La veilleuse d'Achille
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-- Préambule Non, je ne vais pas vous raconter une histoire de l’Achille au faible talon si cher à la Glatch en petit tissu à fleurs. On raconte parfois nos voyages dans des ailleurs plus ou moins lointains. Mais qu’en est-il des voyageurs de ces ailleurs plus ou moins lointains qui viennent par chez nous pour une raison ou une autre? Petites tranches, petites histoires du passage de Joseph et Achille dans notre bonne vieille France.

Comme tous les ans depuis 25 ans, c'est la période de la visite de jumelage des maliens d’un lycée de Bamako. Cette année, Marie héberge Joseph, professeur à Bamako, et visitant pour la première fois l'Europe. Des nombreuses et enrichissantes discussions lui permettent de prendre la mesure de la vie française, ses avantages, ses différences. .. Joseph s'émerveille de tout, est surpris face à de nombreuses choses et ponctue ses étonnements d'un cri venant du fond de la gorge, un argh ressemblant plus à un appel angoissé. Au fil des discussions, Joseph et Marie en viennent à constater les différences dans les salaires : « Mon salaire à Bamako est de 200 € » « Ici je gagne dix fois plus. » « Argh ! »

Des comparaisons des prix des produits de premières nécessités permettent d'illustrer le coût de la vie et d'expliquer ces disparités qui pourraient à premier abord apparaitre choquantes.

Joseph, en tant que visiteur spécial à Angers a droit à une carte de bus gratuite. Marie qui l'accompagne un jour lui fait remarquer: « Je dois acheter un ticket, il coûte 1, 10 € » « Argh ! » La situation des professeurs au Mali change. Les salaires ont étés réévalués, ils sont enfin versés régulièrement. Joseph est en train de construire sa maison. Les choses bougent...

Joseph est venu avec d'autres professeurs de Bamako qui logent chez d'autres professeurs d’Angers. Un samedi soir, ses hôtes étant de sortie, Achille est venu dormir chez Marie. La maison est vaste dans la campagne aux limites de la ville. Des vieilles pierres et des poutres qui ont vues et vécues de nombreuses années et histoires. Joseph dors dans la chambre d'amis, la « case » au parfum d'Afrique, avec ses ouvertures inspirées des habitations maliennes, une affiche de masques dogons, un panneau d'outils en bois et d'autres objets qui contribuent à ce havre de paix pour voyageurs à la halte. Il ne reste donc que la « petite chambre », la chambre d'Aurélie avec son lit bateau pour des nuits loin des rivages. Marie fait visiter la chambre à Achille, « voici la chambre de ma fille et aussi des petites filles de mon ami. C'est pourquoi il y a cette lampe au pied du lit pour leur lire des histoires et la veilleuse pour quand elles ont peur au milieu de la nuit ».

Ce samedi soir, Marie et son ami sont aussi de sortie. Ils ont donc laissé Joseph et Achille, épuisés par la fête du jumelage de la veille seuls et tranquilles dans la maison calme.

Le lendemain matin, Marie se lève, ni trop tôt, ni trop tard. Passant le palier pour descendre à la cuisine, elle remarque de la lumière par la fenêtre de la porte de la chambre d'Achille. 9h, toujours de la lumière dans la chambre. 10h, encore de la lumière dans la chambre. Marie est intriguée, est-il réveillé, est-il en train de lire? 10h30, Achille enfin se réveille, le mystère de la lumière s'éclaire.

Achille avait gardé la veilleuse allumée toute la nuit. « Tu m'avais dit que c'était pour si on avait peur. J'avais peur ! » Certains africains sont peureux. La maison n'était pas fermée à clé. Ils étaient surpris que les chaises restent dehors. Joseph et Achille n'étaient pas rassurés, seuls, dans cette grande maison de campagne, ouverte aux quatre vents, avec les chaises dehors. « Tu m'avais dit que si on avait peur. J'avais peur ! »
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
LI Lilie82 Globetrotter ·
attendrissant, enrichissant. Faut dire que je m'attendais plutot a une Glatch-related story, j'ai ete surprise, c'est le moins qu'on puisse dire.😛

Merci encore Douya pour cette petite tranche de vie Bamako-angevine.

Lilie
https://raconte-moi-l-irlande.com/ - Pour en découvrir toujours plus sur l'Irlande !
MÉ Mékong Globetrotter ·
merci Douya c'est une chouette idée que tu as eu. pour une fois que nous sommes de l'autre coté du miroir. Eric
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
FA Fabizan Regular ·
Bonjour Douya,

Elle est bien mignonne cette histoire et tombe à pic en contrepoint du récit de mamina !
Fabienne
DO Douya Veteran ·
Bonjour Douya,

Elle est bien mignonne cette histoire et tombe à pic en contrepoint du récit de mamina !

