Fragments de voyage I/II: d'Istanbul à Jakarta par la route
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MÉ Mékong Globetrotter ·
PAKISTAN Route50 Baloutchistan entre Taftan et Quetta

La nuit tombe et la première partie du voyage sera ponctuée par des successions de haltes plus ou moins longues aux checkposts le long de la route50 et à chaque fois je dois descendre ce qui irrite l'un des chauffeurs. A l`entendre, je crois bien qu`il me laisserait au bord de la route. En milieu de soirée, pause repas et bis-répétita, tous les clandestins descendent en rang serré + le type menotté direction la salle fermée d`un resto à l`écart des autres. Quant à moi je prends un repas et je règle ceux de mes deux kalachnikovmen. Au bout d`une heure nous reprenons la route et vers 4h du matin, kalachnikovman1 me tire de mon sommeil, le bus a stoppé et je dois descendre pour un contrôle à un checkpost. Les yeux ébouriffés j`obtempère. Il fait nuit noire. Lorsque je me retourne je vois Kalachnikovman2 descendre avec mes 2 sacs et venir jusque à nous. "Qu`est ce qui se passe là ?" le type du checkpost parle un peu Anglais et m`explique je dois attendre ici le prochain bus de 8h en provenance de Dalbandin car celui ci ne va plus à Quetta mais à Nushki. "Ah bon c'est nouveau" je m'énerve contre mes deux kalachnikovmen mais rien n`y fait, les voilà qui courent en direction du bus qui repart aussitôt. Super ! . Je les maudis. A l`intérieur, une personne dort sur une paillasse. je regarde le registre, toujours les 3 Allemands qui me devancent. Mon agacement s`estompe rapidement car d`une part mon hôte est vraiment sympa (photo) , hospitalier, ensuite ça ne sert à rien de s'exciter, il faut s`adapter aux circonstances et relativiser.....et d`autre part je réalise quand l`aube se lève que je me trouve dans un endroit qui me laisse songeur. Il règne un calme absolu....le Baloutchistan dans toute sa splendeur. Je savoure. Les petits tracas du bus sont déjà derrière, pour la suite wait and see. Je vous brosse le tableau sur la gauche de la route50, une chaine de montagnes noires sur des kilomètres (photo), c'est la chaine de Ras Koh point culminant à 3009m; de l'autre coté, au nord-ouest j'aperçois le lac salé Hamun, derrière les Chagai Hills qui bordent l'Afghanistan (photo), en amont de la route le village de Padag à environ 200 kms de Quetta. Le checkpost est composé d'un poste de garde, d'une ficèle faisant office de barrière, de bâtiments de chaque coté de la route où les hommes vivent, d'un puits, d'une éolienne (photo). Mes hôtes sont au nombre de 9. Tous des Baloutches. Ils sont de Dalbandin et de Padag. Pour le moment seul Mir Zaman est debout, il me dit qu'il rentre chez lui 2 jours par moi pour retrouver sa famille, le reste du temps sa vie est ici. Peu à peu, je fais connaissance avec les autres qui se lèvent. Du cuistot jusqu'au plus ancien, le dernier à émerger, avec une belle barbe blanche, Mir Zaman m'annonce fièrement "il a 4 femmes". Tous viennent me saluer chaleureusement. Le cuistot va puiser de l'eau et prépare le thé. Au loin j'aperçois des villageoises en train de cueillir des plantes sur les terres arides du désert. Mir Zaman me dit qu'elles s'en servent comme condiments. Nous sommes là, tous les quatre (+le cuistot fait des allers et retours au puits), assis sur des chaises devant le poste, à tuer le temps, alors le moindre petit évènement capte notre attention. Pour eux l'histoire se répète quotidiennement. Je sors ma paire de jumelles pour observer les alentours mais je n'ai pas le temps de dire ouf que Mir Zaman me les demande expressément. Inutile de vous dire vers qui il pointe les jumelles, tout comme ses deux collègues. Il me prend à part en me demandant de les lui laisser et il tient à me les acheter mais il me demande la plus grande discrétion vis à vis des autres. Ok affaire conclue. Puis vient les séances de photos (photo). Je lui promet de lui envoyer les clichés par courrier. Puis le ballet des camions débute Ces extraordinaires camions pakistanais entièrement décorés (photo) . Ils avancent très lentement et j'ai tout le loisir de les admirer (photo) . Chaque ralentisseur est une vraie torture pour les suspensions car leur chargement est véritablement monstrueux. 75 tonnes. Mir Zaman me montre le manifeste qui a été établi à la douane de Quetta la veille : 28 camions doivent passer, avec des cargaisons de riz basmati et de graines de sésame d'un poids de 75 tonnes hormis les deux camions iraniens chargés à 20 tonnes. Le job de Mir Zaman est de contrôler le passage des camions transitant par la route50. Parfois il se lève pour vérifier les feuilles de route (photo). C'est un axe routier vital entre les deux pays, l'Iran et le Pakistan. D'un coté il y a l'Iran qui importe des tonnes de riz basmati chaque jour et de l'autre le Pakistan qui importe de l'électronique (photo) . Lorsque ces camions arrivent au centre de douane de Mirjaveh, toute la cargaison est transférée sur des camions iraniens car rouler avec de tels poids est interdit sur les routes iraniennes. Ils repartent chargés d'électronique et d'appareils electro-ménagers en direction du Pakistan. Il y aussi des pick-ups qui viennent de Quetta rempli de petites bonbonnes "de l'essence pour Dalbandin" me dit mon hôte. Des camions à plateaux chargés de petites bouteilles de coca en verre vides "elles vont à Quetta pour être remplies et reviennent à Dalbandin". Et il y a les gens du voisinage qui passent, certains s'arrêtent pour dire bonjour et converser. Tout le monde se connait. Ainsi va la vie sur la route50 entre Padag et Quetta. (photo) Au loin en amont de Padag, un point rouge avance rapidement, "c'est le bus pour Quetta" me dit Mir Zaman (photo) . Pas de chance quand celui ci se présente, il est plein à craquer Ok pas de souci je peux attendre une heure ou deux de plus d'autant que mes hôtes sont au petit soin. Plus tard, un autre arrive et j'arrive tant bien que mal à monter car il est bondé. Salut les gars et merci pour tout. Je m'assois sur les marches. Tout le monde me regarde avec étonnement. Des hommes en turban avec de longues barbes, des femmes dont les visages sont soigneusement dissimulés, des enfants. J'essaye de caler mes sacs car tout l'espace est occupé. Au village suivant, un soldat embarque pour m'escorter, prévenu par les copains de Padag et la valse des arrêts checkposts recommence. Dans l'un d'entre eux, la situation est cocasse car personne ne parle Anglais, je ne parle pas urdu et le formulaire à remplir est en Urdu. Heureusement un soldat a la bonne idée de sortir des papiers remplis précédemment par......des Allemands. Décidément, on se suit à la trace. Dehors ça s'impatiente, klaxons et l'un des jeunes stewards a déjà posé un de mes sacs dehors. On arrive en courant. Dans le bus j'entends l'ancien à coté de moi, ronchonner en tournant son ticket dans tous les sens. Barbe blanche se tourne vers moi et me sourit. Je ne sais pas comment je dois le prendre. Sur la banquette à coté sont assises deux femmes. Je réaliserai plus tard que ce sont ses deux femmes. Lors d'une pause, étant sorti, je surprendrai le regard perçant de la plus jeune derrière la vitre. Instants volés. Et les villes se succèdent jusqu'au col de l'une des montagnes entourant Quetta. Il est 16h quand nous atteignons la ville considérée par les Américains comme la plus dangereuse du monde.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
TH Thevert7 Regular ·
Merci pour ce moment ....
CA CatherineGil Globetrotter ·
🙂, voilà Thévertè a tout dit . Merci pour ce moment ! Tu as vraiment l'art du partage 🙂
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
MÉ Mékong Globetrotter ·
bonjour @Thevert @Catherine

content que cela vous a plu Catherine je n'ai pas pu prendre ce train mais j'ai pu voir ces paysages que tu me décrivais je mets la suite très rapidement
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MÉ Mékong Globetrotter ·
QUETTA PAKISTAN Quetta la capitale du Baloutchistan la plus grande province du Pakistan. Entourée des montagnes Chiltan, Zarghun, Takatoo et Murdar, à 1692m d'altitude (rappel le Baloutchistan est un haut plateau), son nom est dérivé de Kuwetta qui veut dire fort. Ca coule de source vu les défenses naturelles qui l'entourent de toutes parts. Située à 100 kms de la frontière afghane après le passage de la Khojak Pass (2700m) et à 200 kms de Kandahar la ville la plus proche. Peuplée principalement de Pachtounes et quelques Baloutches, Ouzbeks, Hazaras et Tadjiks. (photo) Ainsi selon les critères Us, la ville est la plus dangereuse du monde. En langage décodé, cela signifie nuire aux intérêts américains. 1/ les convois de l'Otan partant de Karachi, transitant par Quetta et la Khojak Pass sont régulièrement attaqués. 2/ Quetta serait le repère du Mollah Omar et une base de repli pour les Taliban. 3/c'est une ville pachtoune et les Pachtounes sont hostiles à toute occupation, j'y reviendrai. (photo) Cela dit, il ne faut pas verser dans l'angélisme, la région n'est pas l'endroit approprié pour les cures thermales. Ici c'est le far-west et la police a établi des fortifications dans tous les carrefours stratégiques comme à Jinnah Road (photo). Plaque tournante de tous les trafics avec la proximité de l'Afghanistan et de la frontière poreuse. La ville est le théâtre d'assassinats en pleine rue et en ce moment la communauté hazara chiite est dans l'oeil du cyclone avec 29 morts en deux semaines, pour plus de détails voir le blog du journaliste free-lance Dr Saleem Javed http://saleem-javid.wordpress.com . En dehors de la ville, les risques d'enlèvements ne sont pas rares. Me voici en quête d'un hôtel, j'ai noté des adresses sur un bout de papier. L'hôtel Al Naeem sur Jinnah Road est complet, je me rabat sur le Bloom Star" à Steward Road. Il faut me conformer aux mesures de sécurité consistant à remplir une fiche de renseignements pour la police qui veut connaitre ma prochaine destination car la région autour de Lorelai est zone interdite pour les étrangers suite au dernier enlèvement des Suisses (qui se sont évadés récemment en mars 2012). Enfin délesté de mes sacs, une bonne douche et je file à la gare ferroviaire réserver une place dans le Jaffar Express en direction de Lahore.

Je reste 4 jours à Quetta sans pouvoir m'aventurer à l'extérieur et ce n'est pas faute d'essayer. C'est dommage car les environs ont l'air réellement intéressants, dont le lac Hanna à 15 kms. Mais devant les tergiversations de mes interlocuteurs, tantôt l'un "pas de souci c'est sur, tu peux t'y rendre blablabla......" tantôt l'autre "non je te déconseille de sortir de la ville blablabla...." et le PTDC l'office de tourisme pakistanais, hormis la distribution gratuite de cartes de Quetta et du Pakistan, il est aux abonnés absents. Reste la visite du musée archéologique du Baloutchistan : pas de chance il est fermé. Reste alors à arpenter les rues histoire de m'en imprégner et ça tombe bien car j'adore ces moments. Et là c'est tout juste incroyable. Les gens me saluent, tendent la main, m'appellent pour boire un thé ou juste pour m'asseoir et parler avec eux. Je fais connaissance avec l'hospitalité pachtoune. Extraits: Je rencontre un Afghan pachtoune qui enseigne ici depuis 10 ans, sa famille vit à coté de Kandahar. Un jeune Pachtoune m'accoste pour me parler de l'Islam "pas de souci je respecte toutes les religions" il insiste "tu dois lire le Coran blablabla....." En pleine rue, des gens qui le connaissent, s'arrêtent pour le chambrer...il me présente un membre de sa famille qui tient une échoppe. Un colosse, regard dur et poignée de main franche. Un Dur à cuir celui là, Pachtoune évidemment. Mon hôte, il s'appelle Syed veut m'offrir à manger, j'hésite car il va me saouler de paroles durant tout le repas. Pour ne pas le froisser, je tranche la poire en deux "ok pour un Chaï" Il me fait son speech mais ça va il est plutôt sympa. Il m'étreint quand on se quitte. Il y a aussi ce Monsieur pachtoune d'une grande gentillesse, pas loin du Bloom Star qui m'appelle à chaque fois que je passe pour discuter. Il tient une petite épicerie et fait du jus de canne à sucre. Il dort dans sa boutique car son village est éloigné. Et il y a la bande de gais-lurons du petit restaurant à coté des cybercafés. La première fois, je marche sur le trottoir, le cuistot me fait signe et m'appelle, (je lui dis que j'ai déjà mangé), suivis par d'autres à l'intérieur. Allez j'y vais. Faut dire que le cuistot est persuasif, du genre trapu avec sa grande louche. Aziz l'un des habitués me dit que c'est un guerrier "Pahlavan" c'est le même mot que les Iraniens utilisent pour les lutteurs/athlètes. Valait mieux pour moi que je file droit sinon ma petite tête en aurait pris pour son grade. Et me voici entouré d'une bande de déconneurs. Je regarde le journal posé sur une table "c'est qui ces gars qui manifestent ?" Aziz "des Taliban et des groupes islamiques" "où ?" "en ville hier". L'ambiance est super détendue ici et je reviens le lendemain pour manger. Je retrouve des têtes que je connais, le pahlavan, le boss et le jeune étudiant qui fait l'interprête. Mon hôte m'annonce qu'il a deux femmes. "et toi" "moi je ne suis pas marié" et là il me propose de m'en trouver quatre. Rien que ça ! "ça va me coûter beaucoup d'argent toutes ces femmes" c'est la franche rigolade. J'aime ces moments. Les Pachtounes sont des gens fiers, forts, des regards francs du collier et une hospitalité avec un grand H. En les côtoyant ici durant ces quatre jours, je comprend pourquoi ils se transforment en guerriers quand on leur cherche des noises. En Afghanistan, les Britanniques ont pris leur raclée, suivis par les Soviétiques et les Usa emboitent le même chemin. (photo) Le séjour touche à sa fin. J'aurais aimé dire au revoir à ce Monsieur au coin de Jinnah Road mais l'épicerie est encore fermée. Me voilà sur le quai de gare, muni de mon ticket. Au moment d'embarquer, j'entends une voix épelant mon nom. Un policier s'assurant que tout se passe bien. Je suis tracé depuis mon arrivée au Bloom Star. Ville dangereuse peut être, de fanatiques pour certains, de Taliban pour d'autres, quant à moi j'aime vraiment cette ville et j'ai rarement été accueilli de cette façon en tant qu'étranger. Direction Lahore et le Jaffar Express. (photo)
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Salut Eric on te sens au bout du monde. Oui les Anglais en ont pris des satanées branlées, peut-être es-tu passé à la Kiber Pass, il y a des stèles non pour les différents morts anglais, mais une stèle par régiment exterminé, et dans mon souvenir c'en est rempli!! J'attaque un bouquin de Roger Willemsen "les bouts du monde" je vais pouvoir comparer avec les tiens de bouts du monde. J'ADORE ta série de chats du fond de l'Iran, je photographie tous les chats que je vois et j'en ai une petite série mais pas à jour, il y a un mois j'ai loupé le plus extraordinaire, pas d'appareil, il dormait sur le tranchant d'un volet au deuxième étage dans un village face au Canigou!!: http://mesbaladesetescalades.hautetfort.com/album/chats-rencontres/

Luc
CA CatherineGil Globetrotter ·
😏😏 Lorsque je dis que j'avais bien aimé Quetta les gens me regardent comme si j'étais folle 😄😄

Pour ce qui est d'être " tracés " déjà en 1996 on l'avait été sans arrêts jusqu'à Gilgit. Ensuite de Gilgit à la frontière Chinoise, si on l'a été, c'était plus discret et puis ça a repris au retour dans le Penjab et à nouveau jusqu'à Quetta et probablement jusqu'à la frontière Iranienne...... Pourtant, le pays était beaucoup plus détendu à cette époque là.
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

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MÉ Mékong Globetrotter ·
oui Luc j'adore les chats, j'en avais photographié quelques uns en Turquie et à Yazd j'ai passé du temps sur les toits.

concernant l'Afghanistan et le peuple pachtoune, c'est un éternel recommencement. Ce sont des gens fiers et insoumis. Avant les Britanniques ont morflé dans la khyber pass, là ce sont les convois de l'Otan dans la Khojak Pass

Catherine ça me fait plaisir de savoir qu'on a ressenti la même chose pour Quetta. J'ai rencontré un couple d'Allemand voyageant en camion et ils ont beaucoup accroché aussi.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
SH Shiva108 Veteran ·
Merci ! 🙂
shiva108 Infos et conseils de voyages (Inde & Asie): www.ontheroad-again.com sur Facebook... "En voyage, l'essentiel n'est pas la destination, mais le chemin parcouru pour y parvenir."
CA CatherineGil Globetrotter ·
Catherine ça me fait plaisir de savoir qu'on a ressenti la même chose pour Quetta. J'ai rencontré un couple d'Allemand voyageant en camion et ils ont beaucoup accroché aussi.

