Laos, un bout du nord à pied, chroniques expresses, mais sauvages !
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De l'opium pour le bébé ! (chez les Akha)
De l'opium pour le défunt ! (chez les Hmong)
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Cette année-là je parcourus durant un mois, comme à mon habitude uniquement à pied, une des régions les plus reculées et les plus méconnues du Nord-Laos, une région restée particulièrement sauvage et située aux marges de la fascinante province septentrionale de Phongsaly. La zone concernée est un territoire frontalier montagnard très peu peuplé, et dont les hauteurs sont occupées essentiellement par des groupes des ethnies Hmong et Akha Loma. C'est en la seule compagnie de ces deux groupes de populations, allant de l'un à l'autre au gré de mes pérégrinations, que je résidai durant cette trentaine de jours. Ces courtes chroniques relatent quelques petites scènes et évènements observés ou vécus à cette occasion sur les sentiers ou dans les villages. Ce séjour s'est déroulé au cours des mois de juillet et août, c'est-à-dire au plus fort de la saison des pluies.
200 jours à pied,
seul, sans guide,
aux confins du Laos : CLIC
Laos, un bout du nord à pied, chroniques expresses, mais sauvages !
VOICI LES CONFINS DE LA RÉGION, si peu peuplée que les chemins s'y font rares. Ils s'enfoncent au cœur de forêts immenses, intactes et préservées, par chance encore trop distantes de la piste pour que quelqu'un daigne pour l'heure s'y intéresser, cette piste de terre carrossable qui mène au Vietnam et que j'ai quittée il y a cinq jours déjà. La marche compose depuis lors l'unique possibilité de déplacement à travers ce territoire, maintenu jusqu'à ce jour dans un état résolument sauvage. On y longe et remonte souvent les cours de torrents et de rivières, se retrouvant à maintes reprises contraints de s'engager dans leurs lits, de les traverser et retraverser sans cesse, tant leurs abords s'avèrent la plupart du temps totalement impénétrables. Puis on escalade des sentiers étroits, parfois même à peine discernables sous la végétation, car trop peu fréquemment empruntés et foulés par les hommes, telles des coulées de bêtes, ou des voies occasionnellement un peu plus dégagées et praticables, mais alors boueuses et dangereusement glissantes en cette période de mousson. Les pieds y disparaissent régulièrement, dans cette végétation envahissante et cette boue omniprésente, royaumes de cohortes de sangsues. On traverse ainsi tous les cours d'eau à gué. On franchit des ravins escarpés et profonds. On gravit des crêtes tout aussi encombrées de végétations, vivantes ou mortes et effondrées. Mais là-haut, entre deux frondaisons, on domine des panoramas splendides sur ces territoires immenses, verts, sauvages, inviolés.
MES CARTES GÉOGRAPHIQUES ne m'offrent définitivement plus aucun repère fiable et donc un tant soit peu exploitable, pas un seul. En permanence, je ne peux estimer et présupposer de ma réelle position qu'avec, au mieux, une précision de trois ou quatre heures de marche. Ces cartes, elles sont américaines et d'origine militaire, elles datent du début des années 1960 et affichent des échelles au 1:250 000 seulement. Bref, elles me sont de bien peu d'utilité dans ces environnements tout particuliers et aucune autre, plus précise et fiable, n'est malheureusement à ce jour accessible au public. Seule ma boussole combinée à de précieuses informations obtenues auprès des villageois présentent alors une réelle valeur, me permettant de caractériser quelques repères puis, à partir de là, d'ébaucher mes propres itinéraires.
RAREMENT LES CHEMINS auront été constatés, ailleurs dans le pays et lors de précédentes pérégrinations, aussi aléatoires et incertains que ceux qui mènent à ces villages reculés. Étroites et improbables traces, ou "passages de bêtes", qui font que l'on craint en permanence de s'égarer - ou de l'être déjà - de ne plus se situer sur la bonne voie, dans la direction adéquate. Les sentiers ruissellent d'eau dans toutes les dimensions, celle-ci dégringolant également abondamment du ciel en cette saison des pluies, inondant le sol, s'égouttant des branchages qu'il est fréquemment nécessaire d'écarter à l'aide des bras pour se frayer le passage, imbibant alors toujours plus les vêtements. Rarement aussi, dans ces petits hameaux isolés de montagne, les chiens auront montré autant d'agressivité à mon égard. Même après une ou deux nuits passées dans un village, certains de ceux des maisonnées dans lesquelles je m'installe peuvent demeurer redoutablement belliqueux envers moi. Babines retroussées et longs crocs exhibés, des grognements et aboiements féroces se font entendre dès mon apparition. À l'extérieur, je me déplace donc presque en permanence muni d'un solide bâton. Toutefois, même ainsi équipé, lorsque ces cerbères sont avantageusement réunis en meute, je dois régulièrement battre en retraite, à reculons, bâton brandi dans leur direction et sans pouvoir me permettre de les quitter une seule seconde du regard. Ils en sont quittes, de temps en temps, pour recevoir de la part de leurs maitres quelques violents coups de pied ou jets de pierres. Mais c'est hier soir que j'ai obtenu une indubitable revanche envers eux puisque, chez des voisins, nous avons égorgé puis mangé l'un des leurs.
AU SEIN DE CES VILLAGES ISOLÉS en forêt, les chiens sont cependant dotés de véritables rôles préventifs et défensifs contre les tentatives d'approches des bêtes sauvages en direction des hameaux. De temps en temps aussi, scènes toutefois moins spectaculaires, on peut observer l'un d'entre eux se ruer sur un rat, ou un quelconque rongeur, qui tente subrepticement de s'échapper d'une hutte - où il s'est sans aucun doute abondamment repu de grains de riz ou de maïs, ou d'une autre production végétale - pour regagner le couvert de la forêt. Ces chiens, toujours excessivement nombreux - il n'est pas rare qu'une famille en possède jusqu'à cinq ou six - préviennent bien entendu également, et de manière prodigieusement bruyante à chaque fois, toute apparition humaine étrangère au village - j'en fais d'ailleurs les frais presque tous les jours. Chez les Akha on leur prête même un rôle plus mystique puisqu'ils sont censés avertir, la nuit et là aussi de leurs aboiements furieux, toute tentative d'approche des phii, c'est-à-dire des "esprits" nuisibles et malveillants qui oseraient venir rôder de trop près aux abords des huttes. C'est sans aucun doute principalement pour cette dernière raison, et une sorte de respect craintif qui en découle, que les Akha ne mangeront strictement jamais leurs propres chiens mais, par trocs ou échanges différés, acquerront puis égorgeront et engloutiront ceux de leurs voisins.
LES MEUTES DE CHIENS, ce sont des troupes pouvant aller jusqu'à six à huit individus adultes, parfois plus, que chaque maisonnée, chaque famille, entretient, ou qui se mêlent à celles des voisins. Tous terriblement et presque constamment agressifs, je dois m'en méfier comme de la peste. Ils se battent et s'affrontent d'ailleurs très régulièrement entre meutes rivales, et ils cannibalisent également, entre bandes concurrentes là aussi ; je veux ici parler des restes osseux de nos repas canins que nous leur cédons à l'occasion. Il va donc de soi qu'un chien, dans ces contrées, ne se caresse et ne se cajole absolument jamais. Mêmes encore chiots, ils reçoivent déjà des coups de pied, et tout au plus l'un d'eux peut-il au mieux de temps en temps se faire triturer par un gamin. Quant aux cochons, étonnamment, ils sont ici pour la plupart maintenus à l'extérieur de l'enceinte du village, qui ne consiste qu'en une simple clôture circulaire de troncs de bambou refendus et aplatis. Les violents et bruyants combats nocturnes entre bandes de chiens et de cochons, pourtant tellement fréquents ailleurs, se font donc ici sensiblement plus rares.
EN CETTE SAISON DES PLUIES toute excursion, même brève, entreprise hors de l'enceinte d'un village, s'accompagne presque inévitablement, au retour, d'une ou de plusieurs sangsues, logées parfois dans les recoins les plus improbables de nos anatomies. Plus elles se seront montrées capables d'escalader en hauteur le corps humain, plus cela fera l'objet de gentilles moqueries et d'éclats de rire au retour dans les huttes. Hier, revenu près du foyer après l'une de mes innombrables courtes promenades alentour, je n'ai remarqué l'une d'entre elles, retranchée entre deux doigts de ma main, seulement lorsque, gavée à souhait de mon sang, elle se laissa retomber d'elle-même sur le sol, ne m'abandonnant comme à l'habitude qu'un long filet rouge coagulant avec peine. On les craint, on les hait, elles n'ont aucun droit de citer à l'intérieur des enceintes des villages, et encore moins des huttes. Découvertes, on ne leur laisse donc aucune chance : on ne les écrase pas, mais on les brûle impitoyablement sous quelques fragments de braises incandescentes prélevées sur un foyer encore fumant.
OPIOMANE NOCTURNE, la grand-mère de ma hutte est couchée en chien de fusil sur sa natte de bambou, se contentant par ailleurs d'une simple bûche de bois en guise d'oreiller. Comme chaque soir, elle vient d'entamer une longue et flegmatique séance de fumerie. Une très jeune mère, une voisine arrivée peu de temps auparavant, se tient désormais assise tout près d'elle, portant dans les bras son bébé qui souffre de je ne sais quel trouble ou maladie. Le bambin n'est vraisemblablement pas âgé de plus d'un mois. La grand-mère lui insuffle lentement, pipe retournée dans sa direction, de brèves bouffées de fumées d'opium dans la bouche puis, alternativement, dans l'anus.
LES CHEMINS SOUVENT IMPRATICABLES et la pluie persistante me fournissent occasionnellement de bienvenus - mais réels - prétextes pour ne pas avoir à quitter trop rapidement certains hameaux, et pour pouvoir y passer alors opportunément plus d'une seule nuit. Ici, dans les quelques villages de l'ethnie Akha Loma des confins du district, j'interroge régulièrement les hommes à ce sujet et ils se montrent tous catégoriques : je suis, depuis toujours, le tout premier étranger Blanc occidental à leur rendre visite. Hameaux sommaires et précaires, ils réunissent quelques simples et fragiles bicoques de bois, de bambou et de chaume. Restés jusqu'à ce jour excessivement isolés, ce sont sans aucun doute parmi les tout derniers villages du pays dans lesquels pas une seule tôle ondulée n'a pour l'heure encore fait ici son apparition.
J'AI ACQUIS UN VARAN auprès d'un chasseur. Une bête vivante, puante, à la peau lustrée noire et jaune, un jeune spécimen de peut-être un mètre vingt de longueur. Il marinait dans son panier de bambou depuis l'instant de sa capture, à l'évidence réalisée plusieurs jours plus tôt, dans l'attente de l'hypothétique passage d'un trafiquant itinérant chinois ou vietnamien. Trop effrayé et stressé, il ne semblait même pas avoir daigné toucher au peu de nourriture mise là à sa disposition, deux beaux crabes de rizière... que son propriétaire n'a pas manqué de récupérer avant de me céder la bête, ils n'étaient visiblement pas inclus dans le prix. J'ai mal négocié l'achat, mais allez connaître le cours du kilo de viande de varan, vous ! Cinquante-mille kips, cinq euros, alors que j'aurais semble-t-il pu l'acquérir pour trente-cinq-mille kips, soit à un tarif bien inférieur, à poids égal, à celui de la chair de volaille domestique. Ainsi, le critère de rareté de la viande, sans parler de sa difficulté d'obtention, n'est absolument pas pris en compte dans l'estimation de sa valeur.
CETTE BÊTE-LÀ, ainsi que beaucoup d'autres animaux sauvages régulièrement capturés vivants par les villageois, s'ils n'ont pas encore été consommés plusieurs jours après leur découverte, c'est qu'ils attendent un acquéreur potentiel. J'avais en effet déjà autrefois remarqué ce phénomène dans l'extrême nord de la province, où à deux ou trois reprises j'avais rencontré des femmes chinoises - une fois un homme vietnamien - circulant à pied, gigantesques hottes de vannerie harnachées sur leur dos, qui sillonnaient les villages isolés en quête de viandes rares. Ils y collectaient à peu près tout ce qu'on pouvait leur proposer, tortues, pangolins, porcs-épics, binturongs, calaos, serpents, langurs, et encore bien d'autres espèces, souvent protégées, cependant capturées ou chassées sans vergogne par les montagnards, proies que ces derniers s'empressaient de céder pour des bouchées de pain à ces colporteurs itinérants, qui s'étaient donné la peine de parvenir jusqu'à eux. Nul doute que ces rares et précieuses marchandises vivantes étaient plus tard revendues à prix d'or, de manière totalement illégale bien entendu, sur les versants opposés des frontières, et qu'elles allaient achever leur vie cuisinées et servies dans les assiettes de riches individus.
CHEZ LES HMONG, quelques jours plus tôt, nous avons mangé du gibbon, ce noble et beau primate lui aussi théoriquement protégé dans tout le pays. Deux magnifiques bêtes dotées de douces et épaisses toisons aux teintes oscillant entre le jaune et le fauve furent abattues par des chasseurs, le matin du jour même de mon arrivée. Ma famille d'accueil en avait hérité de quelques larges morceaux et c'est un avant-bras et une main que nous nous sommes partagés à l'occasion de mon premier repas à ses côtés. C'est une anecdote que je raconte, depuis lors, de temps à autre aux hommes Akha que je rencontre mais qui, sans surprise, les émeut à peine.
PROMENADES EN JUILLET & AOÛT dans une des zones les plus reculées du Laos, isolée de manière comme démultipliée, en quelque sorte, durant la saison des pluies, eu égard à l'accroissement des difficultés d'accès que cette période de l'année toute particulière engendre. C'est résolument ici le Far-East de la province septentrionale de Phongsaly, où sont établis les tout derniers villages du pays avant ceux du Vietnam, ceux-ci toutefois situés encore bien loin, loin derrière une vaste forêt vierge difficilement pénétrable, de l'autre côté de la frontière - géographique et physique - concrétisée ici par la barrière naturelle que compose la Cordillère Annamitique, ligne de crête qui sépare les deux nations. Ainsi, de juin à septembre, durant ces quelques mois de mousson, on limite tous déplacements autres que ceux rigoureusement indispensables. On ne se rend même plus visite entre villages, car cela s'avère trop laborieux et exige surtout trop de temps, ce précieux temps actuellement nécessaire à foison pour mener à terme l'imposante corvée de la saison, le sarclage des rizières.
MOUSSON, PLUIES ABONDANTES et quotidiennes, autant diurnes que nocturnes. Les rizières de montagne, cultivées à même les pentes et donc non irrigables artificiellement, en ont impérieusement et continuellement besoin en grande quantité au risque, en leur absence ou même insuffisance, de dépérir. Mais toutes sortes d'adventices, d'herbes parasites, ainsi que d'innombrables autres repousses végétales variées - résurgences issues de la forêt abattue puis brûlée là quelques mois plus tôt - profitent elles aussi largement de cette eau bénéfique, qui tombe copieusement du ciel en cette saison. Juin, juillet, août, il faut alors sarcler ces adventices, les arracher, les éliminer, en permanence, sans relâche et à longueur de journée, afin qu'elles ne puissent prendre l'ascendant sur les fragiles pousses de riz et finir de la sorte par les étouffer, les priver à la fois de nutriments et de lumière. La tâche qui s'impose dès lors s'avère tellement conséquente et ardue que la totalité des bras valides de chaque famille s'y attelle, sans trêve et d'arrache-pied durant ces nombreuses et longues semaines. Hommes, femmes et enfants peuvent ainsi fréquemment, le temps de cette période critique, être amenés à résider plusieurs jours et nuits d'affilée dans les minuscules huttes éphémères de rizières. Dix jours, quinze jours, parfois jusqu'à trois semaines pour certaines personnes m'a-t-on affirmé, et cela même si les parcelles ne se situent pourtant pas à plus de trente minutes de marche du village, car en cette saison il devient primordial de ne rien perdre de cet inappréciable capital que représente alors le temps. La concurrence se montre en effet féroce entre les mauvaises herbes envahissantes et les précieuses et fragiles pousses de riz. Dos courbé, houe en main, il faut dès lors toutes les arracher, inlassablement, au fur et à mesure qu'elles sortent de terre. J'ai déjà décrit autrefois en détails les diverses étapes de l'harassante technique de culture de friche sur abattis-brûlis pratiquée par les montagnards, sur des pentes parfois tellement inclinées que les plus gros troncs et branchages calcinés laissés sur place après le brûlis y deviennent nécessaires pour pouvoir s'y agripper et ne pas tomber lorsque l'on y travaille.
APRÈS-MIDI DE BROUILLARD, dense, les températures se maintiennent toutefois en cette saison douces presque en permanence, de jour comme de nuit, et ceci même le temps des épisodes de pluie. Il peut cependant faire très chaud certains jours, notamment au cœur des après-midis, lors des accalmies, durant les répits qui séparent deux trombes d'eau consécutives. Lorsque, comme actuellement, je décide de passer une deuxième nuit dans un même village, je m'offre la journée quelques courtes siestes, mais occupe la majeure partie de mon temps à visiter la plupart des familles du hameau, m'attardant un peu plus longuement aux côtés de celles que je prends plus particulièrement en affection. En journée et en cette saison d'intenses travaux des champs, restent cependant la plupart du temps présents dans les villages uniquement les vieillards, les femmes élevant de très jeunes enfants, les opiomanes férus, mais également quelques hommes parfaitement valides et dont on se demande parfois pour quelles raisons ils ne sont pas, eux aussi, partis œuvrer aux rizières, d'autant plus que cela les éloignerait momentanément et opportunément de leurs si jolies femmes...
DES SAVOIR-FAIRE ARTISANAUX traditionnels et remarquables sont ici entretenus par pure nécessité puisque beaucoup d'objets ou de matériels manufacturés indispensables au quotidien ne peuvent pas, ou du moins trop difficilement, ou encore en raison de leurs coûts rédhibitoires, parvenir jusqu'aux villages les plus isolés de la région. Ces savoir-faire consistent par exemple, pour les plus courants, en la mise en œuvre d'ouvrages en vanneries de bambou ou de rotin (hottes de portage, paniers, coffres de stockage, nattes de sol, tables basses, tabourets, étuis de machettes, boites...), en travaux textiles, depuis la culture du coton sur pied jusqu'à la confection finale des pièces (tuniques et coiffes traditionnelles, bonnets de bébés, sacs d'épaule...), ou encore en forgeage du métal (façonnage d'outils agraires et de bûcheronnage, de machettes et de couteaux, d'armes à feu, de bijoux...). Il faudrait ajouter à ces exemples tout un tas d'ustensiles et d'accessoires supplémentaires, largement utilisés au quotidien par les villageois et eux aussi entièrement fabriqués par leurs soins : pièges à gibiers et nasses de pêche, bâts d'animaux, pipes à eau ou sèches, rouets à filer le coton et métiers à tisser, balances à opium, et tant d'autres encore. Pour en revenir brièvement au travail du métal mentionné précédemment, alors qu'ailleurs quelques spectaculaires anciennes armes de guerre sont presque toujours visibles dans les villages, désormais employés pour la chasse - kalachnikovs, M16 et autres issues des derniers conflits indochinois - ne sont ici utilisées que de longues et légères pétoires de fabrication artisanale. Seuls les canons sont importés de l'extérieur, crosses et mécanismes de mise à feu étant quant à eux entièrement façonnés sur place, les premières assez sommairement sculptées dans des bûches de bois et les seconds remarquablement forgés à partir de rebuts de métaux. Même les grossières balles sont produites par les chasseurs, ainsi que la poudre noire - ou poudre à canon - selon des procédés que j'avais décrits autrefois.
DES DÉTONATIONS SOURDES, comme étouffées, se font de temps à autre entendre en forêt, régulièrement même à proximité immédiate des villages. Elles proviennent de tirs opérés à l'aide de ces pétoires archaïques. Très peu de viandes néanmoins figurent à nos menus, du moins en dehors du varan, du chien et des gibbons engloutis les jours derniers. Un petit oiseau ou un écureuil de temps en temps, plus rarement un rat de bambou, de bien chétifs spécimens qu'il faut alors à chaque fois se partager entre nombre de mangeurs affamés. Un homme m'a par ailleurs offert il y a quelques jours deux fins lambeaux de chair de muntjac boucanée, une nourriture qui dégageait, comme toujours avec les viandes ainsi conservées, de rebutants relents pestilentiels de charogne, des effluves qui finissent néanmoins par sensiblement se dissiper lors de la cuisson. Pour remédier à cette insuffisance de protéines, désormais assez régulièrement, presque dans chacun des hameaux dans lesquels je fais étape pour une ou plusieurs nuits, j'achète une poule aux villageois. Je me suis rapidement informé des prix pratiqués actuellement, mais j'ai relativement peu à marchander avec les montagnards de cette région qui se montrent à mon encontre d'une honnêteté appréciable. À une seule reprise, j'ai dû subir une tentative éhontée de surcharge tarifaire, mais ce ne fut pas chez les montagnards, Akha ou Hmong. Ce fut parmi les Khamu, une population beaucoup plus acculturée, plus laocisée, que ces derniers, et qui en outre résident plus bas dans les vallées et que, pour différentes raisons dont je reparlerai, j'ai toujours pris moins de plaisir à côtoyer. Je l'ai d'ailleurs systématiquement évité chaque fois que cela était possible.
LES PETITS PAQUETS DE TABAC vietnamiens, pourtant fameux dans toute la province et que l'on fume abondamment dans les bang, les volumineuses pipes à eau en bambou, ne parviennent pas, eux non plus, jusqu'à ces villages. On se contente alors des feuilles de tabac que l'on a soi-même cultivées, soigneusement fait sécher à l'intérieur des huttes puis sommairement hachées à la machette. Ce tabac est grossier et gras, fort odorant, de teinte brune, sombre, presque noire.
MES PRÉCÉDENTES INCURSIONS, tout au moins les plus récentes d'entre elles, effectuées ces dernières années en direction de divers confins de cette province septentrionale de Phongsaly, m'avaient laissé entrevoir - après sans aucun doute des décennies et même des siècles d'immuable stagnation - une ostensible percée et un indéniable développement d'une certaine modernité matérielle dans quelques villages montagnards. Un des tout premiers signes, du moins un des plus immédiatement visibles pour l'observateur extérieur, se caractérise par l'adoption progressive des tôles d'acier ondulées légères en guise de toitures sur les huttes d'habitation, en lieu et place des traditionnels chaumes, feuillages, bambous ou bois. Ce sont cette fois quelques scooters - cependant encore relativement rares - qui ont fait leur apparition dans les villages les plus accessibles, ceux les moins distants du bourg chef-lieu du district, c'est-à-dire les tout premiers hameaux que l'on traverse peu après avoir délaissé la piste carrossable qui conduit au Vietnam. Mais les parcours se font périlleux pour ces nouveaux deux-roues, à travers d'improbables sentiers peu adaptés à ces engins, des reliefs permanents et escarpés, des ornières - de véritables fondrières plutôt - omniprésentes, des sols ravinés, voire littéralement affaissés, des arbres et des branchages effondrés, des mares de boue et des gués à franchir. Le scooter compose donc néanmoins, mais depuis deux ou trois années seulement, une des toutes dernières incursions de la technologie dans quelques villages de montagne parmi les plus aisés d'accès. Réel progrès pour les paysans qui ont pu se l'offrir, ils s'en servent pour se rendre plus rapidement aux rizières, du moins celles localisées directement en bordure du sentier principal. Alors soumis à très rudes épreuves, ils apparaissent également avantageux pour rapporter aux villages les lourds sacs de riz qui, en cas contraire, doivent continuer à être laborieusement acheminés à dos d'homme.
MAIS ICI, AUX CONFINS DU DISTRICT, le moindre déplacement ne peut plus s'entreprendre qu'à pied et ce sont les crêtes, les cours d'eau et les "passages de bêtes" qui nous guident. Partout, dans toutes les directions, ce ne sont que montagnes escarpées entièrement recouvertes de forêt dense. Sur certains des plus hauts promontoires, qu'il faut parfois laborieusement escalader afin d'accéder à une vallée adjacente, et d'où l'on profite de panoramas à couper le souffle sur ces océans de verdure, se présentent cependant quelques zones plus minérales, des affleurements et d'énormes blocs rocheux dégoulinants de nappes de mousses d'un vert vif et tapissés de fougères arborescentes et de lichens, tableaux quelque peu féériques et enchanteurs, sublimés lorsque des voiles de brume tardive s'y accrochent et se maintiennent suspendus là.
