Fragments de voyage I/II: d'Istanbul à Jakarta par la route
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Infos pratiques Kashgar-south Silk Road

A tout seigneur tout honneur, à signaler le site génial de Central Asia Traveler http://www.centralasiatraveler.com/index.html sur la route de de la Soie avec une extension dans le Qinghai ouest. Une mine d'informations même si certaines sont dépassées (depuis 2006, les prix ont enflé) et des cartes détaillées qui sont toujours d'actualité. Central Asia Traveler est sur le forum du Thorn Free.

Transport

Tashkurgan-Kashgar 51 yuans bus bus part entre 9h et 9h30. Kashgar-Shache 32 yuans bus Shache-Khotan 45 yuans bus Khotan-Minfeng 37 yuans bus Minfeng-Qiemo 110 yuans taxi partagé pas de ligne entre les deux villes. possibilité d'attraper des bus couchettes mais très aléatoires. Qiemo-Ruoqiang 46 yuans bus un bus quotidien à 10h30 Beijing Time. Réserver la veille car les places sont vite vendues Ruoqiang-Golmud 230 yuans bus couchettes un bus quotidien à 18h

Nourriture quelques plats Laghman entre 6 et 8 yuans Suoman entre 10 et 12 yuans Polo entre 12 et 15 yuans Samsas 1 à 1,5 yuans l'un Bol de nouilles 6 à 8 yuans Riz gluant présenté dans des feuilles de bananiers nappé de sucre liquide 1 yuan l'un

Logements hormis Kasghar, se loger revient cher sur la route 315. Pas d'infrastructures hôtelières pour les voyageurs petit budget. J'ai appris qu'il y a maintenant une auberge de jeunesse à Tashkurgan. Tashkurgan : Trafic Hôtel tenu par des Han 120 yuans chambre double avec TV et salle de bain. En sortant de la petite gare routière, marcher 100m sur le même trottoir. Kashgar : Pamir Youth Hostel www.pamirhostel.com lit en dortoir 45 yuans. en face de la mosquée Idkah à côté des glaciers. Relax et conviviale. Wifi gratuit. Staff très serviable. Propreté des toilettes laisse à désirer mais à leur décharge ils ne sont que trois pour tout faire. Ils nettoient quand tout le monde dort vers 1h30 du matin et pour tout dire, il y a vraiment des porcs parmi les voyageurs. Shache : hôtel Subhi tenu par des Ouïghours. 128 la grande chambre double après négociation. TV et salle de bain. Sur la rue principale. En sortant de la gare routière, tourner sur la droite et au feu, prendre à droite sur l'avenue principale de Shache. Marcher durant 500m, trottoir gauche. L'hôtel fait l'angle. Khotan : Trafic Hôtel tenu par des Han 160 yuans chambre double avec TV et salle de bain. Pas moyen de négocier. Peu accueillant. Juste à côté de la gare routière. Ils ont des chambres sans salle de bain 100 yuans mais aucune de libres lors de mon passage qu'ils disaient. Niya : Bao Rui Hotel tenu par des Han 140 yuans chambre double avec TV et salle de bain. Fait rare wi-fi gratuit. Je pouvais me connecter depuis la chambre sans password. Accueil très sympa. Mon meilleur souvenir sur la route de la Soie. En sortant de la gare routière, prendre la grande avenue sur la droite, marcher 300m et traverser au carrefour, l'hôtel fait l'angle. Qiemo : Trafic Hotel tenu par des Han 140 yuans chambre double avec TV et salle de bain après négociation. Ils ont des chambres avec internet compris mais c'est plus cher. Bâtiment à gauche en sortant de la gare routière.

Important : plus besoin d'ATP Alien Travel Permit pour se rendre au Qinghai. Par contre, si l'on veut aller jusqu'à Golmud par sauts de puces, en passant par Shimiankang, des incertitudes demeurent.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
MÉ Mékong Globetrotter ·
Qinghai sur le haut plateau tibétain Ruoqiang-Golmud-Xining-Qinghai Lake

Le voyage commence et nous essuyons une tempête de sable, pas très méchante car nous ne pourrions pas rouler. Dans cette région désertique, les tempêtes de sable sont fréquentes et parfois violentes. A l'intérieur, les couchettes sont étroites. Je ne sais pas comment poser ma tête. Le trajet ne s'annonce pas très confortable. A l'aube nous roulons sur le plateau du Qinghai (photo).

Le Qinghai Nord-est du plateau tibétain. Province la moins peuplée de Chine, vaste et méconnue. C'est ce qui m'avait attiré d'emblée. Le Qinghai englobe aussi toute la région historique tibétaine de l'Amdo et une partie de celle de Kham. Il héberge le plus grand (?) lac de Chine et l'un des plus hauts du monde; Berceau des deux plus grands fleuves chinois : le Yangtzé (photo) et le Huang Ho (photo) qui prennent leur source dans les monts Kunlun. Autant de raisons qui ont conforté mon désir de traverser cette province. Peu de grandes villes hormis Xining et Golmud. Des routes interdites aux étrangers : le tronçon de la route 315 entre Da Qaidam et le lac Qinghai. Des interdictions qui seraient liées au fait d'activités nucléaires et de zones carcérales. Le Qinghai est la dernière étape avant la province du Tibet autonome (TAR) et la voie ferroviaire reliant Beijing à Lhassa passe par Golmud.

Golmud (2809m) (photo) c'est justement ma destination. Nous arrivons vers midi. Content que ça s'arrête car le fait de rester constamment allongé m'a donné mal à la tête. Je n'ai pas l'habitude de voyager couché et pour tout dire je ne renouvellerai pas l'expérience. Pratique, les deux gares ferroviaire et routière sont côte à côte. En premier lieu, j'opte pour le bus direction Heimahé au sud du lac Qinghai mais un contretemps suffisamment important va m'obliger à annuler mon billet 1 heure avant le départ prévu à 16heures : la perte de mon appareil photo que je pense avec quasi certitude avoir oublié sur la couchette du bus. Je m'en suis aperçu lors du déjeuner en voulant dégainer (il est toujours à proximité de ma main droite). Encore heureusement que j'ai la gachette facile. Depuis deux heures, je cherche à joindre les chauffeurs du bus stationné sur le parking et impossible de me faire comprendre par les employés de la gare. Mes mimes ne sont pas au point. Bizarrement, avant de m'en apercevoir, j'ai croisé deux fois les chauffeurs dont la dernière fois partant sûrement se reposer à leur hôtel sans qu'ils m'aient signalé avoir trouvé quoi que ce soit dans le bus......Pas le moment de jouer au détective, je dois trouver une personne susceptible de me comprendre et ensuite de pouvoir m'aider en espérant qu'il sache où se trouvent les chauffeurs. Après 3 heures à tourner dans le parking, je tombe sur un type qui m'apprend que le bus ne part que le lendemain pour Ruoqiang. Mieux, Il capte que mon appareil est dans le bus et par chance il a le numéro de l'hôtel qu'il appelle de mon portable. Après 15mn, voilà les deux chauffeurs qui se pointent. Aux regards qu'ils me lancent, ils semblent mécontents d'avoir été dérangés mais je perçois aussi de la gêne dans leurs yeux......L'un d'entre eux ouvre la porte "tu peux monter" à l'intérieur tout est sens dessus dessous; à ma place je passe la couchette au peigne fin mais je ne trouve aucune trace de mon appareil. Je m'exprime avec des gestes et en Anglais même si ils ne comprennent pas mais au ton de ma voix, pour qu'ils réalisent que je suis sur de l'avoir laissé ici "je l'ai oublié ici, où est t-il ?" lui "des personnes ont nettoyé" Il ment car je les ai aperçus en train de le faire. Le voilà qui revient à la charge "combien coûte ton appareil ?" Je suis surpris par sa question"aucune idée il n'est pas récent mais peu importe je veux le récupérer" En descendant du bus, je vois le troisième larron qui est arrivé et d'autres gens de la gare qui viennent aux nouvelles. Apparemment tous ont l'air de bien rigoler de la situation surtout quand ils discutent argent. Je leur fais comprendre que je n'ai pas envie de rire et je retourne devant le bus pour relever la plaque d'immatriculation en prenant mon temps pour qu'ils me voient. Celui qui me proposait de l'argent arrive "qu'est ce que tu fais" je lui montre le numéro sur un bout de papier et lui dit que j'ai des amis chinois qui vont m'aider et je vais porter plainte auprès de sa compagnie blablabla........Tiens étonnamment, il a compris car son visage se décompose. Je m'assois et j'attend en espérant que le rapport de forces s'est inversé. Peu à peu, ça a fait son effet. Les voilà les trois en conciliabule à 5 mètres de moi en jetant des regards inquiets dans ma direction. Et comme par enchantement mon appareil réapparaît dans les mains d'un quatrième larron qui vient d'arriver. Les voilà m'entourant et me tapotant l'épaule, sourires et éclats de rires. Je fais les vérifications d'usage. tout fonctionne.....Bigre ! Ils ont déjà pris des photos ! ils n'ont pas perdu de temps les lascars....."ce sont des photos de famille ?" "c'est ta fille?" il est gêné et me souffle à l'oreille"tu peux les effacer" je ne me fais pas prier....mais c'est qu'ils l'ont fait chauffer le Lumix...."et voilà pffttt ! plus rien" il a trop peur que je les garde pour le dénoncer. Dans le dénouement de cette affaire, le principal est d'avoir récupérer mon appareil, c'était mal embarqué, pas la peine d'en rajouter. Je rassemble mes affaires "au revoir Messieurs" et je quitte cet endroit pour me diriger vers la gare ferroviaire.

J’achète un billet pour Xining, en train de nuit départ à 0h51 arrivée à 10h le matin. C'est parfait. J’ai pris une couchette car je viens de parcourir plus de 1000kms en bus. Une autre raison motive mon choix. Je veux m’assurer d’arriver à temps pour regarder la finale de l’Euro ce dimanche. Demain nous serons le 1 juillet. Une finale excitante réunissant deux belles équipes. L’Espagne au sommet de son art, dans la maitrise de son football qui se permet même d’innover grâce à des joueurs d’une intelligence tactique inégalée. Cela dit elle a souffert face au Portugal toujours très difficile à manoeuvrer. L’Italie qui a terrassé l’Allemagne. Je le sentais venir car la défense allemande me paraissait fragile. En face il y a le maitre à jouer Pirlo, l’artificier Balotelli , Buffon plus une équipe de guerriers symbolisée par De Rossi. Elle fait plaisir cette équipe d’Italie, plaisante, parfois enthousiasmante et finalement très attachante. Le train traverse la région de Da qaidam ; celle qui est inaccessible aux étrangers par la route. Quant à moi, impossible de fermer l'oeil à cause d'un ronfleur patenté. Au petit matin, il longe la rive nord du lac Qinghai où l’on peut voir les premières tentes et les premiers troupeaux de yacks. J'ai le nez collé à la vitre.

Xining gare ouest. J'ai prévu de descendre à la prochaine « gare centrale ». Le train reste à quai de longues minutes. Mauvais présage. Je me pointe à la porte et montre mon billet au contrôleur au bord du quai. Evidemment je ne comprends pas un traitre mot de ce qu’il me dit mais il parait préoccupé. Ça sent le roussi. En effet, quelques minutes, un autre employé de la gare accoure. Il parle un peu Anglais et me dit que c’est le seul arrêt pour Xining. « dépêchez vous de prendre vos bagages, le train va partir » Ouf c’était moins une. Maintenant un autre problème de l’équation se présente : je ne sais pas trop où je suis, vaguement, à l’ouest. Ayant prévu de descendre à la gare centrale qui après information est fermée pour rénovation, je suis muni d’un mini plan représentant le centre-ville de Xining, certes quelques noms de rues sont écrites en Mandarin mais il ne m’est d’aucune utilité là où je suis. J’aperçois un groupe de taxis. Voyons ça. Je déplie mon papier où figure l’adresse de l’hôtel en Mandarin s’il vous plait. L’un connait. Problème il refuse de mettre son compteur. « alors combien ? » « 40 yuans » "c'est trop cher, pour ce prix je préfère marcher". Je les entends ricaner dans mon dos. Au loin j’aperçois des buildings qui s’élancent dans le ciel. Pas de doute, le centre est là-bas. En chemin, je m’assure être dans la bonne direction en questionnant les gens….enfin en montrant le bout de papier où figure le plan et balbutiant maladroitement « Xining » tout en agitant le bras vers l’est. Il y a un groupe de Tibétains cueillant des champignons, un ouvrier Han au milieu d'immeubles en construction.....Personne ne me contredit et ils acquiescent du menton comme cette dame sur le pont : elle me confirme la direction mais elle semble interloquée. Ainsi je progresse mais les heures passent et la fatigue arrive. Pour ce qui est des buildings, il y en a partout aussi hauts les uns que les autres. Prendre un taxi : j’hésite puis je me ravise car je suis peut-être tout proche. Entretemps j’ai trouvé des rues écrites en pinyin. Pour info pinyin signifie transcription de Mandarin en écriture latine et je trouve Kunlun-Lu (Lu veut dire rue) ma rue, je n'ai plus qu'à la suivre. Le hic est qu’en Chine, les rues sont associées aux directions.......car elle peuvent faire plusieurs kilomètres de long. Dans ce cas précis je marche sur Kunlun-Lu-ouest et mon hôtel est situé sur Kunlun-Lu-est. Je comprend maintenant pourquoi les chauffeurs de taxi ricanaient et le regard interloqué de la dame que je questionnais. Reste à espérer que je sois plus proche de la fin de Kunlun ouest. En prenant les choses avec philosophie, cela me permet de visiter la ville; à côté des immenses buildings, il y a aussi de très jolis parcs (photo), un pont surmonté d'une énorme arche. Après celui ci, soulagement Kunlun-lu-est débute. L'hôtel est proche et après 7 heures de marche, j'arrive enfin au Lete Youth Hostel à 17h30 et suis accueilli à la réception par Gaowa une jolie Mongole (photo). Pour info, la Mongolie intérieure est l'une des cinq provinces autonomes de Chine. Gaowa est originaire de cette province du nord qui borde la Mongolie. L'auberge est confortable, l'endroit idéal pour me retaper. Très fréquenté par les voyageurs chinois. Certains viennent de Harbin, d'autres de Beijing ou Shanghai. Il y a aussi un groupe d'une dizaine de Russes. L'auberge est managée par Jane et se trouve au 16ème étage d'un immeuble. La vue est imprenable sur la ville et le stade juste en bas (photo)

Xining (2275m) (photo) c'est la capitale du Qinghai. Ville de plus d'un million d'habitants, très étendue, je m'en suis aperçu à mes dépends. La ville est la base de départ pour les régions tibétaines de l'Amdo et de Kham par les routes 214 en direction de Yushu, 109 via le lac Qinghai en direction de Lhassa et les deux routes secondaires, l'une en direction de Dawu-Darlag dans le pays Golog, l'autre en direction de Tongren-Songpan. La ville est peuplée par une forte communauté de Hui, les Musulmans chinois que l'on peut voir en grand nombre le vendredi devant l'imposante mosquée DongGuan (photo) , des Han et quelques Mongoles et Tibétains que l'on peut voir aux abords de la gare routière. Loin d'être dégoûté par la marche, je continue les jours suivants d'arpenter d'autres quartiers de cette ville que j'aime bien (photo) d'autant que l'on y mange très bien mais cela j'y reviendrai plus tard. Encore une fois, la ville dispose de jolis parcs (photo) dont le parc du peuple très animé entre la musique (photo) , les danses tibétaines et les joueurs de Mahjong (photo). Et la finale de l'euro. Je fais ouvrir la salle TV exceptionnellement qui est habituellement fermée la nuit ce qui me fait veiller jusqu'à 3h du matin en attendant le coup d'envoi. Je devrais dire nous car il y a d'autres amateurs qui arrivent progressivement : des Russes et un couple de Chinois de Beijing fans de foot tous les deux. Le match est un récital espagnol avec à la baguette Xavi au top, Iniesta toujours aussi génial et derrière Ramos infranchissable. L'équipe d'Italie n'a pas démérité mais l'Espagne est au sommet de son art. Quelle belle équipe ! Au bout de quelques jours et après avoir rattrapé mes heures de sommeil, je projette de me rendre au bord du lac Qinghai, l'une de mes priorités de mon voyage en Chine. Il y a une auberge de jeunesse sur la rive sud, Kokonor Youth Hostel dont j'ai pris soin de faire noter l'adresse en Mandarin sur un bout de papier lorsque j'étais à Kashgar. Cette auberge est située au bord de la route 109 (photo), km 2103. Je demande aux filles du Lete Youth Hostel de me noter en Mandarin la ville la plus proche (Tahu) sur cette route pour acheter mon billet de bus ainsi que le lieu où je dois descendre, à montrer au chauffeur. Tout semble aller pour le mieux. Un mot pour dire que le personnel des auberges de jeunesse chinoises fait preuve d'une grande disponibilité et de beaucoup de gentillesse. Je leur confie mon gros sac pour voyager léger. Retour dans trois jours. Direction la gare routière de Xining (photo). Dans le hall, je fais connaissance avec un Tibétain de Yushu et sa fille qui rentre chez eux. Le départ pour Tahu est fixé à 18h ce qui nous fait arriver juste avant la nuit. Avant de monter dans le bus, je montre le papier au chauffeur où est écrit l'adresse de Kokonor au km 2103 avant Tahu. Celui agite sa main pour me signifier un refus. J'insiste. Nouveau refus et il rigole avec ses copains. L'affaire se présente mal. Je ne peux pas compter sur lui. Le bus possède deux étages car il y a beaucoup de monde. Le chauffeur m'interpelle pour me présenter un petit groupe de jeunes chinois "Tahu" . C'est leur destination mais pas la mienne. Mais il a décidé à ma place. Attendons de voir une fois sur place. J'aviserai. Durant le trajet projection vidéo avec Avatar. Mes proches compagnons dans le bus sont de jeunes étudiants. Les universités viennent de fermer leurs portes. Place aux vacances.

le lac du Qinghai (3205m) (photo) (photo) surnommé Kokonor de son nom mongol (le Qinghai fut dans le passé sous domination des Mongols), Tso Ngonpo de son nom tibétain car il fait partie de l'Amdo l'une des trois provinces tibétaines historiques. Les rives sont peuplées de nomades tibétains avec leurs troupeaux de yacks, de chèvres, de chevaux (photo) Le plus grand lac de Chine (à confirmer cependant) et l'un des plus hauts du monde. C'est un lac salé et un lieu de pèlerinage pour les Tibétains. D'une circonférence de 360 kms, il attire de nombreux cyclistes et d'autres en route pour Lhassa sur la route 109 reliant Beijing à la grande ville du Tibet autonome. Nous arrivons à la tombée de la nuit à Tahu. En prenant mon sac, le chauffeur m'invective de nouveau en me montrant un immeuble qui ressemble à un hôtel "Tahouuuu !!!!" oui t'as raison et merci pour ton aide. Ou suis je tombé ? Tahu est une petite ville sans cachet taillée pour les groupes organisés de touristes. Fermez le ban. Je repère un hôtel sans prétention histoire de me renseigner sur le tarif d'une nuitée. Je manque de m'étouffer quand le préposé m'annonce le prix : 360 yuans ! Il est temps d'activer le planB. Trop tard pour marcher dans la nuit à la recherche de Kokonor. Première chose : acheter quelques provisions dans une échoppe et ensuite trouver un endroit discret à l'abri du vent pour installer mon campement de fortune. Demain sera un autre jour. L'attente commence sous une nuit froide sans fermer l'oeil, ponctuée par les aboiements et les bruissements du vent. 4h30, histoire de me réchauffer, il est temps de se mettre en route en direction de Kokonor. Je ferai un crochet par les rives du lac pour assister au lever du soleil. Et là l'attente est au-delà de mes espérances. Tout simplement magique ! (photo) Je ne regrette pas d'avoir passé la nuit dehors. A mesure que le jour filtre, je distingue sur ma droite à cents mètres, des formes que je crois être des rochers mais ça bouge légèrement.....je me rapproche et surprise ce sont des yacks qui sont attachés, l'un se repose (photo) (photo) et l'autre broute (photo) (photo). En suivant les rives du lac, je rencontre trois campeurs chinois, des han, étudiants de Beijing. Ils se déplacent en stop et projettent de se rendre à Lhassa de cette manière. Lijian parle Anglais. Nous échangeons les numéros de téléphone et il se propose de m'aider en cas de problème. "N'hésites pas à appeler". Je leur souhaite bonne route. Ils sont déjà en train de remballer la tente. Fatigué mais ravi, je retourne tranquillement sur la route. Finalement, Kokonor n'est distante que de 5 kms. J'arrive très tôt à l'auberge où je prend le petit déjeuner. Beaucoup de jeunes Chinois, en discutant avec l'un d'entre eux, il me confirme qu'il y a une majorité d'étudiants dont certains travaillent ici en tant que bénévoles. L'ambiance est très roots, les contacts faciles avec ceux parlant un peu Anglais. Tous ces jeunes bénévoles donnent à l'endroit un côté autogéré (photo) et la mascotte des lieux est un chat blanc (photo).

Ada Je commence à somnoler dans la salle commune quand Ada arrive (photo). Elle parle très bien Anglais et nous commençons à échanger. J'oublie vite ma fatigue car elle captive mon attention. Elle réside à Beijing et a quitté son emploi pour voyager en avion jusqu'à Lhassa puis par la route à travers le Tibet. Je ne suis pas surpris par son profil car j'ai tout de suite senti qu'elle est différente des autres. Ada est une femme à la personnalité affirmée, très cultivée, qui lorsque elle demande quelque chose à la réception le fait avec tact et détermination. Le genre qui en impose par sa prestance. Elle sourit d'amusement et de surprise lorsque je lui raconte mon histoire de la veille et ma nuit à la belle étoile. Le courant passe. A partir de là, nous devenons inséparables. J'avais prévu de retourner à Xining un jour plus tôt mais je me ravise pour rester avec elle. Je suis sous le charme. Elle respire la joie de vivre et pleine d'entrain. Ada est une fulgurance dans mon voyage. Notre emploi du temps se partage entre balade à pied et balade à bicyclette dans un cadre superbe (photo) et retour à Kokonor où l'atmosphère est vraiment excellente. Je la surnomme "the pink Lady" en la taquinant sur sa tenue tout en rose (photo), de très bon goût certes mais ce n'est pas l'avis des yacks au bord du chemin qui montrent les cornes. A ce titre, cela ressemble au cirque Barnum avec des yacks et chevaux enrubannés le long de la route 109 pour appâter les touristes auxquels les Tibétains extorquent quelques yuans pour chaque photo. En passant à pied avec Ada, une tibétaine m'interpelle "photo clic clac" "sorry I have not Camera" Ils ne perdent pas le nord. A chaque intersection menant au lac, il y a une tente où il faut payer 20 yuans pour continuer jusqu'à la rive.....sauf une que nous trouvons au km 2100, pas de tente à l'horizon et nous nous engouffrons sur nos bicyclettes dans cette brèche. Nous croisons bien une Tibétaine qui tient à ce que je monte à cheval "non merci!" Les soirées au Kokonor sont à l'image de l'atmosphère, détendues et animées. Un jour, c'est soirée party avec barbecue. Un autre jour, alors que je m'apprête à aller dormir, je vois un étranger débouler dans la salle. Ada est déjà partie se coucher car c'est le lendemain que nous retournons à Xining en stop et nous avons décidé de partir tôt . Depuis mon arrivée au lac, j'ai très peu dormi. Mais voilà cet étranger me voit (suis au fond de la salle), me salue et me demande en Anglais ma nationalité. Ainsi, je fais connaissance avec Claude, un Breton de Toulouse qui voyage durant 3 mois à la dure. Depuis plusieurs semaines, il fait du stop avec parfois de grands moments de solitude sur les route de l'Amdo et du Kham sans voir âme qui vive durant des heures et des heures, dort dans des lamasseries ou des hôtels miteux car il doit faire avec l'argent de poche qu'il a emmené, sa carte de crédit étant bloquée sans qu'il sache pourquoi. Arrivé à Xining, son compte est enfin débloqué. Il n'est pas venu seul, une équipe de bras cassés l'accompagnent.....et des bouteilles. Deux fois, un Chinois, déjà bien entamé me tire le bras "il veut que tu viennes t'asseoir pour trinquer, en fait tu n'as pas le choix, c'est le chef " me dit Claude. ça sent le traquenard mais j'accepte. L'occasion fait le larron, le repos on verra plus tard. Et la bouteille d'eau de vie tourne, la copine du chef tourne à la bière. "Tu vas voir que je vais l'enterrer, il ne sait pas à qui il a affaire" me glisse Claude à l'oreille. Entre deux gorgées, il en profite pour me raconter ses péripéties de voyage, les paysages dans le nord, la route en camion Yushu-Xining ("la plus belle route depuis que je voyage !") et il en a fait des voyages de l'Afrique à l'Amérique du sud, ses démêlés avec un moine qui voulait lui prendre son appareil devant l'entrée d'un temple payant. J'aime sa philosophie du voyage, nous parlons le même language. Et effectivement, les prédictions de Claude se réalisent, notre chef titube de plus en plus et se balance sur sa chaise. Il s'éclipse au bout de deux heures en se confondant d'excuses. La vérité est qu'il va s'écrouler et qu'il ne veut pas perdre la face devant les deux étrangers. Quant à Claude il est loin d'être atteint, mieux il sort sa trompette et son harmonica. Un Chinois Han se joint à lui avec sa guitare (photo). Le duo fonctionne car celui ci chante (une belle voix) et a son propre répertoire (ses chansons qu'il prend soin de commenter avant de commencer) en plus de quelques standards (dont Imagine de Lennon). Claude le suit soit à la trompette, soit à l'harmonica et entre deux chansons, continue d'écluser les restes de bière, quant à moi je suis out. La suite de son périple : Golmud et la frontière jusqu'au TAR, le Tibet autonome. Bonne route l'ami et content de t'avoir rencontré. A la revoyure j'espère. Le lendemain je pars en stop avec Ada qui est le meilleur moyen de rejoindre Xining. Peu de bus empruntent la route 109. Une première voiture jusqu'à Duotangue, sur la place de la princesse Wencheng (photo) . Ada m'explique qui est cette femme dans l'histoire chinoise. A son contact j'apprends et j'en profite pour lui poser des questions. Les discussions sont passionnantes.