Par contre je n'ai pas aimé Lahore et encore moins Islamabad . 🙂, lorsque je vois la pub très chic du parfum Shalimar , je pense aux vautours sur les arbres, aux papiers pire que gras qui traînent, et aux fontaines cassées, du célèbre jardin 🙂
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

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MÉ Mékong Globetrotter ·
Jaffar Express Quetta-Lahore

L'unique train qui relie Quetta à Lahore. L'autre, le Quetta Express a été supprimé. La route qu'il emprunte est pour le moins tortueuse. Jugez plutôt. Il descend dans le sud en franchissant la Bolan Pass jusqu'à Sukkur dans le Sindh au bord de l'Indus remonter dans le nord via Bahawulpur et Multan jusqu'à Lahore. Il existe une voie plus directe mais jugée moins sure. Ca promet d'être long (ça durera 32 heures). Il y a deux classes. 1ère classe AC. Chère et j'évite tant que possible la climatisation. J'opte donc sans hésiter pour la classe économy, siège plutôt que couchette et j'occupe une place stratégique, vue sur les allées et venues dans le couloir et le nez collé à la vitre histoire de ne pas perdre une miette du spectacle. (photo) Prendre le train est aussi l'occasion de voir ces dames de plus près. En effet, depuis mon arrivée dans le pays, je suis sevré de ce coté là. Ca tombe bien, une famille s'installe dans le compartiment couchette juste dans ma ligne de mire (à droite sur la photo) et deux Pakistanaises y pénètrent, habillées de Penjabis et tuniques multicolores, parées de bijoux, chevelures noires au vent. Elles sont très belles. Malgré le rideau préservant leur intimité, je peux les voir par intermittence. Voyeurisme pas tant que ça car elles ne se privent pas elles aussi de me jeter des regards. En face de moi s'installe Muhammad un Pachtoune de Quetta. Il profite d'une semaine de congé pour aller visiter Lahore (photo). Il travaille dans une compagnie pharmaceutique et m'offre deux stylos. Nous traversons le désert en direction de Sibi. Vitre baissée, je n'avais pas prévu de manger autant de poussière et j'ai l'oeil gauche irrité par le sable. A l'intérieur, c'est le défilé de marchands ambulants à chaque arrêt, l'un d'eux essaye de nous fourguer sa crème miracle, genre de viagra local ce qui est l'occasion de rigoler entre nous (je précise les femmes sont derrière les rideaux). Je fais connaissance avec Waleed de Lahore, étudiant en médecine à Bakou en Azerbadjian, auparavant il avait commencé son cycle d'études à Almaty au Kazakhstan. Il a aussi voyagé en Malaisie, en Iran et en Turquie. Entre temps la nuit tombe et deux Pakistanais viennent me proposer de me laisser leur couchette une partie de la nuit, je décline l'invitation une première fois. Mais l'un d'entre eux revient et insiste. J'accepte. Il faut dire que Bilal m'a déjà invité à venir m'asseoir dans son compartiment pour discuter avec ses potes. On débat sur la politique internationale, le Pakistan, l'Iran etc....c'est très intéressant. Certains reviennent d'Iran avec qui ils font du commerce. On échange donc nos places jusqu'à 1h du matin. Muhammad le Pachtoune s'est fait de nouveaux potes qu'il me présente. Il y a Abdul l'Afghan (photo) et Aziz (photo). Chacun partage sa nourriture avec moi car je suis leur invité. Et il y a ce type, un peu à l'écart, une écharpe nouée autour de la tête façon keffieh. Il vient me proposer des bonbons. On commence à parler. Il s'appelle A.D. prononcez Eddy le Pendjabi. Il me dit qu'il fut champion d'athlétisme dans son pays. C'est un hurdler. Pour les non initiés. Ce sont les athlètes spécialisés dans les courses de haies 110m et 400m. "je représentais mon pays aux JO de Pekin en 2008 et aux jeux du Commonwealth à Manchester en 2002, maintenant j'ai arrêté et j'entraine dans la discipline". Eddy est un soldat, en ce moment il est affecté à Quetta. Avant il servait dans la zone sensible du Cachemire dont il me montre quelques photos. Sa famille réside près de Sahiwal proche de Lahore"notre village est à quelques kilomètres de Harappa, le site archéologique". Il me montre des photos de ses deux petites filles. Il a hâte d'être chez lui. Eddy le hurdler. Un type vraiment attachant (photo) . Petit à petit pour mes compagnons c'est la fin du voyage et chacun vient me saluer avant de partir. Lahore se rapproche...Les faubourgs... je reconnais le canal...la route pour Wagah Border. Le train arrive à la gare centrale après 32 heures de trajet.
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MÉ Mékong Globetrotter ·
LAHORE (photo) (photo)

Lorsque j’arrive à Lahore le 8 avril, j’apprends que la région de Gilgit dans le nord sur la Karakorum Highway en direction de la Chine, s’est embrasée à cause de conflits sectaires entre Chiites et Sunnites, qu’il y a eu des morts, les étrangers évacués par avion et qu’un couvre-feu total a été instauré. Décidément rien n’est simple pour voyager au Pakistan. Ces graves évènements, j’y reviendrai plus longuement dans le prochain chapitre. En conséquence, pour tous ceux désirant se rendre dans le nord, nous voilà dans l’attente à Lahore en espérant que la situation se décante rapidement. Chacun prend son mal en patience en scrutant quotidiennement les infos locales. Quant à moi, me rendre à Islamabad pour le visa chinois n'est plus aussi pressé. Lahore est sous une chaleur écrasante. Près de 43 degrés sur la terrasse du Régale Inn. Le ventilateur s`est arrêté de tourner à cause des coupures de courant récurrentes qui paralysent la cité. Chaque jour, 8 à 9 coupures d’une heure et il faut apprendre à s’adapter en fonction de ce paramètre. Le soir, certains quartiers populaires sont plongés dans l’obscurité totale. D’autres comme Régale Chowk s’en sortent grâce à certains magasins et chaines dotés de plus de moyens et munis de puissants générateurs. Certes, tout le pays est logé à la même enseigne mais ce sont les plus pauvres qui morflent le plus. Le Pakistan traverse une crise énergétique. On s`étonne. Une puissance nucléaire qui parade en exposant ses missiles lors de défilés et qui est incapable de fournir de l`électricité à ses citoyens, devrait faire profil bas. Cela me laisse perplexe.

Au Régale Inn, on s’adapte. A 19h57, juste avant que ça coupe (la nuit tombe à 19h), Zakir allume les deux lampes fonctionnant au gaz à chaque étage et j’installe des bougies que j’ai acheté au petit supermarché au coin de la rue. Ca rajoute un zeste de convivialité à l’endroit. Et de la convivialité, le Régale Inn n’en manque pas. Ici dans ce havre de paix, toutes les conditions sont réunies pour que les voyageurs se sentent bien. Atmosphère très relaxante et familiale. Le Régale Inn c'est comme à la maison. On est en famille. (photo) (photo) Peu de choses ont changé depuis décembre 2007. Petits prix, la terrasse où tout le monde se retrouve, le coin cuisine, la vieille machine à laver trône à la même place, seule une vitrine réfrigérée remplace le vieux congélateur.

Le staff. Malik le propriétaire n’est pas toujours là d’autant qu’en ce moment il marie son fils et c’est Zakir qui gère le Régale Inn. Fils d’imam, originaire de Gilgit, il travaillait au Madina Inn autre place connue des voyageurs. Un gars très dévoué, compétent et serviable. Il contribue grandement à la bonne ambiance régnant ici. Il est épaulé par Jabeen. Un Kalash du village de Grun dans la vallée de Chitral. Il travaille dans une librairie de Temple Road six jours sur sept. En échange du logement gratuit, il aide Zakir dans les tâches ménagères. Il reste 6 mois de l’année à Lahore et ensuite il retourne au village parmi les siens. Un type calme, sympa, toujours ouvert à la discussion. Le soir, Il passe du temps pour réviser ses cours d’Anglais. Et il y a nous. Paradoxalement la majorité de ceux qui passent au Régale Inn sont des femmes voyageant seules. Gros plan sur ces voyageuses courageuses : Friedericke une Allemande de Hambourg. Jolie, cheveux blonds mi longs, yeux bleus, grande. Elle a adopté la tenue locale. Après un crochet à Multan, elle revient pour assister à la soufi Night du jeudi. Après trois mois passés au Pakistan, elle part en Inde. Mihee une jeune Coréenne. Secrète, calme et sensible (photo). Hormis son frère, tous ses proches ne savent pas qu'elle est ici avec un visa de deux mois. Elle a du cran la petite. Elle se confie à moi quand elle n'a pas trop le moral, parfois nous discutons tard dans la nuit sur la terrasse. Elle vit difficilement le fait d'être soumis à des propos déplacés dans la rue. J'essaye de la rassurer. On fêtera son anniversaire ici.

Sunhee une autre Coréenne (photo) . Le contraire de Mihee question caractère. Parle fort et fait du bruit quand elle mange surtout quand elle astique sa cuisse de poulet. Pas vérifié si elle ronfle. Pas de méprise en fait je l’aime bien. Elle veut aller en Iran par la route ce qui signifie passer par Quetta, puis la Turquie jusqu'à Istanbul. De là, elle rentre au pays pour assister au mariage de son frère. Emilie une Galloise qui est arrivée à la frontière de Taftan au Baloutchistan, seule et en bicyclette. J'imagine la tête des garde-frontières. Quel tempérament ! Respect. Ses parents l'ont rejointe à Lahore par avion. Ye-Won, la douce Ye-Won une Coréenne en provenance d`Inde et du Népal. Elle envisage d'aller en Iran par la route mais elle se rétractera par la suite et opte pour le Ladakh. Elle me fait craquer quand elle met sa tunique coréenne. Nous ferons un petit bout de route ensemble jusqu’à Islamabad puis nous nous perdons de vue. Dommage. Barbara une Française de Montpellier. Entière et avenante. Le genre à qui on l’a fait pas. Elle débarque à Lahore en avion sans se poser de questions car ses proches ont tout fait pour la décourager de venir mais elle a tenu bon. Respect. Elle deviendra ma complice et nous ferons un bon bout de route ensemble. (photo) Raquel une Espagnole de Madrid. Chaleureuse. Arrive d`Inde ou elle a passé 6 mois. Prochaine étape l'Iran. Nous ferons un bout de route ensemble en compagnie de Steve et Barbara. D'autres voyageurs arrivent dont Steve un Américain de Boston. Il arrive d'Inde. Il passe beaucoup de temps sur Internet pour travailler sur son site. Ses photos sont d'une qualité exceptionnelle, son site aussi www.backpackology.org , un type étonnant. Regale Chowk est notre quartier (photo)

J’aime beaucoup avec sa rue des glaciers que je visite assidument chaque jour et Temple Road une rue très animée où se concentrent de petits restaurants, des étals de fruits et de légumes et des échoppes de nourriture.(photo) Un jour en partant visiter Shalimar Gardens, je suis harponné par Arif, il est chrétien et tient à m’inviter chez lui. Au Pakistan c’est monnaie courante ce genre de situation, au début ça peut surprendre mais à la longue, on s’y fait. Les Pakistanais sont très hospitaliers. Il habite dans le quartier populaire de Chah Miran derrière la gare ferroviaire. Nous pénétrons dans une ruelle animée par des jeux d’enfants. Arif vit très modestement avec sa femme, ses enfants, ses parents dans un deux pièces au 1er étage d’une maison scindée en plusieurs parties (photo). Son neveu Viktor habite avec sa famille dans la maison d’en face. De l’autre côté il y a son beau-frère et sa famille. Dans le quartier tout le monde a l’air de se connaitre et un étranger ne passe pas inaperçu, la nouvelle fait le tour des maisons. Me voici plongé dans la communauté chrétienne de Lahore….et plongé aussi dans l’obscurité à cause des coupures de courant. La femme d’Arif prépare un repas et nous mangeons en compagnie de Viktor son neveu. Ces sont des chrétiens très fervents. Mon hôte me propose d’assister à la messe dominicale. Ils sont étonnés et un brin déçus lorsque je leur dis que beaucoup de chrétiens français ne pratiquent pas leur religion. Pour eux qui se sentent isolés au Pakistan, la France est perçue comme un exemple. Puis nous rendons visite à un maitre soufi. Arif lui avait auparavant demandé de faire une petite démonstration. Dans son local, il donne des cours de musique à des enfants, la pièce est décorée de photos de musiciens soufis faisant partie de la famille sur plusieurs générations. Le dernier en date, son fils est un virtuose du tabla. Progressivement et malgré l’obscurité dehors, d’autres personnes arrivent dont un autre maitre soufi et le fils virtuose. Chacun s’installe, le fils aux tablas, les deux maitres soufis se mettent à chanter. C’est à couper le souffle. Les voix puissantes et baignées d’émotion se superposent à la manière des chants qawalis accompagnées par les tablas et l’harmonium. C’est tout simplement magnifique ! Et ces types dégagent une telle humilité. Cette soirée restera l’un de mes grands souvenirs du Pakistan. Islamabad 1 passage éclair Aller-retour pour déposer ma demande de visa à l'ambassade de Chine Visa chinois enclave diplomatique à Islamabad : C'est vraiment un super endroit pour l'obtenir. Pas facile de s'y rendre car l'ambassade est situé dans l'enclave diplomatique surprotégée. La navette intérieure est une arnaque. Si on ajoute à cela le taxi, la note peut être salée. Autre alternative il y a le minibus 120 qui passe devant et ensuite rentrer à pied. Lorsque je me présente au guichet et que je demande 3 mois, la femme fait la moue et tout en me scrutant attentivement me répond "c'est beaucoup de temps.....pourquoi ?" moi "parce que votre pays est très grand et offre tant de choses à visiter" silence….. visiblement l'opération séduction a du plomb dans l'aile. Sur ce, elle me demande une réservation de billet d'avion "non je voyage par la route" Elle me fixe et je la sens suspicieuse. C'est le genre de profil d'emmerdeur...oups de voyageur qu'ils n'aiment pas trop. Interrogation écrite surprise. Elle me passe une feuille vierge en me demandant d'écrire mon itinéraire précis avec dates et moyens de locomotion. Là, pas question de se louper. Heureusement, auparavant, j'avais réfléchi à un itinéraire bis en contournant soigneusement les zones trop/très sensibles où je compte réellement me rendre. Il faut aussi que cet itinéraire soit cohérent car ils ne sont pas stupides. Je lui rends ma copie. Correction. Elle scrute longuement avec son stylo chaque ville couchée sur la feuille. Je retiens mon souffle. Elle a l'air satisfaite et finis par agrafer mon dossier avec le passeport en me demandant de fournir lors du retrait les deux documents manquants. Elle me fait confiance d'autant que je lui dis que je viens de Lahore. Dans d'autres endroits, j'aurais été envoyé dans les orties mais là je bénéficie des excellentes relations entre la Chine et le Pakistan. Islamabad 2 le retour De nouveau un aller simple qui se transformera en retour au bout de deux jours. Je fais la route avec Ye-Won et Junho qui, eux veulent aller à l’ambassade d’Iran. Visa chinois de 3 mois en poche (quel soulagement !), je dépose une demande d'extension de 3 semaines de mon visa pakistanais car dans une semaine il arrive à son terme. Le hic est que ça prend une semaine pour l'obtenir et comme je ne me vois pas attendre à Islamabad, ma décision est prise sans l'ombre d'une hésitation, retour à la maison.....au Régale Inn à Lahore. Entretemps j’ai perdu de vue Ye-Won qui finalement est partie à Hunza. Islamabad ce n'est pas ma tasse de thé. Ville de fonctionnaires, bâtie à l'américaine avec des blocs coupés de part en part par de larges avenues (photo), facile pour se repérer certes mais ça manque carrément de vie. De plus tout est plus cher ici et j'explose mon budget si je reste une semaine à commencer par l’hôtel. Durant ce laps de temps, j'en profite pour voir la demi-finale retour de la Champion's Ligue Barça-Chelsea dans un bar. C'est la douche froide. Mon équipe favorite est éliminée malgré une domination à toute épreuve. Les artistes sont fatigués y compris Messi le phénomène, ajouté à un manque de réussite sur les deux matchs et c'est comme cela qu'ils passent à la trappe. Le lendemain, je me réveille avec la gueule de bois. Je me dis que dans quelques mois, ils seront de retour pour nous régaler de beau jeu et d’actions de génie. La guerre des drones Un jour, en me promenant à Islamabad, j’aperçois des tentes dans un parc. Ce sont des gens des zones tribales qui protestent contre les bombardements américains. Des centaines de photos sont affichées devant les tentes dont des femmes et enfants tombés sous les attaques des drones (photo). Les drones, ces fameux avions sans pilote, fierté des Etats-Unis, expérimentés ici, violant la souveraineté d’un pays et récemment au Yémen. Les précurseurs en la matière est l’armée sioniste qui les utilisent depuis 10 ans pour assassiner des Palestiniens à Gaza. Parmi les gens assis dans le parc autour des tentes, nul doute qu’il y a beaucoup de proches des victimes. Quel contraste avec la propagande des médias occidentaux pour qui tout Pakistanais habitant cette région est assimilé à un Taliban. La réalité est différente. Cette population est prise en tenaille entre ces attaques meurtrières et les groupes armés qui veulent faire leur loi. Beaucoup de chefs tribaux pachtounes, de militants ont été tués ou ont disparu pour s’être opposés à ces fanatiques. Que fait le gouvernement pakistanais pour empêcher ça ? Pas grand-chose et même il ferme les yeux car certains chefs de guerre (les Haqqani) qui sévissent dans la région travaillent ou ont travaillé pour l’ISI, les touts puissants services secrets pakistanais, un état dans l’état. Le parlement (le Pakistan est une république) essaye d’agir pour stopper les incursions de drones sur le territoire mais il a du mal à exister face à l’ISI, l’armée et la poignée de puissantes familles qui dirigent le pays. Retour à Lahore Un mot sur Lahore. C'est la capitale de la province du Pendjab pakistanais. Petite parenthèse. L'autre partie du Pendjab se trouve côté indien distant de 20 kms de Lahore. En 1947, lors de la partition, la ville de Wagah fut coupée en deux. Wagah Border où se déroule chaque jour une passe d'armes entre l'Inde et le Pakistan dans une ambiance des plus festives. (photo) (photo). Poumon culturel du Pakistan, Lahore c'est aussi ses nuits soufies renversantes. (photo). Depuis quelques années, la ville longtemps épargnée par les bombes, a subi plusieurs attaques meurtrières dont une ce mois-ci qui a touché la gare centrale faisant plusieurs morts. Ici l'on peut voir quelques joyaux d'architecture de l'empire moghol symbolisée par la superbe mosquée Badshahi (photo), la 5ème mosquée du monde par la taille, construite par le dernier des grands empereurs moghols Aurangzeb avant leur déclin. Il y a aussi le fort, les jardins de Shalimar (photo) et la tombe de Jahângîr le fils d'Akbar (dont l'histoire a été mise en scène par Ashutosh Gowariker dans le sublime Jodhaa Akbar en 2008). A Gilgit, il y a du nouveau. Le couvre-feu a été totalement levé. Nous pouvons voyager dans la région sans souci. Déjà Mihee et Sunhee, les deux Coréennes sont parties en éclaireuses depuis 10 jours. Quant à moi, j’ai hâte de partir dans le nord. Il fait vraiment trop chaud à Lahore mais je dois patienter trois jours de plus histoire de me retaper car depuis deux semaines, mon estomac est martyrisé par une nourriture trop épicée et récemment j'ai cru revivre la mésaventure gastrique de 2007 mais tout est rentré dans l'ordre au bout d'un jour avec un régime de pommes de terre et bananes et de riz blanc. Cela dit pas de risque, je veux voyager en pleine forme car le trajet en bus jusqu’à Gilgit promet d’être éprouvant. Cette fois, mon séjour au Régale Inn touche à sa fin. Direction Islamabad pour récupérer mon extension de visa. J’espère être à Abbottabad dans l’après-midi.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LU Lucq Globetrotter ·
a islamabad, j avais loge au toursit camp a abpara market , ensuita l auberge de jeunesse (juste en face)

