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Problème pour Antelope Canyon et Arches National Park (Ouest américain)
by Yoy · 2011-10-12 · 173 replies
Salut les Amis,

Je suis avec mon pere, nous sommes actuellement au Grand Canyon, et nous allons faire les Parc de l'Ouest. Nous sommes arrivé hier depuis Vegas.

J'ai deux questions: - Est ce que le parc de l'Arche est une obligation car cela nous amenes à faire 6h de route aller plus 6h retour. Donc est ce que ce Parc est un incontournable? - Et LA GROSSE QUESTION: Nous avons envie d'aller à ANTELOPE CANYON mais on arrive pas à voir comment faire? Et ou il se trouve. J'ai vu des images, mais j'arrive pas a le localiser sur des cartes! Il est pret de quel parc? Comment y aller?

1000 merci Yohann
Sept semaines en Australie sans prendre l'avion
by Orionide · 2011-09-18 · 111 replies
bonjour,

Nous sommes une famille de 4 et désirons visiter l'Australie l'été prochain (juillet-août 2012). Vu les prix d'avion nous aterrirons à Sydney où on compte rester 3-4 jours puis de cette ville faire le grand tour Sydney-Townsville-tennant creek-Port Augusta-Sydney. les prix des vols intérieurs étant chers (surtout à 4: enfants de plus de 12 ans) et ayant du mou en temps est-ce réalisable selon vous en tenant compe bien sûr qu'on est prêts à faire quelques journées de route entière mais aussi se poser à différents endroits. Cela pourrait donner: Sydney-Townsville en 17 jours (inclus la visite de Sydney). La route Townsville-Tennant Creek en 6 jours (300 bornes par jour) Tennant creek-Port Augusta en 17 jours Et enfin Port Augusta -Sydney en une semaine. Qu'en pensez-vous ? Où vais-je vraiment trop vite ? Merci pour vos futurs éclaircissements.
Pourquoi peu de cyclos en Afrique?
by Coulonneux42 · 2010-01-18 · 36 replies
bonjour, nous pouvons constater que beaucoup de cyclos qui font des TDM , passent rarement par l'Afrique; il y en a quelques uns, mais très rares; d'ailleurs au festival CCI, on n'a pas vu de projections sur les cyclos en Afrique; à votre avis, pourquoi l'Afrique est-elle zappée? sécurité? climat? les routes? merci pour vos avis et bon aprem
Enseignant contractuel en Guyane
by Fanchdrennes · 2009-01-27 · 11 replies
Bonjour! Je possède une licence de physique chimie et je prepare actuellement le capes.. Si je ne l'ai pas cette année, j'envisage d'aller enseigner en Guyane en tant que contractuel. (si il y a des postes) J'ai envi de decouvrir une autre culture et de m'investir aupres de jeunes qui en ont besoin. Est ce que quelqu'un exerçant en Guyane en tant que contractuel (ou pas), pourrait me donner des renseignements sur les conditions de vie la bas. reconduire un contrat est il aisé? peut on esperer avoir un logement attribué, reservé dans les zones reculées? Comment ça se passe dans l'ouest guyanais, près du Fleuve Maroni (ou je crois que beaucoup de contractuels sont affectés) Les conditions de travail et de vie y sont assez difficile, non? Il y a t il des difficultés au niveau de la langue? Y a t il une bonne solidarité (ambiance) entre les enseignants la bas? Est ce qu'un enseignant en physique chimie pourrait me donner des infos relatives a la matiere (materiel suffisant, effectifs en filieres scientifiques, etc..)

Musicalement ça bouge? Y a t il des festivals de zic, des salle de concert? des sounds systems? il me semble que le style musical qui predomine est le reggae, y a t il une scene hip hop? Electro? ... rock? est il possible de faire de belles randonnées en vélo? en moto? Le nord du Brésil, quelqu'un a deja tenter? impressions? est ce que l'humidité attaque le matos electronique.. les moustiques dorment ils la nuit? les jaguars sont ils vos amis? L'accès adsl est il limité aux zones cotières?

Merci beaucoup pour toutes les informations que vous pourrez mz transmettre. Big up!!🙂
Voyage de noces à Bali/Lombok: hôtels et visites
by Sebooz · 2007-11-07 · 27 replies
Bonjour a tous, c est en cherchant des sites sympas avec des infos sur l indonésie que je suis tombé sur votre forum .C est donc mon premier post ici et j espere que vous pourrez m aiguiller dans l elaboration de mon voyage de noces . Voila, je me maries fin juillet 2008 et nous prévoyons d enchainer sur le voyage de noce en aout 2008 . Nous avons choisi l indonésie et plus particulierement Bali / Lombok car nous voulons passer pas mal de tps a profiter du climat, mais a l inverse de la polynésie / maldives / maurice il semble y avoir bcp + de choses a decouvrir (donc pas le tps de s ennuyer) et surtout la vie sur place sera sans doute moins cher - c est quand meme plus agréable en voyage de noce de pouvoir faire sans (trop) compter plutot que de payer le voyage 10K€ et de devoir rajouter 4-5K€ rien que pour les resto (cf polynésie / seychelles et cie ) et ainsi se permettre de profiter des spa et toutes autres activitées proposées 🙂 Comme c est un voyage de noce, nous comptons quand meme mettre le paquet et descendre dans des hotels luxueux . Cependant j ai un peu peur en voyant certains commentaires sur d autres posts au sujet de mes pré-choix 🏴‍☠️

Pour l instant je prévoierai de faire 3 étapes principales : 4-5 premiers jours : hotel de tres grand luxe (avec piscine privative, salle de bain extérieure etc ... ) pour roucouler / récupérer du voyage ( qui doit etre pénible je n ai encore jms pris l avion aussi longtemps ) avant d attaquer la partie 2 plus axée visite . Je pensais m orienter vers un hotel 5 étoiles pour ces premiers jours et sortir peu pour visiter (juste en fesant quelques excursions ponctuelles ) dans les parages d ubud afin de pouvoir faire quelques sorties en ville . puis enchainer sur de la visite pure 5-6 jours ( est ce suffisant pour voir ce qu il faut absolument voir ? ) . Et réserver des hotels de standing a exellent rapport qualité / prix . C est surtout pour cette partie la que j aurais besoin de votre aide : quelles sont les choses les plus interessantes a voir ? Guide parlant francais + chauffeur + voiture (j ai lu que certains guide conduisent aussi leur voiture ce qui m interesse) combien ca coute pour 5-6 jours / faut il leur louer chambre a l hotel etc... ? hotels originaux que vous avez déniché ? Excursions originales envisageable ( une agence de voyage propose par ex decouverte d un endroit en rafting / des ballades a dos d éléphant / etc ... ) ? puis enchainer sur Lombok afin de profiter des plages 5-6 jours ( de ce que j ai lu, c est la bas qu il y a les plus belles plages : ai je raison ? ) logé dans un hotel de grand luxe ( j avais pensé par exemple au oberoi lombok en villa avec piscine privée ) pour roucouler / se détendre / faire un peu de plongée / une ou deux sorties pour découvrir lombok .

Si j ai besoin de résumer je dirai que je cherche principalement quelques conseils pour la partie visite de mon voyage de noces . Bon voila, comme d habitude j écris, j écris, je ne m arrete plus ... j espere ne pas avoir été trop long merci a ceux qui m ont lu et re-merci a ceux qui me répondront 🙂
Perte de bagages sur British Airways!
by AdrienL · 2006-08-29 · 101 replies
Bonjour a tous,

J'ai un gros probleme en ce moment, j'ai perdu mon sac.

Je suis revenu de trois semaines de vacances en Ecosse, où j'ai parcouru le pays à pied et en stop. Samedi 26 août, je décole de Glasgow direction l'aéroport de London Prestwick. Arrivé a Londres, je récupere mon sac, prend un bus pour l'aéroport de London Heathrow, redonne mon sac a l'enregistrement et je décole pour Roissy CDG. Arrivé a Roissy, aucun sac sur le tapis roulant !

J'informe aussitot la compagnie qui enregistre le retard de bagage. L'hotesse me dit que je serais livré a domicile des qu'ils auraient mis la main sur mon sac.

Le probleme c'est qu'avec la restriction de bagage a main, je n'ai ni clé d'apart, ni portable, et c'est mon frère qui me loge et me prète des fringues pour aller au bouleau en attendant de retrouver mon bien.

Mais le probleme le plus grave, c'est que dans mon sac, il y a mon appareil photo avec toutes mes photos d'Ecosse, ainsi que tous les souvenirs que j'ai ramenés de la bas.

Ce soir ca fera trois jours que mon sac a disparu, que vas t'il se passé, faut t'il porté plaintes contre British Airways.

Je vous en pris aidez moi a finir mon voyage en beauté.

Adrien.
Uganda: 20 days discovering authenticity
by 27fifi · 2019-12-15 · 178 replies
Preamble:

For summer 2019, the idea was to return to Africa. We had already been to Namibia in 2017 (+ a few days in Botswana and the end of the trip at Victoria Falls), which we loved, and a trip to Asia in 2018 (Borneo, Perhentian, and Singapore), a nature-focused trip but a bit disappointing due to environmental destruction. The desire to return to Africa was very strong. We wanted a change of scenery, nature, discoveries, to step out of our little comfort zone (a bit, anyway!) and experience travel differently. In short, we dreamed of authenticity, and we weren’t disappointed.

We traveled as a family of four with our daughters, aged 19 and 17. When the urge for Africa hit, Uganda quickly stood out, especially for the chance to see rare animals, particularly the famous mountain gorillas. When I looked into the budget, I was quickly disheartened. It’s really expensive. Too expensive… Then, after reading a few trip reports on "VoyageForum" (thanks Muriel J!), I decided to ask a local agency for a quote. The first contact was very friendly and responsive, and the initial offer for two weeks fit our budget :). A few images gathered from the internet (especially Sipi Falls) finally convinced us all. I asked for an adapted offer with a few more sites to extend the trip to three weeks and cover a fairly complete visit to the country (which, of course, increased the budget! To stay within an acceptable range, we prioritized activities over accommodations and regularly chose the cheapest options, with 2-3 nice lodges in between). It’s booked! We were in October 2018, and the first thing to do was reserve permits to see the gorillas and chimpanzees. Then, the agency took care of all the bookings except for the international flights, which we booked with Ethiopian Airlines. A few months of waiting to look forward to… and a little worry too! Two events didn’t reassure us: the kidnapping of an American tourist by four men at the DRC border and the Ebola outbreak in Congo, with confirmed cases in Uganda by mid-June…

Here we are in July, and departure is approaching. The suitcases are packed (warm clothes, long, short, dark, light, practical, sun, rain, hiking/trekking shoes, flip-flops—clothes for every situation! Don’t forget: headlamp (essential!), binoculars, cameras), and we’re ready.

One day before departure, our agency Mpolampola, through its manager Paul, informs us that he won’t be the one taking care of us during the trip but another guide named Moses. He has a big problem with a vehicle and can’t do otherwise. For us, as long as everything is okay, no worries, especially since I had read glowing reviews about Moses, who turned out to be a very pleasant guide, cautious (most important) on the road, clear about all the activities, and an expert on birds, his specialty. We briefly met Paul in the middle of the trip, who is also very friendly. In short, we 100% recommend this agency. Flights to Entebbe went smoothly; we arrived around 10:30 AM, filled out health forms (Ebola information signs everywhere), visas, baggage claim, and met Moses, who took us directly to the vehicle. It was in pretty good condition with huge tires (we’d understand why later!), but it had quite a few miles (400,000 on the odometer!). Just missing a seatbelt… Okay, it’s Africa!

Now, here’s our day-by-day itinerary, which I’ll summarize briefly with ratings for each activity: ****TOPISSIME (Amazing) ***Very good **Good *Meh

Day 1) Departure from the airport at 11:45 AM for some currency exchange. Stop along the way at the equator for a meal and souvenir photo! Arrival at Lake Mburo Park *** around 5:00 PM. Even before entering the park, we saw lots of antelopes, zebras, elks, etc.—it’s magnificent. On the way, we had already encountered many goats and cows, and we were impressed by their enormous horns. We enjoyed a nice game drive until about 7:00 PM, when we reached our lodge, one of the nicest of the trip, Eagle’s Nest ****, with a magnificent view, a tent with a nice bathroom/shower, and a very good meal.

Day 2) Departure at 7:00 AM for a game drive; we encountered many animals again, especially antelopes, zebras, and birds. There are no giraffes, lions, or cheetahs in this park. We didn’t get lucky enough to see a leopard… :-) Then, we continued to Lake Bunyonyi ***, where the road and views are very beautiful, but we were shocked to see locals (mostly women and children) breaking stones by hand on the mountainside in very precarious safety conditions. There are regularly dramatic accidents because, over time, entire sections detach and cause landslides. These stones are then used for road construction… Another world… This was the only place we saw this. Lake Bunyonyi is a nice stop (but less exotic in our opinion since we have many lakes back home too!). We took a boat to our accommodation, Byoona Amagara ***, which has a lot of charm. We stayed in huts called "geodomes," completely open to nature, so it was very cool at night. To reach the toilets located below, you had to be brave! The meal consisted of lake shrimp—good but a bit bland.

Day 3) After a good breakfast, departure at 9:00 AM to visit three islands. We took several nice walks with beautiful views of the lake and islands. A local meal was served on the last island. At 1:00 PM, we met Moses for the rest of the program and headed to Ruhija in Bwindi Forest****. The landscapes are breathtaking. After two hours of driving and many photo stops, we arrived at our accommodation near the trekking starting point, Ruhija Gorilla Friends Resort **. We stayed in a room instead of the initially planned tents, which was just as well because there was a lot of wind during the night. We still had time for an activity and decided to meet the Bwata pygmies despite the bad reviews in the guide… The first part of the visit was quite nice, with a visit to a school where the children gave us a very joyful welcome. We had a great time listening to them sing and dance! Then we met the Bwata pygmies who live on the edge of the forest. When Bwindi Forest was declared a national park, they had to leave their habitat because their activities weren’t compatible with nature and wildlife protection. We left on a somewhat sad note… The visit ended with a local doctor explaining different medicinal plants, and we watched the making of local beer from sorghum. Good meal. We had butterflies in our stomachs—tomorrow was a big day! I admit I was a bit stressed, not entirely confident in my physical abilities…

Day 4) After a short night due to excitement, breakfast, and departure at 7:30 AM. First, it started calmly with singing and dancing. Then, a 15-minute briefing and group assignments. No one asked if we had any physical problems or anything (when booking, I had inquired a bit, and they told me groups were assigned based on physical abilities). We were assigned to the Mukiza group. At first, I was pretty happy—it was a fairly large group with babies :). The ranger explained that for now, they didn’t know where the gorillas were… the trackers couldn’t find them… Oh… (that’s not a good sign!!!) We set off at a good pace, first on a reasonably sloped path. We were accompanied by a family of four Italians and five porters (four for us!). After an hour, the ranger stopped us and informed us they still couldn’t find them—they had fought with another group the day before and scattered throughout the forest, so they were very far away, and we needed to move faster… Hmm… we picked up the pace (we weren’t going slowly before!!!) and walked for another good hour—down, up, down again, up again, we kept going, but always more or less on paths. Then another stop. A 10-minute break waiting for news. The news wasn’t very precise, it seemed! The ranger decided to cut through the forest—machetes were used to clear the path. We descended unimaginable slopes, then climbed back up. Our stick kept getting stuck; luckily, our porter helped us, held our hands, and the terrain was vertical! An hour later, another stop: we heard gorilla cries (yay!!!). False hope—we waited again for news from the trackers, who informed our ranger that it was a non-habituated family, so we couldn’t see them. Cold shower—we had to go all the way back up and return to the starting point to maybe see another group. But time was running out… We arrived around 1:30 PM; all the other groups had already left long ago. Our guide was worried because we still had a long drive ahead. We quickly ate a banana, and off we went for another trek (I was exhausted!). Luckily, this group was close—about 45 minutes of steep descent (I was already thinking about the climb back and considering being adopted by a gorilla ). The forest was sublime, with magnificent tree ferns—the place was truly splendid. Finally, we were there. The porters stayed behind, we grabbed our cameras, and followed the ranger. The progress wasn’t easy, but suddenly, a female was in front of us, curled up in a little ball, eating—so cute. The emotion overwhelmed us. But she moved away—it’s hard to observe them; they move constantly, and the terrain is very steep and uneven. We saw a female descending from a tree with a baby on her back—too adorable. Then, here was the silverback, enormous, incredible, yet so calm and peaceful. He ate quietly and gave us a nice demonstration of nostril exploration! We could observe them for a good hour, but photographing them wasn’t easy because they kept moving, and we could barely stand! Toward the end, a large male (black back) suddenly stood up and decided to pass right where I was! I ended up in the bushes, and the male passed in front of me just a few centimeters away (he stepped on one of my daughters’ feet!) followed by the whole family. Just an exceptional moment. It was time to leave; we had to climb back up. I dreaded it because, I admit, I was exhausted. We finished the hike after 4:00 PM, exhausted but happy. The ranger gave us diplomas, and we didn’t linger because we still had a long drive—we needed to reach Ishasha before nightfall. Our guide was a bit stressed. If we were to do it again, we’d spend an extra night in Bwindi. However, it seems finishing so late is exceptional—it never happens, according to our guide! The road between Bwindi and Ishasha is sublime, with extraordinary landscapes, and despite the late hour, we regularly asked our guide to stop for photos. We arrived at Enjojo *** Lodge around 6:00 PM. The huts are located quite far from the reception and the bathrooms, a bit far from the huts, but otherwise, it was very nice.

Day 5) Departure at 8:00 AM after a good breakfast with the hope of seeing tree-climbing lions (no luck!). Overall, there weren’t many animals, and we arrived around 12:45 PM at our next stop, Parkview Safari Lodge ****, with a magnificent view, a beautiful family bungalow, and a good meal. We enjoyed a short relaxation by the lovely pool. At 4:00 PM, we left to see Kyambura Gorge *** and hike there. Unfortunately, this activity is no longer available, so we walked around the area—it was very beautiful. Back at the hotel, a little rest after the previous day wasn’t a bad idea! Reading, swimming, meals, and dances made the end of the day enjoyable.

Day 6) Departure at 6:30 AM—one of our daughters was sick (stomachache, cold sweats…). Safari in Queen Elizabeth ** (Kaseny Plains)—a bit disappointing. Stop by the salt lake with a nice view. A small market, but we weren’t thrilled by the crafts (overall, apart from some beautiful baskets/plates, there wasn’t much, and the wooden objects were, in our opinion, much less pretty than in Namibia). Then we took the crater road (27 km long) **** with magnificent landscapes. However, you absolutely must close the windows because it’s infested with tsetse flies. At noon, we arrived at Mweya, where we stayed in basic rooms, but the restaurant was well-placed with a beautiful view of the Kazinga Channel. At 2:00 PM, we enjoyed a magnificent cruise **** on the channel. Elephants, antelopes, crocodiles, hippos (including adorable babies), buffaloes, all kinds of birds. Wow!!! Two hours of pure bliss. Quiet end of the day playing cards with a view of the channel and elephants.

Day 7) Departure at 6:00 AM—still sick, we weren’t sure if it was due to the preventive treatment (Malarone) or something else… Another game drive in Queen Elizabeth (Kaseny Plains) and breakfast by the salt lake. Overall, we were a bit disappointed by this park. Then we took the road to Crater Lakes***, again with very beautiful landscapes. A hike of about an hour and a half allowed us to discover these beautiful crater lakes (the water mainly comes from the Rwenzoris). We crossed pretty villages and had nice encounters. End of the day at Tinka’s Home ****, with a family. We loved this place—very welcoming, where we took a cooking class with our hosts. A really great time. After the meal, we enjoyed African stories and dances. Really awesome.

Day 8) Departure at 7:30 AM for another highly anticipated discovery—the chimpanzees in Kibale Forest ****. We went to the meeting point and were split into groups of six, each with a guide. We saw three different groups, and for the last group, we followed a chimpanzee (slightly more comfortable running in the forest than we were!) that led us to the group. Their cries are very impressive, and we could observe them well, even though they were often high up in the trees. We were lucky enough to see two on the ground, very close to us. It was magnificent. End of the encounter and return to the starting point—it was noon. We went back to Tinka’s Home for the meal (delicious!). At 2:00 PM, we hiked in Bigodi Swamp ***, a marsh surrounded by beautiful vegetation, especially huge papyrus, and inhabited by many birds and monkeys. We saw, among others, black-and-white colobus monkeys, red colobus monkeys, and vervet monkeys. We also visited a basket-weaving workshop where we bought two beautiful baskets. Then a short stop in Fort Portal, where we stayed for two nights at Ruwenzori View Guesthouse ***, a nice place with a family room and very good communal meals.