La princesse Wencheng et le Tibet. Cette princesse faisait partie de la dynastie Tang. Elle se maria avec le roi des Tubo, Songtsan Gambo en 641 qui scella l'amitié entre les Han et les Tibétains. Très aimée par les deux ethnies, un temple lui a été dédié à Yushu. Des statues l'honorant se trouvent dans des villes en Amdo, l'une des trois provinces historiques tibétaines ainsi qu'à l'intérieur du Potala à Lhassa. Cette belle histoire ressemble à celle de Akbar l'empereur moghol qui a pris pour épouse une princesse rajpoute dans le but de réunifier l'Hindustan. Tous les Chinois Han que j'ai rencontré en voyageant, rêvent ou sont allés au Tibet car ils veulent découvrir cette partie de leur pays qui les fascine de par son histoire mouvementée et il faut le dire la beauté majestueuse des paysages. En France, sous la houlette des associations droits de l'hommiste, il y a toujours cette manie d'opposer les Han aux Tibétains, avec évidemment dans le rôle des méchants oppresseurs les Han. Les mots sont lourds de connotation : sinisation, colonisation et ne laissent aucune place au doute. Pourtant les relations de bon voisinage entre les Han et Tibétains existent depuis la dynastie Tang symbolisées par la princesse Wencheng et en parlant avec les Chinois, le Tibet a toujours fait partie de la Chine.

Nous attendons peu de temps. Une voiture se propose de nous emmener et après négociations, nous obtenons qu'ils nous déposent au pied de notre hôtel. Les deux Tibétains semblent perdus en arrivant à Xining. Finalement, avoir traversé la ville à pied m'aura été utile, je peux les guider, Ada, le sourire aux lèvres, fait l'interprête car elle connait mon histoire qui l'avait beaucoup amusée. Retour au Lete Youth Hostel. Nous en profitons pour parcourir la ville que je redécouvre à travers les yeux d'une Chinoise. Elle fait la guide culinaire ce qui n'est pas pour me déplaire mais j'ai trouvé à qui parler. Ada aime bien manger et s'y connait en la matière. Encore une chose qui nous rapproche. Mieux, elle organise des concours de cuisine chez elle. "quand tu viendras en France, je te cuisinerai un plat typique de ma région, je pense aux quenelles lyonnaises". Pour le moment nous nous délectons de délicieuses brochettes d'agneau (photo), de petits pains fourrés aux légumes et de yogourts de yacks après nous être restaurés dans un petit restaurant dans le quartier hui. Xining est une ville où l'on mange très bien. Après ces jours intenses, la fin de cette belle rencontre approche. J'évitais d'y penser afin de profiter pleinement de chaque moment mais là je réalise qu'elle va partir et que peut-être je ne la reverrai plus. Elle a décidé de prendre l'avion pour Shanghai avant de rentrer chez elle à Beijing. Je lui offre un petit cadeau en souvenir : une pierre semi-précieuse venant des montagnes pakistanaises. ça la touche même si elle n'est pas expressive sur le coup. Elle m'apprend que ce voyage est une évasion pour échapper à sa famille et qu'elle a des choses importantes à régler dans sa vie d'où son escale à Shanghai. "tu vas beaucoup me manquer!, envoies moi un message quand tu arrives à Shanghai". Je la sers fort dans mes bras.

Les jours suivants, je ressens un énorme vide. Mais le voyage continue en direction des régions tibétaines, l'un des clous de mon voyage. Je quitte Xining en bus sous une fine pluie pour Dawu (appelé aussi Maqen) situé dans le pays Golog, le pays des nomades tibétains indomptables. Sans boussole et avec une grande part d'improvisation. Ca promet.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
MO Mohamma2 Veteran ·
Oh je n'avais pas vu que tu publiais des carnets ! Je viens de t'envoyer un PM ! Bonne route à toi !
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Eric, de Lituanie, c'est moins exotique, mais on y mange bien, et les serveuses! Je ne sais pas si après tes aventures tu vas pouvoir revenir en France ou bien devoir rester condamné à errer indéfiniment dans ces région d'un autree bout du monde. En tout cas concernant le mondial de foot et l'Espagne j'ai eu les mêmes espérances que toi , et elles ont été exhaussées! Amitiés pleines d'admiration Luc
CA CatherineGil Globetrotter ·
Bonsoir/jour/nuit ? Je ne sais plus 😉

Bref, comme d'hab' un régal de te lire et merci pour ton point de vue Tibétains/ Han .... C'est vrai que d'ici, on a tendance à ne considérer que les camps de rétention des tibétains ..... Cependant tu as raison de nous rappeler que les relations Chine/Tibet sont probablement plus complexes que cette vision manichéenne.
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Luc comme condamnation, il y a pire que celle d'errer aux quatre coins de la planète😉 je reviens d'une balade de deux jours autour du lac Erhai en bicyclette, cela t'aurait plu. oui j'imagine les Slaves...🙂 en tout cas profite bien de ton séjour
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
MÉ Mékong Globetrotter ·
Ni hao Catherine

merci de ton message. En effet, c'est un pays complexe doté d'une riche histoire. comme je le disais au tout début du chapitre Chine, j'en suis au stade d'apprentissage sur ce pays tellement fascinant
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Infos pratiques Golmud-Xining-Qinghai Lake

Se loger

Golmud ne me suis pas arrêté mais pour info, il y a une auberge de jeunesse située dans le centre-ville située sur la rue principale côté ouest. Xining Lete-Youth-Hostel excellente adresse. www.xnlete.com . De mémoire 40 yuans le lit en dortoir à vérifier sur le site. Staff très accueillant et serviable managé par Jane. Douches et toilettes très propres et en quantité dans l’établissement. Vue magnifique de la ville au 16ème étage. Wifi gratuit. Le quartier est sympa (épicerie en bas tenu par un vieil homme très gentil, pharmacie, centre sportif avec parc…….) Qinghai Lake Kokonor Youth Hostel situé au km2103 avant Tahu km 2108 (prononcez Tahouuu) sur la rive sud du lac. Si vous passez à Xining avant, demander au staff du Lete de vous écrire l’adresse en Chinois. Puis demander au chauffeur du bus qu’il vous arrête au bord de la route km2103, si il refuse, demander dans le bus aux gens si quelqu’un stoppe à cet endroit et descendre avec eux. L’auberge de jeunesse est indiquée. Côté gauche de la route. Remonter le chemin sur la gauche. 40 à 50 yuans le lit en fonction du dortoir. Ambiance très roots. Wifi gratuit. Possibilité de manger sur place, les prix sont raisonnables. Location de bicyclette 30 yuans la journée. C’est la meilleure option car le petit restaurant au bord de la route est à éviter (j’ai été malade toute la nuit). De l’autre côté de la route 109, c’est aussi un petit hôtel dont je ne connais pas les prix mais ça peut être une solution de repli si Kokonor est complet. Une autre auberge de jeunesse se situe au km 2100 en direction de Daotangue.

Transports

Ruoqiang-Golmud bus couchettes 230 yuans Golmud-Xining train T166 de 0h51 191yuans couchette dure. Arrive à Xining vers 10H . Attention la gare centrale est fermée pour cause travaux. Arrêt obligatoire à West Xining Station. C’est à 40mn du centre. Prix de la course en taxi coûte 20yuans mais beaucoup de chauffeurs doublent leur prix et refusent d’allumer leur compteur. Marcher en dehors de la gare pour trouver un taxi qui pratique les justes prix Xining-Tahu (Tahouuu) Qinghai Lake 30,70 yuans. Bus. Pour le retour à Xining. Pas de bus. Faire du stop. Ca fonctionne bien. Les chauffeurs vous demanderont 15yuans jusqu’à Daotanghe. Ne pas payer plus. De daotanghe jusqu’à Xining, des bus en provenance de Yushu passent sur la route devant la statue de la princesse Wincheng. Si ils sont pleins, covoiturage . Nous avons payé 30yuans chacun en négociant avec le chauffeur pour qu’il nous dépose devant l’auberge de jeunesse. Pensez à vous munir des adresses en Chinois. C’est très précieux.

Xining infos pratiques Bus urbains : 1y on paie en montant. Utile le bus 17 passe devant la gare routière, devant l’imposante mosquée Donguan et tout près de Lete Youth Hostel (arrêt juste après l’hôpital). Pour manger : carrefour Dong Dajie-Huayuan Nanjie la petite place en face de la marque de gâteaux Aili. Les brochettes d’agneaux (2,5y) sont à tomber. A l’angle on peut manger de délicieux yaourt de Yacks (4y). En continuant sur la place de l’autre côté, on peut acheter des petits pains fourrés aux légumes (3y), excellents pour accompagner les brochettes. Plus loin sur Huayuan Nanjie, en marchant 300m trottoir gauche, il y a un excellent restaurant Hot Pot. En face de la gare routière, plusieurs petits restaurants où l’on fait son plateau repas. Grosses portions et petits prix. Pour boire un café expresso pas cher du tout, direction Amdo Café www.amdocraft.com sur Ledu Lu, proche de Lete Youth Hostel à pied.
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Qinghai Amdo (juillet 2012) au coeur du pays Golog Xining-Maqên-Darlag

Un peu de géographie pour commencer car tous ces noms ne diront pas grand chose aux novices. L'Amdo est l'une des 3 régions traditionelles tibétaines (les deux autres étant le Kham englobée dans le Sichuan et Yunnan et l'Ü-Tsang englobée dans le Tibet autonome) dont la plus grande partie se trouve englobée dans la province du Qinghai. Nous y sommes. La préfecture autonome de Golog est située au sud-est du Qinghai, à 210 kms au sud de Xining et comprend 6 districts, le xian de Maqên, de Gadên, de Darlag, de Madoi, de Baima et de Jigzhi. Le Golog est le pays de l'une des quatre montagnes sacrées tibétaines : l'Amnye Machen qui culmine à 6282m. C'est un lieu de pèlerinage pour les Tibétains Goloks qui en font le tour à pied durant plusieurs jours. L'Amnye Machen est la résidence de plusieurs dieux locaux dont certains pas commodes qui caractérisent les Goloks réputés pour être des durs à cuire. Selon la légende, cette montagne serait la cachette de l'Excalibur tibétaine.

Place au voyage Xining s'éloigne (photo). Je pense à Ada qui est dans l'avion entre Shanghai et Beijing. Dans le bus qui file sur Maqen (photo), une vidéo du film "Die Hard 4" un blockbuster américain défile sur l'écran au dessus du chauffeur. A peine divertissant tellement c'est bourré d'invraisemblances et tellement prévisible. Le trajet se déroule sans encombres. La route s'élève progressivement. Après Rabgya-Gonpa, nous entrons de plein pied dans le pays golog (photo). En repartant, alertés par les pleurs d'une petite Tibétaine, le bus stoppe sur le bas-côte et fait demi-tour. Son papa manque à l'appel. En effet, son siège est vide. Nous le récupérons dans le village à la grande joie de la petite (photo), lui n'est pas stressé du tout. Et puis c'est la panne à une dizaine de kilomètres de Maqên. Le bus est définitivement immobilisé (photo). Ce laps de temps passé en rase-campagne me permet de faire mes premiers clichés de la région (photo). L'un des passagers, un Han, s'avance vers moi et me parle. Evidemment, avec tout la volonté du monde, je ne comprends pas ce qu'il me dit. Il insiste. Je scrute son visage essayant de capter le moindre signe qui puisse m'éclairer. C'est là qu'intervient une Chinoise Han qui suivait notre dialogue de sourds depuis une fenêtre du bus et en Anglais s'il vous plait

"Il te demande si tu veux faire des photos avec lui"

"bien sur, avec grand plaisir"

Et nous voilà posant pour la postérité, un troisième larron se chargeant de nous tirer le portrait. Nous faisons plus ample connaissance. Ils font partie de la même famille. Pour faciliter les choses, je vais attribuer un prénom à chacun d'entre eux ce qui permettra au lecteur attentif de se repérer. Il y a Yue, c'est elle qui m'a parlé avec ses quelques mot d'Anglais. Elle est accompagnée de sa grande soeur Qing, blouson en skaï, minijupe, collants, bottines et le maquillage qui va avec, apprêtée comme pour aller au night-club. Quel contraste avec la tenue décontractée jean et baskets de Yue. Les deux autres hommes sont des cousins Wei et Wu. J'en profite pour lui demander si elle connait des hôtels pas chers à Maqên. Faut t-il le rappeler, je voyage sans filet. le pays Golog est un saut dans l'inconnu. Un minibus vient nous cueillir pour finir les derniers kilomètres restants.

Maqên : c'est la base pour aller à la montagne sacrée l'Amnye Machen. C'est un gros bourg qui ressemble à n'importe quelle autre ville chinoise de cette grandeur, à une différence près la population composée en grande partie de Tibétains, les Goloks. Pas de checkpoints, pas d'hélicoptères tournoyant dans le ciel, pas de soldats patrouillant dans les rues. La ville s'étire en longueur autour de la grande artère principale (photo) et de toutes parts ça construit.

"tu restes avec ma soeur, nous t'emmenons jusqu'à ton hôtel" me dit Yue qui embarque sur un rickshaw en compagnie de Wu et des bagages (photo).

En effet au bout d'une dizaine de minutes, une voiture stoppe et un homme à la forte stature en descend, et c'est là qu'entre en scène Chang, probable mari de Qing ou petit ami. L'homme est fort en gueule. Il m'accompagne jusqu'à un hôtel mais l'affaire se complique. Pas d'étrangers autorisés ici. La nuit est tombée et il est plus de 20h. Nous retrouvons le reste de la troupe au restaurant familial. Je fais la connaissance de Zhou, le copain ou mari de Yue. Tout le contraire de Chang, l'homme avec son look d'étudiant est plus calme. Un dialogue de sourds s'instaure. Je comprends ce qu'ils me disent mais eux pensent le contraire. Arrive une amie de Yue munie de son ordinateur. Le miracle internet. Un clic sur google translation et la communication est établie. Yue m'explique ce que j'avais compris à savoir que le seul hôtel autorisé en ville pour les étrangers est aussi le plus cher, 200 yuans.

"trop cher pour mon budget, je préfère dormir dehors et ça rien ne l'interdit en Chine ! "

Yue "mais il fait trop froid dehors ! "

Pour information, Maqên se situe déjà à plus de 4000m. Chang met le nez en dehors des cuisines et vient s'enquérir de la situation. Pendant que nous sommes assis religieusement devant l'écran d'ordinateur, dans la salle quelques clients tendent l'oreille et se délectent des pitreries de Chang. Yue et Zhou sont préoccupés, ils se concertent. Quant moi, je reste zen. Dans quelques heures, il me faudra trouver un abri de fortune, j'ai repéré des immeubles en construction et ça ne manque pas en Chine.

Yue "j'ai quelque chose pour toi, un logement basique mais tu seras à l'abri, acceptes tu ?"

Le logement basique en question est un immeuble en construction dont ils possèdent les clés et il y a au premier étage, une surface habitable. Zhou se propose de m'emmener pour visiter les lieux.

Yue rajoute : "ce n'est pas loin, laisse tes sacs ici et lorsque tu reviens, tu es invité au repas familial "

Ainsi à 21h30 tout s'arrange. L'endroit où je m'apprête à bivouaquer est un grand immeuble de deux étages en plein chantier. Au premier, deux pièces ont le sol recouvert de linoléum. Parfait. Dans ma situation, c'est comme passer la nuit dans un hôtel trois étoiles (photo), j'exagère à peine. Durant le repas que nous partageons, c'est Chang qui donne le tempo en remplissant verres et assiettes et ce n'est pas pour faire de la figuration. Un tord-boyaux à base d'orge, ça passe mal dans le gosier mais je m'efforce de faire honneur à mes hôtes et j'emmagasine de la chaleur pour la nuit. Dans mon palace, je ne suis pas seul, les deux cousins occupent l'autre pièce, Zhou m'a apporté un matelas. Suis comme un coq en pâte. Le matin, réveil en douceur. La ville est entourée de collines verdoyantes dénudées, paysage typique de l'Amdo (photo) . Ce qui est amusant dans cette histoire est que j'arrive en pays Golog et que ce sont les Han qui m'accueillent. En tout cas j'ai été très touché par leur hospitalité. Un passage au restaurant familial pour un déjeuner à base de dumplings et il est temps de me mettre en quête d'un transport pour me rendre au pied de l'Amnye Machen. Mais des chauffeurs tibétains rencontrés au carrefour de la rue principale, ont vite fait de refroidir mes ardeurs. Là je manque de faire une attaque quand ils m'annoncent les tarifs "3000 yuans " et c'est juste pour aller au premier village. Initialement, je projetais de rejoindre la route 214 Xining-Yushu à l'ouest en traversant en une journée depuis Maqên jusqu'à Huashixia via deux villages situés sur le flanc nord de la montagne. Je savais l'opération périlleuse car d'une part c'est de la piste et d'autre part il n'y pas de transport public dans cette zone. L'Amnye Machen ce sera en rêve ou sur une carte postale. Il y a une route qui passe par le flanc sud, plus direct, moins pittoresque mais elle fera l'affaire. Ma préoccupation est de rejoindre la route 214 que j'emprunterai jusqu'à Xiewu dans le nord de l'Amdo et de là bifurquer à l'ouest en direction du pays Kham. Direction la gare routière, poursuivi par l'un des chauffeurs qui a la particularité d'avoir une dent en or. Il insiste et se permet d'interférer quand je parle aux deux Chinois Han qui vendent les tickets. Celui là commence à m'agacer. Réponse du guichet : pas de bus public pour Huashixia. Aïe ça tourne au vinaigre. Quelle alternative ? trouver un minibus : si c'est la même bande qui squatte le carrefour, ils vont profiter de la situation et gonfler les prix. essayer le stop : très aléatoire mais possible. Je choisis cette option quand, au détour d'une rue, je croise deux hommes qui me proposent spontanément leur aide, l'un parle Anglais. Je lui explique mon problème.

"Tu vas à Jiangjeye et de là il y a des bus pour Huashixia"

Et il téléphone pour se renseigner sur les minibus.

"suis moi, un minibus part pour Jiangjeye et ça te coûtera 60 yuans, je connais bien le chauffeur"

C'est la providence qui a mis cet homme sur mon chemin alors que tout me laissait présager une journée de galère. Dans la rue, s'approche un camion-poubelles, il stoppe et diffuse de la musique traditionnelle, c'est un signal et à ce moment là, plusieurs femmes surgissent nerveusement des boutiques, de la banque en portant sacs de déchets et corbeilles qu'elles jettent et vident dans la benne puis repartent aussitôt. Le scénario se répète à chaque bloc. Clin d'oeil à Serge de Lyon. Au bout d'une heure, je suis en partance pour Jiangjeye au sud-ouest à une centaine de kms de Maqên. Dans le minibus, chauffeur et passagers sont des Goloks dont un moine.

La route traverse le pays Golog, une terre de nomadisme (photo) sur le haut plateau tibétain. Les drapeaux de prière ouvrent la voie (photo). Les points blancs disséminés sur les collines sont les tentes des nomades, la multitude de points noirs sont les yacks qui paissent. Signe des temps, beaucoup de Goloks conduisent les troupeaux à moto (photo) au détriment des chevaux qui restent malgré tout présents et utiles tout comme les chiens dont le redoutable chien tibétain. Certains nomades affichent des signes extérieurs de richesse : puissants 4x4 devant des tentes spacieuses équipées de panneaux solaires. La route défile. Grands espaces inhabités. Peu de villes, peu de circulation. Parfois nous ralentissons pour laisser passer un troupeau de yacks (photo) . Le minibus stoppe, tous se pressent comme un seul homme à l'extérieur et c'est le silence. Où sont t-ils passés ? je fais quelques pas en les cherchant du regard. Le tableau prête à sourire. Alignés à distance respectable les uns des autres et accroupis, c'est la pause pipi discrète et pudique. Plus loin après avoir repris la route, une autre séquence insolite se présente : un match de foot entre moines (photo) , mais comment font-ils pour se reconnaitre ? le chauffeur ralentit pour que je puisse faire une photo. A ce titre mes compagnons goloks sont très sympas même si la discussion est limitée à sa plus simple expression. Nous arrivons à Gadê (photo) (photo), une petite ville poussiéreuse et l'une des rares dans le pays Golog. Il reste 53 kms à accomplir pour atteindre Jiangjeye. Nous débarquons les passagers. Ne reste que moi et les deux Tibétains qui conduisent en se relayant.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LU Lucq Globetrotter ·
salut tres interessant de te lire... interessant aussi de voir comment on se debrouille sans parler la langue locale...ici le chinois...

j en ai fait l experience en iran et turquie ...bien qu en iran pas mal de monde parle anglais...

pour revenir a la chine, meme en parlant le chinois il n est pas facile de se deplacer dans ces regions reculees et il est vrai que le transport devient relativement cher...il estr vrai aussi que dans pas mal de ces petites villes la plupart des hotels ne sont pas abilites a recevoir des etrangers, et les hotels standarts sont au prix ...standart. et le 'developpement de l ouest' ne vas pas arranger les choses au niveau prix ceci dit on trouve toujours une solution

personellement je suis maintenanat a istanbul...a des annes lumieres de la chine et de l asie.
NA Narotcho Regular ·
Ah ben quand même, depuis le temps qu'on attendait la suite...
tripsandshoot.com
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Lucq

interessant aussi de voir comment on se debrouille sans parler la langue locale...ici le chinois... tu vas voir la suite, c'est croustillant 🙂

cela dit Ada m'avait rempli une feuille de papier avec les mots de base pour ma survie 🙂 + quelques mots que j'avais ajouté comme gare routière par ex. et j'avais en plus un petit index de mots en Tibétain mais en écriture trop petite , les gens avaient des difficultés à lire.

pour les déplacements dans les régions isolées en voyageant seul c'est compliqué et j'ai du faire l'impasse sur des endroits car pas de bus et je devais payer un minibus au complet

il estr vrai aussi que dans pas mal de ces petites villes la plupart des hotels ne sont pas abilites a recevoir des etrangers, et les hotels standarts sont au prix ...standart. ça c'est peu de le dire mais ça échappe à toute logique car c'est une fois oui, une fois non. Tu verras dans le prochain chapitre. l'ouest hormis Kasghar Urumchi, c'est dur de trouver des logements bon marché, j'en ai fait l'expérience dans le sud du Xinjiang

bon séjour à Istanbul et en Turquie un beau pays
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MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Christophe merci de ton message j'étais paresseux la suite arrive bientôt
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LU Lucq Globetrotter ·
ouı tu as tout a faıt raıson ıl n y pas trop de logıque...nı de logıque chınoıse non plus-car bıen sur logıque chınoıse n est pas logıque europeene... en gros les petıts hotels sont destınes a la clıentele locale, maıs parfoıs ıl se peut soıt que le proprıetaıre ne suıve pas la regle (pas d etrangers) ou qu ıl ne la conaısse pas bıen...maıs bıen souvent ıls preferent refuser comm ca ıls n ont pas d ennuıs

par contre dans les plus gros centres de l ouest et ce depuıs les JO, la polıce verıfıe assez regulıerement qu ıl n y aıt pas d etrangers...c est aınsı que bequcoups d hotels a xınıng lanzhou kashı et urumqı (les gros centres de l ouest donc)quı ont commences a recevoır des etrangers apres 2003 ont de nouveau du les refuser a partır de 2008

j aı pu le constater en 2010 a xınıng ou j avaıs l habıtude d aller a l hotel de la poste a cote de la gare depuıs 2006...plus possıble

et bıen enc parlant du chınoıs...ıcı a l auberge ou je suıs je suıs tombe ce matın sur un malaısıen d orıgıne ındıenne quyı parlaıt le cantonnaıs...naturellemebnt donc je luı aı demande sı ıl comprenaıt le putonghua et comme c etaıt le cas , on a donc commencer a parle en chınoıs sous le regard meduse des deux recepıonnıstes turques quı ont ouvert des yeux gros comm des ballons de foot...

c est efrappant la sımıltude entre bruxelles et ıstambul... meme style de maısons et meme style de vıeet de mıxıte...du moıns a taksım

ce matın en me baladant acote de la tıour de galata j avaıs l ımpressıon d etre pres de la porte noıre a bxl...d aılleurs qd je suıs aller au supermarcheş j aı spontanemebt parle francaıs a la pauvre caıssıere quı n a evıdemment rıen comrıs...haha
TC Tcvoyageur Veteran ·
Hello Eric,

très content de lire une nouvelle page de ton périple, j'espère (même si je comprends très bien ta "paresse") qu'on n'attendra pas trois mois pour avoir la suite 😉

Petite astuce qui nous serait bien utile pour mieux te suivre : comme ton récit arrive avec un certain décalage, peux-tu indiquer (de temps en temps) la période à laquelle il se situe. Si j'ai bien noté, tu es arrivé en Chine début juin ? A Gadê, nous sommes ...? fin juin ? début juillet ?

Merci d'avance

A très bientôt
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
MÉ Mékong Globetrotter ·
Qinghai dans l'Amdo (juillet 2012) Au coeur du pays Golog De Darlag la perle sur le fleuve jaune à Maduo le cul de sac

Nous continuons à progresser vers le sud-ouest et à la fin d'une descente, un fleuve apparait dans le décor.....nous le remontons. Je regarde mes deux compagnons.

"Huáng Hé"

Le Huáng Hé Le fleuve jaune. Mes souvenirs d'enfance resurgissent quand je feuilletais les pages de mon atlas durant des heures en rêvassant.....Les grands fleuves me fascinent. Le fleuve jaune prend sa source en amont, pas très loin d'ici, à l'ouest, dans les monts Kunlun mais personne n'a pu la localiser avec certitude. Son parcours défie toute logique, jugez plutôt. Après une première courbe serrée à 180° à l'est de Darlag, puis une deuxième plus large au sud de Xining, il continue jusqu'à Lanzhou où il effectue une troisième courbe légère en direction du nord jusqu'en Mongolie intérieure, l'une des provinces autonomes. De là, entre Wuhai et Shuozhou, c'est une nouvelle courbe à 180 degrés pour entreprendre sa descente vers le sud jusqu'à la limite de la province Shanxi où après une légère courbe, il entame progressivement sa remontée au nord-est où il se jette dans le golfe de Bohai. Un parcours capricieux de 5463 kms pour ce géant qui en fait le deuxième fleuve d'Asie et le sixième fleuve de la planète. http://fr.wikipedia.org/...r:Yellowrivermap.jpg

Après quelques kilomètres, en amont du fleuve, je distingue les contours d'une ville, entourée des montagnes aux formes harmonieuses et verdoyantes qui caractérisent le pays Amdo. Puis au fur et à mesure de notre approche, se dessinent les détails : un pont qui enjambe le fleuve, un temple perché sur la droite, une lamasserie sur la colline de gauche (photo), d'autres temples au bord du fleuve (photo) qui se partage en plusieurs bras, des drapeaux de prière à n'en plus finir, flottant au vent sur les hauteurs, des tentes, des troupeaux de yacks (photo) . Tous ces éléments sont plantés dans ce décor de rêve. Je n'ose pas y croire.

