Le plus micro :
En venant en Australie, je me lamentais déjà sur la difficulté d’assouvir ma passion : franchir des frontières internationales. Mais voilà que peu de temps après mon arrivée down under, je découvre qu’il existe une petite principauté située à un peu plus de 500 kilomètres de Perth : La Principauté de Hutt River. Tout n’était donc pas perdu !
Comme l’indique ce petit résumé trouvé sur Wikipédia, l’histoire de cette micro-nation n’est pas banale :
Dans un contexte de conflit entre Leonard George Casley, son propriétaire, et les autorités de l’Australie-Occidentale, lié à des questions de quotas agricoles, l’exploitation s’est déclarée indépendante le 21 Avril 1970 sous le nom de « province de Hutt River », puis a décidé l’année suivante de devenir une principauté, sous la houlette de Leonard Casley devenu « Prince Leonard Ier ».
Quarante-six ans plus tard, Hutt River poursuit son existence comme micro-nation imitant les États souverains, bien que sans reconnaissance internationale aucune. Recevant plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an, elle émet des timbres, des monnaies et même des passeports.
Le territoire est peuplé de quelques dizaines d’habitants et est essentiellement constitué par les propriétaires des fermes ayant participé à la sécession conduisant à l’indépendance, de leurs descendants et d’aborigènes de la communauté Nanda, dont certains étaient employés à l’époque dans une des fermes.
(Voir également le résumé plus complet tout en plus bas)
Trente ans plus tard, il est grand temps d’aller voir ça de plus près. Nous profitons donc de ce long weekend férié pour découvrir à notre tour cette anomalie territoriale. Coïncidence, ce weekend correspond également au 46ième anniversaire de la Principauté et de grandes festivités sont prévues pour fêter l’évènement.
Après avoir quitté la route macadamisée au nord de la bourgade de Northampton, nous suivons les chemins en terre coupant un paysage de champs fraichement brulés puis par endroits des poches de végétation semi-aride, plus abondantes le long de la petite dépression où coule la rivière Hutt.
Enfin, entre un rocher et une termitière, apparait sur le bord de la piste un panneau marquant la ‘frontière internationale’. Un peu plus loin, nous quittons l’Australie et poursuivons jusqu’au cœur de la Principauté. Un portail flanqué de deux murets où est vissé un panneau « Welcome to the Principality of Hutt River » indique que nous sommes arrivés à Nain, la capitale !
En remontant l’avenue en terre bordée d’eucalyptus, un autre panneau indique les… heures de visite (de 9h. à 16h.). La capitale est composée de plusieurs bâtiments, une ferme et ses annexes, des hangars mais aussi une poste, un musée, une chapelle, un mémorial et un terrain de camping.
A peine sortis de la voiture, une charmante jeune femme, nous accueille et nous emmène directement au musée où nous attend Prince Leonard Ier, un personnage haut en couleur et encore bien vaillant malgré ses 91 ans. Ce dernier nous fait la visite guidée des lieux, c’est-à-dire des vitrines où est exposée une myriade d’objets hétéroclites et presque aussi kitsch que ceux ‘admirés’ au Palais Présidentiel des Grands Leaders nord-coréens. La collection inclue des médaillons, fanions, insignes, lettres, diplômes, et même un sabre, offerts par diverses corporations, associations, collectivités et admirateurs locaux et du monde entier. Affiches, drapeaux et photos retraçant les grandes dates historiques de la Principauté décorent les murs.
Dans un autre coin, Leonard Ier nous montre les traités scientifiques qu’il a rédigés car en plus d’être un agriculteur, père de sept princes et princesses, il a un faible pour les Mathématiques et tout particulièrement leur relation avec le spirituel… mais ça, ce sera pour une autre fois !
Déjà d’autres touristes arrivent et, alors que nous dirigeons vers la poste, nous entendons déjà le Prince reprendre ses commentaires qu’il doit connaitre par cœur.
La Post Office de la Principauté fait également office de bureau d’immigration et en échange de quelques dollars (australiens) nos passeports sont dument tamponnés. Non seulement nous pouvons choisir la page où nos visas d’entrée (et de sortie) sont apposés mais en prime nous recevons un ticket de tombola !
Ça c’est du jamais vu !
Ainsi nous aurons peut-être la chance de gagner une série de timbres ou une pièce commémorative… quand le carnet de tombola sera terminé !
Si je laisse les collections timbres aux philatélistes et les pièces de monnaie aux numismates mais je ne résiste pas à échanger quelques dollars australiens contre des dollars de la Principauté… ce n’est pas tous les jours que l’on trouve des billets de… 20 cents !!!
La visite se poursuit, direction la chapelle dédiée à la Princesse Shirley, la femme du Prince décédée en 2013. Les murs de la chapelle sont décorés d’immenses peintures, certaines représentant des membres de la famille princière à l’époque de… Jésus. La chapelle sert également de salle d’honneur lors des grandes occasions.