TROIS MÉO VIETNAMIENS - les Méo désignent les Hmong au Vietnam - ont fait hier soir leur apparition dans le village, s'autorisant ici une étape entre le Vietnam et ce qui semble se présenter, plus à l'ouest et en direction de ma destination prochaine, comme un hameau Hmong de quelque importance. Aucun doute quant aux motivations de leur venue, je comprends rapidement qu'un trafic d'opium se prépare. Je me suis déjà à plusieurs reprises, par le passé, retrouvé dans des villages montagnards - de l'ethnie Akha le plus souvent - aux moments de transactions d'opium, mais n'ai encore jamais pu approcher de suffisamment près les négociations, les circonstances me contraignant malheureusement à chacune de ces occasions à me tenir prudemment à l'��cart des échanges. Pour la première fois aujourd'hui je peux enfin y assister ouvertement, qui plus est au "premier rang", et l'on ne prend en outre la peine de ne rien me dissimuler. Rapidement même, on m'oublie, chacun des protagonistes directement concernés se retrouvant accaparés par les marchandages en cours. Très bientôt ceux-ci s'opèrent au cœur d'une assemblée animée d'une bonne soixantaine de personnes qui s'entassent là, sous un même toit, afin de prendre une part curieuse à l'évènement. Il s'agit cependant cette fois d'un échange relativement mineur, un négoce "de gagne-petit", puisque pas plus de deux boules d'opium de la taille de balles de tennis sont en jeu, soit à peine un demi-kilogramme de drogue au total. Nous sommes alors bien loin des huit à douze kilogrammes qui furent monnayés à l'occasion d'une transaction entre trafiquants Chinois et villageois Akha, et que j'avais pu observer, à distance néanmoins, il y a trois ans de cela. Je n'avais toutefois bien sûr pas manqué à l'époque de décrire le déroulement de cette étonnante journée.
LA PESÉE DE LA DROGUE est ici, comme de coutume, effectuée à l'aide d'une petite balance traditionnelle emblématique - son plateau est en laiton, son contrepoids en bronze et son fléau en os gravé de graduations - spécifiquement dédiée à cet usage et dont chaque famille possède au moins un exemplaire. L'ensemble des protagonistes, tant les vendeurs Akha que les acheteurs Méo vietnamiens, opposent une fin de non-recevoir à mon souhait de photographier le tableau. À leur décharge, je dois avouer y être allé un peu au culot, lors d'une tentative préalable effectivement légèrement audacieuse, opérée même presque par surprise, ayant parfaitement conscience que le geste s’annonçait risqué, mais étant tout aussi convaincu, par expérience, que solliciter une telle permission se solderait par un échec. Quelques secondes à peine m'avaient pourtant suffi pour extirper l'appareil photo de ma poche, me placer d'autorité debout et à l'aplomb de la scène qui se déroulait sur un bat-flanc de repos, puis à viser les objets du délit. Mon erreur aura été de vouloir préventivement tenter de rassurer les hommes à propos de mon geste par quelques mots : « Taïoup' yaa fin, bo mii khun » (photo de l'opium, pas des gens). J'en fus quitte pour une réaction offusquée - et même passablement furieuse - du propriétaire de l'opium, son refus s'annonçait sans appel possible ni aucun compromis envisageable. Je me repliai alors, mais revins bien sûr rapidement observer la suite de la transaction.
LA NÉGOCIATION EST SORDIDE et consternante, notamment puisque ce n'est pas de l'argent que l'homme Akha convoite en échange de sa modeste provision de drogue mais... deux petits téléphones portables à clapets, qui plus est de mauvaise qualité et de très faibles valeurs, que les trafiquants Vietnamiens ont apportés jusqu'ici - je parlerai plus loin de l'arrivée des tout premiers téléphones portables dans les villages isolés de la région, autre récente incursion technologique majeure en ces lieux, avec les scooters déjà évoqués précédemment. Profitant de la naïve avidité que les montagnards Akha sont capables d'afficher face à ces "prestigieux" objets modernes - cependant pour l'heure tout à fait inutiles en ces contrées reculées - les Vietnamiens ont tout loisir de les duper, étant donné qu'ils ne sont pas encore suffisamment et objectivement informés de la valeur de tels articles. En conséquence, c'est à un déplorable gâchis auquel j'assiste, une situation qui en devient presque révoltante. En effet, alors que le volume d'opium proposé en échange de ces insignifiants objets est déjà largement surestimé, l'homme Akha est poussé à devoir prouver son indiscutable qualité, allant ainsi jusqu'à sectionner une de ces deux boules brunes afin de démontrer qu'elle n'est en aucun cas desséchée, mais qu'elle a au contraire conservé une consistance pleinement onctueuse. Finalement lui-même passablement exaspéré, il finit par vociférer que non seulement son produit est irréprochable mais qu'il s'agit même là de son stock en cours de consommation, cela se devinant pourtant aisément par nombre de marques de prélèvements caractéristiques, visibles en surface, opérées à l'aide de son aiguille à fumer.
LA QUALITÉ DE L'OPIUM est pourtant encore consciencieusement testée par les acheteurs avant de définitivement conclure le marché. Ce trio de Méo vietnamiens se compose d'un individu âgé d'une cinquantaine d'années et de deux hommes plus jeunes. C'est le premier, opiomane occasionnel semble-t-il, qui s'y attelle, entreprenant de fumer là, à la vue de tous, une petite boulette de la taille d'un grain de maïs prélevée dans la masse du produit, objet de la transaction. Sa pipe, rudimentaire, à l'instar de la plupart de celles utilisées dans la région par les montagnards, ne consiste en rien de plus qu'un tube de bambou d'une trentaine de centimètres de longueur, pour un diamètre de trois centimètres environ. Ce cylindre est percé, en guise de foyer de combustion, d'un petit orifice positionné aux deux tiers de sa longueur. Objet de bien piètre valeur, l'homme en prend cependant grandement soin, la transportant enroulée et ainsi protégée dans un rectangle d'épaisse toile de coton. La négociation s'éternise durant près de deux heures au total et notre infortuné vendeur Akha doit finalement compléter sa mise de départ avec trois belles noix d'opium pur supplémentaires...
DÉSIGNÉS HMONG AU LAOS et en Thaïlande, Méo au Vietnam, Miao en Chine du Sud, ils forment un vaste peuple, d'origine chinoise, antérieurement très probablement sibérienne, totalisant à ce jour plus de dix millions d'individus qui se répartissent aux carrefours de ces territoires, invariablement au cœur de zones montagneuses. Véritable nébuleuse ethnique composée d'une multitude de groupes et de sous-groupes, on y dénombre donc, de l'un à l'autre de ceux-ci, une grande diversité de dialectes, de parures traditionnelles, de croyances, d'habitudes alimentaires, et même parfois de caractéristiques physiques distinctes. Pour tous cependant, cette racine géographique antérieure commune, extrême-septentrionale, à l'évidence sibérienne, il y a de cela au moins quatre-mille ans. Nombre de leurs récits, légendes et services chamaniques racontent et simulent en effet de longues chevauchées dans les steppes de ce lointain Nord des origines. De temps à autre même, certains d'entre eux arborent des faciès aux traits assurément mongoloïdes. Ainsi, quatre-mille ans de migrations incessantes, pour un peuple constamment chassé et repoussé vers le sud et dans les hauteurs par d'autres, plus forts, plus nombreux et surtout plus conquérants et expansionnistes. Une ethnie, quatre pays, mais aucun territoire véritable. Un homme Akha - les Akha, eux-mêmes éternels nomades, ne possèdent cependant aucune affiliation ethnique avec les Hmong et sont d'ailleurs issus d'une origine géographique tout à fait différente - soudainement chargé d'empathie envers ce groupe, avec lequel le sien n'entretient pourtant aucune relation sociale suivie, m'a un jour lui-même annoncé : « Lao soung Hmong bo mii pathet ! » (Les Hmong du Laos n'ont pas de pays !). En ce qui me concerne, n'ayant encore jamais mis les pieds au Vietnam, c'est probablement la première fois que je croise ainsi des Méo, les Hmong du pays frère voisin. Visages émaciés et beaux traits fins, indéniablement différents de tous ceux déjà observés au Laos.
LES QUELQUES TÉLÉPHONES portables occasionnellement visibles dans ces parages composent donc, avec les scooters, l'autre grande nouveauté technologique tout récemment parvenue jusqu'à quelques-uns de ces villages, même parmi les plus isolés d'entre eux. Est-il utile de préciser que, dans ces arrière-pays reculés, ces objets ne peuvent évidemment pas fonctionner, du moins dans leur usage premier, aucun réseau n'étant à ce jour opérationnel dans ces confins, dans ces zones restées particulièrement sauvages et délaissées du moindre développement infrastructurel. Ainsi pourtant les montagnards qui résident en ces endroits - les Akha Loma pour ce qui est de ce secteur - se montrent désormais capables d'échanger de conséquentes quantités d'opium, leur unique richesse et qui plus est à haute valeur monétaire, pour ces objets industriels rendus ici totalement futiles. Les quelques téléphones portables aperçus dans les villages - systématiquement de petits modèles à clapets pourvus d'écrans aux dimensions dérisoires - le sont en effet toujours aux mains des plus jeunes gens et des enfants, à qui ils ne servent qu'à visionner quelques courtes séquences vidéo, à écouter quelques titres de musiques au format mp3 - des tubes thaïs, lao, vietnamiens ou chinois - ainsi qu'à accéder à quelques jeux basiques, tous installés d'origine. De plus, ceci est sans compter que la pérennité de tels objets est grandement compromise dans ces rudes environnements, dominés alternativement, selon les saisons, par l'humidité et la poussière.
LA FAIBLE PUISSANCE ÉLECTRIQUE requise notamment pour la recharge des batteries de ces téléphones - mais plus couramment mise à profit pour alimenter une ampoule lumineuse dans les huttes - est produite par de petites turbines que l'on place dans les torrents qui coulent parfois au fond de ravins accessibles en dix à trente minutes de marche des hameaux. Le long des sentiers qui y mènent courent alors les deux ou trois câbles d'alimentation qui ont été suspendus, de-ci de-là, à des perches de bambou fichées dans le sol, ou de manière plus improvisée, aux branches des arbres adjacents. Ces petites turbines sont des engins rudimentaires de fabrication chinoise, des objets en acier d'une longueur de près d'un mètre et pesant de dix à douze kilos environ. D'une conception tout à fait sommaire, il s'agit d'un simple axe équipé à une de ses extrémités d'une hélice, et à l'autre de la turbine proprement dite. La moitié inférieure, l'axe et l'hélice, est immergée dans une zone stratégique du torrent, et une partie du cours de celui-ci est généralement canalisée dans sa direction pour former une sorte d'étroit réceptacle et un goulot d'écoulement, afin d'augmenter encore la puissance de la force hydraulique qui y est exercée. Ce ne sont néanmoins pas tous les villages, loin de là, qui peuvent bénéficier de tels dispositifs, faute de cours d'eau adapté coulant à leur proximité. De plus, lorsque cela est toutefois envisageable, ce ne sont jamais que quelques familles qui y ont recours, celles ayant pu acquérir un de ces engins auprès d'un quincailler chinois officiant en plaine.
JOUR DE PLUIE AU VILLAGE, les trois Méo vietnamiens ont tout de même repris leur route ce matin, après quelques négociations supplémentaires de petites quantités d'opium que six ou sept autres villageois ont bien voulu venir leur proposer à leur tour. Ces nouvelles séances de transactions opiacées ont ainsi occupé une large partie de notre matinée. Sous cette pluie qui s'abat désormais de manière quasiment ininterrompue, on ne s'éloigne plus de la hutte, ou à peine, c'est-à-dire uniquement lorsqu'il devient nécessaire d'assouvir un besoin naturel, ou pour rapporter de l'eau de la source. Seules les femmes restées présentes au village travaillent, s’attelant principalement à des tâches domestiques, quelques-unes se risquant néanmoins à quelques excursions en direction de la forêt ou des rays - les parcelles cultivées - les plus proches. Elles en rapportent, réapparaissant dans ces conditions inévitablement trempées de la tête aux pieds et courbées sous le poids de leurs volumineuses et lourdes hottes, des épis de maïs, des pousses de bambou, quelques courges, des troncs de bananiers sauvages, des fleurs du même arbre, des herbes et de multiples autres végétaux comestibles, qui pour la plupart entreront aussi bien dans la composition des repas des humains que ceux des cochons.
GRÂCE AUX QUELQUES TÉLÉPHONES PORTABLES, des enfants visionnent ici pour la toute première fois de leur existence des écrans d'images animées, des images provenant du monde moderne extérieur. De fait, fréquemment, des groupes mélangés d'enfants et d'adultes, parfois jusqu'à quinze d'entre eux simultanément, s'agglutinent, littéralement fascinés, devant un de ces minuscules écrans de pas plus de quatre centimètres sur cinq pour visionner une séquence vidéo, généralement un court extrait d'une fiction télévisée chinoise. Quant aux quelques titres de musique téléchargés sur ces mêmes téléphones, il ne faut pas longtemps aux gamins pour parfaitement les connaître par cœur, surtout s'ils sont de langue lao ou chinoise.
LES MOIS DE MOUSSON seraient-ils ceux des geckos ? Je les entendais très rarement durant mes séjours précédents dans les villages de montagnes, le plus souvent il est vrai effectués entre les mois de septembre et de novembre, soit après la saison des pluies. C'est cependant désormais très fréquemment que leurs chants, si singuliers et si difficiles à décrire surtout, en tout cas si amples et sonores - dont le nom de la bête est par ailleurs à coup sûr issu de l'onomatopée du cri - retentissent dans les huttes d'habitation. Ainsi, jamais leur proximité n'aura pour moi été aussi réduite qu'actuellement, car cela fait maintenant trois nuits que je dors juste sous la cachette de l'un d'entre eux, localisée quelque part entre la toiture de chaume et la structure qui la soutient, à moins de deux mètres à l'aplomb immédiat de ma paillasse. Et cette fois encore, étroitement fidèle à sa réputation, ce gros et étrange "lézard", si emblématique de cette région du monde qu'est l'Asie du Sud-Est, se montre impossible à repérer, se maintenant rigoureusement et définitivement invisible à celui qui n'entreprend pas un important effort pour tenter de le débusquer. Alors, chaque matin, c'est un sujet de plaisanterie avec ma famille d'accueil : « Le gecko a encore dormi avec toi cette nuit ! ».
À PROPOS DE SOMMEIL IMPROBABLE, ce fut également épique ces jours derniers, lors d'une halte effectuée dans un village Akha, puisque le père de ma famille d'accueil était aussi le forgeron du hameau et son petit atelier de fortune se situait à quelques centimètres seulement de ma paillasse, à l'extérieur mais juste de l'autre côté de la paroi, ici une mince claie de bambou, sous l'auvent que formait là le ravancement de la toiture. Pour activer puis maintenir à haute température le foyer de braises de charbon et porter au rouge les pièces d'acier à modeler ou à restaurer, le plus souvent des machettes et des houes de sarclage, ce furent d'abord les lancinants "sccchhhouuuuup', sccchhheuuuuu" répétés, aspirés puis refoulés, générés par les appels et les expulsions d'air de l'ingénieux soufflet, un piston constitué de plumes de poules disposées en couronne autour d'un disque de bois, lui-même enchâssé dans un tronc creux. Puis surtout, résonnant alternativement avec ceux-ci, venaient ensuite les retentissantes séries de martèlements métalliques sur l'enclume, en fait une grosse douille de bombe américaine directement fichée dans le sol. Des bruits somme toute communs ici et qui s'additionnent à tous ceux que se montre capable de produire un tel village - mentionnons spécialement à ce propos les interminables concerts de chants de coqs - ou provenant de la forêt proche, les uns et les autres ne privant toutefois nullement les sommeilleux de siestes ou de nuits suffisamment reposantes. Seuls "nuisibles" et réels empêcheurs de dormir en rond durant la journée, les gamins et leur chahut, attirés comme des aimants par ma présence et qui, moins craintifs et plus hardis lorsqu'ils sont réunis en groupes, se retrouvent régulièrement dans les parages de ma paillasse. Eux, je les chasse sans pitié de vociférations, immédiatement reprises par un ou deux adultes des maisonnées au sein desquelles je me trouve.
UN SCHÉMA DE RÉPARTITION "ETHNICO-TOPOGRAPHIQUE" des territoires montagneux du Nord-Laos est le plus souvent utilisé par les spécialistes et dans les publications pour décrire la distribution des zones d'habitat des différents groupes de populations de la région. Si ce schéma passablement simpliste, et par ailleurs largement diffusé dans de nombreux ouvrages de vulgarisation, peut fréquemment paraître un peu caricatural et réducteur pour d'autres secteurs géographiques, il se montre en revanche ici presque rigoureusement respecté. Ce système distingue trois familles. Les Lao Loum (les "Lao d'en bas"), les "vrais" Lao, résident comme toujours sur les meilleures terres, dans ou aux abords des quelques minuscules plaines irrigables qui jalonnent la seule piste carrossable du district ; les Lao Theung (les "Lao du milieu"), Khamu et Bit, occupent les premières hauteurs et la proximité des cours d'eau secondaires ; enfin les Lao Soung (les "Lao d'en haut"), uniquement représentés dans ce secteur par les Akha et par les Hmong - derniers parvenus dans le pays, en provenance du Tibet et de la Birmanie pour les premiers et de Chine pour les seconds - colonisent pour leur part les crêtes et les sommets les plus ingrats, seules terres qui restaient disponibles à leur arrivée.
CES DIFFÉRENTS GROUPES ETHNIQUES, de provenances géographiques très diverses, mais surtout de cultures, langues ou croyances tout aussi variées et dissemblables, entretiennent peu de relations sociales et pratiquent à peine quelques commerces et trocs. Par exemple, les Akha Loma achètent parfois aux Taï Dam quelques-uns de leurs fameux et solides sacs d'épaule. De temps en temps, pour fortifier et diversifier leurs cheptels, ils acquièrent quelques volailles auprès des Lao Theung, car leurs bêtes sont réputées plus robustes et plus grasses. En échange, ils pourront céder différents produits de la forêt et surtout de l'opium aux quelques individus de ces groupes qui y ont pris goût, mais dont les peuples n'ont jamais été producteurs de cette drogue. Mais plus que tout, fréquemment confrontés à des problèmes de soudure alimentaire entre deux récoltes successives de riz, les Lao Soung seront régulièrement amenés à acquérir, auprès des uns et des autres et dans la mesure de leurs moyens, souvent aussi à crédit, des stocks complémentaires de la céréale.
CHEZ LES LAO LOUM ET LES LAO THEUNG, je l'ai dit plus haut, j'ai toujours pris moins de plaisir à résider qu'auprès des montagnards Lao Soung, et je l'ai donc systématiquement évité lorsque ce fut possible. Parmi les premiers, les plus à l'aise économiquement, on mange pourtant bien, les variétés de riz glutineux cultivées se montrant notamment de qualités incomparables. Cependant, s'avérant le groupe ethnique le mieux administré et le plus intégré à la nation - qui est, rappelons-le, d'obédience rigoureusement communiste - ma survenue dans ces arrière-pays ainsi que mes agissements et motivations y font presque à chaque fois l'objet de suspicions, infondées pourtant. Chez les seconds, les Lao Theung, les soupçons se montrent atténués, mais résidant invariablement au creux de vallées et près de cours d'eau généreux on y mange, pour accompagner l'incontournable riz, presque exclusivement du poisson, des espèces blanches en outre toujours encombrées d'arêtes. De plus, l'implantation encaissée de ces villages m'étouffe, et ils n'offrent jamais au regard aucun horizon. C'est aussi naturellement là que les moustiques abondent le plus. En revanche, chez "ceux d'en haut", les Lao Soung donc, les Hmong et les Akha - mais également les Lolo, les Yao, les Hô, les Hanyi, etc., résidant dans divers districts de la province - qui se montrent bien plus rebelles et récalcitrants envers toute autorité et organisation administrative ou étatique, j'ai peu de comptes à rendre et on m'y fiche une paix appréciable. De plus, à l'inverse des deux autres familles ethniques, les Lao Loum et les Lao Theung, l'implantation presque systématique des villages Lao Soung dans les hauteurs permet de profiter de panoramas plus spectaculaires, et même si la nourriture est moins variée qu'en plaine, on a beaucoup plus de chances d'y trouver assez régulièrement aux menus des gibiers improbables.
DANS CES VILLAGES AKHA des confins du district, les maisons, les bicoques, les cabanes, les huttes - je ne sais pas toujours comment les désigner au plus juste - s'affichent parfois étonnamment petites. C'est la plupart du temps chez le nay ban, le chef de hameau, que je m'invite à résider, ou que l'on m'encourage à me rendre. Jetée directement sur le sol ou déposée sur le bat-flanc commun des hommes, il m'y attribue le plus souvent, comme un honneur, la paillasse située à proximité immédiate de la sienne, ou de celle du vieillard de la maisonnée, cette dernière parfois isolée du reste du lieu par rien de plus qu'une mince claie de bambou. Il est très rare qu'il ne se trouve pas au moins un opiomane au sein de chaque famille, ce peut alors être aussi bien des hommes que des femmes, des vieillards que des personnes moins âgées. Or le vent se montre peu fréquemment dans ces régions et il ne se présente ordinairement pas le moindre souffle d'air, en soirée, qui pourrait s'infiltrer via les nombreux interstices dont sont immuablement criblées les parois des demeures, faites de grossières claies de bambou ou de planches disjointes. Les lourdes vapeurs opiacées se dispersent alors dans toutes les directions, et avec ma paillasse le plus souvent ainsi disposée je me retrouve communément "aux premières loges", si je puis dire. En conséquence, dans l'obscurité et à travers ces cloisons largement ajourées, tout en étant bordé par les effluves si caractéristiques de la drogue en combustion, j'ai généralement tout loisir pour étudier chacun des gestes et des manières des fumeurs qui, toujours, sont éclairés par leurs petites lampes à huile individuelles, accessoires indispensables à cette pratique.
FUMER GRACIEUSEMENT QUELQUES PIPES est une invitation qui m'est assez régulièrement adressée, ce que j'accepte occasionnellement même si, comme doit s'y attendre tout fumeur novice, aucun effet psychotrope tangible ne se fait jamais ressentir. J'aime cependant particulièrement ce goût, mais surtout scruter le "cérémonial" mis en œuvre, ces complexes et délicats rituels de préparation puis de consommation de cette drogue. Nous faisant alors face, couchés sur le côté, en chien de fusil, seule position réellement adaptée pour pouvoir accomplir sans gêne l'ensemble des gestes requis, la lampe à huile et la totalité des autres accessoires nécessaires disposés entre nous deux sur un plateau, il ne me reste plus qu'à observer les lentes opérations d'apprêtage de la pipe par le fumeur averti, en attendant que son embouchure soit finalement orientée dans ma direction. En effet, comme une évidence, l'opiomane ne me demandera jamais si je souhaite effectuer moi-même ces tout autant cérémonieux que méthodiques gestes préalables, sachant pertinemment qu'un profane s'en montrerait rigoureusement incapable, ceux-ci requérant une indiscutable expérience - je ne reviendrai pas cette fois sur une description détaillée de cet art de la fumerie d'opium et des méticuleuses technicités et gestuelles qui l'accompagnent, m'y étant déjà largement attelé par le passé. Même lors de la séance de fumerie proprement dite, durant mes longues aspirations ininterrompues, c'est lui qui continuera à maintenir la pipe afin que la noix d'opium se positionne toujours parfaitement en contact avec la pointe de la petite flamme de la lampe. À partir de là il ne cessera alors, sans s'autoriser la moindre pause - qui en cas contraire provoquerait immédiatement l'obstruction du foyer puis une irrémédiable carbonisation du produit - à assurer l'alimentation de ce foyer, c'est-à-dire d'y étaler continuellement, sans trêve et à l'aide de l'aiguille à fumer, la drogue en ébullition, de la concentrer autour de la cheminée, le cœur de ce foyer.
LE "CRI" DU DROSS que broient, le soir, les opiomanes, compose un son emblématique de la fumerie d'opium, avec celui de grésillement provoqué par le produit qui se consume au contact de la pointe de la petite flamme, lui-même entretenu par les aspirations continues des fumeurs. Le dross, ce sont ces résidus opiacés, de durs cristaux noirs et luisants qui s'amalgament à l'intérieur du conduit des pipes, que l'on récupère périodiquement par curetage, puis que l'on broie au pilon dans un petit mortier, presque toujours mélangés au contenu de quelques sachets de poudre d'aspirine. C'est ce broyage du dross qui provoque ainsi ce crissement si caractéristique, très régulièrement audible dans les huttes. Recuite une nouvelle fois au-dessus de la lampe à huile, dans un récipient métallique quelconque prévu à cet effet, une simple cuillère ou un minuscule wok, ou encore lentement récupérée sur la pointe chauffée de l'aiguille, cette poudre de dross sera à nouveau fumée, une seconde fois. Je préfère l'odeur du dross se consumant à celle de l'opium brut - le chandoo - car elle se montre plus caractérisée et plus dense, moins écœurante également. Beaucoup de fumeurs eux-mêmes inclinent d'ailleurs à consommer ce premier en priorité, notamment parce qu'il se retrouve plus concentré en principes actifs que l'opium frais. Quant à l'adjonction d'un peu de poudre d'aspirine dans la préparation, je ne suis jamais parvenu à comprendre clairement quel était l'effet recherché. J'augure toutefois qu'il ne faut voir là rien de plus qu'une croyance infondée en une hypothétique atténuation des incidences nocives de la drogue, ainsi "recyclée" en quelque sorte. Aujourd'hui, lors de ses longues séances de fumerie, mon voisin de paillasse dépose, sur le foyer de sa pipe, de belles noix de dross d'une grosseur presque équivalente à celles de muscade, et qu'il recouvre périodiquement, à l'aide de son aiguille à fumer, d'une fine couche de chandoo, l'opium pur et frais, d'une consistance pâteuse, presque liquoreuse.