"Jiangjeye" ! me dit le chaufeur, en pointant son doigt sur la ville

Suis sous le charme. Et dire que j'ai failli manquer cet endroit si je n'avais pas croisé cet homme à Maqên.

"tu connais un hôtel pas cher ? "

"oui à côté de la gare routière"

Rappel : je parle à l'aide de mes bouts de papiers où sont couchés des mots de base en Mandarin et en Tibétain. Les Tibétains lisent aussi le Mandarin.

Darlag Appelée aussi Dari et Jiangjeye pour mes compagnons tibétains. La ville fait partie de la préfecture autonome tibétaine de Golog, située au sud-ouest de la province du Qingha sur le Huang Hé

A cet instant, Nous franchissons le pont, sur la droite la statue de la princesse Wencheng regarde la ville (photo) . Les rues sont animées. Une journée ensoleillée en tout début d'après midi. Le minibus stoppe devant ce qui semble être une petite gare routière, j'aperçois de vieux bus fatigués sur le parking. L'un des deux chauffeurs me montre du doigt des fenêtres au 1er étage

"l'hôtel"

Je récupère mes sacs, paie la course, prix annoncé prix payé 60 yuans aucune entourloupe, les types en plus d'être sympas, sont honnêtes. L'un d'entre eux m'amène jusqu'à l'entrée qui est dans la cour donnant sur le parking des bus où je suis accueilli par un Tibétain, c'est lui qui tient ce petit hôtel avec sa gentille petite famille. Un homme grand, long cheveux noirs et la peau mate. La chambre est basique mais c'est parfait pour le prix. Précision : Il n'y a pas de salle de bain....Nulle part. C'est la norme dans les hôtels tibétains. Pour se laver, il faut s'adapter. Premièrement, récupérer un thermos d'eau chaude supplémentaire ; ce sont de gros thermos de deux litres qui garde l'eau au chaud plusieurs jours. Ils en ont toujours en réserve. Deuxièmement demander une bassine. Puis c'est la toilette à l'ancienne, en trempant une serviette dans l'eau chaude mélangée à du savon et en se frottant minutieusement le corps, la couverture de survie faisant office de tapis de bain.

je passe l'après midi à explorer la ville et les environs. Hormis quelques Han qui tiennent des boutiques, restaurants et et patisserie, la population est composée d'une très forte majorité de Goloks. Dans la rue, des sourires, des poignées de mains m'accompagnent. L'architecture est bien différente de celle de Maqên, ici c'est vraiment la ville tibétaine (photo). Tout autour, le long du fleuve, tentes, temples et drapeaux de prière (photo) (photo) . Je pousse la balade en gravissant les collines sans forcer car nous sommes en altitude, un petit 3800m. Les efforts consentis valent le détour. La vue est tout simplement magique (photo) . Je m'assois dans l'herbe pour contempler le paysage. Ensuite je décide de continuer par la colline d'en face quand en bas, ça se met à aboyer. Me voilà repéré et plus j'avance, plus les aboiements sont déterminés, puis un autre rentre dans la danse, puis un troisième. Je les aperçois en bas et c'est bien moi qu'ils regardent. Des chiens qui gardent les troupeaux de yacks. Point positif, ce ne sont pas des molosses tibétains, point négatif ils sont en totale liberté et le plus vaillant commence à avaler la pente raide, courant à bride rabattue dans ma direction......stop et demi-tour. C'est plus raisonnable car c'est toute une meute qui sera à mes basques si je fais cent mètres supplémentaires. Mon nouveau copain lui n'a pas musardé en chemin et se rapproche, le voilà qui pointe son museau mais il reste à distance pour bien me signifier que la balade ne va pas plus loin. Je pars dans une autre direction, pas de yacks en vue, à priori je suis tranquille. Grosse erreur, couché sous des drapeaux de prière, à une centaine de mètres, l'un de ces charmants toutous se met à aboyer à son tour ce qui a le don de réveiller ceux se trouvant justement où j'envisage de descendre pour retourner à Darlag. L'un de ces excités commence à escalader la pente comme une furie dans ma direction....Tant pis je continue.....Arrivé près de moi, il manque de s'étouffer en aboyant car totalement essoufflé. Ben oui l'altitude, il n'y a pas de raison que tu n'y coupes pas mon coco (photo) . J'en profites pour reprendre mes distances mais pour la discrétion, il faudra repasser. Retour en ville et toujours autant de visages souriants. En passant devant une maison, ça aboie de nouveau. Je vois un roquet surgir et tourner autour de moi. Je lui décoche un uppercut au museau qui le projette contre le muret et comme il rebondit, je lui assène un coup dans l'estomac qui le met définitivement Knock-Out. Wouah wouah c'est fini... Mais non ce n'est qu'une plaisanterie. Ceux qui me connaissent, savent que je suis un ami des bêtes.

Plus tard, je vais m'asseoir au bord du Huang-Hé en bordure de la ville (photo) . Demain je continue ma route vers Huashixia...Depuis que je suis arrivé en pays Golog, je n'ai croisé ni policier, ni militaire. Je me sens libre d'aller où je veux. Pourtant à en croire les associations pro-tibétaines basées à l'étranger, le climat serait irrespirable pour les population de ces régions. Elles ont tout intérêt à grossir le trait et mettre de l'huile sur le feu pour que l'argent continue de couler à flot. A Darlag, un moine s'est immolé en pleine rue, début janvier et comme à chaque fois que ce genre d'évènement se produit, les autorités bouclent la région. Le soleil décline, la lumière est belle (photo) . Dans ces moments de quiétude, je pense à elle.

Route S101 au sud de l'Amnye Machen Lendemain matin, je trouve un minibus pour Maduo situé sur la route 214. Nous partons sous la pluie. Mes compagnons sont des Goloks, jeune couple avec un bébé, deux anciens avec qui je partage la banquette arrière. Nous traversons de grands espaces vides, juste des tentes et des troupeaux de yacks que l'on aperçoit au loin, minuscules points sur les hauteurs. Nous faisons une halte au pied de l'Amnye Machen, malheureusement sous le brouillard (photo) . Le couple en profite pour préparer le biberon du bébé (photo). Des nomades campent autour de la route. Le temps est pluvieux, il fait froid. Nous sommes en juillet. La température descend en dessous de zéro en période hivernale. Les conditions de vie sont rudes et il est facile de comprendre pourquoi ils ne sont pas dérangés par l'affluence. Une femme me propose du thé mais notre chauffeur est pressé. Et c'est peu de le dire car il roule comme un dératé. A chaque secousse provoquée par l'état de la route, je fais des bonds sur mon siège me cognant le crane. J'ai choisi la plus mauvaise place. La prochaine fois je saurai. Banquettes au fond du minibus à éviter. Nous arrivons à Huashixia. C'est ici que la route provinciale S205 fait la jonction avec la nationale G214 qui monte de Xining en direction de Yushu, la limite avec le Tibet Autonome. La circulation y est plus intense à cause des poids lourds qui font la liaison Xining-Lhassa.

Huashixia Une petite ville poussiéreuse, le Far-West local. Comme Darlag, c'est une ville tibétaine fortement peuplée de Goloks et le point de départ des pèlerins en partance pour l'Amnye Machen côté ouest. Le chauffeur ralentit pour prendre d'éventuels passagers. Sur la gauche, il y a un fort attroupement, un accident de moto. Ca discute ferme. Longs cheveux noirs, chapeaux vissés sur la tête, les Goloks me font penser aux Indiens des hauts plateaux andins. Petite parenthèse et une pensée à Antoine, je me souviens de toi, l'ami, comment tu nous faisais partager ta passion pour la Bolivie à travers tes mots teintés d'émotion et à travers ta musique. Tu aurais aimé cette région.

Madoi ou Maduo près des sources du Huang Hé. A près de 4300m d'altitude, l'endroit est considéré comme l'un des plus froids du pays. Première surprise, le minibus quitte la route nationale et emprunte une route secondaire. Au bout de trois kms, apparait la ville (photo). Je demande au chauffeur de me laisser devant la gare routière mais il n'a rien compris ou feint de ne pas avoir compris car il me laisse devant un imposant hôtel gouvernemental. "ça coûte cher ? " il sourit. ça ne me surprend pas, vu la façade extérieure, à vue de nez, un petit 200 yuans. Une Chinoise Han arrive en courant de la réception j'utilise le langage des signes pour lui dire que je ne serai pas client de son hôtel. "Non Madame, merci et au revoir ! " Le minibus a redémarré avec le reste des passagers. Quant à moi, me voilà en pleine rue avec mes sacs. La ville n'a rien de très engageant, c'est du classique. D'ailleurs en marchant, je remarque beaucoup plus de Han qu'à Darlag et Huashixia. Je me dirige vers les minibus que j'avais repéré en arrivant. Il y a aussi deux hôtels. Le premier, c'est un non catégorique. Le deuxième, l'homme à l'accueil hésite, me dit d'attendre avant de s'éclipser. Je discute avec les chauffeurs tibétains à l'extérieur. "où est la gare routière pour aller à Yushu" Ils me montrent la direction de la route G214. Logique. En effet avant de bifurquer, il y a un groupe de bâtiments incluant restaurants et stations d'essence. L'homme du deuxième hôtel revient pour me dire qu'il est désolé, aucune chambre n'est disponible. De toute façon, je le sentais venir, il est temps d'activer le planB. Sans plus tarder, je quitte cette ville. Petite collation faite de viande de boeuf séchée et d'abricots secs dans l'herbe. Trois kilomètres à parcourir en sens inverse pour revenir sur la route 214. L'altitude se fait sentir (4300m), je suis vite essoufflé, obligé de faire régulièrement des pauses et de boire du thé. Je comprends la réputation de cet endroit réputé pour être très froid, c'est plat et balayé par le vent (photo) .

Au bord de la route G214 la gare routière, elle n'est nulle par et pour cause elle n'existe pas. En fait c'est un truck stop de plusieurs restaurants avec à chaque bout, deux stations d'essence où camions, semi-remorques et bus stoppent pour se restaurer et se reposer. Récapitulons : pas d'hôtels en dessous de 200 yuans pas de gare routière pour quitter Maduo trouver un bus relève de la loterie car ils partent souvent remplis de Xining pour Yushu. Maduo est un cul de sac. Je passe la nuit ici. Avec le recul je pense qu'à Huashixia j'aurais pu trouver un hôtel tibétain. L'heure n'est pas aux regrets. La soirée approche. La priorité est de se mettre au chaud et diner. Concernant le bivouac de la nuit, j'ai repéré un immeuble en chantier en face de la station d'essence. Ma prochaine étape est Xiewu sur la route 214, au sud, avant Yushu. Le problème est que je n'ai pas le mot en Mandarin. Sur la Gizi Map, il ne l'ont pas traduit. Habituellement je suis du genre prévoyant en ayant noté une liste de villes et régions en Mandarin mais Xiewu m'a échappé. Et mine de rien, quand on ne parle pas la langue et que l'on se trouve dans une région isolée. Ca se corse. Explications : Si je veux attraper un bus demain qui fait la liaison Xining-Yushu, je dois être capable d'expliquer où je veux descendre. Xiewu est entre la Bayar Pass et Yushu. Xiewu est le mot en pinyin et selon l'intonation, un même mot peut avoir plusieurs significations....je fais connaissance avec les subtilités du Mandarin à 4300m. Voyons voir dans ce petit restaurant tenu par des Han. Une assiette de riz mélangé à des oeufs et des tranches de tomates accompagné d'un thé brûlant constitue mon repas. Personne ne me comprend même en dépliant la carte. Arrive un moine, il s'installe en face de moi et commande à manger "tashi delé" "tashi delé" Il me montre son médaillon et attend ma réaction, "ben oui c'est le Daï-Lama et" Apparemment il s'attendait peut être à ce que je m'incline devant sa sainteté. Mais puisque tu es là, tu vas pouvoir m'aider. Rebelote, je déplie ma carte mais comme les autres, c'est sans succès. Nous sommes trois autour de la carte, le moine, la petite Han qui nous sert et moi qui envoie des sms à Ashang (voir chapitre Xinjiang) pour solliciter son aide. Elle m'envoie la traduction mais comme mon portable ne reconnait pas les caractères chinois, c'est un coup pour rien.

"peux tu me l'écrire en phonétique"

Avec Ashang on se parle en Anglais, elle se sert du traducteur en ligne. Quelques instants plus tard, elle m'envoie le mot en phonétique pour la prononciation en pinyin. Toujours mieux que rien. Entretemps, le moine a pris congé. Dehors la nuit est tombée et c'est maintenant un ballet continu des bus couchettes qui font la liaison Xining-Yushu dans les deux sens. J'attends vingt deux heures pour me diriger discrètement vers mon abri où seuls les murs ont été posés, ce n'est pas le luxe mais cela permet au moins d'être protégé du vent. Il est en face de la station. Des camions font la queue pour se ravitailler en carburant, d'autres sont en mode pause sur le parking. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit car il fait très froid. A l'extérieur les chiens hurlent et les camions passent en pleins phares. L'aube arrive péniblement. Cet endroit est encore plus lugubre la matin. Sur toute la longueur de la route, des gens s'affairent à balayer, à ramasser les déchets de la veille amassés sur les aires de parking. Petit clin d'oeil aux cinéphiles : l'image évoque des scènes de films américains, les matins engourdis balayés par le vent. Paris-Texas, Bagdad-Café, Le facteur sonne toujours deux fois etc.....Plusieurs camions sont alignés, rideaux des cabines baissés. Je rentre dans le premier relais ouvert à cette heure matinale, ils ne sont pas légion. J'en repère seulement deux grâce aux cheminées fumantes. Dedans, quelques routiers déjeunent. J'avale un bol de soupe de nouilles et du thé brûlant pour me réchauffer. Il y a aussi une femme tibétaine deux fillettes. Requinqué par le confort, je me laisse aller à me perdre dans mes pensées quand deux petites têtes apparaissent dans mon champ de vision

"Helloooo what's your naaame ?!"

Ce sont les deux petites tibétaines puis elles se sauvent aussitôt dans les bras de leur mère. Elles sont timides. Mais la maman leur murmure quelques mots et les poussent gentiment dans ma direction.

"wheere dooo you cooomme from ?"

"I'm French"

"Niiice to meeet youuu !"

"me too"

Deux jolies petites frimousses aux joues légèrement rosies et leurs cheveux noirs tenus par des petites couettes. Elles sont vraiment adorables. Et la petite famille se met en route, nous échangeons des signes de la main pour se dire au revoir. Le voilà le premier rayon de soleil de la journée qui me réchauffe le coeur. Dans la matinée, je retrouve le moine de la veille. Il veut aller à Huashixia en auto-stop. Pas de bus. Tout le monde est logé à la même enseigne. Tout moine qu'il est, personne ne s'arrête et il parvient seulement à partir au bout de deux heures. Deux autres moines entrent en piste pour le même résultat. Ils peinent à partir. (photo) . Eux aussi descendent à Huashixia. Quant à moi, je patiente. Des bus passent sans s'arrêter mais je ne m'inquiète pas, il est tôt. A midi, un bus se présente au niveau de la station, ralentit et stoppe devant le petit restaurant où j'ai diné hier. Des touristes Han en descendent. Je questionne le chauffeur

"Yushu ?"

"Yushu"

C'est mon jour de chance. Je lui donne ma destination en épelant en pinyin "Xiewu". Il comprend. Miracle !...et grand ouf de soulagement d'autant qu'il reste une place. Reste à connaitre le prix. Le voilà qui revient avec un bout de papier où il me demande confirmation de ma destination. Par contre je paie le prix fort mais je n'ai pas le choix et il le sait. Il a demandé à sa copine du restaurant d'à côté qui lui a dit que je végète ici depuis hier après midi. Enfin le plus important est de quitter ce cul de sac.

Bayan Ka la Pass 5100m Je prends place au fond du bus. Sous l'effet de décompression, je ressens l'épuisement. Dehors la pluie redouble. La route pour atteindre le col à plus de 5000m, la Bayan-Ka-La Pass est constituée de légères courbes et de longues lignes droites telles des flèches fendant le ciel. Les poids lourds avancent au ralenti et la mécanique souffrent de mille maux sur ces pentes. Autour ce sont des pâturages, dénudés, parsemés de poches d'eau, de ruisseaux (photo). Quelques tentes tout de même avec des yacks. La Bayan-Ka-la s'annonce. Les drapeaux de prières flottent au vent de part et d'autre de la route. Tous les cols tibétains en sont ornés, c'est un signe de protection. De l'autre côté, nous entamons la descente et la pluie cesse. A Qingshuihe le bus attend devant un bâtiment. Le chauffeur s'entretient avec un homme en uniforme. Puis il monte et vient jusqu'à moi, me faisant signe de venir avec mes affaires. Aïe ! mauvais présage.....En fait c'est pour occuper la meilleure place, un siège juste derrière le chauffeur. L'homme en uniforme monte mais n'a même pas un regard pour moi. Fausse alerte. Le bus repart. Une heure plus tard, il stoppe de nouveau. Le chauffeur se retourne.

"Xiewu"

Fin du voyage sur la route214. Eux continue à Yushu et pour certains direction Lhassa.......Je vois deux Tibétains et leur montre mon papier

"connaissez vous une guesthouse ?"

Oui et ils se proposent de m'accompagner et j'en profite pour leur demander la direction pour Sêrxü. Ils me montrent la route juste en face. C'est la fameuse intersection qui mène au Kham. Un autre Tibétain qui nous écoutait, s'approche. Il va à Serxu et il reste une place dans sa voiture stationnée sur le bas-côté, des passagers attendent à l'intérieur et un autre Tibétain fume une cigarette appuyé sur la portière. Sans hésitation, après m'être informé du prix, j'accepte. En route pour le Kham. Je quitte le Qinghai.
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Sichuan pays de Kham (juillet 2012) Xiewu-Sêrxü-Manigango sur la route S217

Route S217 entre Xiewu et Manigango, voiture confortable et puissante. Je partage la banquette arrière avec un jeune couple de Tibétains en vacances. Devant le chauffeur et son complice, deux Tibétains, deux joyeux lurons qui éclatent de rire après chaque bribes de conversation.

Juste après Xiewu, nous sommes entrés dans la province du Sichuan et le pays de Kham.

le Kham L'une des trois régions traditionnelles tibétaines, englobée dans l'est du Tibet autonome, le nord-ouest du Yunnan et l'ouest du Sichuan, cette dernière constituant la plus grande partie du Kham. C'est le pays des Khampas, ces fiers cavaliers réfractaires à tout pouvoir, autant celui de Pékin que celui des moines de Lhassa. Au moment de la guerre froide, ils se sont retrouvés instrumentalisés par l'Ouest et accusés par Pékin d'être aux mains de la Cia , de la même façon que les Hmongs en Asie du sud-est.

Mon but est de rejoindre la route G317 qui va à Dêgê considéré comme le coeur du Kham. La route s'élève encore. Peu de tentes mais plus de petites maisons en ligne.

Nous traversons Shershul altitude à plus de 4000m, la lamasserie à l'entrée du bourg est imposante, c'est l'une des plus importantes de la préfecture autonome tibétaine de Ganzi pouvant accueillir plus de mille moines (photo). Les rues sont boueuses. Beaucoup d'animation. Forte population tibétaine ici. Dans la voiture, les deux comiques continuent leur numéro sans faiblir. Les éclats de rires fusent. Derrière le jeune couple essaye de prendre des photos du paysage.

La nuit tombe quand nous atteignons Sêrxü ou Shíqú à plus de 4000m. Un mot sur le mal des montagnes. Pour l'instant, je passe les épreuves avec succès. Ni maux de têtes, ni vertiges. Au carrefour de la rue principale, sont stationnés des minibus, je demande à l'un des chauffeurs tibétains

"Manigango demain et c'est combien"

"7h ici et 80 yuans"

La ville est petite et après une première tentative infructueuse (un hôtel tenu par des Han trop cher pour mon budget), je me dégotte un hôtel tenu par une Tibétaine dans mes cordes, sans salle de bain bien sur mais la chambre avec TV est grande. Mon diner est constitué de nouilles instantanées et de biscuits accompagné d'un thé brûlant. Après une toilette à la mode locale (voir chapitre sur Darlag), soirée télé et repos. Demain promet d'être une belle journée.

Le lendemain, lorsque j'arrive au carrefour, une première surprise m'attend. Il y a le minibus pour Manigango. Jusque là tout se déroule comme prévu sauf que le chauffeur (pas celui d'hier je ne le vois pas) m'annonce 100 yuans au lieu de 80 yuans. Sentant l'arnaque, je refuse d'embarquer. Lui ne veut rien savoir. Au bout de quelques minutes, je vais voir les gens dans le minibus. Il y a un moine. Je lui demande combien il paie pour aller à Manigango.

"100 yuans"

C'est bien le juste prix. Je fais un signe au chauffeur tibétain en discussion et en train de fumer une cigarette avec ses collègues. En fait ils n'attendaient plus que moi. La meilleure place devant est vide mais il ne veut pas que je la prenne. Me voici sur la banquette arrière côté droit. Dans les minibus tibétains, il y a deux rangées de banquettes pouvant contenir 3 personnes ce qui fait au total 8 passagers en incluant le conducteur et le passager de devant. En théorie oui mais bien souvent ils bourrent au maximum. Nous sommes dans une région reculée du Sichuan et les transports sont rares . Notre équipage 100% masculin se met en route. A la sortie de Sêrxü, il stoppe pour prendre une jeune femme tibétaine. Elle est toute frêle. Elle s'installe devant....mais non le chauffeur lui dit de se mettre sur la banquette arrière. La petite n'a pas de place, coincée entre deux gaillards. Elle se plie en deux car elle n'a pas d'espace pour soulager son dos. Il est prompt à encaisser la monnaie mais pour le savoir vivre c'est une autre histoire. Il stoppe de nouveau pour prendre une autre femme qu'il a l'air de connaitre car il lui ouvre la porte princièrement. C'est une Han. Il y aurait suffisamment de place devant pour les deux femmes mais Madame n'en a cure, royalement assise sans un regard pour sa copine. Plus loin, à Dzogchen et son fameux monastère perché sur la colline (photo) , nous prenons un autre gars qui s'installe comme il peut, sur la banquette du fond. On se serre pour lui laisser un peu d'espace. De toute façon c'est supportable et l'arrivée est imminente mais le coup de la petite Tibétaine me reste en travers de la gorge.

Manigango à 3960 m.

C'est l'intersection entre les routes G317 et S217. La G317 est un axe important Chengdu-Lhassa. J'aurai plus de chance de trouver des bus publics. La ville est peu engageante. Avec la pluie, la route non asphaltée s'est transformée en chemin boueux (photo) . Je fais quelques pas et je trouve le minibus qui part pour Dêgê. 100 yuans le tarif habituel. Cette journée va faire mal au portefeuille mais pas le choix. C'est le seul moyen d'atteindre Dêgê. Dans le minibus, nous sommes presque au complet. La banquette arrière est composée de 2 Han et d'un tibétain, à côté de moi, les deux moines de service. Sur la petite place, j'aperçois un groupe de personnes de type européen qui discutent avec notre chauffeur. Ils chargent les sacs et montent dans le minibus stationné devant les hôtels puis l'un d'entre eux arrive. Il va voyager avec nous car l'autre est complet. Ils vont aussi à Dêgê. Ainsi je fais la connaissance de Honza un Tchèque. Les deux minibus au complet démarrent.
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Sichuan Pays de Kham (juillet 2012 Sur la route G317 entre Dêgê et Garzê

Les deux minibus filent à toute allure vers Dêgê. Honza est tchèque et fait partie d'un groupe de huit amis venus dans la région du Kham pour un mois. Clairement, c'est le leader du groupe. Le type est calme, posé, parle peu mais à toujours à bon escient, sans en faire des tonnes. On sent le voyageur chevronné à qui on ne l'a fait pas. J'apprécie beaucoup de genre de personne. Physiquement, il ne passe pas inaperçu avec ses cheveux et sa longue barbe surtout auprès des Tibétains. Dans le minibus, celle ci avec des parties tressées est un sujet d'amusement pour le chauffeur qui ne le lâche pas une seconde. Les deux moines sont hilares. A l'extérieur ce ne sont plus les paysages habituels de l'Amdo : la route longe la chola Shan, une chaine montagneuse avec des sommets culminant entre 5000 et 6000m. Nous passons devant le magnifique lac Xinlu bordé de sapins, c`est payant.Les Chinois ont planté une cabane avec une barrière. Du classique en Chine où la moindre petite attraction a un coût. Cela dit, on peut aisément contourner les péages en prenant au large comme ici, vu la configuration du terrain. Puis se succèdent pics escarpés et enneigés et glaciers (photo) . Sur le côté droit de la route, les chalets en bois remplacent les maisons traditionnelles. Sur le côté gauche, au pied des montagnes, au bord du torrent, ce sont des tentes de nomades (photo), certaines de couleur noire (photo). Les minibus stoppent une première fois car les moteurs ont besoin de souffler surtout celui qui fait la course en tête (photo) Je le vois qui verse de l'eau sur le radiateur et remplit le réservoir de refroidissement. ça fume. Le moteur est en surchauffe. Il a intérêt à ralentir la cadence sinon...Nous repartons sur le même rythme. Vu l'état de la route et de la manière dont ils conduisent, la mécanique ne doit pas faire long feu. Quelques kilomètres plus tard, l'inéluctable se produit. Nous stoppons de nouveau et le premier minubus est immobilisé pour de bon, un moteur en moins. C'était à prévoir. Honza va aux nouvelles. Pas d`autres minibus disponibles à Manigango qui puissent remonter immédiatement. Je le vois en pleine discussion avec les deux chauffeurs tibétains pour avoir des précisions sur la durée d'attente. Ils téléphonent. Disponible mais pas avant 17h. Il est à peine 14h. Honza réfléchit. Ca signifie arriver tard en soirée à Dêgê, à huit personnes qui seront fatiguées entre les heures d'attente et la route qui promet d`être encore longue. Il me demande un service

"comme tu vas arriver avant, tu peux nous trouver un hôtel pas cher et réserver pour tout le monde ? je reste ici avec le groupe, ma petite soeur Elena t'accompagne"

"Pas de souci, tu peux compter sur moi"

Concernant l'hôtel, on a une idée précise et selon nos informations, il serait dans nos cordes. J'ai un plan de Dêgê pour le trouver. Ca va être facile. Nous reprenons la route. La pente s'élève. Nous progressons désormais sur une route en lacets. Les paysages sont époustouflants (photo). Certains flancs abruptes sont occupés par les troupeaux de yacks. Nous franchissons la Chola-Pass à 4600m (photo). Dans le minibus, notre chauffeur taquine Elena la jeune tchèque au sujet de la barbe de Honza, la mimant avec ses mains pour le plus grand bonheur des deux moines tout sourire. En redescendant la Chola-Pass, la vue sur la vallée est somptueuse (photo) . La route est bloquée par une pelle, travaux en cours (photo). Plusieurs véhicules attendent. Devant c'est un champ de boue avec des ornières. Notre minibus s'embourbe et tout le monde se retrousse les manches pour pousser. A Kasongdu, nouvelle pause, les moines doivent prier (photo) Nous arrivons à 17h30. Direction l'hôtel en compagnie d'Elena.

