Balade sud éthiopienne
by Krit
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Original post
Le voyage, tel que je l'imagine, est fait de rencontres, beaucoup, agréables... ou beaucoup moins; c'est le fondement même du voyage; ces rencontres sont une clé, un sésame, elles nous autorisent à déchiffrer de menus aspects de cette société qui nous est étrangère.
Les formes de voyage sont diverses, adaptables à toutes situations, à toutes les personnalités mais malgré les difficultés, les embûches, je n'envisage pas de changer la mienne, pour rien au monde.
Qu'ai-je de commun avec ces touristes, chaperonnés par un guide, assis confortablement au fond d'un 4x4 climatisé, peu de choses évidemment, ils effectuent un parcours, lisse, minuté, sans histoire... Je ne les envie pas. Nous visitons un même pays mais nous ne faisons, assurément pas, le même voyage.
"Une des conditions pour être libre, est de ne pas avoir peur" a dit... qu'il m'excuse, je ne m'en souviens pas...
A pieds, un sac trop lourd sur les épaules, dirigeons nous vers cette vallée du Rift, aux confins de l'Ethiopie et du Kenya et partons à la découverte d'un territoire ingrat, désolé, souvent agité; quittons au plus vite Omorate, cette petite ville glauque, ce repaire de brigands.
Les champs de sorgo sont déjà loin, la végétation est basse, propre à ce sol sablonneux peu propice à la culture. Les huttes sont rares, les vaches efflanquées et les chèvres gaillardes, il fait chaud.
L'entrée est étroite; faite de branches et de hautes herbes, il faut faire preuve de souplesse pour pénétrer dans cette petite habitation ronde. Une femme se tient là, deux jeunes garçons l'accompagnent. Ils sont nus. L'atmosphère est fraîche car le vent s'invite puis se brise dans ces branchages; docile, il devient un courant d'air bienfaisant; depuis l'éternité, ces peuples appliquent ces règles, maintenant bien connues, de la thermorégulation puis s'égarent au contact du monde moderne et ses toits de tôles. Nous buvons le café, décoction d'écorces, sans rapport avec le fameux grain, bien trop onéreux pour ces modestes agriculteurs. Un peu de lait ? Quelques minutes suffisent pour solliciter un trayon et me verser le liquide, onctueux, dans la calebasse qui me sert de verre.
Ici, pas un arbre, pas une herbe, les berges de l'Omo sont hautes, étrangement stériles, mes pas s'enfoncent profondément dans une terre souple. La pirogue, taillée dans la masse d'un tronc tourmenté, m'accueille tout d'abord; il faut s'asseoir sur le fond empli d'eau et parvenir à cet équilibre précaire et vital, mon sac est calé sur l'avant; aidé d'une longue perche, le piroguier se joue du courant et gagne l'autre rive.
Non loin de là, l'ombre d'un vieil arbre couché se propose, je m'asseois sur l'une de ses branches; la poitrine nue, un bidon d'eau sur la tête, trois jeunes filles s'invitent. Ce sont des Dassanech. Leur regard est craintif, elles m'observent, s'arrêtent, se rapprochent, s'interrogent sur mon sac, commentent mes faits et gestes mais restent à distance. Elles découvrent un farendji ...
Je suis devant, seul et avance d'un pas régulier, il n'y a pas de piste, c'est tout droit.
Je me retourne, personne... mon guide n'est plus là. Je fais demi-tour, longe la berge du fleuve et l'aperçois, il monte précipitamment dans une pirogue; le lâche, il m'abandonne...
Comment ai-je pu commettre cette erreur de béotien, de débutant ? La fatigue, le manque de sommeil, la soif intense ? Sous des prétextes alambiqués auxquels je ne comprenais rien, je lui ai remis la totalité de la somme convenue, pour me mener à la frontière du Kenya. Grave erreur, je le conçois, cela ne me ressemble pas...
Je me méfiais de cet homme; précédemment, je lui avais offert l'opportunité de jeter un bref regard sur mon couteau, grand ouvert, placé dans ma sacoche devant moi et immédiatement accessible.
Je voue ce pseudo-guide aux enfers, oublions le, je n'ai plus besoin de lui, même si j'ignore où se situe cette frontière, ce pays, le Kenya. Allons, je suis libre !
Un Dassanech me rejoint, puis deux, puis trois, plus jeunes. Ils ont compris la situation, interprété mes noms d'oiseaux; ils m'interrogent... Kenya ! Uhhhhh ! fait l'un d'eux, en me désignant le sud, au pied des montagnes... C'est loin !