De nouveau dehors et assaillis par les mouches, nous allons voir de plus près l’énorme buste du Prince sculpté par un artiste canadien et d’autres sculptures contemporaines faites de matériaux de récupération. Nous terminons la visite par le temple plutôt particulier dédié aux travaux du Prince sur la théorie ondulatoire censée démontrer que chaque être vivant a une signature fréquentielle unique. Si le portail d’entrée, aux allures de temple chinois, est surprenant, la collection des statuettes représentant des animaux et l’espèce de rocher truffés de différents minéraux le sont bien davantage.
Il est temps de revenir au musée pour saluer cet homme attachant et qui aura, grâce à son intelligence, son courage et sa persévérance, finalement démontré que tout est possible.
A truly inspirational little place.
Long Live Leonard!
RESUME HISTORIQUE
(sources : http://plumesdecaille.info/la-principaute-de-hutt-river-micronations/)
En 1969, le territoire qui est aujourd’hui celui de la Principauté de Hutt River n’était qu’une exploitation agricole de 75 km située en Australie-Occidentale à 40 km au nord-ouest de Northampton et appartenant aux Casley ; une famille de cultivateurs.
A cette période, le gouvernement d’Australie-Occidentale décide d’imposer des quotas de production agricole, qui mettent en péril la ferme Casley. Celle-ci se voit imposer de ne plus produire désormais qu’1/25° de sa production antérieure de blé.
Arguant que le respect de ce quota ne lui permet pas de générer suffisamment de revenus pour payer ne serait-ce que les traites correspondant aux crédits des matériels nécessaire à l’exploitation, Leonard Casley décide de contester la loi.
Avec l’aide des cinq autres familles qui possédaient des fermes à Hutt River, il adresse des protestations au Premier ministre Australien. En vain.
Au recours qui lui est adressé, le Gouverneur d’Australie-Occidentale Sir Douglas Kendrew répond quant à lui « qu’aucune modification des quotas ne sera autorisée ».
Le gouverneur étant le représentant de la reine en Australie-Occidentale, Leonard Casley estime donc que celle-ci est responsable de la situation et introduit une action en justice.
Leonard Casley, qui revendique un préjudice de 52 millions de dollars australiens à raison des quotas demande une indemnisation, non en numéraire, mais en nature sous la forme d’une extension du territoire de sa ferme aux terrains environnants.
Contre toute attente, son action en justice aboutit.
En réaction, le parlement d’Australie-Occidentale met en chantier un projet de loi pour lui permettre d’exproprier la famille Casley, qui s’y s’oppose une nouvelle fois.
Le 21 Avril 1970, réalisant que les autorités Australiennes ne renonceront pas, la famille Casley fait sécession du Commonwealth, mais continue de proclamer sa fidélité à la reine d’Angleterre.
Leonard Casley est élu par les habitants en qualité d’Administrateur de la province de Hutt et en informe les autorités australiennes.
Le bureau du gouverneur général répondra à sa lettre en l’appelant par ce titre, ce qui est interprété par le jeune état comme une reconnaissance officielle en provenance d’un représentant de la Reine. Les autorités australiennes contestent cette interprétation et affirment qu’il s’agirait d’une simple erreur administrative.
Menacé par le Premier Ministre Australien de poursuites judiciaires, Leonard Casley se proclame Prince Leonard I de Hutt River et revendique une immunité au bénéfice du « British Treason Act ». Aux termes de cette loi datant de 1495 : « une personne qui sert un souverain de fait ne peut être déclarée coupable de trahison ou de toute autre infraction si elle combat le souverain legitime ».
En 1976, la Poste Australienne commence à refuser d’acheminer le courrier à destination de Hutt River tandis que les services fiscaux Australiens persistent à réclamer le paiement de taxes à la Province de Hutt River.
La situation contraint celle-ci à déclarer la guerre à l’Australie le 2 Décembre 1977.
Quelques jours plus tard, le Prince Leonard notifie la cessation des hostilités à l’Australie sans qu’ait eu lieu la moindre effusion de sang. La guerre n’a donc été qu’une déclaration formelle, permettant d’appuyer une reconnaissance de facto de la Principauté. La Principauté ne paiera plus la moindre taxe à l’Australie par la suite.
Onze ans après la guerre, en 1988, Hutt River se dote d'une armée. Par la suite, la principauté adopte un Diplomatic protocol Act, un Nationality Act, un Lands Act, un Peerage Act, un International Banking Act, et un Ibc Act. En 2005, la fiscalité est simplifiée avec le tax act, et la même année le pays se dote d'une Constitution qui innove en instituant notamment un pouvoir législatif élu au suffrage universel.
En Septembre 2005, le Prince Leonard annonce que l’état dont il est le souverain s’appellera désormais « Principauté de Hutt River.










http://www.abc.net.au/news/2015-09-06/australias-oldest-micro-nation-monarch-considers-retirement/6749604