Dêgê (photo) (photo) (photo) (photo) cette petite ville à 3900m d'altitude, encaissée au fond d'une vallée est le coeur du Kham. Elle borde le Tibet autonome par le fleuve Jinsha à 20 kms à l'ouest. La route G317 continue et passe au Tibet autonome pour rejoindre la route 109 Beijing-Lhassa.

Il nous suffit de redescendre la rue principale. L'hôtel est indiqué en Anglais. Nous sommes accueillis par un Tibétain, le propriétaire, il parle un mot d'Anglais. Mais bonne nouvelle, il dispose d'assez de place pour loger tout le monde, ce n'est pas cher, très propre et cerise sur la gâteau, il y a des salles de bains avec douche et eau chaude à chacun des étages au nombre de deux. Une très bonne surprise car il arrive parfois de déchanter par rapport aux prix multipliés par deux ou trois mais ici rien de tel d'autant que notre hôte est très gentil. Nous sommes immédiatement à l'aise. Je demande à Elena de prévenir Honza, ça leur permettra de voyager en toute sérénité. Ils viennent à peine de repartir et ils ne seront pas à Dêgê avant 21h30. J'en profite pour prendre une bonne douche car depuis Xining je ne savais plus à quoi ça ressemblait. Au fur et à mesure je fais connaissance avec le reste de cette petite famille tibétaine, ils sont adorables. Ils ont deux jolies petites filles. La pièce où notre hôte nous a accueillis fait office de réception, de salle de séjour. Il ya une télé, un ordinateur disponible et de nombreux sièges pour s'asseoir, boire un thé et discuter. C'est un lieu de rencontre pour ses amis.

La ville est divisée en deux parties. Le vieux centre a été détruit et reconstruit pour laisser place à une architecture comparable à n'importe quelle autre ville chinoise. Par contre sur les hauteurs et tout autour, ce sont les maisons traditionnelles tibétaines qui prédominent, Des chalets en rondins de bois dont les portes et fenêtres sont superbement décorées (photo) (photo). La lamaserie est située au coeur de la ville (photo), elle abrite l'une des plus vieilles imprimeries tibétaines. C'est un lieu de pélerinage pour les Tibétains qui viennent de tout le Kham (photo) . Les gens tournent autour de l'imposant bâtiment dans le sens de l'aiguille d'une montre munis de leur moulin à prière et de leur chapelet (photo) (photo) . Toute la journée, l'endroit est très animé. Certains tournent durant plus d'une heure, d'autres moins et viennent s'asseoir devant sur des sièges posés exprès tout en continuant de faire tourner leur moulin (photo) ou converser avec leurs voisins. J'aime venir ici, c'est une place idéale pour faire des rencontres comme Andy un étudiant Han de Shenzhen qui voyage avec 3 amis dont une fille. Ils vont à Lhassa. L'un a une bicyclette, les autres sont à pied et c'est comme ça qu'ils se déplacent, dorment sous la tente, mangent des nouilles instantanées. Ils ont peu d'argent mais cela ne les a pas empêchés d'arriver jusqu`ici même si Andy m'avoue qu'ils prennent aussi le bus. Durant ce deuxième voyage à travers la Chine, je croise souvent de jeunes Chinois venant des grandes métropoles côtières, parlant Anglais et visitant leur pays avec peu de moyens mais avec de l`enthousiasme à revendre. Des rencontres toujours très intéressantes et qui tordent le cou aux clichés du touriste chinois voyageant en groupes organisés. En parlant de groupe, il y a celui de Honza. Nous nous croisons régulièrement entre l'hôtel et près de la lamaserie. (photo). Petite précision sur la photo, ce n'est pas Honza mais l'un de ses amis. C`est le clan des barbes. Hunza c`est vraiment le type tranquille. La sérénité personnifiée. Toujours au même endroit, une jeune Tibétaine essaye de pratiquer son Anglais. Elle me montre son livre scolaire et nous faisons un petit cours improvisé. En échange elle m'apprend quelques mots de Tibétain sous le regard attendri de son papa. Je séjourne plusieurs jours à Dêgê. Entretemps Honza et son groupe sont partis à Bayul où je pensais les retrouver le lendemain. Malheureusement je reste à quai, à regret mais le tarif est trop cher. Voyager seul provoque quelques désagréments. En voici un. Comme il n`y a pas de ligne régulière, seuls des minibus font la navette en fonction du nombre de passagers. Dans ce cas précis, je devrais payer la même course qu`un taxi, étant le seul candidat. Je prend finalement le bus quotidien pour Garzê, en refaisant le chemin inverse via Manigango. Je me console car la route est belle. Départ à 7 heures. Dans la vallée nous sommes dépassés par une dizaine de motos et véhicules, drapeaux au vent. Plus loin, nous les retrouvons arrêtés, ils bloquent le passage (photo) . C'est une procession religieuse.

Garzê (photo) (photo) (photo) Situé à 3390 m au bord de la Yalong River (photo) un affluent du Yangtse et de la chaine montagneuse la Shaluli Shan (photo) . La ville fait partie du Kham. A peine sorti du bus, je demande à deux Tibétains un endroit où loger.

"ici ! suis moi "

dans la cour de la gare routière (photo) il y a plusieurs petits hôtels tibétains avec les standards habituels : chambre avec télé sans salle de bain mais possibilité d'avoir des thermos d'eau chaude sans oublier la bassine. Le prix est dans mes cordes et de plus je serai aux premières loges pour repartir. Me voilà prêt à explorer la ville. Elle est divisée en deux parties, le quartier Han où se trouve la majorité des magasins et restaurants tout le long et autour de Chuanzang Road et le quartier tibétain au nord (photo) . Au sud au bord de la Yalong, il y a un pont suspendu (photo) . A cause de fortes pluies récentes, le fleuve est en cru. Le débit est impressionnant. La lamaserie, imposante bâtisse, surplombe le quartier tibétain, accessible par un long escalier qui offre un joli panorama sur la ville et ses alentours. C`est vendredi, jour de relâche. La plupart des moines sont en ville. Je peux visiter le lieu à ma guise et gratuitement. En effet, dans de nombreuses lamaseries et temples, il faut passer à la caisse comme à Dêgê par exemple. Dans ce cas, je m`abstiens. Mais revenons à cette lamaserie (photo). Elle est très étendue. A l`intérieur, il y a une grande bibliothèque fermée à double tour, une salle de prière avec un portrait du Panchen Lama (photo) et des dortoirs où sont logés des moinillons. Tout autour, à l`intérieur de l`enceinte, de petites maisons habitées par les moines plus anciens. Sincèrement, ils ne sont pas a plaindre. Le chemin de procession qui débute derrière la lamaserie est long de plusieurs kilomètres, faisant le tour des collines, jalonné de stupas (photo) , de drapeaux de prières (photo) , il offre des points de vue somptueux sur la vallée et la chaine montagneuse. Il débouche au sommet d`une colline couverte de drapeaux (photo) et où paissent des yacks. Après cette longue marche, quelques personnes pique-niquent et se régalent de ce paysage (photo). Deux jours passent comme un long fleuve tranquille dans cette petite ville attrayante. J`ai acheté un billet pour Tagong qui est la dernière étape avant Kangding et Chengdu est en vue.....Demain le départ est fixé à 6h30.
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Sichuan pays de Kham en route pour Chengdu

6h sous une pluie battante. Il fait encore nuit. Sur le parking les moteurs ronflent. Garzê est une plate-forme importante du fait de sa situation géographique dans la région, carrefour entre Dêgê, Bayul, Litang, Ma-erkang, Sêrtar. Dans l'obscurité, tout le monde avance à tâtons à cause du sol rendu glissant par la forte averse. Une jeune femme chaussée de hauts talons, manque de tomber et d'un coup, se tord de douleur, sa cheville a craqué sous la pression. En compagnie d'un autre homme, nous l'aidons à porter ses deux sacs jusqu'à son bus, elle souffre car elle peine à monter sur le marchepied. Une fois installée, elle pourra souffler. J'entends parler français. Les voix se rapprochent. Ce sont deux mamies portant des sacs à dos. Des mamies backpackers. Nous prenons la même direction, leur destination est Kangding. Dans le bus, j'entends leur bavardage ; leur dialogue tourne au sketch. "Danielle je t'ai dit de mettre ton sac ici" "Tatie tu n'as pas oublié de remplir ton thermos ?" "Danielle il ne peut pas parler moins fort avec son téléphone !" "Tatie couvre toi tu vas prendre froid !" .

Sur la route 317, le tronçon entre Garzê et Luhuo est dantesque. La pluie ne faiblit pas et la route se transforme en un bourbier où camions et véhicules font des zigzags pour éviter les ornières (photo). Nous sommes bloqués plus d'une heure à cause d'un glissement de terrain. Dans le bus, ma voisine, une dame Han n'arrête pas de me dorloter en m'offrant gâteaux et fruits. Au ton de sa voix, je sens que c'est une personne très généreuse. Elle veille à ce que je ne manque de rien. Après Luhuo, la pluie cesse, la route s'améliore jusqu'à Tagong.

Tagong (3800m) (photo) est un village entre Garzê et Kandging. Entouré de collines verdoyantes dominées par les monts Zheduo à l'est, connu pour la vieille lamaserie de Lhagang et proche du Zhara-Latsé (5825m) que l'on aperçoit par temps clair. A la sortie du bus, je suis harponné par une dame tibétaine qui me montre sa carte. C’est Drolma. J'ai toujours entendu parler en termes positifs des deux soeurs que sont Drolma et Gayla. Elles tiennent deux guesthouses familiales. L'aspect le plus positif est le prix, difficile de faire mieux. D'ailleurs, je n’oppose aucune résistance et je la suis sans coup férir. Et je ne suis pas déçu. Cette famille accueillante habite dans deux jolies maisons traditionnelles (photo). Nous allons dans la deuxième, chez Gayla. La chambre composée de 6 lits est magnifiquement décorée (photo) - Au rez de chaussée, le fils fabrique des vêtements, dans la cuisine je remarque les habituels gros thermos mais je n'en aurai pas besoin car Drolma me montre fièrement la salle de bain, avec eau chaude, wc nouvellement construite. Pour y accéder il faut passer par le jardin. Donc une maison tout confort avec l'accueil en plus. Tagong est un bon endroit pour faire des marches sur les collines environnantes couvertes de drapeaux de prière. L'effort vaut le détour car la vue est magnifique (photo) . Ici il y a davantage de touristes étrangers. Kangding n'est pas loin et c'est la porte d'entrée du Sichuan ouest. Cette présence se remarque facilement car tout se passe autour de la place de ce petit village, c'est là où se trouve la vieille lamaserie de Lhatang, payante d'ailleurs. Du coup je ne la visite pas. Nul besoin, j'ai visité celle de Garzê et si je monte sur les hauteurs, j'ai une vue plongeante sur l'intérieur de l'enceinte. Et d'autres lamaseries, il y en a dans le voisinage, au pied des collines (photo). A ce titre, c'est en marchant le long d'un sentier accidenté donnant accès à un temple que je me fais surprendre par un chien. Je ne l'ai pas vu venir et je sens une forte pression sur ma chaussure au niveau du talon. En me retournant, je le vois repartir dans la direction opposée. Heureusement que le cuir est de bonne qualité, clin d'oeil à Jean-Marie. Le mode opératoire de l'animal est déconcertant mais en avançant de quelques mètres, je comprend mieux son attaque réfléchie et placée . Sur la gauche, j'aperçois un chiot couché dans l'herbe qui a suivi toute la scène. C'était en guise d'avertissement et la prochaine fois ça sera au niveau du mollet. Demi tour et piqure de rappel. A la guesthouse, je fais la connaissance d'un Américain de l'Oregon, comme moi, il aime marcher dans les collines et il parle un peu Français ayant étudié deux ans dans le sud de la France. Il loge dans une chambre. La deuxième nuit, je partage le dortoir avec trois Chinoises, deux voyageant ensemble quant à la troisième, elle débarque dans la soirée. Elle rentre, sort, converse avec ses deux compatriotes, fait trois fois le tour de la pièce pour trouver son lit, repasse en me dévisageant puis recommence pour prendre une autre couverture car elle a froid. Elle est agaçante...Le lendemain, alors que les deux autres sont parties très tôt, nous sympathisons.

Xu Xu est un être réservé. Originaire d'une ville proche de Hangzhou dans le Zhejiang, Elle voyage seule durant un mois sans gros moyens (photo). Elle repart cet après midi et nous décidons naturellement de passer la journée ensemble à Tagong. Déjeuner, un petit tour sur la petite butte au dessus du village et le chemin des moulins de prière autour de la lamaserie (photo) . Xu est une artiste, elle apprend la calligraphie. Après un dernier café, nous nous séparons, elle a trouvé un camion qui accepte de la déposer près de sa destination, vingt kilomètres plus haut. Rendez vous pris à Chengdu.

Je quitte Tagong au bout de trois jours. Cet endroit est vraiment agréable. Des minibus partent pour Kangding en franchissant la Zheduo Pass à 4290m.

Kangding (2560m) (photo) c'est le chef-lieu de la préfecture autonome tibétaine de Garzê. Considérée comme la porte d'entrée du Kham, la ville est encaissée au fond d'une vallée où deux rivières Dar et Tse font la jonction. C'est une grosse ville comparée à celles que j'ai traversé depuis Xining. Peuplée en majorité de Han. Je n'accroche pas plus que ça et je décide de partir dès le lendemain matin pour Chengdu. De toute façon, je repasserai ici dans plusieurs jours car Kangding est sur la route de Litang.

Le bus part très tôt. 6h30. La ville est encore endormie. Une fois installé, j'entends des voix familières qui se rapprochent. Les mamies backpackers sont de retour. Après les salutations d'usage, elles sont mécontentes de leurs places. Dans les bus chinois, quand on achète son ticket, on a un siège numéroté attribué. Or il se trouve qu'elles ne sont pas côte à côte. Un scandale ! Le marchandage commence avec les voisins. Les Chinois étant bienveillants, tout se termine bien. Nous pouvons partir. Tatie et Danielle voyagent ensemble depuis 1978. Un bail. Elles habitent la même ville et pur hasard nous sommes voisins. Pour être plus précis, j'habite dans la grosse ville et elles dans la proche banlieue. dans le bus le sketch continue, se poursuit lors de la pause déjeuner mais elles ne m'amusent plus. Elles prennent à partie une jeune Chinoise sous prétexte qu'elle ne fait pas l'effort de les comprendre car elles tiennent absolument à connaitre les prix des plats. En l'occurrence ce sont des bols de raviolis. Elles s'énervent. Quant à moi j'en commande un. Personnellement, j'ai rarement eu de mauvaises surprises en Chine et j'ai confiance, ici nul besoin d'être constamment sur la défensive comme en Inde par exemple. Me voyant manger, elles me demandent le prix, étonnées de ma réponse négative, je leur dis d'être plus relax et de faire confiance aux gens. Mais elles n'en démordent pas. Plus tard, je les retrouve en train de bouder comme des enfants, le ventre vide. Le bol de raviolis m'a coûté une poignée de yuans. Et pour tout dire, j'apprécie de moins en moins leur compagnie. Elles habitent un endroit que je connais bien, en banlieue de Lyon pour y avoir des amis et au détour d'une conversation, elles tiennent des propos limites sur ses habitants. La j'en ai assez entendu. Leur comportement vis à vis de la Chinoise ne me surprend plus. Nos routes se séparent à Chengdu.

Chengdu (photo) (photo) (photo) La capitale du Sichuan. Très grosse ville chinoise d'environ 14 millions d'âmes. Dès mon arrivée suis happé par la chaleur étouffante. Heureusement mon hôtel est à deux cent mètres de la gare routière et le choix s'avère judicieux. C'est l'auberge de jeunesse annexe au Trafic Hôtel (photo). En Chine chaque gare routière ou presque (Minfeng dans le Xinjiang) dispose de son Trafic Hôtel parfois même à l'intérieur de la gare.

Les auberges de jeunesse (photo) Un mot sur les auberges de jeunesse chinoises que je fréquente assidument. Leur développement dans tout le pays suit la courbe d'une nouvelle forme de voyage prisée par les Chinois, le voyage en solo, en groupe mais avec des budgets serrés. j'ai eu l'occasion de parler dans un chapitre précédent de ces voyageurs chinois partant à l'aventure. Ces auberges se sont mis au diapason pour accueillir locaux et étrangers dans les meilleures conditions. Les staffs parlent Anglais. L'accent est mis sur l'accueil, la propreté. Les chambres et dortoirs sont bien tenus. Beaucoup de facilités sont mises à disposition comme internet, une salle TV, des présentoirs de flyers d'hébergements dans d'autres villes et villages. Certaines auberges fonctionnent en autogestion Ce sont des bénévoles (souvent étudiants, parlant Anglais et sur des durées de trois à quatre mois) qui font tourner la boutique ce qui ajoute une note décontractée à l'atmosphère même si cela comporte quelques rares désagréments. La comparaison s'impose avec l'Inde et ça me permet de régler mes comptes avec ce pays et son hospitalité qui ne me laisse pas des souvenirs impérissables même si cela va faire grincer des dents "les fous de l'Inde" . J'ai visité trois auberges : Mysore, Mangalore, Bangalore. Il se trouve qu'à ce moment là, je devais faire avec peu d'argent à cause d'un trou important dans mon budget du à la ruse alliée à la dextérité de trois pickpockets à Chennaï. Mysore : au bout de deux nuits, prié sans ménagement d'aller voir ailleurs Mangalore : soi-disante fermée quand je me présente bien que je note de l'activité à l'intérieur Bangalore : soi-disante pleine quand je me présente après cinq kilomètres de marche. Peut être disaient t-ils vrai mais quoique il en soit, j'ai senti une atmosphère pesante

JO de Londres Mon séjour à Chengdu coïncide avec l'ouverture des JO de Londres. ça tombe bien, j'avais envie de faire un break et j'adore le sport. Ainsi à partir de minuit, j'investis la salle et durant deux semaines c'est soirée TV en nocturne jusqu'à 5h. Pour un peu, je ferai presque partie du staff. En effet le veilleur se reposant sur sa natte, c'est moi qui gère, la salle TV étant située à côté de la réception. Cette salle je l'ai tellement apprivoisée j'y passerai ma dernière nuit installé dans les fauteuils moelleux, toutes les chambres ayant été réservées, l'hôtel étant complet. A travers le prisme des chaines chinoises, je découvre des sports méconnus dans nos contrées mais populaires ici comme le Badminton, le tennis de table, le plongeon où leurs athlètes raflent tout. D'ailleurs le pays caracole en tête des bilans avec l'autre puissance sportive les Usa. Vu d'ailleurs, cette mainmise chinoise gène, en particulier parmi les médias français toujours prompts à dégainer pour faire la leçon aux autres. Tous les poncifs y passent : soupçons de dopage, usines à fabriquer des champions, tristes gagnants. Il serait bon de rappeler à ces rabats-joie que la Chine est juste un peu plus grande et un peu plus peuplée que la France, que ce pays est aussi une nation sportive. Les Chinois pratiquent des exercices quotidiennement dans la rue et les parcs sur des engins mis à disposition, jeunes, adultes et vieillards sans distinction. J'en ai été témoin à de nombreuses reprises comme à Xining avec le stade Nanyen (photo) rempli du matin au soir de gens pratiquant le foot, le tennis de table, la danse (photo). Vu le potentiel humain dont dispose le pays, il semble normal qu'il ait la même proportion de sportifs de haut niveau. Après être d'accord ou pas sur la marchandisation du sport, opium du peuple, ceci est un autre débat.

Chloé Au delà de ma cure de sport en salon, je n'oublie pas de mettre le nez dehors. A Chengdu je fais enfin la connaissance de Chloé une Lyonnaise avec qui je suis rentré en contact avant d'entreprendre ce voyage. Elle m'a constamment donné de précieux conseils sur la région, spontanément sans me connaitre. Chloé habite Chengdu depuis sept ans. Elle me rejoint au Trafic Inn pour m'accueillir. C'est un vrai plaisir de la voir. Je rencontre une femme dynamique et qui dégage une forte personnalité. Partie de rien, elle a monté une affaire qui a prospéré et pour tout dire, ça a été un coup de maitre. En ce moment, elle attend un heureux évènement.

Et je revois Xu l'apprentie calligraphe. Elle repasse à Chengdu avant de retourner chez elle près de Hangzhou. Les vacances se terminent. Pour fêter nos retrouvailles et son départ, je l'invite dans un bon restaurant. La ville est réputée pour sa cuisine dont les fameux hot-pots (photo). C'est une place forte de la gastronomie chinoise. Il y a le fameux poivre du Sichuan qui accommode nombres de plats, une palette variée de mets faisant de Chengdu un voyage culinaire à lui tout seul. En tout cas je sens Xu touchée et elle tient à me rendre la pareille. Le lendemain, au moment de partir, en souvenir, elle m'offre une calligraphie (photo) qu'elle vient de faire, avec les moyens du bord c'est à dire au stylo. En temps normal, Xu travaille au pinceau traditionnel.

Progressivement, je découvre le quartier. En empruntant la petite rue sur la gauche de l'hôtel, on débouche sur une rue piétonne populaire avec son marché, ses petits restaurants où l'on mange sur le pouce et ses petits métiers. Je trouve sans mal un cordonnier et une couturière. Au Trafic Inn, l'affluence ne faiblit pas. L'auberge jouit de son emplacement idéal. Beaucoup de Français en vacances. Des vacances au pas de course en trois semaines dès que l'on allonge les distances dans ce pays-continent. Du temps perdu dans les transports et un degré d'épuisement car pas question de stopper plus de deux jours dans un endroit. En tendant l'oreille dans le hall de réception, je mesure à quel point maîtriser son temps libre est un luxe et conditionne le reste à savoir la fatigue et le stress. Je surprend des conversations qui m'exaspèrent mais venant de mes compatriotes, je ne suis pas étonné. Extraits : "ah mais quand même c'est une dictature !......." "oui tout est contrôlé......" "et ils ne réalisent pas qu'ils sont surveillés......." sans parler du refrain habituel sur les pôôvres Tibétains réprimés, vivant sous la terreur. Je les écoute pensivement (Bien sur ma cocote, vas donc à Londres qui est truffée de caméras et dans ta chère capitale c'est pareil. Les Chinois que vous méprisez ne sont pas les demeurés que vous croyez. En tout cas ceux que j'ai rencontré ne sont pas dupes des problèmes. Mais la tendance est de noircir la feuille. Aussi lors des émeutes après l'élection de Sarkozy en mai 2007, la répression n'a rien eu à envier à la Chine. Justice d'abattage et prison ferme pour les jeunes émeutiers) mais je n'interviens pas, lassé d'entendre les mêmes stéréotypes qu'ils doivent, j'imagine, rabâcher sur des pays politiquement incorrects tels l'Iran, le Pakistan. De bons petits soldats...Rompez.

Heureusement il y a d'autres rencontres plus sympathiques avec les francophones dont deux jeunes Françaises de Chambéry discrètes, voyageant sur une courte durée. Malik un Parisien qui me demande des conseils pour se rendre dans l'ouest du Sichuan. Priscilla une Suisse de Lausanne. Nous faisons connaissance dans la salle TV où j'ai établi mon QG. Elle veut regarder un film DVD et attend mes suggestions. Notre premier choix "Vertical Limit" ne passant pas dans le lecteur, nous optons pour Blade mauvaise pioche, elle aime moyennement. Priscilla voyage seule depuis plusieurs mois à travers l'Asie centrale, puis la Chine. C'est une personne chaleureuse. Ensuite elle se rend à Hong-Kong où elle retrouve son amoureux, faire un bout de route ensemble avant de repartir seule en Mongolie. Un beau programme dont elle se réjouit. Quant à moi, j'attends la fin des JO pour repartir dans les régions tibétaines. Je revois Chloé qui est très occupée dans ses préparatifs de départ pour la France où elle va s'installer provisoirement quelques mois. Je quitte Chengdu très tôt avant la chaleur. Dans quelques heures, je serai en altitude.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
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Retour dans le Kham Kangding-Litang-Xiangcheng (août 2012)

A Luding, la ville située au sud-est de Kangding, contrôle de la Swat. C'est la première fois depuis que je suis entré dans les régions tibétaines mais c'est seulement un contrôle de routine, l'agent qui me questionne parlant Anglais, est très courtois. A Kangding, le départ du bus est fixé à 6h30, un horaire très matinal. Pourtant Litang n'est distant que de 200kms........J'y serai à l'heure. L'auberge de jeunesse Kanka est à 50m, en face du jardin des statues de pierre (photo), Il y règne une atmosphère très décontractée, elle est fréquentée par des voyageurs chinois. De nombreux bénévoles y travaillent comme au Kokonor. Lendemain matin, le bus est complet. A coté de moi, s’installe une Tibétaine et sa kalachnikov. Malgré cet attirail, elle n'est pas gaillarde car elle sera malade durant tout le trajet et épuisera tout son stock de sachets mais je vous épargnerai les détails. A sa décharge, il faut dire que la route 318 est dans un état épouvantable, je comprend maintenant pourquoi nous partons si tôt. La route (photo), c'est comme si elle avait été secouée par des glissements de terrain (ce qui est vrai), des tremblements de terre et des bombardements. J'exagère à peine. Il suffirait d'un peu de pluie pour qu'elle soit fermée. Ce qui explique pourquoi si il est si difficile d'atteindre Litang c'est lié aux fermetures fréquentes et non pas le fait de quelques restrictions gouvernementales.

