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L'Indonésie parie sur l'essor du "tourisme-charia" English translation pending
by VoyageForum · 2013-01-16 · 235 replies
Le ministère du Tourisme veut surfer sur la vague du tourisme islamique. Au programme : cuisine halal, sans porc ni alcool, et séparation hommes-femmes. Lire la suite...
Pérou: pays enchanteur aux mille couleurs (trois semaines en août 2012) English translation pending
by Darkette · 2013-01-14 · 67 replies
Avant de commencer, je voudrais faire mes remerciements à Lalo, Amario, Alainb6, Tokala, Dervoyage, Cmtm pour leur carnets qui m’ont aidé à préparer mon voyage

Les prix que je donne sont en Soles : en gros il faut diviser par 3 pour avoir le prix en euros

ITINERAIRE : LIMA - PARACAS - NAZCA - AREQUIPA - PUNO - LAC TITICACA - CUZCO - MACHU PICCHU - VALLEE SACREE

LIMA - BARRANCO dans la grisaille

Vendredi 03 Août : Vol à 7h15 avec Iberia, on part 10mn en retard pour Madrid où l’on arrive à l’heure à 9h05. Je prends mon temps car j’ai 2h40 de transit ! Je prends la navette et je m’installe dans un café. Décollage à 12H40, arrivée à Lima à 17H35 heure locale. A la récupération des bagages, il y avait des chiens qui passaient entre les gens et les bagages tout en les sentant. J’y ai droit aussi, ça fait tout drôle ! A la sortie, j’ai bien le chauffeur de l’Hôtel qui m’attend. La nuit commence à tomber et il y a une bruine. Il y a aussi du trafic. Je suis très bien accueillie à l’hôtel 3B Barranco, j’ai une chambre au Rdc très bien, spacieuse, avec produits d’accueil, pas de chauffage mais bonnes couvertures. Je ne fais rien de spécial le soir.

Sa 04 août : levé à 7h. Après le petit déjeuner, je marche jusqu’au centre de Barranco, ça fait 10mn. Photo d’un beau jardin, puis je tombe sur le pont des soupirs où plein de gens sont en train de laver à grandes eaux. Je descends vers l’océan pacifique. Il y a peu de monde. Je vois bien une blonde, étrangère, mais elle a l’air occupée avec son appareil et avec les mouettes. Moi, je remonte doucement et profite de la vue. J’ai les jumelles et je vois les surfeurs. La fille remonte à mon niveau et là je décide de lui parler en lui demandant si elle était allée au beau jardin du dessus. Elle me répond que non, qu’elle vient de la côte et là on entame la discussion. Elle s’appelle Fiona et est anglaise. Et bien voilà c’est parti pour une journée à deux ! En remontant on arrive à la place ou il y a la Bibliothèque et faisons un arrêt à Starbuck où je prends un jus d’orange. On discute de la suite de la journée et elle me dit qu’elle veut aller dans le centre de Lima. Je lui dis ok mais que je voudrais juste récupérer mon guide à l’hôtel. De là, on prend un taxi.

On se fait déposer au début de la Plaza de Armas et on commence la visite par la Cathédrale qui ferme à 13h (10S/). Impressionnante ! Puis Couvent de San francisco. Après on va déjeuner. C’est notre premier repas, je prends un bœuf sauté (lomo saltado), c’est servi avec du riz + sauce + coriandre. C’est trop bon pour 12S/ et on a bu de la bière péruvienne. On discute avec un vieux couple qui a une boisson marron. C’est de la hierba luisa et la dame nous dit qu’ici c’est servi gratuit. Elle demande au serveur qu’il nous en donne. Il y a aussi une grande table avec une famille avec qui nous discuterons plus tard.

Apres le déjeuner on retourne vers la Plaza de armas avec le Palacio de Gobierno où il y a le changement de garde au même moment. Derrière nous, s’est mise la fameuse famille et le petit voulait me faire un bisou, c’était trop mignon et on a ainsi commencé à discuter. La dame m’explique qu’elle était française, qu’elle s’était mariée à un péruvien et qu’ils sont en vacances dans la famille. On marche un peu avec eux jusqu’à une galerie couverte que l’on traverse tranquillement tout en discutant. A la sortie de la galerie on continue avec Fiona notre chemin vers l’Eglise De la Merced.(entrée libre) mais j’ai plus de batterie pour les photos aie aie aie ! On va ensuite à la Plaza san Martin. De là, un monsieur de la sécurité nous parle en anglais, très sympa et nous raconte même une blague ! On lui demande au sujet des taxis pour rentrer, surtout savoir de quel coin on doit repartir par rapport à la Place. Il nous montre et s’occupe lui-même de négocier le taxi. Il nous dit que ça fera 12 S/ pour les 2 (et il nous précise que c’est grand maxi 15S/). Faut compter 20mn pour Barranco et on arrive à l’hôtel de Fiona à 18H. On se donne RV pour 20h car à 18H30 elle doit rencontrer son groupe de randonnée. Je rentre à pied à l’hôtel, c’est seulement à 5mn. Il fait nuit et je trace. Apres une bonne douche bien chaude, je commence à traiter les photos et retourne donc à l’Hôtel de Fiona pour 20H. Elle m’attend à la réception et me fait connaitre son groupe. On part manger là où il y a les restos sous le Pont des soupirs (puente de los suspiros). On est 13, ça fait une bonne tablée. Le resto s’appelle Javier, c’est cher car touristique. Pour finir la soirée, on monte au Mirador avec vue de nuit sur la côte pacifique et de là on se sépare.

Di 05 août : Matin, je prends le bus Metropolitano depuis l’arrêt Balta jusque Colmena pour arriver à la Plaza San Martin, le bus met 20mn. De là, je marche jusqu’à l’Eglise Merced pour faire les photos que je n’ai pas pu faire hier. Je vais au centre commercial d’en face puis fais un peu une zone piétonne où ya pas mal de commerces d’ouverts pour un dimanche. Je marche jusque Plaza de Armas reprendre quelques photos avec une meilleure luminosité et tombe sur un défilé sur le parvis du Palacio del gobierno ! Je suis en hauteur et parle un bon moment avec un vieux monsieur gentil comme tout. En repartant, je tombe cette fois sur une procession ! J’hallucine, c’est trop bien ! Il y a des danseuses avec des costumes traditionnels aux couleurs roses ou encore violettes, des messieurs costumés, menés par la musique de la fanfare et les pitreries d’un homme qui porte un costume de singe. Tout est inattendu et d’autant plus magique ! Plus tard, j’essaye de trouver un endroit où changer de l’argent et comme je m’étais pas rendu compte qu’on était dimanche et bien les banques sont pas ouvertes alors je cherche ça et là si par miracle j’arriverai à changer de l’argent. Du coup, je dévie vers un immense boulevard et demande à des dames policières où je pouvais changer de l’argent. Elle me montre des gens avec un tablier vert et me disent que je pouvais changer par eux d’une manière légale mais bon moi ça me gène vraiment de sortir mes sous devant tout le monde et je laisse tomber l’affaire. Du coup je continue à marcher et fini par tomber dans un quartier non touristique avec beaucoup de monde, des marchands dans la rue. Je me dirige vers un parc pour souffler un peu.

Dans le parc universitaire, sans être mal à l’aise, je ne suis pas super à l’aise non plus ! Il y a pas mal d’hommes assis là, à me regarder. Je dois être l’attraction du moment car la seule touriste à cet endroit, c’est moi ! Je ne m’éternise donc pas et cherche à rejoindre la Place San Martin que je retrouve sans trop de complication. Je reprends le Métropolitano et descends à Bulevar, au centre de Barranco.

Je vais pour rentrer à l’hôtel mais quand j’arrive sur une place où l’on voit bien la mer je me dirige vers elle et me balade sur un très joli sentier qui surplombe les falaises. Je rentre à l’hôtel pour laisser mon sac à dos et repars légère avec l’envie de continuer ce sentier. C’est très chouette, ça doit être la balade du dimanche car il y a du monde et quand on va direction Miraflores on voit les parapentes qui jouent avec le vent. Très agréable moment avant de passer à autre chose !
Climat fin mars au Maroc et habillement? English translation pending
by Crocus1 · 2013-01-12 · 6 replies
Bonjour,

durant trois semaines, à partir du 20 mars prochain, je vais visiter le Maroc avec mon conjoint. Nous allons voyager du nord au sud (Casablanca, villes impéréales, khouribga, Marrakesh, Sahara, etc.). Quel climat fait-il habituellement durant cette période de l'année dans ces différentes régions ? et, quels types de vêtements me conseillez-vous d'apporter en fonction du climat, mais également dans le souci de respecter la culture marocaine ? Merci d'avance !🙂

Crocus
Ingrédients à pizza dans le nord de la Thaïlande English translation pending
by Vel74 · 2013-01-10 · 95 replies
Bonjour à tous, Connaissez vous un grossiste dans le Nord de la Thaïlande qui vendrait du jambon (pas du haut de gamme), fromage rapé, ... c'est pour faire des pizzas. Avec une préférence si une livraison est possible (dans ce cas le grossiste peut même être sur Bangkok ou autre).

Nous recherchons aussiun fournisseur de boite à pizza de grande taille (comme ce que l'on trouve en France).

Merci d avance Morgan🙂
Thaïlande: qui connaît les forums en papier? English translation pending
by Michalon · 2013-01-04 · 40 replies
J'adore le 21ème siècle, j'adore internet, j'adore Voyage Forum, spécialement 'Thaïlande' Curieusement, je n'ai pas constaté une telle passion sur d'autres destinations.. Quoi que, pas toujours en rapport avec la passion.

C'est la société toute entière qui se retrouve ici !! Les donneurs (euses) de leçons de grammaire et d'orthographe (voilà comment j'écris girafe) , les accrochés 24/24 toujours en ligne, (si j'avais bien travaillé à l'école, je serais moi aussi devenu fonctionnaire !!) mais néanmoins de bons conseils, les écolos en manque de combat...les impatients...les timides qui n'osent pas !! les donneurs de leçons...et oh, on est une élite ou pas ?? Quid donc des règlements de compte par écran interposé, il est des mots, que par éducation, on ne se dirait pas en face, alors..par peur peut-être aussi, loin des yeux; loin des yeux....

Je veux juste faire le vieux con, le vieux con avec les tempes assaisonnées (c'est comme poivre et sel mais en version cuisine😛) Pourriez vous m'expliquer, il y a un truc que je n'ai toujours pas compris..: --"il va pleuvoir, c'est un ancien qui me l'a dit !!!'-- Je prends de l'âge, mais curieusement, je n'ai pas l'impression de devenir un expert de la météo !!! (non je blague, tu veux connaitre le temps à Krabi ?) Ceci dit, je voulais juste vous parler (vous écrire) des forums en papiers.....

Oulala, c'est quoi ça ??

Quelque temps avant de partir, on se rendait à l'ambassade de truc ou machin ou à l'office du tourisme pour les Grandes Nations si l'on était parisien, pour les Petites Nations, voir ci dessous et les Très Petites Nations....t'étais pas dans la m.... Sinon on allait au supermarché (que dis-je, Hypermarché) du coin, acheter le ...Guide Du Routard. Oui.....Le guide du routard...de l'époque, tout mou, sans photos ! Désuet, décrié aujourd'hui, mais à l'époque, point de Lonely Planet (ou alors en anglais, mais curieusement, on était pas du même monde) Country Guide, Petit Futé...alors... Il coûtait un peu, d'autant qu'il faisait rarement le voyage du retour et restait à disposition dans quelque GH; mais c'étais la source principale de rêves et d'inspiration !!. En cours de route, on râlais contre telle ou telle information fausse ou périmée, on notait sur un bout de papier la bonne info, le bon resto., le truc magique que tu as trouvé, que personne ne connait et qui va te rendre célèbre!!!!..et au retour, on se fendait d'un aimable courrier à la rédac. du dit guide pour qu'ils notent bien nos réflexions. La réponse n'était pas instantanée, il fallait attendre l'édition suivante pour voir s'ils trouvaient ou non pertinentes nos remarques. L'info. n'était pas immédiatement disponible à tous, mais le retour non plus !! Le graal, était de découvrir au moins 1 an après, (assis en tailleur au rayon livre de l'hyper cité plus haut) la modif. proposée, ta nouveauté, mais surtout de se voir offrir si tel était le cas, un exemplaire tout neuf pour 'LA DESTINATION DE VOTRE CHOIX'

Voilà mon billet d'humeur pour commencer 2013, ici rien à vendre, tout à partager et à donner, c'est simple non ? Y'a quand même un truc qui m'éclate, je prends plaisir à lire vos récits, noter vos bons plans et dans une semaine à cette heure, j'aurais mes fesses dans un siège de la Thaî. pour profiter de tout ce que vous m'avez encore donné, cette fois et bien d'autres avant, d'ailleurs, je boirais une Shinga en pensant à vous... Ouais, je sais, je suis sympa !!😉

Bonne année à tous, pleine de rêves et de voyages.
GR20 en Corse en juillet 2013: refuges, partenaires English translation pending
by Murielisabel · 2012-12-30 · 358 replies
Bonjour à tous,

Après avoir complété le GR10 l'été passé, j'aimerais faire le GR20 en juillet 2013.

Pour le GR10, je l'ai fait en 3 fois, toujours en juillet puisque je n'ai pas trop d'autres choix de vacances :

- 2010 : 18 jours de marche d'Hendaye à Arrens (à 2 en camping) - 2011 : 17 jours d'Arrens à St-Elye (seule en gîtes, refuges et cabanes) - 2012 : 21 jours de St-Elye à Banyuls (seule également et dans les même conditions)

Les 2 dernières années, même si j'étais seule au départ, j'ai souvent rencontré des partenaires de marche pour quelques jours et c'était super de pouvoir partager notre enthousiasme devant tout ce qui nous était donné de voir. J'ai adoré mon expérience même si ça n'a pas toujours été facile... Entre autres, j'ai dû terminer les 300 derniers kms en sandales...

Je pense donc, sans être une athlète, être assez en forme et persévérante pour le GR20 l'été prochain. La seule chose qui m'inquiète un peu, ce sont certains passages périlleux et vertigineux de la partie Nord... Ce pourquoi j'aimerais mieux le faire avec quelqu'un...

Je sais que pour le ravitaillement, il n'y a pas de problèmes... mais j'aimerais avoir vos suggestions et conseils pour les couchers... Est-il hasardeux de trouver une place dans les refuges en juillet. Est-il possible de réserver ? Ou bien est-il préférable d'apporter la tente ?

Et puis, même si c'est pas évident de trouver des partenaires de même niveau, avec qui on s'entend bien et disponibles au même moment.... sait-on jamais ? Si quelqu'un est intéressé ... n'hésitez pas à me contacter ;)

Mbel

de Montréal
Buenos Aires - Valparaíso: des chutes d'Iguazú au cœur des Andes, de la côte chilienne à l'Atacama English translation pending
by Kashtin · 2012-12-28 · 484 replies
Buenos Aires - Valparaíso. Des chutes d'Iguazu au cœur des Andes, de la côte chilienne à l'Atacama.

Pour ce troisième printemps austral en Argentine et au Chili, ce sont des noms porteurs de rêves anciens qui ont guidé notre itinéraire, tout comme Ushuaia, le Perito Moreno et le Fitz Roy l’avaient fait en 2010 : Iguazú et ses chutes, l’Aconcagua, Valparaíso... 1400 km séparent Buenos Aires de Puerto Iguazú. Nous avons pris un bus pour rejoindre l’extrême Nord-Est du pays, puis un avion d'Iguazú à Salta. De là, comme d’habitude, nous avons loué chez Argentina Excepción une petite berline – cette année une Chevrolet Agil – pour faire une boucle au sud en traversant les Andes au pied de l’immense et magnifique Aconcagua (6962 m), et redescendre sur Valparaíso, sa baie, son port et ses pirates, ses collines et ses fleurs… En remontant vers le nord, la côte chilienne était par endroits brumeuse ou noyée de pluie, le Pacifique glacial, les goélands marins dansaient dans les vagues écumantes, mais elle cachait aussi des criques de sable étincelant et des merveilles géologiques. L’aridité a peu à peu repris le dessus, nous avons rejoint le désert d’Atacama, San Pedro, l’altiplano, la puna… puis Salta, d’où nous nous sommes envolés pour Buenos Aires.

Je tiens cette année encore à remercier Krikri que j'avais mise à contribution pour nous dénicher de bonnes adresses et grâce à qui nous avons passé un excellent séjour à Valparaíso!

La version avec photos est visible ici: carnetsdameriquesetdailleurs.fr/crbst_152...



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Pour plus de clarté, je suis l'exemple de Trois14, et donc fais un Index du carnet. Chaque lien renvoie à la page concernée lorsqu'on est connecté :

Buenos Aires. La Querencia, Puerto Madero, Recoleta Buenos Aires - Puerto Iguazú Chutes d'Iguazú(1), Garganta del Diablo, Paseo Superior Chutes d'Iguazú(2), Paseo Inferior, isla San Martin Chutes d'Iguaçu côté brésilien Iguaçu (Brésil), Parc des oiseaux De Salta à Villa Unión via San Carlos et Belén En route pour la Laguna Brava... Parc national de Talampaya Ischigualasto, « là où se pose la Lune » De San Agustin de Valle fértil à Barréal en passant par San Juan La route des Andes (1). De Barréal à Puente del inca La route des Andes (2). Parc provincial de l'Aconcagua De Puente del Inca à Valparaiso Valparaiso (1) Valparaiso (2) Valparaiso (3). Museo a cielo abierto La côte Pacifique (1). De Valparaiso à La Serena La côte Pacifique (2). De La Serena à Bahia Inglesa La côte Pacifique (3). De Bahia Inglesa à Taltal via le parc Pan de Azucar La côte Pacifique (4). De Taltal à San Pedro de Atacama via Antofagasta De San Pedro de Atacama à San Antonio de los Cobres via le Paso de Sico Tolar Grande De San Antonio de los Cobres à Salta. Museo de Arqueología de Alta Montaña Buenos Aires. Tigre, La Boca

Renseignements divers

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Buenos Aires. La Querencia, Puerto Madero, Recoleta

Mardi 16 octobre

Le voyage a plutôt moyennement commencé… A Roissy, alors que je veux passer un texto à Loïc, impossible de trouver le portable. Je fouille partout, rien… En désespoir de cause, je m’adresse à un homme qui a l’air sympa et lui demande s'il veut bien appeler mon numéro pour que je l'entende sonner. Ça doit être assez comique, car nous avons ouvert les bagages à même le sol et j'ai l'oreille collée sur les vêtements tandis que lui, à côté, égrène régulièrement d’une voix forte le nombre de sonneries avant que le répondeur se déclenche: Une…, deux…, trois…, quatre!!! Mais il faut se résoudre à l’évidence, je l'ai bien oublié à Paris. Le taxi qu'on avait commandé est arrivé avec un quart d'heure d'avance et a envoyé un sms pour prévenir, j'ai sorti le portable de mon sac, lui ai répondu et... dans la précipitation j'ai dû le reposer sur une table!...

Mercredi 17

Le vol a duré dix-sept heures au lieu de treize heures trente-cinq. Une fois au-dessus de Buenos Aires (14 °C et de la pluie!), l'avion a tourné, tourné, tourné... L'atterrissage était prévu à 8 h 5, puis à 8 h 15, mais dix minutes plus tard on est remontés à 3000 mètres et on y est restés jusqu'à l'annonce du commandant de bord disant que les orages au-dessus de Buenos Aires nous obligeaient à aller nous poser à Montevideo, en Uruguay. En fait, le 777 ne pouvait de toute façon ni atterrir à cause des orages ni rester en vol parce que les réservoirs étaient presque vides. Je préférais très nettement ça, je me faisais tout un film avec le train d'atterrissage qui était peut-être bloqué... ;-)

De retour à EZE – l’aéroport international de Buenos Aires – à 11 h 35, le remis n'est évidemment plus là. On attend encore et encore, étant quasi certains que Yann s'est tenu au courant et aura fait le nécessaire. C'est bien le cas. Le chauffeur revient vers 1 h 15 mais réclame ensuite deux fois la course – ce qui en somme est normal puisqu’il a fait un aller-retour pour rien; un remis est un taxi privé que rien ne distingue des autres voitures, il travaille au forfait et ne peut embarquer d’autres personnes que celles convenues au départ. A cela s'ajoutent les quarts d'heure d'attente supplémentaires au-delà de l'heure prévue avant qu'il ne se soit décidé à repartir, et la note monte à 380 pesos – aussi cher que pour faire Paris - Roissy. A La Querencia, Yann discute âprement et arrive à faire baisser le prix à 320 pesos.

Second petit accroc, la souris du Netbook a disparu du sac de voyage entre Paris et Buenos Aires. Le bagage cabine étant plein, je l'ai posée sur le dessus du sac alors qu'il n'avait pas de cadenas, une habitude prise sur les vols à destination des Etats-Unis où l’on doit tout laisser ouvert ou avoir un cadenas TSA.

On est très contents de revoir Yann, on discute longuement avec lui l'après-midi en buvant du thé, de tout, du bébé à venir, de ses travaux très réussis, de notre travail, de la situation en Argentine, de Cristina Kirchner, etc. On retrouve aussi la grande chambre en duplex si agréable de l'an dernier avec Val et Guy, et les patios fleuris. Et le soir, les pizzas chez le traiteur voisin et sa « gata » (sa chatte), qui nous reconnaît et tient avec un enthousiasme aussi débordant que l'an dernier à transformer nos bas de pantalons en bonnets de hussards!

Jeudi 18

Quand on est à BsAs, nos pas nous mènent invariablement vers San Telmo et son mercado couvert, quel que soit notre planning, aujourd'hui comme hier et comme demain sans doute; en l'occurrence, Yann nous ayant indiqué un magasin sur Carlos Calvo pour racheter une souris, de l'autre côté de l'avenida 9 de Julio, nous ne pouvons faire autrement que de prendre la rue Carlos Calvo en direction de... San Telmo. D'autant que nous voulons aussi rejoindre Puerto Madero, ancien port de BsAs devenu rapidement obsolète après sa construction et laissé des décennies à l'abandon avant sa remise à neuf et sa transformation en quartier branché et hors de prix. Mais il est très sympa, surtout sous le soleil, traversé par le río de la Plata qui charrie une terre ocre généreusement amenée par les ríos Parana et Uruguay.



Pas de chance, au terminal de bus où nous allons chercher nos billets pour Puerto Iguazú, tout est complet en « tutto letto » avec Via Bariloche ou en « suite ejécutivo » (les deux catégories ont des sièges inclinables à 180°) avec Crucero del Norte. Seule cette dernière compagnie a encore des sièges camas (à 160°) pour le 19, côte à côte et au milieu du bus.

Ensuite, toujours à pied, nous voilà repartis pour le cimetière de Recoleta, ou cimetière de toutes les démesures si l'on excepte sa taille, que l'on n'avait jamais visité au cours de nos précédents séjours. Ici sont enterrés généraux, politiques, grands bourgeois, intellectuels et artistes, dans des mausolées dominés par des anges, des archanges et des vierges de tous les âges et de toutes les tailles.



Le marbre noir ou rose côtoie le béton envahi par de délicates guirlandes de plantes grimpantes ou de fleurs sauvages.

Par les portes, la plupart du temps vitrées, on aperçoit à l’intérieur deux cercueils, l'un au-dessus de l'autre, et à droite un escalier qui descend dans la froideur, le silence et la pénombre de la terre. Une grille, souvent ouvragée, permet de distinguer, lorsqu'un rayon de soleil se glisse au travers, l'empilement des morts dans leurs boîtes luxueuses... Le dernier arrivé prend la place du cercueil qui est en haut et fait descendre au sous-sol le cercueil du bas. Dehors, le ciel est bleu, les promeneurs défilent à la recherche de la tombe d'Eva Perón, les chats au poil en bataille roulent des mécaniques, la vie poursuit son cours...

Nous quittons le cimetière et ses quatre mille tombes – dont près d’une centaine classées monuments historiques. Parmi elles on trouve de tout, du kitchissime, avec souvent un brin de mégalomanie, mais aussi de très belles choses. Encore une bonne marche pour rejoindre le métro à Callao; changement à Catedral, linea E, sortie à Independencia, et à 16 heures nous avons rejoint nos pénates.