le geran t s apelle sultan...parle lui d olivier de belgique...il me connait bien, j aidu rester deux mois en tout la....

si tu le vois rapelle lui l hitoire de mohamed hassan et sa radio!!!!hahahah

quetta , j etais aussi rest a peu pres un mois, dans l auberge de jeunesee aussi , a ayub stadium...j etais le seul client!!!!! c etait plutot marrant...

j aime pas trop quetta, je prefere pehawar!!!!!!!!!! bonne chance.... j irain ptet au pakistan cet ete!!!!!
VI Vivlevelo Regular ·
Bonjour Eric, toujours aussi vivants tes récits et manifestement denses en émotion, certains pourraient penser qu'avec le temps long du voyage la curiosité et la motivation finiraient par s'émousser, mais tu démontres que non. Tes portraits de femmes, naturellement j'ai un petit faible pour la Galloise et son vélo! Les drones el la guerre! Comment dans ces contrées on juge le retrait anticipé de la France d'Afghanistan? Amitiés Luc
http://europavlo.blogspot.com/ http://velasie.blogspot.com/ http://tracesandinesavelo.hautetfort.com/
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Rebonjour Eric, je réalise que je viens de t'écrire avec l'ordi de Jean, le compagnon de Tarbes avec lequel j'ai fait de grandes balades à vélo, donc c'est son pseudo qui est apparu! Ca m'était déjà arrivé il y a quelques années dans les pays Baltes! Il vient de me faire découvrir la Sierra des Guara, rio Vero er rio Mascun, merveilleux! Luc
TH Thevert7 Regular ·
oh la la, ça donne encore plus envie : vivement mon tour !!!
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Luc oui cette Galloise a du tempérament. Ses parents sont venus à Lahore pour l'accueillir et ont dormi au Regale Inn. sur le retrait anticipé, j'en parlais avec un Pakistanais, c'est lui qui m'a annoncé que Hollande était en Afganistan. Les gens considèrent ça comme une bonne chose mais on est encore loin du sentiment anti us dans la population. Là c'est l'unanimité. J'écrirai quelque chose par rapport à ça.

en tout cas merci de tes commentaires
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MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Thevert oui ne t'inquiètes pas. Tu ne seras pas déçue. Pour te rassurer davantage, j'en ai croisé d'autres voyageant seules depuis que je suis dans le nord.
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JU Jujuluberon Veteran ·
merci pour ce recit de voyage ......

mais tu shoote plein de meuf en photo et toi tu est ou ? 😉
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TH Thevert7 Regular ·
oui, j'ai vu les photos , ça motive. Reste à voir comment les locaux vont réagir à une fille seule qui fait un peu "couleur locale" 😛
CA CatherineGil Globetrotter ·
En pleine forêt avec la Baltique en fond de tableau, ton récit une fois de plus me Régale 🙂 Étrange comme ta vision de Lahore n'a rien à voir avec le souvenir que j'en garde. Pas les mêmes rencontres sans doute car ce sont les rencontres qui donne vie aux lieux.

Il me tarde que tu nous raconte la vallée de Hunza que j'avais adoré 🙂 Bonne continuation.
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
MÉ Mékong Globetrotter ·
@Thevert Qu'appelles tu couleur locale ? je suppose que tu es de type oriental . tu n'as pas à t'en faire, les hommes sont respectueux. @jujuluberon j'ai pas l'habitude de me tirer le portrait🙂
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MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Lucq je ne connaissais pas l'existence de l'auberge de jeunesse à Quetta. Sinon pas de news, j'ai croisé deux Chinois arrivant de Kasghar mais ils avaient déjà leur visa obtenu à Hong Kong où ils résident. Et ils l'ont eu facilement
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TH Thevert7 Regular ·
tu as vu juste, d'origine Marocaine mais en Asie , on me prenait souvent pour une Indienne.
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Catherine merci de ton commentaire nul doute que tu dois avoir moins chaud là où tu es que dans le four de Lahore
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MÉ Mékong Globetrotter ·
En route pour le nord sur la KKH (photo)

Après un court crochet par Islamabad pour récupérer le passeport avec la jolie extension de 3 semaines qui va avec, je prends la route du nord. 1ère étape Abbottabad, la ville où Ben Laden aurait séjourné et été tué par un commando Us dans un scénario digne d’Hollywood. Les Pakistanais sont très partagés sur la question. Certains d’entre eux pensent que c’est une histoire montée, d’autres pensent que c’est vrai mais s’insurgent sur les méthodes Us violant la souveraineté de leur pays, dont des politiciens, des journalistes et des membres de la magistrature. En matière de violation, les Usa ont de solides références à commencer par les attaques de drones (voir le chapitre précédent « Lahore ») et l’affaire Raymond Davis sur laquelle je reviendrai plus tard. La maison de Ben Laden est située près de la gare routière là où je stoppe. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, les autorités pakistanaises l’ont détruite. Je me trouve un hôtel tout proche histoire de me reposer et surtout de passer une bonne nuit. Abbottabad est déjà en altitude et cela se ressent. Les soirées sont fraiches. C’est très agréable après le four de Lahore où dormir relevait de l’exploit.

Le lendemain à Manserah avec l’aide de Istiaq, un étudiant rencontré sur le trajet Abbo-Manserah, je trouve un bus pour Gilgit mais il faut attendre 4 heures….. « Et celui-là il va où ? » « à Chilas, il part dans 10mn » « ok je prends une place si il en reste ». Il est presque 11heures. C’était moins une car j’ai récupéré le dernier siège à côté de la porte. La route commence légèrement à s’élever et les premières cimes enneigées apparaissent au loin à l’est du côté de la Kaghan Vallée (photo). Initialement, c’était mon itinéraire, franchir la Babusar Pass à plus de 4000m et descendre sur Chilas mais après renseignement pris au PTDC, l’office du tourisme paki, la route est bloquée à partir de Kaghan à cause d’un glacier et pourrait ré-ouvrir le 15 mai. Reprenons le cours du récit : en hors d’œuvre, Route en lacets ombragée, rivière serpentant dans des gorges. Dans le bus, l’un de mes voisins est intéressé par mes lunettes de soleil et elles lui plaisent tellement que je ne les récupérerai que lorsque il quittera le bus c’est-à-dire à la tombée de la nuit.(photo)

L’Indus Nous atteignons Thalkot Bridge où nous rencontrons le puissant Indus, le fleuve roi du Pakistan et l’un des plus grands fleuves du monde. Récemment ses crues ont causé des dégâts énormes (2010-2011). Il prend sa source dans l’Himalaya puis traverse le Cachemire indien, rentre au Pakistan par la région de Skardu, fait une boucle avant Gilgit et descend jusque dans le sud qu’il irrigue. Ce fleuve porte le nom de l’une des plus grandes et vieilles civilisations : la civilisation de l’Indus dont on peut voir les vestiges dans le site archéologique de Moenjodaro.

La Karakorum Highway (photo)

Thalkot Bridge c’est ici que commence la Karakorum Highway, cette route mythique qui fait rêver tant de voyageurs, à commencer par moi. Appelée communément KKH, cette route est née grâce à l’amitié entre la Chine et la Pakistan qui ont uni leurs efforts en 1966 pour poser les premiers tronçons. 12 ans de travail dans des conditions extrêmes, 613 kms de tracé entre la Khunjerab Pass dans le nord à 4934m jusqu’à Thalkot Bridge et des centaines d’hommes qui y ont laissé leur vie. Thalkot Bridge a été renommé You Yi Bridge en hommage aux travailleurs chinois. Près de Gilgit, au bord de la KKH se trouve un cimetière chinois où reposent 80 jeunes travailleurs de ce pays (photo). Cette route est un miracle, elle traverse des paysages stupéfiants de beauté (photo), des sommets culminant à 7000m mais elle a aussi permis de désenclaver des régions entières, Hunza, Nagar, Gilgit. Auparavant les échanges commerciaux passaient par la Babusar Pass et avant 1935 par la Burzil Pass depuis Srinagar mais la partition est passée par là. Ces deux axes étaient fermés en hiver. La route est importante pour les échanges commerciaux entre les deux pays en particulier l’import-export de fruits. Le Pakistan exporte beaucoup de mangues et d’oranges et importe de la province chinoise du Xinjiang des dattes. C'était avant la catastrophe.....La route est un défi contre la nature et il faut sans cesse l’améliorer, la réparer à cause des éboulements, des glissements de terrain (photo) mais en 2010 avant Golmit, un glissement de terrain a créé un énorme lac qui a inondé la route et des habitations. Une catastrophe pour la région. Le bateau est la seule option pour franchir l’obstacle. J'y reviendrai plus tard.Tout le long de la KKH, on peut croiser ingénieurs et travailleurs chinois qui poursuivent leur coopération avec le pays frère, le Pakistan et du travail il n’en manque pas car des tronçons entiers n’ont pas de revêtement.

Donc nous passons Thalkot Bridge renommé You Yi Bridge et voilà un checkpost. Contrôle du passeport. La routine. L’un des deux flics me demande un NOC. C’est quoi cette bête ! je lui dis que je n’ai pas ce NOC et c’est pourquoi. « c’est un permis pour voyager dans la région » « ah bon c’est la 1ère fois qu’on me demande ce NOC » « vous devez retourner à Islamabad pour le demander » « non je ne vais pas Islamabad, je vais à Chilas » Le voilà qui prend son téléphone. Il fait du zèle celui-là. Ensuite il va voir le chauffeur du bus lui reprochant de m’avoir emmené. C’en est trop et il se prend un vent par l’ensemble des passagers. Je ne comprends pas l’urdu mais au ton et aux gestes des gens, il me semble qu’ils sont de mon côté. Au final, il oblige un policier à m’accompagner, celui-ci traine des pieds. Décidément il aura ennuyé tout le monde avec son histoire de NOC. Une fois arrivé à Besham et après contrôle du passeport au poste de police local, mon flic accompagnateur me dit « file rejoindre ton bus » Quant à lui, il est du coin. A mon retour dans le bus, les passagers me congratulent. Le flic zélé en a pris pour son grade. Tout le monde est content.C'est le Pakistan.

A ce niveau, près de Pattan, la KKH suit le cours de l’Indus qui serpente dans de profondes gorges (photo). Petite précision, nous sommes dans le Kohistan à majorité sunnite. En arrivant aux abords de Komila, il y a un attroupement de badauds au bord de la route ; au fond du ravin git un bus de la NATCO qui a a fait un vol plané depuis la KKH il y a 5 jours. ça reste dangereux, la route est étroite, en mauvais état et les chauffeurs doivent faire preuve d’une concentration maximum. Dans les bus de la Natco, la compagnie gouvernementale, ils sont deux à se relayer, là ça n’a pas suffi. Le chauffeur de mon bus est seul à conduire. Il habite Karimabad dans la vallée de l’Hunza. Aujourd’hui son trajet est Manserah-Chilas, après quelques heures de repos, il redescend à Islamabad puis remonte sur Karimabad. Une cadence infernale sur une route éprouvante. Après Komila, nous stoppons durant 3h et il se repose dans le bus. Puis en remontant sur Chilas, les arrêts aux checkposts sont l’occasion de faire des pauses plus ou moins longues. Nous nous allongeons sur des rochers sous la nuit étoilée bercés par le rouleau de l’Indus en contrebas. Instants magiques. Au fait, plus personne ne me demande de NOC et plus nous avançons dans la nuit, plus le contrôle est bref, ça roupille aux checkposts. Chilas à 5h, terminus. Le temps de déjeuner, j’attrape un bus pour Gilgit vers 8h30. La route est défoncée, l’Indus sur notre gauche. Avant Goner Das, nous passons devant 3 bus calcinés, restes du massacre du 3 avril. Ci-dessous le témoignage d’un rescapé

Chilas Massacre: A Narrow Escape

Gilgit La capitale de la province Gilgit-Baltistan (1454m), environ 80000 résidents, nichée dans une vallée, entourée de part et d’autres de montagnes et de deux rivières, la Gilgit et la Hunza. (photo) (photo)

Le bus stoppe loin du centre. Des taxis attendent. Je tente le coup histoire de voir sans me faire d’illusions. « Combien pour rejoindre le centre » « trois cents » Je m’en doutais. « salut à la prochaine »…..Je sors de la gare routière muni de mon plan. L’autre n’abandonne pas la partie et me suit « deux cents »….. Peine perdue. Décidément de Lahore à Gilgit, en passant par Islamabad et Quetta, Rickshaws et taxis peuvent se donner la main pour la foire aux arnaques. Des suzukis sont stationnés sur la rue principale. Ca fera l’affaire. Ce sont les pendants des angkots et mikrolets indonésiens pour ceux qui connaissent. Le prix est le même pour tout le monde. « vous allez au centre » « oui » ça roule ma poule pour 20 roupies. Me voilà devant l’entrée du bazar. La ville ne donne pas l’impression d’avoir subi une tempête.

Flashback Chronique d’un bain de sang annoncé Le 29 février dans le Kohistan, un car est mitraillé sur la KKH par une bande armée non identifiée. Bilan de la tuerie : 16 personnes tuées tous des Chiites. Cette tragédie met le feu aux poudres car dans la région, la situation est déjà très tendue entre Chiites et Sunnites. Au fil des années à Gilgit, les deux groupes vivent séparément : écoles, mosquées et même le bazar….Il y a déjà eu des affrontements dans un passé récent (Le 8 janvier 2005, 17 personnes de différents groupes ont été tués dans les rues de Gilgit). Dans certaines mosquées, des prêches ne font qu’attiser la haine. Les notables du coin ne font rien pour empêcher que les choses s’enveniment. Un autre aspect non négligeable qui a renforcé la séparation est la faillite du gouvernement dans le secteur de l’éducation qui a laissé le champ libre aux pays du golfe et l’Arabie saoudite et leurs pétros-dollars pour financer la construction d’écoles avec des conséquences dévastatrices quand on connait l’obsession des Saoudiens à vouloir contrer l’influence de l’Iran. Le croissant chiite. Et la riposte ne tarde pas Gilgit s’embrase entre des échanges de coups de feu et une attaque à la grenade contre un groupe qui manifeste tuant 5 personnes et en blessant 12 autres.20 personnes présumées sunnites sont enlevées dans le Nagar. Puis le 3 avril, nouvel embrasement du côté de Chilas où des bus sont stoppés et des hommes présumés chiites, abattus sur place (voir ci-dessus le témoignage d'un rescapé).