Mais cette fois, la chance est avec nous, nous passons entre les mailles du filet, certes dans la difficulté et c'est un euphémisme de le dire mais au bout de 12 heures après avoir franchi 4 cols au dessus de 4000m dont la Zheduo-Pass 4200m, la Kiazila-Pass 4718m, la Jianziwan-Pass 4659m, en descendant pour la énième fois la route sinueuse digne des montagnes russes, nous apercevons au loin, Litang dans la plaine. Quant à ma voisine, je la sens requinquée. Elle tient fermement dans sa main, la réplique de kalachnikov dans son emballage qu'elle va pouvoir offrir à son fils, son petit-fils ou son neveu.

Litang (4014m) (photo) La ville s'étire en longueur sur une large plaine cernée par les montagnes, la Shaluli Shan à l'ouest. C'est un noeud routier important entre Batang et Kangding sur la route G318, entre Garzê et ShangriLa sur la route S217. Réputé pour son festival de chevaux, la ville n'a pas le charme de Dêgê et ni la beauté du site de Darlag, une population majoritairement tibétaine, le reste étant composé de Han qui ont développé le commerce et les restaurants dont celui où je mange tenu par une famille adorable. Lorsque j'arrive avec mon bout de papier qui est je le rappelle, mon petit guide de survie en Mandarin, ils me donnent leur menu doublé en Anglais.

Je passe une 1ère nuit dans un hôtel tibétain en face de la gare routière, un lit partagé dans une chambre. Vétuste et cher. Le lendemain je change d'endroit pour aller au Potala Inn à deux blocs de là. La veille, je m'étais mis en recherche et j'étais tombé sur cet hôtel, séduit par l'accueil de Medok tout en simplicité. Je pars en balade dans les alentours de la ville, le sud débouche sur la plaine où paissent yacks et chevaux (photo), il y a aussi quelques tentes, une usine et surtout beaucoup de déchets qui jonchent la prairie. Même le petit canal n'est pas épargné. C'est le point noir de Litang. au nord c'est là que se trouve la fameuse lamaserie (photo) où je rencontre deux moinillons qui s'essaient à la photo, je les laisse utiliser mon appareil (photo) et ils sont forts adroits (photo). Après ça se corse quand ils me demandent de l'argent. Drôle de manières les moines par ici. Je les renvoie gentiment à leurs chères études avant de continuer mon chemin à travers les collines verdoyantes. Le soleil est très fort et punit mon imprudence car sans couvre-chef, ni crème je rentre avec des maux de tête qui s'aggraveront au fil de la journée jusqu'à que Patricia une française rencontrée au Potala Inn me donne de l'aspirine.

Medok c'est la propriétaire tibétaine du Potala Inn. Long cheveux noirs, grande, élégante, un visage tout en douceur, Medok est vraiment une belle femme. Elle est très dynamique et se démène pour faire tourner son affaire. Une serviabilité doublée d'une grande gentillesse. ça force le respect. Elle n'a pas vraiment le choix car derrière elle, les employés paraissent en phase hibernation. Sous le charme.

Direction Xiangcheng plus au sud, dernière étape avant le Yunnan. Levé aux aurores, je me dirige vers les minibus stationnés et je trouve celui qui part dans ma direction. Pas de miracle, le prix est celui auquel je m'attendais, c'est beaucoup plus cher qu'un bus normal. Je dois patienter. Je suis le premier passager. Les heures passent et personne ne se présente. Entre temps, un couple en voiture me propose de m'emmener mais leur tarif est trop cher, je décline. Si je veux partir aujourd'hui, il me reste une option, m'accrocher au bus venant de Kangding en espérant qu'il ait des places disponibles. C'est la loterie. Je préviens le chauffeur tibétain que je retourne à l'hôtel. "si tu as du nouveau, tu sais où me trouver !" Medok me confirme pour le bus de 16h. On s'adapte. Le temps est élastique. Sinon c'est remis à demain d'autant que je suis en bonne compagnie ici. Je suis dans mes pensées quand Medok m'appelle, mon chauffeur apparait et me fait signe. Bye bye Medok !

Route S217 Litang-Xiangcheng (photo) Le minibus est pourtant vide. Pas facile de se comprendre, le chauffeur ne parle pas Anglais, j'imagine que les autres passagers nous attendent près de la gare mais j'imagine mal, le voilà qui file sans s'arrêter et prend la route S217 en direction du sud. Je flaire l'arnaque où la citrouille se transforme en carrosse, en langage décodé ça signifie mon minibus deviendrait un taxi.

"où sont les autres ?"

"personne d'autre, peut être sur la route on trouvera "

Je lui rappelle le prix sur lequel nous nous étions arrangés (pour info c'est 100 yuans) et il me confirme sans hésiter. Je le sens honnête. les 100 yuans que je viens de lui donner vont servir à payer le carburant. Il est constamment au téléphone, au bout j'entends une voix féminine. Peut être habite t-il à Xiangcheng et passagers ou non qu'il soit obligé de rentrer à la maison. Du coup, je voyage dans des conditions optimales et c'est une chance car les paysages que nous traversons sont sublimes (photo). Au milieu de nulle part (photo), il stoppe et va piquer un roupillon dans l'herbe durant vingt minutes. Après Sumdo, à l'intersection pour aller à Dabba. Nous roulons à travers un haut plateau recouvert de blocs de granit (photo). Après la route s'élève encore et nous franchissons un col de la Shaluli Shan à plus de 4500m (photo). Nous entamons la descente (photo) et nous débouchons au milieu de paysages escarpés et boisés et les gorges impressionnantes de la rivière XuQu que nous suivons jusqu'à Xiangceng que nous atteignons à 15h. Finalement tout s'est bien passé et à peine sorti , j'aperçois une femme qui rapplique dare dare ils se connaissent et ça tombe bien, elle tient le petit hôtel juste en bas de la gare routière. Elle c'est Lamu et elle est Tibétaine. Son hôtel est correct, il y a même une petite salle de bain avec douche et wc à mon étage. Je négocie le prix de la chambre.

Xiangcheng (photo) la ville est à flanc de montagne à l'ouest de la rivière qui coule dans la vallée. Le centre est moderne avec des hôtels flambants neufs, sa grande place, ses écoles et les restaurants et autres commerces tenus par les Han. Tout autour du centre, ce sont les quartiers tibétains avec des maisons traditionnelles en forme de cubes (photo), au nord-ouest un petit sentier permet d'accéder à la lamaserie perchée sur la colline. Elle est aussi accessible par la route en contournant par le nord ce qui permet d'avoir une belle vue sur les gorges (photos) et les villages tibétains jouxtant Xiangcheng (photo). Je la visite (photo), personne à l'entrée pour me demander de passer à la caisse. Il y a un groupe de touristes Han. La façade du temple est richement décoré. Je ne m'attarde pas. En chemin je rencontre un couple de Polonais croisés au Trafic Inn à Chengdu. A l'est, on débouche sur des champs et jardins (photo), encore des petites maisons traditionnelles (photo), un temple où je croise des Tibétains en train de prier. "Tashi delé" "Tashi delé". J'aime beaucoup la région (photo) et les Tibétains du coin, ceux de mon quartier sont sympas. Beaucoup d'entre eux se retrouvent devant la petite épicerie à côté de la gare routière. Un arbre à palabres à la mode tibétaine. La propriétaire des lieux a installé des tabourets et les gens viennent s'enquérir des nouvelles, discuter et boire un thé. J'aime bien venir ici, ça permet de faire des connaissances et de se faire connaitre. Je revois même mon chauffeur de Litang qui vient s'asseoir après sa course journalière. Les gens sont simples et attachants. Même si l'on ne se comprend pas, on ressent un vrai courant de sympathie. Et durant mon séjour, Lamu y passe le plus clair de son temps, elles sont bonnes copines. Puis de là, elle peut scruter les allées et venues de voyageurs pour remplir son hôtel.

Lamu tout le monde la connait dans le quartier. Quand on la cherche, il suffit de demander "Lamu" et il y a de fortes chances qu'elle soit chez l'épicière où toutes ses copines se donnent rendez vous. Lorsque j'en parle, on pourrait penser qu'elle soit d'un age avancé ce qui n'est pas le cas. La trentaine assurée, dynamique, cheveux noirs mi-longs, les joues légèrement rosies comme beaucoup de Tibétains, elle a du charme à revendre mais que mes lecteurs ne se méprennent pas, le charme n'a pas d'age.

Et c'est bien d'avoir Lamu dans son carnet d'adresses. Pour preuve

Je dois acheter mon ticket pour ShangriLa, première étape du Yunnan au sud. Un seul bus, il part tôt et souvent le guichet est pris d'assaut. Je rencontre deux Espagnols Carlos et Maria dans le hall, leurs billets en poche mais ils me disent que tous les tickets ont été vendus. Nouvelle confirmée par la guichetière. Pourtant je suis arrivé à 14h comme Lamu me l'a indiqué. Je sors et je l'aperçois, assise sur un tabouret en train de discuter.

"Lamu j'ai un problème, je n'ai pas de ticket pour ShangriLa, tout est vendu ! tu peux faire quelque chose? "

(Petit rappel, quand je parle, j'utilise un mix de geste et d'Anglais (elle parle un mot d'Anglais). )

Elle se lève et va haranguer un groupe de personnes devant la porte de la gare, puis rentre, va questionner la guichetière, elle prend son téléphone. Quelques instants plus tard, un de ses amis chauffeurs rappliquent. Ils discutent et m'informent sur l'horaire et le prix plus élevé mais c'est le tarif normal pour le minibus. Tout baigne. Je retourne à l'hôtel, je dois nettoyer mon sac.

Une heure plus tard, elle arrive toute essoufflée devant la porte de ma chambre que j'ai pris l'habitude de laisser ouverte et me tend un bout de papier. Je n'ose pas le croire et pourtant

"j'ai ton ticket de bus pour Shangri La !"

Tu es géniale Lamu ! Durant un éclair de seconde, une pensée me traverse la tête. J'ai envie de l'embrasser mais une infime hésitation et c'est trop tard . Pourtant elle me plait et je sens de bonnes ondes entre nous. Mais voilà...Je la paye car elle a avancé l'argent tout en la remerciant encore.

Le lendemain, je retrouve le couple d'Espagnols Carlos et Maria qui font aussi étape à ShangriLa dans le Yunnan. J'ai un peu d'appréhension avec mon ticket mais tout se déroule bien, j'ai même une place de choix si je veux prendre des photos. Ah Lamu tu es la meilleure ! Le Sichuan ça se termine mais pas tout à fait concernant le pays de Kham dont un bout se trouve dans le nord du Yunnan. Sur le chemin, après une pause pipi, nous oublions un passager mais surtout la victime désignée d'une blague de ses compagnons de chambrée. Lui, étant parti se soulager derrière d'épais buissons, le bus est parti sans se rendre compte de son absence. Ses amis, sourires aux lèvres, gardent le silence. Puis après plusieurs kilomètres, ils se mettent en alerte pour faire stopper le bus en pouffant de rire. Après cinq minutes d'attente, nous le voyons apparaitre au loin, marchant tranquillement (photo). Nous quittons la magnifique province du Sichuan sur une bonne dose d'humour. Welcome to Yunnan.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
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Retour au Yunnan et sur la route G214. Le nord. Shangri-La - Yangtsé - Lijiang - Dali

Le Yunnan Province située au sud de la Chine la plus forte concentration de minorités ethniques en Chine. Province limitrophe avec le Myanmar, le Laos et le Vietnam. Le Yunnan est aussi mon premier contact avec la Chine en 2009. La route 214 : Rappel je l'avais quitté à Xiewu dans le Qinghai en pays Amdo après l'avoir empruntée depuis Huashixia et la Bayan-Ka-La Pass.

Nous arrivons en milieu d'après midi. Shangri La est une grosse ville précédée d'une réputation flatteuse que je trouve trompeuse. Déjà en se penchant sur son nom, ça peut éveiller la méfiance.

Shangri La (3200m) La ville a été rebaptisée Shangri La pour des raisons touristiques évidentes : en faire un petit Lijiang. Un nom ronflant pour attirer le badaud. L'ancien nom Zhongdian n'avait rien de glamour. Mais la ville est dénuée de charme avec un vieux centre surexploité touristiquement et cher. Seuls intérêts : manger des petites brochettes sur la place et l'endroit où je loge. C'est une superbe maison traditionnelle Naxi transformée en guesthouse (photo). Mes hôtes Jun et Christina sont très accueillants, lui est coréen, elle est chinoise Naxi de la minorité etnique principale de la région. Je reste trois jours pour profiter de cette charmante maison et de l'atmosphère familiale

Le fromage de yack Il y a quelques points positifs, la ville nouvelle est plus intéressante surtout le quartier des marchés extérieur et couvert où l'on peut voir les femmes Naxi vêtues de leurs vêtements traditionnels. Elles vendent le fromage de yack dont j'ai entendu parler sans n'avoir jamais eu le loisir de le tester. Comme le dit le dicton, l'occasion fait le larron. Là ça tombe bien, il y en a sur de nombreux étals (photo) avec de drôles de formes coniques. Arrivé chez Jun et Christina, je leur en offre la moitié. Christina n'est pas emballée mais accepte. J'utilise le frigo et leur emprunte un couteau de cuisine. Le dépeçage de l'Alien peut commencer. D'aspect extérieur, c'est dur comme du bois. Il y a une sorte de croute qui s'apparenterait plus à une écorce qu'il faut attaquer au choix soit au couteau, soit au chalumeau en faisant attention aux projections d'acide. A l'intérieur, c'est blanc et dur comme l'intérieur d'un tronc d'arbre. La dégustation peut commencer et ça tourne au psycho drame. A vrai dire, c'est immangeable, j'ai beau redoubler d'efforts, en bouche, c'est trop âpre ; j'avale quelques morceaux à l'aide d'un verre d'eau mais je rends les armes (le couteau) rapidement. Je remballe le tout, direction le frigo...définitivement. Mes hôtes me parlent d'un autre fromage plus petit. Le lendemain, obstiné je vais au marché couvert et en effet je vois de petits fromages de forme ovale à croutes dures. J'en achète un et du pain. Retour à la guesthouse pour un nouveau test. D'aspect extérieur, c'est une petite croute pareille à celles des fromages hollandais, à l'intérieur ça a la texture d'un fromage de chèvre.....le goût en moins. certe ça se mange mais en bouche ça a tout juste la moyenne. Plus tard j'apprendrai que le fromage conique s'appelle "Chura" et qu'il faut le faire fondre avant de tenter de le manger.

Je prends congé de mes hôtes en fin de matinée et me dirige vers la gare routière. Direction Lijiang. Le bus part à 14h. Dans quelques heures j'aurai dit au revoir au pays de Kham et aux régions tibétaines. J'en garderai de très grands souvenirs : des paysages splendides, des situations difficiles et même rocambolesques pour traverser ces régions, un voyage très rock'n roll.

Au moment d'embarquer je fais la connaissance de Macha une Américaine de l'Oregon. Elle enseigne l'Anglais pour le compte du gouvernement chinois dans un village reculé proche de Lijiang. Comme tous les Américains que j'ai rencontré depuis mon départ, elle est très sympa, calme et curieuse du monde qui l'entoure. Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec leur gouvernement de voyous et de va t-en guerre incarnés par la fanatique Hillary Clinton. Cette politique du pire met en danger la vie de ces voyageurs toujours à la merci d'un détraqué mais heureusement que la plupart des gens font la différence entre l'humain et la politique. Je l'avais constaté au Pakistan où les raisons de détester les Usa sont pourtant nombreuses. Cela dit la France est en train de rattraper son retard à cause de politiques extérieures désastreuses depuis vingt ans et ça ne fait qu'empirer depuis le retour des socialistes.

En chemin, nous stoppons. En face de nous, il est là, serpentant majestueusement, une impression de puissance et de force tranquille. Le Yang-Tsé-Kiang (photo).

Le Yang-Tsé-Kiang ou Yangtsé fleuve bleu Un géant qui se deploie sur 6300 kms dans toute la Chine. Simplement le plus grand fleuve d'Asie et le 3ème fleuve du monde après le Nil et l'Amazone. Il prend sa source sur le haut plateau tibétain du Qinghai. Il traverse les grandes villes que sont Chongqing et Wuhan après le gigantesque barrage des Trois Gorges avant de terminer son voyage à Shanghai où il se jette dans la mer de Chine

http://www.chine-informations.com/...uve-yangtse_1263.htm

Nous nous approchons du bord de la route pour avoir une vue plongeante. Macha remarque mon enthousiasme et je lui explique que cet engouement est né en feuilletant les atlas étant enfant.

Lijiang A la gare routière, nous nous quittons. Elle prend un autre bus pour accéder à son village. Quand je lui demande ce qu'elle pense de Lijiang, elle fait une moue qui en dit long.... A vrai dire, je n'étais pas très emballé par cette étape mais comme c'est sur ma route alors autant s'arrêter pour voir à quoi ressemble cet endroit. Je pose mes bagages à l'auberge de jeunesse, situé au nord de la vieille ville que j'ai atteint en mixant bus urbain et marche à pied, muni d'un bout de plan. L'exploration peut débuter. Lijiang old Town Je dois faire des efforts pour ne pas rebrousser chemin. De toute façon, j'ai payé mon lit à l'auberge pour deux nuits. Je goûte aux bains de foule durant la première soirée. Je tente de manger dans une sorte de warung sur la principale place mais je renonce vu les prix affichés. Le lendemain je projette de me rendre à Shigu. C'est un petit village à 40kms à l'est. L'endroit est chargé d'histoire et c'est ici que l'on peut admirer la première courbe du Yang-Tsé-Kiang. A la gare routière, il n'y a pas de liaison et à l'extérieur, les minibus sont trop chers, dommage. Du coup, je pars en promenade dans la vieille ville. Elle est très étendue, surmontée en son centre d'une colline où se trouve un temple. Les points de vues doivent être intéressants. La balade tourne vite à l'ennui car ce ne sont que boutiques de souvenirs, hôtels, restaurants. Certes c'est beau, c'est propre mais un endroit sans âme. ça me fait penser à une ville de poupées. Et bien sur, tous les accès avec les meilleurs points de vues ont été verrouillés et il faut passer à la caisse. 20 yuans la photo, la note est salée. Dans les dédales de ruelles, nous parvenons en compagnie de deux jeunes touristes Han à trouver un panorama qu'ils n'ont pas encore exploité (photo). Pour monter sur la colline, c'est encore plus compliqué. Je fais le tour pour chercher un accès non contrôlé, j'en trouve un où le guichetier est en train de dormir, c'est ma chance ! je contourne la barrière à pas de loups et je m'engage sur le chemin qui mène sur les hauteurs quand un type balayant donne l'alarme ce qui réveille l'autre. C'est raté ! Je jette l'éponge et je rentre à l'hôtel. J'en ai assez vu. J'ai une photo dans la boite pour le souvenir.

Dali (photo) Sur la route G214. Centre du Yunnan, au bord du lac Erhai (photo) et au pied des monts Cangshan (photo) (photo). Il y a deux villes, la nouvelle nommée Xiaguan est à 14kms au sud et Dali la vieille ville qui est ma destination. Dali est une ancienne ville fortifiée avec ses fleurons les quatre imposantes portes : Cangshan Gate (photo) , Erhai Gate (photo) , North Gate (photo) , South Gate (photo).

le bus stoppe au nord-est de la ville. Je la traverse à pied ce qui permet d'avoir une première prise de contact et d'emblée je me sens bien. La vieille ville est une ville à part entière, avec de vrais commerces, un vrai marché coloré animé par les Bai l'ethnie principale qui peuple les bords du lac. Rien à voir avec les villes en plastoc de Shangri La et Lijiang. La montagne d'un côté, le lac de l'autre, l'endroit semble idéal pour poser mes sacs quelque temps car j'envisage d'aller faire un tour dans la vallée de la Nu-Jiang à l'est. Reste à dénicher un endroit douillet et convivial. Les hôtels, guesthouses et consorts, ici ça ne manque pas car la région est très touristique avec beaucoup de choses à visiter.

Lily Pad Inn Mon deuxième choix est le bon. Une petite guesthouse près de la Cangshan Gate, la porte est. Derrière les murs que l'on franchit par un portail, un joli petit jardin où sont disposées des tables et tout autour la maison. Je suis accueilli par Erin la manager et Olivia une étudiante bénévole qui travaille ici pour quatre mois. Un accueil chaleureux tout en simplicité (photo) et le rapport qualité prix est excellent. Je loge dans une chambre double mais ils ne me font payer que le lit. Le deal est que si quelqu'un d'autre se présente, nous partageons la chambre; ça me va très bien. Un autre aspect qui ajoute à la convivialité est que nous pouvons partager le même repas que le staff moyennant quelques yuans bien évidemment. Je vais me plaire ici. Dans l'immédiat, je me prépare à partir dans la vallée de la Nu-Jiang
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Eric, tout d'abord tous mes voeux pour 2013, je suis à J- pas beaucoup départ le 10 janvier. Tes mamies génial, elles ne seraient pas du même patelin que moi des fois! Des comme ça, ça rappelle les discussions de bistrot auxquelles Audiard a puisé ses plus belles répliques du genre: les cons ça ose tout, c'est à ça qu'on les reconnait.

D'ailleurs je me souviens d'une mamie de ce genre mais gentille marrante dans un bus alors que j'avais simplement remonté le Rhône trois jours à pied au nord de Lyon, voilà ce que ça donnait:

Nous sommes cinq dans le bus, le chauffeur, la dame deux passagers et moi. Dès le départ, notre brave dame nous raconte ses tribulations médicales à grands renforts de gestes et de mimiques. Elle ne nous épargne rien et nous raconte par le menu comment le radiologue la retourne comme une omelette. «Vous comprenez» nous dit-elle « c'est que je n'ai plus dix-huit ans mais soixante quatorze » Elle y va avec tant d'entrain, que je finis par me demander si elle ne va pas nous faire un strip-tease Mais non, et une fois que le registre des maladies multiples et diverses est clos, elle attaque les faits divers du matin. Et là, la grosse rigolade continue de plus belle. Elle interpelle le chauffeur: - Vous vous rendez compte, hier un prisonnier en a mangé un autre qui était dans sa cellule - Ben quoi ils leur donnent pas à manger en Amérique? - Mais non, ce n'est pas de faim qu'il l'a mangé mais de haine. A ce moment du dialogue, le chauffeur freine et s'arrête et les deux passagers descendent. Il est onze heures trente et comme notre grosse dame est polie, elle leur souhaite bon appétit. Je me retiens de leur demander s' ils n'ont pas un petit prisonnier à se mettre sous la dent.

Encore merci pour tes super récits, je partirais bien en bus comme cela, en particulier l'Amérique du Sud mais ma Danielle à moi est terrorisée par les chutes dans les précipices. Amitiés Luc
DO Dolma Globetrotter ·
J'aime vraiment beaucoup beaucoup ces balades-rencontres que tu nous distilles au fil du temps cher Mékong.

Un régal dans le fond -c'est une évidence- et dans la forme puisque le regard n'est pas "dérangé" par les photos (que je prends plaisir à découvrir lors d'un second passage).

Merci et bonne route 🙂...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Luc merci pour cette anecdote.....croustillante sans jeu de mots🙂 bonne route. Tiens moi informé de tes dates et de ton itinéraire, on pourra peut être se croiser

salut Dolma merci pour ton message très gentil
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
CI Cipika Regular ·
Bonjour Eric,

J'adore l'anecdote de la femme à la kalashnikov pas si téméraire que ça et surtout la chute de l'histoire. 😮 Et puis à la toute dernière histoire de Lucbertrand, je voudrais ajouter celle-ci dans le même style, que je viens juste de recevoir d'une copine. Je vous la transmets telle quelle:

"Je passe prendre le café chez une copine. Jules son fils de 9 ans regarde un docu animalier à la télé, quand une scène, montrant un animal de la jungle (me souviens plus lequel) en train de dévorer le cadavre

de son propre père, le fait réagir violemment : " aaaaah, c'est horrible, il bouffe son père !!! ...moi, même si je crevais de faim, je pourrais pas manger mon père !!!" Tout à sa réflexion, il continue " ... bon au pire, je prendrais une carabine pour tuer un buffle... " puis, jetant un regard vers sa mère (qui a horreur des armes) et se rappelant soudain l' interdit de jouer même avec un pistolet en jouet : "... heu ... enfin ... avec le consentement de mes parents bien sûr ! "

Paroles de gosses - paroles de mamies 🙂 J'espère que ma copine ne me bouffera pas pour avoir emprunté son histoire.🙁
"The world is my oyster"
MÉ Mékong Globetrotter ·
Vallée de la Nu-Jiang (août 2012)

Xiaguan, la nouvelle ville, au bord du lac Erhai. Ville importante avec ses buildings et ses administrations, c'est la préfecture de la région. C'est ici d'où partent les bus pour cette vallée isolée. Ce matin, je me suis délesté d'une grande partie de mes affaires, LilyPad les garde jusqu'à mon retour, je peux ainsi voyager très léger avec mon sac d'appoint contenant quelques vêtements de rechange, laptop, appareil photo, plans de la région. Il est midi quand nous quittons la ville sous un soleil éclatant. Pour couronner le tout j'ai pu avoir la meilleure place, celle à côté du chauffeur, c'est un bus de taille moyenne. Je peux profiter du paysage. Nous nous dirigeons à l'ouest en direction de Yongping jusqu'à la jonction avec le Mékong (photo) qui coule parallèlement à la Nujiang depuis la province du Tibet autonome. A partir de là il entame une courbe sur sa gauche à l'est durant environ 250 kms avant de reprendre sa descente qui le mène à Jinghong, puis aux portes de la Thaïlande, du Myanmar et du Laos qu'il borde tous les trois.

