Le 13 février 1900, Jules Renard écrivait dans son journal :
"Claudel déjeune. Il parle du mal que l'affaire Dreyfus nous a fait à l'étranger. Cet homme intelligent, ce poète, sent le prêtre rageur et de sang âcre.
- Mais la tolérance ? lui dis-je
- Il y a des maisons pour ça, répond-t-il "
( gallimard, bibliothèque de la pléiade, page 570)
Voyager c'est découvrir que tout le monde a tort.
Aldous Huxley
Ne convoque pas l'intelligence à ce propos car, parfois, la tolérance signifie démission, abandon, lâcheté. En renvoyant la tolérance dans les "maisons", Claudel entend assumer ses paroles.
A Mamallapuram, en Inde, il y a la mosquée, le temple indhou, et l'église catholique. Ils vivent et prient comme bon leur semblent ! Alors tu te dis, ah que c'est beau la tolérance ! En fait, je dirais plutôt que c'est un modus vivendi, qui veut dire fait ce que tu veux dans ton coin, mais ne viens pas épouser ma fille. Oui, bien sûr, il y a des cas, par exemple, au niveau des castes, mais un couple qui tente d'échapper à sa tradition doit quitter la ville pour vivre tranquillement.
Je me souviens d'une époque où les routards considéraient l'Inde comme un pays cool, tolérant, et ça me faisait toujours rigoler.
Le 8 mars, tout Mamallapuram se baignait, une multitude multicolore, gaité, dévotion à lord Vishnou, les bramanes qui bénissaient, c'était une fête extraordinaire sur la plage des pêcheurs. Puis, ils ont hissé la statue de Vishnou sur une plate-forme, accompagné de deux bramanes, et, ils se sont mis à balader le tout, porter une vingtaine d'hommes, dans le quartier des pêcheurs, aux ruelles bien étroites. A un moment donné, j'ai vu de l'agitation. Un type, dans son ambassador, se trouvait devant la procession et il ne bougeait pas. Ca vociférait de plus en plus, alors une escouade d'indiens se sont mis, manu militari, à faire reculer la voiture, et le chauffeur, à l'intérieur, s'agrippait à son volant. Maintenant ça hurlait, je me demandais si j'allais pas assister à un lynchage ! Dejà un type tentait d'ouvrir la porte, le visage déformé par la colère. Heureusement, un flic est arrivé, j'étais à deux mètres, j'ai fait une photo. De temps en temps, je la regarde cette photo, et je me dis que le chauffeur l'a échappé belle face à ces compatriotes, parce qu'il n'avait voulu reculer devant Vishnou !
"Jusqu'à quel point tiendrait, devant l'abus, une tolérance faite, en partie, d'inertie et d'habitude prise." Courteline
Voyager c'est découvrir que tout le monde a tort.
Aldous Huxley
Pour moi la tolérance est quand meme une forme d'intelligence, accepter la différence et la tolérer c'est un forme d'intelligence, dans ton écrit qui est quand meme relativement ciblé, peut etre y a t-il un manque d'intelligence, n'ont -ils pas accepter la différence?
<< .....notre soif de survie dans le futur nous rend incapables de vivre dans le présent .....>>. Chuang TZU
bonjour
un article que j'aimerais te faire partager:::
Notre aimable clientèle est priée de bien vouloir mourir dans les quinze jours Une fois qu’ils ont pris une chambre à la pension Mukti Bhawan, les clients ont deux semaines pour mourir – faute de quoi ils sont aimablement priés de quitter les lieux. La pension se trouve à deux pas du Gange, à Bénarès. C’est le dernier refuge des hindous qui espèrent finir sur un des bûchers funéraires allumés chaque jour par centaines sur les berges du fleuve. “Ailleurs, on fête la venue d’une nouvelle vie à la naissance d’un enfant ; ici, nous fêtons la mort”, explique Bhairav Nath Shukla, le sémillant directeur de l’établissement, l’un des nombreux lieux offrant un logement aux étrangers qui souhaitent mourir dans cette ville.
Pour les hindous, mourir à Bénarès et faire disperser ses restes dans le Gange permet à l’âme d’échapper au cycle de la vie et de la renaissance, et d’atteindre la moksha, le salut. Mais ceux qui font cet ultime pèlerinage ne peuvent pas tous s’offrir un hôtel ou une pension normale. D’autant que la plupart des établissements répugnent à accueillir des clients à l’article de la mort. Mukti Bhawan, la “maison du salut”, possède douze chambres nues et défraîchies, mais l’atmosphère est loin d’y être sinistre. “Ici, on voit des gens mourir tous les jours. Les cris, les lamentations, le chaos, c’est notre quotidien : pourquoi avoir peur ? demande Shukla. Il y aura une autre vie, il n’y a pas de raison d’avoir peur. C’est idiot de se lamenter.”
Accroupi par terre dans sa chambre, Narayan fait frire des piments sur un réchaud portable. A côté de lui, sa mère, Manorama Devi, 80 ans, est allongée sur un châlit de bois, inconsciente, haletante. “C’est la vieillesse. Elle a vécu longtemps. Alors, comment puis-je être triste ? confie Narayan. Kashi (Bénarès) est un lieu très important. Il y a beaucoup de temples. Je suis heureux que ma mère puisse mourir ici.” La famille de Devi ne paiera que la nourriture et l’électricité. Car les familles les plus pauvres ne paient rien pour la location de la chambre. Ici, il n’y a ni médecins, ni infirmières, ni médicaments. En revanche, quatre prêtres prient pour les mourants. Entre 30 et 70 personnes meurent chaque mois. Mais, si un client n’est pas mort dans les deux semaines qui suivent son arrivée, il est habituellement prié de laisser la place à quelqu’un d’autre. Pendant les périodes les plus chargées, Shukla autorise parfois les gens à mourir dans son bureau. Pendant les périodes calmes, il lui arrive de fermer les yeux sur la règle des deux semaines.
Prédire la date d’un décès n’est pas une science exacte : choisir le moment de se rendre à Mukti Bhawan tient du pari. “Les gens qui viennent pensent que la mort est proche, mais si elle tarde, ils sont dans la mouise”, explique Shukla.
La famille de Ram Bhog Pandey, 85 ans, commence à être nerveuse. Voilà dix jours que cet ancien instituteur d’un village du Bihar gît sur le sol de sa chambre à Mukti Bhawan. “On l’a amené ici quand les médecins nous ont dit qu’il n’y avait plus d’espoir pour lui”, raconte Daya Shankar, le fils aîné de Ram, qui allumera le bûcher funéraire quand le moment sera venu. Si le vieil homme ne meurt pas dans les prochains jours, il faudra le ramener au village en train. La famille ne peut rester trop longtemps loin de la ferme. “Ce serait vraiment regrettable que mon père ne rende pas son dernier soupir à Bénarès, confie Daya Shankar. Mais qui sait, il aura peut-être une autre chance à la fin de sa prochaine vie ?” Jonathan Allen
Hindustan Times
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