Mon sac me semble pesant, mes épaules, mon mollet droit me font souffrir; j'ai une tendre pensée pour Jean Pierre, grand skieur, qui un jour, a découvert qu'il s'arrêtait plus vite en me plantant violemment, la pointe de son ski dans le mollet; nerfs, vaisseaux sectionnés, hématome, mon mollet ne retrouvera plus jamais, son galbe magnifique de jadis et il me fait mal...
Depuis la nuit des temps, ces peuples marchent, ils n'ont guère le choix; seuls, de rares véhicules de l'armée éthiopienne, ici, s'aventurent. A l'image de tous ces peuples de la vallée de l'Omo, le Dassanech est grand, fin, léger, taillé pour engloutir les kilomètres; le rythme me convient.
Le fusil ou le fouet en travers des épaules, ce guerrier ne se sépare jamais de son siège qui fait également office de repose-tête, il boit peu, rarement; il se fond dans son milieu, parfaitement adapté. Je le suis beaucoup moins, la température avoisine les quarante degrés, mon sac avoue seize kilos, peut-être plus, je n'ai plus d'eau, plus de salive, il faut m'arrêter. Je crois voir là-bas, au loin, un toit de tôle, blanc sous le soleil, j'hallucine... Non, c'est une école posée au milieu du sable, près d'un village Dassanech. L'accueil est chaleureux, nul ne s'étonne de me voir là.
L'eau du fleuve est rouge, chargée de latérite, au fort goût de terre, c'est l'eau de boisson. Je redécouvre les vertus de la précipitation. Versons l'eau dans un récipient suffisamment large, créons un tourbillon et, une quinzaine de minutes plus tard, observons le résultat... L'eau est claire, les particules de terre, plus lourdes, se sont déposées au fond du récipient; c'est bien meilleur, j'engloutis des litres, préalablement traités par mon désinfectant.
La nuit est chaude, trop chaude, peu récupératrice, ce toit de tôle est une étuve, je suis assoiffé.
Tôt, à l'aube, je reprends la route; agrémentée d'une brise légère, la température me semble agréable, je ne marcherai que la matinée, je suis seul, étrangement.
La chaleur s'accroît, je tempère mon rythme et comme tous les jours, un vent d'est s'élève, forcit puis devient violent. Ce vent me consume. L'horizon s'obscurcit, se teinte de brun; en quelques instants, les tourbillons de terre et de sable m'enveloppent.
Un village se découvre, les huttes faites de bric et de broc, se serrent les unes contre les autres, les habitants sont rares. Les hommes se tiennent là, plus loin, assemblés sous un abri de branches; je demande l'autorisation de poser mon sac, je m'allonge, le fil de la conversation m'échappe; sous la seule ombre protectrice de toute la région, je suis bien, je m'endors...
Devant un bâtiment, des hommes en armes s'agitent; cette fois, c'est sûr, je suis à la frontière, enfin. Ils ne sont pas menaçant, l'accueil est sympathique mais ils sont Éthiopiens...
Le Kenya ? C'est là, devant, à sept kilomètres...
Je m'installe dans une petite pièce vide, un policier me propose une grande natte, je m'étends.
Nus, ils se chamaillent dans le sable, se bousculent à ma porte; prestement, sous la menace du fouet, les inévitables et envahissants petits garçons s'égaillent puis inlassablement reviennent; mes socquettes font grande impression.
Vers la dixième année, un court pagne couvrira leurs hanches, certains hériteront d'un fouet, ils conduisent les troupeaux. Curieusement, dès le plus jeune âge, les filles recouvrent le bas du corps et exhiberont, durant toute leur existence, une poitrine dénudée. Ces seins sont généralement superbes... éphémère beauté.
Dans ces sociétés, le sein se confine à sa vertu cardinale, à sa fonction biologique, l'alimentation du nouveau-né, du jeune enfant; il reste totalement en dehors du jeu de la séduction, de l'érotisme.
Assis au milieu de ces hommes, j'ai conscience de vivre des moments privilégiés, peut-être la fin d'une époque; cousue sur des cheveux ras, l'un d'eux porte une pièce de cuir, ornée d'une plume. Je ne prends aucune photo, inexplicablement. Peu perméables aux influences extérieures, ces tribus parviennent à préserver leurs structures sociales, leurs traditions; aux abords des petites villes, au carrefour des deux univers, ces valeurs sont en danger et l'alcool devient un refuge.