Day 9) Departure at 8:00 AM for a hike in the Rwenzori****—it was a bit chaotic today. First, we had to exchange shillings because we wouldn’t have another chance in the following days. At the bank, employees went to get the bills by motorcycle from other buildings—it was quite surreal! And it took time! Then there was a misunderstanding between the organizer and me… I really wanted to see the region where chameleons are found in the Rwenzori—this region is south of the mountain range, and we were in the north! Anyway, the program included an ascent in the northern part with a positive elevation gain of over 1,500 meters… Talking to the guide scheduled for this hike (Noah), we explained that we really wanted to discover the vegetation and these famous chameleons, not necessarily achieve a physical feat… (we’d had enough!). The decision was made to go south, which meant quite a bit of driving. The hike was really enjoyable, with magnificent vegetation by the river. We saw three of the four chameleon species present, including the famous three-horned chameleon. The region is superb. We ended with a drink at Ruboni Camp, which has a magnificent view of the region (ideally, we should have stayed there). Two hours of driving to finish, and a good meal :).

Day 10) Departure at 8:00 AM—we had a long drive to Ziwa Rhino Ranch****. We passed through Hoima, had lunch in Masindi, and arrived in time for the rhino tracking walk. We could approach them closely on foot—it was impressive. We saw eight. Since we were staying on-site in the guesthouse **, we received precise safety instructions for moving between the rooms and the restaurant. And we quickly understood why!

Day 11) Departure at 6:00 AM for breakfast—surprise, in front of our room, several large rhinos were sleeping (we had also heard a lot of animal noises during the night—rhinos but also what seemed to be predators). So we had to take a detour to reach the restaurant! Second surprise—next to the restaurant, just three meters away at most, two mothers and their baby were also sleeping! Memorable! Then we had an appointment for the shoebill trek and canoe ride **** (package with the previous day’s walk). So there we were, in our boots, splashing through 30 cm of water in search of the shoebill (I really wanted to see one :))! It was really fun, and luck was on our side—a shoebill had just landed in the distance! We approached as best we could and observed it from afar. What a strange bird! There are very few left, and Uganda is one of the countries where the chances of seeing one are quite good. The tour continued with a canoe cruise where we saw a herd of cows (the famous ones with enormous horns) being swum as a dowry to the father of the future bride! A funny spectacle. This stop wasn’t the most anticipated, but we all thought it was really worth the detour. Road to Murchison Falls Park, and arrival around noon at Red Chili Rest Camp **, where we stayed for two nights (family banda). Good meal. Then a cruise to Murchison Falls*** where we disembarked and continued on foot. It was pretty. Back to Red Chili.

Day 12) This morning, early departure for a cruise in search of the shoebill*** (booked in case we didn’t see one at Ziwa). The landscapes were pretty, but there weren’t many birds in the end. We spotted the chosen one from afar after the first 10 minutes—so the suspense didn’t last long :-) It was a nice activity but quite long—5 hours. In the afternoon, safari in Murchison Park****—this park is sublime, the landscapes fabulous. Really one of our favorite parts of the trip. Lots of animals and even a leopard spotted with binoculars because it was far away! Night at Red Chili.

Day 13) Departure for the first morning ferry—it was drizzling, the sky was threatening at first, so the landscape was spectacular! Beautiful contrasts. In the middle of the morning, we were lucky to observe a whole group of lions, first from afar, then with a little patience, the whole group approached until they passed beside and in front of our vehicle. What emotion and excitement! We could then observe large groups of giraffes. They were magnificent. The morning was incredible. Then we headed to our lodge, Fort Murchison ****, and on the way, we saw a whole group of elephants—the view was magnificent. We had a very good meal and enjoyed the pool a bit. We also met Paul, the organizer of our trip. Very nice :). In the late afternoon, off for a short safari in the park. We slept in very well-equipped tents.

Day 14) Today, we had a long drive to Kidepo Park. It was raining, which didn’t help our guide—according to him, the tracks near Kidepo turn to mud with rain and become difficult to navigate. We saw, among other things, a bus in a bad situation in the ditch. Some sections were really tricky, and we were glad to have a driver. The end of the trip—the landscape was spectacular and original, and we saw some traditional villages. We arrived at Kidepo quite late. Short safari in the park before reaching the accommodation. We booked two simple bandas in the park camp**. It was clean but didn’t hold up well in the rain . The restaurant was very nice, though.

Day 15) The day was dedicated to discovering Kidepo Park **** where the landscapes were again superb. First encounter with a lioness resting on a rock. We saw other lions later and observed them for a long time. There were almost no other tourists in the park. Our daughter wasn’t feeling well, and by the time we arrived at the lodge, she had a temperature of 39.5°C (103.1°F)… A nap was necessary. In the late afternoon, we returned to the spot where we had seen the lions that morning, and they were still there—they weren’t happy because rain was threatening! It was a great photo opportunity. Then came the downpour, and our driver urged us to return quickly because the tracks were becoming impassable. Indeed, a jeep was in the ditch… The return was eventful, and several times we slid without being able to do anything… Wow, what a day!

Day 16) No safari this morning because of impassable tracks—the road to Kotido*** was longer than expected as we had to take a detour. The landscapes along the way were surprising. We finally arrived around 1:00 PM at the accommodation and left at 3:00 PM to visit the largest manyatta in East Africa with two translators. It was incredible—a very beautiful experience. The manyatta is immense and has 28,000 inhabitants. Night at Karamojaarts guesthouse*—very average meal.

Day 17) Departure for Moroto****—on the way, we saw many bird species. Moroto doesn’t look like other Ugandan cities. Life there seems very pleasant. We arrived at Kara-Tunga and had a bite to eat. At 4:00 PM, we left to visit a Karamojong village. We enjoyed beautiful dances and watched communal games—it was fun and so authentic. Then we headed to a kraal (where shepherds and herds are) to set up our camp. Moses had to get used to the idea of sleeping in the tribe in a tent! It was incredible to find ourselves in this universe. The place was beautiful, and we had a great time with the Karamojong. Some had never seen white people… had never been in a car… Their culture is incredible. During the evening, around the fire, to our guide’s dismay (a bird enthusiast), they grilled hornbills! On our side, we ate a meal prepared by Kara-Tunga for our sensitive stomachs! Night in a tent.

Day 18) Dawn wake-up in the fog—the atmosphere was quite strange. Our daughter was attacked by a cow—fortunately, more fear than harm, but she ended up with a lot of thorns in her buttocks and thighs ! Then we left for the Mount Elgon region, specifically Sipi Falls****. Lacam Lodge****, perched on the edge of the cliff with a direct view of one of the falls, was just magnificent. The view and landscapes were fabulous. Big favorite. We had dinner and then went for a hike to visit the three falls in the region, partly in the rain. The landscapes were breathtaking! Sunset at Lacam Lodge with the sun setting over the waterfall. We couldn’t get enough and stayed to admire until nightfall!

Day 19) Visit to coffee plantations*** where we were given all the useful explanations to understand the culture and the incredible work required for this product, which is ultimately not very glorified. The visit was very interesting, and we drank very good coffee with the owners. Last photos at Lacam Lodge, and then departure for Jinja, where we arrived in the middle of the afternoon. We took a small cruise to see the source of the Nile*. Very touristy and not at all to our taste… Then a meal at Jinja Base Camp** where we enjoyed guacamole. Our guide Moses left us because another group was waiting for him!

Day 20) Road to Kampala***, the market, the Gaddafi Mosque. Short but interesting visit. Last meal in Entebbe by Lake Victoria, where we almost felt like we were by the sea. Transfer to the airport and return to Switzerland…

Epilogue: All four of us were enchanted by this trip, which will undoubtedly remain one of the most beautiful we’ve ever taken. Talking about it gives me chills and brings tears to my eyes. It was simply a magnificent experience. However, I wouldn’t recommend this trip to everyone because you often have to overlook small inconveniences like toilets (the worst of my life) and certain comfort details that, for us, remain details but could be important to others.

Our favorites: - The gorilla trek - The cruise on Kazinga Channel - The Fort Portal region - The Rwenzori Mountains - The chimpanzee trek - Murchison Falls - Kidepo - Spending time with the Karamojong tribe - The Sipi Falls region - The accommodations: Eagle’s Nest, Byonna Amagara, Parkview Lodge, Tinka’s Home, Rwenzori Guesthouse, Fort Murchison, Night in the kraal, and Lacam Lodge

What we liked less: - Queen Elizabeth Park - Jinja - The accommodations: Ziwa Rhino Ranch, Karamojaarts Guesthouse

I’ll try to post some photos later. If you have any questions about a future trip, I’d be happy to answer them.
La région Isan, un aperçu de la vraie Thaïlande!
by TheWildTrip · 2019-07-10 · 139 replies


LA RÉGION ISAN, UN APERÇU DE LA VRAI THAÏLANDE

22 janvier 2019

La région d’Isan comprend tout l’Est de la Thaïlande encore intacte du tourisme, on peut y voir la Thaïlande d’il y a 20 ans. En effet le coté Ouest c’est beaucoup développé avec le tourisme, les activités sont très belles mais ne sont plus authentique.

Rencontre avec un énorme Varan (aparté)

Me voilà en scooter en direction de Phetchaburi, dans la partie du sud de la Thaïlande; quand tout à coup je croise sur la route un énorme Varan. De jeunes filles locales lui jettent des cailloux pour qu’il sorte de la route, mais il a l’air sonné et légèrement blessé; me disant qu’elles savent ce qu’elles font je descend pour prendre des photos. Mais je me rend vite compte qu’elles n’arrivent à rien, je décide alors d’aller chercher le plus gros morceau de bois que je trouve et de le pousser hors de la route; je me suis fait une grosse frayeur en le poussant mais il est reparti sans problème dans son marais.



J’ai eu un 2 gros coups de coeur dans cette région :

Le premier est Wat Phu Thok, (gratuit) si peu connu que je viens de chercher son nom pendant près d’une heure sur internet. C’est un temple en hauteur, accessible par des centaines de marches en bois qui grincent quand vous marchez dessus; il n’y a aucune protection et vous êtes à près de 200m au dessus du vide; parfois des serpents sortent par les planches de bois sur lesquelles vous marchez, une expérience atypique !







L’autre est une « Bat cave« , ce sont des grottes qui au coucher du soleil se vident de millions chauves souris, offrant un spectacle incroyable (et gratuit) , il y en a plusieurs en Thaïlande.





Un autre temple a aussi attiré mon attention, mais cette fois personne d’autre ne le visitais en même temps que moi. Il est si peu connu que je n’ai pas pu retrouver le nom. Mais je me souviens qu’il était fait de vieux bois craquants, bien pire que le Wat Phu Tok, qu’il fallait y aller pied nue mais le chemin était couvert de fourmi de feu; (celles qui vous mordent les pieds). Heureusement le haut du temple valait le coup, il y avait un point de vue sur un incroyable paysage !









Traverser du lac pour continuer la route

Une autre surprise m’attend, lorsque j’arrive au bout de la route, je me rends compte qu'il n'y a aucun moyen de passer par la route. Dans ce village de pêcheurs tout le monde me fixent, choqués de voir un blanc ici, je fais le tour et demande au premier que je vois comment traverser. Lorsqu’on me montre comment, je n’y crois pas.



Je vais donc chercher un Thaïlandais qui peut me faire la traversée, dans mes souvenirs ce n’était pas très cher. Cette expérience est marqué en moi, c’était la première fois que j’avais autant l’impression d’être hors du temps; perdu, pas un touriste en vu, et on m’annonce qu’il faut que je trouve un bateau pour traverser. J’étais sur le cul !







Pour ceux qui veulent voyager à moto et qui serait intéressé par cet expérience et ce village là; je suis allé faire mes recherches pour me souvenir où était cette endroit et j’ai trouvé ! C’était à Ban Pak Nai, je vous met le lien : (dans l'article complet)

Loei

Elle est situé au Nord Est du pays, à la frontière du Laos, uniquement séparé par le Mékong. C’est une ville à la fois riche culturellement par ses temples mais aussi riche par les paysages qu’offrent le Mékong.

Lorsque j’arrive à Loei, je vais visiter le bord du fleuve à la frontière avec le Laos, relié par le Pont de l’amitié; et je suis témoin du plus beau coucher de soleil que j’ai pu voir de toute ma vie. Je précise la photo qui suit n’est pas truquée et qu’elle a été réalisée avec mon vieil appareil photo.



Mais avant ce coucher de soleil, un peu avant la ville je suis tombé sur une fête locale par hasard, le Phi Ta Khon ou la fête des fantômes. Les locaux sortent et défilent dans la rue jusqu’au temple pour offrir de l’argent et des offrandes; afin d’assurer de bonne précipitations dans l’année et donc de bonnes cultures. Même si aujourd’hui la majorité des locaux ne vivent plus de cultures, ils continuent de fêter le Phi Ta Khon signifiant plutôt une année de prospérité.







Ceci est un extrait court de l'article complet : the-wild-trip.fr/la-region-isan/
Nouvelle structure de police du tourisme pour Madagascar
by Sidecar · 2014-09-24 · 52 replies
La police du tourisme, nouvelle structure mise en place pour sécuriser les touristes après les malheureux évènements de ces dernières années, sera bientôt opérationnelle. Une centaine d’agents de la police du tourisme seront présentés au public lors de la célébration de la journée mondiale du tourisme qui se tiendra à Nosy be à partir du 26 septembre prochain. Les agents de la police du tourisme ne sont pas des guides touristiques, précise un responsable du ministère du tourisme. Ils seront complémentaires des guides. Dans un premier temps, ils seront présents dans les 6 principaux pôles touristiques majeurs de la Grande Île : Nosy Be, Sainte Marie, Isalo, Taolagnaro, Toliary et Morondava. La police du tourisme n’est pas une nouveauté malgache mais existe dans de nombreux pays, note le ministère de tutelle. La mise en place du cette structure devrait booster le développement du tourisme pour lequel la question de sécurité handicape beaucoup ces derniers temps.
Premières traces atlastiques
by Leflâneur · 2014-07-24 · 7 replies
C'était lors de mes premiers pas dans l'Atlas marocain ... il y a fort longtemps.

VALLEE D'ANERGUI- Douar Ayt Khoya

Dix jours se sont écoulés depuis mon départ belfortain.

A Ouaouizerth le vieux bus s’est garé à même le coté de ce qui semblait être la rue principale. Il n’y a pas de gare routière. En quelques minutes les quelques vingt voyageurs qui occupaient les sièges défoncés et inconfortables du Berliet sans âge ont récupéré leurs bagages et s’en sont allés chacun vers leur destinée. La rue qui me faisait face s’ouvrait à moins de vingt mètres sur une esplanade qui semblait concentrer l’animation ordinaire et locale d’un milieu de matinée ensoleillée. Je m’y suis dirigé. A en juger par les détritus qui jonchaient le sol et une tente de marchand de fruits et légumes, posée là, seule, presque incongrue, à peine à l’écart des vieilles Mercedes, Peugeot 504 et autres R12 break empestant l’atmosphère des fumées de gas-oil de leurs interminables préchauffages, le lieu s’avérait être, d’un coté parc des taxis interurbains, de l’autre, place de souk le jour venu.

A ma vue, le courtier a lancé haut et fort l’annonce des destinations des taxis restants à compléter. Par un geste négatif de la tête et mon meilleur langage des signes, je lui ai fait comprendre que j’étais arrivé au terme de mon voyage et, profitant de ce premier rapport établi, lui ai montré les quelques lignes écrites en arabe par Lahcen Fouzal avant mon départ belfortain.

Après lecture, le courtier confiait le papier à un gamin en le chargeant d’une commission que je supposai être la recherche du premier fils Fouzal. Il me fît signe de patienter à l’ombre, à coté de la cabane en tôle et cartons où un vieux monsieur vendait au détail quelques friandises, cigarettes, feuilles à rouler, stylos bille et diverses petites fournitures courantes. J’en ai profité pour faire fonctionner un peu le commerce local en achetant trois Malboro, une boite d’allumettes en cire, un rasoir jetable et un paquet de chewing-gum. En guise de bienvenue, je me suis vu offrir un verre de thé à la menthe sorti de sous le comptoir du petit kiosque où je n’avais pas encore remarqué la présence du camping gaz et du petit nécessaire à la préparation du breuvage.

Le peu d’ombre dont je jouissais sur le coté du cabanon avait disparu depuis longtemps. J’avais fumé mes trois cigarettes, bu une théière avec le papy vendeur, partagé une orange et son sibsi, goûtant ainsi pour la première fois à ce cocktail détonnant fait de tabac spécial et de fleurs de chanvre finement hachés et savamment mélangés, quand est arrivé un petit monsieur moustachu, à l’air pâle et malingre, licencié en lettres et philosophie, chômeur de son état et connu dans cette bourgade sous le nom de Mohamed Ou Haddou. C'est le frère de Lahcen auprès de qui ce dernier m'a recommandé quand je lui ai fais part de mon projet de randonnée dans l'Atlas marocain.

Tu passes par Anergui? m'avait-il demandé. J'y suis né! C'est chez moi! Et si c'est chez moi, c'est aussi chez toi!.. Hospitalité bebère ! Mohamed habite avec sa maman dans une petite maison en pisé perchée sur une colline à la sortie de Ouaouizerth par la route de Tillouguitte. Le petit tagine familial attendait notre retour et fût partagé en même temps les nouvelles demandées par la maman sur l’état de santé du fiston éloigné Le lendemain après avoir dégusté un excellent tagine au brochet chez sa sœur, nous nous sommes postés à l’ombre d’un eucalyptus sur le bord de la route. Une Land Rover ou un camion à destination de Tillouguitte disposerait bien, selon Mohamed, de 2 places libres. Nous devions faire étape dans ce village avant de continuer à pied sur Anergui, la vallée d'origine de la famille Fouzal. Après deux heures d'attente et quatre heures de tape-cul dans une vieille Land Rover surchargée -oui je dis bien quatre heures pour s’acquitter de quarante kilomètres de piste défoncée et du Tizi (col) n'Ayt Aïssa- nous sommes arrivés à destination.

Nous avons trouvé le gîte pour la nuit dans l'arrière salle d'une petite gargote et sommes repartis alors que le jour pointait à peine pour profiter d'une benne de camion qui pouvait nous déposer à Tamga. Je n'ai pas regretté le lever très matinal qui nous a évité une demie douzaine de kilomètres de marche sur une piste sans intérêt... c'est qu'il nous restait derrière sept heures de autres heures de marche pour franchir Tizi n'Ouanergui et plonger sur la vallée.

Nous y avons retrouvé son père et le reste de la famille, oncle, tante cousins qui partagent la maison familiale.

Maison de la famille Fouzal.

La nuit est douce, sans lune. Si j’en crois les ronflements qui s’élèvent jusqu’à la terrasse, mes hôtes sont déjà dans les bras de Morphée. Du petit lait, du pain, du thé, des amandes offerts avant leur coucher, une lanterne pour éclairer la suite des traces écrites de ce périple atlastique, le décor est planté.

Anergui, un endroit où l'on va... et non un endroit où l'on passe ! Depuis Ouaouizerth, la vallée est uniquement accessible à pied ou à dos de mulet. Un isolement qui préserve ce petit havre de quiétude et de fraîcheur, tapi au pied d’une falaise en forme parfaite de fer à cheval, dominée par les 3243 mètres du djebel Mourik. On y vit à l’écart des grandes voies de passage, dans la terre, de la terre, adaptant ses besoins à ses maigres richesses, et laissant couler lentement les jours gais ou tristes que verse la volonté divine.

Quelques très rares passes dans des éboulis en pans inclinés, boisés sommairement de chênes verts, permettent de franchir ce rempart continu, formé par un colossal mouvement orogénique. L’itinéraire d’accès le plus court passe par Tillouguitte, Tamga et Tizi n’Ouanergui. C’est celui que nous avons emprunté avant hier avec Mohammed. Une belle dizaine d’heures de marche étaient prévues au départ de Tillouguitte. En nous faisant déposer par un camion avant le pont de Tamga nous avons évité la piste poussiéreuse, gagné trois heures et entamé une marche d’approche du col bien agréable le long de la rivière Ahensal, à l’ombre des pins d’Alep.