LES STOCKS DE RIZ se réduisent dangereusement, mais les mois de juillet et août composent opportunément la saison du maïs. Chaque jour, des femmes reviennent ainsi au village les hottes chargées d'épis aux grains aussi souvent jaunes que blancs ou noirs, arborant même parfois des teintes violacées. Alors, afin d'économiser au mieux ces stocks de riz finissants, de tâcher d'éviter toute pénurie et de tenter d'assurer la soudure alimentaire en attendant les prochaines récoltes qui débuteront fin septembre, on se gave de ce maïs. On me tend à longueur de journée des épis grillés ou de pleines poignées de grains bouillis. Cette dernière préparation offre cependant peu de goût, c'est surtout la consistance croquante de ces grains qui est appréciée. Cet après-midi, les femmes de ma hutte ont même confectionné une sorte de gâteau de maïs, cuit à la vapeur, après avoir longuement et très finement râpé quelques beaux épis bien secs. Rudimentaire râpe - en fait une simple plaque d'acier poinçonnée à l'aide d'un clou - fermement maintenue entre leur hanche et le balancier du pilon à riz, elles en obtiennent une très fine poudre qui est ensuite compactée, sans ajout d'aucun ingrédient supplémentaire, dans le fût de bois évidé utilisé quotidiennement pour la préparation du riz. Le "gâteau" ainsi obtenu après cuisson apparait lourd, dense, sec, terriblement bourratif surtout, et donc bienvenu pour assouvir momentanément nos faims féroces. Mais ces mêmes épis de maïs sont tout autant destinés à l'alimentation des humains que celle des cochons. On y consacre alors de longues séances d'égrenage, à en détacher les grains à la main, avant de les bouillir, accompagnés de tout un tas d'autres végétaux et déchets comestibles, pour composer un fameux brouet.
ATTAQUE D'INSECTES, brève mais très douloureuse, hier en marchant au fond d'une combe boueuse et encombrée de végétations. Deux morsures simultanées, infligées sur l'arrière de la cuisse, ont sur-le-champ provoqué une brûlure intense, m'arrachant même un cri sur l'instant. Extrême rapidité de l'action, une demi seconde tout au plus a suffi. J'avais déjà par le passé connu cette expérience, une seule fois néanmoins, dans un autre pays plus méridional de la région. J'en avais retenu qu'il n'y a que deux choses à faire lorsque cela se produit, s'agiter pour tenter de faire fuir les bestioles, mais surtout prendre ses jambes à son cou, et donc s'éloigner le plus vite possible. De même que la première fois, c'est à peine si j'ai pu apercevoir les attaquants, rien de plus qu'un faible et discret bourdonnement et la vision fugitive de quelques insignifiants points noirs, extrêmement agités et véloces. Rien d'impressionnant pourtant, quelque chose comme de minuscules abeilles sombres. Depuis lors cependant, soit plus de vingt-quatre heures plus tard, toute la partie supérieure de ma jambe est devenue affreusement douloureuse et sensible au moindre toucher, me faisant même boiter. Les étonnantes plaies qui en ont résulté - et qui ont par ailleurs nécessité plus d'un mois pour se résorber - se sont présentées tels de petits "cratères", creux et proéminents à la fois, purulents, de près de cinq millimètres de diamètre.
UN MASSAGE AKHA m'est à nouveau proposé, de leur propre initiative, après avoir échangé avec elles quelques plaisanteries, par les femmes de ma hutte et quelques voisines en visite sous notre toit. C'est la deuxième fois en une semaine que cela se produit et je sais que cette offre, résolument peu fréquente et même rare, est un grand honneur fait au visiteur. Il m'est aussi parfois arrivé par le passé, lorsque les circonstances s'annonçaient favorables, de directement le solliciter de la part de mes hôtes, prétextant par exemple une fatigue significative, et les rémunérant alors pour ce service. Autant il m'est quasiment impossible ici, même par accident, d'avoir dans la vie de tous les jours le moindre contact physique avec une personne de sexe féminin, autant ces séances de massage traditionnel me permettent de profiter de huit à douze de leurs mains, parfois plus, me pressant le dos, les pieds, les jambes, les mains et les bras. Même des fillettes de quelques années seulement sont souvent encouragées à y participer, et ont généralement peu à se faire prier pour se joindre énergiquement au groupe. Ayant sans nul doute aujourd'hui à faire pour la toute première fois à un falang, à un étranger Blanc occidental, les rires fusent alors immanquablement, et avec éclats.
LE NAY BAN DE CE VILLAGE, c'est-à-dire le chef du hameau, qui m'accueille actuellement sous son toit, m'annonce que quelques Lao Theung, des Khamu, viennent régulièrement jusqu'ici pour acheter ou troquer un peu d'opium, voire à l'occasion, y profitant alors opportunément de la parfaite quiétude et discrétion qu'offrent les villages de montagne, pour transformer notre bat-flanc de repos en fumerie collective. De longues séances, m'explique-t-il, qui leur en coûtent en moyenne dix-mille kips, soit environ un euro.
LES HOMMES RESTÉS AU VILLAGE, notamment les plus anciens, consacrent fréquemment de multiples heures quotidiennes à divers travaux de vannerie. La préparation des matériaux de base, que ce soit des tiges de rotin ou plus souvent de bambou, requiert préalablement un temps infini. Il faut en effet les fendre, puis les refendre encore, puis racler les fibres afin de proprement les lisser, jusqu'à obtenir un stock suffisant de longues et fines lamelles aux sections parfaitement régulières et homogènes et aux surfaces lustrées, d'une largeur pouvant varier de deux ou trois millimètres seulement à un ou deux centimètres, selon la nature et la taille des ouvrages entrepris. L'unique outil employé pour cette étape de débitage et d'apprêtage des matériaux est la machette, dont le fil de lame a d'abord été affûté comme un rasoir. Elle est habilement maniée d'une gestuelle qui, si je tentais de l'imiter, me ferait craindre à coup sûr de rapidement me trancher un doigt. S'ils sont destinés à certains ouvrages plus ou moins grossiers, les éléments obtenus pourront être immergés quelque temps dans un cours d'eau afin d'en assouplir les fibres. On confectionne principalement de grandes nattes - nattes de sol pour les intérieurs ou pour les aires de battage et de séchage du riz - et des hottes de portage, toutes très employées au quotidien, mais aussi des objets de facture plus fine et plus soignée : coffres, étuis de machettes, boites à ouvrage, etc. Immédiatement après leur achèvement, ces objets sont stockés sur les "mezzanines" afin de les faire sécher complètement, à proximité de la chaleur et des fumées des foyers qui restent presque constamment allumés. Ces mezzanines ne sont en réalité le plus souvent constituées que de quelques planches de bois disposées là entre les poutres des charpentes, où l'on ne pourrait se tenir debout sans danger et où est entassé tout un bric-à-brac d'objets hétéroclites, pas toujours identifiables, car tous noircis de suie grasse et tapissés d'innombrables vieilles toiles d'araignée poussiéreuses. Les ouvrages de vannerie les plus fins sont parfois placés quelque temps directement au-dessus des foyers, sur les claies de bambou suspendues là, au milieu d'herbes mises à sécher ou d'un peu de viande à fumer. Ils seront plus tard récupérés plus ou moins noircis et comme laqués ou vernis.
LE PLUS FORT DE LA MOUSSON se produit durant les mois de juillet et d'août. C'est la première fois que je m'aventure dans les montagnes du Nord-Laos au cœur de cette saison. C'est l'occasion de découvrir quelques nouveaux fruits, notamment l'un d'eux s'apparentant à une sorte de lychee sauvage, mais dont la pulpe se divise en quartiers enrobant chacun un petit noyau. Un groupe de femmes croisées en chemin m'en ont offert il y a quelques jours de pleines poignées. Leur chair, au delà du fait qu'elle s'avère excessivement acidulée, fait corps avec les noyaux et ne s'en détache qu'au prix de grignotages acharnés, faisant inévitablement grimacer celui qui n'y est pas accoutumé, c'est-à-dire moi seul le cas présent. Alors les villageois, pragmatiquement, gobent chaque quartier, sans les mâcher, noyaux inclus. Un ananas est par ailleurs prélevé de temps en temps dans les jardins, peu souvent toutefois car les plants sont peu nombreux. Le partage d'un tel fruit sucré dans une famille devient toujours l'occasion de grandes réjouissances pour les enfants. Quelques bananes sauvages font parfois également leur apparition, mais assez rarement en définitive. À côté de cela, les villageois montagnards consomment fréquemment, tout au long de l'année, une large variété d'autres petits fruits ou baies sauvages, qui ne paraissent pourtant pas toujours avoir atteint un taux de mûrissement approprié et qui présentent alors des saveurs abominablement âcres et acides, excessivement aigres, les rendant résolument inconsommables pour des Occidentaux. Je gage que ce sont des vertus purgatives qui sont recherchées dans de tels aliments, et qui permettent sans doute notamment de compenser les effets pour l'organisme des grandes quantités de riz absorbées ici quotidiennement par tous.
CES CONFINS DU DISTRICT sont isolés comme peu d'autres zones à travers le pays. Même après deux ou trois jours passés dans un village, je l'ai dit, des chiens restent extrêmement agressifs envers moi, et du côté des plus jeunes enfants, beaucoup s'avèrent encore très craintifs longtemps après mon arrivée. Je dois alors veiller à me montrer attentif et vigilant lorsque je me déplace dans les villages, prendre notamment quelques précautions élémentaires pour ne pas risquer de les effrayer par mégarde. Si par exemple j'aperçois deux ou trois d'entre eux qui se tiennent, seuls, dans un endroit vers lequel je m'apprêtais pourtant à me diriger, je dois alors discrètement et naturellement changer de cap pour m'assurer qu'ils ne se mettent pas à paniquer à mon approche.
UNE SEULE PELLICULE de vingt-quatre poses consommée en plus de deux semaines. Je réalise cette fois-ci en effet très peu de photographies, cette activité n'ayant en outre jamais constitué la priorité de mes séjours, et je n'en ai jamais abusé, bien loin de là. Je n'ai par ailleurs jamais adopté la photographie numérique dans ces contrées. Une des raisons de cela provient d'une inaccessibilité totale à l'électricité durant plusieurs semaines d'affilée, une autre est que je n'ai jamais souhaité faire étalage de technologie devant mes hôtes. Enfin, j'ai toujours apprécié l'idée de ne pas pouvoir en user avec excès, ne serait-ce que pour une question de coût de développement des films. De plus, mon petit appareil photographique n'a rien d'impressionnant et s'avère très discret. Il s'agit d'un vieux modèle compact et extrêmement basique, il ne possède par exemple pas la moindre possibilité de réglage, ni même d'un zoom. Quoi qu'il en soit, une gêne particulièrement prononcée de mes hôtes, bien plus accentuée ici que dans d'autres régions reculées parcourues jadis, fait que j'en réalise encore bien moins que d'habitude. J'abandonne donc mon appareil le plus souvent au fond de ma sacoche, sauf de temps en temps, devant quelques scènes du quotidien si banales, mais tellement photogéniques - certains diraient "authentiques" - pour le touriste que je suis : un groupe d'opiomanes se tenant près de ma paillasse, des femmes et des jeunes filles se livrant à des tâches domestiques dans leurs exubérantes tuniques traditionnelles, des paysans aux visages magnifiques ou quelque peu inquiétants, alors véritables gueules, des femmes couvant leurs bébés, des vieillards fumant le bang tout en vaquant à quelque artisanat autour des foyers de cuisson, d'étonnants visiteurs du soir, infirmes aux tronches improbables, miséreux glaneurs de dross, et tant d'autres scènes encore de la vie de tous les jours.
UN FERRAILLEUR VIETNAMIEN avait croisé ma route il y a de cela plusieurs jours, lors de la toute première étape de ces déambulations dans la région. Rayonnant à la journée en mobylette sur quelques pistes carrossables autour du petit bourg chef-lieu du district, il troquait dans les hameaux traversés ses minuscules glaces, sans goût mais sucrées et transportées laborieusement dans une boite de polystyrène attelée à sa monture, en échange de vieux déchets de métaux, souvent rouillés et sans aucune valeur apparente, que les villageois avaient pu déterrer ou dénicher quelque part, mis vaguement de côté en attendant justement le passage du prochain ferrailleur itinérant. Ici, plus loin dans l'arrière-pays et dans les hauteurs, j'ai croisé hier la route d'une caravane composée de quelques petits chevaux et menée par des Taï Dam vietnamiens qui acheminaient quelques produits de première nécessité jusqu'aux villages les plus reculés. Ces colporteurs transportaient ainsi dans leurs bagages mille trésors, sel et glutamate de sodium - dont les montagnards font une consommation importante, et même exagérée - couvertures et vêtements de très mauvaises qualités, vaisselles et ustensiles en plastique, étoffes de tissus, aiguilles et bobines de fil à coudre, briquets, sachets de souffre nécessaires à l'élaboration de la poudre à fusil, petits paquets de tabac vietnamien à fumer dans les bang et dont les montagnards raffolent, ainsi que quelques autres produits et objets divers.
SIX HEURES DE MARCHE au compteur aujourd'hui, sans aucune pause accordée. Pour la deuxième fois de ce séjour, ayant été prévenu en amont de la difficulté de l'étape qui m'attendait, notamment au sujet de l'orientation, mais aussi en raison de l'état déplorable du sentier, qui s'est en effet montré parfois à peine visible, voire inexistant par endroits, j'ai recruté deux guides parmi les villageois - deux, car il est assez fréquent qu'une personne seule n'ose pas m'accompagner sur de longs parcours. Il fut d'autre part convenu qu'ils porteraient mon sac, à tour de rôle. Pour cela nous avons négocié une rémunération de trente-mille kips par personne, soit l'équivalent d'environ trois euros. Ils m'avaient par ailleurs prévenu qu'en ce qui les concernait, ils effectueraient leur trajet du retour le lendemain seulement. À nouveau ce jour et comme trop souvent, l'ascension vers les hauteurs, sur des escarpements pourtant accentués, s'est accomplie en ligne droite, directement face à la pente, presque sans le moindre lacet ou détour qui aurait judicieusement permis d'atténuer un peu la déclivité du parcours. Ce fut d'abord un étroit sentier, puis qui régulièrement disparaissait presque, se retrouvant enfoui sous la végétation, tel un vulgaire passage de bête. Par chance cependant, aux dires des villageois, la mousson s'avèrerait relativement modérée cette année, du moins jusqu'à ce jour. Les pluies les plus abondantes s'abattent par ailleurs le plus souvent durant la nuit. Le jour, c'est surtout du crachin épais auquel l'on a actuellement à faire. Dans les pentes, les sentiers dénudés se présentèrent alors tout de même extrêmement glissants, et lorsque nous redescendions au fond de combes, ce fut inévitablement à des environnements dominés par la boue auxquels il fallut à chaque fois faire face. Là nous tâchions de viser les passages semblant les moins submersibles, mais nos pieds y disparaissaient néanmoins fréquemment. Sur les hauteurs au contraire, il fallut régulièrement traverser des étendues de ces gigantesques herbes que l'on nomme parfois "herbes à éléphants" ou encore "herbes à paillotes", des végétaux qui dépassent couramment allègrement les deux mètres de hauteur, qui sont pourvus de bordures légèrement tranchantes et au milieu desquels il faut, à l'aide d'incessants mouvements de bras, se frayer un passage. Cette dense végétation parasite, et qui annihile toute repousse de la forêt est le résultat, sur certains sols qui lui sont favorables, des jachères d'anciens rays, ces cultures de friches sur abattis-brûlis pratiquées par les montagnards et que j'ai déjà décrites en détails autrefois. Il ne faut assurément pas être atteint d'un quelconque syndrome de claustrophobie pour évoluer sereinement dans ces environnements denses et oppressants, où l'on peut aisément se faire peur à craindre l'hypothétique animal sauvage et peut-être dangereux que l'on va débusquer au prochain pas...
TROIS HEURES DE CHEMINEMENT le long de la crête, étroite ligne sinueuse, unique passage enchâssé entre deux tombants, de part et d'autre de la discrète sente. Les éminences se succèdent et là-haut, relativement rares dans la région, quelques promontoires rocheux sont même à franchir ou à contourner. Je dois bien admettre que, parti seul, j'y aurais cette fois fait face, et à plusieurs reprises encore, à quelques sérieuses difficultés, d'autant plus en raison du fait que j'aurais donc dû porter moi-même mon sac et mon parapluie géant, gênes certaines au cœur de ces reliefs. Pourtant mes deux jeunes compagnons du jour, guides improvisés, se les échangent régulièrement et évoluent sur ces terrains les pieds affublés de simples tongs en plastique, y progressant cependant comme des cabris. Ils doivent même parfois attendre un peu que je les rejoigne, me faisant malgré moi retardataire de temps à autre. Pire, l'un de mes deux accompagnateurs finit par briser la courroie de l'une de ses tongs et achève alors notre expédition les pieds nus, sans que cela semble énormément le gêner.
IL Y A UN MORT CHEZ LES HMONG, parmi lesquels je me trouve de nouveau. Le décès est survenu ce matin même. C'est un vieillard. Ayant, dès mon approche du hameau, aperçu de nombreuses personnes réunies autour de la hutte où se produisait l'évènement, c'est naturellement vers celle-ci que je me suis dirigé en premier lieu. Les nay ban, au nombre de trois dans ce village d'une relative importance, s'y montrent tous présents. Sans aucun doute en raison des circonstances toutes particulières de cette journée, personne ne s'enquière de savoir si j'ai besoin de manger, ce qui est pourtant habituellement une des préoccupations premières de chacun de mes hôtes lorsque je parviens dans un nouveau village. À ma demande, on me libère tout de même une paillasse, afin que je puisse me reposer un peu, ce que je fais sans plus attendre, là, installé à pas plus de trois ou quatre mètres de distance du macchabée.
UNE CENTAINE DE PERSONNES, peut-être plus, sont réunies dans cette grande hutte, habitat posé à même le sol de terre battue - et donc construite sans ayant recours aux pilotis - comme il est invariablement de tradition chez les Hmong. La dépouille du défunt a été installée, en position couchée et à une hauteur d'un mètre cinquante environ, sur un étroit et rudimentaire brancard confectionné à l'aide de simples branches fraîchement coupées. Le corps apparaît minuscule, comme engoncé dans des vêtements qui se trouveraient bien trop ajustés pour lui. Des "pleureuses" se tiennent debout, appuyées contre son brancard, et le bordent, tout en agitant continuellement autour de ce corps inanimé de petits sachets en plastique fixés aux extrémités de baguettes de bambou, comme si elles désiraient de la sorte en chasser des insectes volatiles nuisibles, mais plus probablement pour un interdire l'approche à des esprits tout autant malveillants ou malintentionnés. Il y a aussi des "pleureurs", certains se contentant de geindre, sans émettre aucune larme, pendant que d'autres enfin s'attachent à réciter et "gémir" comme de longues complaintes, litanies ou invocations. Sans cesser un seul instant de psalmodier un de ces poignants monologues, un homme fait même à plusieurs reprises fumer de l'opium au macchabée. La pipe garnie et apprêtée est approchée à fleur de ses lèvres tandis que la lampe à huile et l'ensemble des autres ustensiles habituellement employés par les opiomanes ont été préalablement déposés sur un plateau placé sur sa poitrine.
CE FLOT DE PLEURS ET DE LAMENTATIONS semble pouvoir être produit sans aucun effort apparent et précisément aux moments opportuns et voulus, comme si les protagonistes étaient en mesure de les afficher sur commande, d'agir artificiellement sur leur sensibilité, d'être aptes à offrir des démonstrations de leurs émotions - et donc de sangloter - lorsque c'est nécessaire. Si ce n'est chez peut-être une ou deux de ces personnes, sans doute les plus proches parents du défunt, les larmes sont d'ailleurs totalement absentes de ces étalages émotifs. Jean Malaurie a dans les années 50 observé et décrit un phénomène tout à fait similaire chez les Inuits du nord-ouest du Groenland. Il y a vu là une manifestation supplémentaire du caractère extrêmement superstitieux de ces populations, et a interprété ces actes comme des manières pour elles de détourner, d'exorciser pourrait-on peut-être dire, l'attention des mauvais esprits et autres fantômes maléfiques - qu'elles craignent plus que tout - de l'âme du défunt, avant que celle-ci ne prenne son départ pour son grand voyage.
UN SONNEUR DE TAMBOUR et un souffleur de khène hmong sont également de la partie. Les khènes, instruments de musique de la famille des orgues à bouche, sont composés d'une pièce centrale en bois creux - réservoir dans lequel transite l'air insufflé par le musicien - traversé par de longs tubes de bambou munis de anches libres. Il en existe une large variété de modèles et de formes dans cette région du monde que forme l'Asie du Sud-Est, et même jusqu'au Japon, modèles qui diffèrent selon les pays et surtout les ethnies. Le khène des Hmong émet un son beaucoup plus faible, sourd et lugubre que le khène des Lao, mais il affiche un profil et une esthétique incomparablement plus élégantes, avec ses tubes courbés et son long réservoir modelé en fuseau. De plus, contrairement à celui des Lao, le khène hmong ne se joue pas en position immobile et statique, mais toujours en exécutant toutes sortes de figures, voire de véritables acrobaties. On peut profiter du spectacle de telles performances à l'occasion de certaines festivités, par exemple le Nouvel An hmong ou encore les mariages. Pour les rites funéraires de ce jour, le musicien effectue une sorte de danse giratoire alternée autour d'un mât cérémoniel tout juste installé, en fait une grande branche d'arbre fraîchement coupée, fixée en appui contre une poutre de la charpente et dont un large rameau de feuilles a été préservé en son extrémité. Puis, régulièrement, tournés dans sa direction, des proches du défunt se prosternent, tout en marmonnant des "prières" et tenant en main plusieurs de ces gigantesques bâtons d'encens se consumant que les Hmong savent confectionner et usent en abondance, notamment à l'occasion des offices chamaniques.
LA GRANDE MAJORITÉ DES HOMMES présents en cet instant dans la hutte du défunt se sont déchaussés et installés à même le sol de terre battue, se tenant assis sur de larges bâches de nylon déployées là à leur intention pour suppléer au manque de sièges disponibles. C'est en jouant aux cartes, d'autant plus bruyamment que de petites sommes d'argent sont misées, que la plupart d'entre eux passent le temps. Les bat-flancs de repos sont quant à eux colonisés par une dizaine de vieillards opiomanes, pour l'heure tous occupés à de pleines séances de fumerie. Certains parmi eux, trop affaiblis et aux véritables allures de moribonds, tant en raison de leur grand âge que des effets induits par une consommation excessive de la drogue, ne doivent à coup sûr habituellement même plus pouvoir quitter leurs demeures, sauf lors de très rares occasions comme celle qui les réunit ici aujourd'hui. L'ensemble du cérémonial funéraire se déroule alors au milieu d'un joyeux tapage et d'une cacophonie incessante, d'une agitation permanente et des allées et venues des uns et des autres. À intervalles réguliers, des séries de trois coups de feu rituels se font entendre à l'extérieur, à proximité immédiate de la hutte, tirés en l'air par de jeunes gens munis des traditionnelles pétoires de chasse. Rapidement, un premier animal est égorgé, un porc adulte. Ces festivités vont se prolonger durant plusieurs journées et sans aucun doute y aura-t-il aussi, en plus de quelques autres cochons et de plusieurs volailles, l'abattage rituel d'un buffle, puisque le défunt est à la fois homme et vieillard. L'alcool coulera également à flots et les soûleries iront bon train, c'est certain. Cela a d'ailleurs déjà dûment débuté, générant çà et là nombre de conversations criardes et même quelques amorces d'altercations.
UN INDIVIDU OFFICIEL EN UNIFORME vient me sortir de ma torpeur alors que j'ai à peine commencé à somnoler, allongé là au milieu de l'assemblée, sur la natte que l'on m'a cédée. Il s'agit de contrôler le visiteur étranger, comme il se doit de temps en temps dans certains villages des groupes montagnards, mollement surveillés par quelques petits soldats Lao détachés là. Cela se produit en effet parfois, assez rarement néanmoins, dans certains hameaux qui semblent plus "sensibles" que d'autres : ceux d'une relative importance démographique, ceux se situant aux carrefours de certaines pistes passablement fréquentées, ceux proches des frontières si perméables, et donc susceptibles d'activités et de trafics illicites en tous genres, ceux implantés au centre de zones à forte production d'opium, ou encore dans quelques autres villages d'aspects et de localisation plus quelconques, pourtant également surveillés pour des raisons obscures que je ne suis pas toujours capable de déchiffrer. Ces petits soldats Lao, souvent jeunes et envoyés là à leur grand désarroi, d'autant plus que cela est inévitablement mis en œuvre au sein de groupes ethniques envers lesquels eux n'entretiennent strictement aucune affinité culturelle - pire, qu'ils méprisent le plus souvent - résident alors généralement dans une "caserne", en réalité rien de plus qu'une simple cahute de bois et de bambou d'une allure encore plus fragile, sordide et précaire que celles des plus humbles huttes villageoises. Ces guérites sont toujours, dans la mesure du possible, implantées sur une proéminence du terrain, elle-même située légèrement à l'écart du hameau. Les drapeaux lao et communiste, symboles de l'autorité gouvernementale, sont par ailleurs invariablement hissés, bien visibles de tous, au sommet d'un gigantesque tronc de bambou fiché dans le sol. Si le village affiche une faible importance, ils ne seront pas plus de deux représentants de l'autorité à résider là, tuant le temps à je ne sais quelles mornes activités, étant donné l'extrême rareté d'évènements notables qui peuvent survenir dans ces lieux isolés.