En période sèche, les pâturages se font rares, précieux et sont, souvent, l'objet de litiges avec les Turkana, leurs voisins, au Kenya; ces Dassanech sont belliqueux, ils ont, il y a peu de jours, opéré un coup de main sur un village, proche d'une vingtaine de kilomètres, incendié des cases, tué des Turkana et récupéré du bétail.
La riposte des adversaires est, bien sûr, redoutée; toute la nuit, les policiers sont sur le qui-vive, le combat n'aura pas lieu, demain peut-être... L'autre bataille, celle de toutes les nuits, de toute une vie, est impitoyable, exténuante, parfois mortelle; il faut contenir un autre ennemi, féroce, les milliers de moustiques.
Pour accomplir les derniers kilomètres, le responsable des policiers veut m'imposer une escorte, quatre hommes. Je refuse. Dans ce désert, en plein jour, qu'ai-je à craindre de ses habitants ? Ma silhouette, courte, pataude, reconnaissable de loin, très loin, ne peu prêter à confusion.
Lesté d'un peu de boue rouge en guise de petit-déjeuner, je me mets en route, les petits bergers sont déjà à l'œuvre, ils me saluent. Les Kenyans vont-ils m'accepter ? j'envisage une seule réponse... Il n'existe cependant pas de bureau d'immigration...
Salut, comment vas-tu ? Bienvenue chez les Spécial Forces, nous allons te conduire au poste de police puis au village...
Je suis surpris, les habitants s'expriment en Swahili, tous, c'est la langue véhiculaire du Kenya.
Mon nom est désormais, Mzungu, le blanc.
Hakuna matata. La vie est belle !
christian,
Je semble lire Jacques Lanzmann!!! Bien écrit, plein d'anecdotes vécues (ou inventées). Fais comme lui, écris dans Rando magazine!!! Car il était un merveilleux narrateur enjoliveur.

A Shahara en 1986 avec Lanzmann qui a raconté une "montée épique" dans Rando magazine qui lui avait payé le voyage !!!! Nous étions montés en pick up Toyota......
Tes formules à l'emporte pièce n'apportent rien: j'ai fait le même voyage que toi et j'en ai ramené les mêmes images: et oui, c'était en famille avec un guide et un 4X4
Dans une case banna
-Key Afer
omoraté
Omoraté

A Shahara en 1986 avec Lanzmann qui a raconté une "montée épique" dans Rando magazine qui lui avait payé le voyage !!!! Nous étions montés en pick up Toyota......Tes formules à l'emporte pièce n'apportent rien: j'ai fait le même voyage que toi et j'en ai ramené les mêmes images: et oui, c'était en famille avec un guide et un 4X4
Dans une case banna
-Key Afer
omoraté
Omoraté😉 Bonsoir ,
Meme language que Doumechris ...
Vraie où racontée cette aventure ne me tente pas : trop de dangers , trop d'inconfort pour le mème résultaten septembre 2006 avec un jeune guide hammer rencontré à Turmi , certes payé pour son travail , mais qui lui ne m'a pas abandonné de l'autre coté du fleuve Omo
Ta description des Dasanetch est bien réelle coté pauvreté et conditions de vie ... mais c'est un peuple qui n'a pas d'état d' ame pour un" farenji" perdu de ce coté du fleuve Omo infesté de moustiques pas sympatiques ( fièvre jaune , malaria)
Beaucoup de prises de risques pour ton aventure sud éthiopienne J espère que tu as une bonne assistance pour la suite 😛
bon vent ...
Meme language que Doumechris ...
Vraie où racontée cette aventure ne me tente pas : trop de dangers , trop d'inconfort pour le mème résultaten septembre 2006 avec un jeune guide hammer rencontré à Turmi , certes payé pour son travail , mais qui lui ne m'a pas abandonné de l'autre coté du fleuve Omo
Ta description des Dasanetch est bien réelle coté pauvreté et conditions de vie ... mais c'est un peuple qui n'a pas d'état d' ame pour un" farenji" perdu de ce coté du fleuve Omo infesté de moustiques pas sympatiques ( fièvre jaune , malaria)
Beaucoup de prises de risques pour ton aventure sud éthiopienne J espère que tu as une bonne assistance pour la suite 😛
bon vent ...
chris06
Bonjour
Pour ma part, j ai bien aimé votre récit de cette pérégrination même si il manque un peu de précision dans la chronologie, les détails pratiques... Ca me plait bien alors que les bouquins de Lanzmann, comme ceux de trop de ce genre d'explorateur/journaliste/écrivain/aventuriers récents, bien au contraire ne sont pas ma tasse de thé, trop de mytho et d'enluminures ajoutés pour plaire et s offrir un espace médiatique. Car je vais faire mon vieux c... mais par exemple Leiris et son périple africain avec Griaule, cela donne tt de meme d autres bouquins que Lanzmann, des bouquins ou l écrivain ne se met pas en scène et fait meme part de ses travers ne montrant pas qu'un jour favorable. On sent le vécu.
