitale de la Birmanie, depuis 2005, ce n’est plus Rangoon mais Naypyidaw, sur ordre du général suprême !!! Décalage horaire ? Plus cinq heures et demie par rapport à Paris… Ne me demande pas d’où vient le « et demie », je n’en sais rien. Certainement encore un coup de ce bon vieux général !

Bon, allez, même si on est maintenant multimillionnaire en kyats, ce n’est pas pour autant qu’on va se lâcher en prenant par exemple un taxi, là où on peut prendre le bus-navette Air Asia gratuit, tout du moins inclus dans le prix de nos billets d’avion… Et vu le nombre de personnes à y avoir pris place, nous ne sommes visiblement pas les seuls grippe-sous à débarquer ici. Mais no soucy, quand y’a plus de place, ben y en a encore. Ils ont prévu au cas où, des petites chaises en plastique pour enfant afin de pouvoir prendre place dans l’allée… Cool le voyage ! Heureusement, je tombe à côté d’un couple de français routard bien sympa et je profite également des trois-quarts d’heure de route pour entamer ma première discussion intéressante avec un birman. Seulement, à son premier large sourire, je m’aperçois que ce pauvre homme a la bouche en sang ! « Va donc me soigner ces gencives toutes sanguinolentes, nom de diou ! » Bon, alors, qu’on se le dise, ce gars n’a pas véritablement besoin de consulter un dentiste... Et non, il ne me reluque pas non plus la carotide avec l’envie de s’empiffrer les quelques litres de sang bien chaud de son deuxième touriste de la journée. En fait, les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux, les beaux, les moches, les petits, les… ah non, il n’y a pas de grand, … Bref, presque tous les birmans chiquent le bétel, un mélange de plantes, de chaux, de tabac et de noix d’arec qu’ils aiment mastiquer langoureusement tout au long de la journée. Tu m’connais, voilà encore une expérience que je vais bien évidemment mettre à mon actif afin de parfaire ta connaissance des traditions locales. Et sinon, quels sont les effets de ce bétel ?... Sur le comportement, propriétés psychostimulantes, sensation revigorante, effets aphrodisiaques, … « Tu as bien dit aphrodisiaque ? » Ah, vues les étoiles dans les yeux de Sandrine, elle est en train de se dire qu’elle va passer de bonnes vacances... A ne pas oublier quand même les quelques effets corporels. Cancer de la cavité buccale, infection des poumons, déchaussement des dents, … Euuuh, maintenant que j’y réfléchis, effet aphrodisiaque ou pas, les filles dorment avec nous dans la chambre, non ? Désolé Sandrine, sur ce coup-là, je passe la patate chaude à mon voisin !

Une fois arrivés en centre-ville, on saute dans un camion-taxi pour rallier l’hôtel que j’ai soigneusement réservé à l’avance il y a déjà plusieurs mois. Oui, je sais, dit comme ça, ça ne fait pas très Antoine de Maximi… Mais garde quand même entre deux neurones que si effectuer une réservation à l’avance n’est pas dans ton ADN, il va falloir te préparer mentalement à te livrer à une véritable chasse au lit quand tu viendras sur les sites birmans les plus courus, c’est-à-dire Mandalay, Bagan, Inle, voir même Rangoon… Et une fois ton matelas conquis, ne te repose pas sur tes bougainvilliers. Car prolonger ton séjour à l’improviste d’une nuitée, et hop, te voilà jeté hors de ton édredon encore tiède pour laisser place nette à un nouvel arrivant visiblement plus prévoyant que toi. La raison est tellement élémentaire mon cher Watson, que même un petit bout de cerveau comme le tien est capable de la comprendre : Si tu considères que le pays s’est ouvert au tourisme très récemment, tu peux donc comprendre que le peu d’hôtels existants s’est fait assaillir par les méchants routards que nous sommes. Mais le fait que les hôtels soient souvent pleins n’est malheureusement pas la seule conséquence : Si les gens se battaient pour me racheter à prix d’or ma vieille Peugeot 309, penses-tu que je m’embêterais à l’emmener au garage pour la remettre à neuf ? Non ! Et crois-tu que je me contenterais de la vendre au prix de l’argus ? Non ! Ben, ici, c’est pareil ! Si bien que tu dois consentir à mettre la main à la poche pour dénicher une chambre, au mieux défraîchie, au pire, limite à te faire regretter ta bonne vieille tente canadienne. Connaissant ma p’tite Sandrine qui n’a pas pris le temps de bien écouter mes explications sur cet état de fait, ça laisse augurer des anecdotes croustichiantes pour le reste de cette vadrouille… Ah, et si tu te dis qu’à toi, on ne te la fait pas, que t’es un warrior et que tu contourneras le système en allant demander l’hospitalité chez les birmans, ben sache que c’est interdit sur ordre du général suprême. Ce qui me fait penser que ce qu’on a vu dans Pékin Express l’année dernière où les birmans accueillaient chez eux les candidats, c’était de la fumisterie !

Bref, tout ça pour te dire que nous arrivons à la Yoe Yoe Lay Guesthouse réservée en 1997 pour être sûr d’avoir de la place. Là, nous sommes accueillis chaleureusement par Mama, la patronne. Outre le jus d’orange de bienvenue, j’ai droit à mon câlin langoureux personnalisé ! Bon, ne t’enflamme pas, Mama, comme son nom l’indique, n’est pas une première main. Mais en tout cas, son accueil fait plaisir à voir !

Aussitôt nos sacs à dos déposés dans notre chambre « sommaire », je n’ai qu’une obsession en tête : Aller enfin prendre le pouls de la Birmanie en général, et de Mandalay en particulier ! Nous partons donc arpenter les rues de la deuxième ville du pays pour la découvrir et s’en imprégner, mais aussi pour prendre connaissance des us et coutumes de nos amis birmans. Et ces bougres ne mettent pas long feu à nous surprendre. Déjà, on trouve de très nombreux stands où les birmans aiment s’assoir et discuter toute la journée. Jusque-là, à part que ceux-là passent pour des feignants, tout va bien. Mais si je te dis qu’ils s’assoient sur des chaises en plastique pour enfants, les mêmes que celles qu’il y avait tout à l’heure dans le bus, t’en dis quoi ? Peut-être se sont-ils trompés lors de la commande ? Ou alors ils ont tous grandi d’un seul coup ? Chérie, j’ai rétréci toutes les tables et les chaises de la Birmanie !!! Étrange… Allez, une autre ! De jeunes enfants jouent à la marchande dans les rues… Ah, Sandrine me dit qu’en fait, ils ne jouent pas… Et écoute celle-là, c’est la meilleure ! Si je te dis que les voitures roulent à droite tout comme chez nous, mais que les volants des véhicules sont également à droite comme en Angleterre, tu me crois ?... Oui, je sais, c’est complètement absurde, mais ce qui l’est encore plus, c’est la raison pour laquelle on en est arrivé là. C’est une voyante qui a un jour conseillé au général au pouvoir de changer du jour au lendemain le sens de la circulation afin d’améliorer le sort de son pays. Oui, oui, tu as bien lu « une voyante » ! Je la remercie donc sincèrement, car descendre d’un bus par la gauche et se retrouver au beau milieu de la route, ça va me faire tout un tas d’anecdotes à te raconter !!! Accident, hôpital, amputation, … Coool, mon audience va monter en flèche !!! On en reparle...

Nous n’avons fait qu’une centaine de mètres à pied et tu vois qu’il y a déjà beaucoup à dire… Ce que je peux te dire aussi, c’est justement que Mandalay ne se prête pas du tout à la balade à pied. Il fait très chaud, les trottoirs sont quasi-inexistants, les rues passent parfois du bitume… à la terre battue, il y a une circulation majoritairement constituée de deux-roues vraiment très dense, et chaque traversée d’intersection est une épopée. A ce sujet, si ton pote le subconscient te met des images en tête telles que des feux rouges ou des passages cloutés où les piétons ont la priorité, c’est qu’il est malencontreusement resté à quai en France. Car même si nous sommes dans la deuxième ville du pays, rappelle-lui bien que nous sommes en Birmanie !… Ok, donc une fois les deux trucs qui se trouvent à l’extrémité de nos jambes rayés de la liste pour se déplacer, que nous reste-t-il pour visiter la ville efficacement ?... Déjà, comment visiter la ville tout court ?... Efficacement, on verra plus tard… En vélos ? On oublie. En scooters, on oublie aussi ! Pour les premiers, il y en a à louer mais ils n’ont pas de porte-bagage pour les filles. Pour les seconds, à part un mec qui veut nous emmener tous les quatre sur son scooter, il n’y en a pas à louer. Du coup, je ne vois pas d’autre solution que d’avoir recours à un taxi rapidement négocié à quinze mille kyats pour le reste de l’après-midi...







Le programme que j’ai concocté nous emmène tout d’abord au nord de la ville afin d’y visiter le monastère Shwenandaw et les pagodes Kuthodaw et Sandamuni. Outre le fait qu’on y voit une magnifique bâtisse en teck et des pagodons à foison, ce sont surtout les birmans qui attirent mon attention. On m'avait dit que la Birmanie et ses habitants changeaient à toute vitesse. Du coup, j'imaginais inconsciemment tout le monde en jean avec un hamburger dans une main, et un gobelet de Coca dans l’autre. Ben figure-toi qu’on en est encore apparemment à des années-lumière ! Les femmes ont pratiquement toutes encore les joues peinturlurées de thanaka, une sorte de pâte à base de sève de bois censée les protéger du soleil… Je croirais presque voir Sandrine, le soir devant ses épisodes de Grey’s anatomy, les tranches de concombre en moins ! Quant aux hommes, ils portent toujours le longyi, cette grande jupe traditionnelle nouée à la taille et descendant jusqu’aux chevilles… En tout cas, qu’ils soient hommes ou femmes, il y a une chose pour laquelle ils ont le même comportement : Ils nous matent tous, ils nous scrutent tous, ils nous espionnent tous, ils nous dévisagent tous, … un peu comme si nous étions une famille de quatre blonds en vadrouille en Birmanie !!! Mais rien de malsain là-dedans, ils sont plutôt discrets et attendent qu’on leur fasse un signe pour manifester leur joie de nous voir ici parmi eux… Dans cet esprit, je suis sollicité par un bonze qui me demande tout timidement s’il peut discuter avec moi afin de parfaire son anglais… Ce que je peux te dire, c’est que soit son anglais est vraiment très mauvais, soit le mien est resté en CP car j’ai vraiment du mal à piper ce qu’il essaie de me dire : « French ? Pliway… A know Wafala Libeli… Football ! » Ce n’est qu’en entrant cette phrase dans mon appli de traduction « Français – Anglais avec un fort accent birman incompréhensible » que j’obtiens la signification : « Français ? Attends un peu… Je connais Franck Ribery, football ! » Bref, typiquement le genre d’échanges que j’adore… Ben oui, ça me prouve que mon anglais pourrait être bien pire !

















Allez, après ces trois visites culturo-religieuses, je demande maintenant à notre chauffeur de taxi de nous emmener sur les berges du fleuve Ayeyarwady. Non seulement, cet endroit est le quartier pauvre de Mandalay où la vie locale bat son plein, mais c’est aussi d’ici qu’on peut assister à un magnifique coucher de soleil, spectacle monté chaque soir depuis des millénaires… Une fois sur place, la vie semble y être effectivement très difficile, mais les gens ont l’air d’être bien plus heureux que la grande majorité des parigots croisés dans le métro ! Et une fois de plus, nous ne passons pas inaperçus. Les filles jouent d’ailleurs avec leurs premiers copains birmans dans un parc à jeux qui aurait été fermé depuis belle lurette en France. Là, je prends conscience d’une des raisons principales qui me pousse à faire ce genre de voyage : S’extraire quelques jours de la société cadrée, normée et aseptisée dans laquelle nous vivons… Impôts, risques, lois, administration, règles, contrôles, argent, hygiène, concurrence, pression à outrance… Y’en a marre, laissez-nous respirer ! Bon, là, il faut que je me calme car sinon, tu vas appeler un exorciste !









Bref, notre première après-midi birmane prend fin et notre chauffeur nous ramène donc à notre guesthouse où nos dernières missions de la journée consistent à se connecter à internet pour rassurer les plus peureux de notre entourage et se trouver un lieu de becquetance traditionnelle… « Non, ………. nous………. ne………. nous………. sommes………. pas………. encore………. fait………. enlever………. ! Pas………. de………. rançon………. à………. prévoir………. pour………. l’instant………. ! » Oui, comme tu peux le constater, internet est vraiment lent, à tel point qu’il découragerait même le plus mordu des geeks ! Quant aux gargotes de la rue, elles décourageraient certainement aussi les inconditionnels fans de Monsieur Propre. Mais pas nous, car nous sommes fin heureux de faire une nouvelle fois partie de ce tableau de la vie locale, le temps d’un moment, surtout que ce qu’on nous sert est à se faire pisser dans le bouche par le Manneken Pis tellement c’est bon ! Et je ne te dis même pas comment les gens sont intrigués de nous voir venir prendre notre repas parmi eux… Allez, si, je te l’dis ! Tu saisis tes baguettes, cinquante gusses te matent afin de savoir si tu sais t’en servir… Tu engloutis ta première bouchée de nouilles sautées, ces mêmes cinquante gusses attentent de voir ta réaction gustative… Tu te lèves pour aller aux toilettes, toujours les mêmes cinquante gusses qui se proposent de t’y emmener… Je peux te le dire, ce n’est vraiment pas facile de se décrotter le nez tranquillement quand cinquante pèlerins scrutent constamment tes faits et gestes… Faut dire quand même que le dernier gars qui me ressemble à peu près à être venu dans ce resto, c’était il y a trois ans lors de l’organisation d’un bal masqué où un birman s’était déguisé en Barack Obama, tu vois l’genre ?!?... Super repas, super soirée, et j’espère pouvoir te dire demain que ce fut également une super nuit ! De toute façon, demain est une autre aventure...





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Jour 4 (17 février) - Birmanie express, nouvelle saison

Qu'on m'amène le coq et qu'on le fasse chanter ! Il est en effet sept heures, l’heure de partir en vadrouille ! Petit retour quand même sur notre nuit à la Lay Lay Guesthouse… Accueil : Dix sur dix ! Insonorisation : Zéro tout rond ! Le voisin éternue sans mettre sa main devant la bouche et c'est toute la guesthouse qui se choppe un rhume carabiné ! Mais bon, crevés comme nous l’étions hier soir, cela ne nous a pas empêché de fermer l’œil… Et puis, comme je l’ai déjà dit, l’accueil est vraiment tip top ! Ça se confirme une fois de plus au petit déj’ car tu connaissais Superman, Spiderman, Batman, Catwoman, Bioman, ... En exclusivité rien que pour toi parce que tu es sympa, je te présente maintenant Superbirmane, tout droit sortie de l’imagination des studios Marvel ! Derrière son déguisement de super héroïne, Mama la patronne de la guesthouse est vraiment adorable. Elle renseigne tous ses clients, se prend en photo avec nos filles, nous sert un copieux petit-déj’, nous dit combien elle est heureuse de nous revoir ce matin, passe un coup de balai, débarrasse les tables, … et bien sûr, toujours avec une énorme banane collée au beau milieu du visage. Et le pire, c’est qu’elle n’a pas l’air de forcer sur ses zygomatiques !



Espérons que le chauffeur de taxi que j’ai négocié pour la journée soit du même calibre ! D’ailleurs, en parlant du loup, on en voit déjà le bout du pot d’échappement… Sympa, je n’sais pas encore… Ponctuel, ça c’est sûr ! Aussitôt dans notre taxi, … Euh, pardon, je reformule : Aussitôt dans notre bétaillère, nous faisons la connaissance de mister Faty, qui en plus du chauffeur, nous accompagnera pour la journée… « Euh… Tu avais précisé que tu voulais un guide quand tu as négocié avec le taxidermiste hier soir ? - Allons Sandrine ! Moi, réserver un guide ? Tu n’me connais pas ou quoi ?... Mais ne t’inquiète pas, je vais lui trouver une occupation à ce bon monsieur Faty !… » Et là, même pas la peine de lui sortir un avenant à son contrat de guide pour lui notifier qu’il sera officiellement notre miss Fine à nous, alias la nounou d’enfer des filles pour la journée ! Car dès le premier arrêt, sans même une once de résistance, il prend son nouveau rôle très à cœur… Ça nous permet en tout cas de profiter à pleines dents de cette première visite qui nous mène dans un atelier de fabrication de feuilles d’or. Maintenant que je suis sur place, moi je sais quelque chose que toi tu n’sais pas… Même que je sais comment ils fabriquent les feuilles d’or et que toi tu n’le sais même pas… Allez, à ton avis, comment fabriquent-ils ces fameuses petites feuilles d’or qu’une grande partie des asiatiques du sud-est s’amuse à coller sur les statues de Bouddha ? Réponse A, ils posent une toute petite pépite d’or dans une grosse machine super high-tech et il en ressort comme par magie tout un tas de feuilles d’or conditionnées par paquet de cent, prêt à partir à l’export… Réponse B, ils prennent un cube d’or de cinq centimètres par cinq et y découpent de fines feuilles à l’aide d’une rappe à parmesan importée pour l’occasion tout droit d’Italie… Réponse C, ils prennent une pépite de trente et un grammes d’or qu’ils allongent en ruban d’une dizaine de centimètres dans une machine hyper archaïque. Ils découpent ensuite le ruban en petits carrés d’un centimètre sur lequel un gars va taper comme un forcené avec un gros marteau en bois pendant pas moins de cinq heures. Pendant ce laps de temps, ils aplatissent, découpent le résultat en quatre, retapent, redécoupent en quatre, … pour au final obtenir pas loin de vingt mille feuilles d’or avec un seul de ces petits cailloux… Alors, verdict ?... Et oui, réponse C ! Comment as-tu deviné ?... Tu n’as pas cru mon histoire de rappe à fromage ?...



Bref, on continue le programme que j’ai soigneusement concocté… Au menu, des pagodes, des monastères, des stupas, … Bref, du religieux, du religieux, et encore du religieux ! Mais pas du « religieux » de pacotille ! Du « religieux » trié sur le volet ! Le haut du panier du « religieux » !... Non, rien à voir avec les parties intimes d’un curé !... Comment ça, ma blague est nulle ? On est sur j'aipasd'humour.com ou quoi ? Et puis je ne savais pas comment introduire notre arrivée à la pagode Mahamuni, voilà qui est fait… La pagode Mahamuni, celle-là même qui renferme la statue de Bouddha la plus vénérée, la plus adulée, la plus célébrée, … Bref, celle que les birmans ben ils préfèrent ! Elle date de cent ans avant Jean-Charles et était à l’origine en bronze. Bon, ok, elle l’est toujours, mais est maintenant recouverte d’environ quinze centimètres bien tassés de feuilles d’or. Et vue l’épaisseur d’une de ces feuilles, imagine un peu le nombre qu’il a fallu pour obtenir ce résultat. A l’entrée, des photos datant d’un siècle nous montrent un bouddha svelte, alors que celui qu’on découvre face à nous a une silhouette difforme et bien grassouillette, comme s’il était atteint d'une maladie dégénérative… Et je te le jure, pour une fois, le vilain clown Ronald McDonald n’y est pour rien !

Bon, et si on allait voir ce Bouddha d’un peu plus près ?… « Euh, Sandrine, si tu te penches en avant et que tu regardes ton entre-jambe, tu n’y verras rien… Tout du moins, je l’espère… Ce qui signifie que tu n’as pas le droit d’approcher, et encore moins de toucher mister Bouddha ! Mais je te raconterai, c’est promis ! » Et oui, avec les femmes, Bouddha veut garder ses distances. Il est méfiant et je dois dire que quelques fois, je le comprends un peu...

En tout cas, me voilà seul blondinet parmi les birmans, en train d’humer l’ambiance mystique qui entoure ce gros bout de métal… Des dizaines, peut-être des centaines de personnes, sont là, soit à genoux en train de prier devant sa majesté, soit en train de lui ajouter une énième couche de gras sur le bide… Tout ça se passe dans un silence de cathédrale, une forte odeur d’encens dans les naseaux… Je dois avouer que je suis sous le charme… A deux doigts de me tondre le cuir-chevelu et de revêtir une cape grenat de super-héros… Cinq minutes plus tard, je m’aperçois qu’une grande partie des personnes venues à la pagode pour voir Bouddha n’en ont plus que faire. Ils n’ont maintenant d’yeux que pour… Anna et Sasha ! Pour peu, elles voleraient la vedette à la star des lieux ! Séance photos avec tata Janine, avec le bébé qui vient de naître, avec toute la famille réunie, avec le grand oncle Gaston qui fait son timide, avec le petit de la voisine, … et tout ça orchestré par mister Faty qui se la pète grave ! « Si vous voulez avoir le privilège de prendre une photo avec elles, il faut me demander une autorisation avant, ok ?!? Chacun son tour, merci ! Faites la queue ! »







Euuuuh, mister Faty, c’est bien beau tout ça, mais ça va bientôt être l’heure de la très très photogénique distribution du repas des moines au monastère de Mahagandhayon… Allez, tous en voiture ! Pendant le trajet où de nombreux birmans sur leurs pétrolettes nous sourient et nous font signe, je profite pour te confier que j’ai longtemps hésité à venir voir cette scène de mes propres yeux. Je n’te parle pas des birmans chevauchant leurs motos, un large sourire greffé sur le visage, là ! Concentre-toi un peu ! Je te parle de la distribution du repas des descendants de Tortue Géniale !!! Du coup, veux-tu savoir pourquoi j’ai hésité à venir voir ça ?... Oui ?... Ben disons que c’est un peu comme si des extra-terrestres venaient te mitrailler de photos lorsque tu fais la queue au Mc Do, tu vois l’genre ?… Mais bon, je te l’accorde, la scène doit être un poil plus photogénique qu’une famille de quatre blonds en train d’hésiter entre un Royal Cheese et un Mc Chicken… Bref, après moultes tergiversations, j’ai quand même cédé à la tentation de venir assister à ça... Sur place, à dix heures quinze précise, des centaines de moines se mettent sur deux files pour recevoir leurs pitances alimentaires quotidiennes dans une gamelle de taille olympique. Et les touristes en forment une troisième, juste à côté, pile poil pour recevoir eux aussi leurs rations… de photos… Bon, effectivement, ça fait un peu voyeur sur les bords… Monsieur le curé, je dois me confesser en vous révélant que le petit ange que j’ai sur l’épaule droite se sent un poil mal à l’aise… Par contre, le diablotin sur mon épaule gauche est fier de lui de m’avoir poussé à venir, rien que pour le coup de clic-clac Kodak qui en jette quand même un max… Juge-en par toi-même...









Bon, je passe rapidement sur la visite d’une tisserie que j’avais demandée à mister Faty... Nous sommes en effet maintenant à Amarapura, capitale mondiale des jupes-pantalons birmans appelés longgy, et je souhaite m’en acheter un exemplaire, non pas pour aller voir mes clients quand je rentrerai en France, mais pour me fondre un peu plus dans la masse parmi les birmans. On entre donc dans la manufacture, on passe par le magasin attenant… Mauvaise pioche ! Mister Faty nous a emmené dans un truc à touristes, prix y compris ! Mince, il me prend donc pour un membre de cette confrérie des touristes auxquels j’essaie pourtant de ne pas ressembler… Tant pis, étape suivante !

Et celle-là, elle me tient particulièrement à cœur : L’école monastique d’Aung Myae Oo à Sagaing ! Inutile d’ouvrir ton guide du Routard tout neuf pour rechercher ce que c’est, ils n’en ont à mon avis jamais entendu parler… En fait, lors de mes recherches de l’été dernier, je suis tombé par hasard sur un article sur internet qui parlait de cette école fondée par trois professeurs bénévoles birmans pour répondre à un besoin non assouvi d’éducation pour les jeunes enfants démunis et orphelins du coin. Sauf que la définition « du coin » n’était certainement pas assez précise puisque la trentaine d’enfants à la rentrée des classes de 2003 a fait des petits… Ils sont maintenant plus de mille six cents !... Aussitôt l’article lu, aussitôt cette école inscrite dans mon itinéraire !... Pour moi, une « visite » évidente ! Mais pas pour tout le monde… Mister Faty se demande bien pourquoi une tête de coton-tige comme moi veut aller dans un endroit pareil… « Alors, mister Faty, est-ce que tu m’prends toujours pour un touriste comme les autres ?... Tu vois, moi, il m’en faut plus ! » Ben oui, qu’est-ce que tu crois, je n’suis pas une femme facile, moi !...

Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par quelques professeurs à qui je demande s’ils nous autorisent à déambuler dans leur établissement. Pour les appâter, c’est le moment que je choisis pour sortir notre « trésor » de guerre : Trois bons gros kilos de fournitures scolaires ! Mais ne me prends pas pour le bon samaritain que je ne suis pas, je ne fais bien évidemment pas ça gratuitement ! D’ailleurs, ici, tout le monde en est bien conscient puisque mes honoraires me sont versés comptants, sans aucun besoin de me pourvoir en réclamations : Signes d’affection par centaines, sourires par milliers ! Bien évidemment, c’est Sasha et Anna qui se chargent de la distribution. Seul problème, la nouvelle fait rapidement le tour de l’école et je m’aperçois combien le Père Noël doit galérer pour satisfaire tous les enfants du monde en un seul et même soir… Et un peu comme Schindler en son temps, je me dis que nous avons fait beaucoup pour ces enfants aujourd’hui, mais qu’on aurait certainement pu amener un cahier supplémentaire, ou alors deux, ou alors dix, … quitte à se charger un peu plus… Car ça, c’est effectivement la bonne nouvelle of the day d’aujourd’hui ! Outre le fait d’avoir apporté quelques petits grammes de joie à chacun de ces enfants, nos sacs à dos seront à partir de maintenant moins lourds de trois kilos ! Allez, nous ne sommes restés ici qu’une petite heure, mais c’est avec un gros pincement au cœur que nous devons nous résigner à poursuivre notre vadrouille. Anna et Sasha, ensevelies de câlins d’adieu en ont la larme à l’œil… Bref, tu l’as compris, sur ce coup-là, le meilleur des organisateurs de voyages n’aurait pas fait aussi bien !...









On s’attaque maintenant à une visite un peu plus conventionnelle : La pagode Pannya Shin. Intérieur kitch au possible ! Pour peu, on se croirait à la fête foraine de Bouddha ! Ça scintille et ça lui clignote même sous les dessous de bras !… Mais ce n’est pas non plus la vue sympa sur les environs que je vais conserver de cette visite… Non, une nouvelle fois, ce sont les échanges avec les birmans que je retiendrai. Des moines rasés, des mecs branchés, des femmes surannées, des demoiselles bien gaulées, des papys édentés, … Et là, tu te dis : « Mais comment fait-il pour discuter comme ça avec tout ce petit monde ? » En fait, je dois t’avouer que cette réussite n’est autre que le résultat d’un travail de longue haleine… La première pierre à l’édifice, tu la poses un soir d’hiver très froid où tu vas faire don de ton corps à la science en général, et à ta chère et tendre en particulier. Injection massive d’alcool pour se donner du cœur à l’ouvrage autorisée… Là, avec un peu de chance, cet élan de générosité engendre un enfant. Avec beaucoup de chance, il s’agit d’une fille. Avec énormément de chance, elle est blonde aux yeux bleus. Pour assurer le coup, tu renouvelles l’expérience trois ans plus tard et là, bol monumental, même résultat ! Après ça, tu n’as plus qu’à te rendre en Birmanie où bien sûr, tu n’oublies pas d’emporter sous le bras le résultat de ce dur labeur consenti un soir d’hiver très froid, huit ans auparavant… Ouf, le plus dur est fait, tu n’as plus qu’à laisser la magie opérer… Car tu l’as compris, une fois de plus, il y a bagarre pour approcher, photographier, toucher une de mes blondinettes… Je n’ai alors plus qu’à me baisser pour ramasser les occasions de contacts...



Et ça ne fonctionne pas uniquement que pour la visite de la pagode Pannya Skin, vu que le déroulement de la visite de la pagode Umin Tonzeh en est un copier-coller, mis à part que ce qu’on y voit est beaucoup plus gouleyant à mon goût… Long escalier pour te faire suer, grande esplanade carrelée pour te brûler les pieds, alignement de statues de Bouddha qui se laissent facilement photographier, … Mais bon, la nourriture spirituelle c'est bien, mais quand il est quatorze heures et qu’on a faim, la nourriture tout court, ce n'est pas mal non plus. Un p’tit boui-boui sympa juste en bas de l’escalier de la pagode et ça repart ! Direction l’île d’Inwa !



Pour y aller, pas d’autre choix que de traverser l’Ayeyarwady avec le seul et unique petit bateau d’un gars qui attend le touriste de pied ferme. Et une fois passé de l’autre côté, tu constates une autre situation de monopole, précisément celle des chauffeurs de carrioles tirées par des chevaux… Dit comme ça, ça fait un peu piège à touristes, non ?... Non seulement, ça y ressemble fortement, mais en plus, le piège vient de se refermer sur moi ! Car maintenant que nous sommes là, tu imagines bien que le bateau s’est fait la malle et que les filles ont comme par hasard une envie folle de murmurer à l’oreille des chevaux, décorés tout spécialement pour fêter leur venue. « Allez, Franck, sors ton beau billet de dix-mille !!! » Bon, concrètement, il ne faut pas venir en Birmanie uniquement pour voir ça, mais la balade reste quand même sympa. J’aime par exemple beaucoup la visite de la pagode Yedanasini où l’ambiance y est hyper zen… Vieilles statues de Bouddhas recouvertes de fleurs de flamboyants, gosses jouant dans la poussière, stupas en ruine, vendeurs de pacotilles ne te regardant pas comme l’étranger qui va nourrir leur famille durant les six mois à venir, … Bref, un piège à touristes agréable...





La dernière étape de notre périple du jour nous mène certainement à l’endroit le plus connu des environs : Le pont en teck d’U-bein. Ce pont, long de presqu’un kilomètre et demi et large d’environ trois mètres, a été construit pour permettre aux locaux d’aller travailler de l’autre côté du lac. Si bien que si tu t’y pointes à l’heure du retour du boulot, tu peux y voir de nombreuses scènes de la vie locale, à part bien évidemment sur les deux cents premiers mètres sur lesquels s’agglutinent les touristes… Comme dit tout à l’heure, j’essaie de ne pas faire comme les autres ! Du coup, on traverse les deux tiers du pont pour descendre sur un îlot et se positionner tout bien comme il faut pour profiter du paysage au coucher du soleil. Magique...







Voilà que se termine cette très belle journée de découvertes pour touristes, vécues par quelqu’un essayant de ne pas trop se comporter comme tel... Voilà que se termine notre visite de Mandalay et de ses environs où il est possible, selon ton humeur, ton tempérament ou du temps dont tu disposes, de passer une, deux, voire trois journées à Mandalay. Pour ne pas faire de jaloux, tu l’as constaté, j’ai coupé la pomme en deux puisqu’on aura finalement passé un jour et demi sur place ! Alors, oui, ce ne fut qu’un survol de la ville, mais les voyages étant pour moi un survol de l'essentiel et l'essentiel étant infini, ça me convient… Ouah, quelques fois, je me fais peur quand j’écris ! Soit je suis super intelligent, soit je fais concurrence à Franck Ribery !... Non, ne réponds pas, je ne t’ai pas demandé ton avis !!!

Du coup, tu t’interroges maintenant sur notre destination de demain, n’est-ce pas ? Et bien en parlant de ne pas faire comme les autres touristes, j’ai décidé d’aller à Pakkoku, une petite ville où il n’y a rien à faire, rien à voir de spécial… Simplement le fait d’être à un endroit où les birmans n’ont pas l’habitude de croiser des « touristes », et profiter de cette situation pour échanger avec eux… A l’évocation de cette volonté, Maître Sandrine par l’odeur alléchée, me tient à peu près ce langage… : « Hors de question d’aller dans un endroit pareil ! Autant aller dans un village de campagne au fin fond de nos Ardennes, ce sera pareil ! Fin des négociations ! »

Bon, je compte sur toi pour motiver Sandrine pour faire un arrêt dans cette petite ville… Comme argument, tu peux toujours lui dire que c'est sur notre chemin, que ça a l'air bien sympa, que ce n’est pas cher du tout, … Et puis elle peut faire un effort, non ? Au pire, je peux toujours tenter le chantage… Si pas de Pakkoku, pas de pause Robinson en fin de voyage, pas de super hôtel piscine resto cocktail en milieu de séjour… Ah, ces arguments mis en avant autour d’une bonne Mandalay Beer bien fraîche font leur petit effet… Pakkoku, je te dis donc à demain !!! De toute façon, demain est une autre aventure...
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OB Obeoandpai Globetrotter ·
Si je dis a ma douce comment tu parles de bouddha et de ses annexes elle va te faire faire15 fois le tour de l'intégralité des pagode birmanes (attelé a un char a bœufs) pour peu qu'il y ai dans les parages un furieux de YouTube et des réseaux sociaux tu nous fait un buzz mondial

La suite bientôt... mais déjà dispo sur mon blog (avec photos)..

perso quand je lis un roman ou un récit "sanouk" (*) doublé de "talok"(*) je préfère le finir avant de passer aux images, ou pas (comme pour le ciné)

(*) devinettes: sanouk a-chiant b-ouai, bon. c- passionnant talok a- barbant...je passe a autre chose b -sourire c- a hurler de rire et contrairement a toi, je ne dévoile pas la réponse
Mon YouTube https://www.youtube.com/user/voyageurasie/videos?view_as=subscriber
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Sanouk, je connais ! Et ce serait plutôt le "c". Par contre, talok, moi pas connaître (et Google non plus lol). Vu le contexte de la phrase, j'espère aussi un petit "c" ! J'ai bon ?

Rassure-toi, bientôt la suite ! A+
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OB Obeoandpai Globetrotter ·
Sanouk, je connais ! Et ce serait plutôt le "c".

gagné (mais, gare au déclassement si tu ne suis pas le rythme)

j'espère aussi un petit "c" !