CE TYPE DE CONTRÔLE ET D'INTERROGATOIRE, c'est déjà la deuxième fois que j'y ai droit durant ce séjour, le premier ayant eu lieu une dizaine de jours plus tôt. J'y ai toutefois assez fréquemment goûté par le passé. Si les tout premiers d'entre eux, subis il y a quelques années déjà, me déconcertaient et m'intimidaient éventuellement un peu, autant dire que ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui, qu'ils ne m'impressionnent plus du tout, qu'ils m'ennuient désormais profondément, et que le "rapport de force" s'est alors totalement inversé. Il m'arrive même de me jouer de mes interlocuteurs et de profiter de leur trouble, eux si peu à l'aise d'avoir à faire pour la toute première fois en ces lieux à un étranger d'origine occidentale. Le protocole se montre toujours identique : je suis escorté à la "caserne", et si le soldat n'a pas encore revêtu son uniforme vert officiel, je dois patienter le temps qu'il l'enfile, car il semble inenvisageable que notre entretien puisse se dérouler sans cet accessoire d’apparat. Puis, désormais un peu plus à l'aise car empreint d'une autorité visiblement augmentée une fois cet uniforme endossé, l'interrogatoire, durant lequel je sais par avance que je ne comprendrai pas la moitié des questions posées, peut alors débuter. Affligeant et pathétique, il se conclut parfois par ces seules informations, recopiées laborieusement sur une page de cahier d'écolier : la date du jour, mon prénom (voire uniquement ses deux premières syllabes puisque la dernière lui est le plus souvent impossible à retranscrire en langue lao ; quant à mon nom, on l'oublie toujours), le nom de mon pays d'origine, puis aussi habituellement une ou deux phrases de commentaires mystérieux sortis de je ne sais quel recoin du cerveau de mon interlocuteur. Je dois par contre généralement prendre mon mal en patience durant le long examen, minutieux et détaillé, des trente-deux pages de mon passeport, auscultation qui débouche rarement sur le prélèvement d'une information exploitable étant donné que mon homme, le plus souvent, ne sait pas lire les caractères alphabétiques latins qui y sont utilisés. Les renseignements que je lui dicte alors sont copiés en lao sur le cahier d'écolier ou sur une feuille volante, et je dois parfois faire effort pour me contenir de rire devant ses difficultés à les répéter et encore plus à les retranscrire à l'écrit, puisque certaines syllabes francophones s'avèrent rigoureusement imprononçables pour les Lao. Il est aussi arrivé que, pour me divertir un peu de ces mornes entretiens, à la question « Djiao seu nyang ? » (Quel est ton nom ?) je me sois amusé à mentionner ceux de personnages politiques français célèbres, que pour l'occasion j'aime choisir parmi la longue liste de ceux que je juge les moins recommandables d'entre eux (Pasqua Charles, Devedjian Patrick, etc.), et qui furent cependant chaque fois consciencieusement recopiés sur le cahier en lieu et place du mien...
LA VISITE DU SOLDAT dans la hutte du macchabée m'aura quand même offert l'improbable occasion, pour la première fois après tant de dizaines de nuits passées parmi les villageois montagnards, de me retrouver simultanément sous un même toit en compagnie de plusieurs opiomanes apathiques appliqués à de pleines séances de fumerie et d'un représentant officiel des autorités nationales.
UNE AUTORISATION DE SÉJOUR m'a été délivrée par ce dernier à l'issue de notre entretien. Rédigée sur une demi page arrachée au cahier d'écolier, elle me donne le droit de passer la nuit chez un des nay ban, un des trois chefs du village, qui m'avait lui-même accompagné à la "caserne". Cette autorisation n'est valide que pour une seule nuit, et j'ai l'obligation impérative de quitter la place dès le lendemain matin. J'ai un peu protesté devant les vingt-mille kips qui me furent demandés en contrepartie de ce bout de papier bien dérisoire, car je soupçonne cette pratique administrative de ne plus avoir cours dans le pays depuis au moins plusieurs années déjà. C'est donc uniquement vis-à-vis du nay ban, présent là à mes côtés et qui allait m'accueillir sous son toit pour la nuit, que j'ai pris sur moi et n'ai pas fait trop d'esclandre - mais ne me suis néanmoins pas non plus totalement privé de contester ce qui me semblait là parfaitement illégal. Plus tard dans la soirée, alors que nous étions réunis autour du foyer et que mon hôte relatait ce petit différend à l'un de ses compagnons, tout en s'en amusant et en me confirmant que ces vingt-mille kips là allaient bien servir à "acheter des cigarettes", j'ai ostensiblement jeté l'autorisation de séjour dans le feu. Le compagnon m'a un peu exprimé sa désapprobation, mais à peine. Les Hmong, tout comme d'autres groupes ethniques montagnards minoritaires de la région, n'aiment pas les autorités administratives communistes du pays. Les Hmong n'aiment aucune autorité. Les Hmong n'aiment vivre qu'entre eux.
JE N'AI PLUS REVU LE MACCHABÉE, car je n'ai pas eu d'autres occasions ou prétextes sérieux pour aller le visiter une seconde fois. À peine ai-je rapidement jeté un dernier coup d'œil sous son toit le lendemain matin avant de définitivement quitter le village et de prendre congé de ses habitants. À nouveau, il s'y jouait un concert mortuaire de khène et de tambour, mais exécuté cette fois par d'autres musiciens. À nouveau aussi l'encens brûlait en abondance, les pleurs et lamentations se répandaient en flots continus et le chahut alentour, plus ou moins alcoolisé, battait simultanément son plein, à l'image de ce qu'il s'était déjà produit le jour précédent. La première nouvelle salve de coups de feu fut tirée dès 5 heures du matin. La veille au soir, mon nay ban était, lui, retourné prendre part à la veillée funéraire, mais seulement après nous avoir tous consciencieusement, sa famille et moi, couchés et enfermés. Je l'avais bien sollicité pour pouvoir l'accompagner là-bas, mais il avait refusé, sans que je ne sache trop pour quelle raison. Je m'étais alors abstenu d'insister, le regrettant toutefois vivement.
UN OFFICE CHAMANIQUE avait en revanche été initié chez nos voisins un peu plus tôt dans la soirée, alors que la nuit était cependant déjà tombée. Il ne présentait visiblement aucun lien avec le décès du vieillard survenu le jour même au sein d'une autre famille du village. Il s'agissait à nouveau d'une de ces surprenantes et spectaculaires cérémonies que j'ai déjà pu observer à deux ou trois reprises par le passé et que j'avais alors largement décrites et commentées à ces occasions. J'ai profité de l'obscurité pour aller plus ou moins discrètement scruter la scène durant plusieurs minutes. La hutte concernée étant dûment close, les personnes présentes s'y étant calfeutrées pour bien signifier à autrui qu'il serait malvenu de les déranger à cet instant - même si les multiples sons, si caractéristiques, qui en provenaient ne laissaient planer aucun doute sur ce qui s'y déroulait et auraient de fait découragé quiconque de venir perturber l'office chamanique en cours - c'est très silencieusement que je me suis approché pour épier le tableau, à travers les interstices des parois de planches. Il faut savoir que ce geste "d'espionnage", qui semblera sans doute audacieusement intrusif à certains, est très couramment pratiqué par les Hmong eux-mêmes à l'intérieur de leurs propres villages, notamment par les jeunes gens flirtant. Étonnamment, alors que seulement quelques heures plus tôt ils m'auraient haché menu si je m'étais laissé faire, les quelques chiens se trouvant là ne se sont cette fois absolument pas préoccupés de ma présence. Tout au contraire, ils se tenaient tous étrangement immobiles et craintifs, légèrement à l'écart, pattes tendues et dos ronds, têtes rentrées dans les épaules, poils de l'échine hérissés et queues rabattues sous les corps, comme subjugués, et même tétanisés, par le spectacle, qui était pour eux sonore uniquement. Je ne sais pas expliquer ces attitudes, mais à les voir ainsi si soudainement transis et prostrés, comme envoûtés, il m'apparaît indéniable qu'ils se montrèrent fortement réceptifs, d'une manière ou d'une autre, au service chamanique qui se déroulait à l'intérieur de la hutte, comme s'ils furent sous son emprise. J'en fus véritablement moi-même subjugué, en tout cas impressionné. Au moins ainsi momentanément à l'abri de leurs crocs, c'est avec une relative confiance que j'ai pu cette fois leur tourner le dos pour m'accoler aux planches de la paroi arrière de la hutte, et d'un seul œil à travers un interstice, observer la "joute avec les esprits".
LES COUPS DE GONG frappés en cadence par un de ses assistants posté derrière lui, et deux lourds grelots de bronze que le vieux chaman tient dans chaque main, et qu'il agite lui-même continuellement et avec frénésie, composent déjà un spectacle sonore à part entière, et rend l'ensemble nettement audible depuis l'extérieur. Dans une semi obscurité, à la clarté de seulement deux lampes à graisse, l'une déposée au sol et l'autre sur un des autels rituels qui lui font face, le voici donc notre chaman, revêtu de l'ample tunique noire traditionnelle hmong et d'une cagoule de même étoffe rabattue sur le visage. Ainsi isolé du monde réel, il est parti chevaucher dans ses anciennes steppes des confins du nord de la Chine et de Sibérie. Il est surtout parti là-bas pour tenter d'intercéder avec certains "esprits" visiblement devenus trop agitateurs, trop perturbateurs, en un mot emplis d'influences désormais excessivement néfastes pour le village ou pour la maisonnée, et qu'il doit alors se réconcilier.
FACE À SES TROIS AUTELS RITUELS suspendus à la paroi de planches, caissons de bois surchargés d'offrandes, d'énigmatiques et mystérieux accessoires dévotieux, de multiples vieilles reliques animales, crânes, plumes, pattes et peaux, de bâtons d'encens consumés ou non, de figures et motifs symboliques découpés dans du papier de bambou, ainsi que de tout un tas d'autres objets indéfinissables et poussiéreux, grelots et gongs de bronze, figurines sculptées ou modelées, notre chaman, dorénavant métamorphosé en cavalier imaginaire, se tient debout sur un banc de bois bancal, jambes écartées et légèrement fléchies. Il est bordé de part et d'autre par deux assistants supplémentaires qui se tiennent prêts à le retenir en cas de chute, le risque étant d'autant plus avéré que le chaman est un vieillard et que sa vue est totalement obstruée par la cagoule. Oui, il chevauche alors véritablement, il agite frénétiquement et en cadence les quatre membres et finalement tout son corps, il sautille même pour accompagner les bonds virtuels de sa monture invisible. Et, sans aucune pause, il improvise simultanément des récits mystiques et des injonctions à l'attention des "esprits" malfaisants qu'il semble croiser en chemin, des récitations aux rythmes aussi saccadés et endiablés que le sont tous ses gestes. L'ensemble est vif et énergique, exalté et passionné, ardent et fougueux ! En un mot, c'est véritablement "vécu", intérieurement et physiquement. Puis, revenant sans cesse, comme semblant jalonner des instants clés du récit, il éructe des sortes d'onomatopées, principalement des séries de « brrrrr ! brrrrr ! brrrrr !... » lancés régulièrement et avec un entrain surprenant pour un si vieil homme, et sans nul doute censées encourager sa monture dans son épuisant galop infernal et sans fin. Fuit-il les "esprits" ? Leur court-il après ?
UN PORCELET ÉGORGÉ est déposé sur un van à riz, lui-même disposé au sol, exactement comme ce fut le cas lors des précédents offices chamaniques auxquels je pus assister autrefois. Certains morceaux en seront plus tard offerts aux "esprits". Par contre, alors qu'auparavant le reste de l'assemblée prêtait peu de cas et d'attention au "spectacle" de la transe en cours, et que toutes les activités et le chahut ambiants ne cessaient pas pour autant, ici la totalité de l'assistance, sept ou huit adultes - je n'ai pas aperçu d'enfants, mais il est probable qu'ils fussent déjà couchés juste à côté, dans l'obscurité - se tiennent attentifs, paraissant écouter pieusement les récits que débite notre vieillard, à aussi vive allure que semble galoper et bondir son cheval invisible. Je me suis éloigné avant la fin, mais ai quand même chronométré approximativement la durée de la séance puisque je continuais à l'entendre depuis ma hutte et depuis ma paillasse. Comme lors de deux autres cérémonies auxquelles j'avais pu assister par le passé et dont j'avais également mesuré l'étendue, celle-ci s'est prolongée pendant plus de deux heures, au bas mot, car j'ai probablement manqué le commencement.
CELA FAIT DÉJÀ PLUSIEURS ANNÉES que je les observe chez certains groupes Akha présents au nord du Laos, plus spécifiquement dans cette province de Phongsaly. Ils se montrent à nouveau visibles ici, parmi les Akha Loma que je côtoie cette année pour la première fois. Je veux parler des petits "sacs" que de nombreux enfants portent en permanence en pendentifs autour du cou. Il s'agit de minuscules sachets de tissu, le plus souvent de formes rectangulaires ou carrées, mais parfois aussi triangulaires, de pas plus d'un à un centimètre et demi de côté, cousus et ainsi définitivement fermés, scellés et dissimulant alors aux regards ce qu'ils contiennent, quelques infimes objets très durs que je n'ai jusqu'à aujourd'hui jamais réussi à identifier. Nul doute que ces sortes d'amulettes sont empreintes d'une "fonction" rituelle animiste quelconque, de protection probablement, mais je ne suis jamais parvenu à me faire nommer ou décrire, ou mieux, à me faire montrer ce qu'ils renferment. Les découvrant donc ici une nouvelle fois, et en abondance encore, je m'étais promis d'élucider enfin et coûte que coûte ce mystère. C'est alors à au moins quatre reprises successives et à l'occasion de moments minutieusement choisis, en présence d'hommes aux esprits éveillés et bien sûr de quelques enfants concernés que j'ai, de façon insistante, mais finalement à nouveau vaine, tenté de les interroger à ce sujet. Voici à quoi pouvaient ressembler ces échanges :
- Moi, m'adressant à un adulte, tout en pointant du doigt un de ces pendentifs visible au cou d'un des gamins qui nous entourent : « Grand-frère, je ne sais pas ce que c'est. Je veux savoir, je veux voir ! »
- Indifférence de mon interlocuteur.
- Moi, désignant un caillou : « Est-ce cela ? »
- Rire morne, ni gêné, ni surpris, ni choqué, à peine intentionnel, de mon interlocuteur.
- Moi, désignant un morceau de bois : « Est-ce cela ? »
- Rire...
- Moi, récidivant de nombreuses fois avec la même question que précédemment et en montrant tour à tour du doigt un fragment de bambou, une de mes dents, mes cheveux, un os de mon coude, etc. : « Est-ce cela ? »
- Rire morne et de plus en plus exaspérant à chaque tentative...
- Moi, surtout à l'aide de mimes : « Puis-je découdre le petit sac pour regarder à l'intérieur ? »
- Lui, toujours accompagné d'un rire morne et de plus en plus contrariant : « Non. »
- Moi, autant à l'aide de mimes que de paroles : « Alors fais-moi voir ce qu'ils contiennent ! Va en chercher, et montre-moi ! »
- Rire...
Ainsi, désespérément, il devient évident qu'aucune information ne me sera jamais délivrée au sujet de leur nature profonde. Durant tout ce temps, j'encourage quelques enfants que je sais pouvoir approcher sans crainte à me rejoindre, les prévenant simplement que « Je veux juste regarder ». Toucher ces petits sacs, gestes qui les premières fois me faisaient redouter de violer un interdit ou un tabou, ne pose au contraire aucun problème, et je peux en effet les triturer à loisir sans que cela ne gêne personne. Ainsi, leur consistance et densité peut sensiblement varier de l'un à l'autre. Si je devais tâcher de deviner leur substance à l'aide de cette seule méthode de palpation, et malgré le fait que des réponses toutes négatives m'ont le plus souvent été renvoyées à ce sujet, je dirais qu'ils pourraient contenir parfois quelques minuscules éclats de bois durs taillés, d'autres fois de petits fragments de roches naturelles ou des cristaux quelconques, des débris d'os ou de dents, des reliques animales, morceaux d'écailles, de griffes, de cuirs secs, de carapaces, etc., mais occasionnellement aussi de petits objets plus inconsistants et un peu moins denses, pour lesquels je ne dispose cette fois de strictement aucune hypothèse à formuler. Je suis en revanche quasiment certain qu'ils ne renferment jamais d'éléments métalliques. Mes tout derniers essais d'élucidation de ce mystère se sont limités à quelques tentatives - avortées bien entendu - d'achats d'un ou deux de ces petits "sacs de cou", que j'aurais alors plus tard pu disséquer tout à loisir :
- Moi : « Je veux vous en acheter. Combien ça coûte ? »
- Rires...
POUR CONFECTIONNER LEURS COIFFES et leurs tuniques si impressionnantes - que j'ai toutes deux déjà dépeintes à plusieurs reprises par le passé - les femmes Akha doivent préalablement tisser, à la main, de très longues bandes de coton présentant une largeur d'un demi-mètre environ. Ce sont de lourdes étoffes, épaisses et rêches lorsqu'elles sont encore neuves. J'ai là aussi déjà décrit autrefois le long et fastidieux processus nécessaire à leur élaboration, depuis la culture des plants de cotonniers jusqu'au découpage des toiles et l'assemblage final des vêtements, en passant par les multiples étapes de préparation des fibres naturelles et les interminables phases de tissage. La teinture a lieu après le tissage et avant la découpe des rouleaux de toiles obtenus, à l'origine longs de plusieurs mètres. Cette opération de coloration nécessitant beaucoup d'eau, la saison des pluies s'avère particulièrement propice à l'exécution de ces travaux, même si l'on peut aussi parfois les observer à d'autres moments de l'année. La seule couleur et donc l'unique teinture utilisée est le bleu, plus exactement l'indigo naturel. De pleines brassées de feuilles de l'arbre indigotier (Indigofera tinctoria) sont alors immergées dans des bassines ou des fûts de bois évidés et remplis d'un mélange d'eau et de chaux. Elles y fermentent durant quelques journées. L'eau colorée recueillie est régulièrement filtrée, puis à nouveau chargée de nouvelles brassées de feuilles fraîches jusqu'à obtenir un jus épais, légèrement gras, presque noir, et totalement opaque. En répétant de nombreuses fois ces étapes, les femmes parviennent à produire une véritable pâte de teinture, d'un bleu indigo profond et dense. Aujourd'hui, le fond de la marmite utilisée offrait, après vidange, un indescriptible et fabuleux camaïeu de verts et de bleus métallisés intenses, irisés et étincelants. Les femmes actives à ces tâches en héritent les mains profondément et durablement colorées, une épaisseur les recouvrant comme une seconde peau bleutée, à tel point que cette période est parfois dénommée "la saison des mains bleues".
JE NE PURIFIE PLUS MON EAU, sauf lorsque je me trouve en chemin et que je doive la prélever dans des ruisseaux à l'aspect passablement trouble et douteux. Dans les villages, je bois celle rapportée des sources, plusieurs fois par jour, par les femmes et les enfants, dans d'innombrables pots de bambou ou de plastique terreux dont ils chargent leurs hottes. Car, dans ces endroits reculés, on ne bénéficie plus des rudimentaires fontaines en ciment, pourtant ailleurs de plus en plus fréquemment installées au sein des hameaux les plus aisément accessibles. Ici, le plus souvent, pour rejoindre le point d'eau le plus proche, celui où l'on puise et où l'on se lave, il faut la plupart du temps descendre au fond d'une combe ou d'un ravin, via un sentier escarpé et perpétuellement maintenu dangereusement glissant, même si le temps s'avère sec, en raison des passages incessants des porteurs et des inévitables pertes et ruissellements d'eau qui s'écoulent de leurs hottes. Là, au fond de la combe, se trouve généralement un ruisseau, éventuellement un torrent et dont une partie du flux, surtout s'il présente un débit faible et sans puissance, a parfois été canalisé dans une ou deux goulottes de bambou afin de former un petit jet sous lequel on peut se tenir, au mieux, accroupi. Les séances de toilettes dans ces environnements, souvent sous une averse en cette saison, m'obligent alors à quelques acrobaties, contorsions et numéros d'équilibrisme pour m'assurer de ne pas glisser et choir dans les flaques de boue omniprésentes tout alentour, pour tâcher également de ne pas mouiller mes vêtements secs, de ne pas être aperçu totalement nu, pour réussir aussi à me rhabiller tout en maintenant en permanence d'une main mon grand parapluie protecteur. Enfin désormais propre, il faut encore veiller à ne pas chuter sur le chemin ascendant et glissant du retour. Même si en ces occasions un peu particulières, autant par pudeur que par discrétion, on ne se permet normalement que des coups d'œil rapides et furtifs sur autrui, je sais que mon étonnant corps pâle d'homme occidental est avidement scruté et que certaines ou certains aimeraient en profiter pour pouvoir vérifier enfin quelques fameuses rumeurs qui circulent au sujet de l'anatomie des falangs, des étrangers occidentaux. De mon côté pour revanche, c'est celle des si jolies femmes que je peux avantageusement deviner, en ces instants où elles aspergent d'eau la fine épaisseur de tissu avec laquelle elles tentent de se protéger.
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Quelques photos :
> Bienvenue chez les Akha
> La saison des mains bleues
> The gibbon experience
> Un peu de muntjac ?
> Aurore Akha
> Crépuscule Hmong
> Dross mon amour
> L'attitude yaa fìn
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Où trouverais-tu tes protéines?
Il y a qques siècles en France, les pauvres se nourrissaientt d'animaux sauvages.
En Asie, on mange du chien presque partout.En Chine dans chaque marché ça fend le coeur de voir tous ces chiens attachés destinés à l'abattage.
Mais dans le cas des Akhas de cette région reculée, c'est une question de survie.Et si tu veux passer du temps chez eux tu ne peux pas apporter ton pan bagnat et ta socca pour 40 jours.
Lung.
Franchement, ceux qui vont bouffer les chiens et autres animaux que l'on ne peut pas manger en France, moi je respecte pas.
Et moi, les gens qui ne sont pas capables d'imaginer une seconde la rude vie menée dans ces villages, les terribles carences alimentaires qui y règnent et l'impressionnant taux de mortalité infantile qui en découle, l'immense difficulté d'y élever des animaux (rachitiques) à tel point que l'abattage d'une simple poule (qui sera partagée par dix ou quinze mangeurs) en devient un évènement, qui ne sont pas capables d'imaginer que la moindre source de protéine a son importance et que la chasse y est vitale, etc., etc. etc., et bien ces gens-là je les respecte, mais je les plains.
A +
321
PS. J'espère que tu es végétarien. Dans le cas contraire ton message ne vaut plus rien.
PS2. La viande d'écureuil est excellente, celle de souris aussi, sans parler de celle du porc-épic, de la tortue et du pangolin bien entendu.
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Bah, pas grave. Encore un qui va nous dire que c'est pas bien de manger un chien élevé en liberté, mais qu'il n'y a pas de problème pour manger une poule élevée en batterie.
A +
321
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J'ai marqué "ceux qui vont bouffer", je respecte les locaux qui n'ont pas le choix. Pas les touristes qui font des expériences, ceux la me font vomir.
Pffffff….
Je ne me souviens absolument pas être allé "faire des expériences". Par contre je me souviens avoir atteint des villages accessibles en plusieurs jours de marche. Et dans ces villages, je me souviens d'avoir accepté toutes les nourritures que l'on m'a généreusement proposé, sans jamais faire la fine bouche, sans jamais refuser impoliment, sans jamais faire la morale à mes hôtes en leur faisant comprendre "c'est pas bien ce que vous faites, d'ailleurs vous voyez : moi je ne le fais pas".
Mais bon, comme disait ce cher Léo : "Ce qu'il y a d'emmerdant avec la morale, c'est qu'il s'agit toujours de la morale des autres"…
Understand what I mean ?
A +
321
PS. Bon rétablissement.
PS2. Dans mon message précédent, j'ai oublié de mentionner le rat de bambou et tous les jolis petits zoiseaux colorés de la forêt, des viandes très goûteuses là aussi.
PS3. Tu me fiches la paix maintenant ?
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321, un touriste?
Tu en connais beaucoup comme lui? Partir si longtemps sans logistique.Sans rapporter de reportage bien monté, bien léché. Seulement du vécu, vrai.
Grand amoureux du Laos depuis 40 ans, jamais je n'aurais eu le courage de partir seul dans des des conditions si précaires.C'est pourquoi j'admire ses expériences et qu'il nous les fasse partager.
Evidemment la faune, même protégée a pratiquement disparu du Laos, mais pas pour en faire un business comme en Thailande.Pour que ces peuples puissent continuer à survivre dans leur milieu naturel.
Lung.
"content" que tu soit parti cette fois-ci en saison des pluies, certainement mois facile, mais si belle...
Et cette envie de chaussures de foot??? Tu n'as pas essayé?
Ha ha, non, je n'ai finalement pas osé pour les godasses de foot car j'ai pensé qu'elles seraient plus une gêne qu'autre chose (pas adaptées aux sols trop durs ou caillouteux, dangereuses en traversées des torrents, etc.).