Isaan: intérêts et sites, culture à découvrir... (Thailande) English translation pending
by Anusak · 2012-12-20 · 127 replies
Bonjour à tous, J'ai fait une vingtaine de voyages en Thailande (en passant par de nombreuses plages, longé la frontière birmane, les temples de la frontières Cambodgienne, ..etc.) mais je ne suis jamais allé en Isaan (à part Nong Kai (1 journée) avant de découvrir Ventiane puis Luang Pra Bang (à ce jour mon meilleur souvenir en Asie du Sud Est!)). Voilà nous partons en vacances en février (cool pas de pluie) et j'ai décidé ma femme (Thailandaise de Bkk, vivant en Europe depuis 7 ans) à visiter l'Isaan via un road trip (location d'une caisse à Suwanabuni). Cette région représente pour moi une part très importante de la culture thaïlandaise , même si je n'y suis presque jamais allé. J'aimerai connaitre les endroits typiques à visiter (grotte, temple, folklore, ...etc) à ne pas louper mais également les mauvais plans (des guides) à éviter. Merci à tous.
Croisière "Tour du Monde" sur le Costa Deliziosa en janvier 2014 English translation pending
by Reglissevani · 2012-12-15 · 793 replies
Bonsoir à tous Nous sommes inscrits pour le TDM de janvier 2014 costa deliziosa nous parcourons le forum en quête de conseils et renseignements divers plus par curiosité que par nécéssité pour le moment . Peut etre que de futurs participants pourraient se manifester afin de commencer à dialoguer bien que 13 mois nous séparent du départ; on a effectivement le temps !
Tout quitter et partir sans rien English translation pending
by Virginie10 · 2012-12-14 · 176 replies
Bonjour à tous je m'appelle Virginie, j'ai 22 ans et je suis quelque peu perdue dans mes choix concernant l'avenir, je ne suis attirée par rien, n'ai pas vraiment d'ambition mais tous les jours en me levant je ressens l’oppression et le stresse que la société impose; c'est-à-dire étudier, trouver un travaille, me marier, élever des enfants... Mais je ne désire pas tout ceci j'ai comme l'impression de ne pas être faite pour cette vie alors je voudrais connaitre vos avis et expériences sur les voyages entrepris en solo. Je voudrais partir visiter le monde ou du moins l'Europe à pieds le problème c'est que je n ai aucune économie et je voudrais savoir si l'un d'entre vous est déjà parti comme ça sans rien derrière lui, je veux dire sans aucune sécurité financière, est-ce vraiment possible ?
Location de voiture: réserver depuis la France ou attendre d'être sur place en Argentine? English translation pending
by Romje · 2012-12-12 · 17 replies
Bonjour

J'ai évidemment épluché ce forum avant de démarrer cette nouvelle discussion, mais les infos sont parfois contradictoires ou "obsolètes" (au sens argentin du terme 🤪) Ma question est simple : en janvier, je veux louer une voiture 1 semaine à Bariloche et une autre 1 semaine à El Calafate. Faut-il que je réserve depuis la France (par exemple sur Autoescape) ou que j'attende d'être sur place ? Sachant que : - janvier est la haute saison : ne risque-je pas de me retrouver le bec dans l'eau ? - les prix planchers que je constate sur Autoescape tournent autour de 65€/jour quand je lis sur ce forum des gens qui s'en sont tiré pour 40€ voire moins : est-ce seulement lié à l'inflation ou à la négociation à mener sur place ? - j'ai cru comprendre que pour aller au Chili il fallait que le loueur fasse des démarches administratives qui peuvent prendre plusieurs jours, ce qui militerait pour une réservation...

Merci d'avance pour vos précieux conseils et/ou vos expériences fraîches sur le sujet !

Jérôme
Voyage en Malaisie / Bornéo, dur de ne pas tout faire English translation pending
by Guttata20 · 2012-12-09 · 69 replies
Bonjour à tous,

je me décide à poster un message après quelques jours de recherches sur ce magnifique pays qu'est la Malaisie.

Je compterai effectivement partir 3 semaines en Juillet prochain avec mon amie.

Petite question préliminaire: avez vous en tête LE bouquin de référence sur le sujet (les régions, les randos, les bonnes adresses, les tarifs, ...) ?

Pour l'organisation de mon voyage au Costa Rica j'avais pris le Lonely Planet, dont j'ai été pleinement satisfait. Seulement le dernier LP concernant la Malaisie date de 2010... Le recommandez-vous quand même ?

Je voudrais que ce voyage soit : - orienté nature - sortir un peu des sentiers battus (tout en étant éco-responsable) - pouvoir être autonome (se passer de guide) pour les rando quand cela est possible - ne pas loger dans des resorts de luxe, mais à l'inverse être dans des cabanes correctes proches de la jungle pour faire des sorties nocturnes

Voici pour l'instant ce que j'ai en tête : - Arrivé à Kula Lampu - Faire les Cameron Highland - Treck au Taman Negara - Snorkeling à Perhentian Besar - Se rendre à Borneo, Kota Kinabalu => j'aurai bien fait l'ascension mais ca me parait vraiment excessif :( - Faire un tour du côté de la "réserve" Uncle Tan (kinabatangan) - Randonnée dans le parc Gunung mulu - Randonnée dans le parc Bako

Par contre je n'ai pour l'instant aucune idée des randos à faire dans les parcs / réserve, et du temps nécessaire pour chacune de ces étapes.

Auriez-vous quelques conseils, références à me donner au regard de mes envies ?

Merci par avance :)

PS : Quelques unes de mes photos du Costa Rica :
http://www.flickr.com/photos/90889539@N03/sets/72157632205550316/
Pièges à touristes au sein de la Thaïlande? English translation pending
by Nanou271 · 2012-11-10 · 118 replies
Bonjour, je souhaite me rendre en Thaïlande au mois d'août, pouvez-vous me dire les endroits à éviter (restaurants, visites...) ?? Merci par avance !!😉
Février 2012: Lanzarote entre farniente et volcans English translation pending
by Bluequark · 2012-11-08 · 40 replies
Cette année, pour diverses raisons, les enfants ne souhaitaient pas aller à la neige pendant les vacances de février. Leur père leur a vendu un nouveau type de vacances, encore inconnu de notre famille : séjour dans une destination où il fait assez chaud pour se baigner, dans un hôtel où l'on peut avoir accès à différentes types d'activités style tennis et mini-golf. Mmmm, pas vraiment sur que cela me plaise... mais comme je leur ai prévu un programme avec quelques randos l'été suivant, il faut bien que chacun fasse des efforts.

Subrepticement, j'ai dévoyé, en partie seulement, le concept en suggérant que ce serait quand même bien de retenir un endroit où l'on puisse aussi faire quelques visites et balades. Après quelques hésitations, notre choix s'est porté sur Lanzarote. J'avais découvert Lanzerote grâce au carnet de Marie et m'étais aperçue par la même occasion que Les Canaries ne se résumait pas à la plage et aux barres bétonnées. Lanzarote a pour elle d'offrir de somptueux paysages volcaniques – 300 cratères sur un territoire plus petit qu'un département – avec de jolis villages blancs aux volets verts. C'est aussi un destination culturelle et artistique avec les œuvres de Manrique. Enfant de l'île revenu au bercail après avoir connu le succès international, il a parsemé l’île de ces œuvres : maison construite dans un champ de lave, mobiles qui ornent les ronds-points, promontoire, restaurant, musée... Bref, depuis que j'avais lu le carnet de Marie, je rêvais d'aller à Lanzarote. Voilà donc la destination qui permettait de concilier les envies des uns et des autres.

Pour rester dans l'idée du concept de départ, nous avons, après avoir épluché les avis sur Internet, réservé une semaine à Costa Teguise au Grand Mélias Salinas, dont l'architecte n'est pas moins que le fameux Manrique. Disons le tout de suite, même si le cadre est fort joli avec un grand jardin intérieur et s'il reste fort correct, l'hôtel n'est pas à la hauteur de ces X étoiles et du prix payé : chambres un peu défraîchies mais surtout service de qualité médiocre (pour ce genre d’hôtels, j'entends). Mais enfin, avec le piscine – bien fraîche au mois de février – le tennis et le minigolf, les enfants étaient contents. C’est déjà ça. Le buffet du petit-déjeuner était aussi très complet et bon. Personnellement, à tout prendre je préfère de loin louer un gîte qui, outre le prix moins élevé, permet une plus grande autonomie.





Sur place, nous avons adopté un rythme cool : levé tardif, petit-déjeuner à la limite de l'heure autorisée suivi de wifi et autres joyeusetés ce n'est qu'en fin de matinée que nous commencions à nous activer vraiment. Un peu frustrant, mais cela faisait partie du deal.

J1 - Trajet Paris-Madrid J2 - Arrivée à Arrecife J3 - Teguise et Fondation Manrique J4 -El Frisco et le nord de l’île (trajet rouge) J5 - Cuerva de Los Verdes et Jameos del Agua J6 - Parc national de Timanfaya - Yaza - Salinas de Janubios - Piscines Naturelles et Geria (trajet bleu) J7 - Montana Blanca -El Golfo - Los Hervideros - Salinas de Janubio (trajet vert) J8 - Hôtel J9 -Jardin de cactus- Promenade en chameaux – Avion pour Madrid. J10 - Arrivée Paris



Maintenant place au récit.
Mongolie - juillet 2012 English translation pending
by ARD07 · 2012-11-01 · 4 replies
Ce carnet est réalisé par copie des articles de notre blog (fait pour notre famille et nos amis); ce n'est donc pas un vrai carnet comme certains rédigent. Il peut cependant donner une idée de parcours dans ce superbe pays.

Nous sommes partis le 11 juin 2012 à trois 4x4 et pour atteindre la Mongolie, nous sommes passés par la Suisse, l'Autriche, la Hongrie, l'Ukraine et la Russie. Pour le retour, nous sommes passés par la Russie (lac Baïkal et anneau d'or), l'Estonie, la Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Allemagne soit 12 pays traversés et 23 000 km parcourus.

Jeudi 28 Juin Départ 7h30 après une bonne nuit dans la voiture (très confortable), nous roulons vers l’est, face au soleil levant. La bonne qualité de la route d’hier, qui se poursuit ce matin, nous permet d’être à notre étape à 13h30. Nous allons directement à la concession Toyota de Novosibirsk pour faire faire les vidanges des voitures avant d’aborder les pistes de Mongolie. Un petit mot sur la cuisine russe qui nous est proposé dans les petits restaurants, motels ou cafet’ au bord de la route : beaucoup de beignets fourrés de confiture ou compote, viande hachée, voire semblant de fromage. Les plats garnis sont tous servis après avoir été réchauffés au micro-ondes, la viande est détaillée en petits morceaux et, si les légumes sont parfois présents sur la carte, ils se résument à pâtes, riz et pommes de terre.

Vendredi 29 juin 4 A 11h45, nous atteignons Bijsk, qui est notre étape de ce soir. Nous avons donc une demi-journée d’avance malgré la demi-journée d’attente chez Toyota. Notre objectif est maintenant d’atteindre Tashanta, la ville frontière, afin d’entrer en Mongolie samedi soir. En effet, d’après nos informations, ce poste frontière serait fermé le dimanche et nous n’avons AUCUNE ENVIE de « poireauter » en Russie, surtout dans un endroit aussi perdu !!!! En début d’après-midi, nous abordons le massif de l’Altaï. Fini l’enfer de la Russie, ses routes défoncées et ses camions rugissants. La route est bonne, très peu de camions, ça ressemble beaucoup à nos Alpes, nous longeons la rivière Katun. Nous passons deux cols et après celui à 1600 mètres, le paysage change, la végétation est beaucoup rare, le relief s’adoucit. Très belle route à partir de Tukta, nombreux troupeaux vaches et leurs veaux ainsi que des hordes de chevaux en liberté, la plupart des maisons ont en annexe, une yourte en bois. Nous croisons un mariage qui faisait des photos sur un chantier routier, l’un des participants connaissait Chambéry !!!!! Nous voyons deux autres mariages. Le vendredi est-il le jour des mariages en Russie ? Nous recherchons un hypothétique hôtel pour Alain, que nous trouvons assez tard : style « chez l’habitant », les deux autres voitures bivouaquent dans l’enclos de l’hôtel, premières brochettes d’agneau pour les carnivores, pâtes pour la végétarienne de service.

Samedi 30 Juin Nous avons 220 km à parcourir pour atteindre la ville frontière de Tashanta que nous atteignons vers 11h45. Nombreux troupeaux de moutons, chèvres, vaches et chevaux en liberté, y compris sur la route. Les gardiens de troupeaux sont à cheval. Au détour d’un virage, des sommets enneigés apparaissent. 5 Nous faisons le plein des véhicules et des bidons : en effet, en Russie le gasoil coûte environ 0,70 € alors qu’en Mongolie il devrait coûter environ 1,10 €. Puis nous prenons place dans la file d’attente pour la frontière russe (fermée de 12 à 14 h) et pique-niquons en attendant. Il nous faut 2 heures pour traverser la frontière russe. Nous traversons le « no man’s land » puis abordons la frontière mongole. Deux heures nous sont nécessaires pour faire passer les 3 véhicules : nous suivons docilement et patiemment le circuit des guichets sans chercher à comprendre. A 18 heures, NOUS SOMMES EN MONGOLIE !!!! Comme par magie, passé la frontière, les paysages sont comme nous les avions rêvés !!!! Nous voyons nos premières yourtes !!!!! Nous roulons une dizaine de kilomètres et décidons de bivouaquer dans une étendue plate. De gros nuages noirs menacent, il pleut au loin. Lorsque René débouche la bouteille de champagne, il commence à pleuvoir et nous finissons nos verres dans les voitures et nous dinons dans les voitures pendant qu’il pleut et tonne. Enfin une bonne nuit réparatrice sans réveil aux aurores pour reprendre la route.

Dimanche 1er Juillet - Olgly Nous arrivons à Olgly en fin de matinée. Les rues sont assez délabrées, les familles vivent dans un carré clos par un mur, avec une petite maisonnette en pisé et la yourte installée à côté. Des français rencontrés à la frontière nous ont indiqué un bon « camping » avec eau chaude… théoriquement… et wifi. Nous rencontrons un couple de voyageurs ardéchois en route depuis le mois de Mars et le couple écossais/tasmanien déjà rencontré à la frontière. Les ardéchois conduisent tout le monde à un restaurant turc. L’après-midi, chacun vaque à ses occupations. La monnaie est le tugrik. Il en faut 1600 pour faire un euro. Le soir, apéro en commun et festival de chapeaux.

Lundi 2 Juillet – Parc Tavan Bogd Nous quittons le camping pour le parc Tavan Bogd. Lors de nos démarches d’avant départ (courses, gasoil, banque et distributeur) nous apprenons que nous devons obtenir une autorisation pour circuler dans ce parc très proche de la frontière chinoise. On nous la promet pour 14 heures, puis pour 15 heures (10 000 tugriks par personne.. En attendant nous sortons un peu de la ville et partons hors piste pour profiter des paysages. 2 Nous prenons ensuite la piste, très beaux paysages, et nous arrêtons pour un bivouac froid et venté, nous montons la « base » (sorte de tente annexe sans tapis de sol de 2 m x 2 m x1,90m de haut qui permet de se mettre à l’abri des intempéries). En route nous observons des marmottes miniatures (longueur 20 à 25 cm queue comprise) qui courent en tous sens et posent pour la photo !!!!

Lundi 3 Juillet Nous partons vers le lac. Le pont est fermé et comme René a perdu le contact pour son GPS, nous continuons la piste… qui se terminera pas un cul de sac. Nous découvrons en route plusieurs sites funéraires : tas de pierre en guise de tombe, ou tombe avec tombeau en rondins de bois, petits cimetières. Nous observons aussi des alignements de pierres dont nous recherchons la signification. Notons que cette région de la Mongolie est musulmane car habitée essentiellement par des Kazakhs. 3 Après un demi-tour, nous retournons au pont qui était fermé. Il est maintenant ouvert et constitue l’entrée dans le parc. La gardienne examine en détail notre laisser-passer. Nous nous remettons en route et nous arrêtons pour un pique-nique TRES venté. Bernard doit changer une roue dégonflée en plein vent glacial. Nous trouvons ensuite un bivouac au bord du lac, avec des tapis d’edelweiss, face aux sommets enneigés, et aux glaciers (4000 m environ). Nous montons la base pour la seconde fois. Bernard, avec un méchant rhume débutant, regonfle tous ses pneus et répare la roue crevée avec une mèche. Les gars à la mécanique avec Bernard, les filles montent les bases et font la cuisine. Malheureusement, la visite de ce parc se fait un temps couvert, où le ciel bleu promis dans la formule « La Mongolie, le pays du ciel bleu » ???? 4

Mercredi 4 Juillet - Parc Tavan Bogd Nous faisons le tour du lac et passons un pont. Des militaires nous rattrapent en moto pour vérifier notre laisser-passer. Nous profitons d’une bonne piste puis d’un passage difficile avec passage de gué pour faire une initiation de Marianne à la conduite du 4x4. Après un premier quart d’heure de stress, ça roule !!!! Bernard estime qu’il pourra bientôt faire la sieste !!!! 5 Nous revenons à Olgly et passons la nuit au Wolf Camp. Nous rencontrons un Français qui n’a pas vu de Français depuis un mois. Il est venu de Marseille en Mongolie à moto. Pour être complet sur ce voyageur, il est marié à une Espagnole et vit en Afrique du Sud.

Jeudi 5 Juillet - Khovd Nous prenons la route pour Khovd et nous profitons de belles portions de route. En effet, un grand axe routier est en construction pour relier l’ouest à Ulan Battor. Tantôt nous roulons sur l’ancienne piste, tantôt nous roulons sur la route en construction qui constitue une belle piste. Parfois même, nous avons l’heureuse surprise de portions goudronnées !!!! A un col, nous nous arrêtons : un groupe de personnes endimanchées est là, près d’un « ovoo ». Un « ovoo » est un monticule chamanique de pierres, bois et autres offrandes aux dieux et aux esprits, placé en principe, aux endroits élevés. De nombreux rubans, en principe de couleur bleue, flottent au vent. C’est l’équivalent des cairns que l’on rencontre fréquemment dans les montagnes. 6

Vendredi 6 Juillet – près de Manhan Journée sans étape, chaque équipage décide de son plan. En ce qui nous concerne, nous choisissons d’aller à une grotte avec des gravures rupestres indiquées sur Lonely Planet. Nous faisons la route « au GPS » qui nous indique bien la direction, mais nous avons tout de même quelques difficultés à trouver la piste qui va contourner les montagnes. Un autochtone au volant d’une camionnette pleine de tontes de moutons nous met sur la bonne piste. Nous arrivons à un petit campement en fin d’après-midi et négocions le prix de la nuit dans la yourte de 40 000 à 25 000 tugriks (16 €). Nous commandons la douche chaude pour notre retour ainsi que notre repas du soir : une soupe de légumes avec viande et une sans viande. Les sanitaires sont sommaires mais propres. Une stagiaire parlant un peu l’anglais nous aide beaucoup. Nous allons visiter la grotte au soleil couchant selon les conseils du guide, en effet elle est plus éclairée à ce moment de la journée. La visite est assez acrobatique et décevante, seulement quelques gravures. Au retour, une grosse fumée blanche s’élève au-dessus des sanitaires, le feu a été fait pour chauffer l’eau de la douche que nous prenons avec délectation !!!!! 7

Samedi 7 Juillet - Darvi Beau réveil sous la yourte. Nous nous gavons de crêpes chaudes avec beurre et confiture !!!!! Après 12 km de pistes à travers la montagne, nous rejoignons une portion de route goudronnée, assez courte… suivie d’une piste. Au début de la route goudronnée, une grande antenne de télécom, Marianne envoie un sms à Marie-Charlotte pour son anniversaire. Le temps menaçant nous incite à rejoindre Darvi où nous avons rendez-vous avec nos coéquipiers entre 17 et 18 heures. Nous arrivons vers 15 heures et déjeunons dans un petit restaurant : 4,50 € pour deux, pas la peine de faire la cuisine !!!! Nous découvrons l’astucieux système d’eau courante… A partir de 17 heures, nous nous plaçons au meilleur endroit près des pompes à essence et en face de la rue principale pour attendre nos coéquipiers. Un gros orage avec grêle éclate. A 20 heures, toujours pas de coéquipiers. Nous envoyons des sms qui ne sont pas transmis, nous allons bivouaquer à quelques kilomètres avec l’intention de revenir au point de rendez-vous le lendemain matin. 8

Dimanche 8Juillet - Altay Nous nous réveillons et plions tranquillement pour retourner au lieu de rendez-vous à Darvi. Au moment de monter dans la voiture, nous apercevons nos coéquipiers sur la piste, qui nous observent !!!! Nous apprenons alors qu’ils ont été bloqués en route, par une coulée de boue lors d’un orage. Un camion porteur d’une grue est bloqué dans un gué et les ouvriers du chantier de la route leur disent qu’il faudra attendre 24 heures pour pouvoir passer. Eux aussi ont envoyé des sms, n’ont pas reçu les nôtres. Nous recevrons l’un de leurs sms le soir en arrivant à Altay. En ce qui concerne le temps, nous observons qu’en général il fait beau le matin avec un ciel limpide. A la mi-journée, le ciel se charge ensuite de gros nuages blancs, très beaux pour les photos, mais prometteurs de perturbations. En fin d’après-midi, c’est l’orage !!!! Depuis quelques jours, nous avons un orage journalier, assez violent, avec grêle fréquente et vent, pendant une à deux heures.

Lundi 9 Juillet - Altay Retrait et change à la banque, puis garage pour Alain dont le pot d’échappement doit être réparé. A Altay, c’est le 2e jour du Nadaam : fête nationale qui se déroule entre le 10 et le 14 juillet selon les endroits, dure deux jours au cours desquels se déroulent des courses de chevaux, des compétitions de tir à l’arc et de lutte. Nous allons au stade voir les lutteurs, de « beaux bébés », bottés, et habillés d’un slip et une mini-veste avec manches (voir photos). La coupe de cette veste a été conçue pour empêcher les femmes de participer à la compétition !!!!! Beaucoup de personnes, à l’occasion du Nadaam, sont habillées en costume traditionnel : un grand manteau ceinturé, des bottes et un petit chapeau avec une pointe. 2 Autour du stade, se tient un marché d’objets en tous genres d’origine principalement chinoise. Egalement, quelques stands proposent des crêpes et chaussons fourrés à la viande, spécialités mongoles. Bernard et nos coéquipiers se régalent… la vie est dure en Mongolie pour les végétariens !!!!! Vers 11 heures nous quittons Altay pour notre étape intermédiaire, car nous voulons arriver à Bayankhongor le 10 au soir car, selon nos informations, le Nadaam s’y déroulera les 11 et 12 Juillet.

Mardi 10 Juillet - Bayankhongor Nous arrivons à Bayankhongor en milieu d’après-midi et apprenons que le Nadaam est commencé depuis la veille et se termine ce soir. Nous trouvons rapidement un hôtel et courons au stade où se déroule le Nadaam. Nous assistons à la finale de la lutte et un défilé de cavaliers qui ont couru le matin, tous très jeunes et qui montent à cru. 3 Après la douche brûlante… car elle n’est alimentée que par l’eau du ballon d’eau chaude, donc aucune possibilité de régler la température, nous décidons de nous retrouver au restaurant de l’hôtel… il ferme et nous apprenons qu’il est 21 heures… encore une heure de décalage supplémentaire. Nous sommes donc à +6 heures. Avant de partir au restaurant, nous récupérons le linge donné à laver en arrivant, il est encore un peu humide. Nous dinons dans un petit restaurant karaoké, activité très prisée en Mongolie. Etant donné que nous avons rendez-vous avec Tuul, notre guide, le 13 Juillet ici à Bayankhongor, nous décidons de nous retrouver le 13 à midi devant cet hôtel, et d’ici-là chaque équipage est libre de son programme.