A partir de là, pour éviter une situation hors contrôle, l'armée intervient. La police étant trop compromise à cause de corruption et de copinage. Le 3 avril, elle instaure un couvre-feu total sur Gilgit, coupe tous les réseaux cellulaires, bloque les routes et évacue tous les étrangers par avion. A mon avis c'était la seule solution envisageable pour éradiquer les germes d'une épuration ethnique. Ensuite des jirgas exceptionnelles sont convoquées par les deux parties pour remettre les coupables aux autorités afin d'apaiser les tensions. Trois semaines plus tard, le couvre-feu est totalement levé à Gilgit.

Dans la rue, en cherchant la guesthouse, je rencontre Nasir. Il a vécu 7 ans en France à Cavaillon et parle couramment Français. Il est guide et a travaillé au Madina Inn la guesthouse où je me rends. En ce moment, la raréfaction des touristes lui a fait prendre un job d’appoint. Il vend des portables. Il m’invite à boire un thé. Il m’apprend qu’il y a très peu de touristes étrangers à Gilgit cette année et il est surpris de ne voir aucun Français. Je luis dis que beaucoup de désinformation circule en France sur le Pakistan et comme si cela ne suffisait pas, certains en rajoutent même une couche pour effrayer les gens désirant se rendre dans le coin. De plus les VOA Visa On Arrival à Sost sont suspendus jusqu’à nouvel ordre, sur décision ministérielle.

L’accueil est fantastique. Lorsque je pars en balade dans les montagnes environnantes, je suis sollicité pour boire un thé, de retour en ville, même topo. Les gens sont accueillants et disponibles même pour parler des évènements qui ont embrasé la région. (photo) (photo)

Au Madina Inn, je croise Richard un Allemand vivant en Australie et Raquel l’Espagnole du Régale Inn qui arrive d’Islamabad. Elle reste une nuit et part pour Chitral. Nous nous donnons rendez-vous au Festival kalash. Quant à moi, je partirai le lendemain. Le soir de mon départ, je suis au café internet de la guesthouse lorsque des touristes étrangers arrivent. Ils ne sont pas nombreux, du coup on les guette. Pas de doute, je connais cette voix et quelle bonne surprise de voir Steve et Barbara franchir la porte. Ils arrivent de Lahore, du Régale Inn en compagnie de Zakir qui a pris un congé pour assister au mariage de son frère. Retrouvailles chaleureuses. Ils vont aussi à Chitral pour assister au festival kalash. Du coup, je décide de retarder mon départ. Nous ferons la route Gilgit-Mastuj-Chitral ensemble. Après un jour passé à flâner et à faire du shopping en ville. Nous sommes prêt à prendre la route. Le temps est légèrement pluvieux. Direction le nord-est. Il faut deux jours pour rejoindre Chitral.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
FA Fabricia Globetrotter ·
🙂 Bonjour Eric :

Je me régale à lire ce magnifique carnet de route, parfaitement écrit et rempli de détails très intéressants sur cette partie du monde si peu connue... Merci encore mille fois. Bravo également pour tes belles photos ! Bonne route, cher Voyageur !

Fabricia, admiratrice et lectrice ravie.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
MÉ Mékong Globetrotter ·
merci Fabricia pour cet élogieux commentaire la suite arrive
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Mastuj-Chitral-Kalash-vallée province de Khyber-Pakhtunkhwa chaine de l’Hindu-Kush

Nous démarrons à 6h (photo). Malik avait raison. La route est belle (photo). Dans le bus je prends place à côté de Barbara, Steve est juste derrière. Nous suivons la Gilgit River, puis la Ghizer River en débouchant sur de superbes vallées (photo), vient Phundar et son lac. A partir de Teru, c’est de la piste (photo), le trajet est encore long, ça promet. Puis nous montons encore jusqu’à la Shandur Pass à 3734m où paissent des troupeaux de yacks(photo) (photo) (photo). Il y a un terrain de polo avec des tribunes. La Shandur Pass est à la croisée de l’Hindu-Kush et des Karakoram (photo). Les paysages sont sublimes. (photo) (photo)

Petite parenthèse géographique pour vous situer sur une carte Le Toit du Monde Cette région fait partie du « toit du monde » qui va de l’Afghanistan au Bhoutan où plusieurs chaines montagneuses se succèdent. La chaine des Himalayas La chaine des Karakoram La chaine de l’Hindu-Kush La chaine du Pamir A noter que toutes ces chaines se retrouvent au Pakistan : Les Himalayas avec le Nanga Parbat ou « montagne tueuse » 8125m 9ème sommet du monde au sud de Gilgit Les Karakorams avec le redouté et mythique K2 ou « Chogori » 8611m 2ème sommet du monde au nord-est L’Hindu-Kush avec le Tirich Mir 7705m au nord-ouest, plus haut sommet de la chaine (photo) et un petit bout du Pamir au nord.

La pluie nous accompagne. Il fait froid. Et j’allais oublier les checkposts (photo), nombreux tout au long de la route. Il nous faut à chaque fois descendre du bus, munis de nos passeports et remplir les registres. Si l’on voit le bon côté des choses, ces arrêts donnent l’occasion de faire de belles photos car certains sont au milieu de nulle part. (photo) (photo)

Après la Shandur-Pass, nous redescendons. Par endroits, la route est vertigineuse. Et les villages se succèdent, Sor Laspur, Harchin, Skaidas dans de superbes vallées dominées par des cimes enneigées de l’Hindu-Kush (photo), des vallées fleuries où l’eau coule en abondance. Magnifique ! (photo) Le bus avance lentement et certains passages sont délicats à franchir. Enfin, après 12h de trajet, nous atteignons le village de Mastuj (photo), notre première étape où nous passons la nuit. Aucun bus ne va à Chitral car la route/piste est impraticable, un landcruiser part chaque matin à 6h30. De toute façon, nous avons besoin de souffler après ce voyage éprouvant d’autant que le coin est fort plaisant. Malik nous a recommandé une guesthouse, le Tourist Inn (photo). Le hic est qu’il faut se coltiner une montée raide avec nos sacs. Barbara n’a plus de forces et pleure de fatigue. Steve lui a pris son sac. Heureusement notre chambre est douillette, cozy avec des tapis, des coussins, des couettes. Notre hôte Jaffar est très accueillant. Nous sommes affamés et le repas simple qu’il nous prépare est très bon. Tout le monde retrouve le sourire (photo). Apparemment nous sommes les premiers touristes de l’année. Le lendemain matin (photo), nous reprenons la route qui est toujours aussi belle (photo) mais toujours aussi étroite (photo). Le trajet devient vite fatiguant à cause du manque d’espace dans la jeep. 3 rangées de 3 places + deux passagers devant avec le chauffeur. Problème nous sommes 4 par rangées. Au Pakistan on optimise un maximum. Nous sommes dans la rangée du milieu ; Steve, Barbara, me et le 4ème larron qui heureusement n’est pas épais et il plait à Barbara. Premier acte, c’est supportable sauf pour Steve et ses grands compas. A Boni (photo) où notre compagnon de route descend, ça se complique avec son remplaçant, beaucoup plus gras et des fesses énormes….dans de telles situations on remarque le moindre petit détail. Steve ne dit plus un mot, Barbara suffoque et moi je suis pressé contre la vitre. Il reste des kilomètres. Gras-double halète. Faut être honnête, lui aussi est inconfortable. Pour ne rien arranger, le chauffeur nous passe une cassette en boucle diffusant une musique dépressive. Au début ça attise notre curiosité « ça se marie bien avec les paysages etc etc….. » mais au deuxième passage, ça nous saoule surtout Barbara (photo) qui se déchaine verbalement avec son accent du sud. Ça nous permet de rigoler en oubliant notre caisse à sardines. Ouf Chitral en vue.

Chitral (1128m) (photo) (photo)

Direction Al Farooq Hostel pour poser nos sacs. Ensuite nous devons aller au poste de police pour nous enregistrer et demander un permis pour la Kalash vallée. En effet, cette zone est restreinte aux étrangers. Pour vous situer le contexte géographique, le district de Chitral est entouré de l’Afghanistan sur 3 côtés, au nord : le corridor de Wakhan et à au sud et l’ouest : le Noristan. La Kalash vallée est à 10 kms de la frontière et de l’autre coté le Noristan, l’un des sanctuaires des Taliban. En 2009, des touristes ont été enlevés. Au poste de police, beaucoup de monde dans le bureau d’enregistrement ; c’est journée porte ouverte. On se demande bien qui fait quoi et qui est flic. Comme ce type avec les yeux plissés en affaire avec le Lahore Backpackers et qui démonte le Régale Inn ou l’autre assis devant l’entrée qui nous explique que la drogue est facile à obtenir ici. D’ailleurs « yeux plissés » renchérit « oui tout est possible au Pakistan ». Ben voyons. Je n’aime pas ça. Ces deux lascars "yeux plissés" et "chemise bleue" ne m’inspirent aucune confiance. Barbara pense la même chose. Avec elle, pas besoin de longue discussion, au premier regard on se comprend. Quant à Steve, il ne voit pas le mal et je le mets en garde. Dans le bureau du chef, ce n’est pas la même musique. En lisant nos formulaires, il nous questionne tour à tour avec sérieux mais son attention est braquée sur Steve. Il est américain, parle un peu l’Urdu. Il refuse de nous accorder les permis puis se rétracte. Finalement, nous sortons munis du précieux sésame......et des gardes pour chacun d’entre nous. Dorénavant, nous serons suivis oups….escortés à chacun de nos pas même à Chitral (photo). Ce sont trois jeunes policiers timides. J’explique à Steve que chaque Américain les rend suspicieux, particulièrement si ceux-ci parlent Urdu et veulent visiter Peshawar car évidemment il en a parlé aux deux types du Al Farooq Hotel qui je pense sont deux flics venus nous cuisiner. Je l’ai flairé à leur manière de poser les questions et de nous fixer, regard en coin, Barbara et moi pendant que Steve s’épanchait sur Peshawar. Et en 2011 il y a eu l’affaire Raymond Davis, Steve n’en a jamais entendu parler. C’est un grand naïf ce Steve. Sans lui manquer de respect, Barbara et moi avons plus d’expérience dans nos vies respectives et sur les voyages. Je lui conseille de dire qu’il est canadien si il va à Peshawar, ça ne mange pas de pain et ça lui évitera de tomber sur un détraqué.

L’affaire Raymond Davies Deux articles bien documentés de Sylvie Lasserre (elle vit à Islamabad depuis quelques années) qui résume bien les tourments de cette affaire PAKISTAN. Les Etats-Unis empêtrés jusqu’au cou dans l’affaire Raymond Davis PAKISTAN. Le Pakistan en état d’alerte après la libération de Raymond Davis

Des Pakistanais avec qui j'en ai discuté, pense que depuis son arrestation, les attentats avaient baissé et qu'Américains et Taliban sont les doigts d'une seule main.

Nous voici en route pour la Kalash vallée à 3 heures de route. L'affaire se corse légèrement car nous voyageons à six personnes. Faut t-il payer pour nos gardes du corps ? non nous rétorque un policier "ouf j'ai eu peur du contraire". En cours de route, nous tombons sur un checkpost militaire, ils n'ont pas l'air de plaisanter les gaillards rien à voir avec la police. Après Ayun (photo), nous stoppons et le véhicule se gare pour laisser la route libre, attente.....puis débouche rapidement un pick-up lourdement armé avec à son bord des soldats cagoulés avec fusils d'assault et muni d'un lance roquette escortant un puissant 4X4 aux vitres teintées. Pas de doute la zone est sensible. Nous arrivons à destination au village de Bumburet (photo). Première constatation, la police est omniprésente. Seconde surprise, le chauffeur réclame le prix du trajet pour nos gardes et il ne veut rien savoir. Vu le salaire qu'ils doivent toucher, nous payons pour eux.

Le peuple Kalash (photo) (photo) (photo)

Ils vivent dans une vallée principalement dans 3 villages, Birir, Bumburet et Grun. La vallée est entourée au nord, sud et ouest par la province afghane du Noristan. Leur particularité est de pratiquer une religion polytheïste et l'on dit qu"ils seraient les descendants de soldats d'Alexandre le Grand venus s'installer ici. Ils préservent leurs traditions mais leur nombre diminue. Actuellement ils seraient trois mille. Certains se sont convertis à l'Islam. La région est pauvre, à l'écart de tout développement hormis quelques Ong's qui oeuvrent. Le point noir est le peu de perspectives pour les plus jeunes. Certains partent pour chercher du travail ailleurs comme Jabeen du Régale Inn. Ils fabriquent du vin et un tord-boyaux local. . Le festival auquel nous assistons est en fait une fête religieuse appelée Joshi, pour célébrer le printemps quand les jeunes filles cueillent les premières fleurs (en France on a la fête des jonquilles). Les jours de festivités sont marqués par des danses et les gens se rendent visite en s'échangeant du lait, du fromage, du yogourt et des fleurs. Trois autres fêtes ont lieu plus tard dans l'année correspondant aux trois autres saisons, surtout trois occasions de faire ripaille.....Et ça ne plait pas aux Taliban de l'autre côté de la frontière qui auraient menacé d'attaquer le festival d'où cet impressionnant déploiement de force : armée, police et bien sur les agents de l'ISI. Le tableau est complet. Pour un peu on se croirait au festival de la police (photo). Il faut quand même reconnaitre que les Kalash font tout pour énerver les Taliban : ils croient en plusieurs divinités, ils boivent du vin et un tord-boyaux local qui désinfecte la paroi, ils chantent, dansent, les femmes sont vêtues d'habits multicolores. (photo)

Revenons à Bhutto. Ainsi nous nous dirigeons à la Kalash House sur recommandation de Malik et Jabeen. Elle se trouve sur les hauteurs. Raquel nous a devancé. Le groupe s'agrandit de deux unités car elle a aussi son garde. Le logement : une pièce très humide de 3 lits + un matelas posé sur le sol froid que se coltinera Barbara. Pour cela, Bhutto nous demande 500 roupies par personne repas inclus. C'est cher mais attendons de voir les dits repas. Je suis perplexe. Au fil des jours, le courant ne passe pas décidément pas avec Bhutto plus préoccupé à boire avec ses potes que de s'occuper convenablement de ses invités. Aucun entretien dans la pièce la robinetterie de la salle de bain est pratiquement hors d'usage. Quant à la nourriture, elle est de médiocre qualité pour rester poli. Le thé ressemble à de l'eau. Un matin, je lui demande un oeuf car le déjeuner servi est trop épicé. Sa réponse "tu descends au village t'en acheter un". Un autre jour, il me voit avec mon keffieh et la seule chose qu'il trouve à redire est que c'est une écharpe de Taliban. Révises ton histoire. Au bout de deux jours, je n'ai qu'une envie : mettre les voiles et il faut que Barbara insiste pour que je reste un jour supplémentaire. Bien mal m'en a pris car je tombe malade : humidité combinée à la mauvaise nourriture. Heureusement il y a le festival, c'est pour ça que nous sommes venus. Peu d'autres touristes étrangers, un groupe de Japonais. Des touristes pakistanais venus d'Islamabad, Karachi, Gilgit et nous croisons l'un des deux lascars de Chitral "Chemise bleue". Les danses commencent le matin et se terminent en milieu d'après midi la suite en (photo) (photo) (photo) (photo) (photo) (photo) (photo) (photo)

Quant à nos gardes, ils sont collés à nos basques et à la longue ça devient pesant. De retour à Chitral, nous devons penser à nos visas qui arrivent à expiration et demander une extension. Barbara n'a plus que 3 jours et moi 4 jours. Au bureau de police, nous croisons 5 parapentistes, un Russe, un Australien et 3 Néo-zélandais qui demandent un permis de.....survol. La situation est cocasse et prête à sourire. Vont t-ils devoir embarquer un garde avec eux? Réponse dans le prochain chapitre. Quant à nos extensions, l'affaire semble trop compliquée et nous la ferons à Gilgit lundi. Entre- temps nous croisons "yeux plissés" de retour de Peshawar. Il insiste pour manger avec nous mais nous déclinons "pas la place dans nos emplois du temps surchargés".

De retour à l'hôtel, Raquel et Steve nous soumettent une idée : donner de l'argent à nos gardes pour les remercier. Manquait plus que ça ! Barbara est partagée. Je refuse tout net et j'ai droit à la réflexion prévisible "il n'a pas de coeur" mais je m'en fiche. Sur ce point, je ne transige pas et je leur explique pourquoi. - ils ne sont pas juste là pour notre protection mais pour nous surveiller - nous n'avons pas été libres de nos mouvements - chacun va donner la somme qu'il veut et ça va créer des tensions, voire des jalousies entre eux - ça va créer un précédent et les prochains voyageurs vont en faire les frais - nous leur avons payé transport et nourriture, cela est suffisant

Mes craintes se confirment. Barbara donne juste un petit pourboire, Steve est plus généreux mais ça reste encore décent, quant à Raquel, elle donne une somme dépassant les 1000 roupies. Perso je trouve que c'est une belle connerie. Cela me fait penser aux touristes qui distribuent sans réfléchir des stylos aux enfants sur les routes de campagne. Ces mêmes enfants ensuite accourent comme des dératés dès qu'un étranger débouche et si il refuse de leur donner ce qu'ils veulent, il a droit à des quolibets et parfois des pierres. Cela m'est arrivé à coté de Gilgit.