J'avais cette fois une bonne paire de trail. Excellente adhérence sur tous terrains, séchage en quelques minutes après les gués ou la pluie, légères et confortables comme des pantoufles !
A +
321
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J'avais cette fois une bonne paire de trail. Excellente adhérence sur tous terrains, séchage en quelques minutes après les gués ou la pluie, légères et confortables comme des pantoufles !
321
Comme des pantoufles ? si c'était possible de connaître son petit nom à cette paire de trail...
Quand je relis ces extraits je me dis qu'effectivement tu as du te sentir bien perdu en Indonésie... Mille fois plus peuplé et développé à part peut-être au coeur de Bornéo ou de la Papouasie... Tu as d'autres projets en cours? Tu te sentirais toujours d'attaque pour repartir 40 jours à pied dans ces conditions?? Avec l'âge je trouve qu'on se fait moins brave, moins résistant... Maintenant 10 jours à dormir par terre dans des cabanes et à bouffer du riz blanc et des feuilles bouillies ça m'épuise...
Et au fait, le varan, tu en as fait quoi???
Tu te sentirais toujours d'attaque pour repartir 40 jours à pied dans ces conditions??
En fait j'en reviens tout juste, c'était en juillet dernier, durant un peu plus de 30 jours cette fois. Et je suis bien d'accord, dormir sur des planches et manger du riz, et pas grand-chose d'autre, pendant tout ce temps, ça devient de plus en plus fatigant. Figure-toi que là-bas je perds à chaque fois presque 10% de mon poids en un mois. Si tu savais les fantasmes fringaleux sordides qui m'obsèdent certains jours, et qui s'évaporent bien sûr dès que je suis de retour "en ville" (je dis pas "à la civilisation", faut pas déconner). D'ailleurs cette fois-ci j'ai voulu me surveiller un peu et je me suis mis à acheter aux villageois une poule à chaque fois que c'était possible (il n'y en a pas une à vendre tous les jours !). Mais une fois plumées elles sont minuscules, sans compter qu'il faut se la partager entre 10 et 15 affamés. Autant dire qu'il n'en reste jamais un seul os à ronger pour le petit déjeuner du lendemain...
Sur un même niveau d'inconfort épuisant au quotidien que dormir sur les planches, je rajouterais les minuscules "tabourets-bûches" ; c'est comme ça que je les appelle et ce sont parfois les seules assises disponibles dans certaines maisons : des blocs de bois dur à peine dégrossis et pas plus hauts que douze centimètres environ, qui te placent en position presque accroupie, les genoux sous le menton. Et on y passe des heures là-dessus.
M’enfin, tout ça reste (pour l'instant) secondaire pour moi face à la curiosité, l’étonnement et la fascination qui continuent à m’attirer comme un aimant dans ces endroits. Et puis je sais que ces mondes vivent leurs toutes dernières années, alors je reste heureux de pouvoir encore «"en profiter"» (les susceptibles remarqueront les doubles guillemets) un peu.
A +
321
PS.
- Le varan, je l’ai rapporté dans ma famille d’accueil de ce jour-là, et on l’a mangé pardi ! (note spéciale pour Ptilivier : cette viande est peu intéressante, ça ressemble au serpent trop âgé...).
- Ça ne m’étonne pas que tu aies aimé le passage du contrôle, quand on connait ton affection légendaire pour les policiers asiatiques (pour ta culture générale : ceux du Laos ne sont jamais ni gros ni moustachus, mais question fourberie et corruption, ils doivent valoir les Indos, ou presque).
- Non, pas d’autres projets de départ pour le moment (je pense que je vais être coincé en France pendant pas mal de temps, je t’en dirai plus à l’occasion).
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Bonjour 321, c'est avec grand plaisir que j'ai lu ton récit.C'est la premiere fois que je viens sur VF LAOS car je compte m'y rendre en novembre.Mais pour commençer, je pense aller dans des endroits moins reculés pour avoir une première approche(en+ je ne suis pas sur du tout d'etre capable de faire ce que tu as fait).J'ai fait plusieurs sejours en thailande(nord au sud en passant par l'issan).Peux tu me confirmer que le thai parlé en issan est proche du lao?Bonne continuation.
Ils ne savaient pas que c'était impossible….alors ils l'ont fait !!
En fait j'en reviens tout juste, c'était en juillet dernier, durant un peu plus de 30 jours cette fois.
Alors ces chroniques sont-elles également tirées de ton dernier voyage ? A lire la présentation on n'a pas l'impression... Tu es parti dans quel coin cette fois-ci?
Et je suis bien d'accord, dormir sur des planches et manger du riz, et pas grand-chose d'autre, pendant tout ce temps, ça devient de plus en plus fatigant. Figure-toi que là-bas je perds à chaque fois presque 10% de mon poids en un mois.
Idem à Bornéo et même pas besoin d'aller dans la jungle. Au bled ça suffit. Première dysentrie et hop 7 - 8 kilos en moins en une semaine.
Si tu savais les fantasmes fringaleux sordides qui m'obsèdent certains jours, et qui s'évaporent bien sûr dès que je suis de retour "en ville" (je dis pas "à la civilisation", faut pas déconner).
Fantasmes d'isolement aussi non? Ce qui m'a pesé la dernière fois c'est de n'avoir aucune intimité pendant dix jours... Fantasmes érotiques aussi , vu tes allusion aux jolies épouses de tes hôtes cela avait l'air de te travailler ah ah 😛
Sur un même niveau d'inconfort épuisant au quotidien que dormir sur les planches, je rajouterais les minuscules "tabourets-bûches" ; c'est comme ça que je les appelle et ce sont parfois les seules assises disponibles dans certaines maisons : des blocs de bois dur à peine dégrossis et pas plus hauts que douze centimètres environ, qui te placent en position presque accroupie, les genoux sous le menton. Et on y passe des heures là-dessus.
Je croyais que dans toute l'Asie c'était comme en Indonésie, qu'on s'asseyait par terre!
M’enfin, tout ça reste (pour l'instant) secondaire pour moi face à la curiosité, l’étonnement et la fascination qui continuent à m’attirer comme un aimant dans ces endroits. Et puis je sais que ces mondes vivent leurs toutes dernières années, alors je reste heureux de pouvoir encore «"en profiter"» (les susceptibles remarqueront les doubles guillemets) un peu.
Par quoi sont-ils menacés? Tu parles villages à des jours et des jours de marche de la civilisation, sans réseau, inaccessibles aux compagnies forestières et aux véhicules motorisés... Tu n'as pas dit non plus pourquoi tu n'aimais pas séjourner dans cette troisième ethnie dont j'ai oublié le nom...
Le varan, je l’ai rapporté dans ma famille d’accueil de ce jour-là, et on l’a mangé pardi ! (note spéciale pour Ptilivier : cette viande est peu intéressante, ça ressemble au serpent trop âgé...).
La viande de python est au-delà de tout, mais vu que cet animal est menacé et magnifique, je n'en cherche plus, idem pour la viande de chien, j'en mange si vraiment je ne peux pas refuser et ça fait 10 ans que ça ne m'est pas arrivé : de ne pas pouvoir refuser. Le singe j'ai jamais voulu, j'ai toujours fait comprendre à mes hôtes que cela ressemblait trop à un humain... Enfin Lung et toi avez tout dit à propos de ce débat...
Ça ne m’étonne pas que tu aies aimé le passage du contrôle, quand on connait ton affection légendaire pour les policiers asiatiques (pour ta culture générale : ceux du Laos ne sont jamais ni gros ni moustachus, mais question fourberie et corruption, ils doivent valoir les Indos, ou presque).
J'adore l'idée que quelque part au Laos il y a un formulaire de police qui porte la trace d'une visite de Pasqua!!!
Alors ces chroniques sont-elles également tirées de ton dernier voyage ? A lire la présentation on n'a pas l'impression... Tu es parti dans quel coin cette fois-ci?
Oui, ces notes ne concernent QUE mon dernier séjour de juillet dernier. J'ai mis une carte du coin visité dans le tout premier post.
Fantasmes d'isolement aussi non? Ce qui m'a pesé la dernière fois c'est de n'avoir aucune intimité pendant dix jours...
Cela ne me pèse finalement pas trop car justement, ce que j'aime surtout, c'est être le plus souvent possible en la compagnie des villageois, pour pouvoir observer les multiples aspects de leurs activités traditionnelles.
Point de vue intimité, c'est vrai que je ne serai jamais laissé seul dans une maison par exemple, et que tous mes gestes et allers-venues y sont observés en permanence. Mais enfin, globalement, on m'y fiche quand-même une paix royale, du moins une fois passés la surprise et l'étonnement des premières heures. Et puis il faut peut-être dire que, dans l'ensemble, les Lao sont bien moins collants que les Indos ; et mes montagnards encore moins que les Lao, puisqu'ils ont encore tellement peu d'expérience du contact avec les occidentaux.
Alors finalement, je crois que dans mon cas le problème de l'isolement est d'un autre ordre, du fait de ne pas pouvoir tenir une seule "conversation à l'occidentale" pendant plusieurs semaines, de ne pas pouvoir échanger des impressions et de "vraies" idées, en tout cas d'une portée plus haute que celles, misérables, que les pauv' bouts de conversion que je suis capable d'entretenir sur place ne me le permettent.
Je croyais que dans toute l'Asie c'était comme en Indonésie, qu'on s'asseyait par terre!
Effectivement, les Lao s'assoient toujours par terre (en tout cas dans le cadre domestique), mais ce n'est jamais le cas des minorités montagnardes du nord.
Je pense qu'il faut d'abord simplement y voir une raison pratique et hygiénique : le sol des maisons des ethnies "chinoisantes" (Hmong, Yao, Hô, etc.) est généralement en terre battue, et même si celui des maisons des ethnies "tibéto-birmanes" (Akha, Hanyi, Lolo, etc.), construites sur pilotis, est donc fait de planches de bois, les lieux de réunion (donc là où l'on s'assoit) servent aussi à un tas d'autres activités plus ou moins salissantes.
Mais j'ai aussi comme un bout d'impression que ces populations entretiennent un rapport "ésotérique" ('tain, je trouve pas le bon mot) particulier avec le sol, qui ferait que ce n'est pas bon de s'y asseoir. Mais je ne suis pas encore capable d'y voir bien clair avec cette idée, et donc encore moins de la formuler, sans compter que je me plante peut-être totalement. Mais pour simple exemple, il faut voir avec quel empressement mes hôtes s'empareront à chaque fois de mon sac si j'ai la mauvaise idée de le déposer au sol (ils en ont même généralement la mine toute déconfite de me voir agir ainsi), pour immédiatement le replacer sur un support surélevé quelconque.
M’enfin, tout ça reste (pour l'instant) secondaire pour moi face à la curiosité, l’étonnement et la fascination qui continuent à m’attirer comme un aimant dans ces endroits. Et puis je sais que ces mondes vivent leurs toutes dernières années, alors je reste heureux de pouvoir encore «"en profiter"» (les susceptibles remarqueront les doubles guillemets) un peu.
Par quoi sont-ils menacés? Tu parles villages à des jours et des jours de marche de la civilisation, sans réseau, inaccessibles aux compagnies forestières et aux véhicules motorisés...
En disant que "ces mondes vivent leurs toutes dernières années", je n'y vois pas forcément de menace, surtout pas du point de vue des populations concernées (et il n'y a que ça qui compte vraiment, n'est-ce-pas) qui vont bénéficier de développements qui leur sont absolument indispensables et même de manière urgente (santé, éducation, techniques agricoles, économie, etc.).
Non, je voulais simplement parler de tout l'aspect traditionnel (qui est finalement le grand truc qui m'attire là-bas), et de ces pans culturels entiers qui vont être anéantis sans tarder (m'enfin, c'est le processus qui se produit inévitablement partout dans le monde, on va pas le refaire !) : dialectes, artisanats innombrables, croyances animistes, chamanisme, relation à l'environnement forestier, usage "culturel" de opium, multi-ethnicité sidérante sur de si petits territoires, assolement et polyculture, etc. etc.
Menacés par quoi ? Oui, il reste ces quelques derniers villages encore très isolés. Mais ça y est, cette fois j'ai bien vu et compris que cela va désormais très-très vite changer. Le développement d'infrastructures et tout ce qui en découle va s'accélérer. Toutes proportions gardées, ça construit maintenant à tout va, juste à la périphérie de ces zones (routes, barrages, ponts, etc.), et leur désenclavement va donc se faire très rapidement, c'est sûr. Je suis presque certain que c'est la dernière fois que j'ai pu apercevoir des villages encore entièrement construits seulement de bois, de bambou et de feuillages, donc sans le moindre apport de matériaux manufacturés extérieurs.
Tu n'as pas dit non plus pourquoi tu n'aimais pas séjourner dans cette troisième ethnie dont j'ai oublié le nom...
Au 33ème paragraphe (celui qui commence par " CHEZ LES LAO LOUM") ! Mais pour résumer : ces ethnies en question sont bien plus "laocisées" et donc bien plus administrées que mes montagnards. Alors, dans ce pays resté fondamentalement communiste, dans ses campagnes surtout, ma présence dans ces villages est souvent l'objet de suspicions diverses et le climat qui en découle n'est jamais sain, parfois même assez oppressant.
Alors que mes montagnards, de par leur fort désir d'indépendance et d'autonomie vis-à-vis de toute autorité, ils me fichent la paix et surtout ne me craignent pas.
A +
321
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Bonjour 321, c'est avec grand plaisir que j'ai lu ton récit.C'est la premiere fois que je viens sur VF LAOS car je compte m'y rendre en novembre.Mais pour commençer, je pense aller dans des endroits moins reculés pour avoir une première approche(en+ je ne suis pas sur du tout d'etre capable de faire ce que tu as fait).J'ai fait plusieurs sejours en thailande(nord au sud en passant par l'issan).Peux tu me confirmer que le thai parlé en issan est proche du lao?Bonne continuation.
Salut,
Tu sais, la Thaïlande, ça fait 13 ans que je n'y ai pas mis les pieds, et en réalité elle ne m'intéresse pas beaucoup... Pour ta question, je peux te dire que les Lao n'ont aucun problème de compréhension pour pouvoir regarder la télé thaï, puisqu'ils ne regardent d'ailleurs qu'elle...
Mais oui, il est évident que les deux langues sont très proches. Quant au "parlé issan", il est apparemment quasiment similaire au lao (cette région fût lao autrefois !).
A ce propos je me souviens d'un jour, à Bangkok je crois, où j'avais essayé de baragouiner mes trois mots de lao et mes interlocuteurs Thaï m'avaient immédiatement repris avec un franc dédain : ils me reprochaient de parler... issan. Ça faisait très péquenot apparemment...
A +
321
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Bonjour 321,
Formidable, passionnant, et très bien écrit.
Peut-être écrirez-vous un livre avec tous ces récits ?
En tout cas, merci de nous transporter dans ce monde qui n'est pas près de voir une caméra de télé, ..et heureusement.
Franchement, ceux qui vont bouffer les chiens et autres animaux que l'on ne peut pas manger en France, moi je respecte pas.
Bien non, au contraire manger du chien pourquoi pas, il y en a tellement. Même trop !
Ce qui est plus grave ou inquiétant c'est de consommer de la viande provenant d'espèces menacées et dont le nombre de spécimen qui était déjà faible au départ décline inéluctablement. (en cause : densité humaine, perte de l’habitat primaire, reproduction difficile)
Certes bcp de choses sont comestibles dans la jungle et depuis fort longtemps pour ces ethnies du Laos. Ethnies très proches d’une nature très riche et très généreuse mais qui commence malheureusement à montrer ses limites.
Après pour faire une remarque et sans remettre en cause leur mode de vie et leur mode alimentaire (peuplades qui n’ont pas forcément tout les éléments pour prendre conscience de la situation), je me pose souvent cette question : d’où vient cette habitude (usage) de croire que tout ce qui vit dans la jungle (plus généralement sur terre) est là pour nourrir l’homme? Qu’il est prioritaire ? Qu’il suffit de se servir ? Certaines pratiques comme par exemple manger un singe ou oiseau d’une grande rareté juste parce qu’il est censé apporter la force ou je ne sais quoi et sans parler de son rendement protéinique (faible ?) pour des personnes affamées, ne devrait plus être autorisé même si cela va à l’encontre des mœurs ou des coutumes des populations. Bien sur cela s’entend pour des espèces proches de l’extinction. Si l’on met tjrs l’accent sur la famine et les difficultés d’alimentation dans ces contrés alors c’est sur, on trouvera tjrs un bon prétexte pour décimer des populations déjà fragilisées.
Il n’empêche je pense qu’il existe assez de denrées sur terre pour substituer ce type d’aliment mais personne ne veut initier une gestion durable de la faune de la flore en accord avec le mode de vie de ces ethnies. Car cela signifie évolution, ingérence et donc impact profond de leur mode vie et tout cela juste pour préserver quelques espèces ?
Mais alors oui il ne restera à la fin que du chien pour les repas et à vrai dire peu importe. Les exemples du passé se répètent.
Les causes sont souvent les mêmes mais il est bien dommage que la nature, sa diversité et sa richesse deviennent un facteur d’ajustement.
Enfin je pense que certaines habitudes alimentaires ressemble plus à du gaspillage au regard des dommages latents induits comparés au faible gain énergétique reçu.
Enfin facile à dire quand on n’a pas le ventre vide.
à 321 ,
Une question me reviens souvent :
Comment avez-vous appris le Lao ? Sur le tas , dans une famille en France , par des connaissances sur place , ... ?
Ok super meGA respect !!!! i prostrate !!! j'ai bien qq anecdotes à l'arrache, ah quand la passion l'emporte sur la raison, mais là ça s'apparente plus à un stage de survie en milieu apparemment bien hostile ! Et tout ça conté sous une plume agréable bien que l'on sent qu'elle a du puiser dans ses réserves de testostérone !
Je me permet d'intervenir car je prépare un petit voyage Thailand, laos, camboge Vietnam entre janvier et juin, j'en suis qu'à mes débuts et m'efforce de glaner des informations sur des treks, randos, trip à faire à pied dans ces pays. Evidemment pour des raisons de budget et de confort personnel je m'interdit toutes agences, guides, porteurs ou exceptionnellement une fois sur place, comme ça m'est déjà arrivé parce que je n'avais nul part où dormir ou de carte et que je voulais arriver à un point vraiment précis, que seul un local bien intentionné et pas complètement hermétique à l'idée de se faire un peu d'argent pouvait me guider...
Ok vous l'aurez compris je recherche de bonnes balades d'un à plusieurs jours à faire au Laos, pas non plus en mode stage commando, aussi parce cette fois je serais avec ma chérie, sportive parceque prof de sport et testée sur terrain au nepal 10 jours en fevrier... mais végétarienne depuis 9 ans donc le chien et le singe...
Voilà si vous avez un peu de temps sur vos carnets de route à me concéder je vous en remercie d'avance
« Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie », écrivait Lama rtine.
Merci...de nous faire partager cette authenticité, cette humanité.
Amoureuse du Laos mais cantonnée à la "civilisation" lors de mon séjour de plusieurs mois, je suis admirative et rêveuse.
Continue de nous faire rêver!
bonjour,
ce sont vos récits qui m'ont poussé à aller découvrir le nord Laos il y a 2 ans, la qualité de ceux-cis et les informations qu'ils contiennent sont pour moi sans égal sur ce site .Je n'ai hélas pas eu assez de temps pour aller jusqu'à Phonsaly et y rester, j'y ai fait un "tour" global (et plus facile ) entre Luan Nam Tha, Luang Prabang, Phonsavan , Sam Neua et Nong Kiaw..
Dans l'espoir de livrer peut être moi aussi quelque chose qui donnera cette envie aux lecteurs, je vous adresse un merci sincère.
puissiez vous continuer.
Bonjour 321,
Je pars seul Le 17 Octobre pour quelques jours à Bangkok ou je vais voir un vieux pote qui s'occupe d'une ONG et ensuite je pars au laos pour 3 à 4 semaines. Cette fois j'aimerais passer la frontiere vers chiang rai et rester dans le nord et me perdre un peu hors des sentiers battus pour essayer de partager un peu de temps avec les gens dans les villages. Comment fais tu pour loger sur place, tu demandes ou tu attends qu'on te le propose ? Comment tu dédommages les gens qui t'accueillent? Sinon comment tu fais, tu campes?
Voilà pour les questions d'intendance, maintenant je voudrais savoir comment tu fais pour décider d'aller là plutôt qu'ailleurs, moi je suis un bon marcheur (quelques marathons quand j'était plus jeune), et comme je te l'ai dis dans un précédent message j'ai déjà donné dans des situations très précaires et donc pas peur de grand chose. As-tu quelques suggestions d'endroits ou d'itinéraires qui pourraient satisfaire un curieux?
j'ai lu et relu tous tes carnets de routes que je trouvent vraiment supers au détail près qu'on aimerait vraiment en savoir un peu plus sur toi.
Quelque soit ta réponse ou pas de réponse d'ailleurs, merci pour le partage de tes voyages.
Sincèrement.
Salut Monsieur.
Beau compte rendu d'un sacré trip, je lirai surement les autres dès que possible.
Franchement faire des longues marches en forêt pour arriver demander l'hospitalité dans un de ces petits villages et se détendre les muscles en fumant des pipes avec ses hôtes (l'opium c'est en outre bien pratique pour s'accommoder de conditions aussi spartiates isn't it?)c'est sympathique comme programme. Puisse tu en faire encore plein d'autres du même tonneau.
Il y a trois sortes d’hommes : les vivants,
les morts, et ceux qui vont sur la mer.
Aristote (parait il)
Une question me reviens souvent :
Comment avez-vous appris le Lao ? Sur le tas , dans une famille en France , par des connaissances sur place , ... ?
Salut Oakops,
Comme je le disais ailleurs, je crois que j'ai beaucoup induit les lecteurs en erreur... En réalité je parle très très peu lao. Je n'ai acquis que le vocabulaire minimum, mais "vital" et indispensable (pour s’orienter, pour demander son chemin et donc pouvoir se déplacer seul, pour solliciter nourriture et hébergement, pour se présenter, pour rassurer et apaiser les craintes et soupçons des villageois, etc.). Et encore, je n'ai fait qu'accumuler un peu de vocabulaire et je ne sais même pas construire des phrases...
Malheureusement je me contente de ces acquis et fais très peu d'efforts supplémentaires. Les raisons ? La fainéantise avant tout, devant la difficulté et la complexité de la tâche. Mais il est aussi très difficile de faire des progrès en lao parmi les minorités des villages isolés : parce que, dans leurs conversations quotidiennes, elles n'utilisent que leurs dialectes, et parce que, pour certaines d'entre elles, les Akha notamment, lorsqu'elles parlent lao c'est avec un accent et une prononciation "à coucher dehors" (syllabes hachées, etc.).
A +
321
200 jours à pied,
seul, sans guide,
aux confins du Laos : CLIC
je recherche de bonnes balades d'un à plusieurs jours à faire au Laos,
À mon goût, toutes les régions du Laos, à partir du moment où elles sont montagneuses, se prêtent idéalement aux balades. Difficile de conseiller des coins en dehors de ceux cités dans les guides papier, puisqu’il n’y existe jamais de cartes exploitables pour la randonnée et qu’il faut totalement se débrouiller seul parmi des populations qui ne parlent, le plus souvent, pas un seul mot d’anglais.
La seule méthode est alors « l’expérimentation » : tester des chemins qui semblent mener à des villages, et donc ne pas craindre de « perdre certaines journées à se perdre », etc. Une condition est alors d’avoir beaucoup de temps disponible. Une autre condition est aussi de connaître quelques mots de lao qui seront nécessaires, voire indispensables, pour s’orienter, pour demander son chemin et donc pouvoir se déplacer seul, pour solliciter nourriture et hébergement, pour se présenter, pour rassurer et apaiser les craintes et soupçons des villageois, etc.
Si c’est la première fois que tu te rends au Laos et que tu veux éviter les cirques galvaudés tels Muang Sing, je te conseillerais peut-être la région de Muang Khoua (voir le message n° 8).
A +
321
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Comment fais tu pour loger sur place, tu demandes ou tu attends qu'on te le propose ?
Je demande, ça me permet de choisir moi-même mes familles d'accueil !
Comment tu dédommages les gens qui t'accueillent?
En essayant d'assouvir leur vive et insatiable curiosité, en essayant de les divertir et de les faire rire, en jouant beaucoup avec les gamins (même si parfois : y'en a marre !). Et, accessoirement, avec un peu de monnaie, lorsqu'ils l'acceptent.
Sinon comment tu fais, tu campes?
Camper dans ces environnements, moi jamais ! Trop de bébêtes ! On en a aussi parlé ici.
maintenant je voudrais savoir comment tu fais pour décider d'aller là plutôt qu'ailleurs,
Je regarde l’atlas, et j’y repère les zones montagneuses les moins desservies (ou mieux, pas desservies du tout) par des pistes carrossables. Et puisque par ailleurs je commence un peu à comprendre les "répartitions géographico-ethniques" du pays, alors je fais un mix de tout ça.
As-tu quelques suggestions d'endroits ou d'itinéraires qui pourraient satisfaire un curieux?
Regarde le lien « Muang Khoua » donné dans ma réponse ci-dessus à Tenzin’.