Le Mékong (photo) L'un des symboles de cette partie de l'Asie.....Il a bercé mon enfance. Il faisait partie des mots magiques qui ont longtemps alimenté mes rêves de voyage lointains....Un rêve devenu réalité en 2003 du côté de Luang-Prabang où je l'ai remonté en bâteau rapide jusqu'à Huay-Xai (photo), ces frêles embarcations lao qui glissent sur l'eau équipées de moteurs très puissants (photo). Mes souvenirs d'enfance s'entrechoquaient, en fredonnant "Jumping Jack Flash" des Rollings Stones, des émotions intenses (photo).....mais aussi des coups de soleil. Le Mékong est appelé dans sa partie chinoise Lancang Jiang. Long de près de 4800 kms, c'est le 3ème fleuve chinois après le Yangtsé et le Huang-Ho et comme ces deux derniers, il prend sa source sur les hauts plateaux du Qinghai. Après la Chine, il continue sa route au Laos (photo) qu'il traverse de part en part formant une frontière naturelle avec la Thailande. De la même façon que le Nil avec l'Egypte, le Mékong est indissociable du Laos. Ensuite il passe au Cambodge et termine sa route au Vietnam où dans le large delta qui porte son nom, il se jette dans la mer de Chine.

http://ttspmediastudents.pbworks.com/...20568/Mekong%20River

Nous traversons et longeons plusieurs jolies vallées sur la route S228 (photo) toujours en allant plus vers l'est (photo). Checkpost et contrôle avant Liuku où je dois me soumettre un questionnaire écrit, ça se passe dans la bonne humeur, le jeune policier parle un mot d'Anglais et le formulaire est en mandarin. Apparemment, peu de touristes étrangers viennent dans la région. Nous sommes entrés dans la vallée de la Nu-Jiang et le bus se dirige maintenant plein nord en direction de Liuku le long du fleuve qui désormais nous accompagnera tout le long du trajet durant ces quelques jours. Liuku chef lieu de la préfecture autonome Lisu de Nujiang constitue ma première étape.

La Nu-Jiang (photo) Un grand fleuve méconnu, dans l'ombre du Yangtsé, du Mékong et du Huang-Ho. Certes moins long, 2800 kms au compteur quand même ce qui en fait le deuxième fleuve coulant en Asie du sud-est. Mais sa puissance est impressionnante d'où la signification de son nom : fleuve en colère. La Nu-Jiang prend sa source au Tibet autonome et suit un cours parallèle aux deux autres géants que sont le Mekong et le Yang-Tsé-Kiang au Yunnan. Il continue sa route à l'ouest du Myanmar. Il s'appelle "Salween" , un petit tour en Thailande puis coule de nouveau au Myanmar dans des paysages magnifiques (photo) et il descend jusqu'à Moulmein (photo) où il se jette dans le golfe de Martaban.

http://www.chinapage.com/map/salween-river.gif

Les bus Liuku. La gare routière est éloignée de la ville. Demain, le bus pour Gongshan part à 7h. J'achète mon ticket à l'avance et comme je suis parmi les premiers, je peux choisir ma place....celle de devant est déjà occupée, reste celles juste derrière le chauffeur ce qui me permettra d'avoir une bonne vue et d'étendre mes jambes. Ces bus, je commence à bien les connaitre pour les avoir bien étudiés. Des bus moyen courrier, adaptés aux routes étroites et sinueuses de la région (photo) (photo). Les places sont numérotées. Petite leçon. Celles de 1 à 8 sont situées dans les rangées derrière le chauffeur, impaires côté fenêtre. La place numéro 18 est à côté du chauffeur. Celles de 17 à 14 sont situées dans les rangées derrière, un siège par rangée fenêtre opposée. Enfin les places de 9 à 13 correspondent à la rangée du fond. Conclusion, les meilleures places sont la 18 et la 17, viennent ensuite la 1 et la 2. A éviter les places du fond 9 à 13. Fin de la leçon.

Je trouve un hôtel à l'entrée de la ville pour un rapport qualité prix excellent. Je paierais le triple pour le même standing dans le Xinjiang ou le Qinghai. Les différences de prix varient beaucoup d'une province à l'autre. Par exemple ma chambre : grande avec une large fenêtre dotée de rideaux pourpres, elle est d'une propreté irréprochable, le sol brille ; sont disposés deux grands lits avec une literie propre, une télé cablée, du mobilier, une bouilloire et la climatisation. La salle de bain est grande, équipée avec eau chaude, draps et serviettes de bains, savons shampoings ; moyennant un petit prix 60 yuans. Parfois j'entend dire que la Chine est trop chère mais il existe toujours des endroits et cette région en est la preuve, où l'on peut trouver des logements très bon marché pour un rapport qualité prix remarquable.

Par contre dans les rues, les regards sont appuyés. Pas de doute, il y a peu d'étrangers venant par ici

Route S228 entre Liuku-Fugong et Gongshan (photo) Le lendemain nous remontons la vallée en suivant la Nu-Jiang, en direction de Fugong et Gongshan. C'est une vallée enclavée entre les monts Gaoligong à l'ouest servant de frontière naturelle avec le Myanmar proche d'une dizaines de kms, et de l'autre côté à l'est les monts Yunling et Qingshuilang. La S228 est la seule route qui dessert la région. Elle stoppe à Bingzhongluo. Au delà, plein nord, c'est le Tibet autonome. C'est très boisé, des deux côtés du fleuves. A titre de comparaison avec les régions tibétaines, il y a de la végétation et des forêts recouvrent les montagnes. Les minorités ethniques qui composent la population de la vallée sont les Lisu, Nu, Dalong et quelques Tibétains. En traversant les villages, on peut apercevoir sur les marchés, les costumes traditionnels des femmes (photo). Le marché de Lishadi (photo) entre Fugong et Gongshan est important. Notre bus est bloqué une heure à cause du trafic et de l'étroitesse de la rue (photo). ça permet d'observer tout le foisonnement et l'effervescence imprégnant cette petite cité un jour de marché (photo) (photo).

La vallée est étroite. Les villages sont accrochés au bord de la Nu-Jiang (photo), réliés à la route par des ponts suspendus, parfois (photo), d'étroites passerelles, souvent (photo) et rarement, mais ça arrive qu'il y ait juste un câble permettant aux villageois de traverser à l'aide d'un harnais. Nouvel arrêt. Il y a un checkpoint. Un policier monte, muni d'un ordinateur. Il récupère les pièces d'identité des passagers qu'il vérifie électroniquement, je lui tend mon passeport mais il n'en veut pas. Il contrôle seulement les locaux. Après réflexion, la frontière birmane étant toute proche, ces contrôles doivent s'adresser aux sans papiers. Il y a une route après Liuku qui va au Myanmar et il est possible que quelques migrants tentent leur chance en franchissant la montagne. L'ordinateur peut s'expliquer pour détecter un éventuel trafic de faux papiers.

Gongshan (photo) une petite ville adossée à la colline, au bord de la Nujiang. Dernière ville avant le parc national et le village de Bingzhongluo, là où la route se termine. Pratique, la petite gare routière est située au coeur de la ville. Sur mon bout de papier j'ai griffonné le nom d'une hypothétique auberge de jeunesse mais je n'ai pas d'adresse précise. Je me ravise rapidement car au moment où j'écris ces lignes, sans indication, sans parler Mandarin, je pense que je la chercherais encore. Et d'autant que je me rends compte que les hôtels à Gongshan sont très bon marché. j'en trouve rapidement un qui me convient avec tous les standards chinois. Il est situé en face d'un karaoké. Ma chambre est au 3ème étage, le degré de sonorité reste plus qu'acceptable pour mes tympans. La ville est plaisante. La partie haute est le centre et l'on peut accéder à la basse-ville par des larges escaliers en traversant différents quartiers. Dans la basse-ville, il y a un pont suspendu et une longue passerelle d'où l'on peut admirer le fleuve et les hauteurs de Gongshan. A cet endroit, la Nujiang accueille les eaux sombres d'un affluent (photo).

Le lendemain je trouve sans mal le bus qui va à Bingzhongluo. Il attend toutes les heures devant le Trafic Hôtel. Je pars en balade sans plan précis. La journée est radieuse. La route est belle. Il est tôt. Nous atteignons l'entrée du parc national et je suis invité à descendre pour acheter un ticket. J'explique au gardien que je m'arrête ici. En effet j'ai pris rapidement ma décision entre payer pour visiter Bingzhongluo ou refaire le chemin inverse en marchant pour profiter pleinement des paysages que j'ai aperçu et passer dans les villages, soit 35kms jusqu'à Gongshan. Une paille ! Mon choix est fait. Je suis le cours de la Nujiang à pied (photo).

Je marche toute l'après midi dans des paysages verdoyants de forêts au milieu desquels le fleuve serpente (photo), les montagnes sont recouvertes d'arbres (photo). La route s'élève, dévoilant de superbes points de vue de la Nu-Jiang (photo). Le plus beau se trouve au kilomètre 15 (photo). Sur des versants pas trop abruptes, quelques champs en terrasses (photo). La zone est habitée, tout le long, ce sont de petits villages paisibles (photo) où les gens vaquent à leur quotidien (photo). Je stoppe pour déjeuner dans une petite échoppe, faite de quelques planches, trois bancs, deux tables (photo) et me régaler d'une délicieuse soupe de nouilles (photo).

La puissance de la Nu-Jiang attire les convoitises et de nombreux projets hydroélectriques en projet menacent le fragile écosystème de la région. Certains sont en suspens à cause des protestations mais les besoins énergétiques du pays sont tels qu'il faut composer et "couper la poire en deux" selon l'expression consacrée (photo).

La balade touche à sa fin. Les premiers immeubles de Gongshan apparaissent en même temps que la nuit, j'arrive juste pour le dîner. Retour en douceur à Dali après une nouvelle étape à Liuku. En cours de route, les mêmes contrôles pour les locaux après Fugong. Mais cette fois, il faut patienter une demie-heure que la police récupère un ordinateur en état de marche. Pour les Laogaïs dont je fais partie, c'est juste en sortant de Liuku en quittant la vallée. Un petit bonjour au Mékong en passant et nous arrivons à Xiaguan. Mon visa expire dans une semaine. Je dois penser à le prolonger...Déjà trois mois que je voyage dans ce pays extraordinaire et je ne suis pas pressé de le quitter.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonsoir Eric, tes photos du Mékong sont superbes. Ca y est c'est parti, 300 km au compteur , il fait chaud vers les 35 40 vers midi, mais ça va, le vent relatif modère toujours la température à vélo. J'ai donc découvert le Mékong hier, gigantesque. Ce soir nous dormons à That Phanom.

Amitiés Luc
CI Cipika Regular ·
Il n'y a pas plus bon compagnon de voyage qu'une rivière. Et j'aurais bientôt moi aussi mon petit bout de Mekong où me balader en vélo.
"The world is my oyster"
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Luc bonne route et profites en. à bientôt
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MÉ Mékong Globetrotter ·
merci Annie pour tes commentaires sur le Mékong😉 ci dessus on continue la balade chinoise
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
MÉ Mékong Globetrotter ·
Retour à Dali et Kunming (septembre 2012)

Dali (photo) (photo) Le bus me dépose à Cangshan Gate. Les vendeurs de nourriture en face n'ont pas bougé (photo) (photo). Retour au Lily Pad Inn cette maison toute en convivialité. Olivia m'accueille très chaleureusement. Je suis arrivé chez moi.

Olivia Ma petite protégée. Coupe au carré, lunettes, toute menue, toujours souriante et très dévouée. Originaire du nord de la Chine, la province de Heilongjiang ayant pour capitale Harbin où le Transmandchourien Moscou-Pekin fait étape, d'une petite ville proche de la frontière russe. Mais Olivia fait ses études universitaires dans la province de Jiangxi. Comme de nombreux autres étudiants, Elle est ici en tant que bénévole pour quatre mois. Cela leur permet de découvrir une région de Chine à moindre frais. Ils sont nourris logés et ont du temps libre dans la semaine. Pour ceux qui parlent une langue étrangère, le plus souvent l'Anglais, peuvent la pratiquer au contact des étrangers. Du temps libre, Olivia n'en prend pas beaucoup. C'est elle qui gère la guesthouse, Erin la manager étant souvent absente. C'est clair qu'elle profite de la gentillesse et surtout des compétences d'Olivia . C'est ce que je lui dis : "Tu travailles beaucoup, tu dois être fatiguée, souffles un peu et vas te promener"

"oui merci, j'y penserai"

Elle me regarde avec son large sourire mais je sens bien que ça lui plait d'être aux manettes, accueillir les gens, prodiguer des conseils aux autres bénévoles et même aller en cuisine pour s'initier avec un enthousiasme contagieux. Erin peut dormir sur ses deux oreilles.

Je loue une bicyclette pour faire le tour du lac Erhai en passant une nuit sur la rive ouest ce qui me laissera le temps de flâner. Avant de partir de Lily Pad, je croise un Chinois Han, Chen qui est enseignant. Il parle Anglais couramment ayant vécu plusieurs années en Californie. Lui aussi projette de faire le tour du lac, il possède un VTT.

le lac Erhai (photo) (photo) c'est 116 kms de circonférence. Les Chinois le surnomment le lac en forme d'oreille. Temps au beau fixe, la vue est dégagée, idéal pour pédaler. Je suis chanceux. La région est vraiment très belle, intéressante, facilement accessible en bicyclette. Sur la rive est, une petite route communale relient des paisibles villages Bai en suivant les contours du lac (photo) ; sur la rive ouest une route départementale suffisamment large épouse les contours du lac ce qui rend la balade très plaisante (photo).



http://www.chinamaps.info/...e/Erhai-Lake-Map.htm

Les Bai C'est la minorité ethnique principale (photo) qui peuple les rives du lac. Ils sont réputés pour être de très bons maraîchers et pêcheurs. Il suffit de les observer en train de travailler dans les champs (photo), les jardins et en train de pêcher sur le lac (photo). Leurs méthodes sont transmises de générations en générations comme la pêche au cormoran. Ils font sécher le petit poisson sur le sol exposé au soleil(photo) qui est ensuite vendu sur les marchés et au bord de la route comme ces femmes Bai à Wase (photo). Vendue dans des cornets, cette friture se déguste comme une friandise. Toute la rive est est couverte de jardins irrigués par des systèmes ingénieux dus au savoir faire de cette ethnie. Un autre aspect intéressant et impressionnant sans être sûr que cela soit lié à leur savoir-faire, sont ces immenses toiles d'araignées (photos). Il y en a partout. Il suffit de lever la tête. Arachnophobes s'abstenir. Auparavant je m'étais étonné de la rareté des moustiques, j'ai l'explication devant moi. Ces toiles sont comme d'immenses filets, disposés entre les poteaux électriques et entre les arbres dans les villages. Interrogeant un villageois sur l'origine de ces araignées, je ne suis pas plus avancé. ça restera un mystère.

Lac Erhai Les deux rives sont très différentes. à l'ouest, plus de jolis paysage : des points de vues des monts Cangshan et sa collerette de nuages (photo), de jolis sites comme l'ile Putuo "hai yin" (photo) à l'est, plus de villages paisibles où l'on peut observer les maisons traditionnelles des Bai (photo), les travaux dans les champs et les jardins. Pour schématiser à l'ouest on fait du tourisme, à l'est on observe le quotidien. En parlant de touristes, il y en a beaucoup à Shuang-Lang (photo) rive ouest où je fait étape pour la nuit. Ce sont des touristes chinois. En arrivant aux abords de la ville, j'aperçois un cycliste venant en sens inverse, un VTT, c'est Chen rencontré à Lily Pad. Lui veut faire le tour d'une seule traite. Chen l'homme pressé. Je trouve facilement un hôtel et je négocie le prix. le lendemain matin, je continue vers le nord du lac (photo)

Le marché de Jiangwei (photo) (photo) (photo) (photo) le plus intéressant que j'ai vu est celui de Jiangwei (photo) au nord du lac. Animé, coloré et très étendu. Toutes les ethnies de la région s'y donnent rendez-vous (photo). On peut même se faire soigner les dents (photo)

Catharine (photo) Je la rencontre sur le marché de Xizhou en compagnie de Lin une jeune bénévole de Lily Pad. Un marché aseptisé, calibré pour les touristes. Le fait d'avoir découvert quelques jours avant celui de Jiangwei atténue ma déception. Nous faisons une pause déjeuner quand Catharine s'installe sur le banc à côté de nous et engage la conversation avec Lin. Puis nous faisons connaissance et échangeons nos téléphones. Je la revois à Dali. Elle voyage seule dans le Yunnan pour la première fois. Elle parle très bien Anglais. Catharine est une Han originaire du Fujian, d'une famille de quatre enfants. Elle me raconte que ses parents ont eu des pénalités car les Han sont soumis à la politique de l'enfant unique. Maintenant elle habite à Shanghai où elle travaille dans le secteur spécialisé de la lingerie féminine depuis sept ans en ayant même fait des salons en France. Elle me raconte la cherté de la vie à Shanghai où elle partage son appartement en colocation avec une étudiante. Les loyers sont aussi chers qu'en France. Elle voyage en sac à dos et monte ensuite à Lijiang.

Au Lily Pad tout se passe bien, des bénévoles remplacent d'autres bénévoles. Erin est toujours aux abonnés absents. Olivia gère. Sandy la mascotte a donné naissance à quatre petits (photo). Quant à mon visa, j'ai facilement obtenu une extension d'un mois à Xiaguan voir ici de quoi voir venir. Il faut vraiment que je m'arrache pour partir, difficile quand on se sent chez soi. Mais les sirènes du voyage m'appellent. Elles résonnent au loin dans les montagnes du Yuanyang. Lorsque je leur annonce mon départ, le staff m'offre deux petits cadeaux. Très touchant. Durant mon séjour, je leur apportais régulièrement des gâteaux. Ils ne l'ont pas oublié. Encore un bon souvenir de cette Chine si surprenante et que j'aime de plus en plus. Kunming est ma prochaine étape

Kunming (photo) La capitale du Yunnan. Surnommée la ville du printemps éternel (photo). A côté du lac Dian (photo) et des Western Hills (photo). Les parcs de la ville sont particulièrement animés grâce à la diversité ethnique de la province et tout ce qui fait la richesse de cette diversité se retrouve autour de la musique et la danse(photo). Rappel : le Yunnan est la province regroupant le plus de minorités ethniques en Chine.(photo) (photo) (photo) Depuis ma dernière visite en novembre 2009, la ville a changé. A commencer par la gare routière idéalement placée en plein centre, bien pratique. C'est fini. Ce sont maintenant quatre gares routières en périphérie de la ville donc très éloignées. Il faut prendre un, voire deux bus urbains pour atteindre le centre. J'arrive à celle située à l'ouest, fort heureusement j'ai noté le bus à prendre. Après quelques minutes de tâtonnement, je le repère de l'autre côté d'une large avenue. Parfait car il est hors de question de prendre un taxi. Direction le Cloudland, l'auberge de jeunesse que je connais à côté du parc Zhuantang(photo). Au cloudland je reste deux nuits puis je change pour le Hump moins cher. J'ai envie de tester cette auberge. Pour tout dire c'est l'usine à gaz et l'ambiance y est quelconque. D'ailleurs je me lasse rapidement de la ville.

J'ai des nouvelles de Catharine régulièrement. Après Lijiang, elle a continué jusqu'à Shangri-la mais elle s'ennuie seule. Je lui propose de voyager avec moi dans le sud mais elle a pris sa décision d'écourter son voyage d'autant qu'une copine de Shanghai l'a rejointe en provenance du Tibet. Elles prennent leur train à Kunming et nous nous retrouvons au Hump. Ainsi, je fais la connaissance de Démi, la coloc de Catharine, une étudiante dont elle m'avait parlé. En plus d'être très jolie, elle possède une voix légèrement grave qui m'accroche. C'est quelque chose qui me fait craquer chez une femme. Et quand elle me dit "bonjour" en Français, je fonds. (photo) Elles m'invitent à déjeuner et je les accompagne à la gare. Kunming-Shanghai c'est deux jours de train. Il y a foule. Nous sommes début septembre et pour nombre de Chinois, les vacances se terminent. Le Yunnan étant une destination touristique de choix. Bon voyage Catharine et Démi.

Demain matin, je mets le cap plein sud. Les montagnes du Yuanyang. Retour dans ce qui constitue tout simplement l'un de mes plus beaux souvenirs de voyage. J'ai hâte d'y être d'autant que je suis attendu.........
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
TC Tcvoyageur Veteran ·
Hello Eric,

Je te l'ai déjà écrit plusieurs fois par mail, mais comme je me suis connecté sur VF ce soir, je réédite mon message.

Je me régale de tes textes et de tes photos !! 🙂

Vite la suite 😛

A bientôt
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Thierry merci la suite arrive
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
MÉ Mékong Globetrotter ·
Yuanyang en pays Hani au coeur de la civilisation du riz (septembre-octobre 2012)

Kunming à l'aube. Les premiers bus démarrent à 6h. Direction la gare ferroviaire. Ensuite une correspondance qui fait la liaison jusqu'à la gare routière sud. Long trajet. La nouvelle gare routière est très éloignée de la ville. Nous traversons toute la banlieue sud. Larges avenues, grandes tours et centres commerciaux. Endroit déprimant. Une fois sur place, j'achète un ticket pour Jianshui. C'est un retour aux sources dans une ville où j'avais passé quatre jours en 2009. Jianshui en fin de matinée. A la gare routière, suis assailli à peine sorti du bus

"Nansha"

le rabatteur me fait signe de le suivre. Un petit bus attend avec des passagers à son bord, reste quelques places. Parfait. Nous partons dans la foulée. En débouchant sur la place Chaoyang (photo), appelé le mini tian-an-men de la ville, je suis déçu. Certes, l'imposant bâtiment rouge trône fièrement au centre de la place mais quid des petites allées autour, du marché aux oiseaux et des vendeurs de produits miracle. A la place, un reliftage complet de la place, plus moderne, plus aseptisé aussi. Un grand panneau dévoile le futur projet architectural. Quant au vieux quartier, le long de Chaoyang, signe des temps, il est en passe d'être rasé.

La route s'élève. Nous coupons à travers les monts Ailao (photo) , traversée de plusieurs villages. Nous entamons la descente pour rejoindre le fleuve rouge. Nansha est en vue. La porte du Yuanyang que les locaux appellent "la perle à côté du fleuve"

Le Yuanyang (photo) (photo) (photo)

source

c'est une région montagneuse du sud Yunnan faisant partie de la préfecture autonome de Honghe Hani et Yi. Yuanyang veut dire "au sud de la rivière Yuang", le fleuve rouge qui passe à Nansha. Les Hani et les Yi sont les deux minorités ethniques les plus importantes de la préfecture autonome. (photo) (photo) . Les Dai, Zhuang, Miao, Yao composent les autres minorités ethniques.

nouveau minibus et nous voilà partis sur la route en lacets qui nous emmènent à Xinjie altitude 1500m "la vieille ville" (photo), le coeur du Yuanyang, souvent recouverte par une mer de nuage (photo) (photo). En décembre 2009, j'avais passé une semaine inoubliable dans la région. La ville n'a pas changé hormis la gare routière qui a été déplacée vers le centre. Un bâtiment a été construit après le tunnel et devant le virage en épingle. Lu Li m'attend. Elle me repère facilement car je suis le seul blanc.

"Eric"

Lu Li Lu Li est une Hani de la région (photo). Originaire du village de Quanfuzhuang, d'une famille de quatre enfants, deux frères, une soeur, d'un père intellectuel écrivant des livres sur la culture Hani et d'une mère travaillant quotidiennement dans les rizières. La première fois que je l'ai rencontré, c'était en 2009, à Bada sur son lieu de travail (photo). Une brève rencontre. Elle m'avait laissé son numéro de téléphone. A l'époque je n'avais pas donné suite car je n'étais pas libre mais je l'avais soigneusement gardé. Bien m'en a pris car elle n'avait pas changé de numéro. Ainsi nous correspondons depuis de longues semaines par textos. Bien qu'elle ne parle pas Anglais, nous nous comprenons car elle se sert d'un traducteur en ligne.

A peine le temps de poser mes bagages dans un hôtel, Lu Li m'entraine avec elle. Elle passe des coups de fils tout azimuts. D'abord, histoire de nous échauffer, nous allons manger un bol de nouilles chez ses deux amies qui tiennent une échoppe au centre de Xinjie. Il va de soi que je n'oppose aucune résistance, me devant de faire honneur à mon statut d'invité et de l'endurance il va m'en falloir. Je vais goûter à l'hospitalité des Hani et ce n'est que le début

Les Hani du Yuanyang (photo) (photo) l'une des 55 minorités ethniques reconnues en Chine, la minorité ethnique principale de la région. Les sculpteurs de la montagne, les bâtisseurs de terrasses. En arrivant pour la première fois au Yuanyang, j'avais été subjugué par ce que je voyais. Ce que l'homme peut être capable de faire de ses mains quand il est animé de nobles intentions est tout simplement prodigieux, admirable et me laisse sans voix. Les terrasses en sont la preuve éclatante. Minutieusement, depuis plus de 1000ans, ces peuples ont façonné la montagne avec un savoir-faire transmis de générations en générations. (photo). Un travail de titans. Les paysages harmonieux de ces rizières en terrasses s'étendant à perte de vue sont stupéfiants de beauté. (photo) (photo) Harmonie avec la nature : les Hani utilisent des méthodes traditionnelles, pas de mécanisation, rien n'a changé. Le hasard n'a pas de place. Tout est lié à la nature et à ses éléments en particulier l'eau de pluie, la force nourricière qui irrigue les terrasses. Les Hani écoute la nature et n'oublie jamais de la remercier pour sa générosité à travers des fêtes, des danses et des chants. Chaque fête est l'occasion de se réunir et de faire ripaille. Harmonie avec l'animal : Les Hani ont développé un lien très fort avec le buffle des montagnes (photo) qui est un acteur essentiel des rizières en terrasses. C'est lui qui tire la charrue pour labourer les rizières et qui broute les mauvaises herbes. Un lien tellement fort que lorsque le propriétaire meurt, l'animal est sacrifié pour rejoindre son maitre dans l'au-delà. Quant aux canards, ils s'occupent des parasites (photo). Même les poissons sont utiles pour la bonne teneur en azote des rizières. On peut parler de civilisation du riz.