Le retour sur Gilgit passe par la même route avec Barbara et Raquel. Au fait, je me sens mieux et ce depuis que j'ai quitté la maison de Bhutto. Steve est resté à Chitral depuis qu'il a en tête d'organiser un boskachi sur le terrain de polo. Quel personnage ce Steve ! pour cela il doit acheter une chèvre et organiser un repas pour tous les participants. Fais attention à toi et donnes des nouvelles et souviens toi si tu vas à Peshawar, dis que tu es Canadien.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LU Lucq Globetrotter ·
tres tres bon recit!!!!!!! tu es a kasghar? a quel hotel est tu? dans quelle villes ira tu ensuite?

je pars bientot pour urumqi , le 3 juilllet!(si tpu va bien du coté des dents) ensuite kasgahr et.....ensuite????on verra!

sinon, un mois a shanghai (pour voir le dentiste) et depart pour le kirgisan reporté d un mois
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut

le Pamir Youth Hostel, ouvert depuis 9 mois juste en face de la vieille mosquée. 40y si tu as la carte, 45 pour les non membres. Ils ont un site www.pamirhostel.com ensuite je suis la route de la soie sud et je bifurque sur les hauts plateaux du Qinhai via Huatugou et Golmud
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LU Lucq Globetrotter ·
ah!
MÉ Mékong Globetrotter ·
Pakistan Retour sur la Karakorum Highway/ Hunza Vallée

Un crochet par Mastuj au Tourist Inn. Jaffar nous attendait. Nous lui offrons une bouteille d’eau de vie, le tord-boyaux des Kalash. Il lui fait gravement honneur au cours de la soirée qu’il passe en notre compagnie. Autant Chitral était stressant, autant Mastuj est reposant, pas de flics à nos basques, une région entourée des cimes de l’Hindu-Kush, en deux mots : magnifique et accueillante. Je reviendrai dans ce coin la prochaine fois. Arrivée à Gilgit le lendemain à 17h. Direction le Madina Inn. Après avoir posé nos sacs, grande lessive car je n’ai plus rien à me mettre de propre d’autant que demain matin nous devons aller au bureau d’extension des visas. Pour Barbara, c’est le dernier jour, quant à moi, il ne m’en reste qu’un. A la guesthouse, toujours peu de voyageurs, juste une Coréenne résidant à San Francisco qui vient dans la région pour dispenser des cours dans une école proche de Gilgit, une école pour filles. La région manque cruellement d’institutrices. Au bureau des passeports, tout se déroule bien sauf qu'ils essayent bien de nous extorquer de l’argent en nous parlant de taxes, manque de chance j’ai déjà obtenu une extension à Islamabad gratuitement et en découvrant le joli tampon je les sens gênés aux entournures. Aussi, le chef est plus intéressé par le profil de Barbara que par le mien. Les questions fusent sur son parcours...et ses cheveux etc. Petits sourires. Si vous voulez, je peux m’éclipser. « Revenez dans 4 jours pour récupérer votre passeport » à Barbara « Pour vous, revenez demain matin ». Le plus important est d’avoir obtenu une prolongation. Le processus est facile, il suffit de présenter un justificatif de l’hôtel, une copie de passeport et du visa. En terme d’extensions, ça peut aller jusqu’à 3 mois. Barbara obtient un mois supplémentaire, quant à moi 16 jours au lieu des 3 semaines souhaitées malgré mon insistance mais il ne veut rien savoir.

Une semaine s’écoule à Gilgit et l’accueil en ville est toujours aussi extra. J’en profite pour visiter le cimetière chinois (dont je parle dans un chapitre précédent) situé au village de Dain Yor à la croisée des deux rivières la Gilgit et la Hunza. Nasir passe tous les jours au Madina Inn. D’autres voyageurs arrivent, léger frémissement. Certains viennent de Sost le point frontière de la Khunjerab Pass mais aucun d’entre eux n’a obtenu le visa à la frontière. Le processus du VOA (visa on arrival) est toujours suspendu. Des nouvelles de Steve : le Bozkachi qu’il devait organiser à Chitral a été annulé à cause de la mort d’un enfant près du terrain de polo. Du coup il est parti à Islamabad pour demander une extension de son visa qui arrive à échéance. Pour les citoyens américains, pas d'autres alternatives que la capitale pour les extensions. A la guesthouse, nous faisons la connaissance de Zoheib, un Pakistanais, mi vagabond, mi saltimbanque avec son baluchon et sa guitare. Il a vécu plusieurs années au Usa, de retour au pays il est en froid avec sa famille originaire de Karachi, il a une sœur vivant à Lahore. Sa passion c'est la musique. Il chante en Urdu. Il a quelques morceaux en Anglais dans son répertoire dont « Save Tonight » de Eagle Eye Cherry (le frère de Neneh Cherry). Un type attachant. Il est arrivé au Madina Inn sur la pointe des pieds. Le staff a fait des difficultés pour l’accepter car ils ne prennent pas de touristes pakistanais. J’ai du mal à comprendre les raisons qui motivent leur choix. Peut-être considèrent ils que les locaux risquent de détrousser les étrangers. Personnellement, depuis que je voyage, j’ai appris à me méfier davantage des autres voyageurs étrangers.

La vallée de l'Hunza (photo) (photo) (photo)

Depuis le temps que j'en entends parler en des termes si élogieux. Jade fut la première à m'en parler. Elle m'avait montré quelques photos mais à l'époque ma route passait par l'Inde (premiers fragments de 2007-2008). Je l'ai toujours gardé au fond de ma mémoire me promettant de revenir au Pakistan. Voilà j'y suis. En pensée avec elle qui apprend l'Arabe à Damas depuis quelques années.

Hunza est la nom de la rivière (photo) formée par ses deux affluents en amont, la Kilik qui prend sa source près de la Kilik-Pass (Chine) et la Khunjerab qui prend sa source dans le parc national du même nom. La région de l’hunza est divisée en trois parties : La haute Hunza ou Gojal, central Hunza et basse Hunza.

Le nom des habitants sont les Hunzakuts, la plupart sont ismaélites dont le chef religieux est le prince Aga Khan. Ils parlent le Brushiski en plus de l’Urdu et l’Anglais. Longtemps isolée du reste du Pakistan jusqu’à l’ouverture de la KKH, la Hunza est demeuré un royaume avec pour capitale Karimabad avec un roi s’appelant le Mir. La contruction de la Karakorum Highway a aussi permis le désenclavement de la région d’un point de vue économique et touristique.

Le pays des abricots

C’est la star des fruits de Hunza. La référence mondiale en terme de qualité. Les Hunzakuts ont compris les bénéfices qu’ils pouvaient tirer de ce fruit. Il se décline en fruit sec, huile pour la peau, savons etc….Dans les boutiques, on trouve des gros abricots secs mélangés à des noix, c'est délicieux et très énergétique, bénéfique pour marcher en haute montagne. Une astuce qu’utilisent les montagnards est de mélanger des petits abricots secs à de l’eau durant 24h, puis ensuite les retirer pour les manger et conserver le mélange d’eau et de fibres qui a des vertus très curatives en particulier contre le mal des montagnes mais d’après eux c’est bénéfique pour tout l’organisme. Pour info, les habitants de la Hunza détiennent des records de longévité de vie.

Karimabad

Je fais la route avec Barbara, compagne de choc. Direction Karimabad où nous allons retrouver Raquel et Zoheib. Le minibus progresse péniblement car la KKH n’a pas de revêtement particulièrement entre Ghulmit et Aliabad. Sur cette portion de route, des ouvriers pakistanais et chinois sont à l’œuvre (photo). A Ghulmit, La vue est imprenable sur le Rakaposhi et l’un de ses glaciers (photo). Les gorges de la Hunza sont de plus en plus profondes. De l’autre côté, c’est le Nagar. Tout le long, les Hunzakuts ont construit des champs en terrasse. Un homme averti en vaut deux mais j’écarquille les yeux de surprise et d’émotions. Le toit du monde, la chaine du Karakoram et ses sommets culminant entre 6000et 8000m. Le soir au Old Hunza Inn, la vue sur la terrasse du petit hôtel est juste grandiose. En face la masse imposante du Rakaposhi 7708m (photo) et du Diran 7300m (photo), derrière le Ultar 7388m et Lady Finger 6000m (photo) pfffttt ! je reste un long moment, assis en sirotant le thé de bienvenue à savourer ce spectacle vivifié par l’air frais des montagnes. C’est pour ces moments privilégiés que je voyage. Le Old Hunza Inn se trouve juste avant d’entrer dans le village dans un quartier nommé « zero point » où se regroupent d’autres petits hôtels accueillants tel le Karimabad Inn et le Haider Inn. La plupart des voyageurs descendent ici. Le propriétaire des lieux est un homme cheveux et barbe blanche taillée et une présence qui impose le respect. Le soir, au diner, il veille à ce qu'il ne manque rien sur la table et dirige ses employés avec discrétion et classe. Un grand homme. Et autour de la grande table , il y a souvent du monde car des voyageurs venant des autres hôtels prennent leur repas ici. Cette guesthouse est très conviviale. Zoheib et Raquel sont là et je note……..le retour de cette bonne lampe à gaz et des bougies car l’électricité est absente. Je pensais avoir tout vu avec Lahore mais Karimabad décroche le pompon. Pas d’électricité durant plusieurs jours et ça dure, parfois la lumière jaillit entre 20h et 22h. Le même problème se pose entre ceux qui ont un générateur d’appoint et les autres, encore que pour le café Kado internet par exemple, cela dépend de l’affluence pour qu’il le mette en marche. A ce titre, Abas le gérant fait le tour des hôtels de zéro point tous les matins pour juger du nombre de clients potentiels. Aux dernières nouvelles, la centrale hydro-électrique est en panne…..depuis 20 jours. La région s’est dotée d’usines hydro-électriques de poche financée par la fondation Aga Khan et des programmes d’aide de la Banque Mondiale. Des programmes humanitaires, Il y en a beaucoup ici, des panneaux fleurissent pour dire les bienfaits de cette institution. Au café de Hunza à Karimabad je feuillette une revue en papier glacé annonçant des projets en cours. Dire que le gouvernement pakistanais ne remplit pas ses obligations ici est un euphémisme, l'autre exemple frappant étant l’état de la KKH démontrant l’inaction de ce gouvernement. Là où le bât blesse est que par le biais de ces structures d’aides venant de l’étranger surtout si cette aide provient de fonds de la Banque Mondiale, il y a des contre-parties qui se transforment en leviers de pression et foulent du pied la souveraineté du pays. Je vais prendre deux exemples concrets qui illustrent mes propos. La guerre des drones. Le parlement pakistanais a demandé unanimement la fin de ces attaques meurtrières pour autoriser l'Otan à reprendre ses approvisionnements depuis Karachi. Les Usa clament haut et fort qu'elles ne cesseront pas et menacent de couper toutes les aides en cours. Voilà comment l'action du parlement est limitée. Le second exemple est l'affaire Raymond Davis où Zardari s'est couché devant les pressions US pour extrader leur agent malgré la colère de la rue pakistanaise qui réclamait justice. Je ne dis pas que tout doit disparaitre mais chaque aide apportée dans des secteurs clés devrait être minutieusement contrôlée pour ne pas créer de déséquilibres et d'ingérence. Et je ne suis pas anti-américain ayant traversé deux fois ce magnifique pays d'ouest en est et du nord au sud. J'en garde de grands souvenirs et l'image d'une population serviable et accueillante mais tous leurs gouvernements successifs sont à dénoncer pour leur capacité de nuisance. Les pakistanais peuvent en témoigner. Voilà c'est dit. La suite.

Un paradis pour les balades en montagne (photo) (photo)

Désolé mais je n'aime pas utiliser mot trekking et ses dérivés. Autour de Karimabad, elles sont nombreuses et offrent des panoramas magnifiques et mériteraient un chapitre entier. Je pars seul randonner car Barbara ne pourra pas me suivre dans des ascensions longues et difficiles. En hors d'oeuvre, je m'offre le camp de base de l'Ultar (photo) au dessus de Karimabad (photo). Une ascension qui dure 3 bonnes heures. Je débute par un chemin très étroit le long d'un précipice vertigineux (photo), l'expression "raser les murs" prend ici tout son sens. Ensuite je suis le sentier utilisé par les chèvres en repérant le gros tuyau noir. Arrivé au camp de base (photo) , je prolonge l'ascension jusqu'au pied du glacier (photo) et des cascades (photo) (photo) . Il fait à peine froid malgré l'altitude et les couches de neige. Le lendemain, je monte à Eagle Nest par la route en passant par les villages ismaélites de Altit et Malishkar (photo) , accompagné par des enfants rentrant de l'école (photo). A 7h30, six jours sur sept, ils empruntent cette route pour se rendre à Altit dans la vallée, à pied. La pente est raide mais ils marchent à un rythme élevé, y compris les fillettes. ça leur fait un bon exercice quotidien d'autant que les parents ont d'autres priorités plus importantes que de leur donner de l'argent pour le minibus. C'est pareil pour les deux enfants d'Atiq et d'Asha qui logent au Old Hunza Inn. Ils ont pris quelques semaines de vacances, ont quitté Islamabad pour venir profiter de la région (photo). Sadiq et Aqxa continuent leur scolarité à Ganish dans la vallée et chaque jour, ils font l'aller-retour jusqu'au village en bas (photo). A méditer pour les petits français qui se plaignent au moindre effort. Arrivé à Eagle Nest, le panorama du Golden Peak (7027m) au nord-est est grandiose (photo). La vie au Old Hunza Inn est douce. Un couple de bikers australiens est arrivé, l'une des deux motos a un problème mécanique et ils doivent se résoudre à attendre une pièce neuve de Gilgit. Quant à Atiq et Asha, la famille pakistanaise, nous sommes devenus proches. Ils travaillent tous les deux dans le secteur des visas à Islamabad. Les deux enfants Sadiq et Aqxa débordent d'énergie. Maintenant il est temps d'aller à Minapin et monter à Tagaphary le camp de base du Rakaposhi. Je piaffais d'impatience. La météo est instable ces derniers jours et j'attendais scrutant le ciel. Tous les voyants sont au vert et d'après les habitants, demain le temps sera idéal pour grimper. Je quitte Karimabad pour deux jours. Direction Minapin, Osho Thang c'est là que je vais loger à l'entrée du village. C'est Christophe un habitué du site Voyage-Forum qui m'a donné l'information.

Minapin-OshoThang-Tagaphary (photo)

Le bus pour Gilgit me laisse au bord de la Karakorum Highway. Minapin se situe de l'autre coté de la rivière dans la région appelée Nagar qui regroupe aussi la vallée de l'Hopar. Je marche 3kms sous un soleil de plomb. Minapin est un village paisible au pied du Rakaposhi. A Osho Thang je suis accueilli par Israr le propriétaire des lieux (photo). Un homme d'une gentillesse hors norme. La guesthouse est un havre de paix avec son grand jardin (photo), ses arbres fruitiers, et les animaux dont la chèvre qui broute tranquillement. Non seulement Israr est précieux pour sa connaissance de la région, mais il s'avère être un excellent cuisinier. Depuis que je suis au Pakistan, je n'avais jamais mangé aussi bien. La cuisine de Osho Thang est immense. Durant les deux jours, je me régale. Tout est délicieux et servi en quantité (photo) . Et le thé à la rose qu'il me sert gracieusement, a un arôme incomparable. Fabrication maison par sa maman. Il me montre le pot en verre qui contient une pâte dégageant une forte odeur. C’est le résultat de pétales qu’elle écrase minutieusement. Je me lève aux aurores à 4h30, Israr est debout pour me préparer un petit déjeuner avant que je parte en direction du Rakaposhi (photo)

Et à cette heure matinale, je ne suis pas seul sur le chemin ; des bandes de gamins se pressent et avalent la côte avec une facilité déconcertante (photo). Il y a un ancien accompagné d’un âne marchant sur un bon tempo sur lequel je me cale. Après Hapakun (photo), je me retrouve seul et je suis le glacier Minapin (photo). Au bout de 4h30 de marche, j’atteins Tagaphary (photo)….sous la neige, c'est exceptionnel à cette époque où habituellement des gens viennent camper sur le site sec (photo). Il neigeait encore il y a 4 jours. J’assiste à une avalanche, protégé par la butte (photo) (photo). Quant au panorama, les photos se passent de commentaires. Des instants privilégiés qui ne s’oublient pas.(photo) (photo) (photo) (photo) (photo) (photo) Retour à Karimabad en tracteur pour rejoindre la KKH et en stop jusqu'à Aliabad la poussiéreuse. Au Old Hunza Inn, les Australiens ont pu réparer la moto avec l'apport de la pièce neuve. Ils partent à Islamabad pour demander une autorisation qui leur permettra de circuler jusqu'au Baloutchistan car ils vont en Iran. Atiq passe des coups de téléphones pour leur faciliter toutes les démarches et les invite à dormir dans sa maison, son frère leur donnera les clés. L'hospitalité pakistanaise. Au café de Hunza, nous rencontrons deux Français. Eric et Olivier sont de Chamonix et parapentistes. Venus avec leur matériel, ils espèrent voler demain ou après demain.....et ils connaissent le groupe que nous avions croisé à Chitral. Les parapentistes sont comme les surfeurs, ils forment une petite communauté. Aux dernières nouvelles Youri et sa bande ont obtenu les autorisations. Leurs escortes se chargeant de les attendre sagement aux points d'envol et d'atterrissage. Mon séjour en Hunza touche à sa fin et je veux passer quelques jours en Gojal avant la Chine. J'ai eu de bons échos. Barbara hésite puis se décide à m'accompagner.Atiq propose de nous emmener jusqu’au lac.