A +
321
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L'opium ? Boh, c’est loin d’être ma préoccupation principale dans ces lieux. Mais je reconnais que je suis fasciné par les rites, les usages et les trafics qui l'entourent. Et j’ai aussi pour principe de ne jamais refuser les offres qui m’y sont faites, qu’elles soient alimentaires (au grand dam de Ptilivier...), ou autres.
A +
321
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Merci pour tes réponses pleines de bon sens. Je vais m'enfoncer doucement dans le nord et faire au fur et à mesure.
Je ne manquerais pas de faire un compte rendu de mes pérégrinations dès mon retour.
Peut être J'oserai encore te poser une ou deux questions avant mon départ.
En tout les cas je te remercie du temps que tu prends pour répondre à nos questions et à nous faire partager tes voyages.
Très cordialement.
Salut 321 ,
Je suis toujours dans la préparation de mon voyage et je voudrais savoir comment tu fais pour aller de Luang Nam Tha à Phongsali.
Une fois à Phongsali qu'est ce que tu me conseilles ?
Amicalement.
Erick.
Merci pour tes récits, que j'ai lus et relus plusieurs fois. Je reste particulièrement fasciné par les pages liées aux Hanyi, pendant le voyage de 2009. Cette population reste pour moi très mystérieuse, et je me demandais donc si tu n'avais pas des photos d'eux, notamment des villages, costumes... Je ne trouve à leur sujet que de très maigres informations, et aucune image probante ni sur le net, ni dans les bouquins...
Autre chose : je me suis souvent questionné par rapport aux noms des villages dont tu parles. Ayant scruté Google Earth pour me rendre compte de la topographie des contrées que tu as parcourues, je suis tombé sur des noms de villages placés plus ou moins aléatoirement sur la carte dans la zone située au Nord-Est d'Ou Tai, mais aucun de ces noms ne correspond ni même ne ressemble à ceux que tu donnes. Google Earth donne par exemple Tapousau, Kin Chou Lin, Thong Pa Mai, Cao Ho, Ka To Chai, Kungchi, là où il ne semble pas y avoir d'autres villages en vue que ceux dont tu parles... Il y a bien un Sin Chay quelque part, mais il ne m'a pas l'air d'être le Sinchay Khong des Hanyi dont tu parlais. Sur quoi te bases-tu, et surtout comment recoupes-tu les informations?
Merci d'avance pour le complément d'information !
Bien à toi.
Nicolas
Je ne suis plus retourné dans la région de Luang Nam Tha depuis 2003. Mais je suppose qu'il faut toujours passer par Oudomxaï pour rejoindre Phongsaly.
A +
321
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Merci pour ta réponse 321 😎 , j'aimerais savoir si tu prends un anti palu lors de tes pérégrinations sauvages dans un des pays les plus exposé au monde. Je sais que c'est une éternelle question maintes fois débattue mais c'est si cher et avec des effets secondaires possibles donc... personnellement qu'en penses tu ? 😇
« Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie », écrivait Lama rtine.
J'ai hésité à poster ces carnets de voyage. Le but étant de partager avec amis et famille, faire rêver, interpeller et surtout partager. Je pars régulièrement…
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Carnets de voyage › Thaïlande / Laos · 111 replies
Cela fait quelques temps que je pèse le pour et le contre de commettre sur le forum certaines de mes aventures. Vont-elles intéresser quelqu’ un? Ne vont-elles…
This trip had been on my mind for about fifteen years.
But the discomfort of overnight stays, the difficulty of communication, and the prices of the few car rentals kept making me postpone the project.
And then, everything fell into place—I told myself, now’s the time!
Preparations took longer than usual; the destination is still far from mainstream.
A bit of Kazakhstan?
Not in the end.
The south or not?
Yes, in the end.
Pre-book or play it by ear?
Only two stops were a leap into the unknown.
To help me find the ideal route, I made great use of this forum (thanks to everyone for patiently answering my questions!), pored over travel journals and blogs (Christian, Jeff), zoomed in on Google Maps and Yandex, and bought the guide published by OunTravela on this destination (the guide has been updated since).
---/---
You’ve got your passport, international driver’s license, bank cards, and euros?
Off we go to Lyon—just one night left before our early morning flight.
Tomorrow night, we’ll be sleeping in Bishkek!
(‘Beefsteak’ for my partner’s mischievous nephews...)
If you're looking for great tips and offbeat spots, if you love exploring uncharted parts of a country, if the exotic is your adrenaline, then move along!
Our 15 days in early May in this part of Turkey (a country I first discovered during a city trip to Istanbul in 2017) will only tread well-worn paths and revisit popular routes. Simply because I kept hoping until the very end that our flight to Jordan wouldn’t be canceled. Events in the Gulf proved me wrong, so we left with:
Zero preparation.
Not a single hotel booked (well, except the first one), no visits planned, just a flight ticket bought three weeks earlier. No guidebook, no app—just the desire to explore southern Turkey and Cappadocia, whose images and the chance to stretch our legs had caught my eye.
Oh, wait—I did bring along a new guide: Gemini! Yes, my friends, generative AI was my chief advisor throughout the trip for sites to visit, accommodations, routes, and even restaurants! An experiment I wanted to try to form my own opinion on using this new technology. And what better way to test it than a Turkish getaway?
The verdict? You’ll have to wait for the trip recap to find out!
The main idea of the trip is also relaxation.
So, the plan is Antalya for a few days, the Turkish Riviera for a few more, Cappadocia as the highlight, and a return via Antalya to wrap up the trip. And it was all planned by AI!
So, if you're ready, fasten your seatbelts—cabin crew, doors to automatic and cross check—boarding for Turkey now!
I'm starting my first travel journal since VF reopened!
This will mostly be to share my impressions and some photos, with a few days' delay, but I'm starting this journal while I'm still here.
First, I'd like to thank those who helped me prepare for this trip.
I was able to organize this stay in one of the most expensive countries in the world thanks to the home-exchange principle. Not necessarily a direct swap, but through a points system, which is more practical for choosing where you want to go without it having to be a reciprocal exchange.
For this trip, there will already be two different accommodations. We'll see how it goes after that.
The first place is near Yverdon-les-Bains, close to Lake Neuchâtel.
So, we're going to explore this area!
We arrived under capricious weather that won’t leave us for the next few days!
We had dinner at a pizzeria recommended by *Le Routard* in Yverdon, then took a little nighttime stroll through the town center before heading inland to settle into our accommodation.
We discovered a very large, quiet house—and especially the cat that stayed behind! Funny for a couple of mice! He’ll be sleeping with us 😹
After summer 2022 left me with a sense of unfinished business, here I am back in Swedish Lapland in summer 2024, ready to attempt the Sarek crossing again—and this time, to tackle part of the Kungsleden trail too.
After much hesitation, my companion Jean Marie and I decided to start with the Kungsleden, which, from what we’ve read, is stunning but very busy (and it really is!!), and finish with the wilder option: Sarek! The park is nicknamed Europe’s last wild space—I think it’s incredibly inspiring!!
The downside of this choice is that resupply options are nonexistent in Sarek and not really suited for trekking along the Kungsleden, so we’ll have to carry quite a bit of food for the entire first part with Sarek in mind.
Oh well, we’re motivated!
Our plan is to start in Abisko (a classic) and head to Vakkotavare (also a classic, but with some variations to avoid the official route and the crowds), then continue the Kungsleden from Saltoluokta. Before reaching Aktse, we’ll set off on an east-to-west crossing of Sarek (weather-dependent, since aside from the Skarja hut in the center of the park, there’s no shelter if conditions turn bad).
At least we’ll be on the right side of the park to climb Skierfe and enjoy the breathtaking view of Rappaladen if we end up skipping Sarek.
This adds up to 17 days of trekking, including 1 rest day + 1 buffer day for weather delays.
So if you’re interested, I invite you to follow our fully packed backpacks!
08/03 - Abisko – 5km before Abiskojaure
Some info (guides used for prep, SFT map, sending food to Saltoluokta)
08/04 – 5km before Abiskojaure - on the east shore of Lake Alisjavri
08/05 – East shore of Lake Alisjavri – just before Tjaktja
08/06 – Just before Tjaktja – above the Salka hut via Nallo
08/07 - Salka – just past Singi + side trip to Djalson Lake
08/08 - Singi – Teusajaure
08/09 - Teusajaure - Vakkotavare (end of the first section of the Kungsleden)
08/10 – rest day in Saltoluokta + round trip to the Sámi village of Pietjaure
08/11 – Saltoluokta – Sitojaure
08/12 - Sitojaure - Skierfe - Sarek or no Sarek?
08/13 – Skierfe – somewhere above Rapadalen
08/14 – Somewhere above Rapadalen – above the Skarki hut
08/15 – Above the Skarki hut - Skarja
08/16 – Camping at Skarja
March 2nd — Departure by bus from Latour at 6:50 AM. The journey isn’t direct: we pass through Elne then Corneilla. In Perpignan, I switch to a BlablaBus heading to Barcelona’s northern bus station. Before reaching Le Perthus, French police stop us to check IDs. Several people aren’t in order, but after about fifteen minutes, we’re on our way again. We’re checked again at La Jonquera: this time, the wait lasts almost forty-five minutes while police identify those in violation and wait for a vehicle to pick them up. The driver then tries to make up for lost time; we finally arrive at our destination half an hour late.
I quickly head to the Arc de Triomphe metro station, located 200 meters away: you have to cross the bridge along the bus parking lot, then walk through a large garden; the station is on the right before the garden entrance. The trip to the airport isn’t direct: I have to change at Tomasso and take the line to the airport, where I arrive at 1 PM.
At the Emirates counter, I learn my flight was just canceled due to the war in Iran; they offer me another flight for the next day. I have to wait at the airport until 7 PM before being taken to a hotel; the next morning, I’ll take a flight to Vienna (with an 8-hour layover), then an Air India flight to Delhi, and finally a flight to Kolkata. I agree: I don’t know Vienna, so it’ll be an unexpected discovery.
At 7 PM, a small group is taken to the hotel, 35 minutes from the airport, where we’re served a light dinner upon arrival.
March 3rd — A taxi picks me up at 6:30 AM; the flight to Vienna takes off at 9:30 AM and arrives at noon. I’m free until 7 PM; the metro is direct to the city center. The weather is pleasant and not too cold, luckily, since my clothes are light.
When I exit the metro, I spot the St. Stephen’s Cathedral tower in the distance and approach it: the roof, made of glazed tiles, is remarkable.
Entry is free, and the interior, a mix of Gothic and Baroque styles in the center, is stunning.
Not far from there is St. Anne’s Church
, also Baroque, adorned with beautiful frescoes
—a music concert adds an enchanting atmosphere to the visit.
I continue my walk at random through the pedestrian streets lined with magnificent buildings: I’m charmed by the city.
Before heading back to the airport, I stop at a lovely tea salon. My flight will eventually leave with a delay.
Wednesday, March 4th — Delhi and a little luggage scare
We arrive in Delhi shortly after noon. Immigration is quick, and good news: my bag was checked through from Barcelona to Kolkata. I head to the connecting terminal and arrive half an hour before boarding: the flight goes smoothly. Upon arrival, the luggage comes out quickly… except mine. After filing a report, I’m told my bag is in Delhi—I have to retrieve it before taking another flight. I didn’t know (or had forgotten): with the delays, I wouldn’t have had time to pick it up and make the connection.
I take a taxi to the Ichamati Hotel. The welcome is warm, and the room is clean but very small. Without my bag, I feel a bit lost—I have nothing to change into.
Tonight, I’m dining with Raja and his friends at a beautiful restaurant, an old colonial house turned into a hotel.
We’re happy to see each other and have a comforting evening together.
From Southern Shikoku, between land and sea, to the blue waters of Miyakojima and finally Tokyo’s megacity
Hi everyone,
I have to admit, I really hesitated before deciding to write this travel journal... Writing one takes a lot of time and energy, and since this is my 4th trip, I wondered if it would even interest anyone other than myself (both for the discovery and the writing). But after a few people asked, "Are you going to write a journal?" and especially after rediscovering the joy of reading other travelers’ journals about Japan or elsewhere on this forum, I’ve decided to share my 4th installment in the Land of the Rising Sun here.
The itinerary:
27 full days, from late May to late June 2025, right in the middle of the rainy season, including:
-->13 days in Shikoku, from Kochi (Kochi Prefecture) to Matsuyama (Ehime Prefecture)
-->7 days in Miyakojima (Okinawa Prefecture)
-->7 days in Tokyo
The trip was decided on fairly last-minute again this year.
Since I regularly check flight prices to track fluctuations for this destination even without concrete plans, stumbling upon a slightly cheaper direct flight (900 €) than what I’d seen in previous months (around 1,200–1,400 € on average) for a Paris-Tokyo route with Japanese airline ANA was too tempting to resist the urge to return to this enchanting country. After much hesitation between exploring the San’in region (Matsue, Tottori, Yamaguchi) and Southern Shikoku, the decision was made—I took the plunge! The ticket is booked: Paris to Kochi with a layover in Tokyo, all with ANA, the airline I’d been dreaming of... for 1,120 € per person. Okay, it’s not cheap, but it’s better than in 2023.
Departure in 2 weeks! Now I just have to get everything ready!
Intense prep work over these next 2 weeks to:
finalize a more precise itinerary and reach an agreement—yep, because even though we both love Japan, our preferences differ slightly, and we have to choose between exploring new places or revisiting beloved spots...
decide how much time to spend in each area without rushing while still exploring
research places that might interest us and watch videos about Japan
book accommodations: yes, it’s possible to do this on the spot, but last year, we realized that last-minute options were pretty expensive, so we’re booking ahead—though we’ll keep a few options open in case better deals pop up later
reserve rental cars
order yen
check the weather regularly and wonder if choosing the *tsuyu* (rainy season) was really a good idea—are we going to be drenched the whole time???
"What hard work," you might say! Going to Japan for a month—what a tough life!
Despite this being my 4th trip, the excitement is just as intense as the first time.
The only small downside is that when we booked the flight, there weren’t many seats left, so we’re only sitting together on the international return flight. Plus, on the way there, we have middle seats.
Another lingering question: what French-language films will be available? According to the internet, the selection seems limited.
Oh well, these are just minor details—it’s already time to fly!
PS: I’ll be posting slowly and irregularly... so for those interested, be patient, and maybe set an alert...
Kattegat isn’t just the name of the village in the TV series *Vikings*—it’s also the stretch of water separating Denmark from Sweden... the sea, basically! And further north, you’ve got Norway and its fjords!
Originally, I’d planned to just do a loop around Kattegat, with the *Under* restaurant in Lindesnes as our anniversary treat... but along the way, we thought, why not "push" a little further north, keeping an eye on the budget since we’d chosen to travel by car in June 2025 through Scandinavia.
Why by car when most travelers opt for a camper van, while others prefer the comfort of cruises?
Well, because we don’t own a camper van, renting one is pricey, and then you’ve got to add fuel costs (those things guzzle gas!), ferry fees, and other "tolls." All things considered, we went for mostly rentals—especially since there were four of us at the start of the trip.
We spent the first week in Denmark with our daughter and son-in-law. Then they flew back to Belgium, and we continued our adventure as a couple.
For accommodation, we mainly booked Airbnb apartments, which helped keep costs down and, most importantly, let us prepare our own meals (diet, diet!).
In this travel journal, you’ll discover (or rediscover, for those who followed my older ones) our unbridled love for theme parks, museums, unique experiences, and—especially in Denmark—Legos!
Unfortunately, we didn’t do any hikes this year because the unpredictable weather had made the trails slippery, and since I’d already taken three tumbles during the trip, I didn’t want to risk another!
In the end, we traveled for 32 days, covered 6,200 km, and most importantly, discovered the charming country of Denmark, marveled at Norway’s breathtaking fjords—all without suffering the heatwave that hit France and Belgium that June!
If you’ve got any questions, don’t hesitate to ask!
June 2024.
While hiking with my brother on the GR 36 Tour du Morvan, I catch sight now and then of strange rectangular markers fixed to tree trunks. Against a bright orange background, a deep black Greek tau topped with a white dove. My first encounter with the Assisi Way.
The Way of St. Francis: a pilgrimage route linking Vézelay in Burgundy to Assisi in Italy, covering nearly 1,800 km.
It felt like an obvious next step—I immediately knew I’d take it on, attempt the adventure solo.
In the months that followed, I talked about my project to everyone—family, friends, my partner. An avalanche of comments, more or less the same but varying depending on each person’s character and life experiences. But deep down, it all boiled down to one legitimate question: why?
And the answers?
Hesitant, awkward, partial, even confused. I quickly realized they weren’t so easy to find. It was as if my project seemed more like a whim, a kind of intimate caprice, rather than a well-thought-out plan.
Of course, I knew the reasons that pushed me to leave—you always have to give some. Loved ones need to understand to feel reassured, and that’s understandable.
But I fear that when I list them, they’ll sound like the same old checklist anyone embarking on this kind of journey might give.
Of all the reasons I could mention, I’ll highlight just one here: the call of the road, the solo adventure that brings a powerful sense of freedom.
A bit like Monsieur Seguin’s goat, who from her comfortable pen gazes longingly at the unconstrained horizon of the mountain.
But if I’m being honest, I think I didn’t really know what I was looking for—or, more importantly, what I’d find. Deep down, when I reflect on it, one word keeps coming up that explains nothing and everything at once: desire.
Now well past sixty, I know that when I ask myself who I am or where I’m going, two things bring me fully back to myself: hiking and writing.
And my intention was also to anchor this adventure through words, day by day. Writing down my feelings, emotions, discoveries, and reflections each evening. The famous travel journal that grounds the daily experience in reality.
When I discovered the app "Polarstep," which was initially just meant to keep my loved ones updated and reassured, inform them of my progress, and maintain a connection, I found an opportunity to do it a little differently than usual.
No retrospective notes polished up after returning, but spontaneous writing—recounting everything that crossed my mind during the day and publishing it immediately. A journey lived in real time.
This text is the exact transcription of my daily writings. Rereading them, I didn’t change a thing—just corrected a few mistakes and tweaked some awkward phrasing here and there. Short texts, fitting the format imposed by this kind of app. Writing as if addressing others.
Now, all that was left was to walk.
April 18, 2026 – Vézelay.
This travel journal summarizes a trip I took in March to Argentine and Chilean Patagonia. It starts in El Calafate and ends in Ushuaia. During my planning, I considered looking into the Australis cruise from Punta Arenas to Ushuaia, as well as the W trek in Torres del Paine National Park. In both cases, I was put off by the prices. Instead of the cruise, I found two interesting wildlife excursions from Punta Arenas: whale watching in the Strait of Magellan and observing king penguins in Tierra del Fuego. The journey to Ushuaia was by bus. For Torres del Paine, things were a bit confusing, so I reached out to two agencies. In the end, I went with a rental car option, overnight stays on-site, and day hikes. I shared my full itinerary with the agency and ended up being taken care of by a local Argentine agency and a Chilean one.
So, here we go...
This travel journal is therefore intended solely for my photos, to present a consistent style.
All the shots were taken with a simple Samsung Galaxy smartphone and with whatever was at hand.
All stays combined, I’ve spent the equivalent of a year at most in Thailand, and I’m no great expert.
However, after many trips, lots of reading on VoyageForum and other sites, and conversations with many locals as well as expats, my view of the country is becoming clearer, though it’s constantly evolving. You never stop discovering and learning.
I guess I wanted to deliver a puzzle, mainly for those who want to get an idea of the country here and for those who feel nostalgic about it.
I don’t know if this minimalist sharing will interest anyone, but it’ll do me good to put it together. After so many months without traveling and then these other long months with VF closed, there’s plenty of material available.
There’ll be a mix of places, periods, and subjects, but it might well be intentional.
I suspect many Thais have dogs because they make excellent guardians for the home. Nothing better to deter burglars or to signal the presence of a snake. You’ll often see Thais tapping the top of their dog’s head, but don’t be fooled: it’s a sign of affection from them. Judging by the dogs’ reactions, they’re used to it.
Thailand is one of the countries on the planet where rabies is still present, so keep that in mind. It’s not just bites that can be dangerous, so don’t let just any dog lick you. Especially on a wound, of course.
Even though dogs often fear humans—this dangerous and unpredictable predator—we still need to stay cautious.
Be careful when walking into alleys because the dog will defend its master’s big yard. Be careful at night, and be careful when they’re in packs.
It sometimes crosses our minds that Thailand isn’t all that made for walking around, and dogs are one of the reasons.
That said, it’s not uncommon to see them chasing bikes or scooters. Cars, though? Much rarer—they’re too big.
It seems Thais prefer to give their dogs freedom by not locking them behind gates. Though sometimes the gate is closed, the little side door is wide open. Oh, and sometimes there’s no gate in front of the property, or it’s been full of holes for years.
You’ll often see dogs sleeping on the roadside, sometimes right on the road. When you approach, they move aside nonchalantly—or not at all. It’s less funny when they suddenly appear from thick vegetation, reminding visitors not to drive too fast. As a result, you’ll notice that dogs with injuries or missing legs aren’t that rare.
Since they believe in reincarnation and respect for all forms of life, they don’t chase dog packs away too much, and they don’t sterilize them enough. When you see a small pack roaming freely in the countryside, you think twice about running into them at the edge of a field.
A darker side of this is that euthanasia isn’t often practiced. Twice, we saw dogs at death’s door in temples, enduring terrible suffering with no one to help. The image (and the smell) of one of them, agonizing and exuding the stench of death, still comes back to me sometimes.
Some of you may have seen the YouTube vlog of a French woman living in Phuket who was given a little pig by her Thai friends. The animal, well-fed, quickly became a happy and enormous beast with its own garden. Yet it didn’t take long for it to fall seriously ill and become incurable. In her video, the French woman described how difficult it was to find a vet willing to perform euthanasia.
You’ll often see bowls by the side of the road. Thais leave food and water there for stray cats and dogs. Overall, they have a big heart for animals.
If you ever pop into a shopping mall, you might see people pushing their small dogs in strollers. It’s not just for fun—these strollers are provided for customers to put their pets in, otherwise you can’t bring them inside. It looks a bit odd when you expect to see a baby.
Here’s our account of our trip to Malaysia from September 11th to 27th.
I hope our tips can help others as much as this forum has helped us!
Day 0:
Departure from Nantes with a transfer in Amsterdam via KLM (720 €).
Day 1:
We arrive at KLIA1 in the early afternoon.
First challenge: figuring out where to pick up our luggage. Turns out the answer is right under our noses—we need to take the airport’s internal metro!
Once we’ve got our bags, we withdraw some cash from a Maybank ATM right there.
Next up: SIM card! Just outside the arrivals hall, several kiosks offer them. We go for a Celcom 5 GB card (70 RM).
Then it’s taxi time to get to KL, in the Bukit Bintang area—about 85 RM in a slightly old taxi with weak air conditioning.
We check into our Airbnb apartment, which is clean, more spacious than a hotel room, and—best of all—has a charming balcony with a gorgeous nighttime view!
We end up hanging out on that balcony, reviewing our plans for the next day. After dark, we take the monorail just a short walk away to enjoy our first evening on a rooftop at the 34th floor: Hélipad (Raja Chulan station—you have to enter the Menara Tower at the base of the station) with a panoramic view of the city and its iconic towers.
Finally, we head to Jalan Alor to grab a bite in this super busy street.
Big sleep ahead! 😴
After a pretty disastrous weather-wise trip to Gran Canaria, we’re hoping this time the sun will shine in Puglia.
It’s not a sure thing, though—the weather’s been awful all over Europe in early May.
For those who’d like to (re)read the story without the digressions, it’s here.
Saturday, May 16:
This time we’re flying out of Charleroi (Brussels South): the ticket prices, flight times, and proximity all worked for us.
The airport (Ryanair) was recently renovated... but it’s still not very well organized. There are hardly any seats in the boarding areas, and... the restrooms cost money!!!
The flight goes smoothly, though, and we land in Bari a little late.
We quickly pick up our rental car, a very local-looking Pandina (even more so than the Fiat 500 in this region), and hit the Italian roads... and their unique driving quirks (like the fact that the countless road signs along the streets and in towns are purely decorative 😏, and that Italian cars don’t have turn signals 😮... except for rental cars).
About an hour later, we arrive at our first accommodation, right in the middle of the countryside near Monopoli.
The owner isn’t there, but they’ve left us a ton of info via messages and even turned on the space heater, which is a nice touch.
We explore the property:
And the next morning before breakfast, its immediate surroundings:
Sunday, May 17:
After our "seaside" experience in Gran Canaria last weekend (packed with people and locals), we decide to start inland.
After a hearty breakfast,
we head toward Alberobello, a super touristy village famous for its trulli—those stone houses with conical roofs.
We easily find a free parking spot on a street near the Aia Piccola district, where some trulli are still lived in year-round.
We almost immediately come across the Trullo Sovrano (the only two-story one), which you can visit (but we skip it—it’s opening time, and there’s already a line).
From there, we head down toward the Basilica of Cosma e Damiano... but we don’t go in because there’s a mass.
Now we’re on the main Piazza del Popolo, which connects the two districts of Alberobello: Rione Aia Piccola and Rione Monti, the more touristy one.
Come along, I'm taking you to this country where it's so nice to wander and slow down...
This trip was in 2023, but when I wanted to write my travel journal, VF was still closed to contributions...
So, now that I've just finished my Japan travel journal here, I figured it was high time to honor this destination we came back from so enchanted.
Disclaimer 1: This is a written travel journal. There’ll be text! Too much, for some!