C'est B tirant (très) fortement sur le C voyageforum.com/v.f?post=926197#926197

Présentement, tu as gagné une exonération du tour des pagodes
Mon YouTube https://www.youtube.com/user/voyageurasie/videos?view_as=subscriber
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 5 (18 février) - Un routard parle aux routards…

Ce matin, Sandrine et moi sommes en pleine discorde ! Pakkoku or not Pakkoku ? Là où Sandrine prône la négociation, je préconise quelque chose de bien plus efficace pour être sûr de se mettre d’accord : Moins cher que le divorce, moins bruyant que les disputes, … un coup d'pelle et un trou au fond du jardin !... Comme ça, c’est sûr, à Pakkoku, j’y go !... Bon, allez, rassure-toi, nous ne tournons pas le remake de Kramer contre Kramer au pays des birmans ! En fait, en direct sur Radio Mandalay, je t’annonce même que Sandrine a cédé sous mes coups de boutoir, tard hier soir... La rébellion ayant capitulé, la journée d’aujourd’hui sera Pakkoku ou ne sera pas… D’ailleurs, tu m’excuseras mais je n’ai pas voulu te réveiller aux aurores ce matin, car nous nous sommes levés très très tôt pour attraper le bus pour Pakkoku. Et à l’heure où tu daignes enfin te décoller la peau des yeux, nous sommes déjà dans ce fameux bus. Je dis « fameux » car tout voyageur en Asie du sud-est sait que sa vadrouille ne peut arriver à son terme sans passer par un, voire deux, voire une multitude de trajets en bus. C’est un incontournable, c’est comme ça, faut faire avec, ça fait partie intégrante de tout périple asiatique, au même titre que les statues de mister Bouddha, que la cuisine qui t’arrache la glotte ou qu’une bonne nuit de diarrhée passée le joufflu sur les toilettes ! C’est un voyage dans le voyage et notre fameux premier bus birman en est la preuve vivante ! Quoique, je ne sais pas si le terme « vivant » soit le plus adapté pour commencer la description de notre bus qui nous mène ce matin à Pakkoku… Rouillé, préhistorique ou encore déglingué seraient certainement des qualificatifs plus appropriés, mais passons… Je vais juste terminer là-dessus avec un dernier petit détail. Le détail qui tue ! Ce détail, c’est que les fenêtres ne s’ouvrent pas… Non, je ne vais pas faire ma chochotte qui pleurniche en te disant qu’il fait chaud, que le bus date d’une période où la clim n’était pas encore née, que mes aisselles sont mises à rude épreuve, que ça sent une odeur de pieds macérés dans leur jus de chaussettes, … Non, le truc, c’est que tous birmans qui se respectent chiquent le bétel ! Et qui chique le bétel doit à un moment ou à un autre cracher sa Valda ! Du coup, un birman dans un bus, c’est jamais sans son petit réceptacle à glaviots. Boîtes de Pringles et autres bouteilles de Volvic connaissent ici un recyclage tout trouvé !... Et ça se racle la gorge, et ça crache, et ça jute, et ça dégouline, … Désolé pour les détails, j’avais besoin que ça sorte, presqu’autant qu’eux...

Allez, preuve que nous n’allons pas dans un endroit touristique, nous sommes les seuls blancs d’poulet du convoi. Et pour ne pas changer une équipe qui gagne, l’expression « Y a plus de place ! », ici, eux pas connaître ! Là où le bus affiche une cinquantaine de places assises au compteur, je dénombre en tout et pour tout soixante-dix paires de fesses, quelques-unes devant donc se satisfaire une nouvelle fois de petits sièges en plastoc installés dans l’allée centrale. Le pire, c’est qu’il y en a qui arrivent à s’endormir en étant avachis sur ces accessoires de dînette...

Bref, deux heures et demie d’immersion plus tard, nous parvenons enfin à Pakkoku… Enfin, c’est ce que je crois… Car à l’entrée de la ville, pas un panneau d’indication… Comment allons-nous savoir si Pakkoku est jumelée avec une autre ville ? Ou si le grand jury national lui a attribué une, deux, voire trois fleurs au grand concours des villes fleuries… Tu m’excuseras, je ne vais donc pas pouvoir être aussi précis que d’habitude dans mes explications… Ah, ça y est, le bus s’arrête, … Seules cinq ou six personnes en descendent… « Excusez-moi, est-ce que c’est ici qu’on doit descendre ? Sommes-nous à Pakkoku ? - ???!!!??? - Pakkoku ? - Jacky Chan ping pong laousakaï… Yes… - Yes ??? » Trop tard ! Nous n’avons pas encore réussi à faire bouger le premier gars endormi dans l’allée sur son siège de Barbie que le bus remet déjà les gaz… Heureusement, Saint Antoine de Maximy, le saint patron des voyageurs est avec nous ! Car à Pakkoku si tu vas, entre deux arrêts tu auras le choix ! Ouf...

Allez, sans regret, j’abandonne mon siège défoncé et comme prévu… j’ai mal… Et Pakkoku ! Dans le haut du dos et aux genoux aussi… Mais l’essentiel est ailleurs ! Bienvenue dans la ville où en dehors de pas grand’chose, ben y’a rien à voir ! « Mais vous êtes fous ? Oh oui ! Mais vous êtes fous ! »... T’inquiète, on vient juste d’arriver mais le Franck sait déjà que le coin va lui plaire… Car de premier abord, Pakkoku fleure bon l’exotisme. Je reformule. Nous sommes la touche d’exotisme de Pakkoku… Tout le monde nous regarde comme des martiens débarqués en pleine campagne ardennaise… A part peut-être les chauffeurs de taxis qui eux, ont bien compris qui nous sommes et l’aubaine salariale que nous représentons… Quatre-mille cinq cents kyats pour nous emmener en centre-ville, soit le PIB du pays au complet ! Du coup, nous nous rabattons sur l’option à deux mille, non pas sur une moto-crottes, non pas sur un motoculteur, mais bien sur une moto-camion, nouveau moyen de transport que nous pouvons désormais mettre à notre actif !







« Où souhaitez-vous aller ? - Miya Miya ! » Je pense que c’est le bon moment pour t’annoncer la seconde bonne raison pour laquelle j’ai choisi de venir ici : La description sur quelques blogs de vadrouilleurs de la seule et unique chambre d’hôte de toute la Birmanie, chez Miya Miya ! L’occasion d’être accueillis chez quelqu’un dans un pays où les habitants n’ont normalement pas le droit d’héberger des touristes… Bien évidemment, étant resté sous la menace d’un embargo sandrinesque jusqu’à hier soir, je n’ai rien réservé. Peut-être aussi pour ajouter un soupçon de suspense à notre voyage… Et alors ?... Eureka, ses deux chambres sont libres ! On les prend ! Bon, pour ne rien te cacher, ce n’est pas le Club Med cinq étoiles… Ni même une étoile, d’ailleurs… La chambre est simpliste au possible et la salle de bain… et bien, comment te dire ?… Pour faire simple, mieux vaut de suite oublier la salle de bain… Mais pas de souci me concernant vu que je ne vadrouille pas en quête d’endroits plus confortables que mon chez-moi... Malheureusement, ce n’est pas le cas de ma Sandrine bien-aimée qui a une phobie quelque peu bizarre. Elle est drassalephobique… Oui, il y a des gens, comme ça, qui ont des phobies très exotiques… Ben quoi, Loana a bien la phobie des légumes !... Bref, si je te dis tout ça, c’est bien évidemment que madame Sandrine y retrouve à redire quand elle passe au détecteur de crasse la literie de nos chambres… Et c’est officiel, elle attribue à Miya Miya le titre de chambre la plus miteuse de toutes nos vadrouilles planétaires, rien que ça ! Du coup, tu commences un peu à la connaître, elle croise les bras, fronce les sourcils et décrète qu’elle sera de mauvaise humeur toute la journée… Bon, malgré ces sandrineries, je ne me fais pas trop de souci car je compte sur les pakkokusiens pour lui redonner le sourire pour les vingt années à venir ! D’ailleurs, on va s’occuper de ça tout de suite...

Pour commencer, on traverse le quartier où habite Miya Miya qui nous fait oublier que nous sommes dans une grande ville. On se croirait plutôt dans un village... Les rues prennent en effet des allures de pistes poussiéreuses, bordées de vieilles bâtisses sommaires en bois ou en bambou, et de jardins luxuriants...

Ensuite, en poussant un peu plus notre exploration, nous approchons du centre-ville… et du monde qui va avec… C’est là que le festival de Cannes commence ! Mingalaba alias bonjour par-ci, mingalaba alias bonjour par-là ! Outre le fait que je trouve la ville colorée, vivante, arborée, cool, … je suis rapidement conforté dans mon choix d’être venu ici grâce à la gentillesse des gens du coin qui nous éclabousse au visage ! Là, quelques hommes en train de charger des sacs de riz dans une épave de camion ; là, des femmes en train de vendre quelques fruits sur une toile à même le sol ; là, des enfants jouant dans la poussière avec un bâton et un vieux pneu de vélo, … Point commun ? Ils stoppent tous leurs activités pour profiter de l’événement interplanétaire ayant lieu à Pakkoku aujourd’hui : Le groupe de rock « Franky family » est en train de défiler dans leurs rues ! Certains sonnent même le rappel dans les maisons et magasins pour être sûrs que personne ne loupe ça...













Si bien que dans la rue, autour de nous, ça devient vite une pagaille extraordinaire, même si c’est un euphémisme de dire ça lorsqu’on se trouve en Birmanie… Ici, un attroupement de gentils « moqueurs » se forme pour assister à ma séance d’essayage de longgys dans le marché couvert… Là, idem lorsqu’une femme barbouille le visage d’Anna et Sasha de tanaka… On nous fait goûter des fruits, des pâtisseries, des insectes grillés, … Bien sûr, tu te doutes bien que les gens d’ici ont un niveau d’anglais aussi élevé que notre niveau de birman... L’écriture des dialogues est donc aussi simple que pour un documentaire animalier. Qu’à cela ne tienne, ils sont largement compensés par le langage des zygomatiques ! Bref, tu l’as compris, pas de paysage grancanyonesque à Pakkoku, ça, on est d’accord… Ok, pas de construction toureiffeloise non plus… Et pourtant… Tu n’imagines pas ce que ça fait d’avoir l’impression d’être l’événement de la vie de chaque nouveau birman croisé ici… Comblé de bonheur… Je le suis… Comme un poney à quatre pattes sur un trampoline !









Si cela ne tenait qu’à moi, je poursuivrais bien mon bain de foule papal toute la journée. Mais mon ethnie familiale commence à réclamer son dû de nourriture… et de calme... Direction un petit resto conseillé par Miya Miya… Là aussi, même limitation dans les échanges. Pas de menu, ni même de photo des plats sur papier glacé… « La même chose que nos voisins s’il vous plait ! » Même ça, je ne pense pas qu’elle l’ait bien compris car elle nous apporte toute une multitude de plats : Des soupes, des nouilles, du poulet en sauce, du bœuf, du riz, du thé, … Le tout est succulent mais vu qu’il n’y a même plus de place sur la table, j’ai peur que la note soit salée… Sept euros pour nous quatre !!! J’en déduis donc que « la même chose que nos voisins s’il vous plait » doit vouloir dire « Je veux manger, en grande quantité et pour pas cher » en birman ! Et hop, une astuce en plus ! Merci Huggy les bons tuyaux !...









Après ça, l’objectif de l’après-midi, c’est quand même de visiter les visites qu’il y a à visiter à Pakkoku. Un petit tour à la pagode et un passage rapide dans une fabrique de tongs en pneus recyclés… Oui, ne fais pas ton ébahi déconcerté, je t’avais déjà prévenu qu’il y avait autant de visites à Pakkoku que de neurones dans la tête de ma sœur. Euuuh, j’aurais aussi pu choisir Nabilla ou Franck Ribery, mais ça n’aurait pas été assez représentatif… Bref, comme je m’y attendais, la pagode est… une pagode, rien à en dire de plus… Quant à la fabrique de tongs, elle est… loin… On marche, on marche, … interrompus dans notre effort de nombreuses fois pour poser de nouvelles fois pour les paparazzis… On marche, on marche, … interrompus dans notre effort par un moine bouddhiste qui s’adresse à moi en anglais… Aaaah, ça fait plaisir !... Ce qui fait surtout plaisir, c’est qu’après avoir sympathisé, visité ensemble la fabrique et discuté de la Birmanie, de la France, de religion, de politique, de Bouddha, de foot, de la vie en général pendant une demi-heure avec lui, il nous propose de nous faire entrer dans le monastère dans lequel il vit pour une visite privée… « Nom d’un paquet de biscuits secs, je veux mon n’veu ! »

Et puis une petite visite d’un quart d’heure ne va pas bouleverser notre programme, n’est-ce pas ?!?... Tic tac tic tac tic tac… Deux heures plus tard, nous sommes toujours là, en train de peaufiner notre culture bouddhiste auprès de tous les moines du monastère… Sais-tu par exemple quels sont les dix commandements des moines bouddhistes ?... Non ?... Allez, sers-toi, c’est gratuit : Avoir un grand cœur, suivre le code de discipline monastique, être en bonne santé, savoir s’habiller, être propre, être intelligent dans son comportement, marcher sereinement, parler de manière censée, être assidu au travail, obéir aux règles. C’est marrant, il n’est même pas obligatoire de croire en Bouddha !… Aussi, peut-être te poses-tu la question de savoir pourquoi il y a autant de pagodes toutes aussi belles que luxueuses en Birmanie, alors que le niveau de vie des birmans est si bas ? Oui ? Ben ça tombe bien car j’ai posé la question de ta part… En fait, lorsque les gens ont quelques économies, la fièvre acheteuse s’empare d’eux et ils ne peuvent résister au tout nouvel écran plat quarante-neuf pouces 4K 3D, son dolby surround… Non, bien sûr, tu as compris qu’ils veulent aussitôt faire plaisir à leur Bouddha chéri en lui construisant une pagode. Une sorte d’assurance pour leur vie future… Au final, un birman consacre environ vingt pour cent de ses revenus à l’entretien et à la construction de ces monuments sacrés… Hallucinant, non ?... Bref, un moment d’échange vraiment sympa… Un de plus, qui se conclut bien évidemment par la petite séance photos traditionnelle...







Allez, la nuit est tombée, il est l’heure de regagner nos pénates, surtout que Miya Miya, alias la Maïté birmane, nous a préparé pour ce soir un repas traditionnel birman. Pour commencer, du riz blanc et un petit bout d’omelette… « Aaaaaah, ces amuse-bouche m’ont mis en appétit ! Amenez-moi les poulardes, les veaux, les rôtis, les saucisses ! Où sont les fèves, les pâtés de cerf et les cygnes bien poivrés qu’on ripaille à plein ventre ? Et qu’on m’apporte du vin pour que je pisse à foison !!! » Ah ben non, en fait, il n’y avait que du riz blanc et de l’omelette en guise de repas traditionnel… A y réfléchir, elle a certainement voulu nous montrer ce qu’était réellement un vrai repas traditionnel birman… Mais ce n’est pas comme ça que la pauvre Miya Miya va remonter sa cote auprès de Sandrine… Bref, j’en ai assez dit pour aujourd’hui. Moi, je vais me coucher dans mes draps de soie immaculés… Je te laisse contempler mes photos du jour, en attendant celles de demain. De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 6 (19 février 2015) - La huitième merveille du monde

Et ben alors, qu’est-ce qui s’passe ? Le p’tit bouchon a un coup d’bourdon ?... Rassure-toi, j’ai ce qu’il te faut en magasin ! Le docteur Louis de Funès va te faire une ordonnance pour une bonne dose de ma nouvelle journée de vadrouille ! En plus, si tout se passe comme l’organisateur en chef l’a prévu, cette cuvée devrait être un bon cru… Car aujourd’hui, 19 février 2015, c’est la date entourée, stabylotée, surlignée depuis de loooongs mois dans mon petit agenda cartonné. Aujourd’hui, 19 février 2015, c’est le jour tant espéré de notre arrivée à Bagan !... Comment ?... Tu n’as jamais entendu parler de Bagan ?... Bon, je ne vais pas te fouetter avec mes chaussettes sales pour ça ; Bagan fait partie de ces sites que tu as pour sûr déjà vus sur Arte ou dans une vieille encyclopédie poussiéreuse chez mémé sans réellement savoir où ça se situait, ni même comment ça s’appelait. Et quand tu vas voir mes photos, tu vas te dire « A mais oui, mais c’est bien sûr !!! » Moi aussi, quand j’étais jeune, au siècle dernier, je suis tombé sur une photo de ce site. Et à l’époque, après m’être assuré que ce n’était pas un photomontage, je me suis fait la promesse solennelle, juré craché, si j’mens, j’vais au Parc des Princes, de venir voir ça de mes propres yeux rougis d’émotion. Donc depuis, un compte à rebours égraine inexorablement les secondes pour nous amener à la date fatidique… C’est ça, tu as tout compris : « Au 19 février 2015 ! » C’est bien, je vois que tu suis...

Mais ne vendons pas la peau de la charrue avant les bœufs !… Nous sommes encore à Pakkoku et mon p’tit doigt me dit qu’il va bien nous arriver encore une ou deux bricoles à te raconter avant d’arriver à Bagan… Bon, je ne vais pas m’appesantir très longtemps sur le p’tit déj’ de Miya Miya façon programme Weight Watchers éthiopien... Ensuite, je ne vais pas t’expliquer non plus que notre énième traversée de la ville a de nouveau déclenché un mouvement de foule... Par contre, je vais bien prendre mon temps pour rendre hommage à notre super héros du jour, j’ai nommé le vieux monsieur avec son vélo rouillé à qui on demande notre chemin pour trouver notre arrêt de bus. Comme l’idée que ses indications ne nous permettent pas de trouver l’arrêt lui est totalement insoutenable, le vieux monsieur avec son vélo rouillé décide de nous emmener en personne jusqu’à destination. Et c’est pas fini ! Comme l’arrêt de bus est situé à quelques centaines de mètres et qu’il considère que ça fait beaucoup trop de marche pour une fillette de cinq ans, le vieux monsieur avec son vélo rouillé fait monter Sasha sur son porte-bagages pour lui éviter toute fatigue… Et c’est pas fini ! Comme il vient de toucher sa paie mensuelle et que notre route passe devant une petite échoppe de rue, le vieux monsieur avec son vélo rouillé décide de s’y arrêter pour acheter quelques friandises à nos deux blondinettes… Et c’est pas fini ! Comme notre bus n’arrive que dans une petite demi-heure et qu’il veut s’assurer qu’on montera dans le bon, le vieux monsieur avec son vélo rouillé décide de nous tenir compagnie même s’il ne met pas un mot d’anglais devant l’autre… Et c’est pas fini ! Comme notre bus vient d’arriver et que les birmans ont facilement le mal des transports, une des femmes déjà à bord se penche à l’extérieur pour vomir son petit déjeuner du jour sur… la tête du vieux monsieur avec son vélo rouillé… Euuuh, là, c’est fini… Sans avoir pu remercier notre nouvel ami pour son immense gentillesse, je suis tout désolé de voir s’éloigner le vieux monsieur avec son vélo rouillé, tout couillon, un mélange de lait caillé et de grains de riz à moitié digérés lui coulant encore derrière les oreilles… « Ô toi, de là-bas, en Birmanie, si tu reconnais ta trombine sur la photo ci-dessous, sache que je ne t’oublierai pas, Ô toi, le vieux monsieur avec son vélo rouillé ! »



Allez, montons dans notre… Euuuh, non mais attends, c’est quoi ce bidule ?... Tu n’vas pas me dire que tu appelles ça un bus ?... Si ???... Mais personne ne peut faire rouler un engin pareil, c’est pas possible ! Bon, peut-être David Copperfield, et encore… Ce… bus est l’arrière arrière-grand-père de celui qu’on a pris hier, si tu vois ce que j’veux dire... Genre carrosserie en bois, vitres inexistantes et sièges défoncés… Et puis pour t’aider à monter, inutile de compter sur la présence d’un marchepied ! Même pas en rêve !... Allez, nous nous installons confortablement dans notre carrosse, là où subsistent les seules places de libres, c’est-à-dire sur la banquette arrière… Mais pourquoi donc ces places sont-elles libres alors que le bus est aussi plein que toi lors du mariage de ton cousin Bernard… Aïe… Je crois comprendre… Nous ne sommes pas les seuls à monter à Pakkoku. Nous allons en effet être contraints de partager notre banquette avec cages, balles de foin et autres sacs de riz qui avaient visiblement déjà réservé leurs places bien avant nous ! Ça serait moins marrant sans cette petite touche d’inconfort et d’exotisme… En tout cas, les filles adorent ! Par contre, moi, j’adore beaucoup moins ce que nous sommes en train de faire lorsque notre convoi commence à s’élancer… Selon une étude Ipsos-Sofres, il paraîtrait que chaque être humain passe en moyenne deux mois de sa vie à chercher les choses qu’il a perdues. Et bien là, je t’annonce que nous sommes en train de consommer ce capital car ça fait un quart d’heure que nous cherchons… nos passeports ! Dans nos sacs à dos, dans le fourre-tout de Sandrine, dans nos poches, dans les miroirs chinois, dans le bleu des photos, dans le regard d'un chat, dans les ailes d'un oiseau, dans la force d'un arbre, dans la couleur de l'eau, je te chercherai !!!… Mais malheureusement, même avec l’aide de Jean-Pierre François, on ne leur remet pas la main dessus ! Il faut se rendre à l’évidence, ils sont restés à quai chez Miya Miya !!!





Tous les cris, les SOS ne vont pas nous les ramener… Et de toute manière, il est inutile d’alerter la terre entière pour ça ! Car en voyant notre embarras et nous entendant prononcer les termes de « passeports » et « Miya Miya », un birman nous fait signe de ne pas nous tracasser plus que ça… Ni une, ni deux, il se jette sur le chauffeur et lui glisse deux ou trois mots doux dans le creux de l’oreille qui font leur petit effet puisque ce dernier stoppe illico presto son tacot pour que notre type puisse en descendre précipitamment… Aussitôt fait, David Copperdield remet les gaz de plus bel… Fin de l’histoire…On n’entendit plus jamais parler de ce type qui s’en est certainement mis plein les poches en revendant nos quatre passeports... Il a à coup sûr partagé le butin avec Miya Miya et coulent maintenant des jours heureux tous les deux sur une île paradisiaque à se faire l’amour goulument sur une plage déserte sous les cocotiers… Oh hé, attends un peu, là ! Ton imagination débordante et indécente te tient à des années-lumière de la réalité. Premièrement, je te rappelle que Miya Miya approche des quatre-vingt ans… Et secondement, je t’ai déjà dit que nous étions dans un pays où les gens sont sympas !... Alors qu’on ne sait trop quoi penser au fond de notre bus, qui voit-on sur le bord de la route, quinze minutes plus tard à la sortie de la ville, arborant fièrement nos passeports ?... Notre David Copperfield à nous, c’est lui !... Ça, c’est quand même fort de café noir !… Le reste du trajet est plus zen. Entre discussions avec des birmans sympas qui nous offrent bouteilles d’eau et fruits, et escalade sur les sacs de riz…, c’est rapidement que notre bus nous parachute à la gare routière de Bagan...

L’endroit étant le site touristique le plus fréquenté de Birmanie, tu t’imagines certainement une gare routière blindée de monde ?... C’est ce que j’aurais cru aussi… Sauf que nous sommes les seuls à descendre du bus et qu’il n’y a personne d’autre dans cette gare… Personne à part nous… et un unique chauffeur de taxi qui nous a flairés de loin. Nous nous retrouvons alors en plein tournage d’un documentaire animalier. Il est le lion à l’heure du repas, nous sommes quatre pauvres antilopes sans défense… D’un pas lent, pour ne pas nous effaroucher, il tente une approche… Méfiant mais pas apeurés, nous le laissons faire tout en l’observant du coin de l’œil… C’est le moment qu’il choisit alors pour nous porter sa première estocade : « Onze mille kyats pour vous emmener à votre hôtel à Nyaung U !... - Onze mille ??? Onze comme dans « Onze fait arnaquer ? » Lui, je crois qu’il me prend pour une ménagère de moins de cinquante ans adepte des feux de l’amour… : « Cinq mille et c’est déjà grandement payé ! - Non, onze ! C’est le tarif officiel validé par l’état, Bouddha et Barack Obama ! - Non, mais tu rigoles ou quoi ? Onze mille, c’est le tarif officiel d’un aller-retour Paris - Yangon !!! Ok pour six mille et c’est bien parce que je suis tout proche de visiter Bagan et que j’ai une banane greffée au milieu du visage depuis ce matin… - Onze mille, c’est justement le prix pour ne pas visiter que la gare routière de Bagan… » Le truc est vieux comme le monde ! Y’a pas moyen que je me fasse avoir comme un schtroumpf… Comme un bleu, quoi ! Sauf qu’après l’avoir snobé pendant un quart d’heure d’attente où rien ne bouge dans cette foutue gare routière, je dois me rendre à l’évidence… Mon orgueil entre les jambes, je dois retourner vers notre chauffeur de taxi qui est, j’en suis sûr, en train de prévenir tous ces potes sur sa cibie qu’il ne faut surtout pas qu’il y en ait un qui se pointe à la gare routière jusqu’à ce que ceux qui ont des fronts sur lesquels on peut lire « touriste » soient en cage… Ou « pigeon », ça marche aussi... « Les mains plaquées face au mur ! Et on écarte les jambes ! » Bon, et bien je n’ai plus rien d’autre à faire que de serrer les dents, penser à autre chose et attendre que ça passe… « Combien tu as dit, déjà ? Dix mille ?... - Non, onze mille ! - Bon ben ok…»

Dans le genre arnaque, j’en ai une autre à te présenter, officielle cette fois-ci ! On doit en effet s’acquitter de la modique somme de vingt-et-un mille kyats par personne comme droit d’entrée, soit le salaire moyen mensuel local !!!… Et c’est pour qui tous ces soussous ?... Pour les membres du gripsou gouvernement, bien sûr ! Mais bon, au prétexte d’alimenter les caisses de la dictature, je ne me verrais pas venir en Birmanie sans venir voir la belle Bagan. Ce serait un peu comme un voyage sans ma femme… Non ! J’ai mieux ! Ma femme sans carte bleue ! Et oui, purement et simplement inconcevable ! En parlant de ma femme, … Mais que se passe-t-il ? Son visage ! Mais… Mais qu’est-ce que c’est que ça ??? Son visage…, il se transforme !... Encore marqué par l’expérience Miya Miya, je le vois dans un premier temps s’éclaircir pour maintenant irradier de bonheur lorsqu’elle comprend dans quel hôtel le taxi nous dépose… Regarde-la, elle est contente ! Regarde-la, elle glousse comme une poule… Regarde-la, dans deux minutes, elle va nous pondre un œuf ! Tout ça parce qu’elle vient de réaliser que pour varier les plaisirs comme on change de position, j’avais réservé un palace pour nos trois nuits à Bagan : Le Zfreeti ! Pour elle, Miya Miya n’est déjà plus qu’un lointain souvenir...



Visite de l’hôtel, visite de la chambre, visite de la salle de bain, visite de la piscine, … Ma foi, le contraste avec nos habitudes hôtelières me pique un peu les yeux, mais ce surplus de confort pour les trois nuits à venir ne devrait pas trop me gêner. Du high level !... Mais rassure-toi, je ne suis pas venu jusqu’ici pour un hôtel. Maintenant que l’œuf est pondu, go to Bagan et ses pagodes ! Go to Bagan, un mythe, un rêve… et maintenant, une réalité !... Pour visiter ce site de plus de quarante kilomètres carré, il faut savoir qu’il y a toujours eu match entre trois possibilités : Jambes, vélos ou carrioles tirées par des chevaux... Oui, mais ça, c’était avant ! Car désormais, un quatrième larron met tout le monde d’accord ! Les E-bikes. Non, ce ne sont pas des vélos avec connexion internet ! Si je devais te faire une description, disons que je te dirais que cet engin made in China se situe entre la 103 SP avec pot d’échappement Porrini de ta jeunesse, et le vélo électrique qui équipe maintenant presque tous les coureurs du Tour de France... Et il y a des locations de ces E-bikes partout, même juste en face de notre hôtel ! Après une négociation à trente-quatre mille kyats les deux mobylettes pour trois jours, petit détour au Weather’s spoon pour un très bon repas, et c’est enfin parti pour l’aventure !

Premier objectif, la pagode Htilominlo ! Pour y parvenir, on pénètre enfin dans cette fameuse et immense plaine très fertile en temples puisqu’il en pousse ici comme des champignons. J’en ai entendu certains prétendre qu’il y en avait quatre mille. J’ai lu dans un guide qui en avait compté deux mille cinq cents. Et je me rappelle que Stéphane Rothenberg a dit dans Pékin Express qu’il y en avait trois mille. Donc moi, pas bête, je fais la moyenne des trois pour t’annoncer officiellement qu’il y en a trois mille cent soixante-six ! Ce sur quoi tout le monde est d’accord, c’est qu’il y en avait apparemment douze mille au treizième siècle. Soit environ un temple édifié tous les trois mois entre le onzième et le treizième siècle. On peut en voir des grands, des petits, des en briques, des en jesaispasquoi, des rouges, des blancs, des beaux, des moches, des bien entretenus, des en ruine, des tumontesdessus, des tapasledroitdemonterdessus, des pagodes, des stupas, … Différence entre une pagode et un stupa ? La pagode, on peut entrer à l'intérieur, alors que le stupa est plein, un peu comme toi lors du mariage de ta cousine Simone... Ben décidément… Bref, je poursuis… Certains sont regroupés, d’autres sont isolés, il y en a qui ont un nom officiel, d’autres pas, … On en trouve d’influence bouddhiste mahayana et d’autres, bouddhiste theravada. Bon, là, je dois t’avouer que Wikipapa a du mal à saisir la différence entre ces deux mouvances religieuses. Exceptionnellement, je te renvois vers Wikipédia car j’ai peur d’écrire des bêtises, que des bêtises quand t’es pas là… En tout cas, ce dont je suis sûr et qui pourra certainement te servir lors d’une conversation pour te la péter à la machine à café du boulot, c’est que c’est le moine Shin Arahan qui est venu convertir de l’indouisme au bouddhisme le roi Bamar Anawrahta qui régnait dans la région il y a presque mille ans. Et a priori, il a plutôt bien rempli sa mission puisque le roi en question commissionna aussitôt ses meilleurs architectes pour qu’ils lui construisent une flopée de temples à la hauteur de Bouddha. Et ainsi naquit Bagan… Et pourquoi en construire autant ? Outre le fait de témoigner à Bouddha toute sa gratitude et sa dévotion, ce même roi rapporta de ses campagnes militaires de nombreuses reliques du saint homme. Des morceaux d’os, des cheveux, des dents, des tissus qu’il aurait soi-disant portés, … Et à l’époque, sur le marché noir, ça valait de l’or ! Donc quoi de mieux que des stupas hermétiques pour mettre à l’abri tous ces trésors ? Bref, tu l’as compris, il y a de quoi s’occuper à Bagan. Et je dirais même plus, il y a de quoi s’émerveiller à Bagan durant les trois jours qui viennent ! Donc on s’y met tout de suite si on veut tout voir !



Et c’est en bonne voie puisqu’il ne nous reste plus que trois mille cent soixante-cinq pagodes à découvrir, vu qu’après une demi-heure de contemplation le nez en l’air et les pieds nus, nos quatre trombines ressortent du Htilominlo… La partie de découverte peut donc continuer ! Partie de découverte, je ne sais pas… Partie de mille bornes, ça c’est sûr ! Car après seulement un tour dans la partie, un adversaire me coupe dans mon élan en me refilant une carte « Crevaison » ! De retour auprès de nos pétrolettes, je constate en effet que la mienne a tenté d’en finir en se taillant profondément les veines au niveau de son pneu arrière… La tuile !... Mais rassure-toi, comme je te l’ai déjà dit tout à l’heure, nous nous trouvons dans un pays où les gens sont sympas… Me voyant moi-même au bord du suicide, un type qu’on va appeler Lucky Luke, dégaine aussi vite que son ombre son téléphone portable afin de contacter notre agence de location… « Veuillez patienter, un réparateur va prendre votre appel… » Bon, après deux ou trois mots échangés, il m’annonce un temps d’attente de seulement dix minutes avant que le sauveur de notre agence de location ne vienne, tel un chevalier blanc, une chambre à air neuve sous le bras...













Je t’attends, je t’attends, je t’attends, je t’attends, tout le temps, tout le temps, tout le temps, chaque instant, je t’attends, je t’attends, je t’attends, depuis troooop longtemps… J’imagine que mon chevalier blanc a trouvé une autre princesse avec un peu plus de poitrine que moi à secourir, car après une heure d’attente, je suis toujours emprisonné dans le donjon du Htilominlo… Mais rassure-toi, comme je te le rabâche à chaque fois que tu te fais du soucis pour moi, nous nous trouvons dans un pays où les gens sont sympas… Me voyant encore une fois au bord du suicide, un type qu’on va appeler Lucky Luke 2, dégaine aussi vite que son ombre son téléphone portable afin de contacter notre agence de location…« Veuillez patienter, un réparateur va prendre votre appel… » Bon après deux ou trois mots échangés, il m’annonce un temps d’attente de seulement dix minutes avant que le sauveur de notre agence de location ne vienne, tel un chevalier blanc, une chambre à air neuve sous le bras… « Et la truite saumonée, elle met l’camembert dans l’papier d’alu, c’est ça ?!? »

Sauf que dix minutes plus tard, qui vois-je enfin arriver tel un chevalier blanc sur son fidèle destrier ?... Je n’y crois pas, c’est merveilleux ! C’est bel et bien le sauveur de notre agence de location… : « Ah oui, effectivement, votre pneu est bien crevé… Ne bougez surtout pas, j’appelle mon collègue à l’agence de location pour qu’il vous apporte rapidement une chambre à air neuve sous le bras !... » Non mais pince-mi et pince-moi, là !!! On est en plein tournage de « Y a-t-il un pilote dans l’agence » ou quoi ?

Bien évidemment, ce n’est qu’une grosse demi-heure d’attente plus tard que son collègue arrive, non pas avec une chambre à air neuve sous le bras, mais avec une nouvelle monture ! Du coup, avec toutes ces péripéties, arrive ce qui devait arriver : Le jour d’aujourd’hui commence à s’éteindre avec le soleil... Sauf qu’il ne reviendra malheureusement pas avec lui demain et que je peux donc dire adieu à mon espoir de boucler l’intégralité des pagodes de Bagan !... Pour aujourd’hui, il nous reste tout juste le temps d’aller assister au coucher du soleil du haut d’une pagode choisie un peu à la va-vite… Ce sera la Shweleik-Too où une vingtaine d’irréductibles a déjà pris place...

Bon, après une après-midi aussi galère que celle-ci, tu ne peux pas envisager un seul instant que toute cette histoire puisse se terminer en apothéose avec un coucher du soleil exceptionnellement rougeoyant sur ces milliers de pagodes, comme la plaine de Bagan sait en offrir… Et bien non, tu as bien raison de ne pas l’envisager… Car le seul nuage au monde a tranché. Bien que son père ne soit pas vitrier, il décide malgré tout de se positionner au premier rang, devant nous, pour assister, tout seul, égoïstement, au coucher de notre soleil...