Cinq petits hameaux, quelques maisons individuelles éparses et igherman, les “greniers fortifiés familiaux “, toujours construit sur les pentes pour une protection indispensable contre les crues, mais aussi par besoin vital de réserver à la culture la plus petite parcelle disponible, forment l'habitat des Ayt Anergui.

Tout au fond du creuset une manne permanente en provenance d'Imilchil et du plateau des lacs arrose par séguias interposées les cultures de la vallée. L’Assif Melloul, la “rivière blanche”, serpente dans le relief, trouve la faille à l’ouest et évite l’obstacle Mourik. Nous sommes à 1500 mètres. L’altitude n’autorise pas les palmiers, mais une agriculture de subsistance et, les bonnes années, le minimum alimentaire: blé, orge, maïs et aussi des noyers, des amandiers, pêchers, pommiers et quelques légumes.

Le final en beauté de mon errance atlastique était vaguement prévu dans les gorges du Dades ou du Thodra. Depuis Thinerir ou Boulmane n’Dades, la fascinante place Djmâa el Fna et les souks de Marrakech, à peine entrevus lors de mon arrivée, ne sont plus qu’à une journée de bus ! Mais il me faut d’abord atteindre le versant sud du massif. Depuis Anergui il y a de nombreux itinéraires pour rejoindre Boulmane. Toutefois, pour un étranger à ce milieu, le plus sûr et plus court chemin pour atteindre les versants sud – 3 jours au rythme d’un roumi porteur de sac à dos – est la grande piste muletière foulée régulièrement par les commerçants qui se rendent du souk es Sebt de M’semrir au souk el Khemis d’Anergui, et inversement. J’y trouverais toujours du monde et de l’aide en cas de besoin.

C’était l’option retenue à mon arrivée dans cette vallée. Mais au « thé-apéritif » de midi, j’ai vite deviné que le roumi, moi en l’occurrence, devenait sujet de délibération entre Mohammed, son père et son oncle.

Pendant le tagine la discussion a marqué une pause. C’est qu’ici on parle peu en mangeant. Le plat étant commun à tous les convives, celui qui parle trop … mange moins.

Au « thé-digestif », entre deux claquements de langue marquant son approbation sur la qualité du breuvage, Mohammed m’a proposé de m’accompagner sur une partie du trajet. Le mulet de son cousin porterait les bagages. J’ai bien sûr accepté. On ne fait pas la fine bouche devant une proposition qui dispense du portage de dix sept kilos de sac à dos. Et puis, après réflexion, vu qu’en plus du mulet je pouvais bénéficier aussi des services d’un fonctionnaire près à se dégourdir les jambes dans les montagnes de son enfance, pourquoi ne pas se lancer sur des sentiers moins "battus" ?

La description de Kousser et des conditions de vie des éleveurs sur ces terres ingrates rapportées hier par Mohammed, m’avait déjà mis l’eau à la bouche … et la carte sous les yeux. J’ai ainsi pu observer que la traversée de ce plateau pouvait, en deux jours, mener à Zawiat Ahensal. De là il est encore possible, par un petit crochet de deux jours suplémentaires, de rejoindre M’semrir. Rien d’insurmontable somme toute car je me sens en jambes. Cependant mon manque de connaissance du milieu, et cette grande (! ! !) sagesse qui m’habite m’interdisaient de me lancer seul sur cet itinéraire incertain. Mais après la proposition de Mohammed, la donne était différente. S’il voulait bien m’accompagner jusqu’à Zawiat Ahensal au lieu de la vallée d’Imdrhas, l’occasion était à saisir !

Au « thé-apéritif » du soir, je leur ai fait ma nouvelle proposition d'itinéraire. Pendant que nos doigts prenaient peu à peu la délicate teinte rouge safranée de la sauce tagine la discussion a cessé, comme il se doit, mais quatre verres de « thé-digestif » doivent aider à la réflexion car au dernier la décision était prise .

« Mohammed t’accompagnera jusqu’à Zawia, et au-delà si tu veux ».

Le père avait parlé, l’oncle approuvait et Mohammed traduisait. La sécurité d’un étranger sur les terres de la tribu est aussi affaire de son hôte.

Ce qui était dit devait être fait.

Il est plus de minuit, Mohammed m'a annoncé le réveil pour cinq heures...

TAGHIA

Mon intention de passer ce hameau et de poser bivouac dans Bou Ighaln après avoir franchi le Jbel Timghazine, était-elle trop matinale ? En tous cas elle n’a pas su résister à l’appel de la petite plate-forme herbeuse qui domine la rivière à l’entrée des gorges. Me voilà à l’abri d’une éventuelle crue. Ce serait con de me retrouver à l’entrée de Zawia à trois heures du matin flottant sur mon karimat.

C’était le dernier conseil de Mohammed avant de nous séparer ce matin. Ne pas se fier à une météo, aussi clémente soit-elle au moment d’installer un bivouac. Un orage arrive vite, et la crue qui s’en suit peut-être dévastatrice, surtout à la sortie de telles gorges.

Mohammed a rebroussé chemin ce matin après que nous ayons passé la nuit à Zawia Ahensal chez un ami de son père. Il compte refaire en une journée la montée à Kousser et sa traversée. Un trajet qui nous a demandé deux belles journées de marche à l’aller. Il faut dire que lui montera sur le mulet sur la quasi totalité de l’itinéraire, ce qu’il n’a sans doute pas osé faire quand nous étions ensemble et que je tenais absolument à marcher.

C’est donc la reprise de mon aventure solitaire dans ces montagnes. Avec des provisions pour trois jours, un ravitaillement possible à Oussikis, des semelles en bon état et un moral à toute épreuve, c’est plus qu’il n’en faut pour atteindre Boulmane n’Dades.

J’ai bien aimé la ballade de ce matin depuis la Zawia . Trois heures de promenade bucolique le long de la petite rivière qui se jette plus bas dans l’assif Ahensal à travers vergers et parcelles cultivées d’orge ou peut-être de blé, je ne sais pas comment les différencier, ont suffit pour rejoindre les maisons de terre rouge de Taghia. Et puis il y a eu les falaises vertigineuses qui font face au village, et dans lesquelles je me vois déjà accroché avec mes potes grimpeurs, la transparence de l’eau, la proximité des vergers le vert profond des petites terrasses étagées sur les pentes soulignées de coquelicots et puis cette petite place herbeuse, là entre le village et les gorges, et loin la-bas le col que je devais franchir. Cela vaut bien l’octroi d’une demi-journée de contemplation.

Sieste, promenade dans les gorges et toilette complète dans la rivière, ont donc remplacé avantageusement la programmation du départ. La rivière charrie beaucoup de bois et le plaisir de la veillée autour du feu de bivouac, non encore éprouvé dans ces montagnes, est si grand que je laisse filer sereinement les heures habituellement dédiées au sommeil réparateur.

Qu’il est doux de pouvoir gérer son temps et son rythme ! On en a si peu l’occasion dans notre vie "speedée" de citadin européen qu’il ne faut pas négliger l’opportunité. Je ne m’accorderai cependant de fantaisies qu’avec l’emploi du temps. L’itinéraire conseillé par mon hôte de la veille sera suivi à la lettre. Du moins en ai-je l’intention au moment où j’écris. Sans guide ni topo, les points de passage principaux que m’a indiqué notre hôte d’hier soir ne seront peut-être pas si évidents à trouver. Surtout si comme cela semble être le cas, au-delà du col je retrouve un terrain similaire à Kousser, sans points de repères et des traces multiples de déplacements de troupeaux qui partent dans tous les sens. Quel contraste entre les vallées comme Anergui et Zawia Ahensal où les dépôts alluvionnaires et la volonté des hommes à travailler la terre en font de fertiles oasis de montagne, et la désolation minérale de Kousser !

Ce plateau d’altitude présente des signes inquiétants de déboisement. Vaincue par le climat et les pasteurs acharnés à sa perte pour la survie de leurs troupeaux, la végétation est poussée dans ses derniers retranchements.

Au milieu des pierres, des buissons épineux et des squelettes difformes de leurs congénères, il ne résiste plus que quelques genévriers thuryfères centenaires. Pas d’eau autre que celle un peu croupie de deux sources misérables. Si elles m’ont inquiété au point d’y diluer quelques cachets d’hydroclonazone, elles doivent pourtant faire le bonheur des hommes et du bétail habitant cette austère contrée,

Pour un Franc-comtois, même d’adoption, qui n’a connu que les forêts vosgiennes et les verts pâturages alpins, le premier contact physique avec cette désolation minérale est impressionnant. Néanmoins ce milieu a pour moi quelque chose d’attirant. Je sais déjà que j’y reviendrai.

D’ici là il me reste à rejoindre Oussikis et Boulmane. Il est donc temps de trouver le sommeil.

Jbel Timghazine

Le soleil avait déjà franchi la crête quand j’ai ouvert la tente. La surprise n’est apparue que lorsque mes yeux se sont habituées à la belle luminosité matinale. Posés sur une pierre à coté du foyer, deux œufs frais et une petite galette d’orge attendaient patiemment mon réveil. Je doute que beaucoup de ²sans-abri² aient souvent fait la même trouvaille, en sortant de leurs cartons après une nuit sous les ponts de la Seine.

Après un petit déjeuner copieux, la cuisson des œufs pour la route et une toilette vivifiante dans l’eau glacée, j’ai entamé le sentier raide et sinueux dans les pentes du Jbel Timghazine sans avoir pu remercier mon mystérieux et généreux donateur.

Trois heures plus tard, dépouillé d’une grande partie de ma bonne forme matinale, je pose mon sac au pied d’un genévrier squelettique et centenaire. La vue quasi aérienne sur le village de Taghia explique les deux litres de sueur que je viens de laisser dans la pente. Plus au loin, en suivant les méandres de la rivière et les cultures en terrasses, apparaissent les silhouettes des magnifiques ksours des chorfas de Zawiat Ahensal déjà prisonnières de la brume de chaleur. De l’autre coté … premier aperçu sur les grandes pentes délavées des contreforts sud de cet Atlas oriental. La traversée de Kousser n’aurait-elle été qu’une misérable mise en jambes avant l’exil de pierres, terre et poussière qui se présente en contrebas ?

J’ai vidé une gourde mais l’autre est presque pleine. C’est suffisant pour une petite soupe ce soir et un café demain matin, mais tiendra-t-elle jusqu’au bivouac si je ne trouve rien d’autre à boire cet après-midi ? Par mesure de précaution, je commence à mettre en pratique la technique du moissonneur en période de ramadan : le petit cailloux dans la bouche qui aide à saliver. Tant qu’il reste de la salive !

J’ai admiré une dernière fois l’imposant massif du Jbel Aroudane qui domine Zawiat Ahensal, en me promettant d’en faire le tour lors d’une prochaine virée. Après avoir bien ajusté le sac à dos sur les épaules et serré la ceinture ventrale, je me suis lancé dans la pente en courant. Bien imprudent quand j’y pense maintenant !

En perpétuelle recherche de l’équilibre perdu sur les pierres qui roulaient sous les semelles, j’ai dévalé, les quatre cents mètres de dénivelé. Quand j’ai repris pied sur la terre ferme j’ai eu l’impression d’être encore poussé par mon élan. Pendant longtemps encore la foulée est restée longue et alerte. Curieusement, la petite angoisse que j’avais eue en voyant ce qui m’attendait depuis le col avait totalement disparue. J’éprouvais au contraire une très agréable sensation de liberté qui semblait stimuler mes capacités physiques mises à mal dans la sévère ascension matinale. Pourtant Oussikis était encore bien loin, quelque part là-bas vers le sud-est, au bout de cette trace qui semblait ne mener nulle part ailleurs que dans les cailloux et la poussière,

Rappel que la demi-douzaine de figues sèches et la barre énergétique avalées au col manquent de sucres lents, le rythme a faibli vers le milieu de l’après-midi. Dans le même temps mes épaules me faisaient savoir qu’elles auraient plaisir à être soulagées quelques minutes. Il était temps d’alléger mon sac à dos d’une boite de sardines et une ou deux tartines de « Vache qui rit », le seul fromage -mais est-ce bien du fromage ?- trouvé au souk d’Anergui.

J’étais plongé dans ces pensées sans grande teneur philosophique, quand j’ai eu la frousse de la décennie !

Ils couraient dans ma direction et m’ont cloué sur place. Le palpitant à cent quarante, les poils au garde à vous et la sueur gelée sur le front, j’ai ramassé deux parpaings pour le premier qui dépasserait le périmètre de sécurité … si j’en avais le temps !

Les deux chiens galeux se sont arrêtés à quatre ou cinq mètres de moi en grognant et aboyant tous crocs dehors. En une fraction de seconde j’ai revu toute cette scène du film ²La guerre du feu², quand les trois héros pourchassés par des lions passent la nuit sur un arbre avec les fauves à leurs pieds.

Certes je n’avais pas à faire à des lions, mais je n’avais pas non plus de genévrier sous la main. Le dernier tronc contre lequel je m’étais appuyé était là-haut sur le col !

Il m’a semblé un peu puéril d’essayer de les amadouer en leur racontant cette histoire drôle, et j’ai opté pour la fermeté. Je m’apprêtais à casser les dents du premier quand …

Zorro est arrivé éhéééé ! ! ! ! ! !

Non, je délire. C’est l’émotion du souvenir ! Ou le soleil et l’altitude. Je ne sais pas.

D’abord sur ma gauche, deux claquements coup sur coup, secs et très brefs ont retenti. Puis il y a eu les sifflements et la poussière soulevée par les impacts entre moi et les chiens. La hausse était ajustée. Deux autres cailloux sont tombés. L’un entre les deux horreurs, l’autre a atteint sa cible. Kaïkaïkaï, faisait celle qui courait en boitant, tandis que l’autre reculait, mais toujours en aboyant.

Mes mollets devaient leur salut à la descendance berbère de Thierry La Fronde !

Deux jeunes garçons m’ont rejoint. Ils m’ont dévisagé avec la curiosité que je pourrai montrer le jour de ma rencontre avec un petit homme vert.

- Salamaleikoum.

- Salamaleikoum ... (Silence) Mani abrid n’Oussikis ?

Tilla taghbalout ? »

Comme j’ai longuement travaillé la prononciation de cette formule -la première que j’ai apprise dans ces montagnes pour éviter que l’on retrouve un jour un petit tas d’os de roumi à coté de son sac à dos- ils ont compris tout de suite.

Oui, c’était bien le chemin d’Oussikis mais au geste de la main, j’ai compris que je n’étais pas encore rendu ! Oui, il y avait bien une source dans les parages et ils se proposaient de m’y emmener. Le plus âgé m’a fait signe de le suivre tandis que son petit compère s’en allait retrouver le troupeau, accompagné par les chiens qui ne semblaient pas très rancuniers.

Etonnant ! A cinq minutes de l’endroit de notre rencontre, derrière un monticule sur lequel quelques petites chèvres noires et trois dromadaires broutaient des cailloux, deux tentes et une belle combe verdoyante signalaient la présence de l’eau. Me voilà prévenu, inutile de sucer des petits cailloux avant de m’être assuré qu’il n’y a pas de crottes de biques dans un rayon de cinq kilomètres. Qui dit biquette, dit forcément taghbalout.

Mon jeune sauveur m’a prié de m’asseoir sous la première tente. Il a allumé les branches sèches d’un buisson, et posé dans les flammes une bouilloire noire de suie. Pendant que l’eau chauffait, il est allé jusqu’à l’autre tente. Quelques instants plus tard, il en revenait avec une fille portant baluchon sur le dos. Un baluchon braillard dérangé dans sa sieste par la visite d’un fâcheux.

Une fois de plus, j’ai pu mesurer le sacré de l’hospitalité de ces montagnards. Un roumi passe, comme passe un commerçant, un nomade ou un fquih. Leurs ventres sont peut-être vides et ils ont besoin de forces et de repos pour continuer leur chemin ; alors on se doit de partager sa pitance, fusse-t-elle maigre, et son toit.

Mon ventre était vide, en effet, mais pas mon sac à dos !

Je me serais contenté d’une petite halte à la source, le temps d’avaler mes deux œufs durs et une boite de sardines à la tomate, mais dehors, la fille s’activait déjà. Quand j’ai réalisé, il était trop tard. L’eau tiède coulait dans le puits de farine. Une pierre plate avait remplacé la bouilloire sur les braises et attendait la pâte que malaxaient déjà des mains expertes.

Le garçon a fini la préparation du thé et a servi un verre de thé. Un seul.

Soudain je me suis rappelé. Que faire ? Que dire ? Envahi d’une gêne terrible je regardais le verre posé devant moi. Je n’y avais encore pas touché que déjà la fille tendait la galette brûlante au garçon.

Eux qui n’avaient pas mangé depuis l’aube et suceraient leur soif jusqu’au soleil disparu, m’offraient du thé et me cuisaient du pain alors que c’était le ramadan !

Il a coupé la galette en quatre. Il a posé les morceaux à coté du verre sur le papier bleu qui ici emballe les pains de sucre et m’a invité à manger. Bismillah, baraka Allah illik. Dans ces circonstances je ne sais rien dire d’autre. J’ai bu et j’ai mangé pendant qu’ils me regardaient en souriant.

Qu’Allah, puisque vous y croyez, vous le rende au centuple.

Au moment de les quitter, il m’a encore prié de prendre le pain qui restait. J’ai sorti un des deux œufs, une boite de sardines, une poignée d’amandes et deux portions de ²Vache qui rit². J’ai laissé le tout sur une pierre à coté du foyer et je suis parti.

Je n’avais pas encore rejoint la trace où nous nous étions rencontrés, quand le garçon m’a rattrapé. De son propos je n’ai compris que Taghbalout, mais c’était suffisant, je partais sans refaire le plein de ma gourde ! Nous sommes revenus vers le campement. A ma surprise, au lieu d’aller à la source nous nous sommes dirigés vers l’autre tente où il m’a une fois encore, invité à m’asseoir.

La fille et le bébé emmailloté étaient là. Elle, un beau sein à l’air, mais qui ne m’était pas destiné, lui visiblement affamé s’y accrochait avidement. Devant ma réticence à m’asseoir de nouveau, mon sauveur à la fronde me montre quelque chose à l’extrémité de la dépression. Une silhouette féminine en amazone sur un baudet s’éloignait dans les reliefs du terrain. J’ai compris qu’il avait envoyé une autre femme chercher de l’eau à la source et … qu’il était inutile d’insister ! Je n’avais plus qu’à partager leur natte en attendant qu’elle revienne, et à laisser filer mes pensées en direction de cette jolie et souriante jeune mère qui, sans aucune gêne devant moi, allaitait son enfant.

Qui prétend que les femmes berbères sont farouches face aux étrangers ?

L’heure tournait et j’attendais avec impatience le retour de ma chercheuse d’eau pour reprendre la route. J’ai prétexté une cigarette que je ne voulais pas fumer en leur présence et je suis sorti de la tente pour regarder dans la direction où je l’avais vu s’éloigner. Il n’y avait personne sur le chemin. Avisant que la source était peut-être plus éloignée que je ne croyais, je me suis avancé un peu sur la trace.

J’ai repensé à ce marchand de Marrakech qui me disait il y a quelques jours : « Roumi, quand tu arrives au Maroc jette ta magana. ». Un fonctionnaire d’Anergui m’a bien reconfirmé plus tard que, dans ce milieu, il est bon de « savoir se patienter », mais que voulez vous, il est des vieux démons dont on a du mal à se débarrasser !

Le jeune m’a rejoint et entraîné à l’écart du chemin. Je ne comprenais plus rien car il insistait pour monter sur un petit promontoire à l’écart du chemin. Depuis le sommet de la bosse, j’avais une belle vue rétrospective sur le chemin parcouru depuis le col et surtout, après que le garçon m’ait montré au loin, très loin, la petite chaîne que je devais encore franchir, j’ai mieux apprécié le chemin qu’il me restait à couvrir ! C’est pour cela qu’il m’a entraîné là-haut. Gestes et petits dessins dans la terre à l’appui, j’ai fini par comprendre que les bergers de ce secteur atteignent Oussikis en une journée et que, chargé comme j’étais, ce serait une grosse bavante. Alors il m’invitait à passer la nuit chez lui.

Derrière le petit massif, après le Tizi n’Idikel, il y a selon le garçon des sources et d’autres campements. Mais d’ici là …

Voilà pourquoi je vais passer ma première nuit sous une tente de nomades et que j’ai eu largement le temps de faire ce résumé de la journée.