Mercredi 11 Juillet- Shargalguut sources d'eau chaude La voiture est couverte de boue et de poussière, nous allons la faire laver. Nous faisons des courses pour une escapade de deux jours. Comme dans toutes les villes, les supérettes sont côte à côte dans la rue principale. On y trouve : beaucoup de sucreries, quelques conserves de viande (yak) et poisson, du pain industriel très « étouffe-chrétien », rarement des légumes et des fruits. En matière de légumes, il y a des pommes de terre, des carottes et des choux !!!! Quelquefois des tomates… Les fruits sont encore plus rares : des pommes, des bananes… de l’Equateur, quelques imitations de nectarines. Il y a également des yaourts vraisemblablement longue conservation sans réfrigérateur, valables jusqu’en octobre ou décembre. Nous partons « au GPS » à des sources froides et chaudes situées à Shargalguut, à environ 60 km de Bayankhongor. Après quelques difficultés pour trouver le départ de la bonne piste, nous parcourons les 60 km sur une piste un peu difficile avec des ponts et des passages qui ne doivent pas être faciles lors de l’orage journalier. 4 Nous nous arrêtons près d’une yourte qui fait sécher des fromages sur le toit ; nous en achetons et sommes heureux de goûter ce fromage un peu aigrelet, c’est le premier depuis notre départ. Il s’agit ici de fromage de chèvre. Nous traversons le village des sources qui comportent un hôtel et une « station thermale » et trouvons un lieu idéal de bivouac quelques kilomètres plus loin. Nous sommes un peu surélevés par rapport à la rivière… en prévision des orages… face à une yourte et entourés de troupeaux : chevaux, chèvres et yaks. Nous avons juste le temps de nous installer avant notre orage quotidien de 18 à 20 heures. Bien installés dans notre « ‘base », après un petit apéritif, nous dinons au sec. Nous regardons par la fenêtre et voyons passer le troupeau de yaks à quelques mètres de nous, sous les éclairs, le tonnerre et le vent. 5 A 20 heures, l’orage cesse, nous allons nous coucher avec la couette car il fait assez frais…

Jeudi 12 Juillet Réveil avec le soleil et toujours cette vue magnifique sur les montagnes, les yourtes et les animaux en liberté. Nous décidons de faire une journée sans voiture consacrée au rangement du matériel et à une rando dans les environs. Dans la matinée, nous donnons des gâteaux à des jeunes gardiens de troupeaux. Quelques minutes plus tard, deux petits enfants arrivent de la yourte en face, avec une bouteille de lait à la main. Nous leur faisons visiter notre « ger », notre yourte à nous, ils veulent tout voir et se disputent pour s’assoir sur un fauteuil. Nous leur donnons quelques gâteaux et goûtons le lait : c’est du lait de jument fermenté dit « aïrag ». Nous mettons la bouteille au frigo pour faire goûter à nos coéquipiers demain. Puis nous partons en rando. Marianne étrenne ses nouveaux bâtons de marche et remet ses chaussures de rando pour la première fois depuis le fatidique 30 janvier. Elle a des ailes et escalade les rochers. 6 Nous explorons les environs sous un temps menaçant, nous prenons le chemin du retour un peu prématurément à notre goût et nous terminons les derniers 500 mètres sous la pluie. Nous nous réfugions sous notre yourte occidentale, au bout d’une heure l’orage cesse, nous accédons à la voiture pour déjeuner (il est 15 heures…). Dans un des replis de la base, Bernard découvre des petits grêlons, Marianne est contente car elle va ainsi pouvoir décoller un chewing-gum de son pantacourt tout neuf !!!! Nous passons la fin de l’après-midi sous notre base à mettre à jour le récit de notre voyage pour le blog. Vers 17 heures, le soleil est de retour. Nous repartons donc pour une balade au milieu des troupeaux et en direction de la yourte d’où sont venus les enfants. Nous rencontrons en route le propriétaire de la yourte qui mène un troupeau à cheval. Nous lui offrons une chemise que Bernard ne met plus et il nous invite dans sa yourte. Selon la tradition, il nous offre du lait de jument fermenté et des fromages de yak. Nous pouvons faire des photos de son intérieur, malheureusement la communication est très limitée. Nous quittons la yourte et il nous conduit à son troupeau de chevaux. Les poulains sont attachés très court toute la journée pour qu’ils ne tètent pas leur mère ; en effet, les juments sont traites toutes les 2 heures pour fabriquer le lait de jument fermenté. Nos impressions gustatives : le lait de jument fermenté picote légèrement et n’a pas un goût très prononcé de lait. Nous apprendrons ultérieurement qu’il est fabriqué l’été et 7 se conserve jusqu’au printemps suivant. C’est LA BOISSON courante et journalière des mongols. Quant aux fromages, de chèvre ou de yak, ils ressemblent à de l’édam mais blanc/crème, coupé en morceaux irréguliers, avec un goût un peu aigrelet au début puis un goût prononcé de fromage. Nous en avons mis dans un risotto et cela était tout à fait honnête comme résultat. Nous le consommons également en cubes dans notre salade du midi et là, cela n’a rien à envier à la féta.

Vendredi 13 Juillet - Bogd - en piste pour le Gobi Nous quittons à grand regret notre campement idyllique. Nous sommes à Bayankhongor en fin de matinée pour courses et connexion internet… recevoir et donner des nouvelles et mettre à jour notre blog. A 12 heures, Tuul, notre guide avec qui nous avons rendez-vous pour 8 jours de circuit ensemble, arrive avec un équipage français. Nous partons pour Bogd où nous arrivons en fin d’après-midi. Samedi 14 Juillet - dans le Gobi Alain nous fait un défilé… c’est le jour où jamais !!!! C’est notre premier jour dans le désert de Gobi et avec Tuul notre guide. Enfin les réponses à tant de questions… Nous voyons beaucoup de troupeaux de chameaux (2 bosses) et, oh déception ! ils n’ont pas leurs « cheveux » longs (comme ceux du film « L’histoire du chameau qui pleure » que certains ont peut-être vu). En effet, ils sont tondus au début du printemps (avril-mai) car la laine est utilisée (cordages entre autres) et ils commencent à avoir à nouveau le poil long fin septembre. Nous nous arrêtons dans une yourte pour que Tuul puisse se faire confirmer la piste et la propriétaire nous y invite. Elle nous sert du thé au lait (beaucoup plus de lait que de thé, légèrement salé et qui peut, dans certains cas, être « assaisonné » de beurre de yak, ce qui n’était pas le cas ce jour là). Elle nous offre de la vodka artisanale (distillée dans la yourte, elle est d’ailleurs en train de mettre en route une distillation). 8 Entendez par vodka, une « eau de vie » faite à partir de lait fermenté, distillée dans une « installation maison », sur un poêle alimenté avec de la bouse sèche. Les bouses sont ramassées dans les champs, séchées, et mises en tas près des yourtes (voir photos). Elle nous propose également du fromage accompagné de crème (de chèvre, c’est l’animal qu’elle élève). Nous installons notre bivouac en fin d’après-midi dans un paysage désert à 360°. Il y a seulement quelques arbres du désert de Gobi appelés « saxauls » (phonétiquement). Apéritif au champagne apporté de Chambéry… c’est l’anniversaire de Marianne. Nous dégustons la fin de la 2e bouteille avec une boîte de foie gras (merci Nicole et Jean-Jacques), suivi d’un saumon sur lit de lentilles, préparé par Bernard. Yaourts en dessert pour finir en beauté !!!!

Dimanche 15 Juillet - Khongoryn Els - les dunes A 9 heures, il fait déjà 30°, dans l’après-midi le thermomètre atteint les 36°. Nous roulons vers les plus grandes dunes du Gobi : Khongoryn Els, non sans nous tromper plusieurs fois de piste. Nous arrivons vers 15 heures après un arrêt dans un puits pour nous approvisionner en eau pour toilette et vaisselle. Nous sommes à 9 1384 mètres d’altitude, au milieu des chevaux sauvages. Ce cordon de dunes fait 100 km de long et 12 de largeur. Nous tentons une escapade en 4x4 dans les dunes, mais sans dégonfler les pneus… les spécialistes comprendront que nous n’allons pas très loin dans ces conditions. Nous n’insistons pas. Nous nous promettons d’aller au sommet des dunes, à pieds, le lendemain matin.

Lundi 16 Juillet - Khongoryn Els Au petit matin, un cheval sauvage bouscule l’échelle de notre tente et casse un des crochets d’attache. Heureusement que nos coéquipiers étaient là pour nous permettre de descendre de notre tente !!! Après le petit déjeuner, vers 9 heures, nous partons vers le sommet de la dune (300 mètres) que nous atteignons en un peu plus d’une heure. Les 15 derniers mètres sont épuisants, nous faisons un pas et reculons des ¾, mais nous y voilà !!!! La vue est grandiose, nous sommes récompensés de notre effort. Quatre alpinistes italiens (qui ont fait 2 sommets supérieurs à 4000 m dans l’ouest) nous prennent en photo. Nous redescendons « sur les fesses » pour faire chanter la dune, puis nous continuons à enjambées de géant. Après une douche bien méritée, nous déjeunons et partons en début d’après-midi car nos coéquipiers préfèrent avancer sur le planning. Nous longeons les dunes sur une piste dure sur 50 km en direction de Bayanzag, et bivouaquons dans un terrain caillouteux. Nous avons la visite du voisin… de la yourte proche qui vient rentrer son troupeau. Il arrive à moto avec son jeune garçon. Ils sont très intéressés de découvrir nos tentes et installations. Alain donne un jouet au gamin qui repart avec des étoiles dans les yeux. Mardi 17 Juillet - Yollin Am - la glace Nous reprenons la piste et nous arrêtons près d’un groupe de mongols qui dressent des chevaux sauvages et les montent pour la première fois, c’est du rodéo. Ils nous font signe de nous approcher, nous faisons des photos et ils nous invitent dans la yourte. Ils sont en fête pour le 2e jour avec des amis pour ce dressage. 2 Ils nous servent d’abord des gâteaux, la viande des joues d’un mouton accompagnée de gras. Les bols de lait de jument fermenté et de vodka (vraie vodka et non pas la vodka familiale évoquée précédemment) circulent de main en main. L’ambiance est chaleureuse et les mongols apprécient notre présence. Nous apprenons à saluer les esprits avant de boire en faisant gicler quelques gouttes de vokda vers le ciel avec l’annulaire droit. 3 Nous sommes obligés de les quitter pour reprendre la route, ils nous laissent leur adresse postale pour leur envoyer des photos. Nous passons tout d’abord par les gorges de Dugany Am, juste assez larges pour permettre à un 4x4 de passer. Nous y pique-niquons. Puis nous poursuivons jusqu’à l’entrée du canyon Yollyn Am (bouche du vautour). Ce canyon très étroit et très abrité du soleil conserve encore à la mi-juillet de la glace veinée de bleue. Notre guide y est passée début juillet ; à cette date, la glace bouchait le canyon. En hiver, la glace mesure plus de 10 mètres d’épaisseur et s’étend sur plus de 10 km. Nous bivouaquons à la sortie du parc national où se trouve ce canyon, à 2050 mètres. Les soirées et matinées sont fraîches, heureusement notre « base » nous permet d’avoir un certain confort.

Mercredi 18 Juillet - Bayanzad - falaises de feu Nous quittons ce bivouac de carte postale pour Dalandzadgad, capitale de la province du Gobi du sud. 4 A notre arrivée, comme chaque fois dans un village ou ville, nous faisons les courses habituelles : nous prenons de l’eau (non buvable pour nous) au puits ou à la « maison de l’eau », puis nous achetons de l’eau minérale, du gasoil, fruits et légumes dans la limite de ce que nous trouvons…, pain et internet si cela existe. Nous allumons nos portables car ce n’est que dans les villages ou villes que nous avons du réseau, de plus cela dépend des opérateurs. Nous roulons dans de la steppe à perte de vue, comme cela existe dans l’est de la Mongolie sur des centaines de kilomètres. Aucun touriste ne visite l’est du pays. Nous roulons en direction de Bayanzad et nous arrêtons aux falaises appelées « falaises de feu » : paysage fait de rocs et sable rouges et de quelques buissons. Après une promenade à pied dans ce site, nous bivouaquons au pied de ces falaises. Au moment où nous sortons la base pour l’installer, un vent violent s’abat sur notre campement, le sable nous cingle le visage, la base s’aplatit puis se redresse… nous décidons de la monter de l’autre côté de la voiture, à l’abri du vent. Nous dinons tranquillement et nous couchons. Dans la nuit, ce vent de folie se lève à nouveau, accompagné de pluie, nous passons une partie de la nuit à surveiller notre installation qui « ne bronche pas ». Notre guide n’a pas vu de pluie à cet endroit depuis 8 ans. Ce site est un important site de recherche sur les dinosaures. Il y a 400 sites avec des traces de dinosaures dans le monde, 70 % se situent en Mongolie. Le musée d’histoire naturelle d’Ulan Bator est réputé pour ses collections de vestiges de dinosaures. 5 Jeudi 19 Juillet - Ongiin Khiid - monastère Nous prenons la piste pour Mandal Ovo, mais après la pluie de la nuit, la piste est assez glissante. Bernard, en tête, choisit la mauvaise option et reste planté dans une profonde ornière de glaise. René a pu passer sur le côté et tire le 4x4 de Bernard de ce mauvais pas. Nous poursuivons et avant d’arriver à Mandal Ovo, nous assistons à une course de chevaux du Nadaam qui se déroule ce jour-là dans ce petit village. Nous voyons le départ et l’arrivée de cette course de 15 km réservée aux chevaux de 2 ans montés –à cru- par des enfants. 6 A Mandal Ovo, nous allons à la laiterie qui prépare des spécialités à base de lait de chamelle : yaourts, glaces. Apprécié par certains et pas par d’autres… Nous pique-niquons à l’ombre des arbres qui ont poussé près du puits, pas très loin d'une "cacatière" (terme savoyard), avec ses petites cheminées d’aération !!!!! Nous reprenons la route : une zone désertique caillouteuse plate puis de la steppe. Nous allons jusqu’aux ruines du monastère Ongiin Khiid. A cet endroit, s’élèvent les vestiges de deux monastères détruits à l’époque de la domination soviétique en 1937. Nous bivouaquons près de la rivière, entre deux montagnes, sur un terrain recouvert de pelouse naturelle. Magique !!!!

Vendredi 20 Juillet - Arvaïker Nous quittons la province du Gobi du milieu pour Arvaïkheer. Nous nous dirigeons vers les régions boisées et vertes du Kangay. Nous y arrivons vers 15 heures, nous devons quitter notre guide Tuul ici, nous nous dirigeons immédiatement vers le marché afin qu’elle puisse trouver un covoiturage pour Ulan Bator. Après son départ, nous déambulons dans ce marché aux containeurs (chaque échoppe est installée dans un containeur), achetons du yaourt de chèvre et du fromage au marché au fromage et visitons le marché de la viande… on comprend pourquoi toutes les viandes sont servies très cuites, le plus souvent bouillies. 7 La ville d’Airvaïkheer tient son nom d’un cheval qui est revenu à cette ville après avoir été livré à la Russie, comme beaucoup d’autres chevaux, en tant que contribution mongole à l’effort de guerre de la Russie en 39-45. Vers 17 heures nous trouvons un cyber café, pas très rapide… et l’orage éclate pendant que nous travaillons à notre blog, un déluge de pluie s’abat sur la ville et nous décidons de nous réfugier à l’hôtel. 8

Samedi 21 Juillet - Kharkhorin L’hôtel ne propose pas de petit déjeuner qui nous convient. Nous prenons… une route goudronnée… et nous arrêtons pour un petit déjeuner à notre goût. Après 40 km nous quittons le goudron pour une piste en direction de Hujirt, cette piste est une vraie savonnette (embardée d’Alain et René). Après Hujirt, de nouveau une belle route goudronnée toute neuve, puis une route goudronnée à trous !!!! Nous nous arrêtons à environ 26 km avant Kharkhorin, au monastère Shankh Khiid, créé en 1648 et également en grande partie détruit en 1937 (temples brûlés et moines déportés en Sibérie). Subsiste un temple dans lequel avait lieu le repas des moines et moinillons au moment de notre visite. A l’entrée de Kharkhorin, nous nous arrêtons au site du « rocher phallique » puis au célèbre temple Erdene Zuu Khiid. Ce dernier a été relativement épargné par les purges staliniennes de 1937. Il fut le premier monastère bouddhique de Mongolie au 16e siècle et demeure le plus important du pays. L’ensemble monastique est entouré d’immenses murailles : 108 stupas (108 est un nombre sacré dans la religion bouddhiste) sont répartis tout le long de l’enceinte, tous les 15 mètres. Les 3 temples qui ne furent pas détruits en 1937 sont dédiés aux trois étapes de la vie du Bouddha : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. 9 Demain étant un jour de repos, chacun est libre de faire ce qu’il souhaite et nous choisissons de passer la nuit dans un camp de yourtes pour touristes (Munkh Tenger recommandé par Tuul).

Dimanche 22 Juillet - Mongol Els Grasse matinée dans la yourte, récupération de nos deux sacs de linge lavé et séché (la blanchisserie nous coûte aussi cher que la nuit sous la yourte…), visite de la ville, connexion internet pour mettre à jour le blog et déjeuner dans un petit restau tenu par un Français qui organise aussi des treks à cheval. Nous rejoignons nos coéquipiers au temple où nous allons jusqu’à une tortue de pierre qui est symbole de longévité. 10 Nous retrouvons nos coéquipiers à 16 heures pour partir bivouaquer sur la route d’Ulan Bator. Après une heure de route, nous bivouaquons dans les Mongol Els (dunes mongoles) qui sont la continuation du Gobi qui apparaît encore presque au nord de la Mongolie. Très beau bivouac, nous arpentons les sommets des dunes alentour avant de diner.

Lundi 23 Juillet - Ulan Bator Nous arrivons à Ulan Bator en début d’après-midi et nous rendons directement au service de l’immigration près de l’aéroport. En une heure la prolongation de notre visa est faite. Nous rejoignons le centre ville ; à l’office de tourisme, séparation avec nos coéquipiers pour les deux jours prévus à U.B. Nous cherchons un hôtel proche du centre ville et optons pour Ganah’s guest house, près du monastère Gandan. Il propose des chambres et des yourtes sur le toit et a l’avantage d’avoir une possibilité de garer le véhicule en sécurité. Après visite de la yourte étouffante, nous optons pour une chambre très fraîche et nous découvrirons à l’usage qu’elle est TRES humide… Un couple de jeunes français venu par le transsibérien nous indique un petit restau mongol mais nous dinons dans un restau coréen, très bien. A U.B., 40 % de la population vit dans des quartiers de yourtes, très souvent très pauvres. Et pour la première fois, nous voyons des panneaux indicateurs… en cyrillique !!!!

Mardi 24 Juillet A 10 heures nous partons pour l’ancien magasin d’état, sorte de Galeries Lafayettes. Marianne fait une halte chez le coiffeur, Bernard déambule dans les rayons et repère l’étage des souvenirs. Nous déjeunons finalement au petit restau indiqué par le couple français : restau typique, atmosphère très locale, difficulté pour se faire servir un plat sans viande qui arrivera finalement avec deux saucisses. Les mongols entrent, déjeunent rapidement et sortent. L’après-midi, nous allons à la place du parlement où il y a les statues de Gengis Khan (photo de gauche) et ses descendants, ainsi que le héro du XXe siècle de l’histoire mongole Sükhbaatar (photo de droite). Nous visitons ensuite le musée de l’histoire mongole qui nous donne un bon aperçu de l’histoire de ce petit pays qui a dominé aux XII-XIIIe siècles une bonne partie de l’Asie et de l’Europe de l’Est. 2 Puis, en plein centre de ville coincé entre des immeubles de verre, le petit temple de Choïjin Lama Khiid abrite quelques curiosités : la statue du Lama Chiïjin réalisée avec ses cendres et de la terre, des dessins très figuratifs de l’enfer froid et l’enfer chaud, et au plafond, des dessins de « mauvaises femmes » dansant nues. On peut également y admirer des tangkas (tentures murales peintes sur tissu) et des masques (tsam) dont un est constitué de 6000 perles de corail. Après une petite bière en fin d’après-midi au Grand Khaan Irish Pub, nous dinons dans un restau végétarien… OUI !!!! ça existe à U.B. !!!!! (le Luna Blanca, très bonne adresse). Retour à pied (20 mn de marche), notre choix de logement est judicieux mais nous sommes tout de même fourbus.

Mercredi 25 Juillet A 9h30 à la poste centrale, nous retrouvons Tuul, notre guide. Nous nous rendons en taxi à Cashmere Works : ancienne usine russe maintenant mongole, c’est la plus importante des 5 usines de cashmere d’U.B. : 800 salariés, 240 000 pulls par an et 300 à 400 000 écharpes. Nous visitons les ateliers où se déroulent les étapes successives de fabrication : séparation du « duvet de cashmere » et des poils restants (perte de seulement 10 % du poids car les nomades ont déjà effectué un premier tri pour vendre leur production au meilleur prix), teinture (avec des produits naturels), séchage, filage (pour obtenir un fil plus fin qu’un cheveux humain ce qui constitue une qualité supérieure, notamment par rapport à la production chinoise), tricotage et assemblage des différentes pièces composant le vêtement (une couturière à un poste d’assemblage assemble 5 pièces par jour), différentes étapes de contrôle tout au long du processus, et enfin étiquetage et emballage où nous rencontrons un anglais de Manchester qui vient contrôler ses commandes. 3 La visite se termine par celle du magasin où chacun « craque » pour une petite folie : Marianne un gilet en cashmere et Bernard un gilet sans manche en cuir doublé de poil de chameau. Tout à côté, nous visitons le palais d’hiver du Bogd Khan, le 8e bouddha vivant et dernier roi de Mongolie. Nous y découvrons des statues réalisées par Zanabazar, des tenues d’apparat en fil d’or, une collection impressionnante d’animaux empaillés, un bol d’une capacité de plusieurs litres que le Bogd Khan servait aux personnes qui arrivaient en retard. L’après-midi, Bernard se rend au garage Toyota avec Tull car il a constaté quelques problèmes de puissance et d’accélération. Pendant ce temps, Marianne visite le musée d’histoire naturelle qui comporte quelques salles consacrées aux dinosaures : squelettes de dinosaures, oeufs, fossiles. Pendant la visite, l’orage éclate et après une heure de pluie battante arrive une accalmie de pluie mais les rues sont inondées : retour à pieds secs impossible, il faut traverser d’immenses flaques d’une vingtaine de centimètres de profondeur, ou faire de l’équilibre sur les bordures de trottoirs et surtout, éviter de se faire asperger !!!! Nous nous retrouvons à l’hôtel pour une mauvaise nouvelle : l’embrayage est TRES fatigué malgré un kilométrage de 59 000 km, plus question de faire de la piste, il est peut-être possible de faire encore 1000 ou 1500 km. Le garage Toyota, encore en cours de construction, demande 15 jours pour faire venir les pièces du Japon. Nous partons en compagnie de Tuul à la recherche des pièces dans des magasins spécialisés au nord de la ville… un immeuble entier d’échoppes présentant un bric à brac impressionnant de pièces de toutes marques… malheureusement, le modèle est trop récent pour trouver les pièces ici. Nous rentrons à l’hôtel plus que dépités… la meilleure solution semble de quitter la Mongolie pour Irkurtz en Russie où se trouve un concessionnaire Toyota

Jeudi 26 Juillet Nous changeons de chambre pour une chambre plus grande et surtout moins humide. Matinée internet puis shopping : pour la petite histoire, achat de Fervex dans une pharmacie pour 10 % du prix français. A 14 heures nous retrouvons Tuul pour un dernier espoir de garage… en vain, puis nous visitons le monastère Gandan, tout près de notre hôtel. Ce monastère a été relativement épargné lors des purges staliniennes de 1937, donc quelques temples anciens sont encore présents. On peut notamment y voir 3 styles de temples : mongol (ressemblant à une yourte), chinois et tibétain (avec un haut soubassement blanc en dur). Par chance, nous visitons ce monastère un jour spécial du calendrier lunaire et assistons à des prières d’une grande ferveur. Dans un temple, les gens font la queue pour choisir sur une liste et acheter le voeu de leur choix ; après passage à la caisse, ils remettent ce voeu aux moines en prières et font des offrandes dans le temple. Dans un des temples du monastère, s’élève la statue d’un bouddha, d’une hauteur de 26 mètres, en cuivre recouvert d’or. Elle avait été enlevée par les soviétiques pour fabriquer des munitions ; une copie, financée par les fidèles, a été consacrée après 1990 lorsque la pratique religieuse est redevenue possible après la fin de l’emprise soviétique. 5 Nous faisons quelques emplettes au marché en prévision de notre départ du lendemain : tomates, fruits et… DE LA SALADE !!! pour la première fois depuis que nous sommes en Mongolie. Nous assistons ensuite à un spectacle recommandé par Tuul, qui nous permet d’avoir un aperçu des arts traditionnels mongols : musique, danse et chants dont le très étonnant chant diphonique, pour finir par un numéro de contorsion, spécialité mongole et chinoise.