Pfffff… Allez, on rentre au bercail… Et vu comme c’est parti, je m’attends… je n’sais pas, moi… à trouver notre chambre dévastée par un incendie, à constater qu’ils ont vidé la piscine, que le PSG a battu l’OM, … Que pourrait-il m’arriver d’autre ?... « Euh, quelqu’un pourrait-il me dire pourquoi mon E-bike, qu’on vient, pour la petite histoire, de me changer il y a à peine une heure, est en train de ralentir alors que j’accélère à donf sur les manettes ? » Noooooon !!! Ne me dis pas qu’ils ont oublié de recharger la batterie !?!... Ne me dis pas que je vais devoir pédaler comme un forcené pour ramener ma mobylette jusqu’à l’agence de location !?!... Si ?... En arrivant, trempé comme une soupe aux poireaux, je n’ai même plus la force de cracher tout le venin de ma colère sur le gars de l’agence de location, coupable d’avoir mis deux heures pour me changer ma première monture, de ne pas avoir rechargé la batterie de ma seconde, et qui, pour couronner le tout, s’est arranger pour me caler un nuage devant mon coucher du soleil… Faut dire qu’en me voyant arriver en pédalant, il se complaint en excuses, m’offrant même sa fille en mariage en compensation… « Non, merci, j’ai déjà explosé mon quota de chiantes à la maison !!! »

Sur ce, un plongeon rafraîchissant dans la piscine, un petit repas bof bof au Black Bamboo et s’en est terminé pour cette journée. Du coup, demain, j’ai hâte, ce sera notre premier vrai jour de visite à Bagan ! Oui, oui, c’est promis, demain, on visitera vraiment Bagan. De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 7 (20 février) - Show must go on

Des gens heureux de voyager, tu peux me croire sur parole, j’en ai rencontrés des tonnes ! Mais des comme moi, jamais d’la vie !!!... Premièrement, je suis en Asie et c’est déjà pas mal… Mais attends, il y a bien évidemment un deuxièmement ! Ben oui, l’Asie a beaucoup, beaucoup, beaucoup à partager… Angkor, la grande muraille, Borobudur, le Taj Mahal, le Potala, ... Et comme un enfant timide, l’Asie a aussi conservé secrètement un autre de ses trésors dans une boîte à chaussures… Boîte à chaussures que je m’apprête à entrouvrir, trésor que je m’apprête à embrasser… Mot de cinq lettres propice aux rêves, prémisse d’histoire à inventer, sonnant comme une invitation à la découverte, Bagan est cet illustre trésor jusqu’à présent caché. Un diamant brut, une perle, une pépite... Un mot magique qui ouvre la porte à la poésie, à l’aventure, à l’évasion, à l’ailleurs, à d’innombrables merveilles et moments intenses de contemplation. Pour moi, aujourd’hui, Bagan prend chair, Bagan se touche, Bagan s’incarne, Bagan passe des yeux fermés aux yeux ouverts, de la boîte à chaussures de l’enfant timide aux chemins poussiéreux à parcourir... Le rêve devient réalité, le fantasme devient voyage, l’aventure peut se laisser aller et s’offrir à nous...

Ah, c’est beau ! Sauf que je viens d’écrire ces quelques lignes, non pas en fascination béate devant les pagodes de Bagan, mais bel et bien le joufflu posé sur le rebord de la baignoire de la salle de bain, en attendant que ma femme daigne enfin éclairer ma journée en ouvrant ses grands yeux bleus… Ben oui, ce matin, couillon comme je suis, j’ai accordé une grasse-mat’ à Sandrine jusqu’à huit heures, l’autorisant à infuser jusqu’à plus soif dans ses draps soyeux suintant la Soupline. Sauf que là, il n’est que sept heures et que moi, je suis déjà excité comme une jeune pucelle en rut à l’idée de savoir Bagan à quelques encablures sans même pouvoir l’effleurer de la rétine… « Alors ? Réveille ou réveille pas ? » Bon, si toi aussi, tu es un jour confronté à ce dilemme cornélien entre assouvir ton besoin primaire de vadrouille et conserver intacte l’espérance de vie de ton couple, écoute un peu ma recette magique permettant de concilier les deux… : Recouche-toi comme si de rien n’était auprès de ta belle en la prenant délicatement dans tes bras. Faire semblant de ronfler peut faire encore plus crédible, mais alors pas trop fort pour ne pas casser le mythe… Ça, c’est pour la partie sauvegarde matrimoniale… Avant ça, n’oublie surtout pas de subtiliser discrètement le téléphone de ta moitié pour avancer l’heure de l’horloge de trois-quarts d’heure. Bien évidemment, c’est sur ce même téléphone qu’elle a programmé l’heure du réveil… Là, tu n’as plus qu’à attendre sagement que ce réveil fasse son job, c’est-à-dire sonner l’alerte trois-quarts d’heure en avance… Dring dring… Elle saisit le réveil, constate qu’il est bien l’heure de se lever, te regarde les yeux dégoulinants de reconnaissance pour cette grasse matinée que tu as bien voulu lui octroyée, t’embrasse langoureusement, et part à la douche… Il ne te reste alors plus qu’à saisir de nouveau le téléphone pour le remettre à l’heure normale, et le tour est joué !… Si tu respectes à la lettre ces consignes, elle n’y verra que du feu… En tout cas, ma Sandrine, elle, n’y a vu que du feu… Donc ne lui divulgue surtout pas cette confidence, j’ai bien évidemment l’intention de me resservir de cette technique infaillible lors d’une prochaine vadrouille !

Tout ça pour te dire que nous chevauchons maintenant nos mobylettes, trois-quarts d’heure en avance sur l’horaire prévu, fins prêts pour aller piquer des pointes de malade à trente kilomètres heure, les cheveux au vent, et Dalida à fond dans les écoutilles en train de nous chanter « Pagodes, pagodes, pagodes… ! » Et justement, la première pagode sur ma liste au Père Noël est la Thabeik Hmauk… Pas de bol, une fois sur place, on s’aperçoit qu’on est à la pagode Buledi… Faut dire qu’il n’est pas aisé de se repérer dans cet encrémélage de chemins et que le nom des pagodes ne clignotent pas sur panneaux géants pour qu’on les reconnaisse de loin… Mais le bazar fait bien les choses car je te conseille la visite de cette Buledi sur laquelle il est possible de monter et d’où la vue sur des centaines d’autres congénères vaut son pesant de riz cantonais… De là-haut, si tu tends l’index dans n’importe quelle direction, quelle qu’elle soit, il y aura forcément une pagode au bout pour te faire de l’œil ! Du coup, on en profite pour repérer d’ici l’itinéraire à suivre pour aller rendre visite aux pagodes qui ont eu la chance de voir leur nom figurer sur mon programme du jour : Sulamani, Thabeik Hmauk, Shwesandaw, Dhammayongyi, et plein d'autres encore que je ne vais pas lister ici sous peine de te refiler une indigestion de pagodes dès la première matinée, sauf si tu insistes...









Là, je suis sûr que tu te demandes si ces pagodes ne se ressemblent pas toutes et si ce n’est pas un tantinet rébarbatif, n’est-ce pas ? Et bien non ! Même si la majorité des pagodes sont en briques rouges, elles ont toutes leur style, surtout à l’intérieur… Seul dénominateur commun, on y trouve dans chacune d’elles des statues de Bouddha, et encore des statues de Bouddha, et encore des statues de Bouddha, devant lesquelles les fidèles viennent se prosterner… A toi, enfant de la télé et de la pub, tu te rappelles certainement de cette campagne de publicité de la fin des années quatre-vingts dans laquelle on vantait les bienfaits de Bouddha… « Le Bouddha, c’est sympa, c’est nature toute la journée, et le soir c’est plein d’idées… Sandwich au Bouddha, salade au Bouddha, … Bouddha croc, Bouddha quiche ! Le Bouddha, c’est sympa ! » Et bien tu ne t’en étais peut-être pas rendu compte à l’époque, mais cette pub parlait de Bagan ! Car ici, du Bouddha, tu peux en manger à toutes les sauces !!! Bouddhas allongés, Bouddhas assis, Bouddhas debout, Bouddhas qui sourient, Bouddha qui dort, Bouddhas qui tirent la tronche, ...



Bref, on passe comme ça toute la matinée à enchaîner les visites comme des perles… Dit autrement, je retire mes tongs, je remets mes tongs, je retire mes tong, je remets mes tongs, je retire mes tongs, je remets mes tongs, … La tong, party tong ! Car comme tu le sais certainement, la visite des pagodes doit obligatoirement se faire les pieds à poil. Si bien que nous arrivons à l’heure du déjeuner, les pieds aussi sales qu'un préservatif utilisés plusieurs fois... Déjeuner que nous allons prendre dans la petite ville d’Old Bagan. Il faut savoir que l'ensemble des temples du site de Bagan est inscrit dans un triangle formé par les villes de Nyaung U au Nord, précisément là où nous logeons, Old Bagan située à l'ouest et New Bagan plus au sud. Si tu as tout suivi, à l’heure où je te parle, nous sommes donc à l’ouest. Et je suis vraiment à l’ouest lorsque je décide de laisser le Lonely Planet nous sélectionner un resto… Quel inconscient que je suis ! Laisser un guide choisir à sa place un restaurant, n’importe quoi… Ce n’est pas dans mon habitude de faire de la pub gratuitement à un établissement, mais je vais quand même te faire une description détaillée du Sarabha III. En effet, si tu veux perdre du poids en te choppant une bonne tourista, alias la déclichette des vadrouilleurs, autant venir manger ici plutôt que d’aller relécher la barre de pole dance dans le métro parisien… La crasse ? Il l’a ! L’odeur de décomposition ? Il l’a ! La nourriture qui renifle à plein nez la dragée Fuca ? Il l’a ! Et les mouches plus nombreuses que les clients ? Oui, oui, il les a aussi ! Voilà pour le descriptif aguichant que tu peux maintenant lire dans le Franky Planet à propos du Sarabha III !









Allez, on reprend le cours normal de notre émission consacrée aux balades au gré du vent à dos d’engins démoniaques… Après exposition, plutôt qu’ « au gré du vent », je dirais plutôt « au gré du soleil », car ici, maintenant, c’est très très hot ! Pire que dans une boîte à strip-tease… Dans cette fournaise, je retiens tout particulièrement l’immense pagode Ananda où le visage de la statue de Bouddha change selon la distance. De loin, il sourit ; de près, il tire la tronche. Tout l’inverse de ma Sandrine, toute triste ce matin lorsque le réveil a sonné, et toute souriante lorsqu’elle m’a vu, encore endormi à ses côtés… Aussi, pour la première fois du voyage, nous sommes confrontés à des marchands birmans ayant fait un BTS « Techniques de ventes » en alternance. Pour écouler leur stock de produits en laque, ils amorcent dans un premier temps nos filles à coups de petits cadeaux pas chers pour ferrer dans la foulée un plus gros poisson, les parents, en s’adressant à eux en français… Bien évidemment, ils connaissent tous un cousin ou une grande tante qui habite pas très loin de chez toi… Ils adorent tous la France et les français… Ils trouvent tous nos filles magnifiques… Sauf que les gars, ils ne savent pas que leurs techniques du Jedi, je les ai apprises en maternelle grande section : « Vos produits me tentent, ils sont vraiment magnifiques ! Quelle finesse ! Oh, mais j’avais oublié que nous sommes en plein tour du monde d’un an, et que nous ne pouvons malheureusement pas nous charger… Oh, je suis vraiment déçu ! Comme c’est dommage ! » Je fais ma tête de chien battu, Sandrine verse une larmichette, et l’affaire est dans le sac… « Un an ? Ah bon ? Je croyais qu’on n’était parti que pour trois semaines !!! » Merci Anna, tu seras privée de piscine pendant quinze jours !











En parlant de piscine, ne serait-il pas l’heure d’aller y lézarder, bien au frais, durant les moments les plus chauds de la journée ?… Bon, je ne vais pas rentrer dans une description détaillée des deux heures que nous passons à la piscine de l’hôtel… Baignade, sieste, baignade, bronzette, baignade, lecture, … Bref, que des trucs de filles… Que des trucs pas très intéressants pour moi, ni pour toi… Et après ça ?... Ben après ça, c’est reparti pour un tour ! Un tour de mobylette pour être précis, pour aller rendre visite à un pauvre troupeau de pagodes éloignées des sentiers battus… Et qui dit pagodes éloignées, dit aussi pagodes bouddhées… euh, pardon, boudées par les touristes ! Et bien nous, nous sommes venus leur remonter le moral ! Et pour la pagode Gubyankgyi, je dois te dire que nous ne regrettons pas ! Nous sommes reçus comme il se doit : Lumière tamisée, ambiance « seuls au monde », sentiment de découverte… Le problème, c’est qu’on profite tellement du lieu jusqu’à plus soif qu’on se met à la bourre pour notre jeu quotidien de fin d’après-midi, celui-là même qui consiste à trouver le meilleur emplacement pour le prochain coucher du soleil...









Faut dire qu’en passant de pagode en pagode durant la journée, j’ai préparé le terrain en faisant du rentre-dedans à la Shwesandaw pour qu’elle accepte dès le premier soir que je lui monte dessus. Le problème, c’est que la Shwesandaw est une fille qui cède très facilement aux avances des touristes. Car en arrivant sur place, je ne suis pas le seul sur le coup… La pagode fourmille de prétendants !!!... Alors ? To rester or not to rester ici ? On hésite, on tergiverse, on dit verge… Allez, comme ça ne se fait pas de dire ça dans un carnet de vadrouille, et bien on décide de se poser ici ! Oui, je sais, ça n’a rien à voir mais je n’avais pas d’autre raison valable à invoquer...

Une heure plus tard, il fait maintenant nuit noire et il est temps de rentrer à l’hôtel. Et c’est chose faite une demi-heure de motocross plus tard… Douche, resto en ville à l’Aroma II, et tout le monde au plumard ! Fin de la journée, tout le monde dehors, on met la clé sous la porte ! Bon, tu auras certainement remarqué que je ne me suis pas appesanti plus que ça sur le coucher du soleil… Maintenant que tu commences à me connaître, tu comprends certainement pourquoi… Je boude ! Pas très content du soleil qui a été très désagréable avec moi, une nouvelle fois… Mais bon, il paraît que dans ces cas-là, il faut tendre l’autre joue, aimer son prochain et tout l’tintouin… Donc moi, sans le connaître, j’aime déjà mon prochain… Mon prochain jour de vadrouille ! Et il aura lieu demain… Enfin, si Bouddha le veut bien ! De toute façon, demain est une autre aventure...



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KA Kawo Veteran ·
Salut Franck,

Quel plaisir de te relire, j'avoue que je n'y croyais plus [:P] J'ai toujours suivi avec beaucoup d'attention tes carnets, remplis d'humour mais aussi d'infos pertinentes.

A très vite
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Si ça te plait toujours autant, en voilà une autre... (sachant que tu as les photos "offertes" si tu vas sur mon blog sur lequel tu trouveras les mêmes textes)
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 8 (21 février) - 7°2 le matin Si tu fais comme cent pour cent des français et qu’il t’arrive donc de manger, n’aie pas peur, je ne vais pas te laisser sur ta faim… Hors de question pour moi de quitter Bagan avant d’avoir vécu le must ! Et ici, le must appartient à ceux qui se lèvent tôt ! A ceux qui ne craignent pas le froid matinal ! A ceux qui n’hésitent pas à enfourcher leur monture dans la nuit noire, dans la nuit noire et obscure, obscure et sombre, sans se cogner contre les murs… A ceux qui ont donc du courage pour braver les éléments afin d’aller assister au ballet gracieux des montgolfières qu’empruntent nos richissimes compères touristes prêts à se délester de trois cents malheureux billets verts pour surplomber une mer de pagodes au soleil levant… Entre trois cents dollars pour voir d’en haut des pagodes au lever du soleil, et zéro dollar pour voir d’en haut des pagodes au lever du soleil avec, pour le même prix, quelques montgolfières disséminées dans le ciel, mon cœur n’a pas balancé bien longtemps !... Pour ton info, le cœur de Sandrine n’a pas balancé non plus bien longtemps entre deux heures de sommeil au chaud dans un lit douillet et se cailler grave les bonbons sur un scooter à cinq heures du mat’… Bref, tout ça pour te dire que je serai en mode Lucky Luke, cowboy solitaire chevauchant son Jolly Jumper pour cette nouvelle aventure que je m’en vais te conter dès maintenant...

Faites votre choix, embrassez qui vous voudrez !... Première mission, se choisir un partenaire, alias un temple d’où on bénéficiera de la meilleure vue possible pour assister à la représentation du jour. Comme on ne change pas une équipe qui perd, j’ai une nouvelle fois jeté mon dos velu sur la pagode Shwesandaw ! Malheureusement, je m’aperçois une nouvelle fois rapidement que ce repas de Saint Valentin ne se passera pas en tête à tête entre le soleil et moi. En bas des escaliers, il y a déjà de la tong au mètre carré ! Et c’est de la tong made in China ! Vus la tête de leurs yeux bridés, j’ai même l’impression que quelques chinois ont passé la nuit sur place, de peur que leur réveil ne fonctionne pas ! D’ailleurs, je dois dire que je les trouve vraiment trop hyper super sympas, ces quelques chinois qui installent en première ligne tout leur matos high-tech sur trépied, avec déclencheur automatique, filtres et zooms à en faire rougir Rocco Siffredi… Pour obstruer à cinq la vue à des dizaines d’autres touristes, Ducros n’aurait pas pu mieux se décarcasser !… C’est fou, je connaissais les touristes japonais en mesure de te pourrir un point de vue en six cent vingt-huit photos souvenir… Je connaissais les touristes italiens, capables d’anéantir un doux moment de quiétude au beau milieu du désert… Je connaissais les touristes français, vieux de préférence, dont le passe-temps favoris en voyage est de critiquer tout ce qu’ils voient… Et bien voici les nouveaux riches chinois, sans gêne et persuadés que le monde et la pagode Shwesandaw leur appartiennent !

Allez, passons sous silence les bousculades, intimidations, regards noirs bridés et coups de coude bien placés pour arriver au moment fatidique : Le soleil s’élevant dans un ciel brumeux, rapidement imité par quelques montgolfières se laissant langoureusement porter au gré du vent dans un océan de pagodes… Devant autant de beauté, je m’empresse bien évidemment de tenter de prendre de magnifiques clichés du phénomène. Attends, … tenter ???... Non, réussir ! Et avec brio ! Non, « Brio » n’est pas le petit nom de mon nouveau copain chinois. Brio, ça veut dire que j’ai plus que réussi ! Que c’est la grosse cartonne ! La méga touch ! Le cliché ultime à en faire rougir Yann Arthus-Bertrand ! Non, sans déc, matte-moi ça ! Comme on dit, c’est open bar...













Je reste là, au stade figé de contemplation béate, profitant pendant de longues minutes de chaque détail, de chaque souffle de vent, de chaque gazouillis d’oiseau, de chaque cadeau confectionné conjointement par l’homme et dame nature… jusqu’à ce que le soleil ne me réchauffe la couche de saindoux, signe qu’il est malheureusement l’heure de quitter la salle de spectacles. Un regret ?… Bien sûr ! Le fait que mes filles et ma femme n’ait pas pu, ou plutôt voulu voir ça… Comme toi, elles devront se contenter des photos en prenant garde à ne pas trop baver sur l’écran de l’I-pad… A n’en pas douter, un des moments forts de cette journée, de cette vadrouille, … de cette vie !

Mais passons, on ne va pas faire la journée sur cette expérience, surtout que beaucoup de pagodes manquent encore à notre palmarès ! Pour ça, déjà, il me faut aller réveiller mes belles au bois dormant. Aussitôt dit, aussitôt fait… aussitôt déjeuné, aussitôt sur nos montures ! Au programme de ce matin, la zone est du site. Et le chemin le plus court pour relier un point A à un point B, c’est la ligne droite ! Donc nous, mâlins, en sortant de Nyaung-U, nous prenons le premier chemin à gauche… Sauf que le dicton ne dit pas que le chemin le plus court pour relier un point A à un point B est forcément en parfait état ! Car après trois cents mètres, la route se transforme en piste poussiéreuse. Et après trois cents autres mètres, la piste poussiéreuse se transforme en chemin caillouteux. Et après trois cents autres mètres, le chemin caillouteux se transforme en… un truc d’un mètre de large recouvert d’une couche épaisse de sable fin. As-tu déjà essayé de faire du vélo dans de la semoule ?... Non ? Et bien Jérôme Bonaldi est en train de tenter l’expérience pour toi ! Et comme à chaque apparition à l’écran de notre Jérôme national, c’est la caca, c’est la cata, c’est la catastrophe !... Comme le disent les anglais, « the gamelle of the siècle !!! » Heureusement, j’ai des réflexes qui me permettent de rester en vie et debout, laissant ma bécane s’exploser lamentablement dans une ornière… Bon, accessoirement, avec Anna, les fesses toujours vissées sur le porte-bagages… Les femmes et les enfants d’abord comme on dit !... Mais rassure-toi, aucun bleu à déplorer, ni pour ma fille, ni pour ma pétrolette ! Je m’en sors quand même avec une petite soufflante de qui tu sais… Soit-disant que j’emmène ma team dans des endroits dangereux, que je ne l’écoute pas et ne prends jamais en considération ce qu’elle a à me dire ou un truc comme ça… Vraiment n’importe quoi ! Mais bon, tu m’connais, je n’ai pas fais attention à ce qu’elle m’a dit...







Bref, cela ne nous empêche pas de reprendre notre chasse effrénée à la pagode cendrée. A ce propos, connais-tu la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur ? Le bon est celui qui va visiter le Tayok Pye Temple, le Tampawaddy Temple, … Mention spéciale pour notre petite chouchoute à nous, la Pyathada Paya du haut de laquelle on a une vue imprenable sur les trois mille et quelques autres pagodes !... Oui, tu l’as remarqué, je passe maintenant rapidement sur la description de chacune des pagodes que nous visitons. Car qu'est-ce qui est plus chiant que la description d’une pagode ? La description de la pagode qu’on visite en quarante-huitième position ! C’est pourquoi, pour varier les plaisirs, on se dit qu’on visiterait bien le petit village de Minnanthu qui se trouve au milieu des pagodes. Sauf qu’à peine nos mobylettes garées à l’entrée du village, une demoiselle au discours touristiquement bien rôdé nous met le grappin dessus. En d’autres termes, un site aussi préservé et authentique que Disneyland ! Pourtant, la jeune villageoise est catégorique ! La visite est on ne peut plus gratuite !… Mouais… Lui faire confiance reviendrait à réviser son bac français avec Franck Ribery… Alors, to reste or not to reste ?... On hésite, on diverge… Mais comme ça ne se fait pas de dire « verge » dans un carnet de voyage, et bien on se laisse faire… Visite des étables, de l’atelier de laque, de la tisserie, de l’exploitation de cacahuètes, de la maison de la grand-mère de notre guide, … Bon, même si leur artisanat nous est régulièrement proposé, la visite est tout de même intéressante. Et chose promis, chose due, il ne nous est rien réclamé en fin de parcours, Franck Ribery est donc moins bête qu’il n’y paraît… Mais si c’était à refaire, peut-être que je m’éloignerais un peu de la piste principale pour gagner des villages plus reculés comme ceux de Myinkaba, de Thuntekan ou de West Pwazaw… Je te confie officiellement cette mission lors de ta venue à Bagan et attends sans faute ton compte-rendu sur mon bureau dès ton retour, ok ?!?







En attendant, direction la petite ville de New Bagan où je ferai un domaine, où l’amour sera roi, où l’amour sera loi, où tu seras reine… Car pour me racheter du resto d’hier midi auprès de ma reine, j’ai prévu de lui sortir le grand jeu : The King Si Thu ! C’est le nom du resto romantique où nous allons aller nous restaurer… Emplacement ombragé surplombant la rivière, petite musique d’ambiance, serveur au petit soin, plats goûtus, … Si nous n’avions pas été accompagnés de nos deux pitbulls de filles, je pense que j’aurais pu conclure ! Mais cet investissement n’est pas vain, il a le bénéfice de remotiver tout mon petit monde pour la dernière vague de visites. Celle des pagodes du sud du site avec la Paya Dhammayazika en tête de liste...













Outre ces visites pagodesques, je voulais m’attarder quelques minutes sur une scène typique de Birmanie sur laquelle nous tombons entre une pagode, un berger surveillant son troupeau de biquettes, et un paysan sur son char à bœufs revenant des champs : La construction d’une nouvelle route ! Dis comme ça, ça ne risque pas d’intéresser grand’monde, à part si tu es le responsable des routes du secteur sud-Ardennes… Et pourtant… Si je te dis que tout est fait à la main, entre le cassage de caillasses, le tamisage du sable et l’étendage du goudron liquide, tu me crois ? Oui ?... Et si j’en rajoute une couche en te disant que l’ensemble de ces tâches sont réalisées en plein cagnard, uniquement par des femmes, tu me crois toujours ?... Allez, une petite dernière… Ces femmes sont payées trois mille kyats par jour pour douze heures de dur labeur, soit environ trois dollars… Là, tu te dis que le Maurice, il pousse le bouchon un peu trop loin, non ?!? Et pourtant, tout est vrai ! Un vrai travail de romain ! De romaine, plus précisément !





Bon, ce n’est pas le tout, mais il est l’heure d’annoncer une terrible nouvelle à ma pauvre Sandrine : « Très chère petite Sandrine, le temps du luxe et du confort que tu chérissais tant est malheureusement révolu. Non, tes larmes n’y changeront rien et le moment de la remise de la clé de ta suite au réceptionniste est inéxorable… Je te laisse quelques instants d’intimité pour dire adieu aux draps soyeux, peignoir, chaussons et autres produits de beauté avec qui tu as passé des moments de complicité inoubliables… Mais rassure-toi, je comprends la douleur qu’une telle séparation peut occasionner. Donc tel Superman, sans le collant ni le slip ridicule, je vole à ta rescousse pour te proposer un sevrage tout en douceur comme je sais te les préparer. J’ai en effet l’honneur de t’annoncer que tu passeras ta prochaine nuit confortablement installée dans le siège d’un bus. Mais je n’ai pas fait les choses à moitié ! J’ai convié à notre petite sauterie la climatisation en mode Sibérie, l’éclairage d’interrogatoire en pleine tronche, la barre dans le dos et les clips de karaoké birmans pour te faire oublier les bienfaits thérapeutiques de tes trois dernières nuits ! Tout ça, c’est pour toi, parce que tu le vaux bien… Alors, merci qui ? »

Si bien qu’après un dernier plongeon à la piscine pour nous décrasser de notre journée, nous nous retrouvons dès dix-neuf heures dans notre fameux bus. La climatisation est comme promis réglée sur moins vingt-trois, la barre dans le dos fait son travail aussi, sans oublier les séries à manger du foin qui nous sont proposées, pires que des sitcoms AB Productions du type « Le miel et les abeilles » ou « Les filles d’à-côté » !... Oui, oui, j’ai bien dit « pires »… Et bien entendu, le tout avec un volume sonore à ressusciter Démis Roussos !... Du coup, comme ni le sommeil, ni les occupations dignes de ce nom ne sont à l’ordre du jour, il ne nous reste plus qu’à nous remémorer ces trois jours merveilleux passés à Bagan… Ses pagodes, ses chemins poussiéreux, ses levers du soleil, ses E-bikes, ses rencontres, ses petits restaurants, ses montgolfières, ses bouddhas, … « Oui, Sandrine, je n’oublie pas de mentionner l’hôtel, sa piscine, sa literie, ses douches… » Bref, Bagan n’a pas failli à sa réputation et je suis sûr que ses nombreuses images nous hanteront demain et les jours suivants... De toute façon, demain est une autre aventures...
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KA Kawo Veteran ·
Franck,

C'est effectivement sur ton blog que j'avais pris l'habitude de lire tes carnets, car c'est encore mieux avec les photos [;)]
SO Solene40 Veteran ·
Ah oui, moi vraiment j'adore ta façon de nous conter vos aventures mais qu'est-ce que c'est dense!! ça me fait mal aux yeux à force ! Alors effectivement merci aussi pour le blog que je vais aller déguster de ce pas (parce qu'ici je salive avec tes descriptions mais je suis frustrée de photos [;)] ) Au plaisir Christelle
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 9 (22 février) - Un kilomètre à pieds, ça use, ça use, … Dix heures du matin, mes paupières collées par douze heures de sommeil s’entrouvrent enfin, tout comme la porte de notre suite luxueuse qui te laisse pénétrer dans l’univers de notre nouvelle journée de farniente qui s’annonce… Tu vas pouvoir nous accompagner au petit déjeuner pantagruélique que nous allons déguster tranquillement au bord de la piscine, peignoir brodé sur le dos et chaussons moltonnés aux pieds… Et pourquoi pas un petit massage traditionnel au spa après ça ? Ben oui, pourquoi pas ???... Ben… tout simplement parce que tu es en plein rêve !!! Ou plus précisément en plein dans le rêve que Sandrine est en train de faire lorsque je la réveille à deux heures du matin, pile-poil au moment où notre bus pénétre dans la petite ville de montagne de Kalaw… Entre parenthèses, ça, c’est vraiment un truc que je n’arrive pas à comprendre… Pourquoi faire partir un bus à dix-huit heures si c’est pour le faire arriver au beau milieu de la nuit ???!! Bon, à priori, tu ne m’apporteras pas la réponse, donc parenthèses fermées, je continue...

Et alors, à cette heure-là à Kalaw, qui est là pour nous accueillir ?... Ouah, quelle surprise ! De jeunes tahitiennes aux seins nus dansent le tamouré tout en nous enfilant des colliers de fleurs multicolores autour du cou !!! Du coup, Kalaw rentre direct dans le top trois de mes villes birmanes préférées !... Oui, bon, ok, là, tu viens de t’inviter dans mon rêve à moi !!! En fait, seul un vent froid de février venu tout droit de France, plus deux pélerins pinpins autant dans le cirage que Sandrine nous attendent de pieds fermes à la sortie du bus. L’un des deux gars représente l’Eastern Paradise Hotel. Là, certaines connexions synaptiques se forment difficilement dans mon cerveau embrumé par les tahitiennes aux seins nus, ce qui me permet de me rappeler que j’avais gribouillé ce nom d’hôtel dans mon roadbook. Le bonhomme nous annonce la nuit pour quatre à quarante kyats. Au prorata de ce qu’il nous reste à pioncer, il nous la lâche sans trop se débattre pour trente, petit déj’ inclus ! Si bien que dix minutes plus tard, nous sommes déjà retombés dans les bras de Musclor… Bonne fin de nuit les petits… zzzzzzzzz...

… Hello, je te retrouve de bon matin ! Et le matin, quand tu sors de chez toi aux aurores en sifflotant pour aller au boulot, c’est soit que tu es un des sept nains, soit… ben qu’en fait, tu ne vas pas réellement travailler ! Je suis en effet dans les rues de Kalaw, sifflotant le nez en l’air, à la recherche de l’agence de trekking A1 à qui j’ai réservé un guide pour les deux prochains jours. Oui oui, tu n’as pas la berlue, tu as bien lu « trekking » comme trek ! Oui oui, avec les filles ! Oui oui, Sandrine est au courant ! Bon, elle ne sait pas encore qu’on va s’enquiller quarante-deux kilomètres ces deux prochains jours mais ses jambes vont bien s’en rendre compte assez tôt… Oui oui, quarante-deux, comme un quatre et un deux… Mais nous en reparlerons un peu plus tard… Car ça y est, l’agence est dans ma ligne de mire, je n’ai plus qu’à appuyer sur la gachette !

« Hello ma p’tite dame birmane ! Je m’appelle Franck Onpartenvadrouille et j’ai une réservation pour un trek de deux jours de cavale pour quatre personnes ! - Désolé, je n’ai rien à ce nom-là… - T’inquiète dont pas Micheline, j’ai imprimé les cent trente-huit échanges de mails que j’ai eu avec un certain Sanlin et qui prouvent qu’on a conclu l’affaire pour cent quatre-vingts dollars, navette pour gagner le point de départ du trek, guide, boissons, repas, nuit chez l’habitant, et bateau en arrivant à Inle… Le tout pour quatre personnes ! - Sanlin est mon mari, mais c’est tout bonnement impossible qu’il vous ait validé ça pour un prix aussi riquiqui… Le tarif est de deux-cent cinquante… - Mais puisque le monsieur te dit qu’un accord a été passé pour cent quatre-vingts ! Mets tes lunettes de plongée, c’est écrit là !... Puis-je parler à Sanlin ? - Il n’est pas joignable de la journée… Deux-cent quarante et je ne peux pas faire mieux… - Euuuuuh… Comment te dire… Toi être sûre que toi comprendre ce que moi vouloir dire à toi ?… » Bref, je te la fais courte mais la dame, après d’intenses palabres et menaces de mort, me passe comme par magie le fameux Sanlin au téléphone alors qu’il n’était soi-disant pas joignable de la journée… J’adooooore… « Content de pouvoir vous parler, Sanlin ! Ne deviez-vous pas nous attendre à l’arrivée du bus cette nuit comme nous l’avions encore validé dans un dernier mail datant d’avant-hier ? Le guide et tout le matériel qui va bien ne devait-il pas être prêt à notre arrivée à l’agence ce matin ?... - Si, mais je n’ai pas eu de mail de confirmation de votre part hier soir… - !$€ ?:///è_ç$$$ ??? - Et dans nos derniers échanges, j’ai oublié de vous dire que les tarifs ont changé… - Ecoute-moi bien mon Rémi Gaillard birman… Que tes tarifs aient été gonflés aux hormones entre avant-hier et ce matin, ou que ta femme prône l’abstinence sexuelle depuis la naissance de ton fils de quinze ans, ce n’est pas mon problème ! Nous avions un accord et si tu ne t’y tiens pas, je peux te dire que le monde entier va en entendre parler via mon blog Onpartenvadrouille ! - Onpartenvadrouille ???? Pitié, non… Ok pour cent quatre-vingts !!! Tout sera prêt dans une demi-heure ! »

Chouette ! Je sens que ces deux prochains jours avec cette agence risquent de nous réserver plein d’autres belles surprises… En attendant, je retourne à notre hôtel où mes trois blondes m’attendent gentiment pour notre copieux petit déjeuner… Gaufres, œufs, toasts, riz, … Et pour agrumenter tout ça, un bon jus d’orange ! Bref, nous n’avons pas passé beaucoup de temps au Eastern Paradise Hotel, mais quand même suffisamment pour te le conseiller...

Allez, ne restons pas plantés là comme des girolles ! Car ça y est, il est l’heure !… L’heure d’être transférés d’une dizaine de kilomètres en camion jusqu’au village de Lamai, point de départ de notre marathon. On profite de la promenade camionesque pour faire connaissance avec notre guide prénommé Sam. Sam réjouit de constater qu’il parle un très bon anglais. Sam étonne de savoir qu’il est de père birman et de mère srilankaise. Sam énerve d’apprendre qu’il n’était pas au courant qu’il nous guidait ces deux prochains jours il y a encore une heure… Bref, Sam suffit en terme de jeux de mots débiles avec son prénom, tu es tranquille pour ces deux prochains jours...

Avant de mettre en route nos jambonneaux, une petite surprise pour mes filles ! Ben oui, vu que je suis le meilleur papa du monde, nous ne serons pas que le guide et nous quatre lors de ce trek. Je leur présente en effet Paoussa ! Elle fait ce que tu lui dis de faire, elle est douce, docile, tu peux lui monter dessus quand tu en as envie et en plus, elle ne parle pas... Oui, je sais, dit comme ça, on dirait la femme parfaite ! Sauf que la femme parfaite n’existe pas et que Paoussa a une croupe, une hampe et une crinière… Paoussa est en effet une jument que j’ai réservée pour les filles au cas où elles ne tiendaient pas la distance. Quarante-deux kilomètres de marche, ça fait déjà beaucoup… Alors quarante-deux kilomètres de marche avec une fille sur les épaules et l’autre dans les bras, ça me paraît un brin compliqué, même pour moi et ma motivation sans faille...