AQQA N’WAROUGHOULT

Hier, comme pour m’aider à soigner mon impatience, la femme, l’âne et les bidons ne sont revenus qu’en fin d’après midi. Trois heures pour le plein d’eau et l’aller-retour.

Et quel plein ! Un jerrycan de 25 litres dans un panier du chouari, cinq anciens bidons d’huile Lesieur dans l’autre panier pour équilibrer, quatre autres bidons, plus petits pendus de chaque coté et, trois dans un drap savamment enroulé sur les épaules de la p’tite dame ! Soit quelques soixante dix litres d’eau. Visiblement elle ne doit pas avoir envie d’y retourner tous les jours...

Quatre heures de l’après-midi. Le corps est enfin au repos.

Ce matin, avant de prendre congé de mes hôtes, j’ai mis ma montre hors de portée dans une boite au fond du sac. Promis madame, je ne la ressortirai que la veille du départ. J’ai bien retenu la leçon, mais comprenez moi aussi… j’ai un avion à prendre !

Au-delà des difficultés gastriques de la nuit passée, je réalise finalement la chance que j’ai eu hier en croisant deux molosses galeux intéressés par mes dodus mollets. Il m’eût fallu sucer beaucoup de petits cailloux pour parvenir à préserver l’eau nécessaire au bivouac du soir. Certes ils sont légion dans les parages, mais pour la soif, j’avoue préférer quelque chose de moins solide !

Au départ de ce matin, mes jambes étaient plus lourdes à traîner que le sac à dos. Il m’a fallu les ménager en adoptant le rythme lent d’un arthrosé de la hanche (avec tout le respect que je porte pour les malheureux qui souffrent de ce mal). Malgré le manque de point d’ombre pour une petite sieste réparatrice, j’ai atteint sans trop de dommage les campements de l’aqqa n’ waroughoult.

Heureusement, je n’ai pas eu de difficultés de ²navigation². La trace à suivre était simple : Trois heures plein sud jusqu’au pied de la petite barrière repérée la veille avec Mustapha et qui paraissait ne jamais se rapprocher, une heure et demi de montée sur un chemin inconfortable et heureusement pas trop abrupt, autant de descente pour franchir l’obstacle et laisser définitivement derrière moi, du moins je l’espère, cet immense champ de cailloux.

J’ai installé ma tente à distance respectable du campement, rencontré les femmes à la source, et refusé poliment aux maris alertés du passage d’un étranger, l’invitation à manger et dormir sous leur takhamt. Il faut dire que je ne tiens pas plus que cela à repartager une nuit de ramadan dans les mêmes conditions que la précédente !

Malgré les chants et les rythmes des taadlount, j’ai trouvé un peu longue la moitié de la nuit passée à manger de la bouillie d’orge au beurre rance, à tremper du pain dans l’huile d’olive et à boire des litres de thé sucré à en achever un diabétique. Interminable aussi l’autre moitié de la nuit dédiée à renvoyer, par différents orifices opposés, ce que mon organisme refusait obstinément de garder ; c’est à dire la totalité de ce que j’avais avalé.

A qui la faute ? La fatigue ? Non. Hier, j’étais très loin d’un tel épuisement. Un coup de soleil ? Je n’en ai jamais attrapé de ma vie et j’ai connu des expositions plus dures que ce printemps berbère. L’huile d’olive ? J’ai déjà eu souvent l’occasion les jours précédents d’y tremper le pain et les doigts et j’aime bien. L’eau ? Ah …peut-être. Que reste-t-il ? Le beurre rance !

Le beurre … l’eau ? L’eau ou ce putain de beurre rance ? Je ne pose pas longtemps la question et désigne coupable ce dernier. En total accord avec moi même, je vote unanimement sa suppression de mon régime des jours à venir. Il doit certainement être délicieux pour un palais averti et assimilable par un organisme entraîné à ce type d’agression, mais cela ne m’ emballe plus que ça. Surtout, je pourrai m’en passer plus facilement que d’une eau, même croupie, dans laquelle il est toujours possible de tremper quelques cachets d’hydroclonazone en cas de doute.

Voilà pourquoi, sans pouvoir l’expliquer, j’ai tout à l’heure refusé, avec le sourire, l’hospitalité berbère. Ils ont dû me prendre pour un sauvage ingrat.

OUSSIKIS

Le dos bien calé contre un tronc de peuplier au bord de la rivière, le verre de thé à porté de main, la gamelle sur le feu et les doigts de pied en bouquet de violettes, je me demande finalement si ce que j’aime dans la randonnée ce n’est pas surtout l’après randonnée…

Je repense à ma divine surprise au réveil après la longue nuit réparatrice dans les pâturages de l’aqqa n’ waroughoult.

Deux petits sourires timides ont accueilli la tête hirsute qui venait de quitter les bras de Morphée. Assises sagement non loin de ma tente, deux gamines attendaient patiemment mon réveil pour m’offrir l’éternelle et excellente galette d’orge cuite à la pierre. Les parents visiblement ne m’ont pas tenu rigueur du refus de leur hospitalité hier après-midi.

La forme retrouvée, du pain encore tiède pour mon petit déjeuner, et la perspective d’être à M’semrir ce soir, la journée commençait mieux que la veille. Les deux barres de céréales énergétiques que je leur ai tendues et ma dernière orange ont prestement disparu dans le fichu en laine que l’une d’elles portait sur son dos. A voir leurs mines réjouies, les mômes n’ont pas semblé mécontentes de l’échange. Les petits cabris malingres dont elles ont la garde non plus tant ils mordaient à belles dents les derniers morceaux du premier des trois pains que je porte depuis la Zawia.

Les fillettes sont restées là jusqu’à mon départ. Redevenues espiègles, ne ratant pas un de mes gestes, elles les commentaient en sourdine comme si elles craignaient que je comprenne leurs propos. Elles m’ont ensuite suivi pendant un moment, poussant les cabris devant elles en leur jetant des cailloux et force petits cris, certainement du langage caprin que je serais bien incapable d’imiter

Comme la plupart des traces utilisées par les bergers dans ces montagnes, celle qui à usé les semelles de mes chaussures aujourd’hui n’est pas indiquée sur la carte ; aussi, après un rapide coup d’œil pour estimer le temps et le chemin qu’il restait à parcourir, n’ai-je pas jugé utile ce matin de la garder à portée de main. Devant mon quart en fer blanc, l’itinéraire était évident : suivre la déclinaison de l’aqqa n’ waroughoult jusqu’à son ouverture sur le plateau d’Oussikis.

Le pas était allègre ; et délectable la sensation d’être beaucoup plus gaillard que la veille. Une bonne nuit sans beurre rance, du pain frais, quelques tapis herbeux, une belle source suivie d’un petit, mais bien sympathique ru, et les sourires féminins croisés dans cet agréable vallon ont suffi à rendre débordante l’énergie nécessaire à ce début de journée : je serais à Oussikis au pire dans le milieu de l’après-midi.

De l’optimisme il en faut, bien sûr, mais point trop. Avec lui s’installe l’insouciance. La suite m’a démontré que je péchais par excès.

Il était plus de midi et, au rythme suivi, le paysage aurait déjà du changer. Or je naviguais encore dans de grands méandres, entre des bosses caillouteuses piquées ça et là de tirlist, et zébrées de centaines de traces. Mais de troupeau woualou et de bergers non plus, qui pouvaient m’en dire un peu plus sur ma situation géographique. En pensant à ce petit filet d’eau qui disparaissait de temps en temps dans les accidents du terrain pour resurgir plusieurs centaines de mètres plus loin, j’ai gravi un de ces promontoires pour avoir une vue plus dominante et réconfortante, du moins je l’espérais, de la suite des événements. J’aurais du m’inquiéter quand il n’a plus refait surface. La disparition des marques de fer à mulet, dans les dizaines de traces de nos amis caprins aurait du m’alarmer également. J’aurais pu aussi me soucier des petites variations observées sur la nature du terrain, mais que j’avais mises sur le compte d’une lecture matinale et (trop ?) rapide de la carte.

Si j’avais …

Mais avec des "si" il paraît qu’on peut mettre Lutèce en amphore. Je me suis dit que j’essaierais une autre fois. Ce n’était pas mon souci du moment. J’ai remplacé les lamentations par une boite de sardines à la tomate et au piment, les deux dernières portions de « vache qui rit », une barre énergétique et deux belles gorgées d’eau presque fraîche.

Les pensées sont plus claires quand on a le ventre plein et la vue s’améliore, c’est chose bien connue ! Oussikis était là. Je devrais dire là-bas. Il n’y avait pas d’erreur, M’semrir était derrière. Le seul problème étant que ma boussole me faisait gentiment remarquer que je regardais vers l’Ouest.

Je l’ai cru sur parole, elle n’a jamais menti. Cela voulait dire que j’avais largement dérivé vers l’Est ! Il ne restait plus alors à répondre à une question. Allais-je faire demi-tour jusqu’à retomber sur l’endroit où j’avais quitté le vallon principal, ou rectifier le cap depuis ma salle à manger et filer droit par monts et par vaux ? L’expression prenant là tout son sens.

Toujours prêt pour de nouvelles aventures, j’ai été tenté par les vaux et les monts. Mais combien de ces derniers aurais-je eu à franchir jusqu’à retrouver la piste muletière invisible au fond des premiers? J’ai donc opté pour une "retraite positive" et à l’heure où j’écris je me félicite de la sagesse du choix.

Une heure plus tard, je retrouvais des traces de mulet et mon filet d’eau cabotin. Au loin, deux formes vagues fréquentaient la même trace que j’avais suivie le matin. Dans sa progression, l’une d’elles s’est dédoublé, un peu comme la très fameuse histoire des petits pains il y a une vingtaine de siècles. Rapidement les trois formes prenaient l’apparence d’un tri pattes et deux quadrupèdes. C’était finalement deux baudets menés au bâton, et sans ménagement, par un monsieur sans âge ... et sans dents ; du moins sur le devant. Je n’ai pas eu l’occasion d’approfondir l’inspection. L’état du burnous témoignait de la difficulté des conditions de vie du propriétaire. La peau de son visage était plus tannée et craquelée que celle qui dépassait du chouari d’un des petits ânes et il était aussi sec qu’un Justin Bridou. Pardon, la comparaison pouvant paraître mal placée pour un musulman, sec comme son bâton de berger, me semble une comparaison plus appropriée. Il était chaussé de deux morceaux de pneu, Good Year peut-être, mais je le jurerais pas. Entre les lanières de cuir qui maintenaient cette originale, mais certainement très efficace protection, débordaient de robustes appendices, noirs, tordus et crevassés. Ils devaient, à une autre époque, ressembler à des orteils.

A en juger par la vitesse à laquelle je me suis fait rejoindre, la forme physique de l’ensemble ne semble toutefois pas souffrir des apparences !

« B’jou M’ssiou ». Il ne s’est pas mis au garde à vous, mais la main portée rapidement à hauteur de son turban révélait la récente "pacification" effectuée dans ces montagnes par les militaires français. De la phrase qui a suivi son salut, je n’ai compris que barda et arioul. Mais ce fut suffisant pour que j’accepte l’invitation à soulager mes frêles épaules. Sans demander aux baudets, déjà passablement chargés, lequel acceptait de porter le sac à dos, mon énergique papy a chargé le plus petit, certainement le plus robuste. En matière de baudet j’ai pensé que je pouvais lui faire confiance et ne me suis pas opposé au choix. Comme quoi, encore une fois, il ne faut jamais se fier aux apparences !

Finalement, même si je traînais encore sur les sentiers à l’heure où je devais faire la sieste au bord de la rivière, je ne m’en suis pas trop mal sorti sur ce coup là. Trois heures, malheureusement sans beaucoup d’échanges possibles, ont suffit pour rejoindre Oussikis.

Marrakech

J'ai pris mon petit déjeuner dans le patio calme et lumineux du Gallia, un hôtel bien sympa à deux pas de la place Djemaa El Fna. Après avoir préparé et laissé mon sac à dos en consigne à la réception, je suis sorti pour ma dernière promenade marocaine... de cette année. Je viens de vivre deux nuits de ramadan sur cette place et ce matin j'ai l'impression de ne pas être au même endroit. Devant moi Djemaa El Fna est pratiquement déserte. Seuls quelques vendeurs à la sauvette traînent leur sommeil et leurs souvenirs de pacotille vers un petit groupe de touristes égarés d'un club voisin dont je tairai le nom. Quel contraste avec l'effervescence des nuits passées ! Et quelle pouvait bien être l'ambiance de cet endroit quand pendus et suppliciés côtoyaient les halqas ?

Avant-hier le bus ne s'est arrêté que deux fois entre Boulmane et la capitale du sud. Sans couper le moteur, juste le temps nécessaire pour faire monter un couple de fonctionnaires et leur progéniture braillarde à Skoura, et trois dames âgées à El Kellea. Les voyageurs se font rares en ces temps de ramadan et les gares routières perdent leur agitation habituelle. A Ouarzazate par contre, la pause a duré le temps de la sieste, réparatrice pour le chauffeur et rassurante pour les passagers, tant la conduite des derniers kilomètres traduisait la fatigue de l'homme à la blouse bleue. Peu de passagers ont osé affronter le soleil au zénith. Sans ombre disponible sous les canisses, et dans l'impossibilité de boire, les voyageurs amollis par plus d'une semaine de jeûne préféraient sommeiller et cuire à feu doux dans le four vitré et ambulant, censé nous mener sans encombre à Marrakech. J'ai risqué une sortie à découvert pour me dégourdir les jambes et fumer une cigarette loin de toute narine pouvant se sentir frustrée. J'ai vite compris qu'à cette heure la lutte contre tafouït serait inégale. J'ai donc regagné mon siège, imitant mes compagnons d'infortune dans la seule chose qu'il y avait à faire, somnoler et attendre en mijotant. Mais je dois manquer d'entraînement pour un tel exercice dans ces conditions extrêmes. Chaleur, réguliers coups de klaxon des bus voisins prévenant un départ imminent, bruits de moteurs tressaillant dans d'interminables préchauffages, faux départs et derniers avertissements sonores à d'hypothétiques retardataires, m'ont privé le temps de cet arrêt de la même douce torpeur dans laquelle étaient plongés mes imperturbables voisins.

Libérée par un voyageur sur le départ, j'ai avisé une place à l'ombre près du cireur de chaussures. Après avoir rendu mon salut il a longuement examiné mes pieds nus dans des sandales poussiéreuses. Par timidité, ou par expérience il n'a pas proposé ses services, mais le gamin n'a pas su cacher son contentement quand je lui ai tendu les objets à dépoussiérer et fourbir. Seul le fabriquant local doit connaître la proportion exacte de cire, savon, graisse et huile de vidange qui marque encore mes pieds trois jours après l'application du mélange douteux. Mais comment lui en vouloir ? Je n'ai qu'à porter chaussures et chaussettes comme tous ses clients. Non ?

Le paysage à défilé, un peu morne sous la canicule. Plaine désolée après des moissons précoces, quelques arbres ça et là, des haies infranchissables de figuiers de barbarie, curieusement baptisés en berbère figuiers des roumis , entourant les petites propriétés des agriculteurs, marchands d'oignons, melons, abricots ou pastèques attendant patiemment l'automobiliste client, moutons pelés, ânes, vaches rachitiques semblant se délecter des résidus piteux d'une récolte avancée pour cause d'année de sécheresse, petits gardiens et gardiennes de ces maigres troupeaux, en mal de distraction grimaçant aux occupants des voitures de passage, riant aux éclats devant leur réaction, gens assoupis à l'ombre des eucalyptus qui remplacent ici les platanes des bords de nos routes.

Dans la descente de Tizi n'Tichka, malgré la frayeur produite par l'embardée du bus et deux violents coups de frein et klaxon simultanés, je me suis senti rassuré. Le conducteur semblait attentif, et l'ensemble mécanique malgré un déséquilibre évident dans la répartition du freinage répondait à ses sollicitations. De l'avant de notre engin arrêté en travers de la route, les insultes ont fusé contre ces gamins qui pensent plus à s'amuser qu'à surveiller leurs bêtes et empêcher l'une d'elles de vouloir améliorer son menu de l'autre coté de la chaussée quand arrive un véhicule.

A l'approche de Marrakech, presque la totalité des passagers somnolait encore dans la chaleur décroissante. Le conducteur, souhaitant certainement un peu plus d'énergie pour que ne traîne pas la récupération des bagages, s'est chargé d'un réveil peu banal : les violons d'un orchestre arabo-andalou à fond dans les hauts-parleurs de l'allée ! Un groupe de femmes et d'enfants sur le bord de la route fût même ignoré au passage malgré les signes insistants. Ils auront attendu un taxi, ou un prochain transport en espérant un chauffeur moins pressé de finir sa journée, ou plutôt moins soucieux de manquer la rupture du jeûne.

Dans les faubourgs de la ville ce n'était pas la déferlante humaine que j'ai connu à mon arrivée lors des fins d'après-midi ordinaires. C'était un calme étrange. A quelques minutes de la prière, seuls les retardataires hâtaient le pas pour la mosquée, leur domicile ou pour trouver encore une place dans l'une des innombrables gargotes de la ville proposant harira, le traditionnel premier plat de rupture du jeûne… et pour beaucoup, certainement le dernier. Serré entre une djellaba en laine brune, rayée de noir et un survêtement vert prairie en acrylique surmonté d'un bonnet bleu-gris-rouge estampillé d'un coq fameux, j'ai pris le temps de déguster trois bols d'une divine soupe à la farine de fèves et aux pois chiches, savamment épicée, enrichie de petites boulettes de viande et accompagnée de dattes, avant de voir les environs de la gare routière s'animer à nouveau.

Pour la modique somme de cinq dirhams le chauffeur du taxi a tenu à me démontrer l'excellent état de fonctionnement de l'avertisseur sonore de sa R12 sur tout le trajet menant au Gallia. Nous y sommes arrivés sans encombre.

J'ai de nouveau ma montre au poignet. Il me faut recommencer à matérialiser le temps qui passe. Fini l'errance, l'insouciance des minutes qui s'égrènent. Je dois être à dix-huit heures à l'aéroport pour un retour vers les contraintes et les normes de notre société oubliées dans les montagnes.

C'est la fin de ce premier voyage en terre berbère. Je sais déjà que j’y reviendrai.
Les chiens en Thaïlande, le point noir de notre voyage
by Misterjjef · 2012-12-16 · 56 replies
Bonjour, de retour de mon voyage en Thaïlande je viens sur ce forum pour faire par de notre mauvaise rencontre avec les chiens!

Nous avons passer tout le mois de novembre dans le pays de l'ouest au nord au sud et nous avons croisé énormément de chien errant!

Nos problèmes on commencé a sangklaburi la nuit tombé en rentrant a notre guest house ont s'est fait encerclé par 7 chiens qui nous groulé dessus, et se batté entre eux amaigri et affamé cela a durée environs 30 minutes dans une angoisse comme nous avions jamais eu! Il nous ont suivi jusque la réception de l'hôtel.

A kanchanaburie toujours autant de chien non fréquentable dans le secteur d'erawan mon scooter était a peine puissant pour en échappé un qui nous courait après! D'ailleurs sur la route ils dorment tranquillement au soleil et il faut slalomé entre eux, et s'est une foi la nuit tombé (18h) qu'ils deviennent agressif.

Et le bouquet finale a Mae hong son alors que ma copine choisisait le parfum de ça glace un chien la mordu au mollet a 2 reprises, un thaï a sauté dessus pour le métrissé...

Après tous sa nous étions en permanence dans le stresse prudence a vous!
Premier "grand voyage" à vélo en automne-hiver? (tour d'Europe)
by Harptallica · 2011-07-18 · 25 replies
Salut a tous :) Voilà , ayant finis mon contrat et obtenus mon diplôme je compte faire mon 1er "grand trip" a vélo pour plusieurs raison

- Car j'en rêve - Pour préparé un tour d'Europe que j'ai en projet depuis looongtemp - Pour le fun ! L'itinéraire serais idéalement un tour de France d'ouest en est , en fesans quelque dérive en espagne , suisse et peut être allemagne et belgique ! Environ 4000km (je prévois 4 mois , je connais mon rythme ) mais j'ai quelque craintes ... J'ai vadrouiller a pied , et a vélo mais toujours a des températures positive , globalement plus de 25° (la Bretagne l'été c'est le paradis ! ) et je me demande : Même en ayant les textile thermique adapté , le froid et les intempéries ajoute pas un poid vachement considérable au le moral du cyclo ? sachant que je traverse des régions comme l'est en novembre décembre (selon un planning fictif ) ... Je crains un peut .