Vendredi 27 Juillet - Dahran en route pour la frontière Bernard a finalisé sa décision de tenter de se rendre à Irkurtz. Nos coéquipiers vont continuer leur périple sans nous et ne se soucient guère de notre sort (ils ne passeront même pas nous voir !!!). Nous prenons la route pour le nord de la Mongolie. Le coeur n’y est pas, nous ne visiterons pas le Kansay. 6 Dès la sortie d’U.B., la voiture peine de plus en plus. La route n’est pas favorable à la situation : c’est une succession de descentes et de montées, progressivement, les côtes que nous montions en 3e doivent être montées en 2e… Chaque côte est plus angoissante que la précédente… allons-nous arriver en haut ??? Nous croisons à plusieurs reprises la voie de chemin de fer du transsibérien, rejoignant U.B. depuis Moscou : nous avons d’ailleurs rencontré plusieurs voyageurs ayant emprunté ce train. Nous avons la surprise de voir quelques parcelles cultivées de colza : de belles taches jaunes dans le paysage vert. Une pancarte indique une mine d’or : une grande piste la dessert et nous apercevons les collines de déchets. Après Bayangol, le relief semble s’adoucir, encore quelques côtes, moins raides mais plus longues… puis le paysage s’aplatit progressivement. Nous pique niquons au bord d’un lac salé après Darhan. Nous bivouaquons dans un champ de fleurs, derrière des sapins, sur une piste très près de la route afin d’économiser les forces de notre véhicule. Une voiture locale passe et nous confirme que nous pouvons dormir à cet endroit sans problème.

Samedi 28 Juillet - Kyakhta 5 km en Russie Nous parcourons nos derniers 40 kilomètres en Mongolie. Quelques parties boisées apparaissent dans le paysage : essentiellement des conifères et des bouleaux. Les yourtes se font de plus en plus rares. Nous atteignons difficilement la frontière à Altanbulag à 9h45. Les formalités sont terminées au bout d’une heure après un va-et-vient incohérent d’un guichet à l’autre et de multiples coups de tampons sur d’innombrables papiers. Tout à coup, panne d’électricité !!!! Heureusement, cela n’empêche pas les agents d’inscrire 7 consciencieusement toutes les informations sur des cahiers longuement feuilletés avant d’écrire… le contrôle des passeports se fait par l’informatique alimenté par un groupe de secours. Normalement tout est terminé, la grille de sortie du territoire reste fermée pendant 3 heures alors que les camionnettes et camions passent à côté de nous et avance pour le poste frontière russe. A 13h30, ENFIN !!! la grille s’ouvre pour nous… l’accès au poste frontière russe est en côte… encore une !!!! Une heure plus tard nous entrons en Russie et quelques kilomètres plus loin atteignons la ville de Kyakhta. Nous souhaitons atteindre la ville d’Ulan Ude à 225 km, mais la première côte nous en dissuade et nous revenons dans la ville. A 15h30 nous appelons l’assistance de l’assurance. Au début, tout semble aller bien, on doit nous rappeler dans la demi-heure qui suit… nous appelons et rappelons plusieurs fois malgré les promesses, en fin d’après-midi nous apprenons que le dépanneur ne sera là que demain matin à 9 heures. Faute d’hôtel, nous demandons au poste de police si nous pouvons dormir sur leur parking et ils acceptent bien volontiers de nous laisser dormir sur leur parking ultra sécurisé. Nous apprenons incidemment qu’il est une heure plus tard que ce que nous croyions : nous avons donc 7 heures d’avance sur la France. Nous dormons dans le 4x4.

Dimanche 29 Juillet - Kyakhta A 8h30 nous sommes devant « l’église au toit bleu » pour l’arrivée du dépanneur à 9 heures annoncée par l’assistance… Nous petit déjeunons dans la rue et assistons au défilé des fidèles qui se rendent à l’office. Après quelques coups de fils avec l’assistance, nous apprenons que le dépanneur n’arrivera que vers 13 heures. Nous partons donc faire quelques courses et chercher une connexion internet… que nous trouvons au sous-sol d’un immeuble, au fond d’un couloir… mais ça marche très bien. Retour à la voiture pour une salade et un appel à l’assistance : l’arrivée du dépanneur est reportée à 14h30… nous y croyons toujours. 8 Le dépanneur n’étant pas là à 16 heures, nous rappelons… et apprenons qu’il va encore falloir attendre jusqu’à 23 heures !!!!! Alors que nous sommes là depuis 24 heures déjà !!!!! Nous allons donc passer une seconde nuit sur place, peut-être chez le « pop » qui habite à côté de l’église… peut-être partirons-nous demain matin ??? En attendant, nous retournons au cyber café et rencontrons un jeune couple français eux aussi en panne de voiture depuis un mois, mais ils n'ont pas d'assistance... Ils nous indiquent un hôtel à côté de l'église où nous trouvons une chambre spartiate qui ressemble, a priori, à une suite.... en fait le salon fait office de salle de repassage commune et la salle de bains est également commune à plusieurs chambres...!!! Que de désillusions dans cette ville !!!! le dépanneur promis qui n’arrive pas, la suite qui n’en est pas une… !!!
Nuit de cauchemar sur Easyjet (vol Paris-Nice) English translation pending
by Flandrine · 2012-10-29 · 43 replies
Le vol Easyjet EZY4071 pour Nice au départ de Paris vendredi soir a tourné au cauchemar. Un avion complet qui ne partira jamais à l'heure pour cause d'intempéries sur la Côte d'Azur. Prévu pour décoller a 20h55 d'Orly, les passagers s'envoleront qu'a 02h30 du matin de l'aéroport Charles de Gaule... Même pas une bouteille d'eau Transport en car entre les deux aéroports, refaire les enregistrements des bagages, repasser les contrôles de sécurité... dans une salle d'attente froide et sans le moindre verre d'eau, épuisés les passagers dormiront partout et n'importe comment. Après un vol agité, toujours sans le moindre verre d'eau, atterrissage à Nice vers 4h du matin.
Scandaleusement rackettés à Enfida! (Tunisie) English translation pending
by Poletmic · 2012-10-27 · 141 replies
Nous rentrions de notre 3è voyage en Tunisie et c’est la toute première fois que nous assistons à cela ! Nous avons subis, nous et tout notre groupe, un racket par différents policiers de l’aéroport d’Enfida !!! Et ce, à deux endroits !

1. Après avoir enregistré nos bagages, nous passions le contrôle des billets d’embarquement avec les pièces d’identités et là, ….interrogatoire ! - Avez-vous des devises tunisiennes ? - oui, - donnez-les-nous ! - pourquoi? - parce que c’est interdit de passer des dinars, c’est noté à l’entrée, (personne n’a vu où c’était indiqué bien sûr) Et donc, soit vous êtes dépouillés à ce moment-là, soit plus loin, ....

2. Nous passons ensuite au contrôle rayons X et là, un autre flic commence à fouiller votre portefeuille ainsi que les sacs à mains des dames de fond en comble, pas une pochette n’est épargnée, et on vous vole vos derniers dinars ! Toujours parce que c’est interdit d’en garder !

Certains ont été stupéfaits de la manœuvre et n’ont opposé aucune résistance alors que d’autres se sont rebellés et ont refusé de donner leur argent, le policier les a alors menacé de confisquer leur pièce d’identité !! Et quand un homme, plus rebel que les autres a répondu "Et bien, gardez mes papiers, je m’en fous" et il a tourné les talons pour s’en aller, le policier n à pas insisté et lui a rendu ses papiers sans bénéficier du butin! C’est bien la preuve que la pratique est crapuleuse !

Je veux bien admettre que les devises ne peuvent pas sortir du pays (ceci dit, qu'elle utilité en auriez-vous hors de la Tunisie ???) dans ce cas, il est obligatoire de mettre à disposition un bureau de change à l’entrée de l’aéroport, là, ce serait faire preuve d’honnêteté !

Je signale au passage que vous passez sans problème avec des flacons de plus de 100ml à ces conditions, parce que moi, j’avais oublié un flacon de 200ml de produit dans mon bagage à main et cela m’a été autorisé !! (la personne qui tenais mon bagage venait de se faire voler ses derniers dinars bien sûr). Visiblement ce n’est pas ce liquide-là qui les intéressent !! Il est clair aussi que je saurai où cacher mon argent la prochaine fois !

C’est tout simplement HONTEUX !! non seulement on vient chez eux dépenser notre argent, faire vivre leur tourisme, acheter des excursions, des souvenirs, etc. Mais ce n’est pas suffisant, il faut que l’on se fasse dépouiller avant de rentrer chez nous ! Et par des représentants de la loi de surcroît !!!! C’est carrément un abus de pouvoir ! J’ai bien l'intention d'envoyer ce courrier à l'ambassade de Tunisie ainsi que divers forums de compagnies de voyage afin de prévenir le plus de voyageurs possible de la manœuvre. C’est interdit ! Ne vous laissez pas faire !
Hôtels à Ha Giang et environs? English translation pending
by JMPe · 2012-10-22 · 30 replies
Bonjour. En parcourant le forum je trouve 2 hôtels recommandés pour la ville de Ha Giang : * Truong Xuan resort * Ha Giang resort En regardant les descriptions j'ai l'impression qu'il s'agit d'un seul et même hôtel. Ai-je raison ? Avez-vous d'autres hôtels à me recommander sur Ha Giang et sur la région comprise entre Bac Ha et Dong Van ? Merci. Jean Michel.
Out of Namibia English translation pending
by Genevois · 2012-10-17 · 27 replies
Petite intro. Imaginez un pays dont la superficie est égale à 1,5 fois la France, mais avec seulement 2 millions d’habitants recensés, soit la population du grand Lyon. Si peu de monde pour un si grand territoire. La notion de grands espaces prend tout son sens dans ce pays du sud de l’Afrique. Combien de kilomètres avons-nous parcouru sans voir la moindre présence humaine ? Combien de paysages avons-nous contemplé sans y voir la moindre intervention de l’Homme ?

Ici point ou peu de musées, de monuments. Ou plutôt si. La nature, un musée, un monument, une oeuvre quasi parfaite et permanente. Si belle, si sauvage, si conservée depuis la nuit des temps, la Namibie est un retour à la nature, à ce qu’elle nous apporte de plus beau, dans ses couleurs, ses formes, ses animaux, ses paysages spectaculaires. On y vit au rythme du soleil, les jours sont longs, les soirées sont courtes et les nuits sont bonnes. Les plaisirs y sont si simples, loin des sophistications nécessairement indispensables à l’Occident.

On dit de la Namibie qu’elle est le paradis des photographes. Mais c’est faux. Archi faux. Ce serait plutôt l’enfer. Car tout y est tellement beau et photogénique que l’on passerait les journées l’oeil collé au viseur. A peine avait-on crû avoir le bon angle, la couleur parfaite, le paysage idéal, l’animal dans une posture de magazine, que 50 mètres plus loin, 10 minutes plus tard, tout a changé pour une énième extase. Le tri est impossible, le choix est cornélien. L’enfer.

La Namibie est un pays africain, mais les colonisations d’abord par les Allemands, puis par les Sud-Africains lui ont donné cette rigueur quasi germanique dans l’organisation du pays. Les routes y sont bien indiquées, la propreté est une valeur entretenue (presque) partout, la sécurité est de mise, une sorte d’Afrique pour les nuls qui permet aux novices de ce continent de se lancer sur les pistes sans appréhension. Bien sûr, on y rencontrera souvent ce joyeux foutoir qui caractérise le grand continent noir. Un foutoir qui fonctionne malgré tout, qui s’appréhende avec le sourire et l’esprit du lieu. Un proverbe africain ne dit-il d’ailleurs pas que les Blancs ont des montres et que les Africains ont le temps ... ?

Il y a toujours un envers du décor. Ici, une séparation nette des communautés blanches et noires, une sorte d’apartheid officieux et consenti (encore que), une répartition des biens et richesses peu équitable. Les Blancs roulent en 4x4 onéreux, les Noirs sont contents s’ils peuvent avoir une épave, sinon l’âne ou une paire de chaussure fera l’affaire. Nous avons vu des gens mendier non pas de l’argent, mais de l’eau, de la nourriture, des habits ou des chaussures, bien que ces comportements ne sont pas exclusifs au continent africain. Même si les communautés cohabitent pacifiquement, il semble, vu d’un oeil novice, que la communion entre les ethnies est difficile.

Malgré cela, pour les amoureux de la nature la Namibie est fascinante, belle, sauvage. A l’évidence, vivre l’expérience namibienne en campant nous paraît être la meilleure façon de communier avec son environnement. Mais pour ceux qui sont moins enclin à quitter le confort douillet ou qui rebutent à nomader, les nombreuses lodges luxueuses ou plus modestes sont suffisamment présentes dans tous le pays. Même si la beauté naturelle n’a pas de prix, la Namibie a même eu la brillante idée de s’offrir à tous les budgets.

Petite intro avais-je commencé, donc place à la suite. Nous avons passé 3 semaines palpitantes en Namibie, en voici le détail.

Jeudi 20 et vendredi 21 septembre

Pour atteindre la capitale Windhoek, nous avons opté pour la compagnie nationale Air Namibia, qui a le grand avantage d’avoir une liaison directe avec Francfort et de surcroît par un vol de nuit qui permet de gagner une bonne journée, contrairement au transit via Johannesburg. Premier vol donc entre Genève et Francfort, sans histoire. Ou plutôt avec une anecdote : toutes deux membres de Star Alliance, le billet pour ce trajet a été acheté chez Swiss, mais le vol a été opéré par Lufthansa. Jusque là, rien d’exceptionnel. Par contre, le tarif n’est pas le même pour un même billet auprès des 2 compagnies, Swiss nous ayant permis d’économiser quelques deniers à dépenser sur place.

L’aéroport de Francfort est assez énorme, fonctionnel, mais pas spécialement attractif, mais bon, ce n’est pas la fonction primaire d’un aéroport. Le 737 de la Lufthansa a posé au terminal 1 et Air Namibia décolle en début de soirée du terminal 2, qu’une petite navette rejoint. Attention, si vous venez avec 2 billets séparés, il faut IMPERATIVEMENT repasser par le check-in au comptoir d’Air Namibia pour valider l’enregistrement des bagages, sinon vos sacs resteront à Francfort.

Air Namibia est une petite compagnies. 8 appareils au total, dont deux A340-300 dédiés uniquement à la ligne Windhoek-Francfort. Des A340 assez âgés, sans système de divertissement individuel, mais propre et visiblement bien entretenu par la maintenance de Lufthansa. Les passagers sont quasi exclusivement Blancs, Allemands et plutôt âgés. 9h20 de vol plus tard, nous posons le pied sur le continent africain. Seuls deux guichets de l’Immigration sont ouverts et les fonctionnaires présentes ne sont guère sympathiques pour un premier contact. Deux coups de tampons dans notre passeport et nous voilà prêts à récupérer nos bagages.

A la sortie, un employé de la société Camping-Car Hire est là, avec une pancarte et nos noms. Après plusieurs demandes de devis, cette agence nous proposait le meilleur rapport qualité-prix, pour un 4x4 Nissan double cabine avec sa tente sur le toit. La ville de Windhoek est à 40 km de l’aéroport et nous arrivons au dépôt de l’agence vers les 08h00. Le service est très professionnel, les formalités sont vite remplies, des documents et des cartes routières nous sont remises. Un employé nous décrit le matériel, nous explique en anglais le montage et démontage de la tente. En peu de temps, nous sommes sur la route. A une courte distance de l’agence se trouve un grand centre commercial SuperSpar où nous pouvons trouver de tout pour nos premières courses, y compris une carte SIM locale chez l’opérateur MTC.

Première expérience de la conduite à gauche et en ville de surcroît. Le plus dur est de se faire à l’inversion des essuies-glace et des clignotants. Plusieurs fois, j’indiquais notre direction par un mouvement des balais ... Une fois les courses de base faites, vin sud-africain compris, nous rejoignons la monotone B1 en direction du sud, vers l’Afrique du sud. La route est rectiligne et bordée de plaines. Le temps est nuageux et gris, la pluie menace même.

Petite halte au lac d’Oanab, qui est en fait un resort privé et dont l’accès est payant. Petit pique-nique sous la grisaille au bord de ce lac, qui ne mérite pas le détour. A Kalkrand, première piste, la C21 pour nous enfoncer dans les dunes rouges du Kalahari. La piste est roulante, mais nous nous imposons une limite de 70-75 km/h au grand maximum. De toute façon, la Nissan est équipée d’un tracker. En cas d’accident, l’appareil peut mesurer la vitesse au moment des faits et en cas de dépassement de 80 km/h, tous les frais sont à la charge du conducteur, quelle que soit l’assurance choisie. Ca freine les ardeurs et donc l’allure... Je comprends de toute façon le pourquoi de la limitation à 80 km/h sur les pistes. A cette vitesse, l’avant de la voiture flotte un peu et en cas de coup de volant, le 4x4 se retourne à coup sûr.

Cette portion du Kalahari nous offre ses dunes régulières, au sable rouge, toutes orientées dans le même sens, la piste passant de l’une à l’autre. Magie des voyages, hier en Europe, aujourd’hui dans le Kalahari, dont le nom évoque une Afrique sauvage aux peuplades tribales. Peu avant Hoachanas, nous bifurquons sur la D1268 le long de laquelle se trouve le Bagatelle Game Ranch, notre première étape namibienne. Personne sur plus de 40 km, premier contact aussi avec les grands espaces.

Le Bagatelle est un magnifique endroit, lové entre les sables rouges et les herbes jaunies de cette fin d’hiver, peuplé de Springboks et d’oiseaux colorés. Accueil souriant à la réception et direction le camp, 5 emplacements à l’écart du lodge. Chaque emplacement, suffisamment espacé pour ne pas être dérangé par les voisins, a sa petite cabane en dur, avec douche chaude, lavabo et WC privatifs. Aucun bruit si ce n’est celui des oiseaux et du vent, une nature intacte et sauvage, un petit paradis.

Première cuisine en camping aussi, pas forcément concluante. Nous avons oublié d’acheter des allume-feux, indispensables pour faire démarrer le feu du grill. De plus, le brûleur à gaz n’est pas très puissant, surtout s’il y a du vent. Finalement, nous ferons tout à la poêle, patates rôties et viande de boeuf. Et une bouteille de vin sud-africain. Nous mangeons assez tard, nous devons encore nous caler au rythme local, car la nuit tombe vite. Et la nuit, il fait frais ! Nous pensions pouvoir dormir en laissant ouvertes les «portes» latérales de la tente. Mais nous avons dû nous relever dans la nuit pour nous couvrir d’habits, la température étant vraiment fraîche. Première nuit africaine, au milieu des sables ...

Samedi 22 septembre

Le réveil est évidemment matinal. Les couleurs du ciel au lever du jour sont splendides et les springboks broutent paisiblement dans les herbes jaunies autour de notre 4x4. Le ciel est limpide, mais un vent frais empêche encore le soleil de réchauffer l’atmosphère. Exclu de prendre le petit-déjeuner en t-shirt. Un peu de rangement et nous gagnons la réception du Bagatelle à pied, à une vingtaine de minutes du camp.

Il existe une balade à faire à pied, sans guide, depuis un chemin qui part sur la dune derrière le camp et qui suit sa crête basse sur 4 kilomètres. Une fois la dune atteinte, le chemin disparaît, mais il suffit de suivre les traces de pas et de rester sur le sommet arrondi. Ces dunes n’ont rien à voir avec celles de Sossusvlei que nous verrons dans quelques jours. Elles sont basses et arrondies, rien à gravir. La boucle fait 6.5 kilomètres et il est impossible de se perdre. Les seules recommandations que nous avons eues étaient de ne pas nous aventurer dans les hautes herbes, les serpents commençant à sortir de leur trou après un hiver froid. Et avec les premières chaleurs, les reptiles ont tendance à se prélasser et à ne pas fuir en sentant les vibrations de nos pas. Mais point de serpent ce matin.

A part des springboks et des oiseaux magnifiques, rien. Rien que le bruit du vent, des gazouillis des volatiles et des insectes, rien qu’un paysage d’arbres verts, de dunes rouges et d’herbes jaunies, sous un ciel d’un bleu intense. Rien qu’un patchwork de couleurs splendides, rien que le calme qu’aucun bruit «humain» ne vient troubler. Rien que ça. La sensation est immense, un feeling de sérénité, qui nous accompagnera à plusieurs reprises au long du périple.

Il serait facile de se perdre dans cet immense Kalahari. La dune que nous suivons ressemble tellement à la suivante, laquelle est pareille que celle d’après. En fin d’après-midi, le Bagatelle organise un Drive pour une excursion dans l’immense réserve du domaine et le repas de 3 guépards qu’ils tiennent en captivité dans un énorme enclos derrière la réception. Nous nous contenterons d’un peu de repos et de lecture au soleil. En fin d’après-midi, nous retournons vers la réception et le responsable nous invite à nous rapprocher de l’enclos des guépards, ceux-ci étant couchés près du grillage. Nous pouvons donc les observer de très près, seul le treillis métallique nous séparant des félins. Il nous explique qu’ils ont été récupérés très petits et qu’ils n’ont donc jamais appris à chasser, raison pour laquelle ils doivent les nourrir. Pas de femelle dans l’enclos, car la loi namibienne interdit la reproduction des guépards en captivité, ceux-ci étant dans l’impossibilité d’apprendre la chasse à leurs petits.

Le Bagatelle Game Ranch possède 3 chalets avec terrasse posés sur une dune, face au coucher de soleil. A côté de ces constructions, il y a une autre terrasse depuis laquelle nous observons le sunset sur les sables du Kalahari. Les tons changent au fil de la descente du soleil, les couleurs foncent passant du rouge à l’ocre, fabuleux spectacle naturel.

Notre repas du soir se fera au restaurant du Ranch, tables avec nappe blanche, bougies, pieds dans le sable et service attentionné. Petit moment romantique, un feu brûle gentiment dans une âtre au coeur de la terrasse. Pas de carte ni de menu, excepté pour les vins, nous mangeons la préparation du jour. Filet d’agneau, d’oryx et de springbok, légumes et pommes de terre rôties, un repas succulent pour à peine 200 $ par personne. Avec en prime, une belle cave au prix également doux.

Retour à notre emplacement à pied, sous le clair de lune. Même sans couleur, dans la nuit, la magie du Kalahari opère.

Dimanche 23 septembre

Le froid de la nuit dernière a laissé des traces, donc nous avons fermé les pans latéraux de la tente. Mais en fin de nuit, les parois intérieurs perlent de condensation, il va falloir trouver le juste milieu. Vers 06h30, nous nous levons et ce matin, pas de vent. Le soleil réchauffe donc rapidement la température qui devient agréable au moment de notre petit-déjeuner.

Premier pliage de tente, nous ne sommes pas encore complètement au point. Une fois prêts, nous prenons la D1268 direction Mariental. Il y a un grand supermarché Spar à l’entrée de la ville, sur la gauche, attenant à une station-service. Premier achat de biltong, cette viande séchée de boeuf ou de springbok, émincée en petit morceaux, que l’on trouve partout. Le Spar est largement suffisant pour nous réapprovisionner en fruits, légumes et autres produits.