Cette fois-ci, c’est le moment tant redouté. Nous sommes sept à nous aligner sur la grille de départ pour ces huit heures de marche. Nous quatre, Sam, Paoussa et son jeune propriétaire un peu patibulaire. Au début, nous traversons d’immenses rizières. Sais-tu ce qu’on ressent lorsqu’on parcourt d’immenses rizières bien vertes et gorgées d’eau où de nombreux birmans travaillent de façon traditionnelle, les pieds dans la boue à enfoncer méthodiquement de jeunes pousses qui donneront à terme un riz ferme et abondant ? Non ? Moi non plus… Car, déception, nous sommes à la saison sèche et les rizières sont déjà toutes dessechées et ressemblent plus à des champs de blé venant d’être moisonnés. Pas une brindille de verdure ni même un paysan dans les parages… Pour voir des rizières ici aussi vertes que dans ton imaginaire asiatique, il faut bien évidememnt venir à la saison des pluies qui présente, comme son nom l’indique, l’inconvénient d’être pluvieuse... On traverse ensuite des cultures qui s’avèrent être des champs de piments ! Il y en a à perte de vue. Parce que oui, petite précision, le birman aime manger épicé… Et ça, ma p’tite glotte l’a bien imprimé… Là encore, petite déception car la récolte a eu lieu il y a quelques semaines… Si bien que ma p’tite Sandrine active rapidement son option chiante en me rabâchant la même chose toutes les cinq minutes : « Si c’est pour marcher sous le cagnard pour voir la même chose que chez nous, merci bien ! » Heureusement, nous traversons maintenant le village pa-o de Nannua. « Et des femmes bridées qui se baladent dans la rue avec des serviettes multicolores sur la tête, on en a aussi chez nous ? » En tout cas, outre le fait d’être pa-o, les gars d’ici ne sont pas bien grands… Ok, je sors !







On traverse des plaines, on traverse des vallées, on traverse des forêts de bambous, … jusqu’à arriver au village de Khone Hla qui nous servira de lieu pour le déjeuner. Ici, rien d’exceptionnel à raconter. Rien d’exceptionnel à manger, rien d’exceptionnel à faire, rien d’exceptionnel à voir, … à part peut-être la place du village où trois vieilles femmes sont à même le sol pour épépiner tout un sac de piments séchés au cure-dent ! Désormais, lorsqu’on te confiera une mission pas passionnante, pointilleuse et chronophage, tu pourras claquer « c’est comme épépiner un sac de piment au cure-dent en Birmanie » ! Bref, on reprend notre pèlerinage… Et là, je suis heureux de t’annoncer que les paysages qu’on traverse maintenant sont beaucoup plus attrayants... Moins ardennais dirons-nous… Végétation exotique, buffles d’eau, terre ocre et reliefs plus marqués, … D’ailleurs, en parlant de relief plus marqué, comme dirait Bébel, « Toc toc badaboum ! » Sauf que là, on passe directement au « Badaboum » ! Sur un chemin en fort dévers, Paoussa trébuche et chute lourdement avec la pauvre Anna toujours sur son dos ! Heureusement, plus de peur que de mal pour tout le monde !











Autre petite anecdote qui vaut son pesant de cacahuètes grillées. Et elle concerne une pause que l’on fait sous un énorme banian pendant laquelle Sam nous raconte deux légendes locales dignes de scénarios de films d’horreur… La première porte sur un village qui apparemment se situerait… très exactement à l’endroit où nous nous trouvons !… Ce village fantôme apparaît en fin d’après-midi lorsque la lumière commence à baisser. Et si tu t’y rends pour y passer la nuit, le village et les villageois sont tout à fait normaux et accueillants… Sauf qu’au petit matin, lorsque tu te réveilles, le village a disparu et tu te retrouves allongé au milieu des champs !... Intriguant, n’est-ce pas ? Attends un peu que je passe la seconde… Celle-ci raconte que des esprits maléfiques ont, lors d’une nuit, enlevé tous les chiens et chevaux des habitants des environs. Et lorsqu’un villageois accueille un nouvel animal dans son foyer, il disparaît la nuit suivante et personne ne le reverra jamais… D’ailleurs, Sam nous dit qu’on peut regarder dans tous les villages traversés, nous n’y verrons aucun chien ni cheval. « Et Paoussa, alors ? » Là aussi, Sam a la réponse : Son propriétaire nous accompagne justement pour veiller sur elle durant toute la nuit. Ce n’est qu’à cette condition que l’animal ne se fera pas kidnapper. Cinq petites minutes de sommeil, et l’animal s’évapore...





Ah, tu flippes ta mère, hein ? Bon, pendant que tu réfléchis à tout ça, nous, on approche maintenant de notre lieu de villégiature pour la nuit. Ce qui me met la puce à l’orteil, c’est que nous ne sommes plus tout seul sur l’autoroute ! Bison fûté ne nous avait en effet pas prévenus qu’on allait se retrouver dans une sorte d’embouteillage d’habitants rentrant chez eux après leur journée de dur labeur dans les champs. Charrues tirées par des zébus, femmes portant des jarres d’eau sur la tête, berger guidant son troupeau de buffles, …, même les poules sont sur la route du retour ! Par contre, ni chien, ni cheval dans l’assemblée… En tout cas, vision totalement insolite de voir toute cette petite troupe, les uns derrière les autres, sur le chemin du village en fin de journée… A l’arrivée, fourbus et vidés comme des truites, il me reste suffisamment de force pour écarquiller grand les yeux. Le village de Pattopauk et ses habitants baignent encore dans leur jus comme je les aime : Hommes et femmes en tenues traditionnelles, poules, canards et vaches en libertés, terre battue, bâtiments plus rudimentaires tu dors dehors, toilettes plus rudimentaires tu fais caca dehors !... Si bien que comme un gamin dans un rayon de jouet avant Noël, je ne m’occupe pas de suivre mes parents qui se rendre au rayon boucherie. Traduction, je photographie tout ce qui bouge, je fais signe à tous les villageois qui me sourient, et… je me retrouve tout seul avec Anna sans savoir où le reste du convoi est allé se planquer. Voilà une occaz à ne pas laisser passer ! Avec Anna, on se lance dans une exploration à en faire rougir Dora de jalousie. Chaque rue du village est passée au peigne fin avec bien évidemment pour prétexte de retrouver Sandrine et Sasha. Mais la réalité est toute autre ! Je me gave de chaque sourire, de chaque tentative de discussion, … J’en arrive même à tenter d’entrer en communication avec les poules, c’est pour dire ! Alors oui, les gens d’ici ne roulent pas sur l’or, mais le soleil leur suffit comme lumière, les légumes qu’ils cultivent leurs suffisent comme nourriture, l’eau du puit leur suffit comme boisson, les sourires qu’on leur fait leurs suffisent comme cadeaux, … Bref, une vie, sur le papier, qui pourrait me tenter...





















Une heure de magie plus tard partagée avec Anna, je repère la croupe d’un cheval dans une cour. C’est bien Paoussa qui ne s’est pas encore faite enlever. Mince, Sandrine et Sasha sont bien là aussi… Fin de l’exploration, fin de la journée tranquillement passée à discuter et à siroter une bière avec trois anglais sympas qui dorment dans la même « maison » que nous… Allez, nous trekkons à ta santé, et à la journée de demain ! De toute façon, demain est une autre aventure...
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SO Solene40 Veteran ·
Un seul mot : encooore !! ça fait trop de bien de se marrer après une journée de dur labeur [;)]

Je vois que tu prépares une balade au Cambodge. Si tu veux un avant gout, tu peux aller zieuter mon carnet de voyage. Et n'hésites pas si tu as des questions (tu mérites bien quelques bons tuyaux aprés ce chouette retour Birman 😊)

Merciiii et bonne soirée
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Merci pour le commentaire ! Sache que si tu en veux encore plus, mon blog présente quelques journées de plus avec photos... Pour ton carnet sur le Cambodge, je le connais et t'avais mis un commentaire pour te féliciter. J'ai d'ailleurs suivi ton conseil avec l'achat du livre "Une odyssée cambodgienne". A+
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SO Solene40 Veteran ·
Ah oui pardon, j'avais oublié que tu étais monté dans l'avion [;)]
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 10 (23 février) - Arrête-moi si tu peux

Selon le célèbre dicton d’onpartenvadrouille, qui se couche avec les poules se réveille avec le coq ! Ben oui, couché tôt hier, levé tôt ce matin après une nuit glaciale agrémentée d’un intermède sympathique vers deux heures… Ma petite Sasha ne se réveille qu’exceptionnellement la nuit pour aller aux toilettes. Là, elle s’est réveillée. Selon mes prérogatives paternelles, ma petite Sasha va toujours voir sa mère dans ces quelques cas exceptionnels. Là, elle m’a réveillé moi ! Au jeu du pique nique douille, c’est moi l’andouille qui ai donc dû me rhabiller, me rechausser et me les cailler dans le froid de la nuit noire pour emmener ma fille dans ce truc que les gens d’ici assimilent à des toilettes… Tout ça pour te dire que dans la cour à cette heure-là, je suis tombé sur notre jeune horseman veillant et calmant sa Paoussa toute excitée. Et si la légende disait vrai ? Et si des esprits maléfiques rôdaient effectivement dans les parages ?... Pattopauk ! La nouvelle super-production birmane qui va vous glacer le sang… Le 23 février au cinéma...

Bref, je te disais qu’il est très tôt et que je suis déjà debout. Que faire à six heures du matin dans un village pa-o à part aller chercher des pokémons légendaires ?... En profiter pardi ! Je chope mon fidèle compagnon de voyage par les cheveux et nous revoilà, mon appareil-photos et moi, arpentant les rues brumeuses de Pattopauk pour y redécouvrir ses habitants s’activant déjà sur tamis, balais et faucilles à une heure où Michou n’est pas encore démaquillé… Je salue mon étoile, je mesure l’immense chance que j’ai d’être ici, d’avoir été ici, même un instant, même brièvement, même trop vite, au milieu de tous les pattopaukiens. Le bouquet final de ce feu d’artifice, c’est lorsque je suis invité par une grand-mère préparant son thé à même le sol. Grand-mère sait faire un très bon thé, grand-mère sait faire un très bon thé… Une demi-heure d’échanges intenses uniquement constitués de petits signes et surtout d’immenses sourires !













Allez, comme mes jambes en réclament encore après notre journée d’hier, je leur accorde un second et dernier round avec une nouvelle journée pédestre qui va nous mener jusqu’au lac Inle ! Pour rallumer la flamme de Sandrine, j’utilise un lance-flammes. Pour tenir le pauvre horseman éveillé, j’utilise des allumettes. Et pour avancer, tout le monde utilise ses jambes, même si toute ressemblance avec la journée d’hier serait fortuite… D’ailleurs, les paysages sont totalement différents. Nous sommes presqu’exclusivement en pente descendante vers le lac dont on aperçoit rapidement le reflet sur la ligne d’horizon, et la végétation évolue sans cesse avec le changement d’altitude… Niveau temps, madame météo avait promis un grand ciel bleu pour toute la durée de la transhumance, elle n'a pas menti. Trente degrés, c'est juste bien pour ne pas transpirer à chaque pas. « Bon concrètement, vous voyez quoi ? » Je vais essayer de la faire courte même si le voyage, lui, est très long... : Forêts de pins odorantes, petite rivière glougloutante, bambous, petit village, … Petit village où nous arrivons d’ailleurs au moment de la cloche. La cloche a sonné, ça signifie, la rue est à nous, que la joie vienne, mais oui, mais oui, c’est l’heure de l’école ! Tous les mioches en uniformes verts et blancs se mettent en rangs d’oignons et chantent la Marseillaise version birmane avec pour seuls spectateurs… nous ! Vraiment touchant...









Allez, un dernier coup de collier ! Les cuisses tremblotent et les mollets palpitent, nous entamons la descente finale sur une route sans véritable attrait !... Et c’est après six heures de marche, ladies and gentlemen, que nous arrivons enfin au but ultime de notre trek : Une bonne bière !... Et accessoirement le lac Inle. Éreintés, suintants, dégoulinants, puants, ... mais heureux comme des chewing-gums qu'on arrête enfin de mâchouiller... La sensation du travail accompli ! D’un point de vue géographique, nous avons quitté le territoire des pa-o pour désormais pénétrer sur celui des inthas. D’un point de vue pécunier, cela nous en coûte la bagatelle somme de dix-mille cinq cents kyats de droits d’entrée par personne qui vont tout droit alimenter les caisses du gouvernement n’ayant de démocratique que le nom...







En arrivant aux abords du lac, tous les groupes de marcheurs sont conduits dans un énorme restaurant « à touristes ». On y mange ma foi pas trop mal mais chuuuuut… il permet aussi de méditer sur la connerie humaine, ce qui risque de me bouffer une bonne partie de la journée... Car oui, attention ! Le virus H1N1 pour les cochons et le virus H5N1 pour les canards vient de fusionner au bord du lac Inle… Ainsi, le virus H6N2 pour les conards vient de voir le jour… Deux couples de « vieux touristes français blasés », encore eux, sont à la table d’à-côté et sont en sévère concurrence pour la palme d’or de la connerie : « C’est inadmissible que lors de ce trek, on ose nous faire dormir dans des villages aussi sales que ça ! Vraiment dégradant !… », « Mais comment ces gens font-ils pour vivre à notre époque dans des conditions pareilles ? On croirait qu’ils se plaisent à vivre comme ça…», « Et si je m’étais cassé la jambe, j’aurais bien voulu savoir comment ils auraient fait pour m’emmener dans un hôpital digne de ce nom ? »… Bon, bien que l’idée m’ait traversé l’esprit, la loi birmane m’interdit de les pousser sous un train… Du coup, félicitations à eux, ils gagnent tous les quatre un billet de retour pour la France ! Décollage immédiat !!!

Nous, en tout cas, le trek, c’est Inle chez nous, donc on continue !… Non ? Tu n’vois pas ? Inle… Inné… Bref, tout ça pour te dire que nous nous acquittons maintenant des dix dernières minutes de marche nécessaires pour gagner notre embarcation qui va nous mener de l’autre côté du lac, dans la petite ville de Nyaungshwe. Pas facile à prononcer, hein ? Bon en attendant, je te fais tout un camembert de ce lac considéré comme un des plus beaux au monde, mais sais-tu au moins quelle est sa particularité ?... Non ? Et bien installe-toi confortablement, mets ton pouce dans la bouche et écoute… La particularité de ce lac est qu’il est très grand, qu’il se trouve en altitude et qu’il est entouré de montagnes. Là, c’est le moment où tu te dis « Reviens Léon, y’a les mêmes à la maison ! » Bon, s’il n’y avait que ça, ce ne serait déjà pas si mal, mais ce n’est heureusement pas sa seule caractéristique ; auquel cas, je t’aurais emmené passer la journée au lac de Gérardmer… Etant donné que je vais maintenant t’annoncer certaines choses que je qualifierai d’étranges, tu vas simplement te contenter de faire semblant d’y croire… Et le meilleur moyen, c’est d’acquiescer sans m’interrompre, et de ne pas avoir l’air étonné ! T’as compris ?... Bon, on va faire un test… Le lac Inle a beau être un lac, il n’est pas peuplé que de poissons. Ok ? On continue… En effet, les inthas, terme que l’on peut traduire par « fils du lac », habitent dans des maisons sur pilotis sur le lac... Ça va toujours ?... Les inthas sont majoritairement des pêcheurs. Depuis une pirogue en bois, ils enfoncent une nasse conique dans l’eau peu profonde. Loin de la pêche industrielle, le pêcheur utilise un trident pour embrocher l’éventuel poisson pris au piège. Et pendant qu’il pêche, il coince sa pagaie dans sa jambe droite et rame tout en restant debout en équilibre sur la gauche !... Hop hop hop, ne fais pas cette tête-là, je t’avais dit de faire semblant d’y croire !!!... Et si je rajoute qu’ils cultivent leurs légumes sur des jardins flottants, sortes de radeaux de végétations sur lesquels ils mettent de la vase et y font pousser différents légumes en plein milieu du lac, tu me prends pour un fou ?… Et pourtant, tout est apparemment aussi vrai que je m’appelle Franck. Tu vois, finalement, rien à voir avec le lac de Gérardmer !











Bon, pendant que je te racontais tout ça, sache que nous sommes désormais sur le lac et plus précisément le cul vissé sur notre pirogue à moteur. Je suis donc en mesure de te confirmer que tout ce que je t’ai expliqué juste au-dessus est on ne peut plus vrai ! Lac d’un bleu-gris profond sur lequel se reflètent les montagnes environnantes, maisons sur pilotis faites de bric et de broc, jardins flottants, … Quant aux fishermen, je suis à la fois excité et ému lorsque j’aperçois les premiers spécimens. Je sais, c’est un peu bête de se mettre dans cet état pour un fisherman, mais quand même… Bon ok, à la place de « fisherman », j’aurais pu comme tout le monde dire « pêcheurs », mais dit comme ça, ça aurait fait beaucoup moins aventurier, non ? Surtout que quand tu y penses, tu pourrais, si tu le souhaites, aller voir tous les jours Mimile qui pêche à l’asticot au bord du canal à côté de chez toi… Oui, mais c’est pas pareil !!! Bon, la traversée n’avait pour vocation que de nous transporter. Nous reviendrons bien évidemment sur le lac pour l’explorer plus en détail dès demain ! Car là, ça y est, nous passons sous un pont. Le Rialto ? On nous débarque sur une grande place… La place Saint Marc ? Et oui, nous sommes à Venise ! Un Venise à la campagne ! Same same but different... Bienvenue en fait à Nyaungshwe où se trouve l’hôtel Aquarius que j’ai réservé il y a plusieurs mois. Mais nous ne faisons qu’y passer en coup de vent, juste le temps de constater qu’il est très beau, d’y déposer notre linge sale, et de s’y décrasser le pelage… Ben oui, deux jours sans douche par trente degrés et avec quarante-deux kilomètres de marche au compteur, ça commence à renifler dans les bermudas ! Et vu que mon caleçon tient tout seul comme un grand en l’enlevant, inutile de te préciser le bonheur qu’une simple douche nous procure...

Allez, l’heure du repos pour les braves à sonner ! Non pas l’heure d’une sieste qui serait synonyme de temps perdu, mais d’un massage au salon Thae Sue pour se racheter des corps tout neufs. A quatre euros l’heure de tripotage, on ne va pas se priver !... En tout cas, de ce que je peux d’ores et déjà te dire du Thae Sue, c’est qu’on est à des années lumière du salon de massage aseptisé à la Yves Rocher ! On va dire qu’ils ne réinvestissent pas les profits dans la déco ! Cabane en bambou poussiéreuse et palmes tressées, nattes sur le sol trouées, aucune fenêtre, … Nous sommes également trèèèèèès loin du stéréotype de la jeune et jolie masseuse asiatique ! Au tirage au sort, j’hérite en effet d’un vieux monsieur que j’appelerai « Un œil trois dents ». Pourquoi ce surnom ? Ben parce que, premièrement, il n’a qu’un œil. Et deuxièmement, parce qu’il n’a que trois dents. Ça te va comme raison ? Bon allez, je le laisse s’occuper de mon cas même si j’aurais bien sûr préféré qu’une charmante demoi… Ouaaaaah ! Mmmmmm ! Oh ouiiiiiii ! Le bougre ! Il sait fichtrement bien se servir de ses mains !!! Une heure d’orgasme permanent… Malgré la petite souris qui m’a matté pendant une heure en train de prendre mon pied depuis la poutre au-dessus de moi, ce fut à coup sûr le meilleur massage de toute ma vie ! Je le fais d’ailleurs comprendre à mon bon vieux « Un œil trois dents », ce qui le rend aussi fier qu’un sandwich SNCF… Ah non ce n’est pas ça l'expression, mais il était fier quand même !





Après le retour en grâce de notre couche épidermique, notre programme cousu-pied de réhabilitation nous emmène maintenant rendre le sourire à notre estomac. Direction le Htoo Htoo Youtou ! En fait, ça s’appelle Htoo Htoo Maung, mais c’était un petit hommage à ma façon à Véronique et Davina… Bref, je digresse, je digresse… Contentons-nous des faits et rien que des faits !... Ok, donc nous sommes accueillis par la patronne et deux serveuses du Htoo Htoo Youtou qui nous font des courbettes et encore des courbettes avec les mains en signe de remerciements en veux-tu en voilà... « Bienvenus dans notre humble restaurant… Merci mille fois d’avoir fait tout ce chemin pour venir chez nous… » A tel point qu’on se sent presque gêné par tant d'attention. « Non, madame, je ne vous autorise pas à me baiser les pieds !!! » Bon, vu l’accueil limite tapis rouge, on se demande franchement si nous ne sommes pas les premiers clients de l'année !... Ben faut croire que non car la dame est en train de nous dire que son resto affiche aussi complet qu’un concert des Worlds Appart à leur grande époque : « Ce n’est pas grave ma bonne dame, on va attendre ici dans la rue qu’une table se libère ! - Ok, reçu cinq sur cinq ! » Ah, ces asiatiques ! Ils exagèrent toujours... Reçu cinq sur cinq mon arrière-train, ouaih ! Voilà qu’une des serveuses est en train de nous dresser la table sur la route !!! « Nous manger dans restaurant quand autres personnes parties ! » C’est marrant comme on a tendance à enlever les articles et à parler fort quand on essaie de se faire comprendre, t’as remarqué ?... Et tu as certainement aussi remarqué que le résultat est souvent le même… : « Bon ben j’crois qu’elle n’a rien compris… »

Bref, après dix minutes d’attente à notre table dans la rue, nous sommes enfin autorisés à entrer, une fois une table plus conventionnelle libérée. Et là, on a le choix entre un menu Shan ou un menu intha. Mon palais me dit de te dire que tu peux choisir les yeux fermés, les deux sont tip-top ! Quant à mon foie, lui m’indique que tu peux goûter le vin rouge du lac Inle, moins pire que ce que je croyais. Super adresse, super accueil, superbes courbettes, superbe journée ! Et superbe expression pour conclure : De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 11 (24 février 2015) - On nous mène en bateau

Bélier. Vous serez très actifs et ambitieux aujourd’hui et ça ne vous portera pas chance, calmez-vous ! Pour cela, allez sur Onpartenvadrouille lire un carnet de voyage… Lion : Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller… Taureau. Le climat froid et particulièrement venteux de cet hiver français vous mine le moral. Vous auriez dû partir en vacances comme les membres de la franky family… Gémeau. Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller… Sagitaire. Lire les carnets de voyage sur Onpartenvadrouille vous donne des envie d’ailleurs… ou de meurtre. Il faut choisir ! Balance. Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller… Cancer. Les finances sont au plus bas et l’achat de billets d’avion pour la Birmanie est impensable en l’état actuel des choses. Poisson. Quelle chance de chanceux ! Aujourd’hui, vous allez visiter un des plus beaux lacs du monde qui va vous émerveiller...

A l’élection présidentielle des « plus beaux lacs du monde », lac du Loch Ness, lac Titicaca, lac Powell, lac Rimogène, lac Majeur, lac Inle, … se sont présentés. Et aujourd’hui, notre horoscope insinue que nous allons mettre notre petit bulletin dans l’urne. Car le dénommé Thierry Hazard fait bien les choses ! Il paraît en effet qu’un de ces lacs a été repéré à quelques pâtés de cabanes de notre hôtel. « Très chère, et si nous allions jeter une œillade à ce lac ? »... En voilà une idée qu’elle est bonne !!! Après une meilleure nuit que celle d’hier et un super petit-déjeuner pour tout l’équipage, go go go to the lake ! Et qui dit lac, dit eau ! Et qui dit eau dit bateau ! Et qui dit bateau dit batelier ! Et qui dit batelier dit négociation ! Négociation du tarif pour la journée, cela va sans dire, mais ce n’est pas tout… Il faut aussi réussir à imposer au batelier ton itinéraire et les arrêts que tu désires faire. En fait, mets surtout bien l’accent sur ceux que tu ne souhaites surtout pas faire... Et c’est là qu’il ne faut pas te laisser marcher sur les tongs, car la balade qui peut te dégouliner de charme par les oreilles peut rapidement se transformer en une journée shopping-artisano-touristico-déprimante pendant laquelle le batelier va se gaver de commissions en tout genre sur ton dos...

Bon, pour trouver un batelier à Nyaungshwe, c’est comme chercher du foin dans une botte de foin ! Contente-toi de marcher de bon matin vers l’embarcadère et déjà, tu vas être sollicité par des rabatteurs. Faut qu’tu craches, faut qu’tu payes, pas possible que t’en réchappes, ils sont les frères qui rapent tous… Donc, passe ton chemin car les prix qu’ils vont t’annoncer sont quoi qu’il arrive plus élevés que ceux pratiqués par les bateliers eux-mêmes, commissions gouleyantes obligent… Trop d’intermédiaires tuent l’intermédiaire ! Ton objectif, c’est donc bien d’arriver à l’embarcadère en évitant les rabateurs, les peaux de bananes et les tortues. Et tu seras récompensé par un tarif plus conforme aux prix du marché. Pour ma part, j’obtiens assez rapidement le tarif que je m’étais fixé, soit dix-huit mille kyats pour la journée complète avec en prime, le meilleur guide, le meilleur bateau, le meilleur niveau d’anglais, … Pour les prestations qu’il me promet à ce prix-là, il me faut maintenant lui imposer la carte au trésor de mon itinéraire que je lui ai imprimée tout spécialement pour l’occasion. Comme je l’avais imaginé, il m’en propose bien évidemment un autre plus à son avantage en prétextant qu’il y a mieux que les endroits que je souhaite visiter. Là, pour l’impressionner, je fronce les sourcils, j’inspire un grand coup et bloque ma respiration jusqu’à en devenir aussi rouge qu’une serviette hygénique usagée. Oui, je sais, c’est sale mais ça marche ! Il capitule en effet très vite et ne tente même pas de dessiner des monstres et autres géants mangeurs d’enfants sur mon itinéraire pour me faire changer d’avis. Bref, on va donc prendre place dans sa pirogue full options : Couleurs vives, sièges en bois, moteur diesel pétaradant à quatre-vingt dix décibels, gilets de sauvetage qui n’ont plus de gilets que le nom, et… emplacement de parking qui va nécessiter d’enjamber cinq autres bateaux pour y accéder. Je laisse bien évidemment l’honneur à Sandrine de traverser ce parcours du combattant la première. Ce n’est pas une question de manque de courage de ma part, mais si jamais elle venait à tomber, son beau sauveteur qui n’est autre que moi serait prêt à se jeter à l’eau pour la sauver. Je m’imagine en train de courir sur la plage, Pamela à mes côtés, cheveux blonds dans le vent, short rouge, … Ouh la, je m’égare...

Libérés, délivrés de cette négociation, notre embarcation vogue maintenant sur les flots bleus du lac Inle en direction de Nam Pan où a lieu aujourd’hui le marché des cinq jours. Comme son nom ne l’indique pas forcément, le marché des cinq jours est en fait un marché qui se tient tous les jours dans quatre villages différents des environs du lac Inle. Si tu n’as rien compris, imagine quatre marchés itinérants par jour avec un roulement sur cinq jours dans un secteur d’environ trois cents kilomètre carré, soit vingt marchés en tout… Toujours pas compris ? Bon, retiens surtout que nous allons visiter le marché de Nam Pan, non seulement réputé pour les minorités qui y viennent pour acheter, troquer et vendre, mais également pour son parking. Oui, oui, son parking !!! Là, tu t’imagines le parking du Carrefour Market de ton patelin, mais rappelle-toi bien que nous sommes au bord d’un lac en Asie du sud-est et que tout le monde se déplace ici soit à pied, soit en pirogue. Et mille pirogues garées au même endroit, ben ça en jette dans les mirettes !!!







Concernant les minorités ethniques, outre les inthas du coin, on y trouve surtout des pa-o. Tu te rappelles d’eux ? Ce sont nos amis des montagnes qui ont des serviettes-éponge sur la tête ! Ginette qui troque ses cochons contre des poulets, Josette qui vend ses légumes, Bernadette ses fleurs, … Du très « local » où les quelques touristes comme moi ne font que passer pour s’imprégner de l’ambiance exotique et tenter d’y voler quelques photos… A part bien sûr s’ils souhaitent s’acheter un poulet ou un kilo ou deux de tomates, mais c’est quand même assez rare… A côté de ce secteur, on trouve une zone qui a certainement été rajoutée avec le temps pour contenter le touriste ulcéré par l’envie de dépenser quelques billets pour des bibelots qui au mieux prendront la poussière au retour, ou au pire, termineront sur l’étalage d’un prochain vide-grenier… Bon, pour tout te dire, le marché est assez sympa mais disons qu’en termes de couleurs et d’exotisme, je lui attribue la note « Tu n’tes pas foulé, peux mieux faire ». Au final, c’est surtout le parking de chez Leclerc qui m’a plu...

Allez, next, on zappe, étape suivante ! Et celle-ci ne nous emmène pas à Pétaouchnok puisqu’il s’agit de se balader tranquillement dans le village sur pilotis de Nam Pan juste à côté. Et là, je m’éclate comme une knacki dans une casserolle d’eau bouillante ! C’est… comment dire… étonnant, dépaysant, reposant, attirant, … magnifique ! Je me demandais si je ne serais pas un poil déçu d'avoir vu autant de photos de ces villages sur internet en préparant ce voyage... Et bien non, non et re-non ! Le plaisir n'en est que décuplé et le bulletin vient de tomber dans l’urne ! Autant te le dire de suite, mes photos sont certainement très belles, mais c'est de la gnognotte à côté de ce que l'on ressent sur place ! Bim bam boum, coup de cœur direct !!! Ce ciel bleu et ce lac combinés à ces maisons typiques sur pilotis sont vraiment photogéniques. J’adore tout particulièrement les petits escaliers des maisons menant au rez-de-lac et qui servent d’embarcadère, de parking pour la toute nouvelle pirogue Volkswagen familiale, mais aussi de salle de bain, de cuisine pour y faire la vaisselle et de buanderie pour la lessive...











« Allez, chauffeur, si t’es champion, emmène-nous dans un resto pour un bon repas sans touriste pour digérer tout ça ! » Bon, il a bouffé la moitié de la commande car le poisson aux grandes dents suintant de lait de coco par les ouïes qu’on nous sert est effectivement très bon, mais il est rempli de touristes… Le resto… Pas le poisson, hein ! Du coup, la bougeotte aigüe nous reprend rapidement et on enchaîne avec le site suivant. Site qui aime se faire désirer puisqu’il nous faut quelques quarante minutes de boucan dans les oreilles pour le rejoindre jusqu’au bout du bout du bout d’un long canal. Le bruit du moteur est tellement fort que je n’entends même pas Sandrine me parler alors qu’elle est assise juste derrière moi… Qui a dit « chanceux » ???... Le site où on se rend est un village, et ce village s’appelle Inthein ! Outre se faire rissoler au soleil pendant le trajet, on profite du laps de temps pour assister à des scènes de vie locales. Femmes lavant leur linge, leur vaisselle, leurs aisselles dans le lac, hommes se baignant ou se désaltérant avec l’eau du canal marronnasse… Oui oui, ils boivent l’eau du canal et les bonnes doses de tourista qui vont avec ! « L’eau du lac, c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans ! » Sans transition après cette petite poésie de Renaud, nous parvenons enfin à Inthein où le cadre est ombragé, animé, agréable, … Mais on vient surtout ici pour la colline d’Inthein prise d’assault par plus de mille stupas la colonisant des pieds à la trogne… Ben oui, le lac Inle, ce sont des maisons sur pilotis, des pêcheurs, des bateaux, des jardins flottants, … Et comme nous sommes en Birmanie, il y a aussi bien évidemment des pagodes et des stupas !!!

La colline couverte de stupas d’Inthein, elle doit se voir comme le pied au milieu de la figure quand on arrive à Inthein, non ? Et bien sache qu’il n’en est rien ! Car là, présentement, nous galérons un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ! Votre honneur, pour notre défense, nous avons été lâchement induits en erreur par un sale mioche qui nous a envoyé dans la mauvaise direction ! Bilan comptable : Deux kilomètres, une demi-heure de perdue, un litre de sueur par personne, trente-cinq degrés… Quand on aime, on ne compte pas !! Mais comme je sais que le feignant que tu es n’aime pas, va simplement à gauche dans le village et tu arriveras au pied de la colline. Non seulement tu conserveras toute ton énergie pour gravir chacune des marches, mais tu seras surtout fin prêt à affronter les huit cent quatre-vingt-douze sollicitations en chemin. Huit cent quatre-vingt-douze, c’est en effet le nombre de boutiques qui se suivent le long du parcours en escaliers visant à te faire acheter tout et n’importe quoi, de la statuette de Bouddha en papier mâché aux cd gravés de Bernard Minet. Oui, oui, n’importe quoi… Bref, des centaines de marches pour arriver à la pagode Shwe Inn Thein qui finalement n’en mérite à peine que trois ou quatre !… Mais pas la peine de faire la grêve de la faim pour ça en arrivant en haut ! Si tu viens jusqu’ici au péril de ta sueur, c’est bien pour l’enchevêtrement des mille cent cinquante-quatre petits stupas blancs, en briques, en or, en chocolat, … qui l’entourent. Nouvelle claque dans la tronche ! Ça faisait longtemps...

Comme à mon habitude, lors de mes longues heures de préliminaires, j’avais lu qu’on pouvait surplomber l’ensemble du site depuis une autre colline. Inutile de te dire que j’avais soigneusement noté l’info pour en bénéficier le jour J, le jour où on y serait, … le jour d’aujourd’hui ! Sauf qu’Anna et Sandrine n’ont aucune idée du panorama que j’ai pour ma part déjà contemplé en photo. Du coup, la ligue des feignasses repointe le bout de son pif et c’est seulement avec ma baroudeuse de Sasha, que nous partons à l’assaut de la colline abandonnée par les stupas, désertée par les boutiques, boudée par les touristes et par Sandrine et Anna... Si bien qu’après quinze petites minutes de renforcement musculaire, on jouit religieusement d’un panorama grandiose et complet puisqu’on a à le partager avec personne...









Pour le chemin du retour jusqu’au canal, à noter que tu peux bien évidemment remarcher dans tes propres traces de pas. Ou alors te la jouer « Indiana Jones et les stupas perdus » et passer derrière les boutiques. Car derrière les boutiques, pas d’arrière-boutique mais des stupas, encore des stupas ! Un stupa pour papa… Un stupa pour maman… Et en plus, des stupas trempant dans du formol depuis des centaines d’années ! Beaucoup ont été abîmés par des tremblements de terre ou la végétation, lorsque d’autres se sont faits faire les poches par un archéologue allemand... On peut d’ailleurs voir son butin dans un musée de Hambourg. Logique… Moi, je lance une pétition : Rendez le patrimoine à ceux qui en sont à l’origine ! Rendez le patrimoine birman aux birmans !… Bon, je n’insiste pas trop car on va m’éxiger de rendre Sandrine au patrimoine marnais… Bref, on met un « J’aime » sur la page Facebook de cette zone où un parfum de découverte et de retour vers le futur nous envahit les naseaux… On dira ce qu’on voudra, mais c’est quand même beau la Bretagne !







Allez, je passe rapidement sur notre petite pause au bar des sports local et nos quarante nouvelles minutes passées sur le canal pour arriver dans un endroit étrange… Bien qu’au beau milieu du lac, à gauche, on ne voit rien à part des rangées de buissons. A droite, c’est la même chose. Et devant ?... Ben devant, on ne voit rien non plus ! Bienvenue, non pas aux jardins suspendus de Babylone, mais aux jardins flottants d’Inle ! On y reconnaît des tomates, des courges, des choux, … et des scoubidous bidous, ah !... Allo Oxo, ici la terre ! Des terriens plus que bizarres parviennent à faire pousser des légumes sur des radeaux de végétaux recouverts de terre et de boue maintenus au fond par des pieux en bambou. Allo Oxo, ici la terre ! Des terriens plus que bizarres parviennent à pêcher des poiscailles debout sur une jambe, à la poupe de leur pirogue, l’autre jambe enroulée autour de la rame… Allo Oxo, ici la terre ! D’autres terriens sont encore plus bizarres puisqu’ils font semblant de pêcher pour se faire tirer le portrait en prenant la pause au coucher du soleil pour glaner un ou deux billets...