Et ma deuxième question relève de la mécanique cyclo . Non pas que je n'y connaisse quedal (quoique , si en fait ... Mais j'arrive a m'en sortir ) je "roule" avec un Giant CRS 3 qui a 3années de bouteille , qui me sert dans mes trajet quotidiens et dans mes balade cyclopédique . Etant un peut fatigué le vélo , mais étant a la fois bien abituer a la positions qu'il as (j'ai beau me mêtre sur d'autre vélo D4 , j'aime pas , et j'ai pas les moyens de mêtre dans d'autre vélo neuf adapté au cyclo au long terme) j'aimerais le monter sur du bon matériel . Notamment sur les dérailleur avant et arrière , système de freinage . Vous avez quelque référence ? Je me donne 300euro de crédits pour retaper la bécanne (un peut moins que le prix du vélo d'origine ) A savoir que je compte faire quelque grand mont (mont ventoux ... )

Et pour finir : Si quelqun a aussi envis de rouler ... Je suis cool et ravis d'en parler 😉 Quand a ceux qui ont des coins a présenter , des petit bout de france a parler , n'hésité pas !
Votre avis sur la Toyota Camry de Hertz aux États-Unis?
by Ginestet · 2010-12-22 · 19 replies
Bonsoir a toutes et a tous quelqu'un peut t-il me renseigner sur cette voiture pre-reservé à hertz ce jour concernant la veracité sur les places et bagages de la description . plusieurs avis divergent sur la capacité du coffe en pensant qu'il s agit d'un vehicule hybride avec batteries MERCI MICHEL

Re: Paiement des réservations dans l'Ouest américain?? (en réponse à...) 22 décembre 2010 à 17:09 Citer Répondre voila la copie exacte de la description de la CAMRY sur le site de HERTZ Green Collection Fun Collection Prestige Collection En tant que société citoyenne et soucieuse d’offrir à ses clients la possibilité de louer des voitures sobres et propres, Hertz a créé la Green Collection, une flotte de véhicules écologiques, grâce à de faibles émissions de polluants (CO²), et économiques, grâce à de faibles consommations de carburant. Les véhicules de la Green Collection sont disponibles aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et en Europe. Aux Etats-Unis et au Canada, la réservation de tous les véhicules de la Green Collection peut être faite par modèle. Les modèles Hertz Green Collection sont garantis à la réservation : le modèle que vous réservez est celui que vous conduirez. Toyota Camry5 Passengers2 Bagages de grande taille, 2 Bagages de petite tailleTransmission automatiqueAir ConditionnéDouble airbagABS495.08 EUR Illimité miles inclus gratuites Payer maintenant 714.40 USD ( ou 544.30 EUR ) Illimité miles inclus gratuites Payer plus tard
Vivre à Accra et au Ghana en général
by Lylli · 2008-02-08 · 72 replies
Bonjour à tous, je suis preneuse de toutes informations sur la vie à Accra. Nous y serons fin août pour une affectation de 3 ans minimum. Nous sommes une petite famille de 3 dont une fille de 11 ans. La famille va peut-être s'agrandir sur place mais ça c'est une autre histoire, on verra bien... Merci d'avance pour tous les renseignements que vous voudrez bien me fournir.
Que font les Dominicains avec la taxe de 20 US$?
by RichardPQ · 2007-01-21 · 20 replies
Bonjour à vous tous

en répondant à mon autre discussion sur l'état des routes, il m'est venu cette question là. Avec les 20$US que chaque touriste donne en quittant la République Dominicaine, ils font quoi avec tous ces $$$$$

Y a t il une personne qui vie là-bas qui aurait une idée?

Hasta pronto
Conseils pour Zanzibar pour famille de voyageurs
by Lafamily · 2004-08-27 · 13 replies
Bonjour à tous !

Nous voudrions préparer un voyage/séjour à Zanzibar pour l'année prochaine (car ma femme attend le prochain membre de "Lafamily" pour février 2005. Nous sommes une petite famille de voyageurs (11ans, 4ans et...), loins des hotels (jamais), des sites touristiques. Pouvez-vous nous conseiller pour ceux d'entres vous qui y sont allé ?

Notre Stratégie : on pose les sacs dans un endroit puis on rayonne une fois sur place à partir de ce point fixe.

Notre Objectif : vivre avec les gens, à coté d'eux et comme eux, pour terminer (souvent) avec eux !

La Technique : Prendre son temps, se faire discret, modeste (puis le fait dêtre en famille fait le reste !)

Nos plus beaux souvenirs : outres les paysages, DES EMOTIONS avec des gens !

Voici nos questions : Hébergement style case ou bungalow (même sans électricité et sans confort !) en bord de mer (sinon autre & tarif..) Ou est-il préférable de séjourner (quelle partie/coin de l'île le plus chouette ?) Comment se déplacer (difficile /facile /prix /types de transports ?...). Comment s'y rendre : escale en Tanzanie obligatoire ? Vos coins préférés / détestés Les pièges à éviter (les endroits à vraiment voir !) Très touristique ? quel type ?

Vos expériences sont les bien venues (carnet de voyage?)

Nous avons consulté le guide du routard et déjà quelques carnets de voyages, mais le vécu, c'est souvent mieux !!

Attention nous partirons évidemment avec notre tout dernier (nous en avons l'habitude et n'avons pas besoins de conseils sur le sujet - hors spécifiques Zanzibar ?-) donc nous serons un peu limités et moins "roots" ou "routard" que d'habitude...

Nous partirons le mois d'Août, qui n'est pas la meilleure saison pour s'y rendre (vacances des enfants obligent!) le temps est il particulier à cette époque...

Merci d'avance !!!!

Francis "membre de Lafamily"
Guide de voyage pour Madagascar
by Loloyaya · 2004-03-23 · 24 replies
Bonjour,

Je viens juste de m'inscrire sur ce Forum.

Nous (ma femme & moi) partons un peu plus de 3 semaines à Madagascar en Juin.

Nous voyageons à peu près 2 fois par an, une fois "Loin" (3 semaines en Asie, Amérique du sud, ...) & une fois "Pas Loin" (2 semaines en Europe)

Nous avons laissé tomber le Guide du Routard (politique commerciale limite, mises à jour très approximatives...) & sommes devenus des Fans du Lonly Planet (anglais ou français s'il existe).

On nous a cependant dit que vers des destinations francophones (exemple Maroc); le Routard était valable, voire mieux que le Lonely.

Quelqu'un a-t-il un avis dans le cas de Madagascar ?

Les Beatles ou les Stones ??? Le Lonely ou le Routard ????

Merci d'avance pour vos avis.
Sarajevo deux époques
by Lucbertrand · 2017-02-26 · 17 replies
Les Balkans sont une région, où foisonnent les sociétés, zone d'achoppement et de conflits entre les cultures, où longtemps l'empire ottoman a affronté la chrétienté. Les influences ont fluctué au gré des fortunes de guerre. Tous ces pays je les ai visités plus ou moins longuement. Chacun d'entre eux a eu sa période de gloire au cours du millénaire écoulé, et pour la Grèce son apogée remonte encore bien plus loin. L'un d'eux, je le connais assez bien pour y avoir vécu trois ans. J'y ai laissé une partie de mon cœur, l’Albanie, pays dans lequel je me suis forgé des amitiés très fortes et indéfectibles. La Bosnie je l'ai aussi arpentée à différentes occasions, tout particulièrement au cours d'un long épisode dramatique de son histoire, le siège de Sarajevo. Mes voyages dans ce coin d'Europe, où l'on se sent très loin, plongé dans cette constellation de petits pays, qui chacun a une identité forte, j'en ai fait déjà plusieurs compte-rendus dans les carnets de voyage forum. L'un de ces écrits je ne l'avais jamais publié, car il pourrait s’apparenter quelque part à un voyage dans la guerre. Mais j'ai décidé de vous le soumettre, car il pourra intéresser les amoureux de cette ville extraordinaire qu'est Sarajevo, et que je trouve toujours aussi envoûtante chaque fois que j'y retourne. Donc voici ce texte, et désolé si certains le trouveront très très long et manquant de photos, mais j'espère qu'il donnera envie d'aller visiter ces terres balkaniques qui sont pétries par deux mille ans d'histoire:

Sarajevo deux époques, souvenirs, anecdotes

Sarajevo, cette ville au nom évocateur, qui tient une place particulière dans l'histoire de l'Europe, j'ai eu l'opportunité de la connaître à deux époques relativement rapprochées mais très différentes. La première fois, quatre mois durant le siège en 1994 en pleine guerre de Bosnie, et la seconde en effectuant un bref passage de deux jours en 2008 au cours d'un périple balkanique. Ces deux expériences dans des contextes opposés, me permettent de mettre en exergue tous les contrastes d'atmosphère au gré des circonstances et des événements que cette ville magique a connus. L'été 1994 arrive à grands pas, j'ai programmé mes vacances, j'irai faire de l'alpinisme du côté de la Vanoise. Brutalement à deux jours du départ, changement de destination, on m'informe que je pars à court terme pour Sarajevo dans le cadre des missions de guidage d'avions de combat. A peine le temps de prendre quelques habits, prévenir ma famille et je suis en route pour une formation accélérée afin de me remettre en tête les techniques aéronautiques appropriées. Les cours théoriques et pratiques sont prodigués par de braves Américains qui n'ont jamais imaginé que sur la terre des gens pouvaient parler autre chose que leur langage qui s'apparente plus à une suite d'acronymes et d'onomatopées à peine prononcés qu'à de l'anglais ! Après une injection à haute dose d'une semaine, je prends la direction de la Bosnie, plus spécialement Sarajevo et son siège. Survol des Alpes, je distingue très nettement les montagnes que je voulais grimper à proximité du col du Mont Cenis, mais l'aventure sera différente.

Je suis arrivé sur l'aéroport surchargé de matériels et d'hommes. La première urgence est de trouver à se loger avec mon équipe, nous sommes 7. On déniche un petit réduit, digne des plus minuscules refuges que j'ai connus en montagne. A 7 nous nous empilons sur 6 mètres carrés, mais ça va. Il ne fait pas froid nous sommes en juillet. D'ailleurs on pourrait avoir très, très chaud, car notre réduit est adossé au dépôt de munitions de la légion étrangère, un obus mal placé et nous prenons un billet direct pour la vaporisation. Nous allons vivre dans cet espace réduit quelques semaines, mais l'activité était si intense que lorsque nous le rejoignions nous nous écroulions dans le sommeil.

Ma première sortie dans la ville me permet de saisir immédiatement l'atmosphère qui y règne. Cité complètement bloquée où tout le monde se cache. Les rues sont désertes, la population vit, comme des rats, terrée. Les militaires dans les blindés et engoncés dans leur gilet pare-balles sont les seuls à donner un peu d'animation à la cité. Rarement, toujours furtivement on aperçoit un civil qui presse le pas dans une rue et disparaît bien vite pour éviter d'être tué par une balle qu'elle soit perdue ou non.

La ville de Sarajevo occupe le fond d'une cuvette toute en longueur. Du fait de son développement, les maisons par manque de place ont colonisé les collines environnantes. Des quartiers serrés se pressent tout au long des pentes de cette multitude de buttes raides, qui rentrent carrément dans la ville basse et l'encerclent de toutes parts. En levant les yeux, la première chose qui frappe, ce sont les façades de maisons individuelles qui constellent tous les reliefs environnants. Il ne faut pas de grandes explications pour comprendre, que de toutes ces fenêtres en encorbellement, des multitudes d'yeux vous regardent voire vous surveillent. Elles sont innombrables, les unes sur les autres, tout au long de ces grandes pentes qui tombent dans la ville. Tels de gros yeux inexpressifs mais lourds de menaces dissimulées, elles peuvent à tout moment prêter assistance à l'auteur d'un assassinat, tapi à l'abri de la lumière, son arme de précision à la main. On imagine facilement tous ces guetteurs scrutant l'immobilité de la ville. Combien de snipers, qui vous prennent dans leur croisillon, se cachent derrière ces ouvertures, à dessein pleines de pénombre ? Combien de fois, montant les escaliers de la fameuse patinoire la Skandéria j'ai senti ces regards sur moi. L'impression est étrange et désagréable, mais il ne sert à rien de lever les yeux, cela pourrait juste être pris pour un acte de provocation, et souvent la susceptibilité du tireur est proportionnelle à son taux d'imbibition à la slibovitch, alcool blanc de prune.

Au cours de différentes missions, je suis amené à remonter des rues remplies de carcasses de voitures et de trams bombardés et incendiés, on se croit dans un film de fiction, des spectacles dantesques de rouille et de fer tordu, mais non c'est la réalité. Par endroits, il faut bousculer certains obstacles avec le blindé pour passer sur ces chaussées recouvertes de gravats. Lors de ces déplacements en véhicules, des gens nous regardent à la dérobée. Dans les jardins de nombreuses maisons particulières les voitures sont bâchées et protégées dans un recoin de terrasse, en attendant des jours meilleurs où il y aura de l'essence, des routes en état et plus d'obus qui s’abattent selon une logique parfois difficile à saisir.

Assister au bombardement d'une ville est une expérience étrange. De gros obus frappent de plein fouet des façades qui s'écroulent dans des nuages de fumée. Les obus lorsqu'ils vous survolent, vous réalisez avec précision le danger qu'ils représentent. S'ils font un bruit strident et aigu, cela signifie qu'ils ont une vitesse élevée et qu'ils vont aller frapper plus loin. Par contre s'ils font un bruit plus mat avec des flop flop, cela trahit une vitesse faible et un engin qui commence à tanguer sur son axe, d'où une chute dans les environs. On apprend très vite, en regardant les autres, à réagir. J'ai fait cette découverte sur une colline en présence d'un groupe de Bosniaques, alors que je faisais des repérages concernant le positionnement des différentes forces en présence. La ville était sous le bombardement régulier de canons serbes de gros calibre. Nous nous trouvions sur la trajectoire des obus, mais bien en-deçà de leur point d'impact. Nous les entendions donc nous survoler dans un sifflement strident. Soudain, un bruit beaucoup plus bas, accompagné du fameux flop flop, décrit si souvent par les poilus de la grande guerre, a provoqué une réaction de fuite immédiate de mes interlocuteurs bosniaques. Effectivement un gros obus est tombé beaucoup plus près que les précédents mais à une distance, où le danger restait faible. C'est ce qu'on appelle apprendre par l'expérience ou sur le tas.

Dans la ville de Sarajevo une petite communauté de Croates se trouve prise en otage entre les Serbes et les Bosniaques. Participer à un office religieux parmi ce groupe catholique est très poignant. Même là, il faut se méfier du scoop journalistique, on pourrait rapidement faire croire en juxtaposant sur une même photo un militaire français et une religieuse croate que nous sommes là pour prendre parti en leur faveur. Bien sûr que leur situation nous émeut, bien sûr que dans la mesure de nos moyens nous les pourvoyons en nourriture, mais nous le ferions de la même manière pour les autres communautés, lorsque des êtres humains sont dans la nécessité impérieuse ils méritent une égalité de traitement. Dans cette petite communauté acculée, la ferveur est très importante, jeunes et vieux montrent la même foi. Je me souviens d'une anecdote amusante malgré la situation. Le prêtre de la légion étrangère française célèbre l'office au cours duquel il se réfère aux noces de Cana. Le légionnaire d'origine croate, lui servant d'interprète, traduit par noces de canard, d'où éclat de rire franc de toute la communauté croate. La difficulté et l'incertitude extrêmes n'enlèvent pas à l'être humain son sens de l'humour et son envie de rire. C'est rassurant. Bien que n'étant pas particulièrement pratiquant, ces offices me bouleversaient par la conviction et l'espérance qui émanaient de cette population martyrisée. Le fait d'y penser quinze ans après, je sens toujours monter en moi de l'émotion.

Observateur de cette situation dramatique que vit une population à trois entités et aussi un peu acteur pour essayer d’y remédier, on ne peut qu'éprouver un réel malaise en constatant toute la frénésie de ce qu'on appelle l'information pour contenter le voyeurisme de nos populations occidentales. Il faut dire que c'est tentant, bien installé chez soi le soir à vingt heures de regarder le sacro-saint journal télévisé qui distille sa kyrielle de faits divers sordides. Montrer des obus écraser une cité qui vit ou plutôt survit dans une immense détresse, c'est l'assurance de faire exploser l'audimat. Pourquoi le spectateur qui se cache en chacun de nous est-il si friand de ce genre de spectacle ? Voyeurisme par rapport à la mort, réconfort de voir qu'il y a plus malheureux que nous, oublier ses petits déboires quotidiens professionnels ou sentimentaux ?

J'ai été au cours de mes nombreux déplacements témoin de situations curieuses, que je ne comprenais pas toujours. Sur la fameuse « snipers allée » complètement déserte, un cycliste, seul sur l'immense ruban de goudron, marche recroquevillé son vélo à la main, et semble se protéger derrière le cadre de sa bicyclette, étrange ! Face à lui les hautes façades d'immeubles, desquelles des yeux amis et d’autres hostiles le surveillent, ces derniers prêts à délivrer la mort. Cette scène est surréaliste, le temps semble suspendu. L'hésitation de l'individu, de toute évidence dans une mauvaise situation est angoissante. À chaque instant on s'attend à entendre un bruit sec se répercutant le long des murs et voir l'homme et son vélo s'abattre au sol. Ce spectacle fait véritablement mal par la tension qu'il engendre. En bruit de fond permanent le son des détonations rappelle que la guerre est présente. On s'y adapte au point que l'absence de tir semble anormale. Se réveiller au bruit de la poudre devient une habitude, un peu à la manière du chant des oiseaux au printemps qui accompagne la reprise de conscience au sortir du sommeil. Lorsque je suis rentré en France, la première semaine j'étais réveillé tôt à cause justement de l'absence de ce bruit de fond qui m'avait accompagné durant quatre mois. L'accoutumance est telle, que le retour à la vie normale semble bizarre. Dès mon arrivée chez moi, je suis parti en montagne remonter le canyon de la Niscle dans les Pyrénées espagnoles. Ne plus avoir à porter un gilet pare-balles, ne plus faire attention aux mines, ne plus chercher le sniper embusqué, pouvoir se déplacer sans contrainte sur de grands espaces, cela procure une sensation étrange, comme si le retour à la normale nécessitait une rééducation. En quatre mois de conditions particulières, on s'adapte très fortement à la situation locale et l'on ne réalise pas à quel point cette adaptation formate les actions réflexes. De façon étrange dans ce canyon de la Niscle, qui est une œuvre de la nature titanesque et de grande beauté, je me sentais comme dans un environnement inhabituel par cette absence de dangers. Il faut se réhabituer à la normalité, et je comprends très bien qu'après des expériences extrêmes, ce qui n'a pas été mon cas, cette réadaptation soit très longue, voire impossible.

J'ai lu à plusieurs reprises des comptes-rendus de voyages en zones de guerre. Ces pratiques suscitent des critiques parfois acerbes, le voyeurisme étant considéré comme indécent. Cela me semble logique, et effectivement, je ne sais pas ce que j'aurais ressenti si j'étais venu simplement me promener, attiré par une curiosité malsaine. Je n'étais pas dans ce cas. Je me demande quelle différence existe entre le touriste en zone de guerre et le journaliste qui couvre l’événement ? Ce dernier ne fournit-il pas un document et des photos, choc des images oblige, à des gens curieux de voir plus que de savoir, poussés par ce qu'il faut appeler l'attrait du spectaculaire morbide donc du voyeurisme ? Mon premier réflexe serait de condamner le tourisme en zone de conflit, alors pourquoi permettre les scoops souvent violents des reporters, qui sous couvert d’information visent au sensationnel si possible bien sanguinolent ? Bien sûr, il me sera répondu qu'il s'agit du devoir d'information. Mais s'agit-il vraiment d'information ou d'un business lucratif à la limite de la décence ? Les journalistes, j'en ai croisé un certain nombre durant cette saison en Bosnie. Comme nous tous, ils faisaient leur métier, même si parfois « JT » oblige, contrainte de temps incompressible du 20h, les informations étaient à mon sens un peu arrangées voire beaucoup. L'obus de mortier filmé était peut-être payé et pas forcément attribué au bon camp, d'où l’ire du camp en question. Il nous arrivait même de recevoir des obus après le fameux JT en guise de protestations, tout du moins c'est ce que j'ai ressenti.