J'arrive au bon moment car c'est la période de récolte du riz et qui dit récolte dit fête et qui dit fête dit occasion pour ripailler. En ville, une voiture nous attend, ce sont des amis de Lu Li. La voiture est chargée à bloc, une autre suit avec le reste du groupe ainsi que les munitions, c'est à dire les cartons de bière. Chez les Hani, on ne fait pas les choses à moitié. Tout ce petit monde se dirige au village de Quangfuzhuang, là où se trouve la maison familiale de Lu Li. Le village est sur la route entre Qingkou et Bada. La particularité de ces villages est qu'ils sont accrochés à flanc de montagne et collés chacun à leurs terrasses. (photo)

Village de Quangfuzhuang (photo) Notre groupe débarque dans la cour de la maison. Une description des lieux s'impose. C'est une vaste demeure au coeur du village, d'un étage dont les parties se repartissent autour de la grande cour; au rez de chaussée, il y a la cuisine, les toilettes, près de l'entrée des bassines remplies de poissons des rizières. Sur le côté, une remise où sont entreposés des outils. A l'étage ce sont un grand salon et plusieurs chambres. La maman et le frère de Lu Li sont affairés en cuisine. Son frère est un habitué des fourneaux, il a un restaurant à Nansha. Là il cuisine pour la famille lors des évènements . Dans une pièce adjacente, solidement campés autour d'une table, quatre hommes dont le père de Lu Li ont ouvert les hostilités ; j'aperçois le haut de plusieurs bouteilles mais ce ne sont pas des canettes de bière. Ceux là, apparemment boxent dans une autre catégorie que la notre. Nous nous installons au centre de la cour, assis sur de petits tabourets, autour d'une table sur laquelle sont posés des bols remplis de victuailles locales, différentes viandes, poissons, légumes, un panier bambou tourne avec à l'intérieur du riz blanc encore fumant. Et les bières, par paquets sont disposées à proximité. Une organisation bien huilée. Cheng est à ma gauche, il est le seul à parler un peu Anglais. Très précieux pour savoir qui est qui dans cette grande maison, connaitre quelques codes et il s'improvise interprète quand des convives me sollicitent. A ce titre, chez les Hani, tout est prétexte à lever son verre pour porter un toast en criant "Duosha" et chacun autour de la table se prête à cet exercice. Les verres, avant d'être vidés d'une traite, doivent s'entrechoquer franchement laissant échapper quelques larmes de leur contenu. Puis arrivent d'autres personnes, dont le jeune frère de Lu Li accompagné de deux amis. A sa démarche légèrement hésitante, j'en déduis qu'il a déjà commencé sa soirée. Il veut trinquer avec tout le monde. Ensuite c'est au tour de l'oncle de Lu Li qui fait le tour de la table en portant un toast avec chacun d'entre nous, une différence de taille, il carbure à l'eau de vie locale. Mon tour arrive, il insiste pour que je trinque à armes égales. Je m'exécute, l'honneur de la France est en jeu d'autant que les Frenchies débarquant à Quangfuzhuang ne sont pas légion. Lu Li est inquiète. Je lui fais un petit clin d'oeil pour lui assurer que je gère la situation. "Duosha".... Pendant ce temps, les petits bols de nourriture, à peine vidés, sont remplacés par d'autres. Tout est délicieux.

Le Japon et les iles Diaoyu Puis vient la question qui brûle l'actualité chinoise, impossible de louper cet évènement, toutes les chaines en parlent. Cheng traduit la question posée par l'oncle de Lu Li dans un Anglais approximatif "qu'est ce que tu penses des iles Diaoyu ?" Inutile de préciser que tout le monde est remonté contre les Japonais qui viennent de s'approprier trois des cinq iles revendiquées par la Chine. C'est un vieil antécédent mais les deux parties campaient sur leur position sans en rajouter. Bien sur, concernant la Chine, les bobos bien pensants parleront de propagande d'état et tutti-quanti. Mais connaissent t-ils l'histoire de ce pays? On parie que non. Je ne suis pas pris au dépourvu car j'avais étudié la question. Pour comprendre l'impopularité de leur voisin et l'émotion que suscite chacun de leur agissement parmi la population, il faut remonter à la seconde guerre mondiale lorsque l'armée japonaise a occupé la Chine et la Corée. Des camps d'expérimentation qui n'ont rien eu à envier aux camps nazis, des femmes déportées au Japon pour alimenter des bordels...Un traumatisme douloureux qui ne s'est jamais dissipé et pour cause le Japon ne s'est jamais excusé officiellement pour toutes ces atrocités et des criminels de guerre faisant partie de partis fascistes, peuvent parader à Tokyo en toute impunité, provoquant à chaque fois une vive émotion en Chine. A Kunming j'ai pu voir des photos de ces camps de la mort. Des images qui font froid dans le dos. J'ai toutes ces images en tête, en répondant à l'oncle de Lu Li et je fais profil bas.

"oui je comprend la position de la Chine, le Japon n'a pas à faire cela, c'est de la provocation"

Lu Li et ses amis, boivent modérément, juste de la bière. Ils connaissent la musique car les allées et venues se succèdent ; au tour de la tante. Comme se succèdent les bols de victuailles bercés par la douce mélodie du tintement des canettes passant de main en main. A propos de mélodie, Lu Li est appelé par son père pour chanter devant ses invités. Un chant traditionnel hani. Comme toutes les femmes Hani, elle sait danser et chanter. A mon tour d'être appelé dans la cour des grands, pas pour chanter, soyez rassurés mais pour être présenté. Et là je constate ce dont je me doutais, ce ne sont pas des petits joueurs, ils se rincent à l'eau de vie depuis le début du repas. Les quatre acolytes derrière des visages impassibles laissent transparaitre des sourires de satisfaction. Pas question de se défiler, je dois honorer la patrie sous peine de perdre la face. "Duosha" Une rasade avalée d'une traite pour réchauffer mon gosier mais là je sens que mon corps dit stop. Désormais, je m'en tiendrai à la bière sous peine de voir des buffles ailés unicornes tournoyer au dessus de ma tête et sombrer dans un coma éthylique.

Karaoké et barbecue à Xinjie Au bout de deux heures, la panse bien remplie. Nous repartons à Xinjie sous une nuit étoilée.Un petit passage sur la grande place où les filles exécutent quelques pas de danse (photo). La grande place c'est ici que tout se passe, le lieu de rendez vous des habitants du Yuanyang. Danses quotidiennes, chants et l'écran géant qui diffuse les informations des chaines gouvernementales (photo). Ce soir, l'une des chaines CCTV passe en boucle des images des iles Diaoyu, des discours d'officiels aux visages déterminés et de navires de guerre croisant au large. Histoire de chauffer à blanc une population contre l'ennemi héréditaire. Un ami de Lu Li habitant à Shenzhen lui téléphone. Des manifestations ont lieu en ville contre les intérêts japonais.

La soirée est loin d'être terminée. Me voici convié à l'un des passe-temps favoris des Chinois : le karaoké (photo) et encore une occasion d'aligner les bières et autres amuses gueules sur les tables. Bon il est temps d'aller dormir....mais non une visite chez la soeur de Lu Li qui tient un petit restaurant barbecue au coeur de la ville s'impose. Le karaoké ça creuse l'appétit. Au menu, viande et légumes grillés dont de délicieuses aubergines que nous dégustons avec gourmandise. Il est tard et chacun rentre chez soi, hormis Lu Li et Cheng qui m'accompagne à mon hôtel puis finalement décident de rester. Cheng habite à Nansha et à cette heure tardive, il n'y a plus de minibus pour descendre dans la vallée. Quant à Lu Li, elle ne veut pas nous quitter. Ainsi à 2h du mat, sous le regard amusé de la gérante, nous voilà à déménager mes affaires car ma chambre ne dispose que de deux lits ce qui pose problème. Nous emménageons dans une chambre de six lits. Rideau.

le lendemain. Nous retournons au village en début d'après midi. Lu Li a pris des jours de congé et nous en profitons pour nous rendre sur les terrasses de la famille. C'est la saison des récoltes. Lu Li travaille dans le grand complexe hôtelier-restaurant-point de vue de Duoyishu en tant qu'assistante manager. Auparavant, il y a quelques années, elle travaillait dans un jardin d'enfants. Sa vie a basculé depuis son divorce en 2010. Elle a un appartement à Nansha où elle va très peu mais qu'elle garde pour les vieux jours de ses parents. Elle descend régulièrement dans la vallée pour passer du temps avec sa fille de 5 ans qui vit à Nansha chez sa grand mère. Une situation douloureuse pour une mère mais elle n'en parle pas.

Les terrasses du Yuanyang

source

Toute la montagne en est couverte, certains versants ont jusqu'à 3000 terrasses. Rappel : chaque village Hani et Yi sont attachés à leurs terrasses. Malizhai (photo) est le plus gros village Hani du Yuanyang. Les terrasses principales se répartissent dans quatre zones : Bada: villages de Qingkou, Quangfuzhuang, Malizhai, Zhulu (photo) (photo) Duoyishu : villages de Huangcaoling, Pugao, Aichun, Dawazhe, Duoyishu (photo) (photo) (photo) Laohuzui: villages Mengpin, Amengkong, Tongpu, Baoshanzhai (photo) (photo) Niujiao : villages de Niujiao, Xin'ansuo, Guoqi Longshuba : villages de Longshuba, Jinzuzai (photo) (photo)

La récolte Dans les villages, chaque famille possède ses terrasses. Durant les récoltes, toute la famille plus des amis viennent aider ; les femmes se chargent de couper les panicules à la faucille en avançant de manière ordonnée dans les rizières boueuses (photo) (photo) , l'eau ayant été retirée. Les hommes se chargent de battre les panicules sur des plaques, après les avoir nouées au préalable, pour récupérer les grains de riz (photo) qui sont recueillis et mis en sac sur place puis acheminés à dos d'homme, d'âne et de cheval jusqu'au village (photo). Les panicules attachées telles des bottes de foin, sècheront au soleil avant d'être remontées au village (photo). Après le labeur, chacun récupère sa part du butin après avoir partagé un bon repas. La solidarité fonctionne à merveille. Rien n'a changé depuis la nuit des temps. C'est un réel privilège de vivre ces instants grâce à Lu Li et ses amis (photo) et je les savoure intensément. Parfois je me frotte les yeux. Mais non ce n'est pas un rêve, je suis bien au coeur de la civilisation du riz. Après une après midi passée au milieu des terrasses, nous revenons à la maison familiale mais pas question de filer à l'indienne, il faut dîner. Côté cuisine, c'est toujours le frère de Lu Li qui s'y colle après avoir passé la journée sur la terrasse familiale et force est de reconnaitre que c'est toujours aussi délicieux. Malgré mon aversion pour le piment, je ne peux m'empêcher de succomber. Il a un restaurant à Nansha et nul doute qu'à l'occasion j'irai manger chez lui les yeux fermés. Cela dit, un repas tout en sobriété. Il faut dire que toute une après midi sur les terrasses sous une forte chaleur épuise les organismes. Après quelques toasts "Duosha" plus tard nous repartons repus.

Les jours suivants, je changerai d'hôtel pour un autre beaucoup plus confortable, au rapport qualité-prix remarquable et avec une vue imprenable (photo)

La danse du brouillard sur les terrasses (photo) Durant plusieurs jours, je sillonne la région à pied seul ou avec Lu Li en utilisant les minibus. Ombres, lumières, brume, un palette de couleurs différentes durant les quatre saisons (photo) (photo). Un petit paradis pour les passionnés de photos. Que ce soit à travers les rizières ou par de petits sentiers hors des balises touristiques pour découvrir des points de vue reculés, le potentiel de balades se conjugue à l'infini. Ce sont des points de rencontres avec des villageois (photo) (photo) et animaux vaquant à leur occupation quotidienne (photo). Il y a aussi des marchés colorés tenus chaque jour, à chaque fois dans des villages différents, la plupart de ces marchés étant associés aux douze animaux du calendrier chinois. Une balade qui demande parfois une bonne dose de patience dans ce qui ressemble à de l'attente pour observation d'animaux sauvages. C'est une partie de cache-cache qui se joue. Une brume épaisse peut recouvrir les versants de montagne parfois plusieurs jours d'affilée et à toute heure de la journée. Puis poussée par le vent (photo), celle ci se retire sporadiquement durant quelques instants dans un ballet insaisissable (photo), dévoilant les contours des terrasses et des villages. En bas on perçoit les cris des écoliers dans les cours de récréation (photo). Au bout de l'attente, la récompense. Tout simplement magique. (photo) (photo).

l'Unesco et la Fao La région attire chaque année plus de touristes, chinois principalement. Le 15 novembre 2007, le Yuanyang est devenu officiellement un parc national chinois. En juillet 2004, le gouvernement a déposé un dossier de candidature pour que les terrasses du Yuanyang fassent partie du patrimoine mondial de l'humanité sous le patronage de l'Unesco. Pour être précis, patrimoine paysager de l'humanité car cette merveille du monde est une réalisation de la civilisation humaine plus que jamais en activité. Les négociations sont en cours et en bonne voie. L'an dernier, une réunion s'est tenue à Qingkou avec des officiels de l'Unesco pour les dernières mises au point. En 2011, l'Onu pour l'alimentation et l'agriculture plus connue sous le sigle FAO, a listé le système de production de riz des terrasses comme système pilote agricole d'importance majeure. Le travail titanesque des peuplades chinoises de la région est reconnu à l'échelle mondiale. Tout est donc mis en oeuvre pour protéger et préserver ce magnifique et ingénieux éco-système. Au moment où les fossoyeurs de la planète tels Monsanto et Cargill essayent d'envahir la planète avec leurs OGM nocifs mettant en péril la patrimoine mondial alimentaire, les terrasses sont un exemple magistral de l'harmonie entre l'homme et la nature. Savoir faire des hommes transmis de générations en générations en symbiose avec la nature.

Tout n'est certes pas parfait. Il y a des points noirs. Certaines zones manquent d'eau et des terrasses, faute d'avoir été irriguées, sont laissées à l'abandon. Les conditions de travail sont très exigeantes et épuisantes. Des villages isolés sont très pauvres comme à Akha (photo) dans la région de Shalatuo où les femmes doivent parcourir des kilomètres pour aller chercher de l'eau qu'elles transportent dans des seaux, le réservoir principal du village étant à sec.

Le National Day A duoyishu, Lu Li a beaucoup de travail, accueillant des groupes, servant de guide à l'occasion. Entre balades, repas barbecue avec elle chez sa soeur, hot pot avec ses amis, karaoké. Le séjour se passe bien mais je dois me préoccuper de mon visa qui expire bientôt. J'envisage d'aller à Kunming pour demander une nouvelle extension d'un mois ce qui me permet de passer davantage ici. J'en fais part à Lu Li. Elle est très contente de cette nouvelle. Le National Day se profile et en principe une grosse semaine de travail car c'est une semaine de relâche pour les Chinois. Des feux d'artifices accompagnent l'ouverture des vacances et ma dernière soirée. C'est la pleine lune. Lu Li a récupéré la vieille voiture de son frère et sur la route, en profite pour me montrer un point de vue inédit des terrasses de Qingkou et Quangfuzhuang. J'en prends bonne note pour mon retour. Je lui laisse le gros de mes affaires. Le lendemain matin, réveil matinal, elle m'accompagne avant de se rendre à son travail ; un épais brouillard enveloppe Xinjie, pas de minibus, peu de candidats pour aller à Nansha et je pars en taxi partagé.

Douche froide à Kunming J'arrive en fin d'après midi. Direction le Hump pour poser mon sac. Il est trop tard pour aller au PSB aujourd'hui. C'est l'endroit où les demandes d'extensions de visa se font. Il y en a dans chaque ville d'importance avec des sections "Aliens". Nous sommes lundi. Mon visa expire jeudi. Il n'y a pas péril en la demeure. Kunming est prise d'assaut par les touristes chinois. En me rendant le lendemain matin au PSB, une mauvaise surprise m'attend. La porte est fermée. Je pose la question à la réception du Hump "normal, ce sont les vacances du National Day" Le surlendemain, même scénario. J'appelle Lu Li qui parle à un agent de sécurité se trouvant à proximité. Il lui confirme que les bureaux sont fermés toute la semaine. C'est la tuile ! En marchant dans la rue pour venir, j'avais constaté que nombres d'édifices avaient leurs portes fermées. Cela n'augure guère à l'optimisme. Je contacte Olivia du Lily Pad à Dali pour qu'elle téléphone au PSB du coin. Même constat, celui de Dali est fermé pour la semaine. Lu Li essaye de m'aider en m'envoyant son neveu, ensemble nous allons au poste de police mais rien n'y fait, je dois me rendre à l'évidence. Il est mercredi et demain c'est le dernier jour de mon visa. Ensuite je serai hors délai et sous la menace d'ennuis et de fortes pénalités. Je dois quitter la Chine de toute urgence.

Retour à Xinjie Parti à l'aube de Kunming, je suis content de revoir la cité sous les nuages. Demain je serai déjà en dépassement. Lu Li est triste mais elle s'est fait une raison, je continue mon voyage. Dernière nuit et le lendemain à 7h30, après avoir avalé une soupe de nouilles, je prend le bus de 7h30 pour Luchun. Dernière étreinte. Notre idylle se termine un peu brutalement. Je lui dit que je reviendrai vite car cet endroit est tellement magique.

Xinjie-Mohan Good Bye China A 12h, je quitte les dernières terrasse du Yuanyang. A 12h30 Le bus arrive à Luchun où j'en prends un autre pour Jiangcheng. Halte pour la nuit ce qui signifie aussi un jour supplémentaire hors délai. Le matin suivant, je manque de louper le bus pour Mengla qui part à 7h. 15h30 arrivée à Mengla puis direction Mohan à la frontière bordant le Laos en minibus. A 16h30, je me présente au poste de l'immigration.

"Monsieur il y a un problème, veuillez patienter"

Le douanier vient de constater le dépassement. Après avoir consulté son supérieur, il revient et fort heureusement, j'avais eu la bonne idée de conserver l'adresse du PSB de Kunming en Mandarin. Muni du bout de papier, je lui explique tant bien que mal mon problème. Ils se concertent et font preuve d'indulgence. Un dernier coup de tampon, un signe pour dire que c'est ok et un sourire. Un grand merci Messieurs les Chinois....Un grand ouf de soulagement car les pénalités se montaient à 1000 yuans.

Quatre mois plus tôt, j'entrais dans ce pays extraordinaire par la Karakorum Highway. Plus de 9000kms entre le Xinjiang, le Qinghai, le Sichuan, le Yunnan. Des souvenirs intenses, inoubliables. Un voyage chinois terminé en apothéose dans les montagnes du Yuanyang. Je reçois un sms d'Ada (photo) (voir le chapitre sur le Qinghai Lake/Xining) qui me souhaite un bon voyage. Je suis content d'avoir de ses nouvelles, je ne l'ai jamais oubliée. Dommage que notre histoire soit restée sans lendemain. Je suis parcouru par des sentiments mêlés, j'ai le coeur serré de quitter précipitamment ce pays, laissant derrière moi des gens que j'aime et en même temps suis excité par de nouvelles aventures qui se profilent et content de revoir bientôt mon ami italien Juri (photo). La route, je l'ai dans mon ADN. Mon sac sur l'épaule, je me dirige vers Boten, le point frontière lao.....
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
CA CatherineGil Globetrotter ·
🙂, Je n'aurai qu'un seul mot : un régal !

J'aime beaucoup ta façon d'aimer et la Chine et le voyage et de nous le faire partager 🙂
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
TH Thevert7 Regular ·
magnifique, génial, épatant, éblouissant récit !!!

Merci 😉
MÉ Mékong Globetrotter ·
merci à vous deux, fidèles lectrices 🙂 déjà un an que j'ai commencé à écrire ces fragments II.....La suite arrive bientôt l'Asie du sud-est étranges et douces sensations, je suis de retour au Yunnan
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
MÉ Mékong Globetrotter ·
Laos quelques jours au pays de la nonchalance. De Luang-Namtha à Huay-Xai (octobre 2012)

Une route large et asphaltée défile. Nous roulons en direction de Luang-Namtha situé à quelques 50 kms de là. A l'intérieur du minibus confortable, le chauffeur et un autre passager lao.

Petit retour en arrière à Boten Auparavant, passage sans histoire à la douane lao de Boten (photo). Visa sur place moyennant une somme de 32 dollars Us. Un formulaire dûment rempli, une photo collée sur celui ci et le tour est joué. Ensuite vu l'heure tardive, il est 16h30, moins une heure par rapport à la Chine, rallier ma destination en bus est compromis. Des minibus sont stationnés ; des chauffeurs m'accostent. Sans surprise, leurs tarifs sont fantaisistes. Il va falloir se remettre à ferrailler car dans ce pays, les touristes étrangers sont bien souvent considérés comme des portefeuilles sur pattes. Je les esquive et part à pied en direction du village en contrebas qui ressemble à un village fantôme. Ambiance. Inutile de chercher un hôtel ici. L'un des chauffeurs n'a pas abdiqué et me suit, au volant de son minibus, moteur au ralenti. Il ne lâche pas sa proie. Mais une proie pas facile à harponner. Il me parle. Je prends mon temps pour faire descendre son prix et nous tombons d'accord même si je sais que je suis encore largement au dessus du tarif normal. Ca va pour cette fois car j'ai envie de poser mes sacs rapidement.

Nous croisons des files de 4x4 immatriculés en Chine. Ce réseau routier en parfait état (photo) a été construit par les Chinois. Une aubaine pour le Laos, ce pays pauvre qui encore il n'y a pas si longtemps ne possédait que de l'accès fluvial du Mékong pour accéder à certaines zones, les voies terrestres se limitaient à des pistes sujettes aux caprices de la météo. Bien entendu, les Chinois ne sont pas des philanthropes (quoique ) car j'entends déjà les voix des bobos bien-pensants s'élever et parlant de "péril jaune" ou de "invasion Han"; ces infrastructures leur permet de développer le commerce dont ils ont un sens très affirmé. Là, je n'apprends rien à personne. Et il y a ceux qui s'installent, pas pour rester les bras croisés évidemment, il y a les hommes d'affaires qui font des allées et venues pour monter des projets, ajoutons y l'apport touristique et tout cela la population locale en profite.

Le Laos (photo) Pour caractériser ce pays, Un dicton asiatique ""Les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser et les Laotiens l’écoutent pousser." En quelque mots : le Laos est indissociable du Mékong, comme l'Egypte peut l'être avec le Nil. Pays communiste qui conserve une capitale royale Luang-Prabang (photo) et des vestiges de son passé indochinois, de l'ancienne puissance coloniale : la France. Comme par exemple, La Poste, la baguette de pain, le jeu de pétanque et d'autres encore. Aussi il n'est pas rare de rencontrer de vieux Laos parlant couramment le Français. Bienvenu au pays du million d'éléphants, même si ce titre n'est plus d'actualité car le nombre de pachydermes doit dépasser à peine le millier. Pays du santal et du frangipanier, du riz gluant et de la beerlao. Coincé entre ses deux puissants voisins, la Chine et la Thaïlande, sans accès sur la mer, il parait assoupi. Ce n'est pas pour rien qu'il est surnommé le pays de la nonchalance en rapport avec le proverbe cité plus haut.

En tout cas quel contraste, après les journées intenses passées en Chine, je débarque sur un ilot de tranquillité. Dans l'histoire récente, cette quiétude a été gravement perturbée

La guerre secrète Le Laos a fait parler de lui il n'y a pas si longtemps avec les révélations américaines de la guerre secrète durant leur expédition au Vietnam. Une guerre secrète pour les citoyens Us peut être mais pas pour les Laotiens qui ont vu les B52, les forteresses volantes, déverser des tonnes de bombes sur leur petit pays pacifique et vulnérable. En 2003, lors de mon premier séjour, un vieux laotien de Luang-Prabang me racontait en Français que des villages avaient été bombardés pas loin d'ici......quand on connait les prétextes avancés par le gouvernement Us de l'époque à savoir couper les bases arrières des Vietcongs proches de la frontière vietnamienne.....Sans même parler du fait que c'est une violation de territoire d'un état souverain, le prétexte ne résiste pas à l'analyse car Luang-Prabang est situé à des centaines de kms à l'intérieur des terres. Même constat à Luang Namtha se trouvant à plus de 300 kms de Dien Ben Phu, le point le plus proche de la frontière vietnamienne ; En 1966, un B52 avait largué une bombe de 250 kgs détruisant au passage un vieux stupa datant de 1628, That Phoum Pouk (un nouveau ayant été reconstruit depuis à côté en 2003) quand on connait l'attachement de la population pour le bouddhisme, on peut imaginer le traumatisme vécu par ces gens. Décidemment le cynisme Us n'a pas de limites. Aujourd'hui face à l'ampleur des moyens de communication, seul le langage a changé ; frappes chirurgicales et drones mais pour le même résultat.

Nous arrivons en vue de Luang Namtha

Luang Namtha (photo) Une petite bourgade paisible (photo). En remontant la rue principale, je constate qu'il y a beaucoup de petits hôtels et de guesthouses, signe d'un essor économique lié au tourisme. Mais j'ai déjà mes informations. En effet, sur les indications de Juri qui me précède de quelques jours, je vais directement à la Kingmala guesthouse qui a ouvert récemment. Comme beaucoup d'autres ici, elle est tenue par une petite famille lao et à voir le cahier d'enregistrement, je suis le deuxième étranger à fouler le seuil de cette demeure, Juri ayant ouvert le bal. Ma chambre est dotée d'une TV cablée, c'était prévu car demain nous sommes le 7 octobre. J'avais coché cette date ; une nuit football avec au menu le classico Barça - Real premier acte que je ne voulais pas louper surtout pour le Barça dont je suis un inconditionnel.

Juri Mon ami italien Depuis notre rencontre à Kashgar dans le Xinjiang ouest chinois, nous sommes toujours restés en contact. Je l'avais renseigné sur le Pakistan qu'il a traversé pour aller en Inde. A Lahore il est tombé sérieusement malade peut être à cause de la nourriture. Fort heureusement, il se trouvait au Regale Inn. Le fils de Malik étant docteur, ils se sont bien occupés de lui. Ensuite d'Inde, il est allé au Népal. Il projetait de rejoindre la Chine via le Tibet mais impossible d'autant qu'à cette période, le Tibet autonome était fermé aux étrangers même en groupes. Du coup, il a pris un vol pour Chengdu, puis le train jusqu'à Urumqui dans l'ouest afin de rejoindre son point de départ au moment où nous nous étions rencontrés. Vous me suivez? Petit rappel : Le challenge de Juri est de faire un tour du monde sans avion. Là il a fait une légère entorse au règlement maison mais comme il revient sur ses pas, ça ne compte pas. Quelles acrobaties ! sachant qu'auparavant il a cherché d'autres moyens d'atteindre l'Asie du sud-est, en vain. Passage terrestre par le Myanmar : fermé. Passage maritime par les iles Adaman et Nicobar : pas de bâteau pour rejoindre la Thailande. Depuis Urumqui, il a parcouru la Chine : Xi'an - Chengdu, de là il a emprunté mon itinéraire et j'ai pu lui apporté des informations pratiques, Kangding - Litang - Xiangcheng - Shangri La - Dali - Kunming. C'est à Kunming qu'il m'a dépassé, j'étais dans le Yuanyang. Ainsi, par le fait de ses imprévus de voyage, nous allons nous revoir en Thaïlande.