Pour résumer cette journée : Les paysages sont à couper le souffle, les habitations sont dépaysantes, les cultures sont originales, les embarcations sont atypiques, les stupas sont innombrables, les pêcheurs sont photogéniques, … Bref, au cas où tu n’aurais pas compris que je trouve le lac Inle magnifique, Cristina Cordula me dit de te dire que le lac Inle, c’est magnifyk ! Merci aux inthas, merci dame nature, merci mon horoscope ! Je crois qu’on rentre de cette journée avec des yeux plus grands que ce qu’ils n’étaient ce matin tellement on les a écarquillés !

Et comment faire pour terminer une journée comme celle-ci aussi bien qu’elle n’a commencé ? La solution tient en deux mots : Sin Yaw. Deux petits mots derrière lesquels se cachent goulument un wok fried chicken cashew nuts and black pepper sauce, ainsi qu’un Inle style grilled pork sliced curry with fresh tomatoes. Sin Yaw, comme le nom du restaurant qui nous a été conseillé par les anglais qu’on avait rencontrés il y a quelques jours lors du trek entre Kalaw et Inle. Sin Yaw, comme l’endroit où un jeune serveur prétentieux nous dit en arrivant « Bienvenus dans le meilleur restaurant du lac Inle ». Moi, je trouve qu’au final, ce jeune est plutôt modeste car j’aurais dit « Bienvenus dans le meilleur restaurant de Birmanie ». Si tu viens au lac Inle, sans mettre le palais dans ce petit resto sans prétention, c’est que tu ne comprends rien à la vie. C’est dit ! Pour ma part, c’est sûr, je réserve déjà une table ici pour demain soir ! De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 12 (25 février 2015) - Bycicle ! I want to ride my bycicle !

Vu qu’aujourd’hui, c’est le demain d’hier et qu’hier, je te disais que demain serait une autre aventure, ça signifie que cette nouvelle aventure, elle a lieu maintenant ! Et comme nous sommes dans le futur d’hier, il faut prendre en considération que le futur n’est pas la continuité du présent, c’est quelque chose de nouveau. Ce que je veux te dire par là sans trop t’embrouiller, c’est que les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Par exemple, hier, nous avons visité le lac Inle, c’est juste ? Ben aujourd’hui, c’est pareil, nous allons aussi visiter ce même lac Inle, mais d’une façon diamétralement opposée... Après avoir découvert le lac Inlé en mode classique à bord d’une barque à moteur, je te propose aujourd’hui un programme très en vogue : Toucher du bout d’un pneu de bicyclette la campagne environnante ! Moi, Franck le vadrouilleur, je me lance en effet officiellement le défi de faire le tour complet du lac en vélo ! Pour cela, après une nuit reposante où on a tout de même constaté que les cloisons de notre chambre pourraient si besoin nous servir de papier à rouler, il nous faut maintenant nous lancer dans la quête de ce début de matinée : Location de deux vélos avec, au mieux, sièges enfants ; au pire, porte-bagages et cale-pieds. Premier loueur de vélos : « Désolé, on n’a pas ça en stock ! ». Deuxième loueur : « Allez voir chez le loueur un peu plus loin ! ». Troisième loueur : « Je ne pense pas que vous trouverez ça à Nyangshwe… ». Quatrième loueur : « Je crois qu’ils en louent dans la première rue à droite ! ». Cinquième… Sixième… Septième… Huitième… Bref, tu l’as compris, la légende locale dit que les esprits maléfiques du village pa-o de Pattopauk sont venus jusqu’à Nyangshwe pour kidnapper tous les vélos avec porte-bagages ! Du coup, il me vient une fulgurance intellectuelle de derrière les cheveux ! Pourquoi ne lourrai-je pas un rickshaw-vélo à un birman dans la rue ? Pour ton information, un rickshaw-vélo est une sorte de side-car version vélo. On trouve de nombreux chauffeurs de ces engins qui peuvent emmener deux personnes n’importe où dans les rues de Nyangshwe. Le taxi local, en quelques sortes… Mais moi, je ne veux pas de chauffeur ! Je veux justement en virer un de sa selle pour ma consommation personnelle !... Le premier intercepté ne pige rien à ma demande… Chez le second, certainement plus intelligent… ou feignant, ça fait tilt tout de suite sous son cuir-chevelu ! Il comprend en effet hyper rapidement que je suis en train de lui proposer un bon d’exemption de pédalage pour la journée tout en étant rémunéré. Commerce équitable ! On se sert rapidement la pince pour cinq mille kyats et je suis donc en mesure de t’annoncer que je teste pour toi, en exclusivité, le vélo pousse-pousse autour du lac Inle… Bon, alors, comment te dire... Avec un soupçon de recul, soit environ trente secondes et demie, je dirais plutôt que c'est le vélo pousse-pousse autour du lac Inle qui est en train de me tester… Ce machin-truc est le résultat d’un croisement entre un vélo et un char d’assaut ! Il pèse au moins une tonne cinq, à cinquante kilos près ! Ajoute à cela le fait qu’il n’y a pas de frein, que la nacelle où sont les filles empêche toute envie de changement de direction, qu’il fait un petit quarante mille degrés à l’ombre et tu obtiens mon engin de torture pour la journée !... On a beau s’appeler Franck Onpartenvadrouille et être coutumier des moyens de transport en tous genres, il arrive que l’on tombe sur un os à moelle une fois la bête enfourchée. C’est précisément ce qui est en train de m’arriver… Je grimace tellement à chaque coup de pédale que les gens sur mon passage n’en croient pas leurs yeux ! Grichka Bogdanov sur un rickshaw-vélo en Birmanie !!! Concrètement, j’en chie des noix de coco...



Ma p’tite Sandrine, quant à elle, pédale sans effort sur son VTC, vélo tout confort, des papillons virevoltant autour d’elle, des lapins lui faisant signe sur son passage…, elle est bien… Et moi, pendant c’temps-là, j’tournais la manivelle, et moi, pendant c’temps-là, je n’avançais qu’au pas… « Euuuuh… Franck, t’as remarqué que plus tu pédales moins fort et moins tu avances plus vite ? Je te reprends si tu veux… » Sandrine la bonne samaritaine… Elle n’a pas le temps de terminer sa phrase que j’ai déjà fait l’échange standard… « Monsieur l’arbitre ! Changement !!! » Bon, pour compenser sa moins-value dans la transaction et surtout éviter qu’elle ne mette fin prématurément à sa période d’essai, moi, gentleman malfaiteur, je me positionne à ses côtés pour pouvoir l’aider en la poussant dans le dos tout en roulant. Le problème, c’est que je ne maîtrise pas ma force et qu’elle n’a pas pris le temps de lire les quelques lignes précédentes. Contrairement à toi, elle n’est donc pas au courant que ma machine de guerre n’a ni frein, ni direction assistée, ni airbag, ni… « Sandriiiiiine, j’ai oublié de te dire !!!… » Trop tard ! Un peu comme en cours de chimie au collège, tu mélanges quelques ingrédients au hasard et ça te pète au nez : Trois coups de pédale, ça va… Trois coups de pédales et une poussette dans le dos, ça va toujours… Trois coups de pédale, une poussette dans le dos, un virage, les ennuis commencent… … Trois coups de pédale, une poussette dans le dos, un virage et une blonde au volant et paf le chien, direction le fossé !!! « Tourne, tourne, tourne !!! » Mais sur sa lancée, le Titanic ne tourne pas… « Freine, freine, freine !!! » Mais sur sa lancée, le Titanic ne freine pas… Pincemu, Pincemi et Pincemoi sont sur un rickshaw-vélo. Le rickshaw-vélo tombe à l’eau. Qui reste au sec ?... Personne !… Crack boum huuuu !!! Dans l’eau, l’rickshaw-vélo ! « Sanka, t’es mort ? - Yeah man ! » Bilan des courses : Ouf, seules quelques égratignures sont à déplorer. Ouf, le fossé, bien que profond, ne contient pas plus de trente centimètres d’eau. Ouf, notre robuste vélocipède n’a pas bronché d’un rayon lors de l’impact. Mince, mes femmes n’ont malheureusement pas hérité d’une extinction traumatique de la voix dans l’accident… Sandrine m’en veut à mort de l’avoir poussée et le fait savoir haut et fort, Sasha est en pleurs de peur et se fait entendre, Anna en veut à Sandrine de ne pas avoir réussi à tourner et ça déménage. Quant à moi, je ne peux m’empêcher de me marrer devant ce tableau mémorable de mes trois blondes se dépatouillant dans la boue pour se désincarcérer de leur monture diabolique… Du coup, tout ce ramdam attire la moitié de la ville qui s’empresse gentiment de venir nous filer un coup de main pour sortir tout mon p’tit monde embourbé dans la bouillasse… « Merci les amis ! »

Bon, comme c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et comme ma grosse Bertha misogyne a voulu se suicider lorsqu’une femme a tenté de l’apprivoiser, ben c’est moi qui me remets aux manettes. Les cinq cents premiers mètres me mettent une nouvelle fois les cuisses en feu et le front en eau. Et après ces cinq cents mètres ?... Ben sache que c’est la libération de Paris ! Non, je ne suis pas en descente ! Non, je n’ai pas découvert de moteur caché dans le cadre du vélo ! Et non, je n’ai pas ingurgité un échantillon d’urine de Lance Amstrong ! C’est juste qu’un pléonasme, alias un birman sympa et compatissant, m’a stoppé en bord de route pour m’emmener dans sa boutique afin d’y regonfler les pneus de mon bolide. Et comme par magie, ça roule bien mieux ! Je ne me suis pas transformé en le fils caché de Jannie Longo et Miguel Indurain, mais disons que maintenant, pour le même effort fourni, j’avance un peu plus vite ! Faut dire aussi que ma p’tite Sasha, assise juste à côté de moi, appuie sur ma cuisse gauche à chaque tour de pédale pour m’aider. « Merci ma chéwie ! » En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne passons pas inaperçu ! Sur le bord de la route, mes supporters birmans hilares m’encouragent en me voyant arriver à bicycleeeetteeee… Y avait Fernand, y avait Firmin, y avait Francis et Sébastien, et puis Paulette… Bon, j’oublie aussi Tang, Wong et Bing ! Bref, ils n’ont pas l’air habitué à ce qu’une famille de coton-tiges vienne jusqu’ici sur un engin pareil ! Et oui, c'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui !!!





Allez ! Roulez jeunesse ! On avance comme ça tant bien que mal jusqu’à Maing Tauk, petite bourgade posée sur pilotis où pour certains, rien de spécial n’est à voire ou à faire. Et pourtant… Grand bien nous a pris de nous arrêter à Maing Tauk ! Déjà, je suis accueilli à mon arrivée comme le vainqueur du Tour de France du lac Inle. On me prend en photos par-ci, on me félicite d’être venu jusqu’ici sur cet engin par-là… Ensuite, c’est calme, c’est beau, et comble du touriste, nous sommes les seuls blancs au milieu du peuple de l’eau... « Papa, maman, rassurez-vous, ils ne devraient pas nous manger »...

Une longue passerelle photogénique permet de rallier le village depuis la terre ferme. Après avoir garé nos vélos, nous l’empruntons donc jusqu’à son extrémité qui donne… sur l’eau. Cul-de-sac ! Sauf que, tel le père Noël sur son traineau, un gars se pointe sur sa pirogue et nous propose de venir manger dans son restaurant situé juste en face. Cool, j’avais l’intention de manger ici ! En plus, une fois notre choix fait sur la carte, il nous soumet l’idée d’une balade en pirogue dans le village avec sa fille pendant que sa mère nous prépare le repas… Cool, j’avais l’intention de faire une balade en pirogue ici !... En tout cas, tu sens les gens qui ont potassé « Le marketing pour les nuls » !!! Bref, après le vélo bizarroïde, nous voilà partis sur une toute petite pirogue pilotée par un p’tit bout d’femme se tenant sur une jambe pour ramer avec l’autre afin de nous faire avancer lentement sur les touts petits canaux qui sillonnent le village… Rien de mieux pour approcher au plus près les villageois et leur mode de vie séculaire sans pour autant interférer sur le déroulement de leur journée, ni altérer le fragile environnement dans lequel nous évoluons… Là, tu le sens le mec élevé au rythme des émissions de Nicolas Hulot, non ? On croise le facteur, on salue l’instituteur en passant devant l’école, on admire les femmes s’activant dans leurs tâches ménagères quotidiennes, … on touche du doigt la vraie vie du lac… Gé-ni-al !

















Dans la famille géniale, après la petite-fille, je demande maintenant la grand’mère ! Car ça y est, nous sommes attablés devant notre salade d’avocats, notre poisson grillé farci à la cacahuète et notre Mandalay Beer. Succulent ! L’ensemble rime parfaitement avec le cadre captivant et paisible qui nous entoure. C’est décidé, je veux investir dans l’immobilier à Maing Tauk ! Le village n’est peut-être ni le plus joli, ni le mieux entretenu, mais il y a ici quelque chose qui flotte dans l’air de différent... Un petit supplément d’âme indéfinissable qui fait qu’on kiffe cet endroit. Si bien que deux heures plus tard, sans s’en rendre compte, nous sommes toujours sur la terrasse de notre restaurant à rêvasser, à lire, à discuter, à contempler, à tenter de récupérer la tong que Sasha vient de faire tomber à l’eau, à ne rien faire, ... Pour ce qui me concerne, ça valait donc le coup de m’arracher les cuisses. Et ça valait aussi le coup de se vautrer dans la boue pour Sandrine !











Chut, en parlant de mes cuisses, elles ont une question à me poser… « La poursuite de la torture afin d’assouvir un besoin exponentiel d’ailleurs et d’exotisme se justifie-t-il de nos jours ?... Revenir sur ses pas avec la monotonie et la souffrance que cela incombe ne devrait-il pas être prohibé par une personne saine d’esprit ? »… Et oui, mes cuisses auraient pu écrire des sujets de bac philo !… En tout cas, un propriétaire de bateau ayant le don de clairvoyance a lu dans mes yeux que ces questionnements me faisaient activement réfléchir. Il me propose en effet de charger nos bécanes à bord de son bateau et de ramener toute l’équipe saine et sauve à Nyangshwe. Marché conclu ! Tu vois, moi, Franck le vadrouilleur, je m’étais lancé officiellement le défi de faire un quart du tour du lac en vélo aujourd’hui… Défi réussi !!! Si bien qu’on se retrouve une nouvelle fois en balade sur le lac, Sasha, Anna, Sandrine, la grosse Bertha, le VTC et moi, afin d’y faire un dernier coucou aux jardins flottants, un dernier au-revoir aux maisons sur pilotis, un dernier clin d’œil à quelques pêcheurs aussi pêcheurs que je suis dompteur de pingoins... Merci aux inthas et au lac Inle pour toutes ces photos tellement belles qu’elles piquent les yeux !





Allez, plus que quatre cents mètres… Il ne me reste en effet plus que quatre cents ridicules petits mètres à parcourir dans les rues de Nyangshwe au guidon de mon tank pour en être officiellement délesté… Oui, mais l’animal ne l’entend pas de cette pédale ! Comme un gamin battu qui va retrouver ses parents après un mois de colo, le bougre tente en désespoir de cause un échappatoir en nous jetant avec lui dans le canal, n’acceptant sous aucun prétexte de redresser la trajectoire sur ce fichu chemin en dévers !... Cinq, quatre, trois, deux, un… « Les filles, mettez vos bouées !!! » Impact ! Heureusement pour nous et ma dignité, l’impact se fait contre un gros poteau de bois planté tout au bord du canal pour sauver les touristes en pareille situation. Plutôt que de plonger la tête la première dans l’eau boueuse, je préfère le heurter violemment et stopper nette cette nouvelle tentative de suicide… Ouf, on l’a échappé belle ! Et pour assurer le coup, c’est décidé, on va finir à pieds, notre machine maléfique en laisse !



C’était dans mon top dix des trucs à faire durant notre voyage : « Biker autour du lac Inle » ! Je n’avais pas imaginé une seule seconde que ça allait prendre cette tournure sportivo-cinémato-dramaturgique, mais à dix-sept heures, t-shirts trempés de sueur et culottes trempées de frayeur, on a tout de même pu rayer ça de ma liste en échangeant de larges sourires complices avec le propriétaire de notre fournisseur d’anecdotes pour la journée… Je ne dirai que deux choses : Et de une, je n’ferais pas ça tous les jours ! Et de deux, si tu veux des anecdotes croustillantes lors de ton futur voyage à Nyaunshwe, loue un rickshaw-vélo ! Maintenant, pour combler la fin d’après-midi, un petit tour au marché couvert de la ville pour dire qu’on y est allé, un petit pain au chocolat français dans une boulangerie française tenue par un français, une négociation dans la rue pour une voiture avec chauffeur pour demain, un retrait d’argent pour être en capacité de nourrir nos filles ces prochains jours, …, et il est déjà l’heure de nous rendre au Poppet Show. Le Poppet Show ? Quésaco ?... Le Poppet Show, c’est un spectacle grandiose de marrionnettes birmanes qui a lieu tous les soirs à Nyaunshwe. Bon, je vais rapidement calmer ton subconscient qui s’imagine un son et lumières avec décors démentiels dans une salle immense remplie d’un public en délire ! En arrivant, on découvre une petite pièce où trônent une vingtaine de chaises pour les spectateurs et une petite scène derrière laquelle un drap peint à la main est tendu. Un vieux monsieur nous accueille. Ce même vieux monsieur nous encaisse. C’est toujours ce même vieux monsieur qui nous sert le thé. Encore lui qui nous fait la présentation de l’historique du spectacle. Et enfin, devine qui fait prendre vie à plusieurs de ses marionnettes qu’il a fabriqué lui-même ? Bingo, le même vieux monsieur ! Bon, pour tout te dire, Anna et Sasha ont apprécié l’heure de spectacle qui nous a été proposée. Sandrine et moi, …, on a bien aimé le thé...



Du coup, à notre tour, désormais, d’avoir notre spectacle ! Et il a lieu dans notre assiette qui nous est servie copieusement comme hier au Sin Yaw ! On ne change pas une équipe qui nous régale !!! Mmmmmmm, c’est bon çaaaaaaaaa ! Définitivement, le Sin Yaw, même si je n’ai pas d’action dans leur business, je recommande lourdement ! Serveurs jeunes et sympas, nourriture délicieuse, dessins de futurs grands artistes français au mur, … A ce propos, si tu y vas, dis-moi si les dessins d’Anna et de Sasha y sont toujours… Des dessins du restaurant et des empruntes de mains. De toute façon, demain est une autre aventure...

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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 13 (26 février 2015) - La vengeance d’une blonde

Ami lecteur, amie lectrice, je me permets humblement d’attirer ton attention sur cette journée spéciale. Spéciale dans le sens où ce n’est pas Franck qui écrit… Et Polichinelle pourra aller se rhabiller, le secret de mon identitié ne sera pas dévoilé… Considère simplement que cette journée de vadrouille te sera contée par quelqu’un d’autre, souhaitant s’exprimer sous couvert de l’anonymat… Pourquoi voler la jolie plume de Franck tout spécialement aujourd’hui ?... Tout simplement parce que la journée d’hier a été la goutte d’eau gazeuse qui a fait débordé le mojito ! Oui, cela m’attriste au plus profond de ma chair de t’entendre glousser derrière ton poste à la lecture des mésaventures de cette pauvre Sandrine. Oui, elle est tombée dans un fossé en vélo ! Et alors ?!?… Je voudrais bien t’y voir, toi, à sa place, emmenée sous la contrainte à l’autre bout de la planète par un forcené de la vadrouille !!! Comment ? Tu échangerais bien volontiers ta place contre la sienne ? Risquer ta vie chaque journée passée dans ces contrées lointaines et dangereuses ?... Si tu penses qu’un soupçon d’exagération s’est malencontreusement glissé dans mes propos, écoute bien attentivement ma version des faits de ce qui va certainement encore se passer lors de cette nouvelle journée et je mets ta main à couper que tu verras les choses bien différemment, ok ?...

Alors on commence notre histoire de bon matin avec une Sandrine toute trépignente… Non, ce n’est pas à l’idée de voir Sophie Davant présentée le téléshopping. C’est juste qu’elle a hâte d’aller s’ingurgiter les fameuses crêpes au Nutella servies à chacun des petit-déjeuners de son hôtel. Oui, le petit-déjeuner, c’est important ! Dans Cosmopolitain du mois dernier, ils disent que si tu ne prends pas un bon petit-déjeuner en te levant, tu as une chance sur deux de passer une mauvaise journée… Du coup, Sandrine met un maximum de chances de son côté et profite du meilleur moment de sa journée vu que le petit-déjeuner de l’hôtel Aquarius est très bon et très copieux. D’ailleurs, cet étourdi de Franck n’en a pas beaucoup parlé depuis leur arrivée sur les bords du lac Inle, mais je peux te dire que Sandrine te recommande chaudement cet hôtel, surtout après que les employés lui aient offert quelques petits cadeaux en souvenir lors de leur départ… « Snif snif »… Non, ce n’est pas un des trois petits cochons mais plutôt le sentiment de Sandrine au moment de quitter définitivement ce cocon douillet en ayant dans un coin de la tête la torture que l’autre mazo prévoit de lui infliger ce soir : Une nuit complète à passer dans un bus birman certainement agrémenté d’un karaoké en guise de comptine pour s’endormir… Alors, toujours envie de postuler pour une nouvelle émission de « Vis ma vie » ?...

En attendant, si tu te remémores bien la désastreuse journée de Sandrine d’hier, Franck a négocié une voiture avec chauffeur pour la journée d’aujourd’hui. Par contre, cette tête de linotte a oublié de te dire pourquoi ! Il s’est bien caché de te dire qu’il avait unilatéralement décidé d’emmener sa famille à Aungban ! Non, mais tu te rends compte ? A Aungban ! Jamais entendu parler de ce patelin mais rien que le nom me file la chair de caille !... D’après ce qu’en dit Franck, il s’agirait d’une petite ville perdue à environ une heure de Nyaungshwe où il s’y pratique des rituels bizarres. Des gens des montagnes y vendraient leur production à d’autres venues tout spécialement pour leur acheter. Tu vois, des rituels bizarres que j’te disais ! Encore une fois, il emmène sa femme et ses deux filles sans défense dans un endroit loin de tout vraiment bizarre bizarre vous avez dit bizarre, où même le dénommé Jacques Pradel serait incapable de retrouver leur trace ! Et le plus pire de tout, c’est que le Franck, ça ne l’effraie même pas ! Je n’sais pas d’où il tient cette passion pour l’aventure… De son père ?... Euuuuuh, non… Allez, la suite !

Bref, tout ça pour te dire que les quatre membres des 2be3 prennent place dans la petite voiture grise du chauffeur d’hier qui bizarrement, ne parle plus un mot d’anglais, a perdu vingt centimètres et pris trente kilos…La théorie de l’évolution, ça doit être ça… Et c’est parti pour une heure de route ! Sauf que sur leur route, oui, il y a eu des soucis, de l’aventure du mouv’, oui, une vie de roots… Déjà, un peu comme un train de la SNCF qui s’arrête sans raison cinq minutes après le départ, la fameuse voiture grise s’immobilise sur le bas-côté alors que la pancarte de sortie de Nyangshwe n’a pas encore été franchie. Un esprit civilisé penserait de premier abord à une panne technique ou encore à une pause pipi de dernière minute… Que nenni ! Le soi-disant taxi privatisé s’arrête pour prendre un passager mystère pas claustro. Mystère car personne ne sais qui il est… Et pas claustro car comme il n’y a plus de place sur les sièges du véhicule, le type s’installe… dans le coffre !!! Oui, oui, dans le coffre ! Tu ne comprends rien à ce qui se passe ? Normal, Franck et Sandrine non plus !… Après ça, moins trois, moins un, moins six, moins trois, moins trois, moins six, moins un, … Contrairement à ce que tu crois, ce n’est pas une soustraction que Franck inflige à ses pauvres petites pour passer le temps en voiture... Ce sont les points de permis que le chauffeur est en train de semer le long de la route lorsque j’énumère toutes les infractions qu’il commet rien que sur une vingtaine de kilomètres. Pas de clignotant lorsqu’il tourne. Dépassement de la ligne continue sans visibilité. Pas de ceinture. Téléphone au volant. Excès de vitesse. Dépassement par la droite. Et je ne te parle même pas du gars pas claustro toujours enfermé dans le coffre !... C’est sûr, ce chauffeur-là a un nombre de vies illimité comme dans un jeu-vidéo pour être encore de notre monde… En tout cas, une fois de plus, te rends-tu un peu plus compte des conditions dans lesquelles Franck fait voyager sa famille ?... Ce qui est sûr, c’est que Sandrine serre tellement les fesses que le gars dans le coffre aurait maintenant largement assez de place pour s’installer sur la banquette arrière !...

Et au bout de trente kilomètres, comme le nez au milieu de la route, arrive ce qui devait arriver : Un barrage de la maréchaussée locale qui arrête une voiture sur dix. Et vues les infractions commises, peu de chances que notre chauffeur passe à travers les mailles du filet de bœuf… Bien vu Sherlock ! « Sur le bas-côté mon bon monsieur !... » « Chouette, une nouvelle anecdote de voyage ! » aurais-tu pu lire si Franck t’avais raconté l’histoire… Moi, ce que je vois, c’est qu’une bonne mère de famille risque d’aller en prison pour s’être mariée avec un inconscient !... Bilan ?... Et bien en France, là où le flic t’aurait détroussé avec un air sadique de quatre-vingt-dix euros pour t’avoir flashé à cinquante et un à l’heure au lieu de cinquante, ben en Birmanie, le gentil Cruchot ne stoppe ton véhicule que pour voir d’un peu plus près les deux ‘tites miss couettes assises à l’arrière ! Bref, sur la liste « Rencontre avec la police du troisième type », Franck est content, il peut noter « Check » ! Quant à ma pauvre Sandrine, sa torture peut reprendre...







Bon, recentrons-nous sur l’activité récré A2 du jour que Franck a planifiée : Le marché d’Aungban ! Pour commencer, et c’est important de le souligner tellement c’est rare, il n’a pas menti : Aungban, c’est paumé ! Et sur le marché d’Aungban, il n’y a que quatre têtes blondes parmi les birmans ! Des étales au sol à perte de vue… Des légumes, des fruits, des poissons, de la viande, … Pas une boutique de babioles à touristes à l’horizon ! Des sourires, des couleurs, des photos, des tentatives de communication, … Le souçaille, c’est que là où Franck en prend plein les mirettes, Sandrine se sent comme un dromadaire sur la banquise venu espionner les manchots. Ce n’est vraiment pas sa cup of tea. Bon, c’est un fait, mais où est le caractère dangereux de cette excursion, vas-tu me dire ?... Ben justement, les bisounours ganbaderaient tout nus dans la verte campagne si Franck, alias Eli le kakou, ne s’essayait pas au goutage de denrées alimentaires peu ragoutantes et inconnues du répertoire de Philippe Etchebest himself… Ses filles, ses parents, ses amis, ses collègues, et même toi : Peut-être tente-t-il d’impressionner tout son p’tit monde avec son goût prononcé pour l’aventure… Mais son petit manège ne fonctionne pas sur moi ! Ni sur Sandrine qui, comme son estomac commence à avoir le mal du pays, cède volontiers sa place à la cantine… De toute manière, elle préfére se creuser la tête pour savoir pourquoi certains gars du cru se baladent avec un casque nazi greffé sur la tête en guise de casque de moto, croix gammée bien en évidence sur le côté… Renseignement pris auprès de Maître Capello, cela serait dû au fait que le dictateur en place ces dernières décennies avait une adminiration certaine pour un dénommé Adolf Hitler… Et comme il n’y eut ni communication entrante, ni communication sortante avec les autres citoyens terriens pendant très longtemps, et bien les birmans en sont restés à ce que leur gentil dictateur leur racontait comme histoire, le soir au coin du feu. En d’autres termes, les nazis sont des gens bien sous tous rapports, et leur chef, un exemple à suivre… Ça te donne une idée de la dictature en question...















Bon, tu l’as compris, Franck s’est goinfré de dépaysement sur ce marché, là où Sandrine s’est sentie comme une godasse dans une bouse de vache. Traduction, elle se demande encore ce qu’elle est venue faire ici, considérant qu’un marché, c’est un marché, et qu’il n’y a pas de quoi vermifuger un abribus… Allez, chauffeur, emmenez-les au bout de la terre, emmenez-les au pays des merveilles, … Tout ça pour te dire que le chauffeur emmène maintenant notre troupe de joyeux lurons vers une grotte qui me laisse dire que le boudisme est aux antipodes de l’islam. Là où Charlie hebdo s’est fait « punir » pour quelques représentations du prophète Mahommet, imagine ce que diraient les musulmans s’ils tombaient sur une grotte où sont entreposées et vénérées quelques neuf-mille statuts de leur prophète… Heureusement, ce ne sont pas des statuts de Mahomet que les bouddistes vénèrent, mais bien des statuts de Bouddhas. Et toute cette démonstration dégoulinante de dévotion, ça se passe dans la grotte Shwe Oo Min à Pindaya ! Pindaya qui, pour ta gouverne, veut dire « J'ai tué l'araignée ». Non pas que ce soit important de le savoir car compliqué à replacer lors d’une conversation mondaine, mais je te le dis car ça fait référence à une légende locale dans laquelle sept sœurs fées, alias les sœurs Halliwell birmanes, auraient visité une grotte dans laquelle elles auraient été effrayées par une araignée géante qui en bouchait la sortie. Oui, un peu comme la sardine à Marseille… Bref… Un prince sur son destrier la tua, libéra les jeunes donzelles et se rémunéra en épousant la plus jeune ! Musique, château Disney en fondu arrière, feu d’artifice pétaradant, générique de fin, quelle belle histoire !… Bref, en quelques mots, voilà la raison pour laquelle les birmans fans de contes de fées vénèrent cette grotte depuis Bouddha seul sait quand… Bon, je te raconte l’histoire pour faire passer le temps de route, mais ils ne sont pas encore arrivés. Là, ils sont en train de se sustenter dans une gargote en bord de route, imposée par leur chauffeur ! Menu en birman, repas birman servi par des birmans ne parlant que le birman, toilettes birmans, … De l’authentique jusqu’au moment de l’addition, bizarrement plus en adéquation avec la France ! Maintenant que j’y pense, le « imposée par le chauffeur » n’est peut-être pas un hasard...

Bref, ça y est, quelques tours de roue de plus et les voilà à bon port. Ça, c’est ce que cet arracheur de dents de Franck a dit à Sandrine… Sauf qu’il a un p’tit peu omis un détail de quelques trois cents marches pour accéder à la fameuse grotte. Bon, je suis mauvaise langue car Sandrine et les filles, après le trek d’il y a quelques jours, nous avalent ça rapidement, et même avec le sourire malgré les trois mille kyats à payer en haut en plus des deux mille payés en bas… C’est donc rapidement qu’ils se retrouvent perdus dans ce musée Grévin dédié à Bouddah… Deux cents mètres de galeries couvertes de Bouddhas accumulés au fil du temps et entreposées pour certaines dans des endroits peu accessibles. Des grandes, des couchées, des en or, des assises, des belles, des en bois, des grosses, des moches, … Et ce n’est pas fini ! Ben oui, les gens en ajoutent tous les jours… Si bien que si tu lis mon carnet plusieurs jours, plusieurs mois, voire même plusieurs années après que la franky family a laissé son emprunte indélébile ici, peut-être que le chiffre de neuf mille statuts annoncé n’est plus d’actualité… En tout cas, cet endroit mérite sa place au Louvre, tout juste à côté de la Joconde tellement c’est impressionant. Il mérite aussi de figurer dans le top dix des meilleurs sites pour organiser les championnats du monde de cache-cache tellement c’est labyrinthique. Tu viens ici avec tes deux enfants et ta femme, … et tu repars ni vu ni connu en célibataire ! Mais je dois souligner que malgré tous ses défauts, ce n’est pas le genre de Franck puisque personne ne manque à l’appel lorsque la petite voiture grise reprend la route pour revenir sur ses pas pour laisser tout son p’tit monde à l’arrêt de bus d’Aungban !





















Et c’est donc après une heure de route supplémentaire que la délivrance survient. Délivrance pour Sandrine qui n’aura plus à subir la conduite de sagouin de Sami Naceri, mais surtout délivrance pour le pauvre type toujours cloîtré dans son coffre qui va enfin pouvoir jouer à « qui va à la chasse perd sa place » sans qu’un « qui va à la pêche la repêche » ne tienne… Car nos aventuriers sont maintenant lâchement abandonnés à l’arrêt de bus d’Aungban où l’objectif trépidant des deux prochaines heures de nos aventuriers consiste à attendre le bus de nuit qui va les emmener vers de nouvelles dangereuses aventures dans le sud du pays… Sauf qu’à l’école, on m’a enseigné le passé simple mais rien sur le futur compliqué. Car dit comme ça, prendre un bus devant le Cherry restaurant vers dix-huit heures paraît hyper simple. Sauf que prendre un bus devant le Cherry restaurant vers dix-huit heures en Birmanie, c’est beaucoup plus compliqué. Dix-huit heures dix… Dix-huit heures vingt… Dix-huit heures trente… Rien… Franck va alors à la pêche aux infos :

« Bago, Bago ! Le bus pour Bago, il passe bien ici ? - Non ! A la station des bus derrière le restaurant ! » Aïe… Vite, tout le monde au pas de course jusque dans l’arrière-cour du restaurant, tout le barda sur le dos... « Bago, Bago ! Le bus pour Bago, il n’est pas encore parti ? - Vous n’êtes pas au bon endroit ! Le bus pour Bago s’arrête juste une minute devant le restaurant ! » Aïe… Vite, tout le monde au pas de course pour retourner devant le restaurant, tout le barda sur le dos... « Le bus pour Bago, il s’arrête devant le restaurant ou dans la station des bus dans l’arrière-cour ? - Le bus pour Bago, je crois qu’il est déjà passé il y a plus d’une demi-heure… »

Bref, Franck court. Il court, il court le furet, dans tous les sens, interrogeant tout ce qui ressemble à un birman, interceptant tout ce qui s’apparente de près ou de loin à un bus, se démenant comme un beau diable pour éviter une mésaventure à sa famille… Je le regarde courir à droite, à gauche, devant, derrière, … Et son instinct protectionniste paie puisqu’après dix minutes d’efforts intenses, il appelle fièrement tout son petit monde : « Bus pour Bago ! » Du coup, cinq minutes plus tard, toute la famille s’installe dans le bus, gentiment accueillie par un Dominique Farrugia birman en train de vomir. Ça promet pour les douze heures de route de montagne et de calvaire qui s’annoncent… Mais là, non ! Tu ne vas pas m’entendre faire ma rabat-joie à accabler Franck. Oui, je suis même prête à faire amende honorable… Ce dernier épisode m’a fait comprendre une chose : Oui, les conditions de voyage que Franck inflige à ses femmes doivent être pénibles à vivre. Mais j’ai compris qu’il faisait ça pour vivre des moments intenses de voyage, de découverte et d’aventures avec ses trois femmes. Que de moments inoubliables de vadrouilles passés en famille ! Que d’expériences synonymes de renforcement des liens qui les unissent !… J’ai compris… Je l’ai compris… Et je sais maintenant que je laisse Sandrine, Anna et Sasha entre de bonnes mains pour la suite des aventures, à commencer par demain. Mais comme dirait l’autre, demain est une autre aventure...
http://onpartenvadrouille.over-blog.com Carnets de route "décalés" : Jordanie, Balkans, Thaïlande, ouest américain, Birmanie, Pérou, Cambodge, ...
DA Daisyone Globetrotter ·
Ah ça valait vraiment le coup d’attendre 7 mois pour lire la suite !!!! Formidable de drôlerie. J’espère que la suite viendra plus rapidement....
daisy
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Il me prend actuellement une fièvre d'écriture et j'ai terminé le racontage de tout ce voyage (déjà en ligne sur mon blog)... La suite va donc arriver rapidement ici !
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 14 (27 février 2015) - Un rocher Suchard ?