Retour sur la B1 asphaltée qui sera monotone jusqu’à Keetmanshop. 230 kilomètres sans croiser de villes, villages, exceptés parfois quelques bicoques en tôle au milieu de nulle part. Les plaines s’étendent à perte de vue, dans une immensité impressionnante. A Keetmanshop, nous rejoignons le Quivertree Rest Camp sur la M29, mais des panneaux indiquent l’endroit depuis la B1. Une fois au camp, nous nous renseignons sur les visites à faire à proximité.

Il vaut mieux garder la balade dans la Quivertree Forest pour la fin de l’après-midi et le soleil couchant. Nous partons donc au Giant’s Playground, un enchevêtrement de rochers posés les uns sur les autres dans un décor parfois chaotique. Comment ces rochers se sont-ils retrouvés là ? Pourquoi ici et pas ailleurs ? Mystère de la nature. Un chemin balisé permet de se retrouver au coeur de l’endroit et au gré des changements de direction, il pourrait être facile de se perdre et d’avoir de la peine à retrouver la sortie. Selon l’heure de la journée, les rochers prennent des teintes chaudes donnant un charme supplémentaire à l’endroit.

Retour au camp, directement attenant à la forêt des Quivertrees. Dépliage rapide de la tente à un emplacement sous un arbre, près d’un grill. Les commodités communes sont très propres. Le camp n’est pas très fréquenté, nous pouvions nous poser où bon nous semblait, le choix était large. Nous profitons du soleil, de la lecture et du spectacle animalier. En effet, les oiseaux sont peu farouches et viennent très près de nous. Nous voyons aussi des mangoustes et quelques suricates qui gambadent au milieu du camp. Les mangoustes sont particulièrement appréciées ici, car elles se nourrissent de scorpions, de serpents, ce qui les rend forcément assez populaires. Elles ne sont pas sauvages et s’approchent à quelques mètres de nous.

A 17h00, nous retournons vers la réception, à côté de laquelle il y a des enclos avec des guépards. Les touristes du camp sont invités (gratuitement) à entrer dans les enclos pour assister au repas des félins. Nous sommes une quinzaine à être près des guépards, sans protection aucune, alors qu’une employée des lieux leur donne de gros morceaux de viande. Cela reste malgré tout assez impressionnant, surtout lorsque les félins se lèvent et déambulent au milieu de nous, frôlant nos jambes.

Le conseil était judicieux. La Quivertree au coucher de soleil est à ne manquer sous aucun prétexte tant les couleurs naturelles sont exceptionnelles. Même si nous avons vu des Quivertree dans d’autres endroits de Namibie, il n’y a qu’ici qu’ils composent une forêt. Les tons changent à chaque minute, pour une apothéose orangée au moment où le soleil part éclairer d’autres horizons.

Nous avions retenu la leçon des allume-feux et cette fois-ci, le barbecue est parfait. La nuit sera tranquille, toujours aussi fraîche en cet fin d’hiver africain. Les sacs de couchage sont vraiment limites, voire insuffisants, puisqu’il est impossible d’y dormir sans s’habiller un minimum.

Lundi 24 septembre

Petit-déjeuner au soleil, pliage et rangement. Premier arrêt, Keetmanshop au grand supermarché Spar du centre-ville. A peine garés devant une échoppe, un jeune se présente vers nous et nous dit qu’il ne quittera pas notre véhicule des yeux, que nous pouvons donc aller faire nos courses tranquilles. La ville est majoritairement noire ici et le contraste est immédiat avec la communauté blanche. La pauvreté est visible, beaucoup d’hommes et de jeunes errent sur les trottoirs. Certains viennent mendier une pièce ou de la nourriture, mais sans agressivité.

Le biltong a rapidement été englouti, nous en rachetons. Il se choisit en une seule pièce et il faut ensuite demande de le faire émincer. Au retour des courses, nous donnons 5 $ à notre gardien de voiture qui visiblement est content de son «salaire». Direction la B4 en direction de Aus. Peu après Keetmanshop, la route asphaltée traverse des montagnes, dans des décors splendides pouvant rappeler l’Ouest américain. Puis, ce sera une longue rectiligne à travers les plaines sans relief de cette portion de trajet. A 40 kilomètres de Aus, le paysage redevient extraordinaire, des collines entourant des plaines où paissent boeufs et moutons.

Nous ne nous arrêtons pas à Aus, mais poursuivons 20 kilomètres pour aller voir les chevaux du désert. Leur point d’eau, au coeur d’une vaste plaine, est signalé depuis la route principale et une piste d’environ 2 kilomètres y mène. Ces chevaux sont originaires de la colonisation allemande et sont restés sur place lors du retrait des troupes, s’adaptant à la vie sauvage et à l’environnement désertique des lieux. Ni hostile, ni agressif envers la présence humaine, ils sont des dizaines autour du point d’eau et des environs, sous un soleil de plomb. Certains se chamaillent, des mâles honorent des juments, d’autres sont couchés ou plantés sur leurs 4 sabots.

Au bout de 20 minutes d’observation, un groupe d’une dizaine d’oryx arrive au point d’eau. Les deux espèces s’ignorent royalement et la vasque est partagée sans souci. Même si nous ne voyons «que» des chevaux, les observer dans un cadre si vaste et si naturel est exceptionnel.

Retour sur Aus pour rejoindre notre campement du soir, le Klein Aus Vista Camp. Le camping est séparé de la réception et se trouve 2 kilomètres plus loin, au pied d’une petite montagne. Nous achetons un BBQ Pack pour notre repas du soir (110 $ p.pers.), composé d’une entrée, de viande et de salade, plus un dessert, un vrai repas complet. Au camping, les emplacements sont libres et assez nombreux. Un groupe de camping-car est déjà installé, l’endroit a du succès.

Le must à ne pas rater ici, c’est le sundown trail. Un chemin part sur la gauche du bâtiment des commodités communes, balisé, et mène en 30-40 minutes à un point de vue exceptionnel sur la plaine après Aus. Une étendue de territoire immense s’offre à nos yeux, au soleil couchant. Là encore, nous sommes surpris par l’absence de bruit, hormis le vent. Une fois l’astre couché, il ne faut pas trop tarder en haut, sous peine de redescendre le sentier dans la nuit qui tombe rapidement.

Le feu brûle sur le grill, le vin est débouché, excellente journée dans ce cadre somptueux. Le vent se lèvera pendant la nuit, secouant la tente. Mais la température nocturne n’est pas aussi basse qu’auparavant.

Mardi 25 septembre

A 06h15, le jour se lève et nous aussi. Après les obligations matinales, direction Aus où une station-service au centre du village permet de faire le plein. Aujourd’hui sera une journée de route puisque nous devons rejoindre Sesriem par des pistes, quelque 400 kilomètres plus au nord.

D’abord sur une cinquantaine de kilomètres par la C13, empruntée peu après Aus. Mais l’attraction du jour sera la D707. Parfois caillouteuse, souvent ondulée, nous lui pardonnerons tous ses défauts tant cette piste traverse des paysages somptueux. La beauté est partout, à chaque seconde, à chaque mètre parcouru. Couleurs, reliefs, ciel d’un bleu intense, tout y passe, la nature, intacte et quasi sans intervention humaine, a fait un sacré bon boulot ici. A peine une photo prise, le même paysage est encore plus beau 200 mètres plus loin. Et ainsi de suite tout au long du parcours. L’émerveillement est total au long des 120 kilomètres que cette piste parcourt.

Aux environs de Betta, retour sur la C27 où il y a un petit shop qui propose du ravitaillement, notamment des BBQ Pack et de l’essence. Nous en profitons pour faire la pause de midi, sous un arbre. Des chiens du village viennent vers nous et se couchent à nos pieds, certainement à l’affût de quelque chose qui pourraient tomber de la table.

Il reste 140 kilomètres de piste pour atteindre Sesriem, le long de la C27. La beauté des paysages ne nous quitte pas. Vers 15h30, Sesriem est en vue. Nous nous installons au Sesriem Campsite qui a l’avantage d’être à l’intérieur du parc et de pouvoir donc partir en direction des dunes de Sossusvlei avant les autres. Nous payons les entrées du parc (340 $ pour 2 jours et pour 2 personnes) et un employé du camp nous désigne notre emplacement. Un coin parfait, à l’écart du gros des autres campeurs, sous un grand arbre. Le shop du camp n’offre pas vraiment de ravitaillement, mais plus facilement des boissons fraîches et des souvenirs. Par contre, celui de la station-service à l’entrée de Sesriem est mieux achalandé, on y trouve même de quoi faire des grillades, vu que notre emplacement comporte un grill, comme presque partout dans les campings namibiens.

Vers la fin de l’après-midi, nous allons à la dune Elim, la plus proche du camp. Attention la dune n’est pas mentionnée par un panneau. Il faut donc être attentif au premier chemin sur la droite une fois la grille du parc franchie, après environ 1 kilomètre. Il ne faut pas s’y prendre non plus au dernier moment pour voir le coucher de soleil, car pour aller au sommet de la dune, il faut bien compter 30-40 minutes de marche dans le sable mou. Un pas en avant, deux en arrière ... D’en haut, la vue est splendide sur la plaine de Sesriem.

De retour au camp, nous grillons nos excellentes saucisses, la soirée est agréable, la nuit aussi.

Mercredi 26 septembre

Ici, le lever est matinal car il ne faut pas manquer le lever du soleil sur les immenses dunes de sable de ce parc. Mais il y a des kilomètres à faire pour les atteindre. Certains tenteront d’aller jusqu’à Sossusvlei, mais pas sûr que les 60 km peuvent être parcourus dans les temps. A 06h00, les grilles s’ouvrent et nous roulons. Les limitations de vitesse sont mentionnées à 60km/h, mais tous n’ont pas la même interprétation de ce chiffre, voulant absolument être les premiers et fonçant donc dans la nuit.

Munis d’un thermos de thé chaud, nous nous arrêtons à la dune 45 comme bien d’autres voyageurs. Un petit parking est au pied de l’arête qu’il faut entamer rapidement pour voir le lever du soleil. C’est la queue-leu-leu sur la crête, mais sans le sentiment d’être au milieu d’une foule. Chacun s’arrêtera où il voudra sur la crête, assis dans le sable, à contempler le soleil apparaître derrière les montagnes. Le ciel est un peu nuageux, variant d’autant les couleurs et les tons. Nous nous posons dans le sable, buvant notre thé chaud, bien agréable dans la fraîcheur du matin.

Certains ne feront qu’un passage rapide, mais nous prolongeons le plaisir jusqu’à ce que le soleil nous réchauffe de ses rayons. Nous redescendons de la dune dans les derniers, depuis son sommet en courant dans la pente raide.

Nous poursuivons notre chemin vers Sossusvlei, il reste 15 kilomètres de route asphaltée. Au bout de la route, encore 5 kilomètres pour atteindre le site. Mais 5 kilomètres de sable assez profond, dans lequel s’ensabler est facile. Dégonfler les pneus ? Prendre la navette payante ? Non, nous tentons le coup. Quelques règles de base, récoltées sur les sites de voyageurs et autres blogs : enclencher le 4x4, 1ère, 2ème, prendre de la vitesse, viser une trace existante et y aller à fond sans jamais ralentir. Bien sûr il faut oser. En étant seuls sur la piste, ce serait encore assez facile, mais là, il faut encore tenir compte des autres véhicules, de ceux qui n’osent pas foncer, de ceux qui se sont ensablés ou des navettes qui viennent d’en face et qui ne se poussent pas pour vous laisser la voie libre.

Nous laissons donc de la distance avec ceux qui nous précèdent et nous nous lançons. A fond. Même si cela secoue pas mal, nous gardons notre vitesse, prenons les traces et comptons aussi sur la chance. 5 kilomètres de stress, il faut humblement l’avouer. A part une petite alerte, c’est passé sans encombre. D’autres n’auront pas eu cette veine et auront eu besoin d’aide pour se sortir du sable.

Nous nous arrêtons à Deadvlei en premier, sur un petit parking au sable dur. Un kilomètre à parcourir à pied et nous voilà dans la fameuse cuvette d’un lac asséché, au sol dur et blanc au milieu des dunes rougeâtres, avec sa forêt d’arbres morts. Le site est évidemment exceptionnel. Contraste entre la magie des couleurs chaudes présentes et les arbres morts qui riment avec désolation. Le mariage naturel est pourtant parfait. Chacun recherche LA photo à faire, auprès de chaque arbre, mais tout est si beau. Chaque angle amène son émotion visuelle, il est difficile de faire un choix définitif. Il existe aussi un joli challenge, que nous n’aurons pas relevé. Celui de grimper l’énorme dune qui surplombe le site de plusieurs centaines de mètres en montant par la crête pour ensuite se lancer en ligne droite dans une descente raide dans la pente.

Il reste quelques centaines de mètres pour aller à Sossusvlei, toujours par une piste bien sableuse pour laquelle les recommandations sont les mêmes qu’auparavant. Là, le lac n’est pas asséché, mais le point d’eau est bien présent. Nous grimpons la dune derrière l’étendue d’eau et du sommet, la vue sur l’ensemble du site est difficile à décrire vu sa palettes de couleurs, de courbes. C’est la contemplation depuis le haut du mont de sable, restant assis en silence, à profiter des lieux. Petit plaisir enfantin, la redescente en courant dans le sable.

C’est le moment du retour et de parcourir le bac à sable. Nous gardons le même principe, à fond. Cette fois, nous avons bien failli nous ensabler. Nous avions la bonne vitesse, mais à un passage assez étroit, nous avions choisi une trace identique à celle d’une navette arrivant en sens inverse. Evidemment, son chauffeur n’a modifié ni sa trajectoire, ni sa vitesse. Nous avons donc dû ralentir et la voiture a fini par se planter. Réaction immédiate, enclencher le 4x4 petite vitesse, marche arrière, marche avant et on s’en sort ! Une fois de retour dans une trace, nous revenons sur le 4x4 conventionnel et nous pouvons reprendre de la vitesse. Ce n’est pas passé loin ... Notre coffre n’a pas particulièrement apprécié l’exercice, il en est tout chamboulé.

De retour sur l’asphalte, nous voyons quelques 4x4 regonfler leurs pneus avec le petit compresseur fourni avec le véhicule. Petit compresseur qui permet de revenir à la pression initiale, mais il faut du temps, il n’est pas puissant.

Vers 15h00, nous sommes de retour au camp pour profiter du soleil, faire lessive et vaisselle. L’excursion de Sesriem est un must. Les paysages y sont juste époustouflants et les Namibiens ont l’intelligence de préserver l’endroit en le réglementant. La fin de l’après-midi est tranquille sur notre emplacement de choix. Par contre, dès la nuit tombée, la fraîcheur revient et nous promet une nuit assez froide. Jeudi 27 septembre

Ce matin au réveil, surprise. Sesriem est noyé dans un brouillard épais et il fait donc bien frais. La polaire est de rigueur pour le repas du matin. Le soleil ne percera que vers 09h30 pour laisser la place à un ciel limpide.

Nous faisons le plein à la station de Sesriem où le jeune pompiste parle football. Il connaît tout sur le club d’Arsenal et rêve de devenir une star du ballon rond, tout en restant bien lucide sur le fait d’y parvenir. Le contact avec les gens n’est pas toujours facile, notamment avec les Noirs qui semblent avoir une certaine réserve ou retenue avec les Blancs (et inversement d’ailleurs). Un sourire, un encouragement, une plaisanterie débloque souvent ce sentiment. Le plein met du temps car la Nissan est équipé d’un double réservoir ne permettant pas un débit rapide.

Solitaire est à environ 90 kilomètres par une piste parfois parfaite, parfois ondulée. Solitaire porte assez bien son nom. Une station-service, un lodge/camping et une boulangerie ! Et rien d’autre. Un petit air de Far-West américain avec ses carcasses de vieilles voitures au milieu des cactus, son ambiance Bagdad Café. Une boulangerie. Mais pas n’importe laquelle. Une boulangerie qui propose des gâteaux et autres pâtisseries à tomber. Des cakes, des brownies, des strudels aux pommes, tout y semble frais et succulent. Une véritable caverne gourmande. Qui doit faire son (pur) beurre, tous les voyageurs dans cette région y faisant un stop.

Nous n’y ferons bien entendu pas exception avec une belle part de strudel, voire de crumble.

Retour sur la piste pour une trentaine de kilomètres en direction du Gecko Camp sur la D1275. Nous sommes accueillis par une employée, les patrons s’étant absentés à Windhoek. Nous pensions profiter du dîner organisé par le camp, mais en l’absence des propriétaires, cela ne sera pas possible. Nous arriverons tout de même à acheter un BBQ Pack qui nous permettra de faire un grill.

Notre emplacement, le Hilltop, est juste époustouflant. Comme son nom l’indique, il est au sommet d’une colline qui domine la savane qui s’étend à nos pieds, à perte de vue jusqu’à venir s’arrêter au pied de montagnes, à des dizaines de kilomètres au loin. Comme le dit la publicité du camp, un décor digne d’Out of Africa. Il y a sur cette colline une petite construction, le Lapa, où sont organisés les repas. Une salle splendide, pied dans le sable, au mur de bois et de pierre ornés de décorations locales. Pas de repas pour nous malheureusement. Le seul qui aura eu la chance d’y manger, c’est le serpent qui se trouve dans le vivarium. Au moment de notre arrivée, c’était l’heure du rongeur mensuel. Une souris vivante a donc été jetée dans le vivarium et le reptile n’a pas mis long avant de l’attraper et de le gober lentement. Spectacle toujours impressionnant tant les mâchoires du serpent sont élastiques.

Plus qu’ailleurs, du haut de cette colline, les seuls bruits que nous percevons sont ceux de la nature. Vent, oiseaux, insectes, une impression de sérénité, de communion avec la nature que nos vies et nos environnements d’Occidentaux stressés ne permet plus. L’après-midi est consacrée à profiter de ce cadre si majestueux. Le soir, nous grillons notre viande achetée au Gecko. Le vent souffle fort et une fois le soleil disparu, dans des couleurs évidemment magiques, la fraîcheur du soir nous oblige à nous habiller plus chaudement.

Vendredi 28 septembre

Autant le coucher du soleil était grandiose, autant son lever est également splendide. Nous prenons notre petit-déjeuner dès que le soleil apparaît et réchauffe la peau. Rangement et nettoyage avant de redémarrer par la route C14 direction Walvis Bay. Ce sera une journée de route assez pénible. Pénible, car les pistes du jour sont peu roulantes, caillouteuses et ondulées. Même si certaines portions du trajet, notamment le Kuiseb Pass, sont magnifiques. De Kuiseb à Walvis Bay, les plaines se font de plus en plus désertiques dans les paysages et la piste est peu fréquentée. Si nous avons croisé 4 ou 5 véhicules de la matinée, c’est un maximum.

Walvis Bay est en vue, mais le vent qui souffle extrêmement fort provoque un énorme nuage de sable qui donne une impression de fin du monde, avec une couleur brunâtre étrange qui enveloppe les environs, une visibilité fortement réduite et une lumière qui s’assombrit. La ville de Walvis Bay est évitée par une large route d’évitement direction Swakopmund, trente kilomètres plus loin. Arrivés dans cette ville, le nuage de sable a disparu, Swakopmund n’étant pas entourée par des dunes comme sa voisine. L’architecture urbaine est autant allemande que le nom de la cité, cela surprend.

Nous faisons les courses dans un supermarché, mais nous demandons aussi l’adresse d’une boucherie que nous trouvons sans souci. Les supermarchés ne proposent que rarement de la viande sauvage, alors que les boucheries en ont. Donc pour ce soir, achat de steak de springbok et de koudou, viandes succulentes et tendres.

Le vent est toujours violent et il fait carrément froid. Nous nous rendons au camp Alte Brücke, légèrement à l’écart de la ville en bord de mer, mais très facile à trouver. Chaque emplacement a son petit carré de pelouse, un grill et ses sanitaires privés. Bien organisé, propre comme toujours.

Une fois le repas de soir pris, nous montons dans la tente vu le froid ambiant et le vent. Lecture à la lampe de poche, avant de nous endormir assez tôt.

Samedi 29 septembre

Au réveil, l’extérieur de la tente est trempé à cause de la rosée. Nous nous levons vers les 06h45, pour le petit-déjeuner. A 08h00, un 4x4 de Laramon Tours vient nous prendre à la réception de l’Alte Brücke pour nous emmener à Walvis Bay. Nous allons passer la journée en sortant sur l’Océan, le matin, puis en excursion dans les dunes de Sandwich Harbour en 4x4 l’après-midi. La voiture est là et direction Walvis Bay, 30 kilomètres plus au sud.

Toutes les agences qui proposent des tours similaires sont au même endroit. A 09h00, le bateau part en mer et nous sommes une petite vingtaine de touristes à embarquer sur le catamaran. Le vent est tombé et la mer est calme, Walvis Bay étant dans une baie protégée des courants du large.

A peine avons-nous navigué 10 minutes qu’une otarie monte à l’arrière du bateau, sans prévenir. Une dame qui se trouvait à l’endroit même où le mammifère est apparu a la peur de sa vie et pousse un cri de surprise. Les otaries connaissent bien le jeu, elles reçoivent des poissons sur tous les bateaux qui sortent en excursion. Après quelques explications sur l’animal, le show commence puisque l’otarie grimpe sur les genoux des personnes assises, n’ayant aucune crainte des humains. Chacun y va de sa photo avec l’animal qui semble ravi d’être la star. En même temps, de gros pélicans viennent se poser sur le bastingage du bateau, nous pourrions presque les toucher. Un employé de Laramon siffle et l’oiseau vient chercher des poissons qu’il attrape au vol. Malgré le côté amusant, nous ne sommes pas dans un zoo, et ces animaux, bien que presque domestiqués, évoluent dans leur élément.

Vers le bout de la baie, nous approchons de la terre et nous pouvons voir sur des plages désertes des colonies d’otaries se reposant sur le sable. Il y a là des centaines de mammifères, soit dans l’eau, soit sur la terre ferme.

Cap ensuite plus au large, juste à la sortie de la baie, à la recherche des dauphins. Les vagues se font plus hautes, mais tout le monde est focalisé sur la recherche de ces mammifères marins que personne ne sent le roulis. Nous verrons 3-4 dauphins venir respirer en surface, parfois près du bateau, parfois plus loin, soit tranquillement, soit en sautant hors de l’eau.

Le tour sur l’eau touche à sa fin et le bateau nous débarque à terre pour la suite de notre programme du jour. Nous serons d’ailleurs les seuls à ne pas rentrer à terre. Des 4x4 nous attendent, de bons vieux LandRover passe-partout. Le but, Sandwich Harbour, à environ 60 kilomètres de là. 60 kilomètres de sable, d’abord sur la plage, puis dans le désert le long et à travers des dunes. Le chauffeur doit jouer avec le ressac pour passer entre les dunes et l’océan. Jouer aussi avec le relief, les courbes et les déclinaisons des dunes pour se frayer un chemin au milieu de ce désert. Le pilote maitrise son véhicule, en montée ou en descente, sur des pentes bien raides.

Au milieu des dunes, nous stoppons dans une cuvette à l’abri du vent pour le repas de midi. En moins de 10 minutes, incroyable, mais une table à nappe blanche est dressée. Au menu, huitres, calamars, poisson frit, champagne frais. Un petit festin dans ce lieu si inattendu. Après ce repas, nous repartons sur la plus haute dune de l’endroit, à quelques centaines au-dessus des flots de l’Atlantique. La vue y est incroyable. Au pied des sables, la mer fait communion avec la dune, les vagues venant se casser juste avant le monticule sur des kilomètres. Les couleurs sont une fois de plus incroyables entre les bleus de la mer et du ciel et les dunes de sable. Cette partie de la journée aura eu un côté bien ludique avec la LandRover jouant dans les dunes et un côté bien naturel vu les lieux. Un excellent moment.