Cependant la visite des journalistes était toujours intéressante, révélatrice du mode de fonctionnement de nos sociétés, prises sous le feu des scoops et de l'information immédiate. Cette précipitation à rapporter de l'information, conditionnée par l'urgence du produit à livrer, quelles que soient les conditions de la collecte et la crédibilité des sources, conduit très logiquement à la désinformation ou même dans certains cas à la manipulation. Je me souviens avoir vu certains impacts de balles troublants sur certains véhicules, qui me faisaient penser qu'ils avaient été demandés par les occupants du dit véhicule pour les besoins du sensationnel à médiatiser. Peut-être ai-je l'esprit mal tourné ? En effet lorsque l'on me présente des traces de balles prétendument tirées par un sniper et que je vois des impacts très rapprochés, semblables à une rafale d'arme du style kalachnikov, je me pose des questions ! Mais imaginons le ou la reporter qui couvre l'événement du siège de Sarajevo et qui un soir ne rapporte rien de très spectaculaire pour la ‘grand-messe’ de 20heures, alors que ses concurrents des autres chaînes font un tabac. Il est fort à parier que ce journaliste va se retrouver très rapidement dans un placard à couvrir le fait divers en province. Donc dans cette surenchère de la précipitation, pour ne pas perdre son emploi, on est prêt à tout pour ne pas priver le bon peuple de France de son coup d'adrénaline en mangeant sa soupe devant son téléviseur. Il est important de lui montrer que ça pète, et mon Dieu que ce soit les uns ou les autres qui font péter ça n'a pas d'importance. Cela en a d'autant moins, qu'entre Serbes, Croates et Bosniaques la majorité des spectateurs ne fait pas la différence et puis s'en fout. L'important étant que ça pète autant que dans la série américaine sur laquelle ils vont embrayer dès le JT terminé. Je ne citerai pas les noms de chaînes dont j'ai vu, je dirais même subi les sarcasmes des représentants, qui dans l'anxiété de ne pas avoir suffisamment de matière à transférer par leur antenne satellite, me reprochaient de faire de la rétention d'information. Mais comment se prononcer sur une situation que l'on ne cerne pas complètement, mouvante à souhait, toute erreur d'interprétation pouvant avoir des répercussions graves. Tout particulièrement étaient concernés ceux qui restaient sur le terrain, les représailles n'étaient pas exclues de la part d'une faction que l'on aurait accusée à tort d'une action perpétrée par l'ennemi. Je trouvais dommage d'avoir à considérer les journalistes de mon propre pays comme un danger pour ma sécurité et essayer de les fuir autant que je pouvais. Je me souviens cependant d'un journaliste de Libération qui venait sur les zones de confrontation et qui posait peu de questions, mais cherchait à se faire sa propre idée de la situation. En le regardant, je comprenais qu'il mûrissait son article et qu'il n'était pas pressé. Ce qu'il fournirait serait certainement le fruit de sa conviction après son expérience sur le terrain et non un show médiatique à consommer le soir même.

Vie en zone de danger, comme il est étrange en tant que militaire de vivre dans des endroits où l'on se sent menacé sans être confronté à la guerre telle que nous l'avons tous gravée en nous par la narration des grands massacres entre Occidentaux. En effet, les deux conflagrations mondiales ont conditionné notre vision d'un conflit. Nous imaginons tout d'abord une hécatombe de militaires, comme par exemple sur les plages de Normandie ou dans les tranchées de Verdun ou de la Somme. Cela ne veut pas dire que les civils ont été épargnés dans ces périodes troublées. Là à Sarajevo pour les soldats internationaux, il s'agit plutôt de vie sous menaces multiples, mais non de danger de mort immédiate comme à Omaha Beach. En effet, durant mon séjour pas un seul soldat des forces internationales ne sera tué, tant mieux. Pour se préserver sur les itinéraires que nous empruntons à pied, des levées de terre ont été faites, ce qui permet un abri relatif contre les snipers. Mais par endroits, il y a des interruptions, par exemple aux carrefours, et là, on reste à découvert. C'est le cas en particulier pour accéder à la machine à laver, un petit passage devant le croisillon d'un fusil à lunette, mais on va quand même nettoyer son linge. C'est aussi le cas pour se rendre à une citerne où nous allons puiser de l'eau pour nettoyer les WC, égalité de traitement, quel que soit le grade chacun va chercher son seau pour les toilettes. Cette ambiance sous contrainte, on s'y habitue tellement que parfois cela en devient dangereux. Je me souviens de ce militaire monté en haut de la protection de terre et qui fumait tranquillement sa cigarette sous le regard de snipers. Il m'a de toute évidence pris pour un mauvais coucheur, lorsque je lui ai donné sèchement l'ordre de redescendre fumer à l'abri. Je pourrais relater d'autres anecdotes de ce genre qui me viennent à l'esprit, cependant ne vous y trompez pas cela n'enlève rien à l'extrême compétence et au dévouement sans faille des militaires français. Dans le cadre de ces coalitions aux ordres de l'ONU, on se trouve comme pris dans une énorme machine administrative à la réaction molle, alors que des populations vivent des situations dramatiques. Srebrenica et son massacre en sont la preuve manifeste. Assez vite, en ce qui me concerne je me suis fait une idée du niveau de danger auquel j'étais confronté. Bien sûr cela est statistique en fonction des événements que l'on constate. Comme je l'ai dit, malgré les tirs de tous calibres permanents, en tant que soldats de la force internationale, à la période où je me trouvais à Sarajevo, nous étions peu visés. À d'autres périodes ce n'était plus le cas, mais durant les quatre mois où j'ai été présent, nous n'avons eu à déplorer qu'un seul blessé. Par contre parmi les trois entités, bosniaques, croates et serbes les morts se comptaient par centaines, combattants et civils confondus. On prend rapidement conscience, que sur un même lieu, nous ne sommes pas tous soumis aux mêmes conditions et aux mêmes dangers. Parfois je pensais à Chamonix en été et à sa ronde permanente d'hélicoptères lancés dans des sauvetages souvent périlleux pour aider de nombreux alpinistes, ou malheureusement récupérer les corps de ceux qui y laissent leur vie. Durant les deux mois d'une saison à la « Mecque de l’alpinisme » la liste des blessés et de ceux qui ne reviendront pas est longue. Je ne pouvais m'empêcher de penser que statistiquement durant cet été 1994, le grimpeur dans les Alpes était plus en danger que le militaire plongé dans le siège de Sarajevo. Cette comparaison me troublait beaucoup. Comment l'assouvissement d'une passion peut-elle se révéler plus dangereuse que la participation à ce qu'on appelle une guerre, même s'il s'agit de mission d’interposition ?

Les sorties nocturnes dans la ville pour faire des essais de transmissions avec les avions, alors que les rues ont été rendues aux factions est une expérience pour le moins impressionnante. De nuit comme de jour le travail se fait généralement à partir d'un blindé. Espace carcéral auquel on s'habitue. On a parfois l'impression d'être en immersion dans un milieu glauque, entouré de bruits de tirs, à serpenter parmi des carcasses détruites, parfois des balles de petit calibre claquent sur le blindage. Ne rêve-t-on pas ? Sommes-nous dans un film d'anticipation au centre d'une ville soumise à la plus abominable des insurrections ? Non, il s'agit bien de la réalité. Dans cette ambiance tendue, la voix nasillarde d'un pilote américain, anglais ou français se fait entendre dans les écouteurs et la procédure de guidage commence. Être le maillon d'une énorme machine de guerre ou de paix, selon le point de vue, raccroche à une réalité palpable et par certains côtés est rassurante, surtout lorsqu'on pense être dans le camp des gentils. De toute évidence être le soldat d'un pays démocratique évite les états d'âme. Notre Président, à cette époque s'appelait François Mitterrand, même lorsque l'on n'a pas voté pour lui, l'image d'humanisme qui lui est attachée rassure le soldat engagé sur sa décision.

La vie dans une ville assiégée et affamée par encerclement laisse des souvenirs profonds. Circuler dans un quartier sous bombardement est une situation étrange. Le souffle puissant des déflagrations qui remonte les rues dans un râle rauque est impressionnant. Cela produit un bruit presque épais à la manière d'un gémissement profond et lugubre, canalisé par de hautes façades qui le compriment en lui donnant longueur et gravité. Il se propage accompagné d'une multitude d'échos tout aussi graves qui entretiennent le son. On sait qu'un obus est tombé à proximité, mais on ne voit rien entre les bâtiments, seul ce souffle renseigne sur la proximité de l'explosion. On est d'autant plus surpris, que le sifflement de la munition en vol a été atténué par le bruit du moteur de notre véhicule. Un jour où les tirs étaient particulièrement nourris, j'ai assisté à ce spectacle incompréhensible de civils qui n'avaient pas l'air de paniquer, comme s'il y avait un accord tacite sur le lieu précis du bombardement. Ils restaient sur le pas de leur porte, alors que le bombardement était tout proche. Je n'ai jamais eu d'explications. J'ai vu avec surprise le fameux marché de Sarajevo qui se tenait, même misérablement, alors qu'autour des munitions de gros calibres tombaient.

Au cours de nos missions il nous arrivait de dialoguer avec des avions alors que nous étions en pleine ville. Un après-midi, alors que nous stationnons sur la petite place de la patinoire, nous allons commencer une séance d'entraînement aux procédures de guidage avec des pilotes. Le lieu où nous nous trouvons est sous le feu permanent des belligérants qui se battent entre eux. Les armes qu'ils utilisent, principalement de petit calibre, ne représentent pas un réel danger pour nous, dans la mesure où nous restons dans notre véhicule blindé. Avant que la séance d'entraînement commence, je donne mes consignes à l'équipage du véhicule. Je leur précise qu'il s'agit d'un entraînement donc en aucun cas nous ne devons prendre de risque inutile. C'est à dire que tout problème technique de transmission qui nécessiterait une intervention extérieure au blindé ne doit pas être pris en compte, sécurité du personnel est prioritaire. Le contact est établi avec un A10 américain. Au début tout se passe bien, puis le contact radio se détériore. J'ai de plus en plus de mal à communiquer avec l'avion. Tout absorbé à mon travail à essayer d'interpréter les paroles de l'aviateur hachées et baignées dans une importante friture, je ne prête plus attention à mon environnement immédiat. Alors subitement la liaison redevient parfaite et la compréhension mutuelle facile. L'avion ayant fini son passage le calme revient dans l'habitacle de notre blindé. Alors discutant avec l'adjudant des transmissions qui m'assiste, je réalise qu'il était sorti sur le toit changer une antenne pour rétablir la communication, alors que partout autour nous entendions les bruits secs des balles qui frappaient les façades et parfois le métal de notre véhicule. Sans chercher à comprendre, régissant à son seul réflexe de technicien, l'adjudant était monté sur le toit pour changer un embout d'antenne restant exposé de longues secondes aux balles qui fusaient dans tous les sens. Il considérait qu'il avait simplement rempli sa mission. Cependant pour le principe, alors qu’il avait fait preuve d’un véritable courage, je lui ai reproché d'être sorti alors que j'avais demandé de limiter les risques. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si la situation se dégradait et si l’on passait à une phase plus offensive, j'étais entouré de vrais combattants qui iraient jusqu'au bout sans se poser de question. Les périodes de vie en ville alternaient avec les périodes de vie en montagne, sur le fameux mont de Bijelasnica. Lorsqu'on est montagnard, que l'on soit en temps de paix ou de guerre l'attrait de l'ambiance de la montagne reste très fort. Nous logions dans un chalet de bois dans lequel des photos de montagnes prestigieuses étaient accrochées aux murs, en particulier les Tre Cime di Lavaredo et l'Everest. J'ai même trouvé un topo d'escalade écrit en yougoslave. Décor immense autour de ce point haut qui était le départ de la descente de ski des JO de Sarajevo. Quelques soldats français habitent ce lieu. En fonction des missions le nombre varie de cinq à une petite trentaine. Nous y sommes venus pour la première fois au mois d'août, après que les belligérants l'aient quitté suite à des accords internationaux. À notre arrivée nous découvrons un site dévasté, dans un état de grande saleté. Les derniers occupants ayant déféqué au beau milieu des pièces et saccagé le mobilier. Nous prenons donc régulièrement nos quartiers dans ces montagnes et remettons de l'ordre dans ce magnifique refuge. Ma mission principale était la détection de tous les matériels militaires dans les plaines environnantes pour les signaler à l'aviation. En conséquence j'ai passé beaucoup de temps assis tout en haut d'une cime à scruter. Il ne m'était jamais arrivé de rester au sommet d'une montagne une semaine complète. Expérience étonnante et enrichissante, je ne trouvais pas le temps long. Pouvoir assister au cours des jours qui s'écoulent à l'évolution météorologique autour d'un sommet, quel plaisir ! Bien entendu, j'y ai connu tous les temps : beau, chaud, soleil, couvert, venteux, pluvieux, froid et même la neige.

Le site était d'une grande beauté et très sauvage, bien qu'il s'agisse du sommet d'une station de ski. Le dénivelé était important par rapport à la plaine que nous dominions. De ce point, vers le nord, la vue donnait sur les Monts Igman et ensuite embrassait la cuvette de Sarajevo. Certains jours où la brume remplissait les terres basses, de Sarajevo ne surnageaient au-dessus du brouillard que les tours de retransmission détruites, qui comme des statues fracassées, portaient témoignage de la folie des hommes, qui plus bas s'affamaient et s'entretuaient. Il m'arrivait souvent de venir m'isoler seul assis au sommet. Tous les matins au lever du jour j'étais un spectateur assidu de ce moment magique, que tout alpiniste apprécie plus que tout. Pour le montagnard, généralement assister à l'apparition du soleil d'un sommet signifie que l'entreprise de la journée a été un succès puisqu'on est arrivé au but que l'on s'était fixé, donc tout à loisir, l'esprit libre on peut se livrer à ce fantastique spectacle de la nature. Bien évidemment ma situation et les raisons de ma présence étaient bien différentes de la motivation habituelle du grimpeur partant à l'assaut d'une face. Un matin, à cinq heures, alors que la nuit ne va pas tarder à céder la place à la lumière, assis seul, tous les sens en éveil je m'imprègne de ce spectacle dans ce contexte particulier du siège. Sous Bijelasnica une mer de nuages s'étale, de laquelle sortent quelques points hauts des collines enserrant Sarajevo. La distance à la ville amortit le bruit du canon qui est quasi permanent, et le transforme en une rumeur lointaine, sourde et diffuse. Y a-t-il vraiment la guerre ? Ce moment de joie intense que tout alpiniste gardera pour toujours dans son cœur va se produire. À l'est, la clarté se fait de plus en plus nette et les nuages prennent des teintes irisées qui s'étalent du rouge vif au marron sombre presque noir, dans un dégradé continu d'est en ouest. Alors, le soleil perce la couche et apparaît déformé du fait de la distorsion de la lumière traversant l'atmosphère. À cet instant, j'aperçois dans la direction de l'astre du jour deux « bateaux » chevauchant à vive allure cette mer de nuages calme. Enfin, je distingue leurs silhouettes surmontées de leurs doubles dérives caractéristiques. Il s'agit de deux F14 de l'US Navy qui convergent vers ma position, point caractéristique connu de tous les aviateurs de la coalition. Arrivés au pied de la montagne, ils l'escaladent en patrouille serrée au plus près du relief. J'ai tout loisir de les regarder monter vers ma position. L'un des avions me survole de quelques mètres, tandis que le second passe en dessous dans le petit col qui est à ma droite en contrebas. Je peux voir très distinctement les casques de l'équipage de l'aéronef lancé à vive allure. Heureusement que je me suis levé, dire que j'aurais pu rater un tel spectacle, qui restera gravé en moi à jamais. Je ne peux m'empêcher de penser à ma chère maman à laquelle j'ai dit, que j'étais en Italie. Si elle pouvait imaginer « l’enfer » qui est le mien. Je sais que ce genre de réflexion peut choquer, mais c’était bien mon état d’âme à ce moment, confronté à un double spectacle de beauté de la nature au lever du jour et de merveille technologique, le tout dans un environnement de guerre. Les journées étaient bien remplies, entre le travail technique, les visites d'autorités alliées ou serbes, de journalistes et même de troupes tentant des actions tout du moins d'intimidation. Dans ce contexte, pris entre les positions des Serbes et des Bosniaques, ce que nous craignions le plus c'était de nous faire attaquer par une faction, qui essaierait d'en rejeter la faute sur leurs ennemis afin que nous les attaquions à notre tour en guise de représailles. Du fait de cette insécurité, lorsque nous restions peu nombreux, nous prenions des précautions particulières, car nous ne pouvions rester éveillés toute la nuit. Nous déployions autour de notre refuge, des systèmes d'alarme constitués de fils fins reliés à des mines éclairantes. Un soir alors que nous sommes seulement cinq au sommet de cette montagne, réunis pour dîner, une explosion nous indique qu'une mine a été déclenchée. Branle-bas, nous montons rapidement sur le toit, prêts à répliquer en cas d'attaque. Que constatons-nous ? Un gros lièvre qui détale et qui de toute évidence était le responsable du déclenchement de notre alarme. Il est étrange de se retrouver couché à plat ventre sur le toit d'un refuge en montagne un pistolet mitrailleur à la main. L'adrénaline dans ces cas est la même que celle qui inonde lors d'un passage difficile d'escalade, tout l'esprit tendu vers l'action. De plus le groupe réagit comme un seul homme, chacun se positionnant au meilleur endroit prêt à faire front. L'esprit d'équipe dans ces situations lorsqu'il est bien rôdé est un atout indéniable. Je ne dirais pas presque déçus, nous retournons terminer notre dîner.

A deux mille mètres d'altitude, en l'absence de toute lumière parasite, la nuit est magnifique. En Bosnie à l'été 1994, des lumières parasites il n'y en avait pas, le pays n'étant plus approvisionné en électricité. Au mois d'août à l'époque des grands passages d'étoiles filantes, j'ai assisté de mon promontoire à de véritables feux d'artifices. Ce qui était aussi très curieux à regarder, c'était la ligne de démarcation ou ligne de front entre les belligérants. Autant la journée, elle n'était pas matérialisée à travers les forêts qui s'étalaient à nos pieds, la nuit par contre, les lampes de poche et les petits feux ponctuaient très nettement cette ligne qui séparait des hommes en guerre. Un soir j'étais en train de la regarder serpenter au gré des mouvements de terrain. Un avion m'a contacté pour venir étudier la zone. Dès que le bruit de son réacteur, très ténu à peine perceptible du fait de sa hauteur, s'est fait entendre, la ligne de front s'est presque instantanément éteinte. Dans cette quiétude de l'été, il ne fallait pas se fier aux apparences. Les hommes restaient très vigilants et se guettaient, prêts à donner la mort à l'imprudent qui se serait laissé prendre par la douceur de l'été.

Parfois nous étions confrontés à des situations difficiles. Un exemple, à quelques centaines de mètres de notre refuge, se trouvait le cadavre d'un combattant bosniaque en zone serbe. Des tractations par radio sont engagées afin que ses camarades puissent le récupérer. Les Serbes ne s'y opposent pas dans la mesure où, on leur rend la dépouille de l'un des leurs en échange. La réponse du camp adverse est simple : nous ne détenons pas de cadavre serbe, par contre nous avons des prisonniers, nous allons en tuer un, et vous donner son cadavre en échange. La négociation s'est égarée et a traîné quelques jours. Au mois d'août la chaleur aidant, le corps du combattant s'est rapidement métamorphosé et ce sont les soldats français qui sont allés le ramasser afin que les siens puissent lui donner une sépulture décente.

Il m'est arrivé d'avoir à participer à des reconnaissances le long de lignes de crêtes, afin de nous assurer que les différentes factions de combattants respectaient bien le retrait auquel elles s'étaient engagées. Hors le contexte très particulier de cette guerre balkanique, le déplacement en lui-même consistait en une magnifique balade sur une crête aérienne, offrant de toutes parts une vue magnifique sur un pays sauvage, très peu habité. Le problème des mines nous préoccupait cependant, et nous faisions attention. Sur ce sol de rocher dénudé, le risque de marcher sur l'une d'elles était faible. Par contre déclencher un système de piège en tirant du pied sur un fil me semblait possible.

