Mais pour autant, faut-il délaisser les sites touristiques dont les guides et les offices du tourisme locaux vous vantent l’incontournable attrait ? Bien sûr que non !
Sur l’île grecque de Rhodes, Lindos, la « Perle du Sud », est assurément le village le plus visité. S’y rendre suffit à comprendre cet engouement … et je l’avoue, moi aussi je suis tombé sous le charme de ce lieu si séduisant. Par ce texte et ces photos, je vous fais partager mes souvenirs, mes impressions et beaucoup de mon enthousiasme.
D’abord il y a ce superbe panorama d’ensemble que l’on découvre depuis la route lorsqu’on arrive du nord de l’île. L’arrêt s’avère irrésistible.

Sur un éperon rocheux, une imposante citadelle domine un village à l’aspect typiquement grec avec ses charmantes maisons blanches. Au pied de la colline et donc du village, on aperçoit une baie régulière, (l’arc de cercle est presque parfait) et des eaux d’un bleu soutenu bordant une joli plage de sable clair ...
Avec le regard d’un peintre on peut affirmer que ce paysage constitue un tableau idéal, et quelle belle palette de teintes ! L’œil du photographe sera ravi par l’équilibre de la composition et le voyageur amoureux des beaux paysages sera tout simplement comblé par la vue de ce panorama d’exception.
Ce point de vue plongeant est un savoureux avant goût de la visite du site, il me rend vraiment impatient d’en découvrir un peu plus et surtout de voir Lindos dans ces moindres détails.
La route chemine sur le versant montagneux sur environ deux kilomètres avant d’arriver à destination … enfin, Il faut se rendre à l’évidence, on ne pénètre pas à l’intérieur des ruelles (bien trop étroites !) en voiture, non, il est obligatoire de laisser son véhicule sur les parkings situés à proximité du village. Des aires de stationnement où déjà les places sont bien occupées par des voitures particulières bien sûr mais aussi par un bel alignement de cars d’excursion … nous ne seront donc pas les seuls à visiter Lindos ce matin !
La rue principale, au centre de la cité, est une succession de cafés, de tavernes style : ouzo/feta/moussaka ... et de boutiques de souvenirs (tee-shirts, poteries, bibelots, drapeaux …), ici, aux heures de pointe, c’est une cohue touristique classique qu’il vous est facile d’imaginer.
Heureusement, il suffit de faire quelques pas en empruntant une ruelle de traverse pour trouver rapidement le calme et presque la solitude …

N’y aurait-il pas un chat à Lindos ? Pas vraiment, car les félins domestiques sont légions dans les ruelles de la petite cité, en voilà deux, un blanc et noir qui se repose sur un appui de fenêtre et un autre, tout blanc, qui se dirige vers une impasse. Une venelle où justement est assis un homme âgé, visage buriné par le soleil, moustache poivre et sel. Nos regards se croisent, je lui adresse un « Kalimera » (bonjour en grec, un des trois ou quatre mots que je connais dans la langue locale !) qui déclenche immédiatement une ébauche de sourire puis une question. Voilà qu’il me demande une cigarette, désolé mon bon monsieur, mais je ne fume pas !
Se balader, observer et même se perdre parmi ces ruelles étroites, voilà comment bien apprécier Lindos. Des murs d’une blancheur éclatante, de belles habitations dont certaines datent du XVème siècle, des entrées encadrées par des arcades gothiques et des couronnes ou des bouquets de fleurs séchées ornent également les façades. Par endroits quelques conversations étouffées se font entendre malgré les volets mi-clos, une porte entreouverte laisse apercevoir de jolies cours intérieurs dans lesquelles les teintes rouges ou mauves des bougainvilliers contrastent avec le blanc des murs. Les habitants apportent également de belles touches de décorations aux sols des patios ou aux marches d’escaliers, leurs dallages sont constitués de petits galets noir et blanc formant des motifs géométriques.
Par moments le silence des ruelles à l’écart du centre est rompu par le passage d’un scooter pétaradant ou par des véhicule hybrides, mi-scooter, mi-camionnette qui malgré leur allure de modèles réduits ont tout juste la place de se faufiler entre les murs des venelles si étroites !