Le retour sur Walvis Bay prend une bonne heure, d’abord dans les dunes, puis sur les plages. En chemin, nous rencontrons des springboks, des renards du désert, des vols de pélicans. A 16h30, nous revoilà sur le quai de départ. La femme du patron de Laramon Tours nous ramènera à Swakopmund, non sans avoir fait un détour à une compétition d’un sport de combat s’approchant du freefight. Apparemment, un membre de sa famille y concourt. Les coups de pieds et de poings pleuvent, même si les combattants sont principalement des ados. Le nombreux public, majoritairement blanc, est en délire et à chaque coup qui atteint son but, il pousse des cris d’encouragement.

Retour sur Swakopmund où nous voulions acheter du poisson, mais le commerce est fermé en cette journée de week-end. Idem pour une bouteille de vin. Les commerces namibiens ne vendent pas d’alcool depuis le samedi à 13h00 jusqu’au lundi matin 08h00. Diète donc ce soir en ce qui concerne un bon Shiraz sud-africain.

Le vent est tombé, il fait bien moins frais qu’hier. Quelle journée !

Dimanche 30 septembre

Au lever, le brouillard est à nouveau bien présent. La tente en est trempée de rosée. Le soleil n’aura pas encore percé à notre départ de Swakopmund à 08h45. Quelques courses et nous empruntons la C34 direction Henties Bay, puis Cape Cross, pour voir la plus célèbre colonie d’otaries de Namibie. La route est bonne, mais avec un revêtement assez traître. Sel, sable et humidité, ce qui la rend glissante, surtout avec cette rosée du matin.

Il faut bien 1h30 depuis Swakopmund pour atteindre la colonie de Cape Cross. Nous payons notre droit d’entrée (90 $ pour 2 personnes et une voiture) et nous nous rendons au point de vue sur les otaries. A peine sortis de la voiture, l’odeur nauséabonde nous saisit. Le premier choc olfactif passé, nous voilà devant des milliers de mammifères, tant sur terre que dans la mer. Impressionnant. Dormir, se battre, crier, nager, chaque otarie s’en donne à coeur joie. 20-30 minutes sont suffisantes pour vouloir repartir, car même si on se fait à l’odeur, difficile de l’oublier.

Retour sur Henties Bay, où nous voulons voir si une station-service peut vérifier le niveau de notre bonbonne de gaz. Possible, mais pas le dimanche ... L’employée m’indique une échoppe qui pourrait nous satisfaire. Je suis ses indications et nous nous retrouvons au coeur du quartier noir de la petite ville. Vieilles bicoques de briques ou de tôle, tous les regards se tournent vers nous, nous mettant un peu mal à l’aise. Aucun Blanc à l’horizon. Je trouve le magasin indiqué, mais la tenancière ne répond même pas à mon bonjour, se contentant d’un simple «No» à ma question. Une démonstration de plus sur les difficultés que semblent avoir les communautés à vivre ensemble ici. C’est en tous les cas l’impression que nous ressentons. Pas d’agressivité, pas de racisme évident, mais juste un dédain qui parle de lui-même. Pas question ici de pointer du doigt la communauté noire, nous avons vécu des moments où nous étions aussi mal à l’aise, tant il était évident que les Blancs affichaient une certaine supériorité et que les Noirs étaient cantonnés dans un rôle subalterne. Un sentiment de société à 2 vitesses. N’étant pas des spécialistes de l’Afrique, et particulièrement de cette région sud du continent, nous ne jugeons pas, il s’agit juste d’un ressenti.

Retour sur les routes et nous empruntons la D1918, direction Usakos. La piste est en très bon état, très roulante, on y maintient son 70 km/h de croisière. Le Spitzkoppe est en vue au loin, son relief se détache nettement des plaines de la savane. Nous ignorons la D1925 pour prendre la D3716 peu après. L’arrivée sur le village de Spitzkoppe est splendide. A la sortie du village, un panneau indique le RestCamp, géré par la communauté du village qui en récolte les bénéfices. En plus de loger dans un endroit magnifique, nous contribuons à une bonne action. Des enfants et leurs familles vendent des petits souvenirs sur la route du camping. Nous achetons une petite girafe en bois à une gamine au sourire resplendissant, qui tient le stand avec sa petite soeur et son frère. Ils parlent un peu anglais et nous pouvons communiquer. Distribution de pommes qui élargiront encore les sourires.

Nous arrivons au camp qui occupe un territoire immense au pied de la montagne du Spitzkoppe. L’endroit est une nouvelle fois magique, avec la vue sur le montagnes et ses amoncellements de rochers orangés. Nous pouvons choisir notre emplacement et nous nous posons dans la région appelée «The Bridge» en raison d’une arche naturelle. Le camp est spartiate, ni eau, ni électricité, ni douche, juste des toilettes sèches. Mais bien au coeur de la nature namibienne. Une fois installés, nous partons à pied sur les rochers derrière notre campement. La vue est évidemment unique, au coucher de soleil le granit des rochers prend des couleurs chaudes, l’appareil photo n’a pas droit à une pause. Rester assis sur un bout de caillou au soleil couchant, contempler ce spectacle fascinant et jamais lassant, s’émerveiller des couleurs, profiter des dernières chaleurs de la journée. Des plaisirs simples avais-je dit en introduction. Des plaisirs simples qui nous rappellent que le bonheur est parfois juste là, sans chichi.

Une fois l’astre couché, nous mangeons, isolés dans notre coin. Le Spitzkoppe RestCamp est un camping à l’état pur. Simple, aucun confort, mais les emplacements sont si espacés que l’on se croirait seuls au monde. Plus qu’ailleurs, l’esprit d’aventure et d’évasion africaine est bien présent. Pour la première fois depuis notre arrivée, la nuit sera chaude et nous pourrons laisser les pans de notre tente ouverts. Enfin.

Lundi 1er octobre

Pas question, évidemment, de manquer le lever du soleil ici. Les couleurs du matin, dans les tons plus pastels, sont toutes aussi belles que celles du soir, mais sur l’angle opposé bien sûr. Avant de partir, nous allons voir quelques peintures rupestres, les Bushmen Paradise, pour lesquelles un permis supplémentaire (150 $) est requis. Les férus d’Histoire seront peut-être déçus, quelques dessins sur des murs, rien de vraiment exceptionnel ici. Mais un guide local donne quelques explications. Le Spitzkoppe RestCamp est un camping communautaire, géré par le village voisin. Il donne du travail à la communauté locale qui fait de son mieux, et qui s’en sort très bien d’ailleurs. Dans cet esprit nous ne regrettons pas les 150 $ dépensés.

Avant de sortir du site, nous allons encore parcourir quelques pistes et grimpons sur des rochers de granit. Les vues sont chaque fois différentes, mais toutes magnifiques. Spitzkoppe mérite son son arrêt, ce n’est pas un camp d’étape. C’est une découverte où il faut prendre le temps d’aller se balader.

Nous repartons vers le Nord, d’abord par la D3716, puis la D1930, direction Uis. Là, il est possible de se ravitailler en victuailles, bien que le choix en produits frais soit bien limité, en vin pour les amateurs et en essence. A peine garés, des jeunes viennent vers nous, ils veulent nous vendre des pierres issues des mines aux alentours, garder notre voiture. Ils nous demandent de leur acheter de la nourriture, nous expliquant que les mines sont désormais fermées et que presque plus personne dans le village n’a de travail. Réalité ? Tentative de profiter des touristes ? Nous donnerons quelques pièces au gardien de la voiture (bien qu’elle ne risquait vraiment rien ici) et un filet de quelques kilos d’oranges achetés sur place, à partager entre tous. Cela fait visiblement l’affaire, vu les sourires et les remerciements.

Uis est partagé en deux parties, séparées de 4 kilomètres. Là aussi, nous voulons faire contrôler le niveau de gaz de notre réchaud, mais il nous faut remonter à l’autre partie de la petite ville, près de la station de police. Là, pour 15 $, nous refaisons le plein de la bonbonne afin d’assurer de ne pas manquer de gaz en pleine préparation d’un repas.

Retour sur les pistes. Après une petite quinzaine de kilomètres, nous prenons la D2319 vis Sorris Sorris, belle petite piste roulante, bien moins fréquentée que la C35. La terre est rouge, les paysages traversés sont splendides, une belle option. Notre but du soir est le Aabadi Camp, le long de la D2612. Là encore, cette piste est splendide, elle serpente entre des petites collines, soit arrondies, soit pointues. Nous croisons souvent des bergers qui font signe aux véhicules pour avoir de l’eau. Nous nous arrêtons quelques fois pour en offrir et désormais, nous gardons nos bouteilles en plastique vides dans ce but. L’eau est ici un bien très précieux, alors que chez nous, elle est disponible en tout temps qu’on ne se rend même plus compte de son rôle essentiel.

Le Aabadi Camp est installé au bord d’un lit de rivière avec suffisamment d’arbres pour avoir de l’ombre. C’est assez sableux, donc poussiéreux, mais l’ensemble est agréable, malgré l’absence de vue particulière. Comme presque partout, chaque emplacement a son coin pour faire un feu. Les douches et WC sont en plein air sous un arbre, protégés par une haie artisanale de bois. Certains ont eu la chance de voir des éléphants arpenter le lit de la rivière, mais la réception tient le compte, aucun pachyderme n’a été vu dans le coin depuis deux semaines. Nous n’aurons droit qu’à leurs crottes ...

Depuis deux jours, la température a bien augmenté et désormais, plus besoin de se réfugier dans la tente pour avoir un peu plus chaud, plus besoin de tout fermer pour dormir.

Mardi 2 octobre

Le soleil illumine déjà le camp lorsque nous nous levons. A 09h00, nous voici en train de rouler ver le nord, d’abord par la D2612, puis la C43 direction Palmwag. Avant Bersig, la piste grimpe dans de magnifiques montagnes aux couleurs ocres, non sans nous rappeler une fois de plus certains décors américains. Palmwag est marqué sur la carte comme un village. En fait, il n’y a que deux choses à Palmwag : la barrière sanitaire nord-sud et trois pompes à essence. Rien d’autre. Le contrôle consistait surtout à recenser les véhicules qui passaient, puisque notre frigo et nos victuailles n’ont pas été contrôlés.

C’est aussi ici que nous voyons les premières femmes Himbas, qui tentent de vendre des objets artisanaux à la barrière, pendant que les voitures attendent de passer. A partir de là, nous en verrons régulièrement, sur les bords de route ou dans leur minuscule village à proximité des pistes. Sans eau, ni électricité, en plein soleil, ils vivent parfois à quelques dizaines de mètres des gros 4x4 qui sillonnent les pistes, deux modes de vie tellement opposé l’un de l’autre. Nous en avions évidemment vues en photo lors de la préparation de notre voyage, mais les observer ici, dans leur environnement est une chose différente. Les jeunes filles sont souvent très belles dans leur tenue traditionnelle, laissant leur poitrine dénudée. Parées de bijoux et d’ornement, la peau teintée de rouge, leur coiffe si spéciale, elles sont en valeur. Mais nous visiterons un village Himba dans la région d’Epupa, il sera alors temps d’en reparler.

Après les Himbas, voici nos premiers zèbres, qui broutent tranquillement dans les buissons à 200 mètres de la piste. Nous arrêtons le Nissan, sortons les jumelles. Ils nous regardent, mais ne s’approcheront pas. Une large plaine s’annonce, parcourue régulièrement par les troupeaux de vaches et de chèvres, sous la surveillance d’un berger qui les suit, sous l’ardent soleil.

Nous arrivons à Khowarib et nous nous installons au Khowarib Community RestCamp, qui comme son nom l’indique est aussi un camping géré par la communauté locale. Joséphine nous accueille très aimablement. Elle s’est enduit le visage d’une préparation rougeâtre pour se protéger du soleil. Le camp est vide et Joséphine nous dit de prendre l’emplacement No 3, c’est le meilleur. Une belle place avec commodités individuelles immaculées, un petit abri à l’ombre et une place pour faire du feu. Le camp est dans une vallée étroite, entouré de montagnes et il surplombe un ruisseau qui ravitaille en eau le village en bas de la petite vallée.

Le coin douche/WC/lavabo est en fait en plein air, juste protégé par un toit de bois et un muret. Ainsi, une fois sur le trône, on admire le paysage aux alentours, idem pendant la douche ... L’endroit est parfait, d’autant plus que Joséphine a des bières bien fraîches dans son petit frigo à la réception. Nous profitons de cet arrêt pour vider et nettoyer notre coffre qui est sacrément empoussiéré. Bien que nous roulons avec la petite trappe latérale ouverte, régulant ainsi la pression dans le coffre et limitant l’introduction de la poussière (si, si, ça marche), il ne faut pas espérer retrouver ses affaires sans poussière. Nous lavons aussi quelques habits qui sécheront facilement au vent et au soleil.

Joséphine nous dit que nous pouvons aller marcher au bord du ruisseau et remonter un peu dans la vallée. Nous y descendons. L’eau qui nous arrive aux chevilles est chaude et des ânes assez craintifs sont également dans le coin. La balade est agréable, sans être exceptionnelle. Comme presque partout, seuls les bruits de la nature nous parviennent, surtout les oiseaux qui indiquent notre présence par des chants et des cris inédits pour nous. De retour à la voiture, nous apercevons un gros babouin sur le versant de la montagne en face de nous, à environ 200 mètres. Il nous regarde, mais ne s’approche pas. Nous aurons l’occasion de mieux connaître cette race de singe, plus loin au Waterberg, une race pas très sympathique...

La journée passe dans ce coin de montagne. En début de soirée, un vent violent se lève et nous serons bien secoués sur le toit du Nissan pendant la nuit.

Mercredi 3 octobre

Le vent qui a soufflé toute la nuit a soulevé poussière et sable. L’atmosphère est jaunâtre, la couleur est bizarre, comme très brumeuse, on ne voit pas le ciel. Nous retrouvons Joséphine qui dit avoir pensé à nous pendant la nuit à cause du vent. Nous payons notre dû et espérons pour la communauté que le camp sera plus fréquenté dans les prochains jours. Au revoir souriante Joséphine.

Grosse journée de route aujourd’hui puisque nous avons prévu de rejoindre Epupa Falls, tout au nord au bord de la frontière avec l’Angola. Nous empruntons la C43 qui n’a rien d’exceptionnel, surtout avec cette lumière sableuse. Depuis hier, nous sommes dans une région beaucoup plus rurale et surtout où les Blancs ne se sont pas installés. Plus de grosses fermes, de grands domaines, de beaux 4x4. Mais des petits villages en bord de pistes, des multitudes de troupeaux de vaches et de chèvres conduits par des bergers, qui là encore, font souvent des signes aux véhicules pour avoir de l’eau ou de la nourriture. Les seuls Blancs croisés sont maintenant des touristes.

A Joubert Pass, nous repérons la pente de loin. Le dernier tronçon est sacrément raide. Avant d’entamer la montée, nous enclenchons le 4x4, mais la Nissan est lourde et peu puissante. Elle perd régulièrement de la vitesse et nous n’arrivons pas en haut. Nous devons redémarrer au petit 4x4 pour arriver au sommet du col. Mais comment font les poids lourds que nous voyons sur le bord de la piste ?

Puis vient une longue descente en direction d’Opuwo. Nous sommes en territoire Himba ici. Nous en voyons très fréquemment sur le bord de la piste. Les jeunes garçons, plus hardis, se mettent parfois en travers de la route pour forcer les véhicules à s’arrêter. Ils demandent eau, nourriture et même parfois bonbons prouvant que le tourisme est bien présent... La coiffe des jeunes garçons est surprenante, avec une grosse tresse qui part vers l’avant ou l’arrière et qui indique le statut de coeur à prendre ou déjà pris.

Opuwo est en vue. Fini la ville bien organisée avec les 4x4 rutilants devant les centres commerciaux. Ici, c’est le joyeux foutoir de l’Afrique noire, sans interprétation péjorative. Les Himbas poitrine dénudée côtoyent des hommes en cravate ou des policiers en uniforme. D’autres femmes, plus âgées, portent carrément des robes de bal, avec des coiffes en forme de cornes. Le spectacle est dans la rue, pas dans le paysage à Opuwo. On trouve ici des marchés en plein air, des épiceries locales, des banques, des stations-service et un grand supermarché pour se ravitailler avant de monter à Epupa. Devant le commerce, des dizaines de gens attendent à l’ombre, là un taxi, là un bus, là le temps qui passe, là rien. L’Afrique.

Le Nissan à peine garé, nous voilà assaillis pacifiquement par une horde de filles, dont certaines Himbas qui veulent nous vendre des bracelets, colliers et autres babioles. En gardant le sourire, tout se passe bien. Nous achèterons un petit truc à plusieurs d’entre elles, histoire de partager les dépenses, mais il est impossible de toutes les satisfaire.

A la sortie des courses, il y a des gardes qui vérifient les tickets des achats, les sacs et qui fouillent même certaines personnes. Apparemment, le vol de marchandises doit être à la mode ici. Nous sommes quasiment les seuls Blancs dans la rue à ce moment, mais contrairement à ce que nous avions pu lire ça et là, aucun souci particulier pour prendre de l’essence ou pour être harcelés par des jeunes. Nous donnons quelques $ au gardien de notre voiture et nous reprenons la route.

Il reste 180 kilomètres de piste jusqu’à Epupa. Une piste de bonne qualité, mais monotone et vite ennuyeuse. La seule portion intéressante arrive à 30 kilomètres d’Epupa, lorsque le relief change et nous fait traverser des petites collines. Epupa a un peu une allure de bout du monde. De bout de route, c’est certain, le fleuve Kunene stoppe la piste et même le pays. Sur l’autre rive, c’est l’Angola. 3-4 lodges/camping, un dispensaire médical, un petit village et une base de la police namibienne dédiée à la surveillance de la frontière.

Nous nous installons à l’Omarunga Camp, sous les palmiers en bordure du fleuve. La réceptionniste nous donne les conseils d’usage. Dont celui de ne surtout pas mettre le pied dans la rivière et même de se tenir à 2-3 mètres minimum des berges. Une femelle crocodile réside dans le coin, une pièce de 6 mètres de long qui peut facilement sauter hors de l’eau, happer une jambe et nous embarquer dans le fleuve pour une dégustation. Nous verrons la bête, installée sur des rochers sur un îlot au milieu des eaux, à quelque 150 mètres de nous. Elle nous dit aussi que le camp n’est pas responsable de ce qui tombe des palmiers. Notamment les énormes feuilles qui, par grand vent, ont tendance à finir au sol. Ou les noix, de la taille d’une balle de tennis, mais de la consistance d’une balle de golf.

Nous déplions la tente et partons en balade au bord des chutes, à 10 minutes à pied du camp. L’endroit est magnifique, mais nous nous réservons pour le lendemain, il est temps de préparer le repas. Un vent fort s’est levé, nos regards se tournent vers le sommet des palmiers. Quelques noix sont déjà tombées au sol et effectivement, en recevoir une sur le crâne pourrait provoquer de sacrés dégâts. Et soudain, un gros craquement et une énorme branche sèche finit sur la tente. Le bord de ces branches est fait de pics pointus qui ont déchiré l’auvent en deux endroits. Super. Un campeur allemand m’aide à enlever la lourde branche sans faire plus de dégâts et vu qu’au loin un orage menace, nous décidons de bouger. Repliage rapide de la tente et nous allons nous installer un peu plus loin du fleuve, hors de portée des feuilles de palmiers. Nous avons bien fait, car 20 minutes plus tard, une deuxième feuille tombe de l’arbre. L’orage ne nous atteint pas, mais le vent est toujours fort. Le risque d’endommager la tente était trop grand, nous avons bien fait de changer de place.

Le vent atténue la chaleur et nous passerons une bonne nuit.

Jeudi 4 octobre

Ce matin, lever aux aurores, nous avons rendez-vous avec un guide local à 08h00 pour aller visiter un village Himba. L’Omarunga Camp proposait aussi cette activité, mais nous avions lu sur des récits de voyage qu’un guide local prénommé Jao pouvait aussi emmener les touristes dans les villages. Non seulement le prix en est bien moins cher pour nous, mais cela procure aussi du travail et un revenu à un résident des lieux plutôt qu’au Lodge.

Hier soir hors du camp, nous avions donc demandé à un jeune s’il connaissait un certain Jao. Bien sûr. Il nous l’a présenté et l’affaire a été vite conclue. Seule différence, avec le Lodge, la visite des villages se fait en Jeep, avec Jao nous devons prendre notre Nissan.

A 08h00 tapantes, Jao est à la porte du camp à nous attendre. Première étape, aller à l’épicerie du village d’Epupa pour acheter des produits de base à amener comme cadeaux. Un sac de 10 kilos de farine à porridge, du sucre, de l’huile et nous voilà partis. Nous roulons 16 kilomètres sur la piste d’Opuwo et Jao nous indique un petit chemin qui part dans la végétation. Le village est quelques centaines de mètres plus loin. Nous arrivons devant un groupe de 7-8 huttes, entourées par une haie en bois. Jao nous demande d’attendre à l’extérieur, pendant qu’il va parlementer avec le chef du village. 2 petits enfants viennent vers nous et font des roulades dans la terre. Pieds et culs nus, ils sont loin des standards des bambins européens. Ils ramassent cailloux et bout de bois qu’ils croquent et avalent.

Jao revient, nous pouvons entrer dans le village, mais il nous prévient que seules les femmes sont là, les hommes ont quitté l’endroit depuis une semaine avec les bêtes. Apparemment, c’est également le cas dans les autres villages autour d’Epupa d’après ce que nous avions vu. Il nous enseigne quelques mots de base pour les salutations d’usage et nous pénétrons dans le village. Nous sommes accueillis par la première femme du chef, plus âgée que les autres filles présentes. Nous la saluons et lui remettons les cadeaux qu’elle s’empresse de prendre et de ranger dans sa hutte. Jao nous explique au fur et à mesure de la visite du village le mode de vie si particulier des Himbas, mode de vie qui se pérennise depuis des centaines d’années, même si nos habitudes occidentales viennent perturber leurs habitudes.

Les femmes présentes sont magnifiques, ornées de bijoux confectionnés par elles-mêmes, vêtues d’un simple pagne de peau de bête. Leur peau est rougeâtre, vu l’enduit qu’elles étalent plusieurs fois par jour, enduit qui entretient leur peau et remplace l’eau pour tout ce qui est hygiène. Les Himbas ont la particularité de ne pas utiliser d’eau pour se laver. Afin de neutraliser les odeurs corporelles, même intimes, elles utilisent la fumée d’un bois qu’elles font brûler. Certains bracelets qu’elles portent aux chevilles indiquent aussi le nombre d’enfants qu’elles ont déjà eues. Bref, il est difficile de décrire tout ce que nous avons vu ou reçu comme explications de la part de Jao tant ce mode vie est particulier. Nous avons aussi pu prendre toutes les photos que nous avons voulu, même si nous nous sommes abstenus de mitrailler à tout va, pour éviter le côté «voyeur» de cette visite. Après chaque photo sur laquelle une femme était le sujet, nous la lui montrions, ce qui provoquait rires et sourires. Malgré cela, il faut bien admettre que nous étions un peu mal à l’aise de nous immiscer dans leur vie l’espace de deux heures.

A la fin de la visite, les femmes Himbas ont par contre vite compris le principe de l’économie de marché en sortant les objets qu’elles ont confectionnés. Les prix qu’elles demandent sont largement supérieurs à ceux pratiqués à Opuwo. Nous négocions pour la forme et achetons quelques babioles. Alors que nous partons, Jao nous demande si nous serions d’accord de transporter une des jeunes filles au dispensaire d’Epupa, car elle doit consulter pour des douleurs au cou. Bien entendu. Nous chargeons donc une jeune Himba dans la voiture, son bébé et quelques affaires dont elle a besoin. Nous la déposons au dispensaire avant de repartir pour poursuivre notre visite avec Jao, à un cimetière.

Nous reverrons la jeune fille en fin de journée, elle s’était installée sous un arbre pour la nuit...

Jao nous emmène sur un autre site pour voir des tombes Himba. Il nous explique les rites funéraires, notamment la présence de crânes de vache sur les tombes. Crânes qui sont déposés sur la tombe en honneur au décédé. Le nombre de crânes dépend évidemment du niveau de richesse de la famille de la personne disparue. Les explications de Jao sont très instructives et c’est un plaisir d’avoir fait la visite avec lui. A la fin de la matinée, de retour à Epupa, nous sommes juste un peu déçus de ne pas avoir rencontré d’hommes dans le village et d’avoir eu un contact très limité avec les femmes Himbas, pour qui notre venue était surtout l’occasion de recevoir des cadeaux et de vendre leurs objets. Mais malgré cela, la visite d’un village Himba est à faire, à Epupa ou ailleurs.