Tout a fait, cette veilleuse était dans mes tiroirs depuis un bout de temps et en lisant le récit de mamina, j'ai pensé a l'autre coté du miroir....
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
GL Glatch Veteran ·
Douya,

je suis émue comme jamais, limite nez rougi… en découvrant Ton Achille.

Si je peux faire quoi que ce soit pour lui à propos de ses craintes, je me tiens dispo à 100%. Peux-tu lui faire passer le message, s´il-te-plait. C´est vite fait de vérifier les correspondances pour Angers, voire Bamako (maintenant que je sais ce en quoi consiste un bisap). Je peux être là en urgence...

Quoi que, pour le moment, mon Achille à moi n´est pas en grande forme. L´inflammation du talon est montée jusqu´aux cervicales… Je joue les infirmières à mi-temps. Ca ne se fait pas de laisser un Achille, même si c´est momentanément, pour un autre Achille.

Tu nous gâtes en tout cas avec les contes modernes que tu sors de tes tiroirs magiques. J´ai déjà un gros faible pour celui-ci.

Bises
Agathe
MA Mamina64 Veteran ·
Evidemment qu'on l'adore cette nouvelle histoire de Douya si sensible et si bien observée !

A propos de l'autre côté du miroir, mon Tranquille (puisque chacune a son sien !) venu en France il y a quelques années faire un stage de guide, nous a dit ne pas avoir osé raconter ce qu'il y avait vécu et ce qu'il avait vu "au village, ils n'auraient pas compris" Comme quoi, le choc est bien des deux côtés !
La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même - (L.Gauthier)

mon blog : http://lesvoyagesdemamina.blogspot.com/
TO Tomas3 Veteran ·
a propos de l'autre côté du miroir, Mamina, tu auras droit à ton conte bambara et ne fais pas la fine bouche, toi qui veux nous faire prendre ton avatar dogon pour le chateau de la belle au bois dormant.

conte du village bambara: Aminata partait le matin au travail le coeur serré. Elle laissait la petite hutte dans la sebkra sous le sable son grand nomade de mari alité, les réserves de bois épuisées, sa petite fille aux doigts burinés de courir si loin chercher l'eau Ce n'est pas les éclats de rire de sa copine Fatimetou qui dissipaient son chagrin profond. Au loin, dans le Nord du pays, le teint de sa maman devenait chaque jour un peu plus terne, ce n'était pas de roungoun abusé, mais un mal secret qui la rongeait. Tout celà, Aminata le savait, les finances du ménage n'étaient pas plus brillantes, son vieux boubou durerait une saison de plus, elle éviterait les marchands ambulants et les mamas benz aux pagnes de toutes les couleurs. Heureusement qu'elle avait son miroir magique au travail, elle parlerait à son miroir, elle rirait avec ses fétiches, elle courrait dans des contrées de chocolat et de miel, elle surferait avec de beaux tontons-benz, elle descendrait des fleuves dans des pinasses encombrées de poulets et de chèvres, elle cotoirait de vieux nomades qui lui parleraient de leurs dromadaires légendaires. Elle laisserait son miroir ouvert tout au long de la journée, tandis que les tontons-benz, les servantes fatiguées, passeraient les plats qu'elle était obligée de servir. Elle y jetait un regard discret, sous le prétexte de remonter une dreadlocks, un blanc de chaux à ranimer, son sourire se raviverait et les clients charmés croiraient qu'ils en étaient la cause. Au fond de son coeur, elle rêvait de musiques métisses, de percussions, des chants de son village, de ska, de rock-steady, .de djembés martelant ses oreilles, elle croyait fermement que Diallo, le marabout du village, allait guérir son petit monde : elle dépensait sans compter à acheter des CD d'African Dreams, de Brad Dutz, elle dénichait au marché du village des famatou Kouaté, des Tahirou Djemé, elle trouvait même des Kokos.. Elle riait très fort sur le miroir magique, on la trouvait espiègle et rieuse, elle pensait à sa cousine Fatimetou et à Abdoulaye à Montreuil et rêvait de leur vie.
tomas "il ne faut pas avoir peur du bonheur...c'est seulement un bon moment à passer..."
GE Geli Veteran ·
Bonjour à tous, Attendrissant, c'est sûr ! et nos vécus à nous quand on est là-bas sont équivalents bien souvent. Lors de mes premiers voyages, j'étais une espèce de grosse éponge qui absorbait par toutes mes écoutilles grande ouvertes les bruits, les odeurs, les couleurs de ce que je vivais. Ce n'est après que je me suis dit "tiens bizarre, à aucun moment, je ne me suis questionnée, je n'ai pas eu peur non plus.... " sauf s'il m'avait fallu passer une nuit seule en forêt, sans gîte ce qui est impossible là-bas car personne ne vous laisse dehors au village ! J'ai vécu ces premières expériences comme un cadeau... et devenue accro, j'y retourne toujours, ça fait tellement de bien ! Je pense intimement que le meilleur remède contre la déprime n'est pas conditionné par les plus grands labo !!! Geli 😛 😉

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