Il y a trois incontournables en France : La tour Eiffel à Paris, notre ah que Johnny Hallyday national, et surtout l’incroyable statue de Woinic dans les Ardennes... En Birmanie, c’est tout pareil ! Déjà, tu as la Pagode Schwedagon à Rangoon où nous irons faire quelques prières dans quelques jours si Bouddha le veut bien. Ensuite, il y a la Pagode Mahamuni à Mandalay. Rappelle-toi, c’est là où on peut voir mister Bouddha en pleine digestion après une orgie de hamburgers… Et enfin, il y a le Rocher d’Or dans le sud du pays. Si je te dis tout ça, c’est parce que ce Rocher d’Or, c’est pile poil notre objectif du jour ! Dédaigneux initialement, je ne l’avais pas mis au programme car nombreux sont ses détracteurs qui lui crachent dessus en prétendant que ce Rocher d’Or n’est finalement qu’un rocher recouvert d’or. Ouais, ben c’est un peu ce qu’on lui demande, après tout… Il ne peut donc pas y avoir tromperie sur la marchandise ni accusation de publicité mensongère… D’autres affirment que la visite du Rocher d’Or est plus une expérience à vivre qu’un véritable site à visiter… Ok, là, c’est plus censé comme critique… Du coup, en pesant le pour et le pour après lui avoir mis un carton rouge initialement, j’ai rapidement eu des remords et l’ai tout de même inscrit au patrimoine mondial des sites que je voulais découvrir dans ma vie. Et puis aller en Birmanie sans voir leur Woinic national, ce serait gâché, non ? Donc au Rocher d’Or, nous, on y va ! Enfin, on y va, on y va, c’est vite dit ! Car pour le moment, on vient juste de nous débarquer à Bago à quatre heures et demi du mat’ après une douce nuit de bus à réviser nos plus grands tubes birmans au karaoké. Et autant te le dire de suite, le Rocher d’Or, personne n’a l’intention de nous le déposer sur une assiette tout en nous mettant une cuillère en argent dans l’oreille ! Après cette nuit dans le bus numéro un, il nous faut maintenant faire la route entre Bago et Kinpun dans un moyen de locomotion numéro deux. Et arrivé à Kinpun, il nous restera à nous farcir un moyen de transport numéro trois afin de monter la montagne en haut de laquelle se trouve le Rocher d’Or. Enfants du soleil, on parcourt la terre, le ciel, on cherche not’chemin, c'est notre vie, c'est notre destin. Et le jour la nuit, avec ma femme et mes deux filles, not’bus venant du nord, on recherche le Rocher d'Or… Aaaaaaah ah ah aaaah…Franck Anna Sasha, Sandrine, le Rocher d’ooooor...



Bref, en attendant le bus number two, c’est ma tournée, petit-déj’ pour tout le monde ! Avec deux allemands et un français rencontrés à l’arrêt de bus, direction le seul boui-boui ouvert à cette heure matinale dans lequel on trouve des plats divers et avariés... Satisfaction du système digestif, bof bof. Plaisir des papilles, zéro pointé…. jusqu’à ce qu’on nous fasse signe pour nous signifier l’arrivée de notre minibus de campagne. Minibus de campagne car un type reste sur le marchepied pour héler les potentiels clients ; le tout, bien évidemment agrémenté des traditionnels klaxons birmans… Que se passerait-il si le klaxon de notre minibus venait malencontreusement à tomber en rade ? A tous les coups, ce serait l’immobilisation du véhicule sans sommation ! Un pneu crevé, passe encore, mais un klaxon muet…, soyons sérieux ! Tout ça pour te dire qu’avec le bruit, les arrêts et les courants d’air, inutile de compter finir ta nuit de pionçage dans ce minibus de campagne durant l’heure et demi de route qui sépare Bago de Kinpun Une heure trente à laquelle se sont ajoutés soixante arrêts d’une minute pour prendre ou faire descendre des passagers… Arrivée à Kinpun à huit heures trente ! Là, le calvaire touche à son paroxysme puisque le moyen de locomotion numéro trois pointe le bout de son nez...

Ah, tu l’as voulu ton pèlerinage au Rocher d’Or, hein ? Et bien tu vas en ch… jusqu’au bout ! C’est ce qu’on appelle un pèlerinage sportif ! Car pour l’ascension de la montagne en haut de laquelle se trouve le fameux rocher, deux solutions : Tes jambes mais tu en as pour la journée… Ou alors une demi-heure de rodéo-truck à bord d’un camion-benne aménagé. Et quand je te parle d’aménagement, ce n’est pas Régis qui a bricolé sa camionnette J9 pour en faire un camping-car avec lit, frigo et douche solaire… C’est sept bancs dans la benne, sept personnes par banc, sept personnes dans la cabine, trois mille kyats par personne ! C’est ce qu’on appelle un pèlerinage sportif pour les uns, pèlerinage lucratif pour les autres !





Entassés comme des bœufs partant à l’abattoir, nous entamons l’éprouvante montée, nous, transbahutés de gauche à droite à chaque virage, moi, étouffé par Anna et Sasha qui sont sur mes genoux pour permettre à une huitième personne de tenir sur notre rang, Sandrine, pelotée par un type bizarre assis à côté d’elle… Le pauvre… Je ne parle pas du type qui tente de peloter ma femme, mais bien de l’embrayage qui hurle à la mort pour parvenir à nous faire avancer malgré une pente constante à plus de dix pour cent ! Heureusement, après vingt minutes, une pause s’impose. Au menu, vente de nourriture et de boissons, assortie de racket et autres donations obligatoires pour Bouddha. Et ça doit être un rituel ici, car dès que recommence notre calvaire, tous les birmans font d’autres donations, à dame nature cette fois-ci ! Et hop, une boîte vide de Pringles ! Et hop, une bouteille de Fanta ! Et hop, un emballage d’Oreo ! Quelle générosité...

Bref, chaudement démoulés de notre limousine, on en arrive à la dernière épreuve du pèlerinage. Là encore, deux choix. Une demi-heure de grimpette raide à pinces, ou passer pour la pire des feignasses en se faisant porter par quatre birmans dans un palanquin. Le prix de la course ? Ça se calcule au poids ! Véridique ! Donc la distraction du coin : la pesée !... Pour nous, bien sûr, ce sera à pied en flânant entre les boutiques de bondieuseries et autres remèdes miracles à base d’huile d’éléphants, de crânes de singes, de pics de porc-épic, … Et ce qui devait arriver arriva… Après tant d’efforts pour le voir, nous l’avons enfin en ligne de mire : le Rocher d’Or !!! Pour un bouddhiste, venir au rocher d’or est une étape indispensable de sa vie. L’effort consenti pour venir et grimper jusqu’ici lui vaut un bon point pour sa prochaine vie. Je peux te dire qu’avec tous les efforts et les sites religieux qu’on a visités depuis notre arrivée au Myanmar, on va obtenir une grande image… et une super vie future !

Mais revenons-en à notre Rocher d’Or… Comment ce simple bout de caillou est-il parvenu à la gloire alors que rien ne le prédestinait à une telle carrière de star ?... Selon la légende, au onzième siècle, un vieil ermite donna au roi Tissa un cheveu de Bouddha qu’il avait caché toute sa vie dans son chignon… Ouaih… si on veut… mais encore ?... Il lui offrit à une seule condition. Que le roi déniche un rocher ayant la forme de sa tête, qu’il l’installe tout en haut du mont Kyaiktiyo, et qu’il le coiffe d’une pagode pour y conserver ce cheveu… Bon, c’est là que l’histoire devient bizarre… Le roi, sans demander le pourquoi du comment, s’exécuta et trouva le rocher parfait au fin fond de la mer et le fit transporter jusqu’ici. L’épisode d’X-files raconte aussi que le bateau en question se transforma tout naturellement en pierre et que le rocher défie maintenant les lois de la gravité, en équilibre depuis mille ans, maintenu par le fameux cheveu de Bouddha… Et ouais, ça se passe comme ça chez McBouddha !



En m’approchant du bout de rocher le plus vénéré au monde, je constate quand même que les birmans ont moyennement confiance en la solidité du cheveu de leur Bouddha… Ben oui, une pancarte stipule clairement à l’entrée du périmètre d’accès : « Baramines et femmes interdites !!! ». Là où les pancartes « Chiens et juifs interdits » étaient du pur racisme pendant la seconde guerre mondiale, je dois avouer que je plussois à cent pour cent avec celle-ci. Premièrement, les femmes sont maladroites ; pas la peine de revenir là-dessus, je m’en suis fait livrer trois à domicile et en subit les conséquences chaque jour de ma vie… Quant aux baramines, après réflexion, ça se comprend aussi… Ben oui, imagine un gars se pointant par hasard dans le secteur avec sa petite baramine. Bon, ça ne doit pas arriver si couramment mais admettons… Partant de cette probabilité peu probable, si, toujours par le plus grand des hasards, ce même type venait à trébucher et plantait sa baramine pile poil sous le rocher, ce ne serait pas de bol, vas-tu me dire… La chauve-souris géante de Bigard est bien arrivée jusqu’à l’appartement, elle ? Donc pourquoi le gars ne pourrait-il pas avoir un mauvais réflexe en soulevant la baramine ?… Et là…Pouf ! Deuil national pendant vingt-cinq ans !... Y’a pas à dire, ils sont quand même prévoyants ces birmans !

Bon, trêve de boutade…, jusqu’à ce qu’on me prouve le contraire, je ne suis pas de la gente féminine, j’ai bien dissimulé ma baramine, ... Donc le Rocher d’Or, je l’approche ! Le Rocher d’Or, je lui renifle l’arrière-train ! Le Rocher d’Or, je le touche !... Et comme n'importe quel sale mioche à qui tu dis qu'un rocher tient en équilibre comme par magie, ben le Rocher d’Or, j'essaie de le pousser pour voir s'il tient si bien que ça… Ouf, aucune lapidation d’organisée sur la place publique pour aujourd’hui ! Tu peux donc en déduire que le caillou magique est resté stoïque, droit comme un i sans sourciller… Bizarre bizarre quand même car on a vraiment l’impression qu’une simple brise Airwick suffirait à le faire tomber. Non, ne te ridiculise pas en me reparlant toi aussi de cette histoire de cheveux de Bouddha s’il te plait !... Bref, après avoir profité du rocher, profitons maintenant de l’ambiance qui l’entoure. Déjà, sache que c’est jaune de monde ! Ben oui, quatre petits européens pour deux mille birmans… Rappelle-toi ce que je t’ai dit en début de journée : les touristes étrangers boudent le Rocher d’Or et je peux d’ores et déjà te dire qu’ils ont tort ! Moi, le Rocher d’Or, j’adore !!! Ensuite, il faut aussi savoir que le rocher n’est pas the star of the day. Les birmans étant attirés par tout ce qui est en or, ils adulent leur rocher, mais également mes filles et leurs cheveux d’or… S’organise une nouvelle fois une séance photos où les gens font la queue pour se faire tirer le portrait avec elles, avec accessoirement un rocher en toile de fond… Pfff… Notre routine birmane quotidienne, quoi !… Pendant ce temps-là, moi, j’en profite pour déambuler parmi la foule dans ce Lourdes birman, profitant de scènes de famille, de moments de recueillement et de prières, … Les gens me regardent et doivent se poser tout un tas de questions à mon sujet : Qu'est-ce qu'il a à sourire tout le temps ? Qu'est-ce que c'est qu’ces cheveux jaunes qui lui poussent sur le visage ? Est-ce qu'il fait d’la muscu' ou est-ce qu'il est naturellement balaise ?...







Allez, il est l’heure de tourner les talons au rocher ! Non pas qu’on s’ennuie, mais on doit redescendre à Kinpun pour y trouver un moyen de transport pour aller encore plus vers le sud. Et puis faut dire aussi qu’ici, c’est nudisme obligatoire au niveau des pieds et que le marbre blanc de l’esplanade commence à nous carboniser nos petites voûtes plantaires… Une dernière photo du rocher et on reprend le chemin du retour… seulement une heure plus tard pour cause d’embuscade ! En France, les embuscades se caractérisent plutôt par des apéros « romanesques voisinaux »… Ici, c’est une partie de foot improvisée avec Zidane, Ronaldo, Messi et Maradona, quatre petits birmans qui me font suer à grosses gouttes… et qui me procurent par la même occasion une bonne dose de bonheur qu’un non baroudeur ne peut pas comprendre...







Allez, il est vraiment l’heure de tourner les talons au rocher ! Non pas qu’on s’ennuie, mais là, ça urge de redescendre à Kinpun pour y trouver un moyen de transport pour aller encore plus vers le sud. Quelques samoussas à se damner en descendant, une nouvelle demi-heure de tape-cul pas agréable du tout, et nous revoilà à Kinpun où on nous annonce que le prochain bus pour Hpa-Anh ne partira que demain matin… Aïe… Dans les malheurs de Sophie, nous ne sommes pas seuls ! Deux français sont dans le même cas que nous. Du coup, la solution nous saute rapidement aux yeux : on va négocier un taxi pour tous les six… finalement obtenu pour cinquante mille kyats. La suite, deux nouvelles longues heures de route avec en revanche, un paysage somptueux. Bonne surprise, car je m'attendais à une route chiante comme la pluie au mois de novembre… : Traversée de la ville de Thaton qui m’apparaît bien sympathique, végétation bien verdoyante, et apparition des premiers pics karstiques émergeant au milieu des rizières. C’est en les voyant que nous savons que nous touchons enfin au but final de notre journée marathon : la petite ville de Hpa-An.

Ici, pas de réservation d’hôtel. Juste un nom gribouillé sur mon carnet de route : Golden Sky. Bon, une fois l’établissement visité, je dois avouer que ce n’est ni le Carlton de Lille, ni le Sofitel de New-York, … Mais faut dire que comme je ne suis pas DSK, ça devrait faire l’affaire ! Ah, Sandrine ne partage apparemment pas du tout cet avis et fait valoir son droit de maugréer dont la définition du Petit Larousse colle parfaitement à la situation : Maugréer, verbe du premier groupe. Action de manifester une très mauvaise humeur en grommelant à mi-voix que l’hôtel dans lequel on vient de s’installer ne correspond pas au standing attendu par une gente dame… Allez, mettons ça sur le compte de la fatigue… A moins que ce ne soit dû aux toiles d’araignées dans les coins, aux rideaux délavés, aux glouglous de la tuyauterie, aux néons clignotants au plafond, aux barreaux aux fenêtres, … Non, là, je ne sais vraiment pas pourquoi elle réagit comme ça !?! Mais bon, à force de voir la chambre durant ces trois prochains jours, je suis sûr qu’elle va l’adorer… Elle m’a bien aimé, moi ! Donc tout est possible ! Pour ton info logistico-hôtelière, la ville de Hpa-An étant un peu excentrée, elle n’est pas une destination prisée par les tour-operators. Du coup, l’offre en hôtels reste très limitée dans le coin...

Bon, la mauvaise humeur légendaire de Sandrine s’atténue heureusement un peu lorsque nous montons sur la terrasse de l’hôtel d’où on jouit d’une magnifique vue. Je la laisse d’ailleurs ici échanger avec un gentil couple de petits suisses. Ça va lui remettre le ciboulot à l’endroit d’échanger en français avec quelqu’un d’autre que moi. Dans l’histoire, elle y gagne une soi-disant super géniale adresse de resto alias the place to be à Hpa-An... Bon, on connait tous Sandrine les bons tuyaux, donc je ne dirai rien sauf que le terme « resto » n’est pour moi pas très approprié. Je dirais plutôt un empêcheur de crever de faim… Disons simplement que les bouts de gras en sauce qu’on nous y a servis n’étaient pas ma tasse de thé. J’en profite donc pour ne pas te donner en exclusivité cette adresse pour être sûr que tu n’y ailles pas par curiosité… Bon, ben voilà, ça y est, c’est l’heure tant attendue par Sandrine… L’heure d’aller se confiner dans son nid douillet dont elle te donnera des nouvelles à coup sûr demain ! De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 15 (28 février 2015) - Pas Anne, non pas elle !

Aujourd’hui, j’aimerais te faire une petite gâterie… Ben oui, je suis sûr que tu raffoles de ça, toi, des petites gâteries… Donc c’est officiel, je prends les choses en main ! Déboutonne le premier bouton de ta chemise, relâche tes épaules et laisse-toi faire. Attends-toi à vivre une expérience dont tu vas te souvenir aussi longtemps que de ton premier roulage de pelles : La découverte des environs de Hpa An, zone très peu courue par le commun des mortels touristes qui se cantonne généralement au circuit classique lors de sa venue en Birmanie ! Faut dire qu’à Hpa An, pas de monument monumentale, ni même de charme charmant… Comme partout en Birmanie, on trouve ici bien évidemment cinquante pagodes ou stupas au kilomètre carré, mais c’est pour les environs de la ville que certains mazos des longs trajets en bus comme nous poussent leur vadrouille jusqu’ici. Des grottes emblématiques, des rizières magnifiques, des paysages karstiques, des stupas atypiques ! Et pour découvrir toutes ces choses en « ique », quoi de mieux qu’une moto ?... Quelqu’un a-t-il une meilleure alternative à proposer ?... Non ? Personne ?... Ah, si… Sandrine... Et la Sandrine, elle ne propose pas. La Sandrine, elle impose… En fait, moi, routard dans l’âme et farouche opposant du gouvernement des tours organisés, j’avais dans l’idée depuis belle lurette de louer des motos et de partir à la recherche des sites des alentours. Or, hier soir au resto, un petit bonhomme en mousse nous l’a fortement déconseillé : « Ne faites pas cette erreur, les sites sont introuvables ! » Bon, des trouillards comme lui, j’en ai connu d’autres et ne tiens donc pas compte de cette remarque ne faisant pas avancer le chimilimilique. Mais quand, au petit-déj’ ce matin, un autre gars qui doit être dans la combine, en remet une louche de dix litres avec son « C’est la galère assurée si vous faites ça en moto ! », Sandrine se laisse embobiner comme un lama unijambiste et me prive d’initiative aventurière pour les vingt-quatre prochaines heures ! Etant venu avec la cavalerie, je tente quand même un « On ne va pas se laisser intimider par ces lopettes ! Tu verras, ça va bien se passer ! » Sauf qu’en face, il y a deux catapultes. La première, c’est le « Non » ferme qu’elle me sort froidement. La seconde, c’est le regard noir avec lequel elle me dit ça. Du coup, les quelques rescapés de la cavalerie sortent rapidement le drapeau blanc. La déception entre les jambes, je dois me contraindre à aller demander à l’accueil de l’hôtel si on ne pourrait pas me refiler le 06 d’un pilote de tuk-tuk susceptible de nous contenter pour la journée… Service express ! Un coup de bigophone, l’énumération des sites que je veux fouler de mes propres pieds, une mini négociation, et l’affaire est dans le lac pour quinze mille kyats pour nous quatre, départ dans une demi-heure !

Patel et Kaw Ka Thaung ! Patel, c’est le nom de notre chauffeur qui, pour la petite histoire, ne me comprend pas quand je parle. Pour ne pas faire de jaloux, je ne le comprends pas non plus donc tout va bien... Quant à Kaw Ka Thaung, c’est le nom de la première grotte où nous nous rendons… La particularité artistico-touristique de cette caverne, c’est que ses parois sont couvertes de milliers de petites icônes de Bouddha en argile toutes identiques… De loin, on dirait des auto-collants Panini collés au mur, tous à l’effigie du même joueur de foot alias Jean-Michel Bouddha… Au fin fond de la grotte, un boyau très étroit permet d’accéder à une salle secrète. En voyage, comme la curiosité est un excellent défaut, on l’emprunte ! Et dans cette salle secrète, devine donc un peu qui nous y attend bien sagement ? Oh, surprise… des statuts de Bouddha ! Heureusement, contrairement à la Thaïlande, Sandrine n’est pour l’instant pas encore en mode saturation vomismatique concernant toutes ces bondieuseries bouddhistes qui ne sont pourtant pas trop son genre. Va savoir, peut-être garde-t-elle ça pour elle pour ne pas me froisser ?... Ah non, ça non plus, ce n’est pas trop son genre...



Bon, la visite de la grotte est bien agréable mais je dois t’avouer que c’est son environnement extérieur que je voudrais me tatouer à vie sur la rétine. Ça en jette grave, comme diraient les djeuns ! Ferme tes yeux non bridés et imagine… Une plaine inondée couverte de rizières verdoyantes d’où émergent au loin quelques massifs karstiques transperçant le sol pour tenter de toucher du doigt le ciel d’un bleu profond… Un chemin poussiéreux bordé d’une ribambelle de statuts de moines bouddhistes grandeur nature semblant nous indiquer le chemin… Chemin au bout duquel se trouve un petit bassin d’une eau cristalline dans lequel les enfants du coin viennent patauger... Ajoute à ça quelques petites gargottes sur pilotis, et je suis à un étage du paradis… et bien décidé à y rester un petit moment. Que pourrais-je donc bien imaginer comme astuce ?… Yepaaaa, j’ai trouvé !... Lentement, je m’approche du bassin. Habilement, je fais semblant de glisser. Mouillément, je me retrouve dans l’eau tout habillé ! « J’ai glissé, chef… » Bon, ma pirouette cacahuète a bien fait rire la galerie, et servi de prétexte à mes filles pour enfiler leurs maillots de bain… Le temps du séchage, avec ma chère et tendre, nous profitons donc de ce moment de quiétude zénifiante pour langoureusement… nous enfiler une bonne bièèèère !!!









Allez chauffe Patel ! Nous sommes maintenant sur le looong chemin caillouteux menant à la grotte de Saddar. Long car Patel roule tellement vite qu'on pourrait se faire culbuter par un chat s'il lui prenait l'idée de nous traverser devant... Bref, une fois sur place, là aussi, zig-zaguer entre les stalagtites et les stalagmites, guidés par des lampes-torche et une appétissante odeur de guano, n’est pas des plus désagréable. … Euh, petite parenthèse gastronomique : Non, le guano n’est pas une délicieuse recette locale, mais des fiantres de chauve-souris… En tout cas, j’espère que c’est bon pour la voute plantaire car le sol de la grotte en est couvert et nous progressons pieds-nus ! Parenthèse fermée.





Je disais donc que la grotte Saddar est un incontournable du coin, mais là encore, c’est le magnifique environnement extérieur qui me ravit à sa sortie. Plus mieux que la précédente, j’dirais même ! En fait, cette grotte n’est pas en cul-de-sac et sa sortie de l’autre côté de la montagne débouche sur un petit lac croquiniolet que notre imaginaire asiatique ne pourrait pas mieux imaginer… Ça envoie du pâté, comme diraient les djeuns ! En tout cas, encore un endroit idéal pour se déssoiffer avec la petite sœur de tout à l’heure, cette fois-ci accompagnée d’un plateau apéritif dînatoire : Quelques beignets de légumes frits, morceaux de poulets frits et enfin, bâtonnets de fruits frits. Retour vers la friture !... Et aussi, retour vers l’entrée de la grotte. Pour ce faire, il est bien évidemment possible de revenir à pieds en reprenant le même chemin, les pieds dans la crotte de chauve-souris. Ok, ça, c’est la solution pour les loosers ! Car pour quatre-mille kyats, il est également vivement conseillé par le Lonely Franck de louer les services d’un gars accompagné par sa pirogue qui vous font tout d’abord traverser le petit lac, passer ensuite par un tunnel naturel, pour enfin déboucher sur le bouquet final, de petits canaux au milieu des rizières. C’est asiatiquement beau, à tel point que mes yeux me remercient de les avoir emmenés avec moi ici ! Yeux tout écarquillés face à l’immensité de la grotte, émerveillement devant la beauté du petit lac et de la balade en bateau dans les rizières, … Voilà ce qui pourrait résumer cette première journée de découverte des environs de Hpa-An. Mais que nenni ! Il n’est que midi et on en a encore sous la semelle ! D’ailleurs, midi, ça rime avec gargouillis… Notre estomac nous guide donc jusqu’à un lieu que les locaux nomment « Waterfall ». On y mange un très bon fried noddles dans un établissement équipé de toute la panoplie de la bonne gargote qui se respecte. Sol en terre battue, poules sur les tables, et régalade dans l’assiette !









Bon, vu que c’est quatre fois plus long, on ne va pas y aller par quatre chemins ! On reprend donc maintenant la route, direction le jardin de Lumbini ! Comme il y a peut-être des lecteurs de Rustica dans l’assemblée, je préfère préciser que le jardin de Lumbini n’a de jardin que le nom. On va dire qu’ils ont appelé ça « jardin » depuis le jour où un gars y a planté des graines et qu’il en a résulté un immense champ d’herbes folles dans lequel ont poussé pas moins de mille cent-cinquante statuts de Bouddha. Nous ne prenons pas le temps de les compter et enchaînons direct avec le mont Kyauk Kalap. Quand on l’aperçoit de loin, on est tout d’abord étonné de trouver un tel phénomène géologique en cette rase campagne. Et quand on s’en rapproche beaucoup plus, on est encore plus surpris de constater que ce piton rocheux d’une trentaine de mètres se situe au beau milieu d’un lac. Connaissant maintenant un peu mieux nos amis birmans, on comprend que toutes ces particularités les ont poussés à y loger un stupa doré en son sommet. « Oh le truc, le truc, le truc ! » Ça, c’est la réaction d’Anna en découvrant le site. Et c’est vrai que c’est un sacré truc de malade, comme dirait les djeuns. On passe un long moment dans ce décor de carte postale, entre sa contemplation de loin, de près, de l’intérieur, du dessus, du dessous, … Pour la petite info qui ne coûte pas chère mais qui peut servir, les trente moines qui vivent là distribuent gratuitement des repas végétariens à ceux que ça intéresse. Si la dépense qu’a constituée le voyage pour venir jusqu’ici t’a râclé le fond des poches, tu ne mourras au moins pas de faim...







Allez, quand y’en a plus, y’en a encore ! Et oui, les sites à visiter dans les environs de Hpa An, c’est comme le Paic citron ! On se rend maintenant à la grotte Kawgun où là, ça devient pénible… Ben oui, tu vas te dire que je radote car une fois de plus, la grotte est plus qu’envoûtante avec ses milliers de petites statuettes de Bouddha collées aux murs, au plafond, dans chaque petit recoin, … Pour changer un peu des adjectifs superlatifs, ça te dit si on s’organise une petite session historique pour compléter tes connaissances bouddhistes ?... Premièrement, de quand datent toutes ces décorations ?... Allez, au pif, je dirais du onzième siècle… Bonne réponse !!!... Et comment ces statuettes sont-elles arrivées ici ?... En fait, le roi Manuha y a trouvé refuge pendant plusieurs années lors de son exil, et n’a rien trouvé de mieux comme occupation que la confection de ces petites statuettes qu’il s’amusait à coller un peu partout sur les murs de son intérieur. Il y en a qui ont des posters de femmes nues dans leur cellule, ben lui, il avait ses statuettes de Bouddha ! En tête à tête avec Bouddha, il s’est fait son petit caprice à deux, caprice des dieux...







Voilà, c’était la minute « tout le monde s’en fout », mais peut-être que toi, ça t’a quand même intéressé un peu. Avec le sentiment du devoir accompli, je peux donc reprendre le cours normal de ma journée de visites de grottes… Et tu l’as maintenant compris, on ne change pas une équipe qui gagne ! Qui dit grotte à visiter autour de Hpa an, dit aussi environnement extérieur à ne pas manquer. Et à la grotte de Kawgun, il ne faut surtout pas manquer l’escalier juste à gauche après l’entrée et qui permet de gravir la montagne d’où il est possible de contempler un paysage panoramique somptueux contre seulement quelques gouttes de sueur ! Sur mes conseils, Sasha ne l’a pas manqué. Sandrine et Anna, n’en parlons pas...

Allez, next grotte ! « Nom d’une godasse en cuir, t’en as encore combien à nous infliger ? » Rassure-toi, je ne vais pas t’enquiquiner longtemps avec celle-ci. Non seulement, la grotte de Yathaypan est un peu moins « tout ce que j’ai dit de bien sur les autres ». De plus, elle est la dernière de notre liste de courses. Si tu en conviens, on peut donc passer directement au dernier site du programme, en l’occurrence Batcave. J’ai juste lu à propos de cet endroit que chaque soir à dix-huit heures vingt tapantes, week-ends et jours fériés compris, une envolée de quelques chauves-souris se donne en spectacle en sortant toutes ensemble d’une sombre caverne. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre, je crains simplement que cela ne soit un truc à touristes… On va pouvoir s’en rendre compte par nous-même… Déjà, à dix-huit heures vingt pile poil, le coup d’envoi est donné. Ponctuelles ces chauves-souris ! Et après quelques secondes, ce n’est pas en dizaines, ni en centaines, ni en milliers, mais en millions que se comptent les descendants de Dracula, contribuant allègrement à assombrir encore un peu plus ce ciel de crépuscule ! Vraiment incroyable ! Jamais vu ça ! Impressionné ! Et pour nous être agréable, sache que maman chauve-souris a bien demandé à tous ses petits d’aller faire pipi et caca avant de sortir. Pas une goutte ni même une petite déclichette chiasseuse dans l’œil à déplorer… Merci pour cette attention !







Et voilà, notre première journée à Hpa An est en train de se faire griller la politesse par notre seconde nuit ici, avec la route du retour vers la ville effectuée dans le noir c’est noir. Et alors, quel est le bilan sanguin de cette journée ?... Et bien disons que je savais que la région pouvait servir du caviar à la louche et on vient aujourd’hui de s’en manger une bonne grosse tartine !... Ça te va comme métaphore ?... Allez, pour s’économiser quelques pas précieux, on se fait déposer par Patel devant le restaurant San Ma Tau qui a la réputation d’être prisé par les birmans. Le secret a certainement dû être éventé car on se retrouve au milieu des mêmes personnes qui étaient avec nous à la Batcave. Pas grave, la nourriture y est très bonne et copieuse, même si on ne s’y éternise pas très longtemps, des écrans diffusant un film d’horreur que les yeux d’enfants de nos deux blondinnettes ne doivent pas voir… Du coup, Sandrine est heureuse de retrouver rapidement notre hôtel de luxe d’où on ne ressortira plus avant demain. De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 16 (1er mars 2015) - L’endroit où tu n’aurais pas pensé aller…

Allo ?... Allo ?... « Désolé, c’est mon répondeur qui te parle ! Je ne peux te répondre de vive voix car je suis en Birmanie !!! » J’adore cette blague… D’ailleurs, je crois qu’un jour, elle a même fait rire un gars… Tout ça pour te dire que ça ne sert à rien d’essayer de m’appeler, que nous sommes toujours en Birmanie, que nous sommes toujours à Hpa An, que nous sommes toujours très heureux d’être là, … et que j’avais raison ! Et oui, dans un moment de faiblesse inhabituel de sa part, Sandrine a craqué. Après la journée d’hier passée à se faire secouer la tête dans un tuk-tuk, elle est en effet passée par le confessional : « Tu avais raison… On aurait très bien pu faire le tour d’hier par nous même en louant des motos ». Non mais tu te rends compte ? Texto, elle a prononcé ces trois mots jamais encore sortis de son gosier dans cet ordre : « Tu – avais – raison » ! Séquence émotion, avec Nicolas Hulot, qui m’a valu une petite larmichette de crocodile au coin de l’œil...

Profitant lâchement de cet aveu de faiblesse, la planification du programme du jour m’apparaît maintenant aussi claire que de l’eau de poche : Location de petites motos pour se perdre dans la campagne environnante et aller au gré du vent à la rencontre de la population locale… Sur le papier, pas de quoi fouetter un mammouth en salopette jaune ! C’est pourtant le genre de programme qui laisse la part belle à l’intuition, à l’improvisation, à plein d’autres mots en « tion » ; et j’en suis sûr, à de belles surprises emmaillottées dans un beau papier cadeau ! Allez, arrête d’essayer de visualiser un mammouth en salopette jaune et suis-moi ! En tout cas, Sandrine, elle, elle me suit et c’est bien là le principal ! Non pas que ta présence m’importe peu, mais toi, tu n’as aucun moyen de pression sexuelle pour m’empêcher de faire ce qui me plait...

Bon, avant de partir avec Roch Voisine, on a quand même trois missions impossibles avec Tom Cruise à remplir : Croiser nos petits doigts de pieds pour que le seul distributeur d’argent de Hpa An ne nous jette pas sans sommation comme un videur lunatique à l’entrée d’une boîte de nuit ; utiliser illico cet argent pour faire l’acquisition de tickets de bus pour Rangoon pour demain ; et enfin se trouver nos deux sésames motorisés pour notre virée du jour pour laquelle j’ai obtenu une autorisation maritale. Je te fais grâce des détails logistiques, mais sache qu’après la grande ligne droite de Longchamps, on a eu le tiercé dans l’ordre, ce qui signifie que tu es maintenant toi aussi autorisé à nous rejoindre pour le grand départ de notre chevauchée fantastique. Moi, président, je veux dans un premier temps me rendre au village de Lakkana… Moi, président, je souhaite ensuite refaire un crochet au bassin de Kaw Ka Thaung d’hier pour faire plaisir à mes filles… Moi, président, je désire y manger un bout dans une des gargotes… Moi, président, je souhaite ensuite prendre des routes un peu au hasard de mes envies. Moi, président, je déclare cette journée de découverte ouverte !

Allez, on connait la chanson, tout le monde a vu le film, je ne te fais pas un dessin, Sandrine est un peu hésitante sur les premiers kilomètres. Mais je dois t’avouer qu’elle a déjà l’allure et la technique de Valentino Rossi sur une trottinette lorsqu’on arrive à proximité du village de Lakkana. Tout se passe donc pour le mieux jusqu’au moment où elle découvre qu’il n’y a pas d’autre chemin qu’une passerelle en béton d’un mètre de large et de deux cents mètres de long surplombant des rizières bien vertes. « Un, deux, trois, nous allons au bois, ferme les yeux, serre les fesses et va tout droit ! » Dans la rubrique « Casse-gueule » de Biker Magazine du mois de mars, aucune bûche ni embûche à signaler concernant Sandrine ! Tant pis, ce n’est pas sur ce coup-là que je vais avoir une super anecdote gamellesque à te raconter ; et tant mieux, je n’aurai accessoirement pas à vendre un de mes organes pour payer les réparations du scooter...



