Cher ami que je ne connais pas,
Tes proches ressentent de l'inquiétude, toi tu ressens de l'inquiétude MAIS AUSSI du désir, de la passion pour ce projet. Ce n'est pas du tout la même chose, vous aurez du mal à communiquer si chacun reste sur sa seule position.
Pour réaliser ton projet tu devras composer avec tes désirs, ta passion et ton inquiétude et tu devras choisir tes conseils. La vie est ainsi, les choses sont rarement parfaites, nous devons souvent composer.
Par ailleurs l'inquiétude, l'anxiété est aussi positive car elle rend vif et vigilant. Après c'est une question de dose, trop d'anxiété paralyse, un peu d'anxiété éveille et rend présent à ce qu'on fait.
Voyager ce n'est pas faire n'importe quoi, c'est en cela aussi que c'est une expérience formatrice.
Le voyage élargie souvent le possible mais il exige souvent un minimum de gestion, de prévision à très court ou moyen terme. Il demande un peu de réflexe, il faut rester souple, vigilant, disponible à ce qui advient et non pas crispé sur le projet initial simplement parce que c'est le projet initial.
Tu peux trouver le bonheur et quelque chose de grand à Perpignan ou à Lézignan Corbière, quant bien même tu es sur la route d'Honolulu et même si Honolulu est encore loin. Les projets changent en cours de réalisation car nous sommes nous même changé par le projet et par sa réalisation.
Irais-tu projeter un voyage au grand nord avec une bicyclette et un short ? Non.
Parce que dans le nord il fait froid et quand il fait froid il vaut mieux se couvrir et parce que le vélo ne roule pas bien dans la neige profonde.
Irais-tu faire du vélo en pleine mousson dans une région boueuse ? Ce n'est pas le mieux, pour ce projet il vaut s'équiper d'un tracteur ou simplement marcher. Partiras-tu sans eau s'il tu es sûr qu'il n'y en aura pas sur la route ? Non
Contingence, contingence, vie matérielle, ça fait partie du voyage et ce n'est pas souvent la partie la plus agréable.
C'est ainsi. Ce qu'on peut dire sur le pull over est aussi valable pour la réserve d'eau autant que pour la situation sécuritaire d'un pays.
Ou alors, pourquoi ne pas prévoir un saut de puce Lybie, Tchetchenie, Congo de l'est, Balouchistan et Afghanitan à vélo avec un drapeau américain fixé sur le porte bagage ?
Parce que ce n'est pas raisonnable et donc pas intelligent quand on tient à sa santé et à son intégrité physique. Quand on a envie de vivre, ne serait-ce que pour voyager encore.
On peut être amené à souffrir en voyageant et cela est formateur aussi mais on peut aussi tout faire pour éviter la galère. Sauf si, pour d'obscures raisons, on a besoin de galérer (faut-il encore en avoir conscience).
La vie c'est le mouvement. Nous le voyons dans nos vies, dans nos corps, nous le voyons aussi dans l'actualité. Le monde change en permanence, plus ou moins vite selon les époques en bien et en mal, il est absolument nécessaire d'actualiser.
Les expériences d'hier ne sont pas toujours valable aujourd'hui.
Je me souviens de ce jeune marocain paumé que son père avait envoyé migrer en Europe dans les années 95 en prenant son propre exemple qui datait des années 60 quand les industriels affrétaient des bus pour recruter de la main d'oeuvre étrangère dans les villes et villages d'Afrique. Salaud ce père, menteur ou idiot. Le monde à changé, il faut traverser Gibraltar en chaloupe et beaucoup finissent au fond de l'eau et son fils n'avait pas la carrure d'un migrant.
Un voyage se prépare un peu psychologiquement et matériellement aussi, du moins dans les grandes lignes.
Et il n'y a aucune honte à changer d'avis, c'est ça aussi l'adaptation.
L'adaptation c'est aussi accepter la vie qu'on même, là ou on est, ça peut aussi s'appeler du renoncement.
Voyager est possible aujourd'hui dans des tas d'endroits, voyager est nécessaire pour quelques uns d'entre nous à un moment de notre vie ou toute notre vie.
Voyager n'est pas prendre tous les risques et aller droit au casse pipe.
Vivre c'est risqué, Vivre c'est risquer aussi, tout est affaire de mesure.
Rester dans son quartier ou continuer une vie qu'on aime pas comporte des dangers, voyager aussi. Il s'agit d'une certaine prise de risque assurément mais le but est de les sentir pour justement... les éviter.
Voyager réserve des joies, souvent plus vastes que la vie quotidienne, la joie du dépassement, la joie de la rencontre, la joie du dépaysement dans le vaste monde.
C'est de la sensation haut de gamme à condition que tout finisse bien.
Je te souhaite un très beau voyage.
Bruno