Le lac Attabad ou lac du désespoir

qui a coupé depuis janvier 2010 la Karakorum Highway en deux à hauteur de Gulmit. A l’origine, tout un pan de montagne s’est détaché, provoquant un immense éboulement. Bilan : un village enseveli et une vingtaine de victimes. Les tonnes de roches et de sable ont bouché la rivière Hunza créant un immense lac d’une longueur de 24kms (en bordure de Passu) et d’une profondeur de 100m (photo), inondant au passage des centaines de maisons en amont dont une partie de Gulmit et la Karakorum Highway. Les tonnes d’eau stockées dans le lac font peser une menace constante sur les habitants de la vallée en aval si le barrage naturel venait à se disloquer à cause de l’afflux d’eau créé par la fonte des glaciers, très importants dans la région. Par exemple, le glacier Batura mesure 56 kms. Un déversoir a été construit en prévision en direction de la rivière Gilgit pour éviter un débordement. Au bout de 20 jours, le premier ministre Gilani vient constater les dégâts et promet à la population que des travaux vont commencer. Des paroles en l'air car à ce jour, rien n’a évolué. Dans un 1er temps, le Pakistan refuse l’aide de la Chine puis devant la tâche colossale à accomplir, se rétracte. La gratuité promise pour les passages en bateau est un vague souvenir au grand dam d’une population qui manifeste sa colère. Construire une route qui contourne le lac est impossible car les deux rives sont trop escarpées. Aux dernières nouvelles, les Chinois projettent de creuser un tunnel pour passer de l’autre côté et rejoindre Gulmit. En attendant, des bateaux font la navette pour transporter les gens. Des camions, il n’en est pas question. Il faudrait des bacs qui pèsent plusieurs tonnes pour les transporter, techniquement impossible à acheminer car ce transport demanderait un convoi exceptionnel et au minimum une route goudronnée sans parler du dénivellement depuis Islamabad. Une catastrophe écologique, humaine et économique.

Lorsque nous arrivons aux abords du lac, nous apercevons un nuage de poussière (photo). La Toyota brinquebalante de Atiq a les vitres avant qui ne ferment plus. Nous voilà tous couverts de poussière. Sur place, pour accéder à l’embarcadère, il nous faut parlementer avec l’officier en faction car il ne veut pas nous autoriser à prendre le bateau sans un document tamponné fourni par la police de Karimabad pour tout étranger. ça couvre les accidents….si le bateau venait à couler. La présence d’Atiq est précieuse. Il connait les rouages des administrations car il travaille avec eux à Islamabad. Au bout de quelques palabres, l’homme fléchit et nous donne le feu vert. C’est le Pakistan, il y a toujours possibilité de s’arranger d’autant qu’il s’avère être très sympathique. Merci Atiq, jusqu’au bout son dévouement et sa générosité aura fait merveille. Avec Aqxa, la petite princesse (photo), Ils repartent retrouver le reste de cette petite famille attachante. Bon vent et merci pour tout. Le voyage dure 3 heures. Nous devons payer 300 roupies. Les locaux payent beaucoup moins mais sur une année comme ils doivent se déplacer pour leur travail et leur approvisionnement, on atteint une somme conséquente. Leur colère est légitime. Tout récemment, des gens ont manifesté à Gulmit et ça a dégénéré en bataille rangée avec la police.

Passu (photo) (photo)

Au débarcadère, le comité d’accueil attend les passagers. Voici le tableau, pour rejoindre la route en direction de Passu, il faut marcher 500m le long de la rivière Hunza, escalader une butte entre des rochers, descendre de l’autre côté, franchir un torrent en posant les pieds sur des pierres, passer sur l’autre rive et suivre un semblant de chemin de terre pour arriver sur la route. Ce comité d’accueil, je devrais dire mafia locale est composé de porteurs et chauffeurs de taxis sur l’autre rive du torrent. Première phase, nous évitons les porteurs, j’encourage Barbara en lui disant que ce n’est pas long. La butte se profile et le torrent gronde derrière, ça se complique et c'est dangereux car sa valise est volumineuse. Je lui conseille de m’attendre que je revienne. Arrivé sur la route, il y a des taxis et je remarque un minibus vide. Je tâte le terrain « ce minibus va à Passu » « non il ne va nulle part » ok « et le trajet en taxi coûte combien ? » « c’est 1000 roupies » Bien sûr pour faire 10 kms….Quand je parle de mafia locale, je ne me trompe pas. Je repars pour aider Barbara mais celle-ci m’a devancé quand je la vois apparaitre au sommet de la butte aidée par un jeune garçon portant son sac. Ils franchissent les écueils et elle arrive excédée. L’histoire : la voyant attendre, l’un des porteurs, flairant le bon coup, lui a demandé 150 roupies pour l’aider, il est mal tombé le lascar et se prend un vent. Et c’est là que le jeune garçon se propose de l’aider moyennant quelques roupies malgré les menaces de l’autre. « et ici ils demandent 1000 roupies pour aller à Passu ». Imaginez la seule femme dans les environs qui se met à crier après tous les hommes présents pour blâmer leur mauvaise attitude. D’ailleurs, certains ne sont pas à l’aise. Et elle continue à les haranguer tout en marchant provoquant la curiosité des autres. La scène est cocasse et amusante. «Il y une cabane, on prend un thé et on avise». Furtivement elle me glisse à l’oreille «t’inquiètes pas, on va trouver un véhicule» Je ne me suis jamais inquiété et je m'amuse de la scène. Quel personnage ! Et ça ne loupe pas, au bout de 10mn, un préposé de la poste nous invite à monter dans sa voiture et par chance il va à Passu. Ni une, ni deux, nous voilà embarquant avec bagages. A destination, l’hôtel que j’ai noté sur un bout de papier est fermé. L’endroit parait désert. Nous nous rabattons sur le seul hôtel disponible, le Passu Inn, à côté de ce qui ressemble au centre du village. Nous sommes les seuls voyageurs. La région est magnifique (photo) mais souffre de la désaffection des touristes depuis deux ans à cause du lac. Les seuls passages sont ceux des camions à bennes qui font la navette jusqu'à Gulmit (photo). Le restaurant Breeze Glacier à l'entrée de Passu est vide. C'est dommage car il conserve une cuisine de qualité et moins cher que l'autre du Passu Inn qui fait payer le prix fort pour une assiette de riz et de lentilles. Barbara s'ennuie et ne sent pas bien dans cet hôtel. Nous allons marcher le long du glacier Passu derrière le restaurant (photo) . Les gens du village sont accueillants. Mais après deux nuits, il est temps de changer d'air. C'est là que nos routes se séparent. Elle repart à Karimabad, pour moi c'est la Chine. Depuis Lahore, nous avons partagé de grands moments d'émotion et de complicité. Barbara, la reine de la tchatche avec des qualités humaines exceptionnelles. Je saute dans un camion chargé de bois qui file à Sost. C'est le temps des embrassades. Bon vent à toi ma pote. A la revoyure comme on dit par chez nous (photo).
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Derniers jours au Pakistan. Un passage frontière qui restera dans les annales Sost ville frontière officielle car la véritable frontière se trouve plus au nord dans le parc national Khunjerab. Ville dortoir où l'on croise beaucoup d'ouvriers et d'ingénieurs chinois, Sost ressemble aux villes du far-west lors de la ruée vers l’or (photo). Une seule rue où tout se passe, manque seulement le saloon et les femmes qui sont absentes. Au bout, la douane. L’immense parking qui jouxte les bureaux est désespérément vide ; Seuls, deux camions bâchés entièrement jusqu’aux essieux laissent à penser qu’ils sont ici depuis très longtemps. Une nouvelle preuve des dégâts économiques provoqués par le lac Attabad. La carte postale des camions multicolores gravissant la KKH à Passu est une figure du passé. Lendemain matin départ. Bus Natco pour Tashkurgan à 200 kms au nord. Je passe au bureau où j’ai acheté mon billet la veille « vous allez devoir payer un supplément de 1000rp car il n'y a que 8 passagers et il en faut au minimum 20 » La belle affaire ! drôles de méthodes d’autant que la Natco n’est pas une compagnie privée, il y a l’état derrière. Attendons de voir ce qu’en pensent les autres passagers. Début des formalités : 1ère surprise tous les bagages sont passés au peigne fin et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne plaisantent pas. Par exemple, ils ouvrent des gélules de mes antibiotiques pour voir la poudre à l’intérieur et d’autres objets de ma trousse médicale dont je vous passe les détails. A la longue, c’est légèrement stressant. En fin de compte, après en avoir fini, l’un des douaniers vient m’annoncer que le bus est annulé. 2ème surprise. Et pourquoi donc ? « Les Chinois sont en panne informatique » Je n’en crois pas un mot. Je pense plutôt que la Natco l’a annulé faute d’un nombre suffisant de passagers. « mon visa expire aujourd’hui » Il regarde mon passeport et me dit de ne pas m’inquiéter. Le lendemain au bureau de la Natco, ils ont meilleure mine et pour cause d’autres personnes sont venues s’ajouter à la liste. En tout, nous sommes 26. Dans la rue, je croise Karim, il n’a pas acheté son billet et avec ses amis ils partent à Kasghar, il cherche d’autres personnes pour compléter un minibus dont ils ont loué les services pour se rendre à Tashkurgan et il me propose de me joindre à eux. Dommage j'ai déjà mon billet en poche. Formalités de douane : bis répétita pour tout le monde sans exception, malgré que nos affaires soient déjà passées au crible hier, sait-on jamais si pendant la nuit, nous aurions eu l’idée saugrenue de bourrer nos sacs de drogues……C’est interminable car nous sommes nombreux et les Pakistanais sont chargés d’énormes sacs. Durant la fouille, il y a des types de la section anti-Drugs qui observent chacun d’entre nous. Ensuite c’est la fouille au corps, des chaussures. Puis toutes les affaires sont entreposées dans la salle que nous sommes priés de quitter et arrive un chien qui passe entre les sacs. Ras. C’est fini. Pas tout à fait. Nous allons dans un autre bureau pour faire tamponner nos passeports. A midi et demie nous pouvons monter dans le bus et partir. Il s’est écoulé plus de 3h30 heures. Quant à Karim, il a trouvé les deux autres passagers manquants pour partager les frais. Leur minibus rapide part avant nous. Ouf le périple peut débuter (photo). Rappel : 26 passagers composés de 8 Chinois (6 étudiants d’Islamabad, 1 femme mariée à un Pakistanais de Peshawar, 1 indépendant) 2 Coréens, 1 Anglais d’origine Pakistanaise qui voyage en bicyclette, 1 Français (votre serviteur) et 14 Pakistanais. Peu après Sost, nous stoppons, les Chinois goudronnent La Karakorum Highway. Excellente chose ! le hic est qu’il est impossible de passer sur le bas-côté, il faut attendre qu’ils finissent le tronçon devant nous et que le revêtement sèche ce qui signifie 4h d’attente selon les ingénieurs chinois (photo). A ce rythme-là, je commence à m’inquiéter, non pas que je sois pressé, je suis en vacances mais j’ai peur de louper la Khunjerab-Pass, la nuit tombe à 20h. ça va être ricrac. Je fais connaissance avec Ismaël l’un des 6 étudiants chinois. Il rentre chez lui pour 3 mois. Il est musulman comme son nom l’indique. Il habite dans la province de Shanxi et étudie au Pakistan depuis 4 ans. A 16h nous repartons sur une belle route mais ça ne dure pas longtemps, nous retrouvons la piste. A l’entrée du parc national (photo), les étrangers, nous devons payer 8 dollars hormis les Chinois ce qui se comprend vu l’aide précieuse qu’ils apportent tout le long de la route et ça se vérifie encore dans le parc national. La route prend de plus en plus de hauteur en suivant la Khunjerab l’une des deux rivières qui forment la Hunza. Nous croisons des camions chinois (photo). Puis plus personne. Le bus progresse désormais sur une piste en lacets. Tout autour, il y a des couches de neige et plus haut se détachent les sommets du petit Karakoram. A 19h45, nous atteignons le plateau de la Khunjerab-Pass à 4934m d’altitude. Il fait très froid. Le panorama extraordinaire que l’on découvre fait oublier tous les tracas de la journée (photo) (photo). Dernier check-post pakistanais, il en fallait bien un petit dernier. Je suis rompu à cet exercice, mon passeport étant à portée de main mais pas la peine, ils ne procèdent à aucun contrôle. La Chine est là-bas (photo). Ainsi ces aventures pakistanaises se terminent en apothéose. Plus de deux mois d’émotions intenses, de Quetta à Karimabad. Il y a dans ce pays un parfum d’aventure que l’on retrouve au Baloutchistan et dans les régions de l’Hindu-Kush. Et puis un accueil extraordinaire, sans équivalent depuis que je voyage. Good bye Pakistan et à très bientôt.
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TC Tcvoyageur Veteran ·
Hello Eric,

c'est avec toujours autant de plaisir que je suis tes aventures.

Le Nord Pakistan (vallée de la Hunza, KKH, ..) étant dans mes rêves depuis longtemps, tes derniers récits (et photos) m'ont procuré encore plus d'émotions que d'habitude.

J'ai hâte de découvrir la partie chinoise de ton voyage.

Merci et bonne continuation

A+
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
CA CatherineGil Globetrotter ·
🙂, Bonsoir, oui, moi aussi j'ai hâte de te retrouver à Kashgar ! Nous avions été tellement frustrés en 1996 de faire demi tour là, devant une des portes de la Chine 🙂 Nous rêvons de Kashgar depuis.....

Tu vois je te l'avais dit : des paysages à couper le souffle ( même dans les Andes nous n'avons rien trouvé d'équivalent ) et un accueil fabuleux, jamais non plus retrouvé ailleurs.

Bonne continuation .
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
LU Lucq Globetrotter ·
kashgar en 96 et kasghar maintenant... deux mondes differents! en 96, kasghar n avait que les traces endormies de sa gloire passée!

maintenant (depuuis 2010) kasghar est devenue une zone economique spéciale...a l image de shenzhzen. elle est de nouveau au centre du commerce de l asie centrale!
MÉ Mékong Globetrotter ·
@Catherine oui des paysages extraordinaires, ce pays me manque mais la Chine est réellement fascinante, avec beaucoup d'anecdotes amusantes quand comme moi, on ne parle par la langue

@Thierry merci pour ton message, j'ai rectifié l'erreur. Le glacier Batura fait 56 kms

la suite arrive bientôt
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CA CatherineGil Globetrotter ·
🙂, la langue ou les langues car il me semble que fort peu de chinois parlent le mandarin et qu'il y a en Chine une mosaïque de langues usuelles. 🙂

Quoi Qu'il en soit je suis impatiente de lire la suite.

Bonne route !
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
TH Thevert7 Regular ·
Merci de nous/me faire voyager par procuration, j'attends la suite ( j'ai aimé la partie sur les Kalashs, ils sont beaux 🙂🙂)

à bientôt Mékong
LU Lucq Globetrotter ·
oui, mais en genral tout le monde utilise le putonghua (langue commune), surtout dans l ouest... les "langues locales, dialectales" ne sont en genral parlées que dans le chine du sud est. sinon bien sur les ougours parlent...ouighour! et les tibetains (encore) le tibetain!

a cela il faur rajouter le cantonnais, parlé à HK et dans le guandong, qui est lui aussi une langue a part entiere, plus ancienne que le mandarin!
MÉ Mékong Globetrotter ·
Mes infos pratiques Pakistan

PTDC : c'est l'office du tourisme pakistanais. Pas très nerveux mais très utile car il offre des plans gratuits des villes, régions et du pays. Dans toutes les grandes villes (Quetta, Lahore, Islamabad etc....et aux points frontières Sost (Chine) et Wagah (Inde)

TRANSPORT Padag-Quetta 300 rps Quetta-Lahore 1220 rp en classe economy Jaffar Express (le seul train qui fait la liaison Quetta-Lahore). départ à 9h. Réserver à l'avance. Lahore-Islamabad 650 rp Niazi Bus Islamabad-Abbotabad 160 rp minibus Toyota Abbotabad-Manserah 40 rp minibus Manserah-Chilas 950 rp le bus part à 11h00 devant l'hôtel Pakistan. Sortir de la gare routière, tourner sur la gauche et marcher durant 200-300m, coté gauche de la rue. Chilas-Gilgit 300rp attendre devant la gare routière et demander aux bus/minibus si ils vont à Gilgit Gilgit-Mastuj 800 rp bus Natco un seul bus par jour qui part entre 6h30-7h00 (12h de trajet) Mastuj-Chitral 300 rp landcruiser départ à 7h00 (4h de trajet) Chitral-Bumburet 120 rp jeep (2h de trajet) Gilgit-Karimabad 220rp minibus (à côté du bazar proche de Clock Tower) Aliabad-Minapin 100 rp minibus Bateau lac Attabad 300 rp Débarcadère-Passu le juste prix est 100 rp éviter la mafia des taxis qui demandent 1000 rp. Aller à Golmit et demander un minibus ou un véhicule allant sur Passu Passu-Sost 200rp dans la benne d'un camion chargé de bois. Le minibus coûte 250rp Sost-Tashkurgan 2600 rp bus Natco

LOGEMENT Quetta : Bloom Star 1000 rp gde chambre simple avec salle de bain rue perpendiculaire à Jinnah Road près du Muslim Hotel . Préférer Al Naem Hotel sur Jinnah Road moins cher Lahore : Regale Inn 200 rp lit en dortoir. free wifi. Cuisine. Frigo. Machine à laver et docteur(le fils de Malick). Pour moi la meilleure guesthouse du Pakistan, la moins chère et la plus conviviale. A ne pas confondre avec Lahore Backpackers. Un mot sur cette guesthouse, j'ai rencontré le soit disant responsable au PTDC de Wagah, non seulement il s'est permis de dire du mal du Regale Inn mais il a essayé de m'arnaquer avec un Rickshaw. Aussi leur carte de visite n'est pas nette quant à leur emplacement afin de rabattre les voyageurs vers Lahore Backpackers au lieu du Regale Inn. Il faut savoir qu'elles sont distantes de quelques centaines de mètres. Lahore Backpackers est au dessus du Subway. Regale Inn est dans la petite ruelle où se trouve le fleuriste sur la droite et le supermarché sur la gauche. Islamabad : Simara Hôtel 1000 rp chambre avec TV et salle de bain. A Sitara Market. D'autres hôtels peut être moins chers dans le quartier. Abbotabad : Al Zahra Hôtel 600 rp grande chambre avec salle de bain et TV. A côté de la gare routière. Gilgit : Madina Inn 250 rp lit en dortoir 590 rp chambre double. Grand jardin. internet payant et nourriture chère. Mastuj : Tourist Garden Inn 200 rp pour un lit. 100 rp pour le diner. Chitral : Al Farooq Hotel 300 rp chambre simple Bumburet Kalash vallée : Kalash Guesthouse je déconseille. Préferez les hôtels le long de la route. Karimabad : Old Hunza Inn 400 rp la chambre double avec salle de bain. Situé à Zero Point au même endroit que le Karimabad Inn et Haider Inn, Ces trois guesthouses se valent question prix et accueil. Minapin : 250 rp le lit avec salle de bain attachée. Diner 100 rp. Déjeuner 30 rp. excellent souvenir. Passu : Passu Inn 600 rp la chambre double avec eau chaude. Accueil pas terrible. La nourriture est chère. Mon 1er choix le Passu Peak Inn était fermé.

