Retour à Seattle
Après nous être séchés et changés, nous quittons le port de Ketchikan dans l'après midi pour notre dernière et longue étape.
Nous parcourons d'abord un chenal étroit entre deux îles, toujours guidé par un pilote en proue du navire.

Nous pouvons contempler l'activité sur la rive ; le plus souvent, ce sont de gigantesques exploitations forestières, appartenant aux plus grands journaux de la planète, avides de pâte à papier.

Nous laissons à bâbord l'île Annette, puis, au large de Prince Rupert (que nous ne verrons pas), nous longeons à tribord la très grande Queen Charlotte Island.
Nous rejoindrons rapidement "nos appartements", afin de compenser la nuit précédente qui avait été très courte.
Au petit matin, alors que nos visites en Alaska sont terminées, >>>>>>
>>>>> la pluie cesse enfin 😠.
Nous avons passé une bonne nuit, bien au chaud dans notre cabine. Tandis que d'autres ont dû avoir nettement plus froid !

Le ferry arrête soudain ses machines. Une chaloupe est mise à la mer et rejoint le rivage, à Bella Bella en Colombie Britannique (proche de Bella Coola, que j'avais lors d'un précédent voyage envisagé de rejoindre. En effet les ours y sont très nombreux, et ces localités sont accessibles par terre, via une très longue piste. Mais je ne l'ai jamais faite). La chaloupe revient à bord un quart d'heure plus tard, sans que je ne puisse savoir ce qu'elle avait été faire à terre (distribution de courrier?)


Bella Bella dans la brume
Nous reprenons notre route. La pluie laisse place à des nappes de brouillard donnant à la région un aspect fantasmagorique,

… parfois, ce brouillard laisse entrevoir un magnifique navire de croisière filant vers l'Alaska.

Puis le ranger de service nous signale des orques à bâbord. Le temps de dégainer mon Panasonic et de tirer ...