Donc au village de Lakkana, nous y voilà !... Ici, les maisons n’ont pas de jardin, c’est un immense jardin dans lequel quelques maisons se sont égarées ! On croise sur la route en terre battue quelques poules, quelques écoliers, quelques paysans, … Point commun : Ils arborent tous fièrement un franc sourire qu’ils agrémentent de « mingalaba » en nous voyant passer. Oui, oui, même les poules ! Pour s’imprégner de cette ambiance zen, c’est décidé, on gare les scooters dans un coin et on continue à pieds. Quoi te dire de plus à part que si tu souhaites un jour déménager dans un village paumé loin du stress, de l’agitation, de notre trésor public, de la polution, de ton patron, de notre gouvernement, de notre grisaille, et où le passage de quatre touristes en scooters fait l’année en termes de discussions, Lakkana est fait pour toi ? Rien. Ok, donc la suite ! Et la suite nous remmène comme prévu juste à côté, à Kaw Ka Thaung pour une trempette dominicale. Et « dominicale », dans un dictionnaire birman, ça veut comme chez nous dire « dimanche ». Du coup, ambiance totalement différente par rapport à hier puisque les pourtours du bassin sont bondés de jeunes et de familles venus passer ici leur jour de repos hebdomadaire. Un tiers des personnes se baigne, un tiers mange, un autre tiers boit de la bière lorsque le dernier tiers se trémousse sur de la dance techno birmane. Oui, quatre tiers parce qu’il y a du monde ! Nous concernant, nous jetons nos filles à l’eau et nous installons à une table avec vue sur ce concentré de vie locale comme je les affectionne goulûment...



















Quelques nouilles sautées, puis une… bon, ok, peut-être deux bières plus tard, nous sonnons le clairon du rappel à notre blonde descendance et prenons maintenant le chemin de Jenesézoucaronroulohazar. Et le Thierry Hazard fait plutôt bien les choses car après une heure de Jerk à user le bitume le nez en l’air à humer l’air chaud, et les yeux grands ouverts à contempler les paysages karstiques, nous sommes contraints à un arrêt au stand pour éponger la soif de nos bolides. Un stand vendeur de bouteilles de vodka remplies d’essence vas-tu me dire… Oui, mais pas n’importe lequel ! Chez Monique ! Bon, n’ouvre pas les pages jaunes, je ne connais pas son véritable prénom. Mais d’un commun accord, convenons ensemble qu’elle s’appelle Monique, celle qui rit quand on arrive ! Car la Monique, elle a de la gentillesse qui lui dégouline par tous les orifices. Alors qu’on n’a pris que la formule « radins » à un euro quatre-vingt dix-neuf pour de l’essence et un coca, elle nous installe dans le carré VIP et nous fait la totale !… J’ai presque dû insister pour qu’elle ne me fasse pas une lapdance… Sans qu’on ne lui demande quoi que ce soit, elle nous sert du poulet en sauce et ses petites pommes de terre rôties, des biscuits ; elle nous allume la télé, nous installe dans le canapé du padré ; et pour nos filles, ce sera séance massage et coiffage !… Bref, super moment d’échanges « comme chez mamie », même si, au final, les échanges ne se sont résumés qu’à quelques gestes et à beaucoup de sourires… Comme le dit si bien Antoine De Maximy, le maître des routards, c'est quand rien n'est prévu que tout est possible ! Merci ma Monique, celle qui rit quand on la quitte ! Et tu me croiras si tu veux, mais on repart d’ici avec nos petits sachets plastiques remplis de nourriture… « Non, mais je rêve ou quoi ???... Ben non, car si je rêvais, elle m’aurait aussi donné une bonne bouteille de Zacapa 23 ans d’âge ! »









La suite ? Ben on continue sur notre lancée ! Plutôt que de suivre une carte, on suit notre intuition en espérant, au pire, continuer à voir de beaux paysages, au mieux, faire de belles rencontres moniquesques. Comme la vie a beaucoup plus d’imagination que nous, la chance nous sourit de toutes ses dents lorsqu’on traverse un petit village où les jeunes du coin jouent au chinlon en bord de route. « Mais c’est quoi, ça, le chinlon ??? » Merci, je suis très content que tu me poses cette question !! Alors, le chinlon, c’est ce sport traditionnel birman qui se pratique pieds nus avec une balle de rotin tressé qu’on doit passer de l’autre côté d’un filet sans qu’elle ne touche le sol. Ça y est, ça te revient ?... Pendant deux minutes, on assiste à un match amical entre potes de village. Mais rapidos, ça se transforme en rencontre internationale au sommet ! Et oui, internationale parce que je suis maintenant intégré dans une des équipes ; et rencontre au sommet, car un petit frenchy qui joue au chinlon dans un village perdu au fin fond de la Birmanie, ça attire rapidement la moitié de l’Asie du sud est !

Bon, moi, perso, je suis puceau en termes de chinlon. Mais chasse le naturiste et il revient au bungalow ! Vu que tout le monde me regarde comme un séquoia en voie d'extinction après deux ou trois balles touchées, j’en déduis que les quelques années de pratique footballistique sur mon curriculum vitae font que je suis certainement moins ridicule au chinlon qu’un birmans sur une paire de skis… Quoi qu’il en soit, je prends mon panard de me retrouver une nouvelle fois dans cette situation plus qu’improbable comme la Birmanie nous en a proposée moultes fois depuis notre posage de pieds sur son territoire. S’il t’en faut encore une louche pour t’en convaincre, j’ajouterai que pendant cette heure à taper dans la baballe, mes filles sont prises en charge par une famille du coin chez qui elles jouent avec des enfants du même âge… Bref, encore une pause Kitkat à se ranger dans une boîte au fond à droite du cerveau pour se la ressortir en France lors d’un moment de déprime un jour de déclaration d’impôts...







La fin de cette journée d’immersion birmane pointe maintenant le bout de son nez… Il est l’heure de repasser du mode birman au mode touriste ; c’est-à-dire retourner à notre hôtel, se trouver un petit resto, … et attendre patiemment que le jour suivant veuille bien faire son apparition pour nous redonner l’opportunité de revivre de nouvelles aventures… Après une journée comme celle-ci, on n’a qu’une hâte, c’est d’être demain ! De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 17 (2 mars 2015) - On revient quand tu veux

Sensuelle, douce, ravissante, … Ce matin, Sandrine est une fée… La fée Pachier !!! Malgré la grasse-mat’ accordée jusque huit heures ce matin, la madame a visiblement oublié sa tête sous l'oreiller. Certainement parce qu’elle ne veut pas quitter la quiétude et les paysages de cette magnifique région. Mais je n’en dis pas plus et te laisse relire les deux dernières journées de ce carnet si ce n’est pas déjà fait. En tout cas, Sandrine, elle a crié, criééé, Hpa-An pour qu’elle y r’vienne. Elle a pleuré, pleurééé, oh elle avait trop de peine… Mais bon, rien de tel qu’un bon petit-déjeuner pris sur la terrasse de l’hôtel qu’elle commence à apprécier à sa juste valeur pour te requinquer une femme ! Oui, ok, une carte bleue avec crédits illimités un jour de soldes, ça peut marcher aussi ! Figure-toi que j’y avais pensé mais vu qu’on n’est pas en période de soldes en ce moment, j’opte pour le petit-déj’...

Et puis, rassure-toi ma p’tite Sandrine, on ne prendra le bus pour quitter Hpa An qu’en fin d’après-midi… On a encore le temps d’en profiter un ‘tiot peu… Et là, la même question qui revient inlassablement : Où c'est donc qu'on s’en va encore ???... Vers seize heures, on regagne la capitale… Enfin, ce qu’on peut considérer comme étant la capitale : Rangoon. Mais de ça, on aura l’occasion d’en reparler plus tard car pour l’instant, on arrive au comptoir Hpa An Boat pour s’enquérir de quatre billets de bateau afin de traverser la rivière. C’est là que le préposé aux billets m’annonce que je suis un sacré veinard ! Outre le fait d’avoir vu ma femme, le gars m’indique en effet que nous sommes surclassés en classe business. Bon, stoppe immédiatement cette imagination qui t’emmène vers un comptoir super clean tenu par un stewart au sourire ultrabrigt t’annonçant que tu auras du champagne à volonté lors de ta traversée à bord d’un luxueux ferry à grande vitesse… Non, un vieux type à moitié édenté et les pieds dans la vase nous fait simplement signe de sauter dans sa barque à moteur brinquebalante et de prendre place à l’avant pour mieux profiter de la vue après lui avoir tendu quelques billets pour pouvoir traverser la rivière. On est dans le vrai, dans l’authentique...et un peu dans le dégueulasse aussi car l’embarcadère semble faire également office de dépôt d’ordures. Allez, dix minutes de traversée plus tard, nous sommes de l’autre côté, dans le petit village qui se trouve au pied du Mont Hpan Pu. Le Mont Hpan Pu, parlons-en ! C’est précisément là-haut, tout en haut, où nous souhaitons grimper pour profiter de la vue.

Mais avant de nous lancer dans la gueule de la bestiole, nous sommes interpelés dans le village par une femme et ses trois jeunots qui souhaitent gentillement nous inviter à leur table pour nous faire goûter leur O.B.N.I., objet buvable non identifié, dont ils sont en train de se délecter. Chouette, certainement une boisson énergisante avant d’entreprendre l’ascension ? « Courage fuyons ! » selon Sandrine… « Du vin, et que je pisse à foison ! » selon moi… Direct, je m’envoie une bonne grosse première gorgée de ce liquide blanc mousseux sans me soucier de ce que mes intestins en penseront demain. La première gorgée de ce truc sera aussi ma dernière ! Je dis « truc » car je n’ai jamais envoyé de liquide au goût aussi immonde dans mon gosier, même pas lors de mon enterrement de vie de garçon ! Selon la première analyse gustative de mon gosier, la recette de la Sky beer (c’est son nom) ne peut être que la suivante : - S’enfiler trois pinthes de bière cul-sec suivies d’un grand verre de lait de bufflette - Glisser ses doigts dans le fond de la gorge jusqu’à ce que régurgitement s’en suive - Filtrer le résultat obtenu en prenant soin de bien mettre de côté les morceaux de noddle frits de la veille - Laisser macérer deux semaines - Passé ce délai, gratter la couche de moisissure - Voilà, ne reste plus qu’à mixer et à déguster. Ah, j’oubliais : Surtout, ne pas oublier d’en faire profiter le premier couillon de touriste qui passera par là...











Bref, nous clôturons cette étape Maïtesque pour débuter l’épisode sportif : L’ascension d’une montagne karstique ! L’ascension d’une montagne karstique, oui, mais par une température de hammam ! L’ascension d’une montagne karstique, oui, mais avec nos deux filles de six et neuf ans ! Allez, c’est parti ! Après dix mètres de dénivelés, les premiers symptômes se font déjà sentir : Jambes en coton, magnifiques cascades tropicale qui te coulent sous les aisselles, plaintes féminines collectives, … « Allez, courage mes donzelles, vous n’en serez que plus fières en arrivant en haut lorsque Bouddha vous fera grâce d’un magnifique panorama ! » Ah ben non, Bouddha punit l’enfant capricieux que je suis et qui n’a pas voulu finir son verre tout à l’heure… Un voile dû à la chaleur étouffante et à la moiteur ambiante enveloppe jalousement les pitons rocheux des alentours, si bien que la carte postale espérée est là quelque part sous notre nez, sans pouvoir l’apercevoir si bien qu’on a transpiré vingt-huit litres de sueur chacun pour rien si bien que Sandrine et Sasha font un arrêt au stand au premier coin d’ombre disponible... Pour l’amour, la gloire et la beauté, je poursuis l’effort avec Anna effort qui sera vain puisque le sommet du sommet n’est finalement pas accessible...



On rembobine donc la cassette de notre walkman avec un crayon pour se refaire en sens inverse le même programme en prenant bien soin de ne pas oublier d’oublier volontairement un nouvel arrêt au stand « Gerbilait di buffala ». Tu nous retrouves donc une demi-heure plus tard, sur le marché de Hpa-An coloré par ses fruits et ses légumes, et délicatement parfumé par sa viande et ses poissons qui attendent une famille adoptive en se dorant la pillule au soleil… Et on termine notre randonnée matinale au restaurant « White », près de Clock Tower. En France, on dit souvent qu’il faut aller voir les toilettes pour se faire une idée de l’hygiène en cuisine. Ben au « White », ne va surtout pas aux toilettes sous peine de te sauver en courant… De toute manière, si tu pars de ce principe là, tu ne manges nulle part en Asie… et surtout pas au White. Et pourtant, bien qu’un peu « Mimi-Crara l’eau elle aime ça » de premier abord, on nous sert ici les meilleurs noddles sautées qu’on ait eu la chance de manger en Birmanie jusqu’à aujourd’hui.













Bon, comme le disait si bien Kennedy, on n’va pas se laisser abattre... Direction la pâtisserie du coin pour aller y prendre notre dessert. Les filles en profitent aussi pour aller aux toilettes. Outre le fait de savoir qu’il y a des toilettes dans cette pâtisserie dont je ne me rappelle plus le nom, ce détail a son importance puisqu’après vingt minutes sans les voir revenir, on retrouve Anna et Sasha avec le patron de l’établissement, planquées dans les cuisines en train de déguster des pâtisseries maison : brioches sortant du four, gâteau à la crème, … Elles resteront avec leur nouveau babysitter pendant près d’une heure… Et lorsqu’il nous les ramène complètement repues, on entame une longue conversation avec lui au sujet de la Birmanie d’hier, d’aujourd’hui, et de demain. Aung San Suu Kyi, les prochaines élections, l’armée, la soi-disante démocratie, … tout y passe ! Un moment sympa, et un sacré personnage que ce « Lesommier » !





De retour à l’hôtel pour simplement y récupérer nos sacs, Hye la patronne (à prononcer « Et ouais » comme dans « Et ouais »…) fait tout pour nous faire rester le plus longtemps possible avec pour seul argument sa gentillesse. Glaces offertes aux filles, proposition de douche avant de prendre le bus, … et c’est pas fini ! Lorsque je reviens de mon décrassage, je retrouve les filles dans un bac rempli d’eau en train de jouer avec les enfants de la rue. Après ça, Hye les sèche, les change, les coiffe. Rappelle-toi qu’il y a deux jours, Sandrine tirait une tronche de dix mètres à l’idée de passer trois jours dans cet hôtel. La chambre était style vieux et la patronne une vieille peau ! Shame on you comme le dirait mieux que moi la défunte Ophélie Winter… « Ah bon ? Elle est toujours vivante ??? » Bref, Sandrine a changé d’avis sur toute la ligne. Les rideaux, la couleur des murs et les araignées dans la chambre sont maintenant gobées et bien digérées. Tout ça pour te dire que plus gentil qu’un birman tu meurs ! Tout ça pour te dire aussi que la morale de cette histoire, c’est qu’ami de la zénitude et du profitage de la vie, adepte de rencontredesbirmans.fr et de mangebienpourpascher.fr, mets assurément Hpa An, ses environs et ses habitants sur la liste des incontournables de ta vie de vadrouilleur. Cette ville et sa région ne font pas partie du gratin des hauts lieux de la Birmanie dans les guides et pourtant, c’est pour nous un vrai coup de cœur. Et je ne dis pas cela à la légère pour attirer le chaland ! Je le pense vraiment. Viens, tu ne le regretteras pas, j’en mets la réputation du blog en jeu !





Bon, revenons-en à nos moutons avant l’aïd car il est l’heure de prendre le bus et de quitter Hpa An pour Rangoon. Pour nous faire oublier la sensation d’être un cocktail dans un shaker, je passe le temps en te partageant ici quelques infos croustillantes à propos de cette ville. Si Rangoon est restée la ville la plus importante du pays, elle n’en est officiellement plus la capitale depuis novembre 2005 destituée de son rôle par le général en place à l’époque qui en a aussi profité pour lui donner un nouveau petit nom : Yangon. Et oui, Rangoon et Yangon ne sont qu’une seule et même ville, un peu comme Istanbul et Constantinople, Paris et Lutèce, docteur Jekyll et mister Hyde… Elle a été détrônée par Nay Pyi Daw, la « demeure des rois ». Cette nouvelle capitale a surgi de la jungle dans le plus grand secret à trois cents kilomètres de Yangon à une date favorable selon les astrologues. Onze ministres, onze bataillons et onze mille camions militaires ont officiellement transféré le pouvoir là-bas. T’ai-je mentionné que onze était un chiffre porte bonheur en Birmanie et que les militaires étaient très supersticieux ici ? Les fonctionnaires ont été avertis de leur déménagement forcé, sous peine d’emprisonnement, seulement trois jours plus tôt. La population, quant à elle, ne l’apprendra que deux mois plus tard… La justification de ce déménagement présentée par le gouvernement était que Nay Pyi Daw avait une place plus centrale que Yangon. Il semble que d’autres raisons soient plus vraisemblables : ghetto ultra protégé pour les militaires et haut gradés position plus proche des territoires Karen, Chin et Shan pour mieux les contrôler difficultés de soulèvement de la population due aux distances entre les deux villes… La nouvelle capitale possède quinze hôtels de luxe, des golfs, un zoo avec des pingouins sous air conditionné, un parc aquatique, deux stades de trente mille places… Ville gigantesque, sans attache historique ou culturelle, ville vitrine, ville fantôme, ville sans âme... Bien loin de la bouillonnante Yangon dont l’âme est dans la rue. Avec ou sans pingouins. Avec nous, en tout cas dès cette nuit...

Car c’est vers une heure du matin, après deux cent quatre-vingt kilomètres et six heures de transport que nous arrivons à l’immense gare routière de Yangon où les bus sont alignés en rang d’oignon comme des caddies devant Carrefour. Et à la descente du bus, … aïe… c’est une succession d’ennuis qui nous arrivent en pleine face… « Chouette, des anecdotes pour pimenter cette fin de journée ! » Premièrement, nous sommes accueillis comme il se doit par la mafia des chauffeurs de taxi ! Un premier se présente à nous, on le nommera Ali. Un second, on dira Baba… Et les quarante voleurs ont suivi dans leur foulée. Ça se bouscule, ça négocie, ça s’engueule, … « Choisis mon taxi mon bon monsieur, j’ai de la moumoute sur le volant ! » Ouf ! Solution trouvée en choisissant le premier qui acquièsce au prix que je demande pour nous emmener en ville : Sept mille kyats. Sauf que le gars ne connait pas notre hôtel, le Shennoon’s House. Premier joker avec l’appel à un ami, puis le cinquante-cinquante, … rien n’y fait… Le vote du public, le switch, … toujours rien… On tourne, on retourne, on re-retourne… Ouf ! Solution trouvée avec un gars patibulaire questionné dans la rue qui connait l’endroit et indique la direction à prendre… Sauf qu’en arrivant enfin devant l’hôtel, on trouve porte close et un bâtiment plongé dans l’obscurité alors que je les avais prévenu de notre arrivée nocturne. Je sonne, je toque, j’appelle, … Personne… Ouf ! Solution trouvée avec le chauffeur de taxi qui se propose d’utiliser son téléphone pour appeler l’hôtel. Sauf que là encore, le téléphone pleure, quand ils ne répondent pas, quand je leur crie « j’ai sommeil », les mots se meurent dans l’écouteur...

Alors, sleep outside or not sleep outside ? That is the question ! Je schématise pour ceux qui regardent les Anges de la Téléréalité, mais ça veut dire qu’on commence à se poser la question de savoir si on va dormir dehors ou pas... Pour ça, tu peux me faire confiance… La chambre est payée, il est presque trois heures, il n’y a pas moyen que je laisse mes oies pioncer en pleine ville dans un pays asiatique. Du coup, je contourne silencieusement l’hôtel, j’escalade discrètement la façade arrière, et entre subtilement par une fenêtre mal verrouillée me permettant d’accéder à la cuisine… Et paf ! Comme un sauveur, ma petite famille m’aperçoit à travers la porte d’entrée vitrée en train de descendre triomphalement l’escalier menant au hall de l’hôtel. Ce n’est donc pas aujourd’hui que tu pourras lire les pérégrinations d’une famille européenne SDF dans les rues de Rangoon... Bon, ce n’est pas pour autant qu’on va dormir dans un bon lit douillet… Sandrine et les filles s’entassent sur la banquette d’accueil lorsque moi, grand prince, j’étends ma carcasse à même le sol avec mon sac à dos pour oreiller. Demain matin, les patrons de l’hôtel vont m’entendre. De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 18 (3 mars 2015) - Au-d’ssus des capitales, des idées fatales

Bonjour à toi, Ô mardi ! Et bonjour à toi qui m’a laissé, à la fin de la dernière journée, comme un vieux clochard allongé par terre dans le hall d’un hôtel de Rangoon… Tu n’as pas honte ?... Nous avons été ramassés là, vers six heures ce matin, par la cuisinière arrivant pour préparer le petit déjeuner… Elle a aussitôt alerté la patronne de l’hôtel qui avait la chance, elle, de dormir dans une chambre bien douillette… juste à côté du hall, donc juste à côté de nous. Toute couillonne, elle s’est empressée de venir se confondre en excuses pendant dix minutes. « Méchant Dobby ! Dobby va devoir se punir très sévèrement, monsieur. Dobby devra se pincer les oreilles dans la porte du four pour avoir fait une chose pareille ! » Elle confesse honteusement ne pas avoir entendu ni son réveil qu’elle avait pourtant programmé à deux heures sachant qu’on arrivait à cette heure-là, ni le téléphone, ni la sonnette, ni mon effraction, … Bon, plutôt mignonette et en petite nuisette échancrée pour nous accueillir, on a tendance à lui pardonner plus facilement son écart de conduite. Euh… Je reformule : Plutôt mignonette et en petite nuisette échancrée pour nous accueillir, j’ai tendance à lui pardonner plus facilement son écart de conduite… Mais je m’occuperai de son cas plus tard. Car dans un futur très immédiat, je souhaite avoir la clé de la chambre pour aller y passer quelques miettes de nuit...

Et c’est quatre heures plus tard que je te retrouve au petit-déjeuner en imaginant ce que la ville nous réserve pour aujourd’hui… Mais avant de nous lancer, comme prévu, je prends à part la petite donzelle jugée responsable et coupable de la pire nuit de voyage de toute la galaxie afin de lui extorquer un remboursement de la nuit qui me semble bien légitime. Ben oui, à cause d’elle, j’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, j’ai le ventre qui se rentre, … chuuut, attention, elle va parler : « Désolé, mais je ne peux pas vous rembourser votre nuit car vous avez quand même bénéficié de la chambre et j’ai les mêmes frais que si vous étiez arrivés hier soir comme tout le monde ! » Alors là, je ne sais pas si c’est parce qu’elle n’est plus en nuisette échancrée, mais je ne la trouve plus du tout mignonette ! « Mademoiselle, je vous saurai gré de reconsidérer votre position qui, je dois vous l’avouer, ne me sied pas, mais alors pas du tout ! » Bon, je te passe les détails de nos échanges « sympathiques » mais pour conclure, elle reste campée sur ses petites pattes arrière lorsque de mon côté, j’ai envie de la poignarder en plein cœur avec un chorizo bien pimenté ! « C'est odieux, y'a pas de mot pour dire c'que vous êtes Mme Ramirez ! » Force est de constater que le Club Dorothée ne m’avait pas préparé à ce genre de négociation… Comme la chambre avait été réglée avant de venir, il ne me reste plus que l’avis négatif sur Tripadvisor pour me venger : Testé et désapprouvé ! Ce sera un zéro comme ceux que t’avais en dictée en CM1 !

Ok, le premier objectif de cette matinée est un fiasco, on s’attaque donc au deuxième qui est de se rendre sur le marché de la gare Danyingone, très peu connu ni couru par les étrangers. Si le voyage te tente, rendez-vous avec ta chouette blanche et ton balai magique sur le quai neuf trois quarts d’une des gares du « Circle train » de Yangon train qui, comme son nom l’indique plutôt bien, fait tout le tour de la ville… Là, la tête la première, tu fonces dans le mur comme un dératé ! Si tu passes au travers, bienvenue dans ce voyage dans le temps. Et si ça ne fonctionne pas, l’hôpital Sangalamar est situé juste à côté de la gare… Bon, si tu ne souhaites pas tenter le coup, peut-être préfèreras-tu y aller en achetant un billet de train à deux cents kyats par personne, soit le prix de deux samoussas, ou d’une petite bouteille d’eau, ou d’un snickers, ou de trois paquets de mouchoirs, ou de… Bref, tu l’as compris, ça ne coûte rien. Mais à ceux qui prennent le train en France et qui s'en plaignent, présentez-moi votre fessard que je vous montre à quel point il est ergonomique du point de vue de mon soulier taille quarante-trois ! Car c’est du train rudimentaire baignant encore dans son jus des années trente. Et selon où tu te situes dans Yangon, tu en as pour dix, trente, cinquante minutes pour arriver jusqu’à la station Danyingone où tu n’oublieras pas de descendre. C’est cette seconde alternative que nous avons choisie pour y aller, sauf qu’au moment de quitter l’hôtel, je demande froidement à miss Boule Quies le chemin pour se rendre à pieds à la gare de Kamayut qui permet de prendre le « Circle train ». Là, je ne sais pas si c’est pour compenser sa défaillance nocturne ou si elle le fait avec tous ses clients, mais elle appelle le jardinier et lui demande de nous emmener sur place en voiture. Bon, ce n’est pas non plus à l’autre bout de la ville mais j’apprécie l’attention, surtout que le gentil jardinier nous fournit un service VIP : Outre le transport, il achète pour nous les billets, deux petites bouteilles d’eau et attend le train à nos côtés pour s’assurer qu’on ne va pas oublier de monter dedans… Pour peu, on se croirait en voyage organisé pour fonctionnaires ! Bon, le seul problème, c’est qu’il nous a pris pour ce qu’on n’est pas et nous a acheté des billets en première classe pour prendre place dans le wagon spécial touristes. C’est justement ce que je ne voulais pas, surtout en entendant encore les remarques de vieux touristes français assis juste derrière nous et dont on se demande ce qu’ils sont venus faire ici : « Comment font-ils pour vivre dans cette crasse ?... Ils pourraient mettre la clim’ dans leurs trains !... » Mais bordel, restez chez vous dans votre canapé devant la chaîne Voyage plutôt que de venir ici simplement pour pouvoir dire aux collègues en rentrant « Ouais, moi, j’suis un fou, j’ai fait la Birmanie ! » Bref, si eux sont par définition des touristes, et bien il faudrait inventer un autre mot car je suis ce que je suis mais certainement pas ça !





Et toi, rassure-moi, tu n’es pas comme eux, non ?... Ouf, donc tu peux descendre du train avec nous car ça y est, nous arrivons là où je veux aller et où le genre de touristes de tout à l’heure ne vont pas : La gare de Danyingone. Un bon plan glané sur le net que je te refile avec grand plaisir si tu recherches un vrai marché estampillé « Birmanie 100% naturel ». En fait, outre faire office de gare, l’endroit est également un marché. Les quais sont envahis d’une miriade de stands pour la plupart à même le sol. Et lorsqu’un train arrive, c’est le branle-bas de combat. Ça charge et ça décharge des marchandises dans tous les sens. Une scène surréaliste comme on n’en voit qu’en Asie du sud-est ! En plus, nous sommes les seules têtes de coton-tige, les gens sourient jusqu’à s’en coincer la mâchoire, se laissent tirer le portrait, cherchent le contact en nous faisant goûter leurs produits, ... Je tombe même sur quelques jeunes qui mangent dans un coin et qui insistent pour me donner la becquée… Adjugé, vendu, c’est le plus beau marché de notre voyage !

























La suite est moins glorieuse puisque nous montons sans nous renseigner dans un train qui nous éloigne de Yangon au lieu de nous emmener vers le cente-ville. Heureusement, un birman certainement employé par Europ assistance prend les choses en main, descend avec nous à l’arrêt suivant, appelle un taxi et négocie avec lui le tarif à six mille kyats pour une heure de route. Alors, merci qui ? « Merci Jackie et Michel ! » Non, merci à ce gentil monsieur birman ! Oups, j’ai fait un pléonasme ! Bref, nous nous faisons déposer dans le quartier de la pagode Sule pour y manger un bout. Là encore, un petit tuyau rien que pour mes amis. Dans ce quartier, on trouve des petites cantines installées sur le trottoir et qui servent une spécialité locale : Samoussa avec salade de choux blanc, tomates, oignons, lentilles, pommes de terre, le tout baignant dans un bouillon thaï. Une femme prépare sa mixture, tu t’installes à côté d’elle sur une petite chaise de camping en plastic pour enfant ou pour nain à l’effigie de Mickey, tu paies trois francs six sous, elle te sert et tu manges. Ah, j’oubliais aussi : C’est super bon !



« Et sinon, c’est comment le centre-ville de Yangon ? » Et bien, notre première surprise en arrivant en ville, c’est que c’est propre ! Bien sûr, toute chose relative par ailleurs, hein, on n’est quand même pas en Suisse, là ! Les rues sont larges, souvent bordées d’arbres et d’espaces verts. Et si tu prêtes un peu attention, tu t’apercevras qu’il n’y a aucune moto. Non, ce n’est pas parce que c’est cher. Non, ce n’est pas parce que Bouddha est contre les motos. En fait, la raison est tout à fait logique. Un jour où les motos étaient encore autorisées, l’une d’entre elles est entrée en collision avec la voiture d'un général de l'armée. Depuis ce jour, c’est décrété, motos interdites à Rangoon pour tout le monde !... Tu vois, je te l’avais bien dit qu’il y avait une raison logique à ça ! Pas de klaxon non plus, et ça c’est étonnant dans une grande ville asiatique !… Ah, c’est vrai, c’est interdit aussi !

Par contre, les généraux ont été généreux avec les touristes puisque depuis quelques temps, les distributeurs automatiques de billets sont autorisés en Birmanie. Et il y en a maintenant six dans le centre-ville de Rangoon. Ça tombe plutôt bien car nous devons retirer de l’argent. A partir de demain, on va en effet finir notre voyage dans une région où les bandit-manchots ne sont pas encore arrivés. Premier distributeur… Mince, marche pas. Deuxième distributeur… Mince, marche pas non plus. Troisième… Quatrième… Cinquième… Sixième… Impossible de leur faire cracher des billets à ces satanées machines !!! Aïe… On est mal. Notre bus part tôt demain matin, nous avons déjà les billets mais nous ne pourrons pas quitter la capitale sans argent. Et je ne te parle même pas du temps de perdu à courir à droite à gauche pour dénicher les distributeurs dans Yangon, le stress montant de façon exponentielle à chaque fois que le distributeur nous annonce « Carte bloquée ». Carte bloquée… Est-ce que ce sont les distributeurs birmans qui ont fumé ou est-ce que notre carte est réellement bloquée ? Pour en avoir le beurre net, c’est décidé, il est onze heures du matin en France, il faut trouver un cyber café et appeler notre banquière avant sa pause casse-croûte : « BNP Paribas j’écoute… - Bonjour madame, c’est monsieur Onpartenvadrouille à l’appareil… Je vous appelle car j’ai un message d’erreur m’indiquant que ma carte est bloquée lorsque je tente de retirer de l’argent… - Attendez deux minutes que je vérifie……… Oui, effectivement, nous l’avons bloquée. - Vous l’avez bloquée ????? Mais pourquoi ça ? - En fait, un retrait a été effectué avec votre carte il y a une semaine depuis un pays dont je ne connaissais même pas l’existence : La… Bir…mo…nie. Quelle imagination ils ont, ces fraudeurs !… Nous vous avons appelés et laissés un message sur votre téléphone fixe pour vous prévenir qu’il y avait tentative de fraude. Comme vous ne nous avez pas rappelé, nous l’avons bloquée. - Ça ne vous a pas effleuré l’esprit une seconde que je pouvais ne pas avoir pris connaissance du message que vous m’aviez laissé sur mon téléphone fixe qui se trouve dans ma maison qui se trouve dans mon village qui se trouve en France, parce que justement, je suis dans ce pays imaginaire qu’est la Birmanie, pauv’truffe ??? (bon, le « pauv’truffe », je ne l’ai pas prononcé mais elle a compris que j’avais compris qu’elle avait compris que je le pensais très très fort) - Désolé monsieur… Mais ne nous fâchons pas pour si peu ! Maintenant que vous nous avez appelés, nous allons débloquer votre carte et vous allez pouvoir dépenser de nouveau vos billets verts à votre guise d’ici vingt-quatre heures en Birnomie… - ………….. - Un ange passe - ………….. Ecoutez, je ne vais pas vous racontez mon voyage mais là, j’ai présentement l’impression de traverser une fosse septique immense sans tuba. Je vous appelle d’un cyber café de Birmanie au tarif spécial de quatre euros cinquante la minute alors que je n’ai en poche que l’équivalent de quinze euros. Donc ma carte bancaire, tu as environ trois minutes pour me la réactiver. - Désolé, je ne peux rien faire. Quelle idée, aussi, d’aller se fourrer dans un pays comme la Virmanie ! S’il n’y a pas de distributeur là où vous allez demain, vous n’aurez qu’à payer vos dépenses courantes en carte en utilisant les terminaux de paiement électronique des commerçants… - Sandrine ! Je viens de dire à l’autre gourdasse au téléphone qu’on était en Birmanie et qu’il n’y avait que dix distributeurs de billets dans tout le pays. Et elle me propose comme solution de payer désormais toutes nos dépenses en glissant notre carte entre la chaise et la table de camping en plastic pour Barbie… Allez, passez-moi le directeur ! »

« Monsieur Tartempion, directeur d’agence… Ma collègue vient de m’expliquer la situation saugrenue dans laquelle vous vous trouvez en Sildanie. N’ayez pas d’inquiétude, j’ai le pouvoir du crâne ancestral et détiens la force toute puissante pour vous réactiver immédiatement votre carte. Mais il faut que vous sachiez qu’il vous en coûtera la modique somme de trente euros de frais bancaires... - Ecoutez-moi bien Jean-Michel Jecomprenrien, et je ne le répéterai pas deux fois. Soit vous avez un ordre signé de ma main vous demandant de bloquer ma carte, auquel cas j’accepterai avec le sourire de vous payer vos frais. Soit vous n’en avez pas. Et si malgré ça, vous me facturez ces trente malheureux euros, je ne serai plus client à mon retour en France. - Très bien monsieur, je vais exceptionnellement faire un geste commercial… - Mais quel geste commercial !!!!!! Où t’as vu qu’c’était un geste commercial ??? »

Bref, il a réactivé la carte, je n’ai pas payé les frais bancaires, il a admis que le terme « geste commercial » n’était pas le plus approprié pour une telle situation, on a retiré l’argent nécessaire pour survivre jusqu’à la fin de notre voyage… Tout est bien qui finit bien ! Sauf que si on fait le bilan des courses de Longchamp, on a perdu trois précieuses heures de voyage… Il nous reste tout juste le temps, comme le prévoient tous les bons guides touristiques, de visiter the pagode que si tu viens à Rangoon sans aller la voir, ben t’es un naze. Les superlatifs ne manquent pas pour la décrire. Elle les mérite tous. La plus belle et la plus grande des pagodes au monde, la plus impressionnante, la plus luxueuse, la plus grandiose, la plus sacrée, la plus visitée, la plus vénérée… Ladies and gentlemen, j’ai nommé, la pagode Shwedagon !