Un jour où l'activité aérienne était interrompue pour cause de météo très mauvaise, je suis parti me balader dans le brouillard en pleine montagne avec l'un de mes camarades. Outre le danger inhérent à la montagne par mauvais temps, nous ressentions des impressions fortes à l'idée du contexte général de la région à ce moment. Devant nous, une masse sombre apparaît, nous marquons l'arrêt puis nous approchons. Il s'agit d'une stèle à la mémoire de randonneurs morts de froid après s'être égarés dans le mauvais temps. Cet accident remontait à plusieurs années avant le début de la guerre.

Depuis mon observatoire, j'ai aussi assisté à la destruction totale de la station de ski olympique par les Serbes. En effet, lorsqu'ils se sont retirés de cette zone, afin d'être sûrs que les Bosniaques n'utiliseraient pas les installations, ils ont tout dynamité. Par un bel après-midi, j'ai vu les pylônes des remontées mécaniques plier sous les charges d'explosif. Le feu d'artifice a duré un certain temps, avec en bouquet le dynamitage avec une très forte charge de bunkers qui se trouvaient à quelques mille cinq cents mètres de ma position. Des blocs énormes ont été projetés et un immense panache de fumée s'est élevé tel un geyser. L'onde de choc forte a sérieusement secoué notre bâtiment. Ce soir-là, tout autour dans un ciel clair il n'y avait que désolation et incendies. En contrebas un très bel ensemble hôtelier finissait de se consumer dans la nuit qui s'installait.

Bien que souvent isolé sur mon piton, je savais que très vite l'actualité pouvait me propulser au premier plan, au travers d'une déclaration à des reporters français mais aussi serbes. Il m'est arrivé à ce titre une expérience très intéressante et pleine d'enseignements. Ce jour-là, nous étions assez nombreux au sommet de la montagne, mon équipe, six en comptant le spécialiste du renseignement, un petit détachement de la Légion pour assurer notre sécurité et un détachement de parachutistes qui effectuait une mission spécifique. En tout, nous étions une bonne vingtaine. Un nuage de poussière tout en bas de notre montagne attire mon attention. Un véhicule monte. Lorsque j'arrive à le discerner clairement, je constate qu'il s'agit d'une voiture civile non blindée et non tout terrain, donc ce ne sont pas les journalistes habituels, reconnaissables à leur 4x4 aux vitres blindées. Immédiatement j'interroge le spécialiste du renseignement, qui me dit reconnaître ce véhicule. Il s'agit d'une équipe de télévision serbe venant de Belgrade. Qu'est-ce que cela signifie ? Le chemin est long pour arriver jusqu'à nous le long de ce chemin très caillouteux. Nous avons tout le temps de nous perdre en interrogations. Enfin la voilà cette voiture qui débouche sur l'esplanade devant notre bâtiment. Il s'agit d'une petite auto à la silhouette carrée, bien dans la tradition des véhicules des pays de l'est. En sortent deux journalistes, une femme et un homme à l'aspect assez miteux. Ils ne sont pas armés, donc pas considérés comme hostiles. Leur hostilité résidant cependant dans leur caméra. En effet, ne faisant pas confiance aux journalistes français, il est encore moins question de faire confiance à une équipe serbe, qui vient probablement sur instruction. Je demande à chacun de ne pas communiquer avec les nouveaux arrivants. Ayant enlevé mes différents attributs de grade, de nom et surtout d'appartenance à l'armée de l'air, je les laisse s'approcher. Une fois au contact, j'engage la conversation, et je ne juge pas utile de les empêcher de filmer, dans la mesure où nous ne leur parlons pas, afin d'éviter toute tentative de manipulation. Rapidement ils ne semblent plus motivés pour nous filmer, je pense les avoir découragés. Alors le spécialiste du renseignement attire mon attention sur le nouveau nuage de poussière qui vient à notre rencontre. Très vite les véhicules sont identifiés. Il s'agit de l'un des généraux de l'armée serbe de Bosnie accompagné de certains de ses adjoints. Les véhicules s'arrêtent à proximité de celui des journalistes. Le général et l'un de ses subordonnés descendent du premier ainsi que quelques officiers du second. Les journalistes se sont mis en position pour filmer. Je n'ai aucun mandat pour recevoir qui que ce soit de l'un des camps belligérants. Je me tiens donc en retrait, montrant très clairement que je n'ai pas l'intention d'accueillir cette délégation même si à sa tête se trouve un général. Ce dernier juge vite la situation et entreprend de faire le tour de la position. N'étant pas menaçant, ses adjoints non plus, je ne juge pas utile de leur en interdire l'accès. Cependant je les fais suivre par un légionnaire d'origine yougoslave, lui demandant de se tenir à la distance nécessaire et suffisante pour écouter ce qui se dit. La conversation entre ces officiers serbes est édifiante. En gros le général dit : les Français sont là mais n'en n'ont rien à foutre. Ensuite il revient se camper au milieu du terre-plein et attend que l'un d'entre nous vienne à son contact. J'interdis à quiconque de bouger. Alors le journaliste serbe s'approche et me dit que le général désirerait me parler. Ayant pris précédemment les précautions nécessaires afin que les caractéristiques de mon uniforme ne puissent être utilisées à des fins de propagande proserbe, je m'approche. Le général me tend la main, j'en fais de même. Et commence un grand serrage de mains à la mode communiste sous l'œil de la caméra. Je n'apprécie pas et me mets à tourner, pour perturber la prise de vue. Mon interlocuteur me pose un certain nombre de questions que j'élude et il me fait constater que je suis particulièrement prudent. A l'une d'entre elles je réponds que les montagnes de son pays sont très jolies et que j'apprécie d'avoir à m'y trouver. Il regarde les siens un peu interloqué et sourit. Je ne me sens pas particulièrement à l'aise, d'autant plus que le journaliste essaie de me coller le micro sous le nez. Je parle donc le moins distinctement possible tout en tournant, et la langue anglaise se prête bien à la non-articulation. Nous sommes donc tous à tourner sur ce terre-plein au sommet d'une montagne. Même si cela n'a pas duré très longtemps, j'ai eu l'impression d'une éternité. En effet, mes interlocuteurs sont aguerris beaucoup plus que je ne le suis à l'art de la manipulation et de la désinformation, donc je me sens dans cet entretien en position de vulnérabilité. Le général voyant toute l'hostilité passive que je manifeste à son encontre n'insiste pas trop. Il me dit au-revoir et repart avec ses adjoints. La voiture des journalistes les suit dans la foulée. Je ne pense pas qu'ils puissent exploiter les images qu'ils viennent de faire. Cette visite me semble étrange et surréaliste.

Nous sommes vraiment dans une situation bizarre au milieu de belligérants qui peuvent investir notre position dans la mesure où ils ne sont pas hostiles, mais auxquels nous nous opposerons s'ils sont armés. Alors que je me perds depuis une heure en conjectures sur la signification réelle de cette visite, l'un des parachutistes attire mon attention sur un groupe d'hommes à pied qui monte la pente raide qui conduit à notre position. Nous identifions tout de suite un groupe de combat d'une dizaine de soldats serbes, cette fois armés. Immédiatement je réunis les légionnaires et les parachutistes et les fais se positionner face à la menace. Les intrus constatent que nous réagissons mais continuent leur progression. À ma droite les légionnaires à ma gauche les parachutistes, échelonnés le long de la crête. Les armes sont clairement mises en position de tir. Ils montent toujours. Par contre ils ne lèvent pas leurs armes. J'y suis particulièrement attentif, car s'ils ont ordre d'attaquer il est fort probable que la première balle sera pour moi. La tension monte très clairement. Le lieutenant commandant le détachement de parachutistes positionné à quelques mètres de moi, tenant son pistolet mitrailleur prêt, m'interroge d'un regard insistant et n'attend qu'un signe de ma part pour tirer dans le tas. Pas de panique, mais ça ne va pas tarder à urger! Ils continuent de monter. Même s'ils ne sont pas directement menaçants, il n'est pas question de les laisser arriver avec leurs armes. Ils ne sont plus qu'à deux cents mètres. Les deux chefs de détachements légion et parachutiste guettent la moindre de mes réactions. J'ai clairement conscience de la décision rapide et lourde de conséquences, que je peux être amené à prendre à la moindre évolution de la situation. Les Serbes sentent que cela ne va pas tarder à dégénérer. Nous avons l'avantage de la hauteur, ce qui psychologiquement est confortable. Alors je vois le chef de groupe de combat serbe poser son arme, tous ses hommes en font de même, mais ils continuent de monter. Pour moi, cela est différent par rapport à mes directives. Je demande aux militaires français tout en restant extrêmement vigilants de ne plus les viser directement. Les Serbes arrivent à notre contact. Ils nous demandent de l'eau. Nous leur en offrons. Nous échangeons quelques paroles en restant les uns et les autres sur nos gardes, faisant attention à tout geste mal interprété, car après ces minutes de grosse tension, il faut revenir au calme psychologique. Puis ils repartent par où ils étaient arrivés. Au passage ils récupèrent leurs armes et disparaissent au bas de la montagne. De toute évidence, leur général les a envoyés pour nous tester. Je ne sais pas à quelle réaction il s'attendait. Par contre, je sais qu'il aurait suffi d'un détail, un petit incident, par exemple un soldat serbe qui trébuche en levant malencontreusement son arme de façon menaçante, et que j'interprète comme un déclenchement d'offensive pour que je fasse tirer sur le groupe.

À la fin de ma mission de quatre mois, la passation de consignes à mon successeur m'a une fois de plus amené à vivre une situation chargée en adrénaline. En effet, alors que je le conduisais sur les différents sites environnant Sarajevo à partir desquels nous guidions les avions, il se montra très curieux concernant l'un d'eux. Il s'agissait d'un point haut sur l'une des collines dominant la ville. Sur le mouvement de terrain en face de nous se trouvait une ligne de canons serbes. Afin de les faire désigner aux avions de combat, nous prenions comme point de repère initial une usine dans la vallée sous nos pieds. Cette usine nous ne la voyions pas du fait d'une rupture de pente. Cependant, je savais précisément où elle se situait et j'en connaissais les caractéristiques, car l'aéronavale française m'avait fait parvenir des photos de qualité. Mais mon camarade ne voulant se satisfaire des photos, il me demanda donc que nous allions voir de nos propres yeux cette fameuse usine. Pour ce faire, il fallait passer une petite ligne de crête à partir de laquelle la vue était plongeante sur le fond de la vallée. Je lui dis que cette manœuvre je ne l'avais jamais faite, elle était inutile et de plus fort dangereuse, car considérée à coup sûr comme une provocation par les Serbes. Nous nous dirigeons à pied vers ce lieu, alors que je m'efforce de le convaincre de la stupidité de ce que nous sommes en train d'accomplir. Au moment de passer cette fameuse ligne de crête, un sifflement strident et violent se fait entendre. L'air autour de nous est comme déchiré par une vibration puissante. Nous réalisons immédiatement que nous avons été la cible d'un tir direct. L'obus à pleine vitesse a dû passer dans un rayon d'une dizaine de mètres, mais heureusement un peu au-dessus. Du fait de notre position dominante il a franchi la colline et s'est écrasé loin derrière. Là j'ai dit à mon camarade que je refuse de continuer et je fais demi-tour, il me suit. Un deuxième obus s’abat à une centaine de mètres dans le jardin potager d'une villa en contrebas. Nous nous mettons à courir vers notre véhicule blindé. Une fois que nous sommes à l'intérieur, un troisième obus éclate à proximité et nous recevons quelques pierres projetées par le souffle de la déflagration. De toute évidence les Serbes nous ont fait passer un message, quant aux limites à ne pas dépasser. Je l'ai bien senti depuis quelques mois que je travaille dans ce secteur, qu'il y a un code de comportement non écrit mais bien établi entre eux et nous. S'ils avaient voulu nous tuer je pense que le premier coup aurait été le bon. Cependant plus j'y pense et plus je me dis que ce premier obus est passé très, très près. La moindre erreur de tir de leur part et nous le recevions directement et nous étions transformés en poussière. Ce sont là des expériences uniques, qui lorsque vous les avez vécues, vous marquent pour votre vie. Face à des décisions lourdes de conséquences que l'on peut être amené à prendre, je constate que je ne me pose plus de questions annexes. Toute la réflexion, que chaque militaire a dû avoir en amont concernant le métier des armes, permet de réagir sans état d'âme mais en gardant en tête les principes de démocratie et d'importance de la vie humaine.

Voilà ce que j'ai vécu dans cette ville et ses environs durant quatre mois de l'année 1994. C'est avec beaucoup d'intérêt et une curiosité exacerbée que j'y reviens en mai 2008, au cours d'un périple à travers les Balkans.

Mon arrivée se fait par une route à forte circulation, alors que je connaissais ce pays au travers d'un trafic inexistant hormis les véhicules militaires de la coalition de l'ONU. Donc tout surpris je rentre dans une ville qui n'a plus rien à voir avec celle où j'avais vécu. Très rapidement j'arrive au carrefour où durant quatre mois j'avais connu cette carcasse de tramway tordue et rouillée. Je suis impressionné par l'activité de la ville. Les façades des immeubles gardent les traces de la guerre. Comme il est étrange de voir cette foule dans ces rues dont je garde le souvenir d'un lieu désert, où seules les déflagrations perturbaient le silence pesant. Ce qui me frappe tout de suite une fois de plus, c'est cette foule de constructions escaladant les collines, mélange de maisons de quartiers, de mosquées et de cimetières. Ces derniers ne sont pas cachés par de grands murs afin de les soustraire à la vue. Bien au contraire ces véritables forêts de stèles blanches éclatantes, surgissent un peu partout au gré des reliefs qui enserrent la ville, par groupes plus ou moins importants. Au cours de mon séjour précédent, cette cité, je ne l'avais pas perçue de cette façon, sans doute accaparé à guider des avions à partir de mon blindé.

Après renseignement je vais loger chez l'habitant à mi-chemin du sommet d'une colline, où je me rendais fréquemment pour accomplir ma mission. Lorsque je parle au propriétaire de cet endroit que j'avais fréquenté pendant le siège, je le sens un peu gêné. Il me dira au fil de la conversation qu'à cette époque il était réfugié en Suisse. Il n'a pas à se sentir gêné. En effet, qu'aurait-il bien pu apporter en restant ici durant cette période de terreur ? Le quartier est superbe, constitué de petites rues en pente, délimitées par des maisons très balkaniques, un étage maximum, bien propres, badigeonnées à la chaux. De temps à autre une mosquée aux dimensions réduites, avec un minaret noir en bois dépasse au-dessus des toits. Que ce quartier est esthétique ! Sur une fenêtre deux chats sont langoureusement étalés, l'un d'eux est d'une blancheur immaculée et l'absence de contraste sur le mur blanc est étonnante. Sans délimitation aucune on passe de la rue à l'un des multiples cimetières. Les stèles funéraires relèvent plus de monuments historiques que des froides demeures de défunts que l'on rencontre chez nous. En s'y promenant on ressent tout le poids de l'histoire récente et dramatique, mais aussi et surtout de l'histoire ancienne et multiple, chrétienne et principalement ottomane. Le syncrétisme est palpable dans ce mélange de cultures. Ce qui est étonnant c'est qu'une guerre ait pu éclater. Pourquoi des peuples qui ont de tels points de convergence peuvent arriver à se battre. Des origines différentes qui subsistent malgré le temps et qui resurgissent sous le poids des évolutions géostratégiques, sous la pression de systèmes idéologiques du passé. Des chefs à l'esprit obtus, exacerbent les peurs par rapport à l'autre et tout éclate ? Cette différence culturelle entre orthodoxes, catholiques et musulmans, je l'ai connue en Albanie. Mais les situations ne peuvent se comparer. Dans ce petit pays, quelles que soient les origines religieuses, le voisin n'est pas ressenti comme une menace, même si on s'en moque parfois. Sans doute est-ce là tout le côté néfaste d'un politicien, qui de par son formatage idéologique, entretient des barrières entre les différents groupes, alors que son prédécesseur avait maintenu l'union, certes d'une main de fer. Sans doute est-ce facile de dire ce que je dis, la réalité de la relation humaine étant complexe. Peut-être les groupes d'origine différente ne sont pas vraiment solubles entre eux? Adieu les belles illusions de citoyen du monde, image idyllique que nos démocraties colportent de façon un peu hypocrite. Dans notre pays, la France la fraction ethnique est une réalité qui semble devenir de plus en plus visible. On comprend d'autant mieux, alors que nous sommes un pays encore prospère qui se veut démocratique, pays des droits de l'homme, que dans un pays pauvre régi par des règles sorties du communisme stalinien, les explosions entre groupes soient inévitables. Ces clivages qui montent les hommes les uns contre les autres, n'empêchent pas qu'individuellement ces mêmes hommes soient accueillants et très sensibles, c'est tout le paradoxe de la race humaine.

En tout cas je ne suis pas très optimiste pour le devenir de la Bosnie et de Sarajevo en particulier. Ce que j'y ai vu en 2008 n'est pas très rassurant. J'ai ressenti que si en apparence les frontières n'existaient plus, les différents groupes les situaient toujours avec précision. Si nous, Occidentaux, nous pouvons passer dans les différentes zones de Bosnie, les autochtones semblent beaucoup plus cantonnés par secteur. Par exemple il n'est pas possible de faire le tour de l'aéroport de Sarajevo en bus. De façon inexplicable à première vue, il s'arrête à un endroit et ne va pas plus loin. Cela semble correspondre aux limites de la zone de front que j'ai connue il y a plus de vingt ans.

Ayant donc utilisé le bus jusqu'à son terminus je continue mon tour à pied et je tombe sur le fameux tunnel, dont à l'époque nous ne savions pas s'il s'agissait d'un mythe ou d'une réalité. Que d'émotion cela me procure d'y pénétrer. Ce tunnel permettait aux Bosniaques de rejoindre la ville de Sarajevo en passant sous l'aéroport, car tous les accès terrestres étaient tenus par les Serbes, ou maintenus sous leur menace. De son point d'entrée sous terre je distingue très nettement le bâtiment de l'aéroport dans lequel j'avais été logé au cours de mon dernier mois de présence. Me revient à l'esprit mon installation dans la pièce qui m'avait été attribuée avec mon équipe. La fenêtre détruite ne protégeait pas la pièce des intempéries, mais surtout des tirs éventuels de snipers bien identifiés à proximité. Donc très humblement nous avions mis des sacs de sable dans le trou béant de la fenêtre, laissant un petit espace latéral afin que la lumière entre. Aucun sniper ne nous a jamais tiré dessus. Par contre je n'ai jamais cherché à les narguer. S'il avait été question de les détruire, alors il y aurait eu le choix entre un tir de blindé ou un passage d'avion, mais ce n'était pas à l'ordre du jour. Cependant mon successeur, sans doute plus joueur, s'est amusé à attirer l'attention d'un sniper. De ce fait de temps à autre, il se rappelait à son bon souvenir en lui tirant une balle dans la pièce, rien que pour le « fun ». Je suis content de ne pas avoir goûté ce genre de plaisir !

En regardant les vastes espaces dégagés de cet aérodrome, me reviennent en mémoire les soirées, où alors incorporé dans un régiment de légion je prenais des tours d'officier de service, dont la mission principale la nuit était de suivre la fameuse mission dite de « crossing ». Il s'agissait de gérer le flux de Bosniaques qui traversait en surface la zone de l'aéroport contrôlée par la force internationale. Tous ne pouvant pas emprunter le tunnel, le passage à l'air libre se faisait sous les yeux des Serbes qui avaient une vue directe sur la scène, car ils tenaient les deux extrémités de la piste. Or en vertu d'un accord international, la force militaire de l'ONU avait la responsabilité d'interdire aux Bosniaques de traverser en ce lieu. Il en résultait une situation ubuesque. Les Serbes nous menaçaient de tirer dans le tas si nous n'empêchions pas les Bosniaques de passer. Avec des véhicules blindés coordonnés de la tour de contrôle à l'aide d'intensificateurs de lumière infrarouge nous surveillions les passages. Avec nos blindés nous interceptions les personnes en train de traverser et les ramenions à leur point de départ. Dans une même nuit il n'était pas rare de ramener plusieurs fois la même personne. Et la population essayant de traverser était très diverse, ça allait de la jeune fille en mini-jupe au paysan qui traversait avec sa vache. Bien évidemment cette dernière il n'était pas question de la faire monter dans le blindé, on l'accrochait donc à l'extérieur. Tout ce ballet était observé par les Serbes qui parfois nous appelaient au téléphone pour nous dire d'être plus efficaces, en nous menaçant d'ouvrir le feu au canon si nous n'obtempérions pas. Me trouver là en bordure du terrain d'aviation avec tous ces souvenirs qui me reviennent à l'esprit est très émouvant. Prendre les transports en commun le long de « sniper allée » que cela me semble étonnant. Cette avenue est longue, je n'en avais plus un tel souvenir. Une ville déserte se traverse effectivement plus facilement qu'une ville noyée dans un trafic important. Des grappes humaines dans ces bus, cela prouve que la vie a repris malgré les problèmes qui subsistent. La visite du musée national, qui délimitait quasiment la ligne de front est aussi un moment unique. L'un de ses conservateurs qui y est demeuré tout au long de la guerre, vous montre la position de la ligne de front, qui passait pratiquement dans le petit bout de pelouse attenant au bâtiment.