Dans la plupart des guesthouses citées ci dessus, les gens du staff ou l'entourage sont très dévoués pour informer sur les choses à visiter et les justes prix.
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ON Oneyed Regular ·
merci! je suis ton périple avec attention, super pour les infos fraiches.
MÉ Mékong Globetrotter ·
merci Jack la suite du récit

Chine Province du Xinjiang

Tashkurgan-Kashgar

A peine franchi la Khunjerab Pass, nous stoppons de nouveau. Checkpost, non mieux que ça, la douane. Et moi qui croyais que nous allions directement à Tashkurgan pour les formalités. Tout le monde descend avec les bagages. Ismaël me dit que c'est une nouvelle équipe. Des jeunes tous frais moulus et motivés. Aïe ça tombe mal, ils vont vouloir se faire les dents sur notre équipage. Bis répétita, contrôle de tous les bagages, passage aux rayons x et ouverture pour la fouille. Peu importe que tout ait été minutieusement inspecté à Sost. Dehors, il fait très froid et ça commence à neiger. C'est le bouquet final pour couronner cette journée de galère. Si la neige recouvre la route, le bus ne bougera pas d'ici. Je suis affamé tout comme les étudiants chinois. Tout le monde commence à trouver le temps long. Rappel, nous sommes sur le quai depuis 9h et il est 20h30. Au bout de 2h, vient mon tour ; celui qui semble être le chef, est intéressé par mes livres. "ce sont des romans ?" "oui et il y a même un livre chinois "La Chine et les Chinois de Lin Yutang". A côte, son collègue est après mon ordinateur et veut que je tape le mot de passe. Le voilà qui fouille dans le disque dur mais aucune idée de ce qu'il cherche. Ca ne dure que quelques secondes et satisfait il me le rend. Après plus de trois heures, nous pouvons repartir. La neige s'est arrêtée de tomber plus vite que prévu. Nous sommes exténués. Il faut charger tous les bagages sur le toit et dans le bus. A 4800m, le moindre effort se paie cash et tout le monde est essoufflé. Il est presque minuit. La descente sur Tashkurgan prend 1h sur une vraie route asphaltée. Nous allons enfin pouvoir nous reposer. Erreur, une fois arrivés, nous stoppons devant la douane officielle. Apparemment ils nous attendaient. Il est 1h du matin, 3h selon l’heure de Beijing. Ismaël m’explique toutes les subtilités chinoises. Heureusement, les douaniers s’activent, pas de fouilles bagages, juste le passage aux rayons X, ils sont pressés d’aller dormir. D’ailleurs, ils ne sont pas les seuls. Sauf celui qui est chargé de tamponner mon visa qui fait durer le suspense. Je suis planté devant lui plusieurs minutes quand il me demande « première fois en Chine » « non deuxième fois » il me regarde avec des yeux ahuris, il tourne mon passeport dans tous les sens « non le visa est sur l’ancien, je vais le chercher dans mon sac » Quelle erreur car muni du deuxième passeport, il a un nouvel os à ronger et ça s’éternise, je dors debout…… « Et pourquoi allez-vous à Kashgar ? »……. « Ok vous avez gagné, je dois rentrer en contact avec un groupe séparariste ouïghour et j’ai des documents importants à leur remettre »……..temps mort. ….Non je plaisante, fausse alerte. A côte, sa collègue a l’air de l’invectiver et lui suggère je l’espère de presser le pas. Soudain il appose son tampon en face de mon visa. Cette fois, c’en est fini. Presque 17h pour parcourir un peu plus de 200kms. J’attends Ismaël et ses potes encore à l’intérieur. Quand ils sortent, ils sont écoeurés. Au nom de la belle amitié entre la Chine et le Pakistan disent-t-ils « quelle belle connerie ». A 1h45, notre petit groupe composé des deux Coréens, de l’Anglais avec sa bicyclette, d’Ismaël et sa bande et d’un Pakistanais rescapé (les autres sont partis avant nous) marche au milieu de la nuit, à la recherche d’un endroit pour dormir. Première touche, un hôtel tenu par un Tadjik, les yeux ébouriffés mais il n’a pas de place. En ressortant, l’autre Chinois du bus (6 étudiants+1 indépendant+1 femme, vous vous souvenez) qui nous a aperçu du bâtiment adjacent, nous appelle. Il a des chambres à nous proposer. Apparemment il est en affaire ou en couple avec la matrone, chinoise comme lui, qui gère l’établissement. C’est spartiate mais pour 30 yuans ça ira, il n’y a pas de chambres pour tous et l’Anglais et le Pakistanais repartent. Ismaël revient avec des boites de nouilles minute que nous nous partageons. Il refuse que je paie et je dois insister puis il m’invite à manger avec eux. Dans quelques heures, ils prennent le bus pour Kashgar, puis Urumqi la grosse ville du Xinjiang. En Chine, tous les transports sont alignés sur l’heure de Beijing. Beaucoup de route en perspective. Je les salue, les remerciant pour leur gentillesse et leur souhaitant un bon voyage avant de m’éclipser pour dormir quelques heures. Le matin, je décide de changer d’hôtel car il n’y a pas d’eau et les toilettes sont dans un état épouvantable.

Tashkurgan est une ville paisible, principalement peuplée de Tadjiks, au pied de la chaine du Pamir (photo). De nouveau seul, sentiment bizarre après les émotions pakistanaises. Bonne nouvelle, mon arrivée en Chine coïncide avec le début de l’Euro de foot. Je vais pouvoir me rattraper après une diète de 3 mois. Sur le papier, quatre équipes se détachent : l’Espagne maitre de son football, l’Allemagne avec une génération de joueurs talentueux, les Pays-Bas et son armada offensive impressionnante, l’Italie l’outsider numéro un. La France, je n’y crois pas et ça fait des lustres que je n’accroche pas au jeu de cette équipe surévaluée à mon sens. Etant fan du Barça, j’espère l’Espagne. Je reste une nuit supplémentaire avant de faire route sur Kashgar.

La Chine Le pays du Milieu ou plutôt du juste Milieu comme l’explique Lin Yutang dans son livre. Juste Milieu signifie bon sens et esprit de raison. Sur le plan international ça se confirme, la Chine privilégie le dialogue et la négociation à la force ce qui a le don d’énerver au plus haut point les va-t-en-guerre américains en particulier la fanatique Hillary Clinton qui vient de tenir ces propos lourds de menaces « il y aura un prix à payer pour ceux qui soutiennent le gouvernement syrien ». Des propos de cowboys quoique des cowboys comme Billy the Kid ont toute ma sympathie. En parlant de ces grands démocrates américains donneurs de leçons, récemment, à Peshawar, la police pakistanaise a arrêté lors d’un contrôle de routine à un barrage, une voiture dont le coffre contenait 4 M4 Rifles, à son bord deux diplomates américains avec deux Afghans. Pris la main dans le sac mais évidemment ils ne jurent de rien. Pour info, le M4 Rifles est le fusil d’assaut utilisé par les Marines. Je ferme la parenthèse. Malgré la barrière de la langue, la Chine m’attire irrésistiblement. Mon premier séjour au Yunnan, en novembre 2009 m’avait enchanté. Devant une telle immensité, je m'incline. J'en suis au stade d'apprentissage. L’ethnie majoritaire de la Chine est celle composée des Han. Pour plus de clarté, je citerai chacune des ethnies chinoises. Durant mon voyage, je suis censé rencontrer, des Ouïghours (Xinjiang), des Tadjiks (Xinjiang), des Hui (Qinghai Sichuan Yunnan), des Tibétains (Qinghai Sichuan Yunnan), des Mongols (Qinghai), des Hani (Yunnan). Par exemple Ismaël et ses copains étudiants sont des Hui, des Musulmans chinois très proches morphologiquement des Han.

Le Xinjiang Nous sommes dans la région autonome du Xinjiang, à l’ouest de la Chine qui en compte cinq. Terre montagneuse avec la chaine du Pamir et la cordillère du Kunlun, terre de désert avec le Taklamakan. Pays des Ouigours et région sensible, traversée régulièrement par des tensions. Parfois ça dégénère gravement lorsque des Han sont pris à partie et tués par des groupes de Ouïghours descendus dans la rue comme en juillet 2009 à Urumqi. En face le gouvernement ne fait pas dans la dentelle. Certains parlent de sinisation du Xinjiang. Cela dit personne ne force les Han à se déplacer. Certes, le gouvernement offre des avantages fiscaux à ceux qui changent de région. Mais est-ce une stratégie d’uniformisation et d’étouffement ? Je n’ai pas de réponse. Cela dit, de tout temps, les Han ont toujours eu cette faculté de déplacement que ce soit dans leur pays ou à l’extérieur. Dans le minibus, je vis mes dernières heures sur la Karakorum Highway en traversant le Pamir (photo). Pincement au cœur.....Tiens voilà l'Anglais à bicyclette, lui aussi doit être soulagé après tous les tracas administratifs. Pas le temps de rêver, premier checkpost. Tout le monde descend du bus pour le contrôle des papiers.

Arrivée à Kashgar la cité du jade. Carrefour des routes de la soie. La ville fait rêver beaucoup de voyageurs bercés par les récits des anciens explorateurs. Au premier contact, la ville ressemble à n’importe quelle ville chinoise (photo) mais en arrivant dans le quartier où je loge, changement de décor, nous sommes en plein dans la ville ouïghour. La place où trône la vieille mosquée Idkah est toujours animée (photo), le marché de nuit où l’on peut goûter à la cuisine ouïghour, est en pleine effervescence tous les soirs (photo). C’est bon, pas cher et ambiance garantie. Il y a deux quartiers bien distincts : le quartier ouïghour et le quartier han qui composent les deux ethnies majoritaires de la ville plus quelques Hui et Tadjiks. Je loge au Pamir-Youth-Hostel (photo) qui a ouvert il y a 9 mois, situé au 2ème étage d’un bâtiment en face de la mosquée. Ils sont trois à gérer l’endroit, deux hommes et une femme. Beaucoup d’espace grâce à la magnifique terrasse (photo) où se trouve une yourte pour la note décorative. Quant à la note animalière, elle est représentée par les deux chatons (photo) (photo). La plupart des résidents sont des voyageurs chinois auquel s'ajoutent quelques étrangers. C’est là que je rencontre Juri. Juri est Italien (photo). La mine déconfite qu’il a sur la photo s’explique parce que nous goûtons à des abats tirés de l’estomac du mouton et présentés sous forme de saucisses. L’essai n’est pas concluant (photo). Il habite près de Milan. Chaleureux et jovial, il voyage depuis quelques mois. Son projet : un tour du monde. Rien de surprenant jusque là me direz-vous à une époque où les tours du monde "clés en main" sont tendances mais Juri l’original ne veut pas prendre l’avion pour rallier les continents. No Stress comme l’indique le titre de son website « SLOWAY » http://www.sloway.it/ et son tee-shirt. Un vrai challenge à commencer par l’archipel indonésien et l’Australie. Depuis Bali il va tenter d'embarquer sur un bateau de plaisance jusqu’à Darwin. Pour l’Amérique du sud et l’Afrique, il va naviguer sur des cargos. Respect. Nous parlons foot en regardant le match Italie-Croatie. On est entre connaisseurs. Il supporte l’Inter de Milan mais il reconnait la classe de Pirlo et Nesta joueurs emblématiques du frère ennemi le Milan AC. En France il aime l’OM, ça tombe bien moi aussi. « et pourquoi donc ? » « Marseille a battu deux fois le Milan Ac de la grande époque en 1991 et 1993 » évidemment de la part d'un fan de l'Inter ! En cours de voyage, nous pourrions nous revoir sur l’archipel indonésien. Il part au Pakistan dans deux semaines et je lui donne des informations et des bonnes adresses pour loger. Au bout de la troisième tentative, je visite la vieille mosquée. Les deux autres fois, j’ai été rattrapé par un sbire me demandant 20 yuans et j’ai rebroussé chemin. Elle n'a rien d’extraordinaire cette mosquée hormis les piliers en bois. Une grande partie est sous les échafaudages. Quant à la vieille ville, elle est réduite à la portion congrue (photo). Des pans entiers ont été rasés (photo), et pour être objectif certains sont en cours de restauration. Une question demeure : où sont relogés les gens ? D’un autre côté, les résidents ne sont peut-être pas mécontents d’avoir quitté leurs anciens logements devenus vétustes au fil des années pour des appartements plus modernes et tout confort. Les mentalités évoluent. Aussi, il subsiste les quartiers autour de la vieille mosquée et je doute que les autorités y touchent à cause de l’attrait touristique qu’ils représentent. Le marché aux animaux (photo) ou plutôt marché aux bestiaux a de nouveau déménagé ; il se trouve près de l’aéroport, accessible par des voies rapides mais éloigné de la ville. Certes, les puristes crieront au scandale mais le nouvel emplacement est pratique pour ceux qui viennent de loin car avec les années, Kashgar connait un essor économique important et une augmentation de véhicules qui va de pair, comme pour toutes les villes chinoises. Le marché aux bestiaux est le plus important d’Asie Centrale et draine des centaines de véhicules avec leurs cargaisons. L’éloigner de la ville évite un afflux de pollution qui va dans le même sens qu’une autre mesure qui a été prise : tous les deux roues sont électriques. Ce marché (photo), l’un des fleurons de Kashgar s’avère décevant pour les touristes moyens que nous sommes. Un bus partant du Sunday Market fait la navette et après 30mn nous sommes sur place. Notre petit groupe de voyageurs s’est formé au Pamir-Youth-Hostel : Il y a Juri l’Italien, Sarah une jeune américaine du Minnesota, Jimmy un Hollandais accompagné de Chrystel une Canadienne, tous deux arrivent du Pakistan et Karim le Pakistanais que j’avais rencontré à Sost. Nous nous sommes revus par hasard sur la place Ikdah quelques jours plus tôt. Karim (photo) Pakistanais originaire de Hunza. Il est là en tourisme accompagnant quelques-uns de ses amis ici pour faire des affaires dans le commerce des pierres précieuses et semi-précieuses. Il loge à l’hôtel Sahar. C’est le point d’ancrage des Pakistanais et des Tadjiks à Kashgar. Il vit à Wien en Autriche depuis quelques années, parle l’Allemand et l’Anglais. Lui aussi travaille dans le secteur des pierres qu’il expose à la revente en Europe. Le Pakistan en regorge et de bonne qualité : Aquamarine, émeraude, tourmaline, lapiz-lazuli, topaze, rubis, améthyste, quartz, saphyr, pierre de lune etc …..Les affaires ne marchent pas trop mal mais c’est plus difficile depuis la crise en Europe et la vie de plus en plus chère. Il songe à partir pour tenter sa chance sous d'autres cieux, peut-être japonais. Kashgar est la cité du jade : bijoux, pierres polies, brutes, les boutiques fleurissent à tous les coins de rue avec des prix très élevés. Karim me fait visiter le coin pakistanais des vendeurs de pierres, situé dans le bazar chinois sur Renmin Xi Lu en face de la poste. Nous devenons vite des potes. Ses amis étant partis à Urumqi, il passe chaque jour à l'auberge de jeunesse, socialise rapidement avec le staff et les autres voyageurs. Quant à l'euro, je continue ma cure de football au détriment d'une cure de sommeil. Veillée jusqu'à 2h30 du matin heure locale ou 4h30 heure de Beijing. Quand une passion nous tient ! Un soir, c'est Jimmy le Hollandais qui s'y colle mais pour lui c'est la soupe à la grimace. Les Pays-Bas sont le bide du tournoi. La semaine passe et je décide de continuer mon voyage à l'est, Yarkland sur la route de la soie sud, le long du désert du Taklamakan. Au moment de partir, Kooki qui travaille au Pamir me confie une enveloppe contenant plusieurs dizaines de photos que je dois remettre à une Chinoise nommée Liu Yi Xia qui sera à Yarkland. J'apprécie cette marque de confiance. Je note son téléphone pour convenir d'un rendez vous avec elle lors de mon arrivée . Karim m'accompagne jusqu'à la gare routière. Ce fut un réel plaisir d'avoir sillonné la ville en sa compagnie durant toute la semaine. Demain, il rejoint ses amis à Urumqi.