On ne va pas se voiler la face comme sur nos plages françaises, c’est l’éblouissement total en sortant de la pénombre de l’escalier qui y accède. Plus brillant ? Tu meurs ! Premier choc ! Et oui, I’m chocked ! Deuxième effet Kiss Cool, le stupa central est immensément immense. D’ailleurs, pour bien t’en rendre compte, compare sa taille aux birmans qui se trouvent tout autour. Bon ok, tu vas me dire que les birmans font un mètre cinquante les bras levés et tu auras raison. Mais quand même ! Sauf qu’il n’y a pas que le gigantesque stupa central à reluquer. Des dizaines de pagodons, de clochetons, de templions et autres petits stupas de toutes formes créent une forêt de récifs, de pics et de pointes richement ciselés pour te distraire l’oeil.

Mais pourquoi construire un aussi grand monument en forme de cloche au beau milieu de la ville ? Ma théorie à moi qui ne regarde que moi, c'est que ça doit être le quartier général du lapin de Pâques. Non ? Tu n'y crois pas ?... Tu te moques mais l’histoire officielle qu’on peut lire dans les livres d’histoire est toute aussi loufoque. Cette histoire nous emmène à plus de deux mille cinq cents ans en arrière. A cette lointaine époque, deux marchands offrirent deux gâteaux au miel à Bouddha tout juste sorti d’un épisode de jeûne et de méditation. En échange, Bouddha leur offrit huit de ses cheveux. Et oui, à l’époque, le cours du cheveux était plus élevé que maintenant et c’était le prix pour deux gâteaux. Va un peu à la boulangerie et demande-leur deux religieuses au chocolat. En échange, si tu leur refiles huit de tes cheveux, tu verras ce qu’on va te répondre… Bref, revenons-en à nos cheveux de Bouddha… Les marchands ramenèrent ces cheveux à leur roi qui décida aussi sec d’ériger un immense et magnifique stupa afin de les conserver. Quand je te dis qu’à l’époque, le cours du cheveu était très élevé !!!





Au final, ça fait quand même un sacré bazar pour conserver quelques cheveux au sec : Stupa central de cent mètres de haut, diamètre à la base de quarante-trois mètres, recouvert de plus de sept cents kilos d’or. Esteban cherchait désespérément ses mystérieuses cités d'or en Amérique du Sud… Le pauvre, il était complètement à côté de la plaque vu qu’elles sont là, au Myanmar !!! Un globe de vingt-cinq kilos d’or à sa pointe surmonté d’une girouette incrustée de plus de deux mille pierres précieuses. A côté, la reine d’Angleterre passerait presque pour une débutante avec ses breloques. Tout autour, des statues représentant chaque jour de la semaine bouddhique que les birmans touchent, lavent et embrassent si ils sont nés ce jour-là. En France, c’est un peu comme si la tradition t’autorisait à tripoter impunément une jeune vierge au prétexte d’être né entre le 24 août et le 23 septembre...







Tout ça pour te dire que ce cadre, à la tombée de la nuit, est féérique. Et la vie est ici d'une rare non violence... Pèlerins, habitants de Rangoon, riches notables, touristes zen, enfants jouant à cache-cache, hommes ou femmes priant, moines en pleine méditation, … Il se dégage ici un petit jeune-c’est-quoi qui fait qu’on a bien du mal à se décider à quitter les lieux pour aller manger un bout dans une gargote, puis pour aller tenir compagnie à la Belle aux bois dormant en attendant que la terre ait fini de faire un tour sur elle-même jusqu'à demain... De toute façon, demain est une autre aventure...
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 19 (4 mars) - Les vacances dans les vacances

Le corps humain… En voyage, ce gros bout de viande équipé de quelques neurones peut être confronté à de terribles épreuves. Les longues heures d’avion, le décalage horaire, le choc thermique, la chaleur, la moiteur, la poussière, la tourista, les piqûres de moustiques, les contusions en tout genre, sans parler des écorchures… Les plats trop épicés, ceux avariés qui ne demandent qu’à ressortir une fois à l’intérieur, les vêtements froissés, humides et malodorants, … Le mal des transports, les coups de soleil, les longues marches et leurs ampoules aux pieds, les draps pas propres, les nuits froides et le nez qui coule… Les toilettes qui constipent rien qu’en y entrant, les matelas trop durs, sans compter les trop mous, … Les clim, les cloisons des chambres trop fines, les sacs à dos trop lourds à l’aller et encore plus lourds au retour, … Le manque de sommeil, les fortes odeurs de cuisine, sans oublier l’eau froide dans les hôtels, … Finalement, on se passerait bien de tous ces tracas, soit en ne partant pas en voyage, soit en n’ayant tout simplement pas de corps. Ne pas partir en voyage ? Inconcevable…, n’y pense même pas, même dans le plus pire des pires de tes cauchemars ! Reste la suppression pure et simple du corps… Oui mais… non ! Car après d’intensives recherches scientifiques, il se trouve qu’un corps, ben on en a tous un et qu’on ne peut pas l’échanger aussi facilement que ça. Du coup, partir en voyage, oui, mais partir en voyage en épargnant un maximum le corps pour ne pas qu’il flanche, c’est mieux ! Il faut le bichonner, le soigner, le cajoler, le consoler, … Et pourquoi pas le récompenser ? Lui montrer de temps en temps qu’on l’aime ? Pour ça, le meilleur moyen, c’est de prendre quelques vacances dans les vacances. Des vrais ! C’est-à-dire cocotiers, bord de la mer, sable blanc, eau bleue turquoise et tout l’toutim, y compris les doigts de pieds en épouvantail et la noix de coco bien fraîche à siroter !

Bon, toute cette longue introduction philosophique pour que tu comprennes qu’aujourd’hui, on marque un virage à cent quatre-vingt degrés dans notre voyage. On passe des visites au farniente, de la culture à la glandouille, des vieilles pierres au sable fin, du nomadisme à la sédentarité, … du voyage de Franck à celui de Sandrine… En d’autres termes, on va ranger notre cerveau dans un coin et n’avoir que pour seul dilemme le choix entre la baignade ou faire la crèpe au beurre salé sur la plage. « Oui, mais des fois, c’est dur aussi de se décider parce qu’on voudrait faire du snorkelling, mais c’est quand même plus fatiguant que de rester allonger. Y’a des choix à faire, et tout ça, tout ça, et bien ce n’est pas facile facile quand même, hein »... En tout cas, pour ce faire, il faut se trouver the coin qui se prête à la situation, sauf qu’en Birmanie, ben c’est plus compliqué qu’il n’y paraît. Malgré les mille neuf cent trente kilomètres de littoral le long de la mer d’Andaman, tu peux compter les endroits pour t’y prélasser sur les doigts de mon oncle Alex qui n’en a pourtant plus tant que ça. Ngapali ? Trop cher… Dawei ? Trop difficile d’accès… Chaungtha ?… Ok !!! Et pourquoi choisir Chaungtha ?... Ben quelle question ! Parce que c’est magnifiiiique ma chérrrrie !… Allez, gigot mon agneau !!!

Hep, pas si vite ! Ne t’imagine pas avoir du sable entre les fesses aussi facilement que ça ! De Yangon à Chaungtha, dans un bus tape-cul six heures tu passeras. Sans oublier les trente minutes de taxi pour rejoindre la station de bus, ni l’émouvant au revoir à ma consternante copine de l’hôtel dans une langue dont je tairai la marque… A bien y réfléchir, le « sternante » semble de trop dans ma phrase précédente… Oui, quand le Franck éternue, il éternue coool. Quand le Franck a une forte augmentation de ses impôts, il les paie cooool… Mais alors quand le Franck se fait arnaquer avec le sourire… Décolleté plongeant ou pas, alors là, pas cooool !

Allez, assez bavassé ! Pour te faire gagner un temps précieux et t’épargner tous ces désagréments liés aux transports, j’aurais très bien pu faire un bond de sept heures en avant et te retrouver sur la ligne d’arrivée à Chaungtha. Sauf que rien ne sert de courir et tout vient à point à qui sait attendre. Car le voyage a été jonché de petits événements croustillants comme un petit nem à la crevette… Déjà, sur le papier, nous avons réservé un bus dernier cri, high-tech, flambant neuf, first class, … Mais que sur le papier, alors ! Car une fois face à lui, en chair et en carrosserie, on ne le reconnait pas. Mais rien de grave, tout va bien, je vais bien... Une fois la clé glissée dans le contact par le chauffeur, on prend le large dans une symphonie monocorde de tondeuse à gazon. Jusqu’ici, rien d’anormal pour un trajet en bus en Asie du sud-est, vas-tu me dire... Oui, jusqu’ici, tout va bien, je vais bien… Bercé par le ronron de l’air conditionné, je m’en vais même progressivement sombrer vers l’au-delà et bien plus encore… Donc tout va bien, je vais bien… Quatre heures plus tard et la ville de Pathein passée, notre bus commence à monter, à descendre, à tourner à gauche, à tourner à droite, à tourner sur lui-même, à faire des loopings, … sur une route où deux mobylettes auraient du mal à se croiser et où le chauffeur n’a trouvé comme seul moyen de dire « Attention, je passe, … Attention, je double… Attention, je tourne… Attention, je me gratte le nez ... qu’en klaxonnant ! » Me concernant, tout va toujours bien, je vais bien… Sauf que pour les birmans, le seuil de résistance est allègrement dépassé. La coupe est pleine et ça déborde de partout ! Bien que le chauffeur ait stopé la diffusion de clips karaoké débiles à la télé pour que tout le monde puisse se concentrer sur la route en montagnes russes, ça dégobille à ne plus savoir où donner du sac ! Outre les bruits goulayants de livraison express de peaux de renards, il se dégage rapidement dans le bus un petit fumet bien odorant à te donner des envies de choucroute ! Et tu n’vas pas en croire tes moustaches, le seul moyen que le chauffeur a trouvé pour atténuer l’odeur, c’est de régler la clim’ sur « Froid polaire intergalactique » !

Tout ça pour dire que tout le monde guette impatiemment le moment de délivrance où on apercevra enfin la mer, moment synonyme d’échappatoire à cet enfer qui finit heureusement par arriver… Vite de l’air frais ! Enfin, … plutôt de l’air chaud ! Trente degrés, ambiance moite... Pas de doute, nous sommes toujours bien sur le continent asiatique. Si je fais ma Cosette dans cette histoire, sache que je suis quand même super content d’être là. Premièrement, ils ont pensé à planter des cocotiers et à remplir notre piscine géante d’eau bleue turquoise. C’est cool. Concernant la ville de Chaungtha, elle est pas jolie, elle est pas moche non plus, et ne présente finalement que l’intérêt de proposer le gite et le couvert aux baroudeurs désireux de se reposer au bord de la grande bleue… Et notre hôtel ? Et bien visiblement, il ne se situe pas en ville car deux motos sont venues nous chercher à l’arrêt de bus. Oui oui, tu comptes bien ! Ça fera deux adultes, une enfant et deux gros sacs à dos par moto pour faire les deux kilomètres qui nous séparent du Hill Garden, notre hôtel, où se cache au milieu de la végétation le Banana bungalow que nous avons réservé pour quatre nuits. Permets-moi de te faire faire le tour du proprio ! Points positifs : Petits bungalows bien entretenus, c’est calme, c’est vert. Points négatifs : C’est cher comparé à ce qu’on peut avoir de similaire en Thaïlande, ce n’est pas les pieds dans l’eau sauf si tu as de très grands pieds, et la zone est assez déserte. Vu le cadre et l’émergence de la Birmanie sur la scène touristique, je pense que ça ne le restera pas longtemps… Pour le reste, je te laisse matter les photos !







Après avoir rempli l’habituel formulaire lors du checkin à l’hôtel avec nos noms et prénoms, numéros de passeport, dates de naissance, groupe sanguin, équipe de foot préférée, nom de notre chien quand on était enfant, les vacances dans les vacances sont enfin déclarées, tous à poil ! Enfin, tous en maillot de bain et à la plage ! Une fois nos petits petons dans le sable fin, pas grand’chose d’autre à te raconter. Bronzette, baignade, marche le long de la plage, baignade, châteaux de sable avec les filles, baignade, … Ah si ! Je ne t’ai pas dit que la mer était à vingt-huit degrés et que nous étions seuls sur la plage mis à part un gamin qui trimballe son troupeau… de vaches !... Oui oui, des vaches sous les cocotiers !

















Après ce moment de détente, nous regagnons nos pénates et nous préparons pour aller dans un restaurant un poil plus chic qu’à notre habitude. Mais ne te fais pas des films, ce ne sera pas smoking et robe de soirée. C’est juste que pour cette fois, nous ne mangerons ni par terre, ni dans un boui-boui car avec Sandrine, nous fêtons nos quinze ans d’anniversaire de rencontre. Je ne sais pas ce que j’ai fait à Bouddha pour mériter ça ! Certainement que j’ai dû faire tout un tas de bonnes actions dans une autre vie… Au passage, merci à la municipalité de Chaungtha qui a eu le bon goût d’organiser un feu d’artifice spécialement pour l’occasion, pile poil quand on sortait de table. Timing parfait, je suis très touché par cette attention...

Voilà, j’en ai déjà terminé avec les racontards de cette journée de transition et de repos. Mais rassure-toi, la journée de demain sera plus consistante car on se remettra en mode « Découverte des environs ». De toute façon, demain est une autre aventure...
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SO Solene40 Veteran ·
Merci Merci Franck , non seulement on se marre toujours autant mais j'ai vraiment graaaand plaisir à retrouver l'atmosphère "Chaungthaesque" qu'on a découvert avec émerveillement en 2016 (et j'espère bien que tu vas nous décrire le "bordel magnifique" de la plage principale de la ville [;)]).

Sinon, tu vas pas me croire mais la photo avec les vaches, et ben j'ai la même (oui d'accord, elles passent tous les jours mais elles auraient pu mourir du Coronavirus depuis mon passage [:P]).

Bref, magne toi pour la suite que j'arrête de baver devant mon écran [;)]

Bises
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Gros coup de cœur pour Chaungh Tha et je vais bien insister sur ce point dans les journées à venir... Merci de me suivre ! Franck
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Hello Christelle, Je ne sais pas si tu as fait attention, mais toutes les journées écrites jusqu'à présent ont été mises à jour avec l'ajout des photos... Pour la suite, c'est maintenant !!! A+ Franck
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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 20 (5 mars) - Le bonheur est sur la plage

Salut à toi, honorable lecteur fidèle de mes vadrouilles d’outre-monde ! Pour récompenser ton assiduité, est-ce que ça te dirait de créer avec moi cette journée qui débute sous le soleil ?... Oui ? Cool… En fait, je profite lâchement que Sandrine soit encore à compter les moutons avec Morphée, Nounours et le marchand de sable pour m’occuper de l’organisation de cette nouvelle journée de vadrouille. Faut dire que si j’avais concocté le planning avec elle lors du petit déjeuner, et de une, j’aurais à coup sûr fini la journée fossilisé sur la plage en accueillant à bras ouverts mon futur cancer de la peau et de deux, je n’aurais pas eu grand’chose à te conter à part le roman que je me serais coltiné toute la journée durante... Allez, il n’est que huit heures, je pense que nous disposons d’une bonne heure d’avance sur elle.

Bon, rassure-toi, le voyage est pour moi comme une peinture après avoir crayonné l’esquisse... Ce qui veut dire que je n’arrive pas ici les pains dans les moches en espérant que tu te farcisses tout le travail. Avant de partir, n’ayant pas trouvé grand’chose sur le net à la rubrique « quiatilafairachaungtha », je m’en suis remis corps et âme à un des plus fidèles amis des globe-trotteurs, alias Google Maps ! Et le bougre a bien rempli sa mission puisqu’il m’a avoué qu’un chemin longeait la côte sur une vingtaine de kilomètres en allant vers le nord, traversant par la même occasion quelques petits hameaux par-ci par-là. C’est ce chemin que je souhaiterais parcourir aujourd’hui sans savoir vraiment ce qu’on va y trouver, ni ce qu’on va pouvoir y faire. Plages, falaises, mangrove, sex-shop, dépôt d’ordures… that is the question ! Et tout cas, qui dit côte, dit plage. C’est donc selon ces termes que je vais diaboliquement maquiller ma proposition de vadrouille à Sandrine pour être sûr qu’elle ne m’oppose pas une fin de non-recevoir avec immobilisation corporelle sur la plage comme sanction ! Maintenant qu’on a la destination, il nous faut le moyen de s’y rendre. Concrètement, on a le choix entre la mototaxi et la location de motos à conduire soi-même ! Tu te doutes bien que je mets un bulletin dans l’urne pour le second programme… Ne reste donc plus qu’à en trouver deux… Comme tu ne m’as été pour l’instant d’aucune utilité, je te confie cette mission. Va par exemple négocier ça avec la gentille demoiselle de l’accueil de l’hôtel pendant que je vais annoncer le programme à mes trois aventurières...

« Alors, as-tu déniché les deux motos à un prix raisonnable ?... Oui ?... Coooool !... On déjeune, je mets ma plus belle chemise (enfin, la moins sale) et on se met en route ! » Par route, il faut comprendre « chemin » chemin qui longe dans un premier temps la plage sur laquelle nous étions hier. Puis la suivante, déjà plus belle… Puis encore une autre, encore plus belle… En fait, plus on progresse, plus le chemin tient plus de la piste à zébus qu'autre chose, et plus on a l'impression d'avoir été téléportés au beau milieu d’une carte postale, ou d’un de ces posters placardés sur les murs d’une agence de voyage et qui te fait dire « C’est pas possible, ils ont viré tout le monde sur la plage pour prendre leur photo ! » Sauf qu’on y est sur cette plage du poster et qu’ils ne mentent pas ! Elle est vraiment déserte, idyllique, pile poil faite pour nos tongs ! Du sable blanc, du turquoise, du soleil, des cocotiers, des sirènes, tout y est ! C’est ce qu’on nomme en français, le paradis ! Aussi loin que je puisse rembobiner ma mémoire, je ne me souviens pas avoir vu une succession de plages aussi sauvages et magnifiques avec toute l’étendue liquide à perte de vue rien que pour nous… Soit cet endroit n’a pas encore été découvert, soit il est infesté de moustiques et de requins ! On opte pour la première possibilité et on ne se fait pas prier pour se jeter à la baille, fidèle à elle-même, c’est-à-dire à vingt-neuf degrés...











Ensuite, on roule un kilomètre sur un chemin zigzaguant parmi les cocotiers, on s’arrête, on se pince pour être sûr de ne pas rêver, on se baigne, on remonte sur nos montures, on roule un kilomètre sur un chemin zigzaguant parmi les cocotiers, on s’arrête, on se pince pour être sûr de ne pas rêver, on se baigne, on remonte sur nos montures, on roule un kilomètre sur un chemin zigzaguant parmi les cocotiers… Dit comme ça, ça fait vraiment vadrouille de feignant, non ?... En tout cas, chacun de nous savoure le moment à sa façon : Repos sur des plages magnifiques, baignades dans une eau chaude et limpide, découvertes et explorations à scooter… Que pourrait-on espérer de plus dans une telle situation ?... Rien, bien évidemment !!!… Et pourtant… Ce qui va suivre ne relève pas d’un mirage… On roule un kilomètre sur un chemin zigzaguant parmi les cocotiers, on voit quelques parasols en feuilles de palmiers sur la plage, on s’arrête, on se pince pour être sûr de ne pas rêver, on s’installe sous un des parasols, on se baigne, lorsqu’un gars sorti de nulle part se pointe vers nous. Il est australien, vit dans une bicoque un peu plus loin avec sa femme birmane qui peut, si on le désire, nous préparer un repas traditionnel à déguster sur la plage sur une table qu’il fera dresser à l’ombre rien que pour nous… « Arrête Pascal Sellem, on t’a r’connu ! Elles sont où les caméras ? » Le gars, il me prend vraiment pour une gallinette cendrée ! Si je résume, il me propose de dresser une table rien que pour nous sur une plage déserte afin de nous servir un repas traditionnel birman, et il s’imagine que je vais mordre à l’hameçon de son arnaque ?… Chuuuut, je vais faire semblant de marcher dans son entourloupe... « Ok, mais alors avec deux bières bien fraîches pour ma femme et moi, une noix de coco pour mes filles, et pourquoi pas des crabes au lait de coco pimenté comme plat » Tu le croiras si tu veux, mais le gars nous a tout amené, accompagné de nouilles sautées au poulet, de riz, de maïs, d’un plat de porc en sauce, de bouteilles d’eau… « Bon, ok, allez, sors-nous la douloureuse… Ça fait combien pour ce petit extra ?... Combien ? Dix-mille kyats ???... Et bien voilà, j’en étais sûr !!!... Euh… eh ben non, ça fait à peine sept euros, ça… Merci pour tout ! » Bref, il y a des moments comme ça où tout est réuni, des moments où on se dit « je voudrais que cette journée dure une éternité » ! Il y a des lieux qui te transportent. Il y a des rencontres qui te réconcilient avec le genre humain. Il y des images qui s’accrochent à ta rétine pour ne plus jamais t’abandonner. Il y a Chaungtha et ses plages...







Je peux te dire qu’il ne faudrait pas me titiller bien longtemps pour que je plaque tout en France pour venir m’installer dans une cabane dans un endroit paradisiaque comme ça où la vie doit être tellement plus simple… Moins d’impôts, moins de stress, moins de pression, moins de contrôles, moins d’aseptisation, moins de travail, moins d’embouteillage, moins de grisaille, moins de factures… Bon, je me doute bien que la réalité sur place n'est surement pas si idyllique que je l’imagine, mais sois gentil et laisse-moi avec mes illusions… En tout cas, ce qui est sûr, c’est que cet endroit paradisiaque ne restera pas aussi désert bien longtemps. Déjà, on risque d’y trouver ta trombine, venue voir si ma description n’était pas exagérée, et mes photos truquées… Je suis curieux de voir comment le site va évoluer ces vingt prochaines années...







La suite de la journée est dans la même veine… On suit toujours ce chemin qui serpente au milieu des cocotiers et qui longe le long ruban de sable blanc vide de toute présence humaine. La fin de la route, puisqu’il y en a malheureusement une, est marquée par une plage donnant sur l’estuaire d’une rivière qui nous oblige à faire machine arrière. Sauf que cette plage est la plus belle de toute la journée ! Nouvelle baignade obligatoire pour tout le monde !













Route du retour, coups de soleil, plein d’essence, et lunettes de soleil transformées en cimetière à moustiques… Le bonheur, c’est simple comme un tour de scoot… Un tour de scoot à Chaungtha, et la journée est bien remplie ... au même titre que nos yeux et la carte mémoire de notre appareil-photos ! Voilà, je n’ai plus rien à dire sur cette journée, je pense que les photos feront le reste. Là, j’ouvre la porte de notre bungalow. La seconde suivante, je repose inerte sur mon lit, merveilleuse invention dont il va être difficile de se décoller dans les prochaines heures, voir même jusqu’à demain… De toute façon, demain est une autre aventure...





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BI Bibouns51 Globetrotter ·
Jour 21 (6 mars) - Tong… Party tong

Allez, j’enfile un sourire et c’est reparti pour une nouvelle petite prose pour te conter cette nouvelle journée… Déjà, sachant que nous avons dormi douze heures et que nous nous levons vers huit heures trente ce matin, je te propose de calculer à quelle heure nous nous sommes couchés hier soir… Oui, oui, bonne réponse : Comme des vieux ! Mais des vieux frais dispos pour remettre le couvert sur nos petites motos chinoises pour cette fois-ci nous diriger plein sud jusqu’à la petite ville de Ngwe Saung.

Bien que n’étant séparé que de dix-huit kilomètres, le parcours entre Chaung Tha et Ngwe Saung en longeant la côte prend plus de trois heures, sans compter les arrêts pipi que trois personnes de la gente féminine peuvent engendrer. La raison en est élémentaire mon cher Watson : C’est un vrai parcours du combattant ! Pour commencer, ils n’ont pas encore eu le temps de construire de route ! Ni même un vieux bout de chemin !… Plus de la moitié du trajet doit donc s’effectuer en roulant directement sur la plage ! Oui, oui, sur la plage avec nos motos en plein remake du Paris – Dakar !!! Il faut donc bien calculer son coup pour ne pas arriver à marée haute, si tu vois ce que j’veux dire… Ensuite, entre chaque plage, pour compliquer encore plus notre mission, il y a une rivière à traverser ! Trois rivières sur le parcours pour être aussi précis que Jamy dans ses explications. Et ne compte pas voir fleurir devant toi le pont d’Aquitaine ou de Normandie pour traverser. Il n’y a pas d’autre alternative que de prendre à chaque fois une barque avec nos motos sous le bras pour gagner la berge opposée, en espérant ne pas rejouer cette fois-ci un remake du Titanic… « Ça pue l’anecdote à plein nez, cette histoire ! » Oui, et pour couronner le tout, il faut aussi prendre en considération le fait de revenir avant quinze heures, sous peine de ne plus pouvoir traverser les rivières, pour cause des trente-cinq heures du personnel local...

Allez, grosse portion de vacances, grosse portion d’aventure et grosse portion de profitage de la vie au menu du jour ! Et j’ai la ferme intention de me resservir deux fois ! Go go go ! Première étape, traverser Chaung Tha et accéder au quai numéro vingt-neuf d’où on va pouvoir prendre notre premier traversier. D’autres clients sont déjà présents dans la salle d’attente climatisée bien agréable les jours de grosse chaleur comme aujourd’hui. Des hôtesses font la distribution de thé et de petits gâteaux au chocolat. Bon, allez, arrête de rêver, nous ne sommes pas en Norvège ! Il fait une chaleur à tondre les poules, ça sent les égoûts qui se déversent dans la rivière sans passer par la case station d’épuration, et nous sommes sur un ponton brinquebalant à attendre une barque qui prend l’eau dans laquelle vingt-cinq personnes, deux chèvres, trois chiens et six motos vont devoir s’entasser ! La voilà d’ailleurs qui arrive, fière comme un trois mâts, hissez haut ! Pince-mi et Pince-moi sont dans un bateau… Heureusement, pour ce coup-ci, personne ne tombe à l’eau...







Une fois de l’autre côté et tout notre petit monde arrivé à bon port, on traverse un petit village de cabanes au beau milieu d’un champ de cocotiers. Y’a pas à dire, je préfèrerais être pauvre ici, plutôt qu’au fin fond de la Sibérie… Ensuite, le chemin rétrécit dangereusement au lavage… Le fourbe tente même de nous extorquer une chute en plaçant quelques ornières sur notre passage. Il n’obtient finalement que quelques jurons de la part de Sandrine. La franky’s family, un, le chemin, zéro ! Deuxième lieu d’embarquement. Sauf que nous sommes seuls. Pas âme qui vive. Pas un bateau à l’horizon. Sommes-nous au bon endroit ? On patiente gentiment pendant une demi-heure avant qu’une barque ne se pointe dans notre direction. Ouf, c’est bien la navette. L’embarquement est… comment dire… dantesque… Nous sommes à marrée basse et la barque ne peut s’approcher à moins de cinquante mètres de la rive, englué au beau milieu de la mangrove. Comme s’il s’agissait de deux ânes récalcitrants, je n’ai pas d’autre choix que de pousser sur les deux motos l’une après l’autre dans trente centimètres d’un mélange visqueux composé d’eau et de vase. L’aventure, c’est l’aventure ! Car une fois arrivé près de l’embarcation, il faut maintenant porter les motos pour les charger. Heureusement, des birmans me filent un coup de main et sont du coup autoproclamés mes amis pour la vie ! Oui, en Birmanie, si tu échanges plus de sept mots avec quelqu’un, tu deviens officiellement son ami !



















Repu d’amitié, une fois de l’autre côté, je n’ai alors qu’un seul et unique mot à dire : « Whaou » (prononcer « waaaaooooooooouuuuu ») : Interjection tout-terrain qui permet d'exprimer de la surprise, de l’admiration ou de l'émotion devant n'importe quoi dans n'importe quelle circonstance. Ça peut servir devant un énorme hamburger et une bonne bière, ma femme toute nue ou encore une magnifique victoire de l’OM en ligue des champions.... Mais là, c’est une large et longue plage déserte qui nous fait face en guise de circuit de course. Imagine un peu cette scène surréaliste. Rouler à près de cent kilomètres heure en moto sur le sable dur d’une plage déserte pendant plus de vingt minutes ! Je redeviens, l’espace d’un instant, l’enfant que j’étais en 1997 lorsque j’ai joué pour la première fois à Gran Turismo sur ma Playstation 1 ! Le kiffe, j’te dis !!! Je me pince… Je dois être au paradis… Non, je suis juste en Birmanie...







Allez, troisième passage de gué, bien mieux organisé puisqu’il y a une planche pour faire monter la moto dans le bateau, puis nous passons devant une maison. Puis deux. Puis trois. Un village. Une ville. Ngwe Saung ! On était au courant, il nous aura fallu près de quatre heures pour venir jusqu’ici. Mais notre objectif du jour n’était pas la ville de Ngwe Saung, c’était le chemin pour y parvenir et pour ma part, j’ai a-do-ré ! Bon, maintenant qu’on est là, on va quand même en profiter pour jeter un œil et satisfaire nos estomacs qui commencent à nous faire part de leur mécontentement. De ce côté-là, faut dire qu’on est rapidement rattrapé par Pat’patrouille si on omet une séance de remplissage de ventre, n’est-ce pas Sasha ?

La ville a la réputation d’être beaucoup plus tournée vers le tourisme de luxe que Chaung Tha, et je dois dire que ça se ressent dès le moment où le serveur nous tend la note… Et ça se confirme aussi lors de la balade dans la ville. C’est plus aseptisé, c’est plus classe, c’est plus européanisé, c’est plus comme j’aime moins ! On ne regrette pas une seconde d’avoir choisi Chaung Tha comme lieu de villégiature plutôt que Ngwe Saung, surtout lorsqu’on arrive sur la plage et sa succession d’hôtels plus classieux et impersonnels les uns que les autres… Cette plage permet toutefois de rouler de nouveau sur le sable dur délaissé par la mer, cheveux au vent, manette d’accélérateur à fond. On ne s’en prive donc pas ! Bon, on écrase peut-être une ou deux touristes anglaises qui faisaient la crêpe sur notre passage, mais rien de grave comparé au plaisir pris une nouvelle fois durant cette chevauchée fantastique !









Aïe, dans l’euphorie générale, on n’a juste un peu omis de regarder notre montre. Seize heures. Il nous faut étudier les différentes options, selon l'horaire, la vitesse du vent et l'âge de la concierge. Soit on le tente par le bord de mer en croisant les doigts de pieds pour qu’un pêcheur soit présent à chaque fois pour nous faire traverser, soit on ne prend aucun risque en empruntant la route intérieure qui rallonge fortement les distances… Un vote pour l’aventure, trois pour la sagesse. Une voie pour mon clan, trois pour le lobby de Sandrine. Je suis battu en omelette, je me range donc à l’avis de la majorité...

Je tends l’index au vent, à vue de nez, ça doit nous faire une quarantaine de bornes. C’est aussi ce que dit le Lonely Planet… A trente kilomètres heure de moyenne, ça devrait nous permettre d’arriver à Chaung Tha pile poil pour le coucher du soleil. Nous prenons donc notre courage à huit mains et... c’est parti ! Ça, ce serait dans le monde des animaux fantastiques… Car après une heure et demie et les quarante kilomètres parcourus, nos calculs étaient bons, le soleil est bien en train de lancer ses dernières forces dans la bataille. Sauf que selon les dires du pompiste alias le gars qui nous a vidé une bouteille de Fanta dans le réservoir, on n’a accompli que la moitié de notre besogne !!! Malheureusement pour mon audience sur ce blog, Sandrine a refusé que je lui tire le portrait au moment où elle a saisi le baraguouinage du monsieur.

La suite n’est qu’une épreuve de résistance : Filles à moitié endormies derrière nous, froid, obscurité, et virages inlassablement les uns derrière les autres… C’est finalement à dix-neuf heures et soixante-treize kilomètres au compteur plus tard que nous arrivons à Chaug Tha, au bout du rouleau de printemps, le dos en compote de pomme. Arrêt obligatoire au premier restaurant qui passe par là ! Mauvaise pioche, la carte n’indique fièrement que « Noodles au poulet » ou « Œufs avec pain ». « Ce sera des noddles au poulet pour tout le monde, s’il vous plait ! - Désolé, nous n’avons plus de poulet… - Bon ben des œufs avec du pain, alors ! - Désolé, nous n’avons plus de pain… Ok, va pour des noodles aux œufs !!! » Bref, une fin de journée pas très folichonne, mais il fallait bien que la vie se venge un peu après le bonheur qu’elle a bien voulu nous octroyer juste avant. C’était certainement le prix à payer. Je signe d’ailleurs des deux mains pour que la journée de demain soit du même acabit ! De toute façon, demain est une autre aventure...
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SO Solene40 Veteran ·
Purée je t'avais zappé dans ma boite mail mais je viens de lire la suite de Chaugtha. C'est hallucinant comment votre journée vers le nord ressemble à celle que nous avons vécu, une succession d'émerveillements d'autant plus quand tu avais lu que Chaugtha c 'était "vraiment pas terrible " [:P] Par contre j'ai une trééééés mauvaise nouvelle pour toi : lors de notre passage fin mars 2016, ils avaient commencé la construction d'un immeeeense complexe hotelier à 1km avant l'estuaire à peu prés. Bon, ils en étaient à casser des cailloux pour construire la route mais il y avait aussi des tractopelles et surtout des panneaux géants avec la photo du futur "bordel" avec 4 piscines et compagnie. Ouaih ça craiiiint. J'avais dit à mon mari "profitons à fond de ces moments parce qu'on ne reviendra pas pour voir le désastre" !

Alors je raconte pas ça pour te casser le moral, juste au cas où quelqu'un est passé par là récemment pour qu'il nous raconte où ça en est (parce qu'on peut rêver encore, une faillite ça arrive vite [;)]).

Et prend ton temps pour la suite, j'ai du retard Lol
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Oui, j'avais un peu l'impression d'être tout seul sur mon carnet... Mais tu es là et je suis maintenant rassuré ! [:P] Lors de notre passage, nous nous sommes dits exactement la même chose : Profitons car ce coin de paradis ne va certainement pas rester en l'état bien longtemps... Ca aura été un véritable coup de cœur ! Idem pour la journée suivante que je te laisse lire... A+ Franck
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SO Solene40 Veteran ·
Ah non mais t'inquiètes nous sommes au moins 2 : ma copine Daisy m'avait envoyé un MP avec le lien de ce post "je te conseille de lire ça, j'adoooore" (sauf que j'étais déjà abonnée à cette discussion que j'avais repéré d'entrée [:p] ). Bref, y en a plein d'autres qui te lisent mais ils ne savent pas quoi dire devant tant de talent [;)]. Bizzzz
Le monde est comme un miroir, si tu lui souris, il te sourit aussi!
BI Bibouns51 Globetrotter ·
Ouf, me voilà rassuré, Christelle, maintenant que je sais que je suis suivi par les Landes (département où je vais très souvent car une partie de ma famille y habite). J'étais à deux doigts de faire la grève du carnet de voyage ! Bientôt la suite, alors... A+ Franck
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