Bref récit intéressant, c est bien écrit et rien qui ne permette de dire que cela n a pas été vécu.
Sinon chacun sa façon de voyager. Pour ma part, j alterne et c est cela que j aime bien.
En ts les cas et c est le ppal, belles photos et beau texte.
Bref récit intéressant, c est bien écrit et rien qui ne permette de dire que cela n a pas été vécu.
Sinon chacun sa façon de voyager. Pour ma part, j alterne et c est cela que j aime bien.
En ts les cas et c est le ppal, belles photos et beau texte.
Qui êtes-vous, pour vous permettre de douter de la véracité d'un texte dont vous ignorez tout?
Je ne sais... peu importe; mensonge, fabulation sont des vertus qui ne m'appartiennent pas, je les laisse à d'autres... seuls les frustrés, les envieux, les étroits d'esprit sont en mesure d'émettre ce genre de propos.
Sur ces forums, d'aucuns s'érigent en expert, s'imaginent être investis d'une mission de censure et ne semblent exister qu'au travers de ces pages. Consternant.
Moi, je me réalise en voyageant, beaucoup, toute l'année avec de courtes interruptions; évidemment, cela ne me donne aucune légitimité supplémentaire.
Qui je suis, un touriste lambda qui a fait quasiment le même voyage que vous et qui en a retiré beaucoup d'enseignement et vu pas mal de choses et de personnes: entouré de locaux et souvent de 2 traducteurs, j'ai pu certainement m'approcher au plus près de la population. Je ne serais pas de moi-même introduit dans des cases Banna, Hamer, Arboré, Dorze, Dassanetch si je n'avais été accompagné. je n'aurais pas passé une heure avec le "roi de Konso".
"Qu'ai-je de commun avec ces touristes, chaperonnés par un guide, assis confortablement au fond d'un 4x4 climatisé, peu de choses évidemment, ils effectuent un parcours, lisse, minuté, sans histoire... Je ne les envie pas. Nous visitons un même pays mais nous ne faisons, assurément pas, le même voyage." Tout cela pour dire que ce n'est pas parce que l'on voyage en 4X4 que l'on est nul !!!! Vous avez aussi de la chance de pouvoir glander aux 4 coins du monde, ce qui n'est pas permis à tout le monde. Votre manière de parler est incorrecte vis-à-vis de la majorité de la population. Moi même, je suis un privilégié car je peux voyager. Je m'amuse à relire votre texte et je m'aperçois que vous vous érigez en expert lorsque vous dites :"quittons au plus vite Omorate, cette petite ville glauque, ce repaire de brigands."Qu'en savez vous? Une impression, je suppose. C'est avec ce type de phrase que m'avait abordé Lanzman dans un boui boui du fin fond du Yémen!!! il savait tout en 5 mn de la situation du village!!!!
"Qu'ai-je de commun avec ces touristes, chaperonnés par un guide, assis confortablement au fond d'un 4x4 climatisé, peu de choses évidemment, ils effectuent un parcours, lisse, minuté, sans histoire... Je ne les envie pas. Nous visitons un même pays mais nous ne faisons, assurément pas, le même voyage." Tout cela pour dire que ce n'est pas parce que l'on voyage en 4X4 que l'on est nul !!!! Vous avez aussi de la chance de pouvoir glander aux 4 coins du monde, ce qui n'est pas permis à tout le monde. Votre manière de parler est incorrecte vis-à-vis de la majorité de la population. Moi même, je suis un privilégié car je peux voyager. Je m'amuse à relire votre texte et je m'aperçois que vous vous érigez en expert lorsque vous dites :"quittons au plus vite Omorate, cette petite ville glauque, ce repaire de brigands."Qu'en savez vous? Une impression, je suppose. C'est avec ce type de phrase que m'avait abordé Lanzman dans un boui boui du fin fond du Yémen!!! il savait tout en 5 mn de la situation du village!!!!
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