Route 315 the South Silk Road de Kashgar à Ruoqiang (photo)

C’est un autre voyage qui commence, plus incertain. C’est un itinéraire peu utilisé par les voyageurs. A savoir que le sud Xinjiang entre Hotan et Ruoqiang a longtemps été fermé aux visiteurs étrangers et avant 1996, la route 315 ne disposait pas de revêtement entre Niya et Ruoqiang. Sur cette partie, la route 315 longe le désert du Taklamakan (photo) jusqu’à Ruoqiang distante de 1278kms en passant par les villes oasis de Shache, Hotan, Yutian, Minfeng, Qiemo. Pour corser l'affaire, je vais peut-être avoir besoin d’une autorisation pour voyager après Ruoqiang, appelée ATP Alien Travel Permit.

Shache/Yarkland route 315 (photo)

Shache, première étape, en ouïghour Yarkland. Je pose mes sacs à l’hôtel Subhi. Premier constat douloureux pour le portefeuille : c’est cher mais pas beaucoup de choix car la plupart des autres hôtels refusent les étrangers. Ce n’est pas leur propre décision mais celle du gouvernement chinois. De toute façon, il me faut un hôtel avec une TV pour continuer de suivre les matchs de l’Euro de foot. Le temps de m’installer dans mes quartiers, Ashang avec j’étais en contact par SMS arrive. Elle m’attend dans le hall. Longs cheveux noirs, très énergique, elle parle très peu Anglais mais suffisamment pour que nous décidions d’aller manger ensemble à l’extérieur. Elle m’amène au marché de nuit, bien au-dessous de l’effervescence de celui de Kashgar. Elle est contente de récupérer ses photos et me remercie de les lui avoir apportées. Ce sont des photos qu’elle a prise à Shache concernant un groupe de Ouïghours dans leur vie de tous les jours dont en particulier un vieil homme à la barbe blanche qui apparait sur beaucoup d’entre elles. De passage à Kashgar, elle en a fait faire des copies pour leur offrir qu’elle a oublié de récupérer avant de partir. Cela aurait été dommage. Ashang (photo) son nom chinois est Liu Yi Xia. Elle est originaire de la province de Shan-xi et habite à Guangzhou. Pour communiquer, nous avons chacun stylos et feuilles de papier car elle est plus à l’aise en Anglais écrit ce qui donne des situations amusantes durant les deux soirées que nous passons au marché de nuit, comme deux étudiants studieux soignant leur copie, attirant la curiosité des autres. On en rigole par SMS « n’oublie pas ta feuille de papier » « ne t’inquiète pas, j’ai acheté deux stylos » Je découvre une femme très intéressante dotée d’un grand coeur. Ashang est artiste. Elle dessine. Sur son portable, elle me montre des toiles qu’elle a réalisées concernant des nomades partant au mont Kalaish l’une des montagnes sacrées des Tibétains. Auparavant elle travaillait dans la mode. A travers ses dessins, elle aimerait sensibiliser les gens sur la pauvreté de certaines régions reculées de Chine. Elle téléphone au vieil homme. Il nous rejoint. Regard fier, port altier. Quelle prestance. Il est magnifique. Il a l’air heureux en regardant les photos une à une. Ça n’a l’air de rien ce geste mais il est très touché par la démarche de Ashang. Le lendemain, elle ira l’aider dans son petit magasin de tapis en attendant que sa femme arrive. Quant à la ville, elle me déçoit et deux jours suffisent amplement. J’ai déjà pris ma décision de partir à Hotan quand Ashang me propose de venir le lendemain matin voir ses amis ouïghours qui vont jouer de la musique dans un parc mais l’envie de reprendre la route est trop forte.

Hetian/Hotan route 315

Ville oasis à 1410m au-dessus du niveau de la mer, sur la route de la soie entre les deux rivières, la Yorungkash ou rivière du jade blanc et la Karakash ou rivière du jade noir. Je n’accroche pas du tout. Je trouve une chambre au Trafic Hôtel à côté de la gare routière qui, une nouvelle fois martyrise mon portefeuille. Je dois revoir mon budget à la hausse, tout du moins pour cette partie de la Chine. Il n’y a pas d’infrastructures hôtelières prévues pour les voyageurs petits budgets et si cela existe, elles ne sont pas autorisées pour les étrangers. L’accueil dans cet hôtel n’est pas aimable. La ville est salissante. Il pleut des particules de poussières. En effet tout le centre est en travaux. Je regrette déjà de ne pas être resté un jour de plus à Shache avec Ashang. Tant pis pour moi, je repars dès demain. Mais avant, je me rends le matin au PSB la police locale. Il a changé d’adresse. Sur place, je demande un ATP, un Alien Travel Permit car j’en ai besoin pour traverser des villes fermées « closed Towns » et il se trouve qu’il y en a une sur mon itinéraire Huatugou dans l’ouest du Qinghai. Etape avant d’atteindre Golmud. Muni de ce permis, je pourrai passer une ou deux nuits sur place. Sans ce permis, je risque d’être prié de déguerpir ou au pire d’essuyer un refus d’embarquer dans un minibus à Ruoqiang dans le Xinjiang. Le problème est qu’ils refusent de m’en établir un. « Allez à Kashgar ». Je leur explique que j’en viens mais ils ne veulent rien savoir. Tant pis je ferai sans. Les derniers voyageurs ayant emprunté ce tronçon n’en parlent pas ce qui me laisse un peu d’espoir. Qui vivra verra comme dit l’autre.

Minfeng/Niya (photo) route 315

Minfeng de son nom ouïghour Niya est une ville oasis sur la route de la soie (photo). J’arrive en début d’après-midi. L’endroit semble endormi. Le trafic hôtel à côté de la gare routière n’existe plus. Je remonte une grande avenue qui s’avère être la rue principale centre de toutes les activités de cette petite bourgade avec au bout un monument représentant Mao (photo). Je stoppe au Bao Rui Hôtel, pas de surprise concernant le prix, c’est du même ordre que les précédentes villes sur la route de la soie. Je me suis fait une raison. Par contre, l’accueil est très bien. Les deux femmes, des Han, qui se succèdent à la réception sont aussi sympas que jolies. Difficile de communiquer car elles ne parlent pas un mot d’Anglais mais leurs larges sourires me comblent d’aise. J’aime rester dans le hall vautré dans les larges fauteuils, entre l’aquarium et les grosses pierres de jade. Cela dit, ce n’est pas avec mes mimiques que je les inviterai à boire un verre. Dans cette partie du Xinjiang, je mesure toute la difficulté à ne pas parler la langue du pays car personne ne parle Anglais. Depuis que la nouvelle voie rapide Hotan-Aksu a ouvert en octobre 2007, peu de touristes passent à Niya (photo). Quelques touristes chinois et de très rares voyageurs étrangers empruntant cet axe pour rejoindre Golmud. En conséquence, le Trafic hôtel a fermé et il y a peu de bus. Avant, la ville bénéficiait de la Tarim Highway, seule voie d’accès traversant le désert pour rejoindre les villes importantes du nord Xinjiang. Pourtant Niya est attachante à plus d’un titre, à commencer par ses habitants (photos) et ses environs avec les dunes du Taklamakan (photo) au nord après la rivière (photo), accessible en marchant. Je reste quatre jours, d’une part parce que je me plais ici et d’autre part j’ai toutes les peines du monde à trouver un bus pour aller à Qiemo ma prochaine étape. A la gare routière, aucun bus ne part de Niya pour Qiemo et le seul moyen est d’attraper le sleeping bus Hotan-Qiemo mais il est quasiment toujours plein. Après un jour où je suis resté à quai et un retour au Bao Rui pour une nuit (et je l’avoue, content de revoir les jolies sourires de mes deux hôtes), je reviens le lendemain matin et je réalise qu’il ne me reste qu’une seule option : le taxi partagé avec d’autres passagers qui reste malgré le fait qu’il soit partagé, bien plus cher que le bus. Finalement, nous partons à 14h heure locale, 16h heure de Beijing en compagnie d’un Ouïghour et d’une Han qui passe son temps à crier au téléphone. En cours de route, nous changeons de taxi pour un autre plus confortable et nous récupérons un troisième passager Han après le checkpost.

Qiemo/Cherchen route 315 (photo)

Ville oasis sur la route de la soie, de son nom ouïghour Cherchen. Je loge au trafic hôtel adjacent à la gare routière et après négociations, je fais baisser légèrement le prix de la chambre. Je ne trouverai pas moins cher dans le coin d’autant que je suis bien installé pour les demies finales de l’euro. L’Espagne après une promenade de santé contre la France affronte un Portugal difficile à jouer. L’Allemagne facile vainqueur de la Grèce affronte une Italie joueuse. J’en profite pour visiter la ville, plus grande, plus animée que Niya. Il y a un bazar dont l’entrée ressemble à une mosquée (photo) et vendeurs de kebabs et poulets grillés le long de Aita lu (photo). Les gens m’observent avec insistance mais sans hostilité, c’est tout le contraire. Les étrangers se font rares dans le coin. Après deux jours, je pars pour Ruoqiang, dernière étape de la route de la soie le long du désert. Il y a un bus quotidien qui relie la ville distante de 351 kms. Départ à 9h, heure de beijing.

Ruoqiang/Charkilik route 315 (photo)

Ville oasis sur la route de la soie de son nom ouïghour Charkilik. C’est un carrefour important entre la route 218 qui va à Korla dans le nord du Xinjiang et la route 315 seul accès direct à la province du Qinghai. Le bus nous dépose devant la gare routière, facilement repérable au sigle mercedes (photo). Il est 14h. Je vais enfin savoir à quoi m’en tenir. Si il y a des bus directs pour Golmud, c’est jouable. Dans le cas contraire, je tenterai un minibus demain matin pour Shimiankuang qui m’obligera à passer par Huatugou la ville fermée, auquel cas sans le permis, je m’exposerai à être refoulé. Je me présente au guichet «un ticket pour Golmud » en retenant mon souffle. Le type ne bronche pas et imprime un ticket. Soulagement (photo). Par contre la note est salée car c’est un bus couchettes. Départ à 18h. La bonne nouvelle est que depuis que la route a été goudronnée, un service régulier entre Ruoqiang et Golmud a été mis en place. J'ai trois bonnes heures devant moi, le temps d'arpenter la ville. En chemin, je croise un Ouïghour et surprise, il parle un peu Anglais. "tu connais un café internet dans le coin" "oui suis moi" il se trouve dans une petite rue, à l'écart, seul je n'aurai jamais trouvé. Nous entrons dans une grande salle avec des rangées d'ordinateurs equipés de grands écrans plats. Mon compagnon ouïghour parle pour moi au type derrière un large bureau qui écarquille les yeux. Je sors mon passeport et le voilà qui prend le téléphone "je dois appeler la police pour avoir l'autorisation" je suis sidéré....Et le voilà qui discute et implique le ouïghour qui m'a accompagné. Je vois ce dernier se décomposer d'autant que la police veut lui parler. Il fait un signe de la main signifiant un non catégorique. Finalement il raccroche "tu as l'autorisation d'utiliser internet" mais je ne le sens pas rassuré lorsque je tapote sur le clavier. Je sens des regards pointés derrière moi, épiant mes faits et gestes. Voyons voir le moteur de recherche "facebook"........Je plaisante.....Je consulte les sites de sport. Je me dis que la paranoïa ambiante peut se retourner contre mon aide ouïghour. Eh bien quelle histoire pour une heure d'internet, peut-être lié au fait que les étrangers à Ruoqiang ne sont pas légion. Retour à la gare routière. L'heure du départ approche. Avant de prendre possession de nos couchettes, prière de se déchausser. C'est très étroit. 18h heure de Beijing 16h heure locale, nous quittons Ruoqiang. Pas mécontent de quitter le Xinjiang. Voyager seul sans avoir de réels contacts, commence à me peser.

Avant de tirer un trait, un mot sur la cuisine ouïghour que j'ai apprécié dont voici un panel : Le Xinjiang est le pays de la viande (photo) et des nouilles. avec des plats typiques comme le laghman (photo) et le suoman (photo) un plat populaire à base de riz, de lamelles de carottes et de mouton : le polo (photo) en guise d'amuse-gueule : les samsas , des petits pains chauds fourrés à la viande de mouton cuits dans un four (photo) Des plats de viande, pieds de boeufs, têtes de moutons (photo) (photo) Des fruits en quantité dont des pastèques et melons, des fruits secs (photo) Des desserts comme celui-ci : du riz gluant enroulé dans une feuille de bananier arrosé d'un liquide sucré pareil à du sirop d'érable. Excellent pour le goûter. Et des glaces savoureuses comme les glaces aux amandes et aux noix. En route pour le plateau tibétain du Qinghai
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
TC Tcvoyageur Veteran ·
Toujours un régal (et je ne parle pas que des plats appétissants que tu nous présentes 🙂)

« Ok vous avez gagné, je dois rentrer en contact avec un groupe séparariste ouïghour et j’ai des documents importants à leur remettre »

Tu as réellement dit ça ? 😮 Bien que pratiquant l'humour et supportant difficilement les interminables procédures administratives, je crois que je ne me risquerais pas à plaisanter de cette façon à la frontière chinoise 😮

...je vais peut-être avoir besoin d’une autorisation pour voyager après Ruoqiang, appelée ATP Alien Travel Permit

Pas étonnant, je t'ai moi-même souvent pris pour un extra-terrestre 😉

...Les deux femmes, des Han, qui se succèdent à la réception sont aussi sympas que jolies

Pas de photo ? 😛😊

...Dans cette partie du Xinjiang, je mesure toute la difficulté à ne pas parler la langue du pays car personne ne parle Anglais.

Et s'il fallait donc apprendre "la langue du pays" pour communiquer, que conseillerais-tu ? L'ouïghour ? le mandarin ? ou le putonghua (cité par Lucq) pour éviter de devoir apprendre plusieurs langues si l'on veut parcourir plusieurs régions ?
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
NA Narotcho Regular ·
Salut Eric,

Quel beau voyage!!!
tripsandshoot.com
MÉ Mékong Globetrotter ·
@Christophe merci de ton message et pour le tuyau Osho Tang, mon séjour à Minapin l'un de mes meilleurs souvenirs

salut Thierry

Tu as réellement dit ça ? 😮 Bien que pratiquant l'humour et supportant difficilement les interminables procédures administratives, je crois que je ne me risquerais pas à plaisanter de cette façon à la frontière chinoise 😮

euh non, sinon je serai encore là bas ou renvoyé dans le 1er avion pour la France. J'y pensais très fortement et j'imaginais sa tête à 3h du mat.

...Les deux femmes, des Han, qui se succèdent à la réception sont aussi sympas que jolies Pas de photo ? 😛😊 non malheureusement j'y ai pensé mais j'ai oublié, je ne crois pas que cela leur aurait déplu

Et s'il fallait donc apprendre "la langue du pays" pour communiquer, que conseillerais-tu ? L'ouïghour ? le mandarin ? ou le putonghua (cité par Lucq) pour éviter de devoir apprendre plusieurs langues si l'on veut parcourir plusieurs régions ?

le Mandarin compris par les Ouïghours et les Tibétains. cela dit Ashang qui est de Guangzhou parlait le Cantonais avec un Ouïghour et celui ci la comprenait
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
CO Colombe387 ·
Coucou Eric Je suis toujours là, à te suivre. Tu fais un beau voyage. Tu me fais rêver. Bises
"....Soif de liberté, passion de découvertes, énergie à dépenser..." (Caroline Riegel)
MA Mariecurry Globetrotter ·
La mine déconfite qu’il a sur la photo s’explique parce que nous goûtons à des abats tirés de l’estomac du mouton et présentés sous forme de saucisses.

Tu as goûté ces boyaux farcis ? Alors là, respect.

Merci pour ton compte-rendu et tes photos. J'attends avec impatience les mots et les images de tes aventures chez les Goloks.
MÉ Mékong Globetrotter ·
@merci Evelyne à la revoyure en France ou en Asie pour trinquer

@Mariecurry à vrai dire, nous ne nous attendions pas à ça. Pas un souvenir impérissable, peu de goût. Ah le pays Golog, toute une aventure 🙂
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ

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