si si, on voit (avec beaucoup d'imagination c'est vrai) quelque chose à l'extrême droite de la photo.
La journée se poursuit. Sur les rives, l'activité se maintient, les exploitations forestières se succèdent, laissant dans la forêt de larges coupes dénudées, très étendues. Des papeteries parmi les plus importantes du monde sont installées ici. Tout ça pour que vous puissiez trouver votre journal favori chaque matin.
Dans les salons d'observation à l'avant du navire, règne une animation bonne enfant. Les passagers discutent entre eux de manière détendue, comme s'ils se fréquentaient depuis toujours. Je fais la connaissance de Constantin, un Américain d'origine grecque, responsable des travaux de la ville d'Austin au Texas. Il a roulé sa bosse un peu partout dans le monde, y compris à Paris, et est très sympathique. Il voyage avec sa femme (qui s'est fait de nombreuses copines sur le bateau), et contrairement à la grande majorité de ses compatriotes, il n'a pas voulu visiter l'Alaska dorloté en paquebot de croisière, mais a préféré connaître quelque chose de plus authentique.
Ils alternent trajets en avion et trajets en ferry (ils ne font pas suivre de voiture).
Mais son grand regret me confie-t-il, c'est qu'il n'a jamais pu apercevoir un seul ours ! Là, je dois avouer que je n'ai pas su résister à la tentation. J'allume mon ordi, et lui montre mes photos d'ours d'un peu partout en Alaska et au Yukon, en particulier ceux de Katmai (Brooks River), et ceux d'Anan Creek. Il parait subjugué par chaque nouvelle vue. Il m'assure alors qu'il existe aux USA des concours de photographie, et il est persuadé qu'avec ces vues, je serai sûr de gagner.
Quand il a tout visionné,
... il appelle sa femme,
... qui appelle ensuite ses copines,
... qui appellent ensuite leurs maris,
... qui appellent ensuite leurs amis.
Tout ce petit monde, avec en prime le ranger de service qui s'est invité, visionnent avec avidité mes ours, mais ont de la peine à imaginer qu'un amateur (un étranger de surcroit) ait pu voir tout cela en un mois seulement ; et finalement ils me complimentent.
Sur la bateau, c'est mon heure de gloire (oui, je sais, la vanité est un vilain défaut, mais c'est si bon).
En milieu d'après midi, nous pénétrons dans le large chenal séparant le continent et l'île de Vancouver (cela sent vraiment le Sud et la fin du voyage 😕). Nous laissons Port Hardy sur notre droite.
Nous avons rendez-vous avec Constantin et son épouse qui ont réservé une table de quatre, pour un dernier diner ensemble, agrémenté d'un bon vin californien au restaurant du ferry (repas excellent, service classe, et le tout bon marché).
Beaucoup plus tard, alors que nous sommes sur le point de rejoindre notre cabine (il fait nuit depuis un bon moment), le bateau se faufile encore dans un chenal étroit (une centaine de mètres de large) entre des îles, puis soudain renouvelle la séquence du matin (arrêt, chaloupe à la mer, …), mais cette fois vers Campbell River, sur l'île de Vancouver (soit dit en passant, une autre région connue pour ses ours).
C'est une agglomération assez importante, on aperçoit des immeubles à étages éclairés et des hôtels.
Il est tout à fait invraisemblable qu'ici, à une portée d'avion de Vancouver, les gens comptent sur notre ferry pour le courrier.
Ces arrêts-surprises resteront donc une énigme pour moi.
Le lendemain matin, nous longeons la rive qui devient de plus en plus urbanisée, et à 8h précise arrivons à Bellingham, terme de notre trajet maritime. Il fait de nouveau très beau 😠.
La boucle est bouclée.
L'Alaska c'est bien fini, et nous avons le cœur lourd.
Il est difficile de réaliser que pour tous ces instants "nature" et sauvages que nous avons vécus, dans ces coins arriérés qui nous ont tant plu, c'est dans l'un des cinquante états des Etas-Unis que nous étions, l'un des pays les plus puissants et les plus développés au monde.
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Nous débarquons, retrouvons cette circulation, ces feux rouges, ces hypermarchés ou ces hôtels en grand nombre, ces stations d'essence rapprochées au prix à nouveau raisonnable (encore que…), ces américains obèses, ...
C'est triste à en pleurer 😐 !
Ceci étant, nous avons la journée devant nous. Car nous ne reprenons un avion à Seattle que ce soir à 19h (en fonçant nous pourrions être à l'aéroport en moins de deux heures).
Nous décidons donc d'aller nous promener sur le Mont Baker, une très belle montagne enneigée qui domine Bellingham comme le Mont Rainier domine Seattle.
En d'autres circonstances, nous aurions apprécié cette ballade de quelques heures : route scénique en forêt, belles chutes d'eau, et neige sur le haut (mais les pistes de ski sont fermées à cette période).
A midi, sur le chemin du retour, nous trouvons un joli petit lac enchâssé dans un cadre de montagnes, avec une table de picnic qui s'offre à nous. Nous nous attablons, mais dix minutes plus tard, depuis le chalet voisin qui se trouve de l'autre coté de la route, un américain un peu lourdaud (200 kg) enfourche un quad pétaradant pour parcourir les cinquante mètres qui nous séparent de lui. D'un air bourru il vient nous faire remarquer que la table de picnic est privée (ce n'est indiqué nulle part), et nous prie d'aller finir notre repas ailleurs. Décidemment, l'Alaska c'est bien loin !
Avec résignation, nous rendons la voiture à 16h. Elle a été notre fidèle compagnon sur plus de 10000 km de route ou de piste, et nous nous étions bien habitués à elle. Je lui souhaite de faire encore d'autres voyages du même type dans sa vie tumultueuse de location.
Notre pare-brise étoilé (souvenir de la route de Haines) ne fait l'objet d'aucune remarque de la part d'Hertz.
Nous rejoignons le terminal de Southwest Airlines, où dans l'attente du départ vers Las Vegas, je n'ai pas le coeur à profiter du WiFi gratuit.
Nous préférons, bien calés au fond de nos sièges, revivre en pensée les bons moments encore vivaces de ce voyage, et en repasser le film dans notre tête.
Séquence nostalgie.
Bien sûr j'ai pris un grand plaisir à revoir l'Alaska que je connaissais déjà (l'Alaska Highway et ses paysages somptueux, Skagway et le Chilkott, Dawson City, Top of the World Highway, Homer, Katmai et les ours de Brooks Falls, Kennicott et McCarthy, le survol du Kaskawulsh Glacier … et tant d'autres choses encore).
Mais j'ai encore bien plus apprécié l'Alaska que je ne connaissais pas, et que nous avons découvert cette année, l'Alaska Maritime, difficilement accessible.
C'est un pays différent, rude, mais de vérité, ou rien n'est surfait ; tout y est difficile, mais sain. C'est encore la nature qui commande. C'est un pays de courage et de valeurs humaines.
J'ajoute que cette appréciation s'applique également aux Amérindiens de là bas. Autant je suis gêné, pas en confiance avec les Indiens des "états du bas" (bien que ce soient nous les blancs qui les ayons réduits à cet état), autant les Indiens d'Alaska sont travailleurs, fiables, respectables et finalement respectés, et bien intégrés.
Parmi toutes ces villes ou ces villages de la côte, mes préférences vont à Juneau et sa vitalité, et à Wrangell et sa nature grandiose. Anan Creek et ses ours restera toujours pour moi un des plus mermeilleux endroits de la planète.
Je forme très fort le voeu de pouvoir y revenir un jour.
Enfin, je n'oublie pas les rencontres magnifiques que nous avons pu faire durant ce mois, depuis notre logeuse à Anchorage qui ne vivait que dans le souvenir des ours, jusqu'à Constantin notre ami gréco-américain du ferry, qui voulait tellement voir un ours, en passant par tant d'autres personnages originaux et fabuleux.
J'ai une pensée particulière pour les courageux Marie et Johann, qui sont encore là haut, sur les pistes en vélo, au milieu des ours ; pour eux la route jusqu'à la Terre de Feu est encore bien longue…
Enfin, je me suis régalé, et j'ai apprécié à sa juste valeur la fiabilité et la complémentarité efficace de notre équipage, indispensable pour que la réussite soit totale.
Un grand merci à Annie de m'avoir supporté, et d'avoir vécu avec moi ces moments fabuleux.
Je me remémore les derniers mots du journal de Christopher McCandless ("Into the Wild") :
"Hapiness is only real when shared"
"Le bonheur n'est réel que quand il est partagé"
LA SUITE DU CARNET (partie ARIZONA), C'EST ICI
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