Disclaimer 2: This is an illustrated travel journal. There’ll be photos! Too many, for some!
I have to say, every time I try to discipline myself, to keep it shorter, to include fewer photos... I end up adding more. It feels like my dear Aunt Nicole, who exhausted us with her slide-show evenings in the 70s/80s, decided to take her revenge. The upside for you, readers, is that you can slip away anytime without offending Aunt Nicole. I won’t even notice!
Anyway, since I love maps, here’s one to give you an idea of where I’m taking you. As you can see, we only saw a tiny part of Laos (the areas circled in red); we only had 3 weeks for ourselves (my husband’s newly retired, I still work), and we prefer taking our time over rushing around like crazy.
In broad strokes, it was very classic:
First, we “settled in” at Luang Prabang (8 days), because we wanted and needed to.
From there, we took three days to venture a little further north—not far in kilometers, but as we know, distances aren’t just about km!
Then we flew south to Paksé, letting ourselves drift down to the 4,000 Islands while stopping by the pre-Angkorian archaeological sites.
We wrapped up with the Bolaven Plateau.
A few practical notes: We arrived via Bangkok, then took a Bangkok-Luang Prabang flight, having picked up our luggage in Bangkok to check it in for Luang Prabang. No issues—the Bangkok airport, which many of you know, is very well organized.
We got our visas on arrival in Luang Prabang. Quick, but to be fair, we were on a “small” plane, and the big flights had arrived earlier, so we weren’t too crowded in line!
At the end of our trip, we didn’t fly out of Paksé but from the nearby airport in Thailand, Ubon Ratchathani (a 2.5-hour drive from Paksé), then Bangkok and Paris.
You’ll notice we skipped Vientiane to stay longer in Luang Prabang. That said, there’s now a high-speed train between Vientiane and Luang Prabang—good to know—and soon the (Chinese) train will go all the way to Bangkok and even Kuala Lumpur!
With that intro out of the way, let’s dive into the heart of the matter.
To be continued: Slowing down the pace... in Luang Prabang
Here’s a little story about my first trip to Japan with my partner.
We went for our first visit from October 29 to November 13, 2024.
I had planned this entire trip back in November 2020, but given the health situation at the time, I had to cancel...
Here’s the classic route we took:
We booked everything ourselves and got a regional pass for the area from Kyoto to Hiroshima.
The hotels were reserved 3 months in advance on Book... and Agod... (1030 € for 2 people for 13 nights = 80 €/night).
For the flight, we chose a Qatar Airways flight with a layover to break up the long journey (950 € per person).
We also got a pass on the same site (Japan-Experience) to take the train connecting Narita Airport to Shibuya Station (the N'EX Narita Express).
Since the airport is 75 km from central Tokyo, we opted for this mode of transport, even though there are cheaper alternatives.
After reading various posts on VoyageForum, I understood how important it was to have a Welcome Suica card to pay for public transport (subway, tram, bus, boat throughout the country), and we were able to buy one at Narita Airport.
It turned out to be super useful!
After a long but smooth journey, we found ourselves at Narita Airport in the evening.
Even though we had a pass for the Narita Express, we had to go to a counter to make a reservation for the train (mandatory).
Then, once we arrived at Shibuya Station, we took the subway for 2 stops and finally reached our hotel, exhausted (Hotel Asia Center of Japan – 270 € for 3 nights with breakfast included).
I’m inviting you on a stroll through my drawings—a completely subjective, far from exhaustive, and totally personal take, since it’s based on my own sketches. I put this travel journal together after returning in late 2024, mostly using felt-tip pens and pencils, with a few collages thrown in. I worked from our personal photos.
Let’s start with the shotengai...
Our first "wow" moment came as we stepped out of the subway in Asakusa, the Tokyo neighborhood where we’d booked our hotel for our first five nights. Exhausted after our long flight, we finally arrived and took an exit that led straight into a shotengai—one of those covered shopping streets that pop up in city centers and flourished between the 1950s and 1980s.
It was an instant aesthetic shock, like a close encounter of the third kind between the modern city, a typical Asian market with its street stalls, the vintage vibe of the arcade, the sheer abundance of goods, and the bustling crowd—a mix of tourists, pilgrims (thanks to nearby Senso-ji Temple), and locals (it’s a very working-class area).
In the end, it set the tone for a feeling we’d experience throughout the trip. Wherever we went, shotengai turned out to be fantastic spots for finding little restaurants, shops, or even fresh produce. Some are like real mazes, like in Kyoto, where we spent ages trying to relocate a restaurant we’d loved ;-)
In Kanazawa, the Omicho Market:
And in Kyoto, Nishiki Market:
With my girlfriend Christelle, we’ve chosen South Africa for our first trip to Southern Africa, focusing on safaris—after a long debate with a Cape Town/Kruger combo.
But that would’ve meant cutting out St Lucia, which would’ve been harder to fit into another trip.
And St Lucia—thanks to Michel and all those travel journals—we really wanted to go there.
So our 11-night itinerary ended up like this, mostly shaped by school holidays:
- 3 nights in St Lucia
- 1 night in Hluhluwe
- 1 night at Mkhaya Game Reserve (Eswatini)
- 1 night at Hlane Royal National Park (Eswatini)
- 3 nights in Kruger (Berg en Dal / Satara / Tamboti)
- 1 night at Shindzela Tented Camp in the Timbavati private reserve
- 1 final night in Kruger at Lower Sabie
All of this in the off-season and rainy season, just a month after catastrophic floods that killed over 150 people and seriously damaged Kruger’s infrastructure.
I’ll jump straight to St Lucia and skip the loooong journey to get there (with a layover in Frankfurt, landing in Johannesburg, a domestic flight to Durban, and the rest by rental SUV—First Car Rental, perfect, no complaints).
To motivate readers—especially some familiar faces here—I’ll drop in a first photo.
We went to Albania in August 2025.
Our itinerary included adventure (sporty activities, site visits), naps on the beach interspersed with swims, incredible natural sites, and a bit of culture.
I booked all our accommodations on Booking.com. Note: almost all places ask to be paid in cash!! You can obviously withdraw from banks, but the fees are pretty high. Luckily, we had plenty of cash, and the country is very safe. You can pay in euros most of the time, which avoids exchange fees.
We started in Tirana. I’d read a really interesting post about Albania’s bunkers (link in my profile). We chose to visit Bunk’Art with a guide from the agency that wrote the post. It was fascinating—not only to better understand the country’s history but also because her grandfather was repressed by the regime, and she shared her family’s experience with us.
Bunkers are everywhere! In Tirana, Bunk’Art is the most interesting and largest. You’ll see the dictator Enver Hoxha’s office, where he would’ve taken refuge in case of an attack on the country. Bring a sweater—it’s really cold in the underground tunnels and their huge corridors.
You can visit other bunkers around the country, in Tirana and elsewhere. Almost all are just abandoned.
The cable car up Mount Dajti is right next to Bunk’Art. The view is stunning—you realize Tirana is so close to the mountains and the sea... But otherwise, it’s not that exciting for older teens (17 and 19) and their parents.
We picked up a rental car in Tirana—it’d be ours for the next three weeks. We used Goalbania’s agency to avoid any hassles. First, there aren’t many cars available in Albania in summer. Second, French credit cards can be a nightmare abroad. So we preferred to sort that out in advance.
After Tirana, we headed to Permet. Just a heads-up: the roads are in great condition except in the mountains. And Albanian drivers aren’t stressful to deal with. Though you might suddenly encounter a herd of goats crossing the road—haha—but if you’re not going too fast, it’s fine.
In Permet, I’d been dreaming of rafting on the Vjosa, one of Europe’s last wild rivers. And we did it with a local agency! It’s beautiful, accessible to everyone, not too physical but still a bit lively—just how we like it. You can even jump into the river in some spots.
In Permet, we also hiked through a canyon and visited a lovely little church.
And we took a workshop to make their local culinary pride: gliko. It’s a jam with whole fruits inside. We’d seen it on Goalbania’s site, and it was really fun. We were with a family where the secret to making gliko has been passed down for generations...
Next, we headed to Gjirokastër. A city we loved: its old traditional houses (Skendulli and Zekate), its grand castle, the Ali Pasha Bridge. Along the way, we stopped for artisanal ice cream at a little shop run by a grandmother who’s been making it herself for ages.
One afternoon, my husband *had* to go to the coast in the south, to Ksamil (he’d read it was better than Sarandë). Verdict: we didn’t like it. Parking is a nightmare, the beaches are super noisy and crowded. The sea is packed with jet skis, boats, pedalos, and ropes. Avoid it.
On the other hand, we really liked Himarë, where we went next. We stayed at a campsite where we rented tents with mattresses and sheets inside. Right by the sea, on a low cliff (about 2 meters high). You can hear the waves at night... Magical!! To swim, you either jump straight into the sea (almost from the tent) or climb down a ladder, which you’ll need to climb back up to get out.
I was a little worried the campsite wouldn’t be very comfortable, so afterward, I’d booked a small place in Gjilek. Turns out, the place was really tiny (one room for four, no kitchen) and pretty expensive (over 100 € a night). We’d drive to the beach or restaurants—it’s on a steep slope, so not very accessible. Parking near the sea is tricky. But the (private) beaches were nice—we’d rent an umbrella not too close to the music and spend the day there. We also went to a wilder beach, harder to reach, via a long path. Behind the beach, there’s an amazing canyon where we’d sometimes climb using ropes (already in place, no need to bring your own) over big boulders rolled around by the stream, which must swell a lot in spring.
So, the sea in Albania: it’s nice if you like swimming and relaxing, but it’s not the most interesting part of the country. There are so many other amazing things to see and discover—so many stunning sites! Maybe an agency could’ve helped us find more practical accommodations and avoid Ksamil and its surroundings.
We left the coast to head to the beautiful city of Berat and its "thousand windows." We explored the city, its fortress, and its icon museum.
Then we discovered the Osum Canyon—it’s incredible. The view from the top is breathtaking. And at the bottom, it’s magical. There’s little water in summer, so rafting isn’t an option. We weren’t tempted by the big-tube descent offered by an agency—it looked fun, but the group had 40 people. We preferred hiking on our own as a family of four. We scouted the area on Google Maps... and found where to descend. We walked in the water, then it rose to our waists, then our shoulders... We weren’t moving fast. And how to get back up?? Eventually, we followed a group with a guide—the path was hard to find.
After that unforgettable hike, we visited the Bogovë Waterfalls. It’s pretty, and we swam, but the water was *really* cold.
We passed through Tirana again and then headed to Shkodër. We explored a bit—its charming little streets, the Rozafa Fortress. There’s a tiny museum where you can see *huge* Ottoman stone cannonballs. And they tell you the (charming) story of the young woman who was walled alive in the castle’s foundations to ensure its strength...
Shkodër is mostly a stopover to head into the mountains and discover Theth. Our goal: hiking in the Valbona Valley, from Valbona to Theth. We organized the trip ourselves, without an agency, but it took some time to figure everything out. So I’ll save you the trouble—haha. Book your tickets on the Komanilakeferry website. The ticket includes:
🙂 minibus transfer from downtown Shkodër to Koman
🙂 ferry ticket from Koman to Fierze. This ferry ride is *gorgeous*—between mountain slopes covered in pine trees, and sometimes a little house with a few fields...
🙂 minibus ticket from Fierze to Valbona. Now you’re in the mountains! The minibus drops you off near your accommodation—pick one as close as possible to the start of the hike (if that’s your goal!). The ones at the far end of the village add up to 1.5 hours of walking. Our choice: Guesthouse Dioni. The host is really lovely, it’s in the woods, and it’s basic but great.
After a day of hiking, we arrived in Theth. What beautiful mountains! Then we explored Theth and the surrounding area. It’s pretty busy, but you can still enjoy the Blue Eye of Theth and its swim. It’s *so* cold! But so beautiful!
🙂 minibus ticket from Theth back to Shkodër.
After a night in Shkodër, we drove to Kepi i Rodonit. A guidebook (I forget which one) raved about its beauty. And it *is* beautiful!
But the view is ruined by plastic bottles and other trash in the bushes, along the paths, and of course on the beaches. The only peaceful spot: the private beach at Kepi i Rodonit, which is cleaned. You can rent an umbrella and have lunch there. That’s where we spent our last few days—very relaxing.
In short... Albania turned out to be perfect for us and our teens!
I’m diving into a recap of our loop—pretty classic, really—Denver-Yellowstone-Denver this past summer, from July 24 to August 17. Given the sheer number of trip reports already out there (or in the works), and since I don’t have the writing chops or the photography skills of many of you, I’ll keep it practical—well, I’ll try, at least—to share our take on some of the less-visited parks and spots.
First off, a huge thank you to everyone whose trip reports, blogs, websites, comments, and more helped us put together this itinerary. Looking back, it could’ve been even better optimized: a few disappointments when we missed out on some great discoveries, often because we were short on time. Plenty of reasons to come back to the area!
We’re traveling with our four (almost) teens—18, 16, 14, and nearly 12 years old. To keep the trip enjoyable for everyone, we had to make compromises on both sides: cutting a visit short to spend more time swimming, waking up at dawn, and so on. But logistics also played a big role—things like laundry, grocery shopping, and keeping luggage organized could’ve quickly become time-consuming without a little planning.
And honestly, I think we visited every Walmart along the way! Blame it on the lack of fridges in some accommodations and, more importantly, the *very* limited space in the car, which made it impossible to bring a proper cooler. I’ll come back to the car saga later.
For accommodations, this year we alternated between basic cabins in KOA campgrounds and Yellowstone (when staying more than one night in the same place) and hotels. Always with a pool (except in Yellowstone, of course), which let the kids burn off energy—because they always have reserves, even after packed days!—and, let’s be honest, gave us a chance to relax. No Wi-Fi issues either; we all had plans with 25 GB of data (a big thanks to Gilles for the amazing deal at 0.99 €). It worked perfectly, even for texts and calls between phones—no extra charges.
Now, onto our route: as I mentioned, a classic Denver-Yellowstone-Denver loop. To avoid rushing through the parks or spending all our time on the road, we prioritized staying as close to them as possible, with at least two nights in each place. And I’ve got to say, it’s really nice to settle in, even if it’s just for two nights. It also helped us deal with the weather, which wasn’t always great during this trip. The trade-off? With vacation time being limited, some driving days ended up being long. We knew that going in, but since we kept a relaxed pace with no time constraints (don’t ask me for timings—I don’t keep track of the clock on vacation, except in the morning to get everyone up before noon!), we sometimes ended up with marathon days.
With that said, I’ll dive into the trip itself in the next post.
We all have two lives. And the second one kicks off the day you realize you only have one, with the determination to spend the time you have left on what truly adds sparkle to your life, Kevin! I like to elegantly introduce a trip with a philosophical quote. First, it gives you the illusion that I’m some kind of deep thinker, and second, it lets me fill up the first few lines of my blank page when I don’t know how to tell you I’m diving back into what really lights up my life: another adventure beyond the horizon! And nearly every other year, like a toxic relationship, my horizon tends to take shape in Uncle Sam’s backyard. And this, despite his cousin Donald calling the shots. Speaking of which, it was partly that impulsive guy who pushed us to be just as impulsive and snag our four flight tickets at a ridiculously low price—a direct result of foreign tourism taking a hit from BetaMax’s repeated antics... Four tickets? Who are the other lucky ones? In this case, our lucky ones are actually lucky ladies: My Flo, always up for exploring the world with me on foot, camelback, or scooter, is obviously in on the fun. The other two seats went to our daughters, Sasha and Luna, both thrilled to be part of this new American adventure...
But what’s the American West like in February?... A gamble. Let’s call it Russian roulette since we’re not landing during peak weather season. That’s why we encouraged our transportation and accommodation to get cozy and produce a little camper van, so we can stay ultra-flexible in the face of any weather tantrums. We’ll be roaming in Kara the van with the motto "Follow the sun!" Bad weather? We bolt. Snow? We speed up. Sunny? We act like it was the plan all along and soak it up.
"Okay, but why keep coming back to the same corner of the globe? After ten American adventures, you must be tired of seeing the same things, right?" But I’m not crazy, you know!... The American West is like making love to your gorgeous wife over and over, always enjoying it just as much. And contrary to what you might think, the American West isn’t just the Grand Canyon, Monument Valley, Las Vegas, and Bryce Canyon. Proof is, after ten trips to the U.S., my retinas are still untouched by three-quarters of the places I scribbled on a napkin for this adventure... Oh, and add to that my wife, who I’ve easily converted to my religion, and boom... relapse is even easier! Because yes, we’ve landed in Los Angeles after a sunny flight over Greenland, still under Danish flag for now. And we’re already heading east through the XXL traffic of L.A.’s eight-lane highways, eager to dive into our first discoveries. But first, night is taking over the sky, and second, we’ve been officially awake for 24 hours, so I suggest wrapping up this intro. I’ll tell you more tomorrow morning. Sound good?
And we still haven’t seen everything!
Before setting off for new horizons at the end of this year, it’s time for me to share my trip to Cape Verde this summer 2025.
I particularly love these spontaneous trips, and our stay in Cape Verde is one of those because it was only at the beginning of April that we decided on this getaway, which had been catching our eye for a while, given our love for the mountains.
As always—well, when it’s open—I turned to VF, and I want to immediately thank Marie, aka ptitortue, who helped me a lot in planning this trip through her travel journals and our exchanges!
Because Cape Verde is both small and vast! We decided not to rush from one airport to another, to enjoy the places and the people, but also to relax, since the work backlog from being stuck in May (see my previous travel journal 😅) had to be caught up on in June.
So, 4 islands will be our winners from 06/28 to 07/19:
Santiago first for logistical reasons, as round-trip flights from the capital Praia were the cheapest (650 €/person from Lyon via Lisbon with TAP, still!)
São Vicente, because it’s the gateway to the next one but ultimately more than that...
Santo Antão, pretty much the main goal of the trip since Marie (and the photos) had really sold it to me.
And finally, Sal Island, for some rest—a non-negotiable condition for my other half—and we’ll see that I should’ve listened to Marie...
That said, what a chatterbox I am—buckle up, flight attendants at the doors, off we go on new beautiful escapes! (Thanks to Sophie for the easy loan)
Last note for my eager fan club 😏: yes, there will be alcohol—how could there not be in the land of grogue!
Hello,
Since I enjoy not only the countryside but also everything related to rail travel, I’m starting this photo thread dedicated to trains in Thailand (I’d guess most of us have taken one at some point...).
Feel free to post your pictures here as long as they fit the theme: rolling stock**, stations**, platforms, tracks (even without a train on them), technical equipment, engineering structures (bridges, viaducts), etc.—all in Thailand.
For each photo, I’ll (or you can) note the station or line where it was taken.
Comments and questions are welcome.
As I’ve mentioned elsewhere, I inherited my love of travel from my parents and some of my grandparents. A strong passion, but one that was unfortunately limited by our family’s modest resources. Back then, living in northern Alsace, a simple trip to the southern part of the region—with the Wine Route as our destination—felt like an extraordinary journey to a land of plenty for the little boy I was in the late 60s and early 70s.
Everything seemed so huge when you were still just a kid.
Back then, I was overwhelmed by countless sensations—I was already highly sensitive, with a keen mind and a nose and taste buds that were developing like a pro’s. Which, as I’d later realize, wasn’t always an advantage.
Those magical days always began with a gentle late-spring or midsummer morning. The interior of the white Peugeot 404, license plate 210 LZ 67, had already soaked up the sun before the engine purred to life, and the cabin gave off a scent I could still recognize today—a fragrance I found so pleasant. Back then, I had no idea it was just the smell of warm plastic from the car’s interior.
Yes, the scents of the 404 on sunny days became my madeleine de Proust...
What’s more, the whole family was unusually cheerful because those moments of relaxation and leisure were rare. Everyone worked, and no one had an easy job or was well paid. Without the *Trente Glorieuses*, these experiences might never have happened.
Once we crossed the canton’s borders, I felt like I was light-years away from my everyday surroundings, and every kilometer plunged me deeper into *terra incognita*. It was thrilling. Far from my so-called "medium-sized" town, wheat fields, cornfields, and cabbage patches stretched out, punctuated by tall poles connected by long wires and topped with vegetation—like giant clotheslines without laundry, where magical beanstalks might grow to touch the sky. Back then, I was still far from tasting their product, which was simply beer. At the time, there was still a significant local hop production. Fun fact: it wasn’t until 2002 that Anglo-Saxon scientists proved hops and cannabis belong to the same biological family.
After the fields, the landscape took another step up as it rolled past the little boy’s eyes, often glued to the windows. First came modest hills, then a succession of rolling slopes that soon formed an unbroken chain. Their 700 meters in altitude felt like Himalayan peaks to me—impressive, inert giants, a whole new world. Gazing at them, an intense emotion welled up somewhere between my stomach and lungs, nearly taking my breath away. What mysteries, what treasures did these heights hold?
And then there were the cherries on top—the crowning touch that made the scene even more magical: proud, majestic castles perched on the summits like impassive sentinels. Monuments from the past, yet firmly rooted in the present on their rocky spurs.
The little boy’s eyes sparkled—he’d been given a castle for Christmas, complete with battlements, towers, a drawbridge, and fully armed knights. He’d watched and lived *Ivanhoe* on the only French TV channel that existed back then.
Only once did my paternal grandfather join us on one of these trips. A tall, intelligent man with a face that could shift from stern to mischievous, clearly full of humor and charisma. Sadly, his relationship with alcohol had taken a toll on his life and, by extension, those of his loved ones. He had a strong personality—if his boss crossed the line, he wouldn’t hesitate to punch him, which meant he went through a lot of different jobs. Back then, you could quit one job and easily find another. It was quite something to see him in his final stages, hallucinating pink elephants and even drinking perfume when he had nothing else left. The last time I saw him, he’d slipped away from the doctors and nurses while hospitalized in pretty bad shape—at least, I assume his liver was the issue. We were sitting down for a family lunch when the door burst open, and there he stood in his pajamas, eyes twinkling with mischief, clearly pleased with the dramatic entrance. That theatrical moment didn’t spare us from burying him a few months later at the age of 71. One day, my mother told me the family doctor had quietly remarked that it was a shame—with his robust constitution, he could’ve lived to be a hundred. Yes, the family doctor—this was the man who’d come treat you any day, at almost any hour, just for a phone call. It really existed, it’s not a myth!
That day, his wife—my paternal grandmother—was also along for the ride. Everyone agreed that Jeannette was a good woman. She worked as a waitress at *Le Tigre*, the biggest brasserie in town, right in the center. Most customers preferred to be served by her, including local dignitaries and even the mayor. As a kid, I didn’t find her very fun, open, or warm—she seemed a bit stern. Back then, women in their fifties already had the face and build of grandmothers. Same went for men, don’t get me wrong. I had no idea about the struggles she faced because of her husband. I didn’t know that 30 years earlier, she’d had to flee Alsace while pregnant, under threat from Nazi fighter-bombers. I didn’t know she’d had several miscarriages, and that my father—her only surviving child, born prematurely in March 1940 at the other end of France—weighed less than a kilo at birth and was so tiny he could fit in a shoebox. Hard to imagine he’d grow into a strapping man nearly 1.80 meters tall, tipping the scales at 100 kilos.
When you come back from summer camp in early August and ask why she didn’t pick you up with your parents, and they gently tell you she’s "in heaven," you don’t realize she passed away at 54 after suffering greatly from stomach cancer that had spread.
Back to that family outing, that enchanted parenthesis. I even remembered where we’d had lunch when I passed through Dambach-la-Ville decades later. One of those charming, flower-filled towns Alsace produces in abundance—and preserves so well. This one sits high on a hill, and I was a bit stunned on the parking lot because the view stretched far, revealing the Alsace plain below—its fields, villages, hills, and forests. The world seemed so vast and enticing that day, even though I was only glimpsing a tiny fraction of it.
The region was already very touristy, but I wouldn’t notice the downsides until much later. That Sunday noon, I discovered a large restaurant filled with diners. I can still see the enormous piece of meat they served me, decorated with a little wooden skewer topped with a flag. I kept that one for a long time. Those were the golden days of rich, flowing, thick sauces—so flavorful—and the era of the world’s best fries, made on the spot with the best potatoes. To top it off, I was *exceptionally* allowed a small bottle of apple juice, Orangina, or—even better if possible—Sinalco. Yes, Sinalco—like Orangina, but better. A brand that must’ve disappeared in the 70s, but why, and what a shame! Since then, Orangina’s little bubbles have taken the brand to the other side of the planet—it’s now Japanese.
Year after year, I’d eagerly await that ecstatic moment when the most beautiful castle in Alsace, the Haut-Koenigsbourg, appeared in my field of vision. The perfect model, the archetype that blended into the landscape at the height of a child’s dreams.
The trip home always felt like a reality check—less jarring than an alarm clock, but more diffuse and melancholic. From then on, there was only one wish: *When do we leave again?*
Hi there,
Here’s a recap of a trek through the Balkans covering three countries: Albania, Montenegro, and Kosovo. I was with a friend, and we didn’t do the full route (only one day in Kosovo).
It was a wonderful trek through snow-capped mountains and vast flower-filled meadows, meeting incredibly welcoming people.
At the end of the travel journal, I’ll share what I loved and what I liked less.
Day 1: Flight from Paris-Beauvais to Tirana with Wizz Air.