A force de parcourir en tout sens ce vrai labyrinthe, j’arrive maintenant devant la principale église du village, l’église de la Panagia. Un bel édifice dédié à la Vierge et restauré au XVème par les Chevaliers de l’Ordre de St Jean.
En levant le regard pour admirer le clocher de cette église orthodoxe grecque, j’entre aperçois parmi les toits imbriqués une partie des fortifications qui surplombent la ville … la prochaine étape de ma découverte du patrimoine de Lindos.
Pour accéder au rocher de la citadelle, on vous propose à chaque coin de rue les « Lindos-taxis »…il s’agit en fait d’un transport à dos d’âne. L’effet est garanti pour les touristes découragés par les 115 mètres de dénivelé à gravir pour accéder aux remparts ; des éclats de rires, des pattes d’ânes qui glissent sur les pavés sans compter l’humeur capricieuse de ces animaux parfois récalcitrants, Hi ! han !

Vous vous doutez que c’est à pied que je choisi de cheminer sur ce sentier à flanc de versant, le parcours dévoile de magnifiques panoramas sur le village et la côte, des haies de lauriers roses l’agrémentent et on respire le bon air parmi les oliviers … même si parfois l’incomparable odeur du crottin d’âne embaume l’atmosphère, le vent marin se chargeant de dissiper ces relents.

En montant les marches de la forteresse, on remonte aussi le temps … Voilà les témoignages de la riche histoire de Lindos qui s’offrent aux yeux des visiteurs.
Premier exemple avec les imposants remparts, ils ont été édifiés au Moyen Âge par les Chevaliers de l’Ordre de St-Jean, des bâtisseurs qui excellaient dans la maîtrise d’ouvrages défensifs mais dont la mission première consistait à apporter secours et soins aux pèlerins blessés lors des croisades.
Dans l’enceinte des fortifications on découvre également les vestiges d’une église datant de l’époque byzantine XIII ème avec ses fresques et ses peintures murales. Plus loin, tout au sommet des rochers, on a rendez-vous avec la Grèce antique, c’est là que se trouvaient l’acropole et le temple dédié à la déesse Athéna. Selon les historiens, les premiers résidents des lieux seraient les Minoens, vers 1200 av. J-C .Un ambitieux programme de restauration architectural tient à faire revivre ce passé.

Mais finalement, arrivé sur l’esplanade antique, la plupart des visiteurs se dirigent vers les remparts. A travers leurs ouvertures la vue dont on bénéficie est tout simplement grandiose et vertigineuse. Côté mer, l’à-pic est vertigineux, juste au pied des falaises, il y a une autre baie dont la forme vue évoque un cœur. Eaux turquoises et petite chapelle blanche entourée de lauriers.
En découvrant ce panorama, on se dit qu’il faudra absolument y faire un tour avant de quitter Lindos.

Côté village, la vision est tout aussi admirable, un véritable point de vue aérien sur l’ensemble de la cité et ses coquettes maisons blanches. On repère facilement l’église et sa toiture de tuiles rouges. Parmi cet enchevêtrement de maisons, certaines apparaissent couvertes d’un toit terrasse, c’était celles qui appartenaient aux capitaines … Lindos fut un port commercial important très bien situé sur la voie maritime qui menait de l’Europe à l’Orient. Et depuis les terrasses les fameux capitaines de navires pouvaient observer le va et vient de leurs embarcations.

A l’époque, Lindos était la capitale de l’île de Rhodes et comptait près de 17 000 habitants donc bien plus que les 700 résidents actuels du village… mais ces habitants vous affirment avec fierté que Lindos est toujours la capitale de Rhodes … d’accord, mais une capitale touristique !
Du haut du belvédère que constituent ces remparts, on surplombe également la plage, minuscule, tout en bas. Une vue de plage qui ne peut donner que des envies de baignade … ma halte suivante, elle sera la bienvenue après la visite historique et culturelle du site.
En traversant à nouveau le village par des ruelles différentes, je longe quelques belles demeures et de nouvelles chapelles comme celle devant laquelle je passe maintenant, un dôme blanc et une vision typique de l’architecture religieuse des îles grecques, Dédiée à St Georges, elle date du 14 ème siècle.
Place aux plaisirs balnéaires, c’est aussi ça Lindos, le temps de piquer une tête dans des eaux cristallines et délicieuses à souhait … avec comme vision panoramique, l’inimitable vue de Lindos.