Retour à l’Omarunga Camp pour le reste de l’après-midi. En fin de journée, nous retournons vers les chutes et nous empruntons le sentier qui part sur le flanc de la colline en face des chutes. Après quelques centaines de mètres, les chemins se séparent et une partie monte en direction du sommet de la colline. C’est de là que le coucher du soleil est le plus impressionnant, surtout que la nature a eu la bonne idée de placer les chutes face au soleil couchant, donnant au site des couleurs magnifiques. La petite terrasse naturelle est atteinte rapidement. Alors que nous profitons des lieux, une Jeep arrive dans notre dos. Evidemment, cette terrasse est aussi le lieu où les Lodge amènent leurs clients, qui paient pour venir accompagnés assister au spectacle. Alors qu’il suffit de marcher un peu.

Les chutes de la rivière Kunene sont non seulement impressionnantes, puisque le cours d’eau est tellement large à cet endroit qu’il y a une multitude de chutes, plus ou moins grandes, au débit plus ou moins important. Le fleuve reprend ensuite son cours normal pour filer en direction de l’Océan, le long de la frontière angolaise.

De retour vers les camps, nous voyons encore des habitants d’Epupa qui viennent baigner leurs enfants dans des petites gouilles formées dans des cuvettes de rochers. Ici aucun risque de crocodile ou de courant. Les gamins s’y baignent et jouent sous la surveillance de leurs mères, joli spectacle, belles scènes de vie. Nous verrons encore une fois notre amie la femelle crocodile, sur son îlot, à demi immergée, mais les yeux en direction de nos berges.

Vendredi 5 octobre

Comme d’habitude, nous nous levons au rythme du soleil. Après un rapide petit-déjeuner et le rangement habituel, nous prenons la route vers 08h00, car nous avons 450 kilomètres à rouler aujourd’hui pour nous rapprocher du parc d’Etosha.

A la sortie d’Epupa, nous sommes arrêtés par des policiers qui effectuent un contrôle routier. Permis de conduire, prochaine destination, tout est consigné. Les agents, très courtois, me signalent que mon pneu avant droit a besoin d’un coup de pression, ce que je n’avais pas remarqué. Nous roulons ainsi sur 70 kilomètres jusqu’à Okongwati, premier village avec Epupa. Nous repérons une cahutte en tôle qui répare les pneus, ce que me confirme avec le sourire un homme qui marchait sur le bord de la route. La cahutte renferme un compresseur et le jeune qui tient cet atelier local vérifie la pression de mes quatre roues et m’ajoute un peu d’air dans le pneu qui en avait besoin. Pour 10 $.

Sur la piste d’Opuwo, des jeunes Himbas ou des bergers tentent encore régulièrement de stopper les voitures pour quémander. Chacun fait comme il veut, mais s’arrêter pour tous est impossible. Opuwo est en vue, toujours aussi animée. Les mêmes vendeuses de bracelets nous repèrent à peine arrivés vers la station-service. Et c’est reparti pour les avoir toutes autour de nous. Même en prenant une ou deux pièces, elles veulent toujours en vendre plus. Nous refuserons, avec le sourire, ce qui permet de garder l’ambiance détendue. Plein d’essence et quelques courses au supermarché, mais surtout pas de viande, la barrière sanitaire doit encore être passée.

Nous prenons la C41 et ensuite nous coupons par la D3709 qui nous fait gagner 35 kilomètres, mais peut-être aucun temps. Cette piste est parfois sableuse, parfois bosselée, de sorte que la vitesse est bien inférieure à celle que l’on peut atteindre sur la C35 asphaltée. Mais certainement moins monotone. De retour sur la C35, nous prenons notre rythme de croisière, lorsqu’un chauffeur de poids lourd arrivant en face nous fait des appels de phare en nous faisant signe de ralentir avec son bras. Quelques centaines de mètres plus loin, une girafe traverse tranquillement la route et broute les arbres sur le bas côté. Notre première girafe.

A 80 kilomètres au nord de Kamanjab, nous atteignons la barrière sanitaire. Un policier vérifie mon permis de conduire international, alors qu’un autre fonctionnaire contrôle notre frigo dans le coffre de la voiture pour s’assurer que nous ne transportons pas de viande, ni d’oeuf. A Kamanjab, il y a un supermarché où nous trouvons tous les produits de base, quelques légumes et de la viande de Koudou que nous grillerons ce soir. Nous complétons notre essence et nous partons pour les 30 derniers kilomètres, vers le Rustig Toko Lodge, notre étape du soir. Le camp est séparé de trois kilomètres de la Lodge, en pleine nature, isolé dans la savane. Sur la piste qui y mène, nous croisons une gazelle et deux magnifiques Hornbills. Cette région abrite de nombreuses espèces d’oiseaux, parfois colorés, et au chant souvent mélodieux. Les emplacements de camping sont bien aménagés avec tables et bancs en pierre, grill, robinet d’eau et des douches/WC impeccables.

Nous y passerons la nuit complètement seuls, au milieu de cette végétation africaine. Comme souvent, le vent s’est levé pendant la nuit, secouant la tente parfois violemment. La grillade de Koudou s’est avérée être finalement une catastrophe, les morceaux achetés n’était pas faits pour être grillés mais plutôt bouillis. Résultat, cela ressemblait plus à une semelle de chaussure de ski ...

Samedi 6 octobre

En route pour Etosha, un des points forts du voyage. Pour s’y rendre depuis le Rustig Toko, deux options : passer par les pistes via Mon Desir et rejoindre la route principale pour le parc ou redescendre à Outjo par les routes goudronnées. L’avantage d’Outjo est la possibilité de se ravitailler pour les quatre jours à passer dans le parc. Donc Outjo. Surtout aussi parce que nous avons lu que nous trouverons une bonne boucherie dans cette ville.

160 kilomètres de route asphaltée, au bord de laquelle nous apercevons de nombreux phacochères, et nous arrivons à Outjo. La ville est agréable, propre et vraiment différente d’Opuwo. A la sortie sud, sur la C38, nous trouvons la fameuse boucherie. Pas de viande de steppe aujourd’hui, alors nous nous rabattons sur d’appétissants T-Bone steaks de boeuf. A des prix incroyablement bas. Quelques courses dans un supermarché et nous avalons les 110 kilomètres restants pour arriver à Okaukuejo. Après un premier portail où on nous délivre le permis de visite, nous gagnons la réception du camp. Première étape, payer le permis remis (à présenter) selon le nombre de nuits passées dans le parc. Puis, nous récupérons notre emplacement auprès de l’employée du camp.

C’est le milieu de l’après-midi, nous avons le temps de partir sur les pistes autour du camp, vu que les grilles du parc ferment vers 18h50, heure officielle du coucher du soleil. Pas besoin de rouler longtemps pour voir de nombreux animaux. Girafes, antilopes et gazelles, zèbres ... Mais le must : alors que nous roulons vers le point d’eau de Wolfsnes, un automobiliste nous fait des signes et, s’arrêtant à notre hauteur, nous annonce que trois lionnes sont sur le bord de la piste près du point d’eau. En arrivant sur place, pas besoin de chercher, les lionnes sont là, à moins de deux mètres de la voiture, couchées à l’ombre des arbres, insensibles à la présence des véhicules. Elles nous regardent, prenant presque la pause pour des portraits en gros plan. Nous coupons le moteur et restons en admiration devant ces félidés.

Après le must, voici le must du must. Au point d’eau suivant, à Okondeka, nous repérons un lion mâle, à environ 200 mètres sur le haut de la piste, à l’ombre d’un buisson. Couché ou immobile sur ses quatre pattes, bougera, bougera pas ? Nous coupons le moteur et nous armons de patience. Trente minutes plus tard, notre attente est récompensée. Le mâle descend la colline et passe tranquillement devant notre capot. Nous pouvons le voir à moins de trois mètres, alors qu’il se rend au point d’eau. Mais la surprise n’est pas terminée, ce mâle sera suivi successivement par 7 lionnes qui prennent le même chemin. Nous ne les avions pas vues, elles étaient sans doute couchées dans les hautes herbes. Un second lion mâle clôture le groupe et part sur le point d’eau. Les autres animaux présents, zèbres, autruches, gazelles, ont tous déserté l’endroit, laissant la place aux rois de la steppe. Premier jour à Etosha et déjà plus de dix lions vus de très près ...

Au soleil couchant, nous revenons au camp, les grilles allant fermer. Nous nous rendons au point d’eau d’Okaukuejo, accessible en deux minutes à pied. Un grand point d’eau dont nous sommes séparés par un petit mur de pierre et des barrières inclinées. Le silence est de mise afin de ne pas effrayer les animaux et de ne pas perturber leur environnement naturel. Autre moment magique, une dizaine d’éléphants s’abreuvent avec un gros soleil rond et rougeâtre en toile de fond. Image de reportage ou de livre animalier, et pourtant décor bien réel.

De retour à notre emplacement, nous grillons nos T-Bone sur le grill équipant les places de camping. Il fait maintenant bien nuit, et bien chaud aussi. Après le repas, retour au point d’eau qui est éclairé. Après les pachydermes, c’est le tour maintenant des rhinocéros de fréquenter l’endroit, un groupe d’une dizaine de bêtes. Dont un qui sent clairement la présence humaine devant lui et qui ne semble pas vraiment l’apprécier. Il gratte nerveusement le sol avec ses sabots, sa corne, il grogne et souffle fort, il fait des mouvements brusques, à l’écart du groupe de ses congénères.

2 éléphants sortent de l’obscurité et rejoignent les rhinos. Qui leur laissent la place et s’éclipsent dans la nuit. Magique Etosha.

Dimanche 7 octobre

Le lever est matinal dans les camps d’Etosha. Les grilles du parc ouvrent à 06h50 et les visiteurs veulent tous être prêts à l’heure. Certains sont très prévoyants puisqu’ils se lèvent à 05h30, réveillant du coup leurs voisins immédiats. Il est vrai que les chances de voir des animaux sont certainement plus grandes le matin, avant que les chaleurs de la journée ne les poussent à l’ombre de la végétation.

En arrivant au point d’eau de Nebrowni, deux éléphants traversent la piste devant nous. Ne nous prêtant aucune attention, nous nous approchons encore au plus près, environ 25 mètres derrière la bête. Il mange les branches d’un arbuste et nous pouvons le photographier sans souci. Nous surveillons tout de même ses attitudes, mais il reste bien calme. Moteur coupé, nous l’observons et assistons au spectacle.

Plus loin, sur la route du point d’eau d’Aus, deux voitures sont arrêtées sur le bord de la route. Nous stoppons et cherchons ce qu’elles ont vu. Nous voyons bien un Koudou, seul et l’air inquiet, s’arrêtant après chaque pas, regardant tout autour de lui. A la jumelle, nous repérons 4 lionnes en pleine partie de chasse quelques dizaines de mètres derrière l’antilope. La lionne la plus proche de la proie se dissimule dans les herbes, garde la tête basse, à l’affût. Les trois autres suivent le mouvement, moins discrètes, mais hors de vue du Koudou. De temps à autre, elles se relaient pour suivre l’animal. Cette tactique durera près de 45 minutes, puis le Koudou choisira de s’enfoncer dans la végétation, toujours suivi des lionnes, et nous perdrons la vue sur cette scène incroyable.

Moins d’animaux pour cette fin de matinée, même vers les points d’eau. La chaleur est bien là et les mammifères économisent sans doute leurs efforts à l’ombre d’un buisson. Vers midi, nous revenons au camp pour faire notre vaisselle du matin et du rangement. Nous profitons aussi de la fraîcheur de la piscine d’Okaukuejo. Nous retournons au point d’eau du camp en fin d’après-midi et 4 lionnes sont couchées à proximité. Leur présence rend l’endroit désert. La nuit apparaît, mais les lionnes ont décidé de rester propriétaires des lieux. Point d’autres animaux ce soir à Okaukuejo. Hormis quelques chacals qui passent en courant entre les emplacements, à la recherche de nourriture facile.

Les mammifères autour du camp grillagé donnent de la voix. Eléphants ? Lions ? Rhinos ? Nous manquons d’expérience pour l’identifier. Mais en tous les cas, ces cris impressionnent dans le silence de la nuit.

Lundi 8 octobre

Tout comme hier matin, les premières alarmes retentissent dans les tentes à 05h30. Le camp s’éveille encore dans la nuit, les premières lueurs du jour apparaissant vers 06h10. Le rituel est rôdé, même dans l’obscurité. Petit-déjeuner léger, rangement et nous sommes prêts à partir sur les pistes à 07h00. Direction Halali, le camp «du milieu» à Etosha où nous camperons ce soir.

En direction de l’Est, les animaux se font de plus en plus rares. Les points d’eau sont vides de toute présence animale. Ou presque. La chance nous accompagne aujourd’hui encore. En revenant de la gouille de Salvadora, déserte, nous voyons une hyène au loin dans les herbes. Nous stoppons le 4x4, arrêtons le moteur et l’animal vient pile sur nous pour finalement passer devant notre capot.

Direction ensuite le point d’eau de Rietfontein. cinq ou six 4x4 sont là. Quelques koudous s’abreuvent tranquillement, rien d’exceptionnel. Alors que nous allions partir, un visiteur nous fait un signe de nous approcher de son véhicule. Il y a là cinq lionceaux couchés dans l’herbe, seuls sans leur mère. Là aussi, le truc c’est la patience. Attendre. Et les lionceaux bougeront pour aller se mettre à l’ombre d’un tronc, un à un, comme si chacun voulait être pris en photo par les chanceux qui ont profité de ce moment.

Nous prenons ensuite la décevante Rhino Drive, piste en mauvais état, où nous ne voyons aucun animal. Vers midi, nous allons récupérer notre emplacement à Halali. Grand camp, quasi désert en cette-mi-journée. Une épicerie avec beaucoup de souvenirs et peu de nourriture, où il vaut mieux avoir fait les courses avant d’arriver. Il y a aussi une piscine, mais l’eau est plutôt verte et peu encourageante à la baignade. Puisque nous sommes là, nous descendons au point d’eau de Moringa, en contrebas du camp.

Si un groupe de Koudous s’abreuvent, nous repérons surtout un groupe d’une quinzaine d’éléphants, un peu plus loin dans la végétation. Les Koudous quittent l’endroit et les éléphants font alors mouvement vers la vasque. Pendant près de deux heures, les éléphants boivent, se rafraichissent, les jeunes collés à leur mère. Le point d’eau a une petite terrasse ombragée, au vent, à une vingtaine de mètres des animaux. Deux heures à ne jamais se lasser d’observer les pachydermes.

Pour l’après-midi, nous repartons sur les pistes autour d’Halali. Moins d’animaux dans la nature environnante. Nous rejoignons alors le Etosha Lookout, sur les bords du lac asséché. La piste pénètre l’ancien plan d’eau sur près d’un kilomètre. Malgré qu’il ne s’agisse que d’une étendue infinie et plate de terre sèche, le paysage est fascinant, inédit. C’est aussi un des rares endroits où il est possible de sortir de son véhicule. Nous nous y amusons à faire des photos humoristiques, avec un couteau suisse, une bouteille de coca, une fourchette en plastique ou une paire de lunettes, objets sur lesquels nous donnons l’impression trompe-l’oeil de surfer.

Retour au camp en fin d’après-midi et nous redescendons à pied au point d’eau de Moringa. Un seul animal, mais un beau rhinocéros qui boit, en levant souvent sa corne vers nous. Le soleil est couché, il est temps de prendre le repas du soir. Avant de retourner au point d’eau ! Ou cette fois, ce sont cinq rhinos, dont un très jeune, qui profitent de l’endroit.

La nuit est parfaite, ni chaude, ni froide. Parfaite.

Mardi 9 octobre

Ce matin, pas de rush, nous nous levons tranquillement vers les 07h00. Après les obligations matinales, départ sur les pistes pour notre dernier jour dans le parc d’Etosha, direction plein Est vers le camp de Namutoni. Toujours peu d’animaux dans cette partie de la réserve, même si le point d’eau de Moringa a été riche en visites. Peu après le point de Spingbokfontein, nous prenons la piste qui longe le lac asséché.

Là, c’est le paysage qui est grandiose, avec des couleurs dans les tons vert et jaune, voire bleu, ensemble coloré qui donne des vues encore jamais aperçues en Namibie. Au détour d’un virage, un éléphant de belle taille, au moins le double de notre 4x4, mange tranquillement dans un gros buisson à deux mètres de la route. Nous arrivons à nous approcher gentiment assez prêt, toujours attentif à sa réaction. Il ne porte aucune attention à nous et nous nous tenons à quelques mètres de lui. Il est le dernier d’un troupeau qui a déjà poursuivi sa route, plus loin dans les plaines. Moteur arrêté, nous le regardons arracher les hautes branches du buisson de sa puissante trompe, avant d’engloutir ses prises.

Direction ensuite le point d’eau de Kalkheuvel. A notre arrivée, 5 girafes sont là, à une vingtaine de mètres, ��cartant leurs longues jambes pour pouvoir atteindre l’eau et boire. Elles semblent inquiètes et regardent toutes dans la même direction. Un petit groupe de springboks qui se tenait là tranquillement part soudainement dans la forêt. C’est certain, un prédateur est à proximité. A la jumelle, nous apercevons un lion mâle, couché tranquillement à l’ombre d’un arbre, observant les autres animaux, n’ayant pas l’air de vouloir bouger de son calme apparent.

Arrivent alors cinq éléphants qui viennent compléter le tableau déjà bien fourni. Hormis le lion qui ne se mêle pas à la faune présente, tous les animaux partagent pacifiquement le point d’eau. Une belle tolérance naturelle. Après avoir rempli nos yeux de ce spectacle saisissant, nous prenons la route du camp de Namutoni. Quelques kilomètres avant d’y arriver, ce sont les girafes qui sont sur le bord de la route et que nous admirons. Nous pouvons nous arrêter à quelque trois mètres d’elles, sans les perturber.

Il est l’heure de se restaurer et nous nous enregistrons à Namutoni. Les emplacements sont herbeux et sous les arbres. Après le repas, départ à nouveau sur les pistes, nous voulons profiter sans fin de ces moments magiques à Etosha. Fishermen’s Drive, Tsumor, nous ne verrons que quelques animaux, dont à nouveau des girafes très présentes dans cette partie du parc. De retour à Namutoni, le temps s’est couvert, l’orage menace. Quelques gouttes, mais aucune pluie qui nous obligerait à nous réfugier dans notre tente.

Mercredi 10 octobre

Le réveil est, une fois n’est pas coutume, très matinal. A 04h45 déjà, les premiers campeurs remuent, rangent et surtout font du bruit. Notamment, deux touristes francophones qui avaient déjà piqué la place d’une autre 4x4 en lui bougeant table et chaises pour s’installer... Pas très fair-play. A 06h00, leur moteur tourne déjà, alors que les grilles n’ouvrent qu’à 06h50. Bref.

Nous quittons le parc vers les 08h00 vers Tsumeb, où nous stoppons pour quelques courses, notamment notre dernier biltong. Pour le repas de midi, nous nous arrêtons sur une des nombreuses aires de pique-nique qui bordent les routes principales. Deux hommes, sales et habillés presque de loque, sortent de nulle part et s’approchent de nous. Il s’agit en fait d’ouvriers qui refont les barrières au bord des voies. Ils ne viennent pas sur place le matin pour repartir le soir, mais ils campent dans des tentes de fortune sur le bas côté de la route, se déplaçant au gré de l’avancement des travaux. Nous les voyons faire les poubelles et ramasser des déchets de nourriture, des services en plastique, c’est assez dur à voir. Vu que c’est notre dernier jour, c’est le moment d’utiliser utilement les provisions que nous n’aurons pas consommées. Nous les abordons et leur proposons tout ce que nous gardons pas, pain, riz, pâtes, conserves, eau. Ils nous en sont très reconnaissants, nous remerciant très chaleureusement.

Suite sur la B1, direction Otjiwarongo, une jolie petite ville fleurie et propre. Les employés des stations-service, comme partout, nous hèlent depuis le bord de la route pour nous attirer chez eux par de grands signes, sans succès, puisque nous avons encore suffisamment d’essence. Continuation sud, par la C22 asphaltée vers le Waterberg. Pour atteindre ce site, nous devons emprunter la jolie piste D2512, au sable rouge. La piste est bien plate, le sable est fin, il faut faire attention de ne pas se laisser aller avec la vitesse, surtout que cela glisse.

Le Waterberg est en vue, une montagne longue et plate sur son sommet, qui se détache dans le paysage. Le Waterberg RestCamp est le premier rencontré sur cette piste, il y en a un autre huit kilomètres plus loin. Le camp en lui-même n’a rien d’exceptionnel, mais un sentier monte sur le plateau, donc l’arrêt ici est tout de même intéressant.

Nous attendons 16h30 et un peu moins de chaleur pour entamer la montée de 40 minutes qui va nous conduire sur le plateau. Une montée dans la rocaille, où il faut parfois s’aider des mains pour gravir quelques rochers. Ludique et jamais dangereuse, la montée est agréable. Du sommet, la vue sur la plaine est époustouflante devant le Waterberg, des dizaines de kilomètres devant soi. Aucune habitation à l’horizon, excepté le camp 250 mètres en contrebas de la falaise abrupte. Nous profitons de la vue, du soleil couchant et de la brise qui nous rafraîchit un peu, avant de reprendre le sentier pour redescendre au camp.

Dernier soir en Namibie, nous avons distribué nos dernières provisions, donc nous mangerons au restaurant du camp. Un bon steak d’Oryx, une bonne bouteille de vin, une jolie terrasse, une bonne manière de passer notre dernière soirée sur le sol africain. Le camp est à 15 minutes à pied, et dans le noir, la lampe de poche nous guide jusqu’à notre tente. La nuit sera très calme, les touristes étant peu nombreux ici.

Jeudi 11 octobre

On nous avait prévenus. Le problème ici, ce sont les singes. De gros babouins pas peureux du tout, pouvant même être agressifs. Nous n’en avions pas vu hier soir, mais ce matin, c’est tout autre chose. Il ne faut absolument rien laisser sans surveillance, fermer portes et coffre de la voiture m’avait-on dit. Dès le lever du soleil, nous les voyons, ces babouins, déambuler dans le camp, passer de poubelle en poubelle.

Pensant qu’ils ne s’approcheraient pas des humains, nous installons la table du petit-déjeuner cinquante centimètres derrière le coffre de la voiture, laissé ouvert pour mettre la table. Alors que nous sommes prêts à manger, je vois trois gros singes adultes s’approcher. Ca sent l’embrouille. Je me lève, pensant leur faire peur, mais rien de cela. Au contraire, ils se mettent à courir dans notre direction et en quelques secondes, un des singes est dans mon coffre pour s’emparer d’un sachet en plastique avant de partir en courant dans la forêt. Un des gardes du camp a vu la scène et part derrière eux. Le sachet ne contenait que quelques céréales, rien d’important, mais cela aurait été l’appareil photo ou la besace des passeports, c’était pareil.

Tout le camp subit les assauts des babouins. Un autre couple, à quelques dizaines de mètres de nous était attablés lorsque trois ou quatre singes sont carrément montés sur leur table pour dévaliser toute nourriture, pain, confiture, lait, tout. S’interposer pourrait être dangereux, ces babouins ont des canines impressionnantes et une morsure de leur part pourrait avoir des conséquences graves. La technique consiste à ne pas les laisser approcher et les éloigner en leur lançant des cailloux. Mais autant le dire, ils réessaieront. Enfin, cela met l’ambiance dès le matin.

Dernier trajet avant la capitale, nous reprenons la route direction Windhoek. Nous faisons un arrêt à Okahandja, à 60 kilomètres de notre destination finale. A la station-service où nous faisons notre plein, nous demandons s’il y a un car-wash qui pourrait nous dépoussiérer la voiture. Le pompiste nous propose de laver la voiture, à la main, dans une cour intérieure derrière le garage. Vendu pour quelques dizaines de $. Nous rendrons ainsi la voiture en bien meilleure état que sans ce lavage extérieur.