Je pénètre dans l'enceinte de l'université. Une partie des bâtiments est abandonnée, étant trop endommagée et les réparations tardent. Ce qui est frappant, ce sont ces murs criblés de balles. Ces scènes je les ai aussi beaucoup vues en Croatie, autre pays dévasté par cette guerre de désagrégation de la Yougoslavie. Mais lorsque l'on regarde les façades de nombre de nos cathédrales on y voit les mêmes traces, souvenirs des conflits passés. Une fois dans les bâtiments occupés, un cerbère femme à l'allure peu sympathique me demande ce que je fais en ce lieu. Je lui réponds que je cherche la bibliothèque, qu'elle m'indique. Cela me permet de continuer à me promener pour m'imprégner de l'ambiance de cette université. Beaucoup d'étudiants y circulent l'air empressé, mais il m'est difficile de me faire une idée de l'activité réelle qui y est menée. Nombreux sont ceux qui parlent au moins un peu l'anglais, me semble-t-il.

Cette ville de Sarajevo la nuit est magnifique. Y manger dans un petit restaurant du centre, attablé sur la terrasse en pleine rue piétonne, au milieu d'une foule dense qui déambule, permet de bien prendre le pouls de la population. Beaucoup de jeunes, moins cependant que dans la ville de Prisren, capitale historique du Kosovo, que j'ai traversée la semaine précédente. Un pourcentage non négligeable de jeunes femmes sont voilées. Mais contrairement à ce que l'on voit généralement, ces voilages sont multicolores de tissu de belle qualité et moulants sur tout le corps. Ce que je pensais être le but du voilage, cacher les formes féminines, a ici l'effet inverse et révèle toute la grâce et l'esthétique de la passante. Que faut-il y comprendre ?

Le soir après ce bain de foule agréable, dans cette zone bien éclairée, que j'avais connue lugubre et déserte durant de longues nuits, je remonte à ma chambre. Il fait bon. La ville vue de haut est une véritable splendeur. Les collines environnantes enserrent de leurs lumières plongeantes cette cité qui s'étire en longueur. Une multitude de mosquées pointent leurs minarets couronnés d'ampoules. Je longe un grand cimetière aux stèles centenaires, elles débordent de l'autre côté de la rue qui le délimite, en colonisant quelques plates-bandes. On dirait qu’elles ont décidé d’aller se promener en prenant quelque liberté. Toutes ces pierres blanches érigées de facture ottomane, aux formes arrondies et pleines d'harmonie, reflètent la lumière environnante. Il règne en ce lieu une grande quiétude et cette atmosphère prend aux tripes. De telles rencontres faites au hasard vous tombent dessus par surprise et brutalement déclenchent une émotion très forte. Dans ces instants, l'émoi qui monte et vous envahit, procure une forme de béatitude que l'on aimerait garder en soi longtemps. Il me faut m'engager ensuite dans une petite rue en pente raide, pleine de pénombre. Au détour d'un mur, une mosquée au minaret de bois noir luit faiblement, tel un fanal sombre. Cette ville de nuit m'a bouleversé.

Ces deux passages séparés par 15 ans dans Sarajevo m'ont inspiré les quelques pages précédentes. Cette ville dans laquelle des événements capitaux pour l'Europe se sont déroulés au cours de toutes les époques de notre histoire, en particulier l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand héritier du trône d'Autriche par un jeune Serbe le 28 juin 1914, lieu permanent d'affrontement de civilisations et de religions, revêt à mes yeux une grande importance. Elle représente la ville balkanique dans toute sa splendeur et sa complexité historique. Avoir assisté, et participé à mon niveau, à l'un de ses épisodes historiques, l'un sans doute des plus dramatiques, me laisse une impression forte et des images indélébiles. La simple évocation de ce nom, Sarajevo, réveille en moi le souvenir d'une période passée, vécue avec intensité. Cette saison en Bosnie est probablement à l'origine de cette passion balkanique que j'éprouve fortement et que j'ai cultivée à travers d'autres pays, en particulier l'Albanie. D'ailleurs le jour où je changerai de véhicule, nécessairement j'aurai droit à une plaque avec nouvelle immatriculation qui laisse le choix du département. Et si j'en ai la possibilité à la place du 69 dans le coin inférieur droit j'aimerais mettre un aigle albanais, symbole balkanique par excellence, qui transcende les frontières de plusieurs pays.
Inside South Africa
by Voyajou · 2016-10-30 · 212 replies
Inside South Africa

The Burst Hose. The passenger is so impatient to arrive that the coachman whips a horse that barely tolerates the mistreatment. I can tell she’s gearing up for a kick, and suddenly, at full gallop, she stops responding. If I press the spur, she cuts out but accepts a half-pressed pedal. She pulled this stunt last year, right in the middle of the Kalahari Desert, and I can guess the trick: she blew a hose! An hour at a slow trot brings us to a Ford garage. A workshop manager, as sullen as he is efficient, has the necessary parts removed to reach the hose, then announces he doesn’t have the spare part and will need a week to get it. I suggest taking advantage of the access to make a temporary repair on the tear, but he refuses, arguing the pressure is so high that the patch would give way immediately—"It’s not a Testarossa, after all!" After reassembly, he refuses to charge us anything and advises us to head to the next town, 200 kilometers away—off we go for another four hours. Semi-trailers overtake us without mercy; I’m reminded of *Duel*. At the Land Rover dealership, we learn the part will take two working days to arrive, and it’s Thursday. I decide to have the hose delivered to the house without wheels—I’ll change it myself. Five hours later, climbing the pass in first gear, we reach the object of her desires. * Hide and Seek In Brittany, my neighbor is a taciturn, touchy fisherman. He’s anchored his old boat in the middle of the estuary that separates two departments and uses it as a storage space. It’s a jumble of nets, buoys, and traps. The old wooden vessel is falling apart, and the hull’s paint is nothing but a distant memory—so much so that the Maritime Affairs Directorate of his department orders him to remove it or repaint it. Asterix also runs a restaurant on the harbor, where he treats customers to his catch. One Sunday afternoon, we see him loading cooks, servers, and dishwashers armed with rollers, brushes, and paint cans into dinghies. Off they go for two hours of slapdash painting and laughter. Once the starboard side is done, everyone returns to prepare for the evening service. The port side will wait until the Maritime Affairs Directorate from the other department reacts. This story came back to me when I got home: the side visible from the road had been repainted, but the other side was left as is. * The Blonde, the Red, the White, and the Black Many workers are paid at the end of each week, but alcohol sales for takeaway are banned on Saturdays and Sundays. So, on Friday nights, the bars are packed, and liquor stores never empty—of people who are already full. Their limited means reduce them to cheap, harsh wines or bland beers. Yet, they still end up wasted.

* Seven In mainland France, you can easily raise seven sheep per hectare. In the Great Karoo, it takes seven hectares of sparse but tasty vegetation to feed just one sheep. Not to mention the energy spent moving around. Add to that the fact that a French sheep produces about one and a half lambs per year, while here, between droughts and jackals, it’s closer to 0.7, and you’ll understand why, with a 7,000-hectare farm—the local basic unit—a South African farmer’s income barely exceeds that of a farm a hundred times smaller in Brittany. This weekend, the annual agricultural show is taking place at the fairgrounds. Some come from far away, so a procession of pickups, trailers, and trucks loaded with sheep makes its way up the main street: we’re definitely in the Karoo. I expected a competition of lean, wiry ascetics, able to pass on traits useful to the environment, but I suspect these bodybuilder show animals don’t just graze on the bush and are doped with alfalfa. Besides, I caught a dealer red-handed with a bag of pellets. * They’re Not Dolls Ken is a professional hunting guide, working independently. When it’s not hunting season, he goes fishing for clients, mainly in the United States. He says Trump’s election—whom he slightly resembles, though younger—would be good for his business, but he doesn’t like Trump, nor, it seems, his clients much. He wanted to be a farmer, but in the post-apartheid context, taking over a farm was a gamble. His wife, who’s more beautiful than Barbie and Melania, silently agrees. * Neighbors That’s the problem with women: their *it girl* side. Within a year of her moving in, we got two new neighbors. One on the other side of the track, the other half an hour away (here, that’s *next door*). One only travels at the controls of his black helicopter, the other aboard his private Boeing 737. The first is a very wealthy farmer from the northeast of the country who’s expanding into the Karoo. He just bought two non-contiguous farms of 6,000 hectares each. I still don’t know what the owner of the farm in between is thinking. The newcomer plans to create a wildlife reserve for breeding purposes; our future neighbors will be giraffes, rhinos, and antelopes, including rare species like the Sable. They say he’s a man in a hurry, determined: when the municipality dragged its feet on his request to refurbish the public track that serves as our border, he just went ahead and did it himself. It was a historic farm, crossed by paths leading to other farms, home to a pond full of birds where water from the mountain ends up after the villagers have taken their share. That’s where the golf course I was about to become the 29th member of was located. Now, it’s all closed off, fenced, and lined with monumental gates. The Wild West in the Western Cape. Is it because his name ends in ‘-ski’ that rumors link him to Slavic mafias and advise against crossing him? The same rumors say he’s involved in the uranium market—well, there’s uranium in the Karoo’s subsoil. The second neighbor is a Saudi prince who just bought a modestly sized farm—3,500 hectares—but don’t think he’s a minor prince. He paid four and a half times the market price to get it! The farm had been in the same family for two centuries, and the owners refused to even consider selling. The prince’s agent—money, in this case, black gold—kept coming back every week despite repeated refusals, finally saying his client wanted this farm at any price. A price they were asked to set. And that’s how you sell your ancestors’ graves. There are plenty of huge farms for sale here, but the prince was looking for a property where he wouldn’t see any roads, tracks, or other houses or farms. He’ll come a few days a year to hunt. However, he’s annoyed: the runway at the nearest airport, two hours away, isn’t long enough for his private jet, so he’ll have to land in Cape Town, like me, and endure nearly two hours by helicopter. That’s how it goes in South Africa. I’d be curious to know what Julius Malema, leader of the EFF (Economic Freedom Fighters), who advocates the Zimbabwean model of land redistribution, thinks about it.

* Biko The autobiography of a journalist and politician of European descent, South African, is published this week. In 1977, this rookie got her editor’s permission to investigate the death in detention of black leader Steve Biko. The apartheid regime’s political police claimed he had died from a hunger strike. The bold young woman discovered that the medical examiners reported a slightly overweight corpse, and later, it was revealed that Biko had died from abuse, if not torture. Under pressure after publishing her investigation, Helen Zille, disillusioned, gave up journalism and turned to politics. She is one of the white South Africans who fought against apartheid, and it’s reassuring that some people have a conscience that transcends class or race. *

You Have the Watches... …we have the time. Anyone who’s worked with Africans knows this response they occasionally throw at us. Willem, the inconsistent gardener, couldn’t stand the observation: running around the place at top speed, even with a pitchfork over his shoulder, wasn’t getting the job done. So Jan replaced him. We share the same first name—no doubt we’ll accomplish great things. He’s known to be reliable, meaning he shows up for work, and he only speaks Afrikaans. We communicate like at the circus: thumbs up, thumbs down. Jan has the build of a bushman but the bone structure and features of a mixed-race person—multiple mixes. He’s a sprite, always moving, sometimes without purpose or destination (the journey is the path). I lose sight of him—it’s not exactly a virgin forest—and he reappears elsewhere, busy. Jan doesn’t understand wasted water—he must think the same of us trying to cultivate the desert. He’s a gardener like I’m a violinist, virtuosos of playback. After a very light lunch, he lies down on the ground in the shadow of the stables and falls asleep. If his arrival time in the morning is variable, it’s never before the agreed hour, but his departure time is unchanging: it’s 3 PM, no matter what. No point trying to fool him; he can count and shows me the fancy watch eating up his thin wrist. * Colours Veldrift, Oyster Catcher, Lobster Red, Namib, Dune, Lion's Den, Kalahari, Bush Fire, Karoo Dawn, Cape Fynbos, Safari Trail, African Pan, Bushveld Plains, African Queen, Karoo Drift. A bestiary? A herbarium? No, the colors offered by the country’s top paint manufacturer. All the shades of the continent from an armchair. * Pets She loves three mastiffs, a meter tall at the withers. Is it for their beauty? Their breed? Their deterrent power, because knowing these beasts exist, no one would dare enter her property without an invitation? A bit of all that, probably. She won’t say. She loves pets but likes other people’s less, especially the poor ones. So, she actively participates in the campaign to sterilize dogs and cats in the neighboring township. Just think, the poor things can’t afford to feed or care for them, meaning they can’t ensure them a decent life. She and others justify the pets section of the local mini-supermarket. Whether your pet is a puppy, adult, or mature, whether it likes fish or prefers beef (no one thought of a dog-based reference from the township?), you’ll find your happiness. While you order, many locals will only have access to the parking lot to beg. * Democracy in Africa

What would Tocqueville say about Democracy in America this fall? After the father, we had the son; after the husband, and by default, we might get the wife. No one else, really? Let’s not talk about France and its current vaudeville. A Ivorian academic believes African peoples aren’t ready for "Western-style" democracy (caricatured as a free T-shirt buying a vote). Does he know the same is true elsewhere, where many voters vote not for a vision, a project, or convictions, but to protect their own interests? Here in South Africa, national elections were held recently, confirming the ANC’s decline in favor of the Democratic Alliance (DA). Historically (since the end of apartheid) seen as the party of whites (who make up less than 10% of the population), it has managed to rally those disillusioned by the clientelism, incompetence, and corruption of Mandela’s unworthy heirs. The DA now governs five of the country’s six largest cities. In the neighboring township, long after the vote ended, ANC and DA T-shirt wearers cross paths courteously. Today, it’s different. The DA’s national leader is holding a rally in a vacant lot. A few hundred people are there, including a good third of children, three-quarters of them ragged. Not an ANC T-shirt in sight amid the smoke of braais and deafening music. Fewer than ten pale faces: the journalist I’m driving, a local official, and activists. A small convoy of limousines arrives—just four, fewer than any of President Zuma’s offspring’s private stables. The crowd stirs, flags wave, and ululations ring out. Mmusi Maimane is a light-skinned mixed-race man, towering over the assembly, which he gently parts, joining in the dances and posing for selfies. He’ll give his speech, half in English, half in Afrikaans, perched on a truck platform—the meeting’s cost must be bearable for taxpayers. A mediocre populist orator, no doubt, but skilled. Two hours later, in the evening, another gathering. This time in a historic town property. A hundred and fifty people, casual chic, all white except for three mixed-race individuals... and the DA President. A Rotary Club vibe: everyone the town has in terms of farmers, shopkeepers, and entrepreneurs has paid their dues to honor Mmusi Maimane’s visit. His admirers see him as a new Mandela or compare him to Obama; his opponents think he’s being manipulated, and his detractors call him a traitor. He’s under forty, intelligent, and his wife is white. The chance he’ll become President of South Africa isn’t zero. * Posh Port Out, Starboard Home. Sonja, who walks the desert at dawn, calls one of her acquaintances posh, meaning snobbish. She’s got a sharp tongue. Wealthy English people (not the ones sent to Australia as convicts one-way) traveling to India would book their cabin on the port side on the way out and starboard on the way back. That way, they had a view of the coast throughout the journey instead of the ocean’s emptiness—whatever Kersauzon says. I didn’t know that by choosing my seat on the plane, depending on the route and time, so the sun lights up the landscape instead of blinding me, I was being posh. * Cosmopolitan Wine Tasting A pale lookalike of Jacob Zuma, a painter teaching his art in Europe; an Antwerp writer in South Africa; a desert gardener with a surfer look; an Irishwoman teaching yoga in the Karoo; an Afrikaner passionate about world history; another, our host, up to his neck in wine; and two French observers—observed observers. Conversations flow, then bottles, just before some hosts leave. Recurring corruption scandals involving President Zuma and his inner circle. A Chenin Blanc. Napoleon, who could have changed the course of South African history. An unwooded Chardonnay. The snake, a puff adder, one found in her garden. A Sauvignon Blanc. The kudu hit by a car at the village exit, which didn’t survive. A Pinotage. The bloody Anglo-Boer War. A Shiraz named Down to Earth. * Little Patagonia A story of pressure or depression, temperature differentials, or perhaps an age-old war between the elements—almost every day at the end of the afternoon, as if tucking in, the wind rushes down the mountain and gives a free haircut. When it falls, you don’t know where, and you hope it hurt itself and won’t get back up. I’m going to build a mast on the house, hoist the sails, trim them, and sail across the desert—it will remember the sea. *

Meeting in the township.



Since a cover is needed (in black and white)...
Retour de Madagascar
by Migu · 2014-08-29 · 79 replies
Bonjour,

J'arrive tout juste de Mada et j'aimerai faire partager mon expérience. Je tiens à vous dire que nous voyageons exclusivement depuis des années sac au dos et transports locaux. Nos derniers voyages étaient l'Inde, le Vietnam et le Laos respectivement en 2011,2012 et 2013.

Vol Air France Paris Tana très cher et parfaitement pourri. ( Le pire que nous avons prit). A éviter si possible cette compagnie.

Arrivée à Tana à l'hotel Niahouly. Visite du Lémur parc à 25 km de Tana. Super si on ne veut pas crapahuter dans les parcs.

Départ pour Antsirabe en taxi brousse. Première expérience de la "ponctualité" et de l'état des routes. Invitation à une cérémonie de retournement des morts sur le plateau à une quinzaine de kms de la ville. Coutume (nous avions offert une bouteille de rhum pour les ancêtres) repas pris avec la famille (riz et gras de zébu). Rencontres formidables et souvenir indélébile (très impressionnant et très émouvant).

Départ pour Ambositra. Taxi brousse plus que pourri, mais on est arrivés quand même. Ballade aux alentours. Après s'être perdu arrivée impromptue dans un petit village. Partie de foot avec les enfants (ballon fait de sacs plastiques attachés) devant tout le village réuni pour l'occasion. Rencontres inoubliables.

Départ pour Fianarantsoa en taxi brousse toujours aussi peu ponctuel, inconfortable et pourri. Da là train pour Manakara avec plus de 2h de retard sur l'horaire mais départ quand même. Magnifique traversée d'un bout de foret primaire et découverte de villages vraiment paumés dans la nature.

A Manakara ballade sur le canal des Pangalanes (classique mais chouette).Découverte de l'océan indien (très remuant). Rencontre avec des pécheurs qui partent sur l'eau dans de minuscules pirogues taillées dans un tronc d'arbre.

Départ pour Farafangana en taxi brousse. Enlisement sur la piste suite à des pluies importantes. Impossible de partir pour Ihosy directement de Farafangana (piste impraticable). Retour à Manakara.

Retour à Fianarantsoa. Départ direct pour Tuléar (environ 9h de route). Magnifique route, paysages sublimes. Traversée du Far West et de la savane.

Arrivée à Tuléar. Découverte des pécheurs Vezo et de leurs pirogues à balancier. Rien de spécial dans cette ville.

Départ pour Mangily (prés de Ifaty) au nord de Tuléar en camion brousse (expérience particulière). Arrivée au paradis. Petit bungalow sur la plage. Seuls avec le lagon. Ballade d'une journée sur le canal du Mozambique dans la pirogue à balancier de pécheurs vezo à la découverte des baleines à bosses (formidable car il y en a plein). Quelques unes d'entres elles viennent nous saluer vraiment très prêt. Ballades au milieu de baobabs énormes. Retour à Tana sur Air Madagascar sans problèmes.

Voila en résumé notre première découverte de Mada. Beaucoup de rencontres avec les gens. Aucun soucis particuliers. Beaucoup d'aléas sans gravité.

Quelques photos pour accompagner ce résumé.

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