Direction maintenant vers la baie St Paul, celle que j’avais aperçue depuis la citadelle. Vue du sol elle est encore plus séduisante avec sa petite chapelle blanche adossée aux falaises. Une petite église et une baie qui doivent leur nom à l’apôtre Paul. L’histoire ou la légende évoquant le passage du religieux ici lors d’une halte qu’il fit sur l’île de Rhodes entre Ephèse et la Syrie.

De nos jours la chapelle fait le bonheur des jeunes mariés, les célébrations semblent s’enchaîner cet après-midi, le cadre idyllique est vraiment parfait pour une belle photo souvenir, foi d’amateur de photos !
A mesure que les heures s’écoulent, le flot des visiteurs « à la journée » se réduit … et Lindos de retrouver un certain calme et une authenticité qui convient si bien au lieu. Comme par enchantement la lumière déclinant à l’horizon pare le village d’une belle teinte dorée, à contempler sans modération.

Bien que Lindos soit très abrité de la mer, bien situé au fond de sa crique protectrice, tout son passé l’oriente vers le large … Histoire d’ancrer un peu plus à ma mémoire ce site à nulle autre pareil, c’est depuis la mer que je souhaite voir à nouveau Lindos.
Le bateau, "Capitaine Manolis" est prêt, nous sommes ce matin au bord de la plage de galets de Vlicha, à quelques encablures du village.

Le début de la navigation nous fait longer les austères parois rocheuses, un univers minéral animé par des oiseaux marins, classique, mais également par des chèvres, c’est plus original. Des caprins on ne peut plus agiles cheminant à flanc de falaises le long des strates des rochers, en voilà qui n’ont pas le vertige !
Ensuite, le regard est attiré par la vue de Lindos, encore et toujours, un point de vue qui vaut lui aussi le coup d’œil, fortifications perchées, village blanc et large premier plan bleu marine …

Une palette de bleus enrichie par la vision des eaux de la baie située un peu plus au sud du village. Les rayons de lumières, le reflet du ciel, la transparence de la mer, conjugués à la présence de fonds sablonneux donnent un résultat à couper le souffle : une teinte bleue irréelle, presque magique. Le grand bleu !

Teuf ! teuf ! teuf ! … le moteur du bateau ralenti, notre capitaine semble concentré et très attentif, nous nous faufilons parmi un corridor étroit de rochers acérés. Ces parois impressionnantes ont stimulé l’imagination des marins et notre capitaine de nous signaler le lion … Un félin sauvage dans les parages ? Non, pas exactement, mais un rocher dont la forme peut évoquer une tête de lion, pourquoi pas, sous un certain angle … le temps de presque retrouver un air de ressemblance et l’image disparaît … un lion éphémère, comme un mirage.

Le crépuscule réserve aussi au visiteur des visions éphémères et féeriques. Au moment où le bleu nuit envahi l’atmosphère, ce sont les lumières qui valorisent le panorama de Lindos.
Et pour y ajouter une touche originale et esthétique, (s’il en était vraiment besoin !), le photographe amateur que je suis, en jouant avec le diaphragme de mon appareil, fait scintiller de dizaines d’étoiles la baie et le village. N’appelle-t-on pas Lindos, la « Perle du sud » ? Une perle qui parfois étincelle !
LINDOS ÎLE DE RHODES (GRECE) Mai 2011Petits conseils : Pour éviter la foule des touristes qui débarque (en bateau et surtout en cars ou voitures !) pour une visite d’une journée … il est souhaitable d’arriver le matin avant 9 h. A savoir également, la visite de la Citadelle/Ruines antiques débute à 8h30 et ferme à 15 h. Ticket pour accéder au site : 6 €. En fin d’après-midi, la luminosité est très belle sur le village, point de vue splendide depuis la route qui mène vers la Baie St Paul. Excursion en bateau faite avec le "Capitaine Manolis" : départs quotidiens (Mai à Septembre) depuis la plage de Vlicha (baie à 3km au nord de Lindos), 25 €.

