Mes quatre jours à Luang Namtha sont consacrés à la farniente. Le voyage a perdu en intensité, peu de choses à raconter hormis que je chute lourdement du scooter que j'avais loué à la journée, en sortant d'une station service au ralenti. Trop prudemment, l'endroit n'étant pas goudronné, les deux roues ont glissé sur le sol sablonné et bosselé. Je m'en tire avec quelques égratignures au pied et une cheville douloureuse, tout le poids de l'engin étant tombé dessus. Question paysage, c'est terne. Il faut dire que j'ai été gâté jusque là avec la traversée du moyen-orient, des montagnes pakistanaises et de la Chine. Difficile de soutenir la comparaison. Même constat avec la nourriture, c'est plus de l'ordre alimentaire mais j'aurai le temps de me rattraper avec les pays qui se profilent. Il y a un petit marché de nuit pour manger local et bon marché. Cela dit je ne me faisais pas d'illusions. Mon dernier passage en 2009 ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. La Chine me manque beaucoup. Quatre mois à voyager là bas m'a marqué durablement et j'espère vite y retourner.

Arrivé au terme de ce court séjour, je prends un bus en direction de Huay-Xai (photo) au bord du Mékong, situé au nord-ouest. Dans le tuk-tuk qui m'emmène à la gare routière, je fais la connaissance d'Hakim, un Coréen musulman qui vit à Luang-Namtha six mois par an. Il travaille dans une Ong. ça tombe bien, il va aussi à Chiang-Rai.
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Thailande : de Chiang-Rai à Hat-Yai (octobre 2012)

Frontière nord-ouest Huay-Xai (Laos)/Chiang-Khong (Thaïlande) A Huay-Xai, hôtels et guesthouses se sont multipliés depuis ma première venue en 2003. Signe des temps, les inscriptions "Wifi" et "Internet wireless" fleurissent un peu partout. Dans le même registre, l'annonce "Beer Lao" reste une valeur sure. Les petites échoppes sur la rue principale vendent des sandwiches baguettes au thon et au paté lao. Il y neuf ans, un jour de septembre, j'étais arrivé de Luang-Prabang par speed-Boat (photo), sept heures de glisse et d'émotions...et quelques coups de soleil en plus. Deux petites bâtisses constituaient la douane, j'étais le seul client et l'officier faisait la sieste......Ambiance bucolique. En 2012, l'atmosphère n'a guère changé, seuls les locaux se sont agrandis mais le passage en Thaïlande se fait toujours sur une barque en traversant le Mékong (photo). Chiang-Khong de l'autre côté du fleuve. Nous obtenons 15 jours de visa, c'est le tarif par voie terrestre. Direction Chiang-Rai en compagnie de Hakim et de quelques autres étrangers. Lui fait l'aller-retour après avoir effectué quelques achats .

Chiang-Rai (photo) (photo) (photo) Arrivé en ville, je laisse Hakim. Il a ses habitudes ici et il descend régulièrement dans un petit hôtel situé dans la rue principale. En temps normal, je l'aurai suivi mais Juri m'attend et il a déblayé le terrain en dénichant une guesthouse avec des prix imbattables. Il n'a pas son pareil pour flairer les bons plans. Je le retrouve à la Chat Guesthouse. Cinq mois se sont écoulés depuis Kashgar dans l'ouest de la Chine. Il a l'air en forme. Il me raconte les dernieres dépêches. Qu'il a mis une croix sur Bali où il pensait trouver un bateau pour Darwin en Australie mais que c'est trop aléatoire, qu'il renonce du coup à l'Indonésie, que demain il part à Bangkok où il a une piste d'un bateau éventuel pour Sydney. Relier l'Asie à l'Océanie et relier l'Océanie à l'Amérique du sud par voie maritime, c'est la partie la plus compliquée de son voyage. Un voyage à l'ancienne à une époque où paradoxalement, faire un tour du monde n'a jamais été aussi facile. Du tout cuit, emballage sous vide, clés en main, on choisit ses étapes sur un catalogue. Les prix sont devenus compétitifs depuis que les compagnies aériennes se sont regroupées. Cela s'est même banalisé ces dernières années. Il suffit de constater l'explosion de blogs de gens relatant les mêmes histoires dans les mêmes pays. Je n'ai rien contre car tout voyage permet à chacun de s'ouvrir sur d'autres cultures et modes de vie. C'est pratique aussi pour ceux voyageant en famille. J'y reviendrai plus tard. Quant à moi, vous l'aurez compris, ce n'est pas ma tasse de thé. Le bitume, les panneaux, les pistes poussiéreuses, les arrivées au milieu de nulle part, les points frontières, chercher un transport pour aller d'un point à un autre, tout cela me manquerait trop. La guesthouse est une bonne surprise, spacieuse et disposant d'un grand jardin. Ma chambre est petite mais meublée pour une centaine de Bahts. Rien à redire. Je constate que c'est un repaire de Français. En observant et en tendant l'oreille, je comprend mieux la raison de cette affluence tricolore. Le guide du routard que j'aperçois plusieurs fois sur un bout de table ou en train d'être feuilleté. Il arrive donc qu'il donne de bonnes infos. Là en l'occurrence il a tapé dans le mille. Je sympathise avec deux Françaises, Jessica et Clémence....le routard sous le coude. Leur approche et leur enthousiasme me plaisent. Les deux voyagent seules. Nous faisons connaissance tous ensemble. Pour Clémence c'est véritablement son premier voyage. Elle appréhendait le fait d'être seule mais après quelques jours, ses craintes se sont dissipées et depuis, elle se sent pousser des ailes. Jessica a quitté son emploi à Hong-Kong ; elle travaillait dans l'import-export de viandes. Elle veut profiter de son temps libre pour parcourir l'Asie du sud-est. Je fais office de grand frère en leur donnant quelques conseils. Finalement elles continueront leur route ensemble en direction du Laos. Quant à moi, je ne bouge pas durant quatre jours. Le climat est très chaud et humide. Je profite du jardin et j'évite de marcher trop longtemps. Mon pied me fait souffrir. Les plaies se cicatrisent très lentement à cause de l'humidité. De plus, j'ai une inflammation des ligaments de la cheville que je ne peux soigner correctement car elle se situe au même endroit que les plaies. Pour éviter l'infection, je nettoie deux fois par jour et le soir, je laisse tremper mon pied dans une bassine d'eau froide. Je redouble de vigilance sinon c'est l'hôpital qui m'attend.

Bangkok (photo) et Khao San Road (photo) Bus de nuit. Arrivée à l'aube. Mo Chit l'immense gare routière au nord. Le bus urbain n°3 va directement dans le quartier de Banglampoo, situé au bord du fleuve Chao Phraya, c'est la zone où se concentre le plus d'hôtels et guesthouses de la ville, plus connu sous le nom de Khao San Road le quartier des backpackers (photo), une ville dans la ville et la plus forte concentration d'occidentaux au km2 en Asie. Je ne suis pas de ceux qui dénigrent Khao San Road. Beaucoup de choses ont été écrites à son sujet. Dans le microcosme du voyage, c'est un endroit mythique que l'on aime ou que l'on déteste depuis que Joe Cummings l'a rendu populaire avec Lonely Planet à une époque où ce n'était qu'un quartier paisible doté de quelques petits hôtels. Alexandre Kaufman relate l'histoire dans son livre "Travellers". Je sais qu'ici, je peux trouver sans me presser une guesthouse avec un prix dans mes cordes, à l'écart du bruit. Pour manger à petits prix, il y l'embarras du choix. En allant du côté de Phra Arthit, il y a ce petit restaurant vietnamien qui ne désemplit pas, avec ses soupes de nouilles goûteuses à souhait. Bangkok n'est pas déplaisante (photo), certes un peu embouteillée mais on est loin de l'enfer de Jakarta. L'atout de la ville c'est son fleuve (photo) sur lequel on peut se déplacer en Taxi-Boats (photo) ainsi que sur les nombreux canaux appelés klongs. Le quartier de Chinatown est réellement un petit bout de Chine (photo) (photo) (photo). Par contre Chatuchak Market ne mérite pas le détour. j'avais prévu de faire étape à Pukhet, pour revoir un copain lyonnais, Farid qui s'est installé en Asie du sud-est mais il est actuellement dans le nord du pays. Dommage pour la rencontre mais pas mécontent d'éviter Pukhet. Je fais escale à Hat Yai avant la Malaisie. Quant à mon pied il est en bonne voie de guérison.

Hat Yai (photo) Sud de la Thaïlande, je reste deux jours dans un quartier animé à côté de la gare routière. La ville est fréquentée par beaucoup de Malaisiens venant s'encanailler les week-ends. La Malaisie est toute proche. Je trouve les habitants de mon quartier, accueillants et souriants, en particulier autour du petit marché de nuit(photo) (photo). ça me réconcilie un peu avec un pays surcoté d'un point de vue de l'hospitalité.

Alors la Thaïlande pays du sourire? Quatrième séjour au compteur ; pas d'emballement ce sont des séjours brefs d'une semaine, hormis cette fois. Mais malgré des efforts, je n'accroche pas. Je serai amené à revenir. Repasser serait le terme exact car ça ne sera que du transit. La cuisine thaï ? elle est excellente mais je la trouve trop épicée à mon goût. Les paysages ? pas de quoi s'enthousiasmer sur ce que j'ai vu du nord au sud. Terne est le mot qui conviendrait pour les décrire. L'accueil ? on nous vend la Thaïlande comme "le pays du sourire" , là je manque de m'étouffer. Non l'accueil est correct, sans éclat et les sourires sont de circonstance. Un accueil sans comparaison avec les pays que j'ai traversé, ceux du Moyen-Orient, le Pakistan et la Chine.

La frontière à Sungai-Kolok (photo) La route entre Hat-Yai et Sungai-Kolok, Point frontière avec la Malaisie, à l'est de la péninsule, est jalonnée régulièrement de check-points contrôlés par l'armée. La région est sous tension à cause des affrontements entre Musulmans et Bouddhistes. ça c'est la version manichéenne que l'on fait avaler à l'opinion thaï. Moi je pense que c'est plus complexe et je ne serais pas surpris si j'apprenais que les groupes de fanatiques qui posent des bombes ont le même agenda que leurs petits copains au Pakistan et en Syrie à savoir attiser les conflits confessionnels et ethniques. Le minibus me dépose à quelques centaines de la frontière délimitée par le fleuve Kolok (photo) et relié par un pont.

Le 25 octobre je rentre en Malaisie par Rantau-Panjang (photo).
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
TC Tcvoyageur Veteran ·
Salut Eric,

toujours ravi de parcourir ce post !

Tu le sais, la partie Pakistan/Chine m'avait enthousiasmé. C'est désormais avec moins de passion mais beaucoup d'intérêt que je lis le récit de tes dernières semaines (en différé) puisque mon voyage (désormais imminent) débutera dans le sens inverse de ton récit (Malaisie->Thaïlande->Laos->Chine).

A+
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut Thierry

merci pour tes commentaires oui le voyage a perdu en intensité mais c'était prévisible. La partie Malaisie sera plus captivante

Malaisie->Thaïlande->Laos->Chine je connais bien cette route. J'ai posté récemment sur la frontière terrestre Boten/Mohan si tu veux des infos, n'hésite pas
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
MO Mohamma2 Veteran ·
Toujours super bien foutus tes carnets !
SH Shiva108 Veteran ·
Salut Mékong ! Un grand merci pour tes carnets de route ! 🙂

(juste pour Kao San: je veux pas jouer les vieux cons, mais perso, j'ai lâché prise... quelle tristesse... c'est vraiment devenu complètement insupportable... et me suis désormais tourné vers Thewet, un poil au nord...)
shiva108 Infos et conseils de voyages (Inde & Asie): www.ontheroad-again.com sur Facebook... "En voyage, l'essentiel n'est pas la destination, mais le chemin parcouru pour y parvenir."
MÉ Mékong Globetrotter ·
@Fred merci de tes commentaires

@Shiva exact c'est un endroit calme et plus sympa mais pas réussi à trouver de plans bon marché là bas. Le petit marché est sympa merci pour tes commentaires
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MÉ Mékong Globetrotter ·
bonjour

avant de passer à la partie Malaisie des infos pratiques sur mon tout récent séjour (le 3ème) au Yuanyang sud Yunnan en Chine en complément à celles de 2012 http://voyageforum.com/v.f?post=5650896;page=last;#last

et les dernières photos Yunnan mars 2013
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TH Thevert7 Regular ·
très belles photos !!

Peut on avoir un texte sur les plats en Chine selon les endroits, tu en as un peu parlé mais ça m'intrigue beaucoup ( non en fait, je suis très gourmande 😊 )

s'il te plait ;)
MÉ Mékong Globetrotter ·
Thevert

la cuisine chinoise mériterait un carnet de voyage à part entière🙂 bon si tu es gourmande, j'avais justement l'intention de m'y pencher dans le prochain chapitre concernant la cuisine malaise

en Chine le grand classique c'est la soupe de nouilles tu repère des petites échoppes avec petites tables et tabourets. tu choisis quelle sorte de nouilles tu veux dans ton bol (un grand bol) et tu attends. C'est bon et après tu pètes la forme pour le début de la journée photo photo photo photo photo

Jiaozi, petits raviolis vapeur qui tu peux manger en soupe

autre grand classique du matin les Baozi. le matin, quand tu marches, à chaque coin de rue, tu repères la fumée provoquée par la vapeur et les petits paniers bambous empilés. Chaque panier contient 7 baozi (1 yuans l'unité), il suffit de montrer l'un des paniers et tu t'asseois. Tu utilises les baguettes pour les tremper dans une sauce aigre-doux. fourrés à la viande, aux légumes et d'autres plus gros sont sucrés

tu peux accompagner la soupe de nouilles de Tofu en BBQ photo photo l'ensemble coûte 8 yuans

dans le Yuanyang, pour le déjeuner, il faut repérer des petites échoppes qui ne paient pas de mine, avec à l'intérieur des dizaines de petites casseroles remplies de viandes et légumes, le gros panier bambou/autocuiseur fumant et les différentes nouilles alignées dans des paniers. Un bol avec une ventrée de riz garni de viandes et de légumes coûte 8 yuans. Tous les produits sont frais et locaux. C'est réellement délicieux. En mars, j'ai pu goûter aux premières fraises. 4 yuans pour 1 kg

Dans les grandes villes, repérer les petites cantines populaires où toutes sortes de plats sont proposés. ça permet de goûter à plein de choses. bon et pas cher.

Mes meilleurs souvenirs de cuisine chinoise Xining les meilleures brochettes d'agneau que j'ai jamais goûté photo mais dans toute la ville, excellente cuisine tout spécialement chez les Hui les Musulmans chinois. Chengdu pour le Hot Pot photo la fondue chinoise la ville est un haut lieu de la gastronomie chinoise le Yuanyang sud Yunnan : produits frais et locaux, ils ne manquent de rien, il y a même du poisson (nombreux dans les rizières)
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MÉ Mékong Globetrotter ·
Malaisie Kota-Bahru (novembre 2012)

Je passe la frontière malaisienne en quelques minutes. Tout le monde a déserté le bâtiment, hormis le préposé chargé de tamponner les passeports. Il attend derrière son guichet. ça dure à peine plus d'une minute. Je n'ai jamais franchi une frontière aussi rapidement. Ambiance surréaliste. De l'autre côté, c'est aussi tranquille. Mais la navette pour Kota Bahru arrive une heure plus tard

La Malaisie Mon premier rendez-vous avec l'Asie. Depuis cette date, un jour d'août 1999, ce fut le coup de foudre et le début d'une belle histoire avec ce continent qui n'est pas près de s'arrêter. C'est mon cinquième séjour dans ce pays. Certes ce n'est pas celui que je préfère. Trop tranquille, trop aseptisé, ça manque d'un zeste de folie et fantaisie comparé à son turbulent voisin indonésien. Kuala Lumpur est de loin la capitale asiatique que j'aime le moins. Une ville sans âme, noyée sous le béton et sous un enchevêtrement de voies rapides. C'est un pays riche, développé, producteur de pétrole avec son fleuron, la compagnie Pétronas qui affiche sa réussite et sa puissance avec les deux tours du même nom (photo). La population se partage en trois parties : les Malais qui sont une majorité mais loin d'être écrasante et plutôt discrète, les Chinois qui sont très actifs dans tous les secteurs clés de l'économie et les Indiens qui suivent les Chinois de près. Ces deux dernières communautés sont très anciennes et bien implantées.

Kota Bahru (photo) Retour sur les lieux du crime après deux ans et demie d'errances. Une étape culinaire incontournable en Malaisie. Mon palais s'en souvient encore. J'arrive assez tard. Cela aura son importance par la suite. En ville c'est l'effervescence et je réalise d'un coup que ce jeudi 25 octobre, c'est le début du Grand Aïd. L'une des grandes fêtes musulmanes après le Ramadan et le petit Aïd. Départ des réjouissances et des vacances. Des gens s'affairent pour faire des courses. En Malais c'est Idul Adha. Le bureau de change à l'angle a baissé son rideau. Heureusement j'ai eu la bonne idée de convertir quelques bahts en ringgits à Hat Yai avant de partir. Une somme juste suffisante pour ce soir. Il est temps de trouver un endroit où poser mes sacs. J'ai noté une adresse où je me rend sans tarder. La porte au 1er étage est ouverte en haut d'un escalier. Personne à l'accueil. Etrange. La lumière est faible, un grand silence règne. Je m'assois et j'attends mais une demie heure s'écoule. Je me décide de ressortir en laissant mes affaires, direction le marché de nuit, j'ai une faim de loup. Le marché de nuit de Kota Bahru est un must, il ne paie pas de mine ; pas très grand, situé sur un terrain vague mais la cuisine y est savoureuse et unique (photo) (photo) (photo). Les habitants ne s'y trompent et se pressent chaque jour devant les stands. Mon stand préféré est pris d'assaut (photo). Celui qui prépare le Ayam Percik, un plat typique de la région. Des tranches de poulet au barbecue, badigeonnées d'une sauce épaisse et onctueuse à base de lait de coco, servies avec du riz blanc saupoudré de coco râpée. Un pur délice, bon à s'en lécher le bout des doigts.

Grand Aïd et Priscilla folle du désert Retour à la guesthouse après ce repas modeste et frugal. Même scénario. Au moment où je repars, une jeune femme, coupe au carré, teint mat, probablement malaisienne mais sans voile, se présente en bas et pousse la porte. Elle m'évite et monte directement. Je la suis pensant qu'elle fait partie du staff ou sinon je me dis qu'elle me donnera des informations. Elle s'immobilise devant le bureau puis appuie sur une sonnette que je n'avais pas vu. Ensuite, elle va s'asseoir et me parle dans un Anglais hésitant. "ils ne sont pas loin et devraient arriver" La glace est brisée. La voilà qui se lève et cherche quelque chose sur le bureau puis elle téléphone. A ce moment, sa voix capte mon attention. Une voix grave qui résonne.

(serait ce........)

Je me tourne et je commence à la décrire dans l'obscurité. Un corps mince dans lequel pointent très timidement deux protubérances mammaires qui lui tiennent lieu de poitrine.

(bigre c'est un travesti)

Je rigole intérieurement car je me suis fait prendre ; sûrement par sa coupe au carré et son visage très fin. En Indonésie où ils sont populaires, on les appelle Banci ou Ladyboy mais en Malaisie je n'en ai aucune idée. Et Kota Bahru est vraiment le dernier endroit où j'aurais pu imaginer en croiser un. Jugez plutôt dans une Malaisie à 60% musulmane, qui plus est le nord-est du pays connu pour être le bastion traditionnel et qui plus est Kota Bahru qui en est la capitale. Peut être s'est t-il égaré, trompé de bus voire endormi. banci "L'hôtel est fermé, c'est la fête et ils sont en famille" me "Alors pourquoi c'est ouvert ?" banci "Ils vont revenir pour le fermer" me "ok je suppose que tu cherches aussi un pied à terre, alors on va joindre nos efforts"

La fine équipe de bras cassés est formée me"tu habites ici" banci "non je suis de Penang" me "alors tu es en vacances" banci "non je suis ici pour business"

(je m'en serai douté.)

Je me verrais bien le suivre pour découvrir, le côté pile de la ville, les bas fonds obscurs de Kota Bahru. Du reportage taillé pour les soirées de TF1 et M6. Je sens d'avance les titres chocs avec des présentateurs au garde à vous, l'air sérieux et grave annonçant "n'éteignez pas votre poste de TV et surtout ne zappez pas..........."

Dans la rue, notre attelage hétéroclite se met en branle, sans jeu de mots : un étranger occidental chargé de deux sacs accompagné d'un type efféminé qui tortille du cul. Sur le trottoir, Je manque de pouffer de rire avec le couple venant à notre rencontre quand je croise le regard mi interloqué mi choqué de la femme. (Eh oui ma petite dame, tout fout le camp.....) Un mot sur "Priscilla folle du désert" en hommage à ce formidable film australien : un road movie relatant le périple de trois travestis au pays des Rednecks, traversant l'outback dans leur propre bus. Décapant drôle et émouvant. Nos recherches s'avèrent infructueuses. Les hôtels ont portes closes ou quand celles ci sont ouvertes, on nous oppose une fin de non recevoir. Le personnel est en vacances. Mon compagnon d'infortune discute avec le gérant d'un énième hôtel. Qu'est ce qu'ils manigancent tous les deux ? Je commence à fatiguer. Laissons les s'arranger entre eux. Je décide de prendre congé.

"je vais tenter ma chance plus loin. Bon séjour à Kota Bahru mon coeur. Et pas trop d'excès !"

Panne sèche

En effet je sais qu'il y a des guesthouses et j'ai vu de la lumière lorsque je marchais en venant de la gare routière. Bonne pioche au KB Backpackers, c'est ouvert et il a des chambres. Ce n'est pas Byzance mais l'accueil est sympathique. L'endroit est tenu par un jeune Malaisien secondé par sa maman. Mes problèmes ne sont pas finis pour autant. Le lendemain vendredi, le bureau de change est fermé....jusqu'à dimanche. Retirer de l'argent à un ATM, ma banque a eu la bonne idée de bloquer tout retrait en Malaisie, sans motif. Ainsi je dois composer durant deux jours avec dix ringgits en poche. Je tente l'aéroport le lendemain mais même punition : guichet du bureau de change fermé. Du coup pas de marché de nuit, ni de bon petits plats appétissants, c'est la soupe à la grimace. A la place un régime forcé biscuits secs et café en sachet. ça fait partie des imprévus de route auxquels moi et mon estomac doivent s'adapter. L'ironie du sort, je me faisais un plaisir de passer à Kota Bahru pour me goinfrer, me voilà servi.

Pour la chambre, fort heureusement le jeune Malaisien de KB Backpackers est compréhensif et me fait confiance pour la payer plus tard. En tout cas, content d'être ici. Je fais connaissance avec Mohammed et Boubacar. C'est la bonne surprise. Rencontrer des Africains en Asie n'est courant et pour tout dire ça me manquait.

L'Afrique et les Africains Nous nous croisons dans la salle à manger . Mohammed est guinéen, la Guinée de Sekou Touré. Boubacar est sénégalais. Ils sont francophones, musulmans pratiquants, en vacances à Kota Bahru pour quelques jours. Ils habitent à Kuala Lumpur où ils font des études. Tout de suite, ça accroche. Ce que j'apprécie chez les Africains c'est cette chaleur immédiate et cette faculté et cette aisance pour embrayer allègrement d'un sujet à l'autre sans protocole. Et je sais de quoi je parle car je les ai côtoyé chaque jour durant des années en France lorsque j'habitais en foyer de jeunes travailleurs. Etudiants ou dans la vie active, venant de Cote d'Ivoire, Sénégal, Guinée, Cameroun, Bénin, Togo, je me souviens de ces soirées se prolongeant tard autour de discussions enflammées. Des arbres à palabres permanents. Pour eux, la vie n'est pas facile en Malaisie et malgré le fait qu'ils soient Musulmans, ils sont victimes de rejets du fait de la couleur de leur peau. Mohamed me mime les scènes pour appuyer ses propos. Si l'on fait un barème dans le racisme planétaire, les Noirs africains sont vraiment en bas de l'échelle et l'histoire est là pour le confirmer. Je lui dis que c'est beaucoup lié à l'ignorance et qu'avec l'habitude, les stéréotypes voleront en éclat. C'est ce qui se passe en Chine d'autant que le pays est de plus en plus impliqué sur le continent africain. Les échanges s'intensifient et des étudiants africains suivent des cours de Mandarin. Ca sera plus facile qu'avec la vieille Europe où le racisme anti-noir est ancré dans les consciences à cause du passé colonial où quasiment tout le monde a croqué.

Deux jours passent à la guesthouse et dimanche arrive. Je peux enfin retirer de l'argent. Je décide de partir le soir même pour Penang, tout comme Mohamed et Boubacar qui retourne à Kuala Lumpur. Pour eux c'est la fin des vacances. Un petit détour par le marché de nuit où je fais provision de Martabaks (photo) (photo), étreintes chaleureuses avec mes deux amis africains. "Vraiment ça m'a fait plaisir de vous rencontrer, bonne continuation". Je pars à la gare routière, billet en poche.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
TC Tcvoyageur Veteran ·
C'est génial !! 🙂

Tes textes sont précis, documentés, passionnants et en même temps très drôles. Tu as une aisance dans la rédaction et c'est un plaisir de te lire.

Une chose me surprend. Si j'ai bien compris, tu es reparti de Kota-Bahru le jour où tu as pu retirer de l'argent. Donc tu n'as pas profité de toutes les merveilles culinaires que tu décris (et qui apparemment te plaisent infiniment) ?
Thierry

On dit souvent "Fermez la porte, il fait froid dehors !" Mais une fois la porte fermée, il fait toujours aussi froid dehors.
MO Mohamma2 Veteran ·
Salut Eric, juste une petite précision, "banci", en indonésien, n'est vraiment pas un terme respectueux (utilise plutôt "waria", "wanita-pria", soit "femme-homme"... Tu ne choqueras presque personne en disant "banci" à part les premiers intéressés, ce qui serait dommage non?) , et à bien y réfléchir, "travesti", en français, n'est peut-être pas approprié, car n'a-t-on pas à faire là plutôt à des transsexuels ? ... Toujours bien fan de tes récits ! 😉

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