Since Albania isn’t part of Europe when it comes to phone service (at least not yet! :-)), we had to buy a physical SIM card—otherwise, the bill would’ve been sky-high if we’d used our French plan! We got one from Vodafone AL at the airport. You can buy online before leaving with a virtual SIM (e-SIM) for compatible phones, so you don’t have to swap cards. But given the uncertainty about choosing a plan online, we preferred buying one directly at Tirana Airport. Cost: 31 € for 100 GB. That’s way too much—100 GB is overkill. For 40 GB, it’s 27 €, and the plan lasts 21 days. The price difference isn’t huge, and it was cheaper than online. This plan covers all the countries along the Balkan range.
Money tip: All guesthouses and accommodations accept euros. The local currency in Albania is the LEK. In Montenegro, it’s the euro. Bank fees for withdrawing money from an ATM in Albania are pretty steep: 8 € for a withdrawal of 600–700 LEK (about 200 €)! So it’s better to withdraw cash (euros) in France. Oh, and we booked all our accommodations before leaving, but payment is always in cash. Budget around 400–500 € for 9 days of trekking.
Then, a transfer the same day to Shköder, about a 2-hour bus ride. Cost: 10 € per person. Tickets bought directly on the bus. We spent the night in Shköder at a very clean guesthouse, Open Doors B&B. It had a small balcony overlooking the city.
I really liked Shköder, especially its pedestrian street lined with restaurants and lit up at night. It’s a great place to stroll and eat. The food isn’t expensive—two big salads and two beers: 14 € :-) . Fruit prices are also very reasonable: 3 € for a kilo of cherries, compared to 9–10 € in France.
Religions coexist peacefully in these countries—Catholics and Muslims. From our balcony, my friend heard the call to prayer for the first time, coming from one of the city’s mosques.
Day 2: Bus ride to Theth, about 1,100 meters in elevation gain, the starting point for our hike the next day.
The trip took 2 hours and 40 minutes with a break in the middle. The bus was affordable, but taxis also make the trip—though they’re very expensive.
We slept in the heights of Theth at a new guesthouse, "Mountain Vista Shkafi," with an amazing view.
The family was adorable. The husband is a handyman and built almost everything himself. Their baby is named "Sky"—such a cute name, right? :-) Throughout the trek, I found the guesthouses very clean, and the hosts think of everything—no need to bring soap or shampoo; they provide it.
Lunch in Theth at a traditional restaurant on the main road. We tried "Tave Dheu," an Albanian dish with beef, cabbage (very common), and cottage cheese. Delicious but not quite filling enough. For dessert, a honey cake that was perfectly moist—such a treat! Desserts like this are rare; sometimes they serve watermelon instead.
We took a small private bus for 5 € to the "Blue Eye" parking lot, then walked for about 45 minutes to reach a stunning natural site—a kind of lagoon with incredibly blue water. The bravest can swim, but the water’s freezing!
That evening, we dined at "La Montagne Blanche"—excellent! A delightful mix of grilled meats with potatoes and grilled peppers. Some watermelon slices (which I’m not a fan of) and the famous Raki, a brandy served in Turkey and the Balkans! It was my first time drinking brandy "bottoms up." 😉
I’d like to share my family trip to Colombia with kids aged 8. After spending hours browsing the forum and only having two weeks there, we decided to focus on two regions: the Coffee Zone for one week and the Caribbean coast for another. We traveled from August 8 to 23.
Day 1 – First stop: Bogotá
We arrived in Bogotá in the evening on an Air France flight—nothing to complain about, decent service, comfortable, and on time. However, the first night was a miss. We’d booked a hotel near the airport (Abitel Prime) for convenience, but the soundproofing was almost nonexistent; we heard planes as if we were on the runway. Luckily, exhaustion helped us sleep well anyway.
Day 2 – Off to the Coffee Zone and Salento
The next morning, we headed to the airport for a domestic flight to Pereira with LATAM. No issues: punctual and efficient, and in 30 minutes, we landed in Pereira. The landing already set a different mood: lush valleys, endless plantations, and humid air.
We picked up our rental car from Localiza. Unfortunately, the experience wasn’t smooth—the paperwork took forever, and the wait tested our patience. Finally free, we hit the road to Salento, one of Quindío’s gems.
We arrived in the late afternoon and discovered a colorful village bustling with artisan shops and cafés. Our first stroll helped us soak in the atmosphere before dinner at Bambú restaurant—a great surprise with careful cooking and local flavors. We spent the night at Casa Serafín, a charming little hotel, nicely decorated and well-located… but unfortunately very noisy.
Day 3 – The magic of Cocora Valley
This was one of the trip’s highlights. We set off early for Cocora Valley, famous for its giant wax palms, Colombia’s emblem. We chose the 12 km loop recommended by the *Routard*. The landscapes were spectacular: towering palms, rivers, suspension bridges. It felt like walking through a postcard. The weather was perfect.
That evening, we dined at Barnabé restaurant—pleasant setting, decent food, but the bill was a bit steep for what it was. Back to Casa Serafín.
Day 4 – Coffee and panoramic views
The plan was a visit to Finca El Ocaso. For 1.5 hours, we followed a passionate guide who explained the entire coffee process, from harvest to cup. Very educational, accessible for both kids and adults, all in a stunning setting. The tour was in English for us, and we translated for our kids, who aren’t bilingual yet.
In the afternoon, we climbed to Salento’s viewpoint. The valley view was superb. That evening, we ate at Veggie Garden, a simple and pleasant spot that was a nice change from the heavier meals of previous days.
Day 5 – Horseback ride to Santa Rita Waterfall
We booked a horseback ride with Cocora Magic. It was a real success: calm horses, a beautiful trail, mountain and meadow landscapes, and finally the refreshing and wild Santa Rita Waterfall. Without a doubt, one of the best moments of our time in the region. We even got a bonus ride up a 300-meter hill.
We then headed to Filandia, less known than Salento but just as charming. We spent the late afternoon enjoying the pool at MuchoSur Filandia. The hotel is beautiful, in an idyllic setting. However, we also had soundproofing issues and could hear our neighbors.
Day 6 – Rainy detour through Filandia and Manizales
Rain caught up with us in the early morning: torrents of water made it impossible to go out. We stayed at the hotel, reading quietly. By noon, the rain let up: a quick walk in Filandia, a quick lunch, then off to Manizales. We chose to stay at El Otoño hot springs. Great choice: as soon as we arrived, we plunged into the hot pools, perfect after hours on the road.
Day 7 – Hiking and hot springs
In the morning, we hiked the Camino de Super Coco (found somewhat randomly on Google). A pleasant trail with mountain views and a peaceful atmosphere. The afternoon was spent in the hotel’s thermal pools, with a short marked hike down to the river. Dinner on-site at the hot springs’ restaurant. A simple but very relaxing day.
Day 8 – Rain, jacuzzi, and games
We continued to Finca Los Alpes. The rain greeted us again, but this time it turned into an asset: nothing like a steaming jacuzzi with a view of the misty mountains. The kids enjoyed the facilities too: mini-golf, ping-pong, billiards. Dinner and night at the hotel, cozy vibes.
Day 9 – Off to the Caribbean coast
Back to the airport to return the car (still a bit long). Flight to Cartagena with Avianca: punctual and comfortable. Upon arrival, we picked up another car and headed straight to the Hyatt Regency, a modern hotel with a pool. That evening, we dined at the hotel—practical after a travel day.
Day 10 – Colonial Cartagena
We set off to explore Cartagena’s old town. It was enchanting: colorful facades, flowered balconies, colonial charm—just magical. However, the heat was stifling and very humid. Afternoon relaxation by the pool. Dinner at Gestlani, a good restaurant in town.
Day 11 – Road to Barú
A hearty breakfast, then one last swim in the pool before heading to Barú. We checked into Las Islas Hotel. The setting was enchanting: wooden cabins nestled in the vegetation, a private beach, turquoise sea, impeccable service. Dinner at the hotel’s restaurant.
Day 12 – Beach and relaxation
A full beach day in Barú. Warm water, white sand, coconut trees, peace and quiet. A real postcard scene with iguanas and birds.
Day 13 – On to Santa Marta
Another morning at the beach before hitting the road to Santa Marta. The drive was a bit long (6 hours), especially with traffic jams in Barranquilla. It was the longest car ride of the trip. We spent the night at Villa María Tayrona, a beautiful place near the park.
Day 14 – Tayrona Park
We left early for Tayrona Park. We entered through **El Zaino**, parked the car, and set off on a hike to La Piscina (about 2 hours). We stopped along the way at Playa Arenilla, a stunning little beach, to rest. Lunch on-site, a swim, then back by 4 PM. The hike was a bit tiring, but the nature was spectacular: dense jungle, the sound of waves, and even a monkey encounter along the way. Evening and dinner at the hotel.
Day 15 – Last swim and return flight to Bogotá
Our last morning was split between the pool and the beach (the hotel has direct access via a 7-minute trail through vegetation and flowers)—hard to leave this paradise. We drove to Santa Marta’s airport to return the car, then flew back to Bogotá. We spent the night at Casa Dann Carlton, a comfortable hotel. We simply ordered room service, arriving too late to go out.
Day 16 – Bogotá and the end of the trip
Our last day in Colombia. After a good breakfast, we explored La Candelaria. Its cobbled streets and colorful houses were worth the visit. We visited the Botero Museum (free) and the Gold Museum, both fascinating. Back to the airport for our 11:55 PM Air France flight.
That’s a wrap on a varied trip—lush mountains, colorful villages, dream beaches, and tropical jungle.
The pace was pretty relaxed, well-suited for our kids. They absolutely loved the trip to Colombia.
Driving in Colombia was very easy, and we didn’t regret renting a car at all—it gave us more freedom to get around.
If I were to do it again, here’s what I’d change:
- I’d spend less time in the Coffee Zone to stay a bit longer on the Caribbean coast, which was more relaxing for the kids. Or I’d head to Medellín, but I didn’t think the city was very kid-friendly.
- Bogotá is a city that deserves a day’s visit, but it’s not a must-see. Maybe I’d have taken the KLM flight from Cartagena to Amsterdam instead.
Since I didn’t have time to write a proper travel journal, I thought I’d share a few photos of Bologna—a really lovely city I discovered in 2017 while stopping on my way to Tuscany.
Around Piazza Maggiore, which was packed with a stage and chairs for a show, stands the Basilica of San Petronio, massive and Gothic in style, with an unfinished façade (a common sight in Italy).
Another building near the square:
But Bologna’s real charm lies in its porticoes, which were added to the UNESCO World Heritage list in 2021: 62 km of arcades running along buildings, letting you walk sheltered from the sun or rain. Back in 1288, the city required houses to include private arcades for public use. In the city center, you can stroll under 32 km of porticoes in all sorts of styles—some plain, some ornate—with a strong presence of red tones.
Okay, it wasn’t a total disaster either. Actually, I hesitated before starting this travel journal: is it even worth writing about a holiday that won’t leave an unforgettable memory?
In the end, I went for it (there aren’t many recent travel journals about this destination).
So, read on... or don’t .
Every time we’ve been to the Canary Islands, it’s been by default (basically: where can we go in winter or early spring when we only have a week—so not too far, not too much jet lag, but with decent weather?).
This time, we had two weeks, but the winter plan kept changing: first Thailand (dropped for personal reasons), then Martinique (dropped because of work leave dates that weren’t up to me), and finally, the Canary Islands.
We’ve already been to Tenerife (which we really liked) and Lanzarote (which we liked a little less).
This year, two options: Gran Canaria or one of the smaller islands west of Tenerife (La Palma, or even La Gomera or El Hierro).
We chose Gran Canaria... not sure it was the right call!
Whose fault is it?
Storm Thérèse’s!
Yes, Storm Thérèse followed us on arrival, and its effects lasted quite a while. We had to adapt, cancel visits, change activities...
But even without Thérèse...
Saturday 21/03
Departure from Orly at 6:10 AM with Transavia.
The plane took off on time and landed a little early, tossed around by strong winds before touching down.
It had just rained, but it was (almost) no longer raining.
We quickly picked up our luggage and then the car at the Cicar counter.
We got a Seat Arona instead of the Corsa we’d booked. Well, while the driving position didn’t feel great at first (I got used to it), the engine’s smoothness and power were much appreciated on the island’s winding and sometimes steep roads.
It was only 10 AM, and we couldn’t theoretically check into our accommodation until 3 PM (the owner promised to message me if it was ready earlier).
So, we headed to the (big) *Jardín Botánico Viera y Clavijo*, where we planned to spend a few hours.
We found a huge parking lot... empty.
The passenger in the car in front of us (yes, we weren’t the only ones at the closed gate—there was a car in front and one behind) went to ask for info: it was closed due to the storm 😕.
So, we calmly headed toward Puerto de las Nieves, on the northwest coast of the island.
The plan: go to a restaurant, visit the village, and do some shopping while waiting for early afternoon.
As soon as we got out of the car, it started raining... we took shelter under the awning of a shop, waiting for it to pass. But the rain turned into a downpour, and within minutes, awning or not, Gore-Tex or not, we were soaked!
Since we were already wet, we might as well go to the restaurant—they weren’t far! But here’s the thing: contrary to what Google Maps said, they all opened at 1 PM, not noon!
Back to the car, wading through 5 cm of water because all the village streets were flooded .
The rain let up, we did some shopping, went to eat, and I got a message from the owner saying the accommodation was ready 🙂.
So, off we went to La Suerte, a few kilometers north of Agaete.
The downside of the place, especially with luggage, is that you have to climb several flights of stairs via an outdoor staircase (after parking more or less far away on a steep street) to get there 😛).
Of course, on the way from the car to the apartment, it started pouring again—the bags got soaked!
Enough rain for today! We settled in quietly, and by late afternoon, we could (finally!) go admire the view from the terrace.
Trip Planning
My partner and I are heading to the Canary Islands for a week at the end of September, specifically to Lanzarote. We chose this island over the more crowded ones for its volcanic landscape and the variety of hikes it offers.
I booked everything through Expedia: our hotel stay, car rental, and Ryanair flight tickets departing from Marseille. It was the only way to get a direct flight. To make getting around easier during our stay, I picked a hotel located in the center of the island from the wide selection available. It’s part of the Barceló chain, specifically the "Barceló Teguise Beach Adults Only" in Teguise Beach, which turned out to be an excellent choice.
The Trip
Sunday, September 21 - Monday, September 22
Departure
It’s 2:15 PM, and we’re at the Avignon TGV station. Danielle picked us up earlier due to the weather—thunderstorms and heavy rain all the way to the station. The TGV was on time, and it only took 30 minutes to reach Marseille Saint-Charles. The shuttle to the airport is quick and convenient, right behind the station.
The bus leaves for the airport in the middle of the storm, with flooded roads and cars stuck in some spots.
We get soaked making our way to the terminal. Two hours to wait before the flight. The plane finally takes off at midnight, but just before landing, the pilot announces that the destination airport is closed, and we’re being diverted to Tenerife. Ryanair will re-route us as soon as possible.
We end up waiting 2 hours, and Ryanair kindly gives us a 4 € voucher.
We re-board around 5:15 AM and take off at 6:00 AM. About 45 minutes to reach Lanzarote. After collecting our luggage, we head to the car rental desk. The counter in the terminal is closed, and we’re directed to parking lot P4—it takes us a while to find it.
I’m a bit worried about the rental company’s reaction since the car was supposed to be picked up 7 hours earlier, but it’s not a problem. A woman next to us is furious because she’s in the same situation, and her rental was canceled. Anne-Marie translates for her, but nothing changes.
We pick up a brand-new Toyota Aigo and head to the hotel.
After checking in, we cross the garden, walking alongside the large pool to reach our room.
A lovely first-floor room with a jacuzzi and a sea view.
It’s early, so we head to breakfast—a generously stocked and varied buffet with everything you could want.
Afterward, we drive to Cueva de los Verdes, but it’s packed with people and a long wait. We decide to come back another day.
Next, we visit Mirador Del Rio. This rocky viewpoint at the edge of the island has breathtaking cliffs plunging 500 meters into the ocean. The view is stunning and impressive.
A panoramic bar lets you cool off while enjoying the scenery.
We return to the hotel for a short walk around the neighborhood and enjoy the beautiful pool with its pleasant water temperature. Relaxing by the pool, sun loungers, and all.
In the evening, a very varied buffet at the restaurant. Then early to bed to recover from the sleepless night before.
Tuesday, September 23
After a restful night, we enjoy another varied and hearty breakfast. The terrace seating is very pleasant. We take an inland road leading to Timanfaya National Park.
The road near the park runs alongside vineyards where the vines are surrounded by lava stone walls to protect them from the prevailing winds.
Our first stop is at the visitor center, where the island’s volcanic activity is well-documented. Next, we stop at an area where you can take a short camel ride—two seats are installed on either side of the camel’s hump. This little ride offers a great view of the volcanic landscape from a higher vantage point. A fair price of 11 € per seat for a 20-minute ride.
We then head to the park entrance via the road leading to the parking lot, where only authorized buses can take the winding route inside the park.
It’s crowded, and we wait about 45 minutes with several stops before reaching the parking lot.
We board the bus, and the route offers beautiful views of this volcanic area and its many craters. The journey is very interesting, with several stops for photos.
At the parking lot, a guide shows us how the heat from the rocks beneath the surface can ignite dry vegetation. Water poured into holes in the ground immediately creates geysers and jets of steam.
The building next to the parking lot has a restaurant where meat is cooked using the heat from a well dug into the volcanic rock.
On our way back, we drive to Playa Blanca, a seaside town with a small sandy beach.
Back at the hotel in the late afternoon for dinner.
Wednesday, September 24
We wake up early and have a quick breakfast—few people are around at this hour. Two days ago, we booked a 10:00 AM visit to Los Verdes, lava tunnels created by eruptions and lava flows from the La Corona volcano, which extended all the way to the coast.
When the lava came into contact with the air, it solidified on the surface while continuing to flow underneath. The lava tunnels stretch for 8 kilometers to the volcano, but we only walk one kilometer.
The inside of the tunnel is impressive, with narrow passages and larger chambers.
You can see traces left by the flowing liquid lava—varied colors and twisted shapes.
At the end of the path, a large chamber has been turned into a concert hall with perfect acoustics.
Next, we visit Jameo Del Agua.
This is a continuation of the lava tunnel, developed by Manrique.
There are beautifully designed bar and restaurant areas, as well as an underground lake where you can see small blind white crabs—a protected species in this very pure water.
Higher up, there’s a lovely space with a central pool that could double as a swimming area, surrounded by beautifully designed white pathways that contrast with the blue water.
Further on, you reach a large space inside the lava tunnel, set up as a performance hall with perfect acoustics.
Stairs let you view this beautiful space from above. A gap in the lava landscape reveals the ocean on the horizon.
We head back toward the village of Yé, at the foot of the La Corona volcano.
A 160-meter walk from the church, a path crosses vineyard plots and then climbs to the top of the volcano’s crater in about 30 minutes. It’s the island’s highest volcano.
When you reach the edge of the crater, you see how deep it is, with steep slopes inside forming a large circular opening. The place is breathtaking and awe-inspiring.
We drive back to the hotel via a road that climbs quickly, offering a beautiful view of the island’s northern part.
Thursday, September 25
After another enjoyable and varied breakfast, we head to the center of the island toward the volcano park and stop at a roadside parking lot where a path leads to the Montana Cuervo volcano.
This is a crater that opened on one side. During an eruption, an explosion created a breach in the crater.
Huge blocks of rock were thrown dozens of meters away. The path goes through the breach and descends into the crater, allowing you to walk around it. It’s impressive, and you really feel small and fragile in this environment.
The crater walls, with their different colors, highlight the rock formations. The crater is surrounded by a sea of lava with sharp, jagged rocks.
You can walk around the outside of the crater, but it’s not very interesting. We then head to the west coast, stopping at a spot with a small green lake next to a beautiful black sand beach.
Next, we stop at Salinas de Janubio, a lovely viewpoint overlooking the salt marshes with different water colors. A small shop sells various local products.
We then head to the famous Papagayo beach.
The road ends at a booth where they charge 3 € to continue.
From here, the land is private, and you have to pay to drive down a 3-kilometer rocky dirt road.
Quite a few cars are driving along it, kicking up clouds of dust. The car gets a dusty makeover.
We arrive at a large parking area, with several paths leading to different small beaches.
We go to Papagayo, a small blonde sand beach surrounded by red rocks.
The beach slopes gently into the water, which is a pleasant temperature. The setting is charming and peaceful.
We stay for a while before heading back to the hotel.
Friday, September 26
We start with a visit to the César Manrique Foundation in Tahiche. This was originally one of his homes. The modern construction spans several levels and is integrated into the lava flow, using the gaps to create living spaces. Large windows make the rooms bright and open to the scenery. The place is pleasant, with flower-filled gardens outside. It’s well worth a visit.
Next, we drive to Las Grietas, where a path leads to a narrow crack in the volcanic rock, forming a tight passage where only one person can walk at a time.
The passage isn’t very long, but progress is slow due to the endless selfies being taken here.
We then stop at Casa Del Camposino, a renovated farm that houses several artisan shops.
We taste a local wine recommended by a charming woman and buy two bottles of Lanzarote red wine on her advice.
Now, we head to Tamara beach, a beautiful and wide beach at the foot of high cliffs. There are always great waves here, making it a surfer’s paradise.
On the way back to the hotel, we stop at the cactus garden, César Manrique’s final creation. Designed with a great sense of aesthetics around an old windmill, it features 4,500 varieties of cacti in various shapes, all in a beautiful setting.
We return to the hotel in the late afternoon for the evening.
Saturday, September 27
After another hearty breakfast, we head north to Haria. We stumble upon another of César Manrique’s homes, where he lived for a long time. This house is more traditional than the previous one but still has large, modern, and very pleasant rooms. At the back of the garden is his large studio, where he created his works.
Next, we visit the craft market—this was our original plan. Various stalls offer local items, and it’s very crowded. No room at the café terraces to sit down.
We then return to Famara beach for a long stay. There are always great waves here, much to the surfers’ delight. The water temperature is pleasant, and we enjoy it.
On the way back to the hotel, we stop at a gas station to refill the car, which has been very fuel-efficient. Gas is also much cheaper here than in France—1.16 € per liter of SP95.
We also wash the car, which was very dusty after the long dirt road to Papagayo beach.
At the hotel, we enjoy a farewell cocktail before dinner.
Sunday, September 28
We spend the morning by the hotel pool before checking out at noon. For lunch, we go to a restaurant called "Dona Lola," near the hotel, with a terrace offering a view of the coast. We order tuna carpaccio, which is delicious.
We then head to the airport, just 15 minutes away.
We return the rental car and go to the airport.
A long line to check in our luggage.
The return flight is on time.
A shuttle bus takes us to Saint-Charles station.
We then head to our overnight rental. The boulevard slopes down, making it easier with the suitcases.
The rental is between the old port and the train station.
Once there, we pick up the keys and make one last effort to carry the luggage up to the third floor.
The studio is nice, clean, and simply equipped—perfect for one night.
I’m a newbie to this forum, passionate about wildlife, the landscapes of East Africa, and Tanzania in particular.
This June 2024 trip/safari is our 7th visit to Tanzania and our 5th in the south, which has drawn us more than the north ever since we discovered it in 2015.
In 2024, the entrance fees for the reserves and services have gone up again since our last visit.
I chose to return first to Mikumi Reserve, which was the very first one we visited in the south. Then, we’ll head to Selous (J. Nyerere N. P.) as usual.
Initially, we wanted to spend 2/3 days on Mafia Island at the end of the trip, but it made the total cost too high, so we gave up...
We usually go to Ruaha and Selous, but I wanted to mix it up a bit—also to save some money...
As for the timing, June is a new experience for us. I thought it might be interesting to come just after the lodges reopen... hoping for some great wildlife encounters??
The trip starts in Marseille with our first flight on Ethiopian Airlines to Addis Ababa, then continues to Dar es Salaam, where we’ll finally set foot on Tanzanian soil again.
In Addis... "our" A-350.
.....
After arriving in Dar, we spent one night at a hotel near the airport. The next morning, we headed to the domestic flights terminal, which hasn’t changed in years.
By mid-morning, we boarded a Cessna 208B Caravan with Safari Air Link, heading to the Kikoboga bush airstrip in Mikumi, which we reached 45 minutes later.
Fun fact: the pilot was the same one as on our return flight two years ago.
Welcome on board:
Of course, a driver/guide team from our chosen lodge was waiting for us upon arrival:
I was surprised to see so many aircraft parked there... even twin-engine Embraer Brasilias??
As a fan of vintage planes, I loved it...
On the other hand, the light was incredibly harsh.....!!
Our guides only speak English. We knew that in advance. In the south, it’s very rare to find someone who speaks French. This’ll force us to dig into our high school English memories... from 60 years ago... at least.
It’s noon, and we head toward the lodge.
Near the airstrip, next to the Mikumi rangers’ base, there are quite a few herbivores. They find a bit more peace here—the big cats don’t venture this way...
Our first encounter was a group of Masai giraffes.
Rarer (for us), a savanna monitor lizard basking in the sun right in the middle of the track...??
A large gathering of impalas (mostly males) along with a few blue wildebeest:
Also unusual: a African crowned hornbill taking a dust bath in the middle of the track...!!
When it comes to identifying mammals or birds, I don’t know everything... so I might make mistakes. Please forgive me.
I’m counting on my friend Blesl’s active participation... 😉