Pendant ce temps, nous allons dépenser nos derniers deniers dans le petit marché artisanal en face de la station Puma, côté nord de la ville. Objets en bois, plats, masques, animaux sculptés, il y a là de jolis achats à faire. La règle est au marchandage, chacun appréciera ensuite la part de bénéfice qu’il sera prêt à lâcher à ces populations peu aisées. Nous achetons plusieurs cadeaux, mais à chaque fois dans une échoppe différente, histoire de faire profiter plusieurs personnes.

Les habitants d’Okahandja savent bien que les touristes sont sur la route de Windhoek et à la fin de leur voyage. Ils viennent donc autour de notre voiture et nous réclament les restes de nourriture qu’il pourrait avoir, des t-shirts, des pantalons et même nos chaussures ! C’est le moment de laisser quelques habits usagés qui auront encore une longue vie ici. Cela fera en plus de la place dans les sacs pour les objets achetés.

Le dernier tronçon jusqu’à Windhoek est vite avalé. Grâce au plan fourni par Camping-Car Hire, nous retrouvons facilement l’agence au sud de la ville, dans une zone industrielle. Le centre-ville que nous traversons est bien fleuri et il y a du monde sur les trottoirs.

De retour à l’agence, nous vidons le véhicule pour refaire nos bagages, ce qui n’était pas possible ce matin avec tous ces babouins autour de nous. Le véhicule est ensuite rentré dans un atelier, monté sur un lift pour un contrôle assez sérieux du châssis. Tout joue, même les déchirures de l’avant-toit de la tente suite à la chute d’une feuille de palmier à Epupa. Les bagages sont prêts, une navette nous conduit à l‘aéroport où l’enregistrement est rapide et efficace. Encore quelques heures et nous quitterons cette terre d’Afrique qui nous a comblés.

L’A340 d’Air Namibia laisse le sol sous sa carlingue, nous voilà remontant tout le continent africain, parfois bien secoués par les forts courants d’altitude. Le lendemain matin, il pleut à Francfort et il fait froid. Le contraste n’a pas attendu bien longtemps pour nous remettre dans l’automne européen. Nous n’avons que peu de temps pour rejoindre la porte de notre dernier vol pour Genève. C’est la fin du périple, le retour à la maison.

Petite conclusion. Première expérience africaine après plusieurs voyages sac à dos en Asie. Première fois aussi que la communion avec la nature a été aussi présente, longues journées, longues nuits.

Que dire de ses paysages uniques, de ses animaux vus tellement de fois à la télévision ou dans un zoo et qui pourtant nous captivaient, de cette vie simple sans internet, sans média, sans sonnerie de téléphone portable ? Rien, ne rien dire, tellement c’était agréable, exceptionnel, jouissif. Tout comme écouter le silence, le vent ou le chant des oiseaux.

Exceptionnel, jouissif.

La Namibie est faite sur mesure pour les amoureux de la nature, pour les amateurs d’indépendance et de découverte. Une vraie décompression, une impression de retour à l’essentiel, un sentiment que la vraie vie n’est pas forcément celle que l’on croyait être.

Exceptionnel, jouissif.
Jeu des mots (seconde édition) English translation pending
by Riboulding · 2012-10-15 · 1023 replies
Les indices pour m'identifier sont les suivants :

Si j'avais été voyageur à une lointaine époque, il m'eût mieux valu arriver tôt à l'auberge ! Un amateur de machine excessive aura une (toute petite) chance de me trouver. Et un peu plus encore s'il est picard, et s'il vit chez ma soeur. On me trouve juste de l'autre côté du pont ...

Je suis un lieu.

P.S. : à défaut du reste (🤪), j'espère ne plus être limité en nombres de messages par 24 heures, mais par prudence le ferai moi-même en regroupant mes réponses à vos brillantes divagations pérégrinatives. Restez patients ! 🙂
Chien de défense des troupeaux, les fameux patous English translation pending
by Tatawin · 2012-10-12 · 65 replies
bonjour à tous,

rentrant de la GTA de Thonon les Bains à Nice, je me suis retrouvé confronté au problème des chiens de bergers hargneux, et les non moins célèbres patous, je dis problème, parce que pour moi, tous ces chiens à moitié sauvages, voir cinglés ont fini par devenir ma hantise.

on a cassé du pitt bulls pour moins que ça

certains patous sont un peu éduqués et moins agressifs, mais c'est pas écrit dessus, et ils sont plutôt rares.

le seul bruit des clochettes des moutons m'ont gâché une partie de cette superbe randonnée. La hantise de voir déboulés des chiens agressifs, dès qu'on arrive dans les alpages

en partant de Thonon, je n'y avais pas pensé, suite à ma peur grandissante au fil des jours, renseignements pris de droite et de gauche dans les gîtes, causeries avec des bergers qui n'avaient pas de patous, il en ressort que ces chiens sont la cause d'une saturation de plaintes, et que certains éleveurs préfèrent s'en passer plutôt que d'être en permanence sous le dépôt de plaintes de randonneurs.

dans le lien qui suit, et si vous recherchez sur internet, il en ressort que certaines municipalités, et aussi certains gérants de gîtes qui commencent à s'inquiéter d'une baisse de tourisme liée à la defréquentation de leur GR par les randonneurs, suite aux rencontres avec ces chiens.

http://www.pyrenees-pireneus.com/...ensProtection.htm#14

pour ma part, j'avais envisagé de faire la partie du GR5 dans les vosges et le jura, mais du coup, je n'irai pas, idem pour le GR10 que j'avais prévu en 2013, on peut peut-être me reprocher ma peur, mais je marche pour me faire plaisir, pas pour stresser sans arrêt.

j'ai passé quelques nuits en bivouac, pas entendu un seul loup, le brame des cerfs, oui, le hurlement du loup, non, en plus, je ne comprend pas trop, personne n'a jamais entendu dire qu'un patou ait tué un loup ?

quand on est passé à Roya, 2 jours avant, soi-disant 150 brebis égorgées, et ce malgré la présence dans le troupeau de 3 patous, 150 brebis, combien a t'il fallu de loups pour faire ça, et surtout que faisaient les patous ??????

pour avoir aussi assisté avec une vingtaine de personnes, assis un soir sur une terrasse d'un gîte en savourant une bière salvatrice, on a donc assisté a une petite folie des chiens de berger et de leur collègue patou qui poursuivaient un renard, pauvre renard qui avait eu l'audace de vouloir traversé le troupeau, ignorant, il n'avait pas su lire le panneau de prévention, je peux vous dire que ça a été un feu d'artifice de moutons, ça giclait dans tous les sens, ils auraient été au bord d'une falaise, ça finissait par une purée de moutons en bas, et on aurait encore prétexté une attaque de loups,

heureusement, le renard étant plus fin s'en est sorti sans une rayure alors que les autres imbéciles couraient en tous sens ! cherchez l'erreur !!!!!

je suis persuadé que le patou est aussi dangereux que le loup, certains pètent les plombs et se retournent même contre leur maître, dixit un berger

je veux bien qu'on protège les troupeaux et c'est normal, mais je reproche aux éleveurs de s'approprier la montagne, en vertu de quel droits, certains panneaux de prévention d'ailleurs en témoignent, certains s'adressent aux AMIS randonneurs et expliquent poliment aux randonneurs quel comportement avoir face à ces fauves, alors que sur d'autres panneaux, il est juste écrit: N'APPROCHER PAS DES TROUPEAUX !!!!

et vous, vos réactions m'intéressent, soyez francs et sincères, peur pas peur, allez vous toujours en montagne si vous avez eu des expériences négatives ?

merci d'avance
Kayak au Groenland en autonomie complète English translation pending
by Cyrilpts · 2012-09-30 · 6 replies
Voici le récit. Pour les photos, voir le site : http://cphotosaventures.free.fr/

2 septembre – Vendredi Gare de Bordeaux Saint-Jean

18h41. Les portes se referment. Le quai s’éloigne de plus en plus vite. L’aventure commence ! Pour fêter ça, il est alors grand temps de profiter de cette merveilleuse faculté d’endormissement immédiat…

Une heure plus tard mon regard noir foudroie l’indélicate qui n’avait pas éteint son téléphone portable. Ah, si même le troisième âge se met à oublier le respect. Et la cinquantaine passée, elle avait dû prendre bien soin de régler la sonnerie au plus fort, pour être sûre de ne pas la manquer. C’est réussi… Il ne nous reste plus qu’à nous venger sur les croque-monsieur et les compotes volées aux enfants. Ce sera toujours ça de moins à porter tout à l’heure !

Jusque là, tout allait bien. Un texto d’Air Iceland nous rappelle que rien n’est jamais acquis :

« Dear passenger, due to technical reasons your flight NY261 to RKV on 03/09/2011 is delayed. Departure is at 14:00. Check in 13:00. rgds. AI ».

Un petit regard au « dossier de mission » pour confirmer ce que je pressentais : quarante-cinq minutes de retard pour notre départ de Reykjavik vers Narsarsuaq. Cela diminue d’autant nos chances de ne pas passer la première nuit au port de Narsaq…

Le train file toujours vers le nord. La nuit est tombée et les deux quinquagénaires continuent de discuter. Elles ne s’arrêtent donc jamais ? Aucune pause ?...

Cette aventure a réellement débuté trois mois auparavant. J’étais à la recherche d’une destination de vacances. Amoureux des terres vierges, j’hésitais : Laponie, lac Baïkal, Route de la Soie, … Et le hasard : un reportage sur l’Antarctique, des touristes quittant leur paquebot pour une virée en kayak au milieu des icebergs. Le déclic. « Ça, j’adore, il faut que je le fasse ! ».

Ah, pause des quinquagénaires ! L’une des deux est partie aux toilettes. Cela fait du bien quand cela s’arrête ! En arrêt devant la porte, elle parle toute seule. « Sésame ouvre-toi ? ». Non, cela ne fonctionne pas. Et oui, il faut appuyer sur le bouton… Dommage, sauvée par sa camarade de bavardage, je n’aurai pas ma vengeance de la sonnerie de portable…

Malheureusement, avec seulement deux semaines disponibles, aller jusqu’en Antarctique n’était pas possible. Le Groenland s’est alors naturellement imposé. Les liaisons aériennes disponibles et le choix du début du mois de septembre m’ont orienté vers Narsarsuaq. J’ai alors découvert Blue Ice Explorer, une petite entreprise touristique tenue par un français, Jacky, au Groenland depuis trente-cinq ans ! Il propose des activités, des excursions et des kayaks en location. Nos premiers contacts furent amicaux et encourageants. Et voilà, c’était décidé. Mi-juin, les billets d’avion étaient réservés. Attention Groenland, nous voilà !

L’accueil par notre entourage de cette idée fut mitigé, mais jamais indifférent. Certains sidérés, d’autres émerveillés. Du « tu es complètement fou » au « tu m’emmènes ? ». Et la surprise allongeait le visage des curieux avec le détail de cette expédition. Et oui, onze jours en autonomie complète, tente et sac de couchage, kayak le matin et randonnée l’après-midi. Et les questions fusaient. Amusé et un peu fier de cette idée, je répondais : non, il n’y a pas d’ours  la météo, généralement clémente, entre zéro et dix degrés Celsius  l’eau, magnifique mais à deux ou trois degrés Celsius, etc.

Début août, après un mois de réflexion, il a fallu se lancer dans les modalités pratiques de l’organisation. Avec plusieurs questions existentielles dont certaines nous ont fait bien cogiter. Et aujourd’hui, dans le train, il reste encore quelques incertitudes.

Un gros challenge nous attendait. Néophytes et peu équipés, il fallait tout trouver ou inventer. Prévoir et s’équiper.

23h10. Avec quelques minutes de retard, notre train arrive enfin à la gare de Roissy CDG. Et c’est après quelques détours dans ces immenses salles que nous trouvons le lieu d’arrivée des navettes d’hôtel. Bonne nouvelle, la première à arriver est celle de notre hôtel. Mais c’est une fois à l’intérieur du bus avec toutes nos valises que nous apprenons que, si c’est bien la bonne chaîne, ce n’est pas le bon hôtel… C’est toujours un plaisir de bouger nos lourds bagages pour rien…

Minuit. A l’hôtel, le bon, avec une chambre à notre nom. Un grand moment de solitude nous attend dans l’ascenseur : appuyer sur le bouton de l’étage ne suffit manifestement pas à le faire bouger. Au bout de cinq minutes à s’exciter sur le malheureux bouton, nous avons l’idée géniale de lire l’étiquette explicatrice placée juste à côté. Il faut insérer la carte de la chambre… Ah oui, mais où ? Encore quelques instants de honte à chercher… Le gardien derrière la caméra a dû bien rire. Et c’était bien la peine de se moquer de la mamie devant la porte des toilettes dans le train. Il y a une justice, malheureusement…

Puis la dernière douche avant onze jours, autant en profiter. Mais la fatigue l’écourte. Entraînement difficile, guerre facile : au cri entendu, je sais que le verre d’eau froide lancé par-dessus le rideau de la douche a fait mouche ! Il faut commencer dès maintenant à s’habituer à l’eau glaciale…

Et au lit, le dernier avant onze jours.

3 septembre – Samedi

5h20. Réveil. Difficile !

6h00. Couloir, ascenseur, navette, couloir, escalator, ascenseur, CharlyVal, couloir, escalator, couloir, tapis roulant, couloir… Enregistrement. Première mission de la journée : éviter de payer la surtaxe pour le dépassement de poids autorisé pour les bagages.

Nos bagages… Pour la soute, deux grosses valises et un gros sac à dos. Respectivement vingt-quatre, vingt-trois et treize kilogrammes. Soit soixante kilogrammes au lieu des quarante autorisés… En bagages à main : une petite valise et le sac à dos appareil photo. Douze et huit kilogrammes. Soit un total de quatre-vingt kilogrammes. A deux, joli score… Sur le site internet d’Icelandair, l’excédent bagage est facturé dix euros par kilo… D’où la mission truandage à l’aube ! Au comptoir, la première valise est posée à moitié sur le rebord. Affichés quinze kilogrammes au lieu de vingt-quatre. Quand la première valise avance sur le tapis, je pose rapidement la seconde, toujours à moitié sur le rebord. Une petite question pour détourner l’attention. Et quand tout semble fini, je sors le sac à dos.

« Celui-là aussi ? ».

Et oui…

« Faites attention, vous dépassez un peu le poids ».

Oui, un peu, c’est cela… Bon, après un remerciement appuyé, la mission est accomplie, deux cents euros d’économisés.

7h30. C’est sous un ciel radieux que s’effectue l’embarquement. Et si on commençait par dormir un peu ?

Trois heures plus tard, le grand nord approche à grands pas. Niveau quatre cents (quarante mille pieds, douze mille mètres), cap au nord-ouest. Impossible de voir la mer, d’une part à cause de l’aile et d’autre part à cause de la couche nuageuse continue et uniforme. Cela confirme malheureusement les mauvaises conditions météorologiques prévues sur l’Islande. En espérant qu’il ne pleuve pas trop, une petite marche de quinze minutes est prévue pour le changement d’aéroport…

Revenons aux préparatifs. Du fait des horaires d’avion, il n’était pas possible de faire tout le trajet dans une même journée. D’où la réservation d’hôtels et les quelques tracas qui s’ensuivent : horaires, transferts, navettes, etc. Donc le programme :

- 2 septembre : Bordeaux-Paris en train, navette gratuite puis hôtel.

- 3 septembre : Paris- Keflavik, décollage huit heures. Puis nous avons quatre heures pour faire Keflavik-Reykjavik en navette Flybus. Le trajet dure une quarantaine de minutes. Nous avons donc le temps. A Reykjavik, la navette s’arrête, non pas à l’aéroport, mais à une gare routière. Il y a ensuite une quinzaine de minutes de marche pour rejoindre celui-ci. Un plaisir avec quatre-vingt kilogrammes de bagages ! Puis vol de trois heures pour arriver à Narsarsuaq en milieu d’après-midi à cause du décalage horaire.

- 13 septembre : chemin inverse. Départ dans l’après-midi de Narsarsuaq pour une arrivée en soirée à Reykjavik. J’ai passé quelques heures sur le site islandais de la compagnie de bus pour trouver le bon bus et le bon arrêt de bus ! Pas facile tous ces noms islandais à rallonge. Surtout ne pas chercher à les prononcer… Après une courte nuit à l’hôtel, une navette gratuite de celui-ci nous amène à l’aéroport. Puis vol jusqu’à Paris et train jusqu’à Bordeaux. Arrivée prévue à vingt-et-une heures, le quatorze septembre…

La descente vers l’Islande a débuté, les nuages se rapprochent.

Pour déterminer notre itinéraire en kayak, il fallait tout d’abord savoir à quelle vitesse nous pouvons naviguer. Il semble que la vitesse moyenne soit entre cinq et sept kilomètre-heure. Comme nous étions partis sur trois à quatre heures de kayak par jour, une distance d’une vingtaine de kilomètres par jour semblait raisonnable. Grâce à deux cartes au 1/100 000e et à Google Earth, j’ai pu établir un itinéraire. Les cartes ont été commandées sur internet. Déterminer l’itinéraire, les points possibles de bivouac, les distances, les coordonnées des points m’a pris un certain nombre de soirées et de week-ends ! Au final, vingt-deux points sélectionnés pour différents scénarii, cent quatre-vingt dix kilomètres prévus. Des étapes d’une vingtaine de kilomètres, imprimées et tracées…

La couche nuageuse percée, l’océan et l’Islande s’offrent à nos yeux. Enfin, ce que l’aile ne cache pas…

Première bonne nouvelle, il ne pleut pas et il ne fait pas froid, treize degrés Celsius. La récupération des bagages se déroule sans problème. De mon plus bel anglais, j’essaie de faire comprendre à la grande blonde du guichet Flybus que je veux aller à l’aéroport de Reykjavik. Le prix est supérieur à ce que j’avais vu sur internet, mais nous montons tout de même dans le bus qui part quelques minutes après. Le bus est complet, avec beaucoup de jeunes. Arrivés à la gare routière, on nous oriente vers un minibus qui dessert l’aéroport et quelques hôtels. Ce qui explique le prix supérieur du ticket. Le trajet ne dure que quelques minutes. Ce minibus est une bénédiction car il nous évite de longues minutes de marche et une grave erreur : pour moi, l’aérogare était de l’autre côté de la piste !!! Faire quinze minutes de marche avec nos valises pour s’entendre dire que l’aérogare est de l’autre côté ne m’aurait pas fait rire du tout…

Midi, heure islandaise (moins deux par rapport à l’heure française). A l’aéroport Reykjavik Domestic. Après un sandwich et un yaourt, nous attendons notre vol, décalé à quatorze heures. L’aérogare est toute petite, quatre ou cinq guichets d’enregistrement, une petite cafétéria, un minuscule tapis de récupération de bagages. Deux ou trois vols par heure, pas plus, vers des destinations aux noms imprononçables…

Notre périple en kayak ne part pas de Narsarsuaq. Dès notre arrivée, nous chargeons toutes nos affaires sur un bateau qui nous amène à Narsaq, à cinquante kilomètres à l’ouest. Ensuite, direction l’inlandsis. Nous revenons en kayak à Narsarsuaq onze jours plus tard, en passant par Igaliku, un ancien village viking. Cent cinquante habitants à Narsarsuaq, mille cinq cents à Narsaq. Il y a deux heures de bateau entre Narsarsuaq et Narsaq. Jacky estime notre arrivée autour de dix-huit heures. Nous préférons ne pas dormir dans le port de Narsaq, mais comme le soleil se couche vers vingt heures, il va être difficile d’y échapper. Le problème sera de trouver un petit coin pour poser la tente. Le retard de notre avion ne va pas faciliter les choses. Une île se trouve à trois kilomètres en face de Narsaq. Y passer la nuit serait plus agréable.

Trouver de l’eau ne pose à priori aucun problème. Ruisseaux, lacs et glaçons ne manquent pas. Et l’eau y est pure. Par précaution, nous avons tout de même emmené des pastilles purificatrices. Pour le stockage de l’eau, nous utiliserons un bidon de quinze litres et deux bouteilles serviront à nous désaltérer sur le kayak et en randonnée.

Choisir notre nourriture nous a pris beaucoup de temps. Peu enthousiasmés par les plats préparés lyophilisés, nous avons choisi pâtes, riz, semoule, nouilles chinoises, flans rapides, gâteaux secs (les bons broyés du Poitou !) et chocolat. Pour le goûter du matin, des barres chocolatées et des fruits secs pour celui de l’après-midi. Enfin une bonne excuse pour se goinfrer de chocolat ! Nous avons préparé chaque repas en sachet individuel, même le petit déjeuner : cent grammes de céréales, lait et chocolat en poudre. Nous avons visé le côté pratique sur place. Au moment de faire les valises, la solution bouteilles plastiques nous a alors semblé plus judicieuse pour le rangement et la place prise ! Au final, près de trente kilogrammes de nourriture : trois kilogrammes de pâtes, un kilogramme et demi de riz et de semoule, deux kilogrammes de chocolat, 2 kilogrammes de céréales, trois kilogrammes de fruits secs, … Même si ce voyage est éprouvant physiquement, nous allons peut-être revenir avec quelques kilos en plus ! Et c’est ce qui explique les quatre-vingt kilogrammes de bagages que nous devons traîner pendant ces deux premiers jours…

Côté équipement, il a fallu partir de rien, ou presque. Une tente résistante, les vents pouvant parfois être forts, des sacs de couchage confortables même à des températures négatives, des matelas. Du matériel de camping, dont deux bols rétractables en silicone pour un gain de place. Pour les vêtements : pantalon et veste imperméables, pouvant servir aussi bien au ski qu’en randonnée  une polaire et quelques sous-vêtements chauds  des tee-shirts en polyester, le coton devant être évité. Quelques maillots de volley feront très bien l’affaire ! Gants et bonnet. Des chaussons et des gants en néoprène pour le kayak. Des chaussures de marche. Nos tenues de voyage feront office de tenues de rechange.

Les tenues étanches nous ont causé quelques soucis. Elles sont en effet indispensables pour le kayak dans une eau aussi froide. Elles permettent d’augmenter les chances de survie en cas de chute dans l’eau. Sans elles, l’espérance de vie dans une eau à deux ou trois degrés n’est que de trois minutes. Ce sont des combinaisons avec des manchons serrés au cou, aux poignets et aux chevilles, permettant une étanchéité totale. A sept cents euros minimum à l’achat, nous allons les louer à Jacky, c’est préférable pour notre budget. Surtout que c’est le genre d’équipement difficilement réutilisable dans un autre sport ou une autre activité.

Le téléphone portable et deux applications serviront de GPS. L’une d’elles permet même de sauvegarder le trajet effectué et de le voir sur Google Earth. Ce sera pour le retour et les souvenirs. Pour le charger, trois chargeurs solaires seront testés. Le troisième sera le bon. Il servira également pour notre lampe rechargeable par USB. Nous avons également deux petites lampes à dynamo et un chargeur de batteries d’appareil photo qui fonctionne lui aussi avec le chargeur solaire. En cas de panne de ces équipements modernes, il restera la boussole. Attention cependant à la déclinaison magnétique qui est d’une trentaine de degrés.

Un des buts de ce voyage est de faire de belles photos. Je n’ai pas emmené tout mon matériel, j’ai laissé à la maison mes vieux objectifs, moins performants. Je n’aurai donc que mon 50/2.8, mon 300/2.8 et mon doubleur X2. J’ai trouvé un sac étanche transparent pour prendre mon appareil avec moi sur le kayak. Sûrement plus pratique qu’un sac traditionnel opaque.

Pour transporter nos affaires dans les kayaks, nous abandonnons bien évidemment nos valises. Nous n’allons garder que le gros sac à dos pour la tente, les sacs de couchage et les matelas. Les repas seront répartis dans deux sacs. Et nous avons quatre sacs étanches : le transparent pour l’appareil photo et ce qui devra être à portée de main, deux pour les vêtements et le dernier pour le matériel. Un porte-cartes étanche servira pour les cartes, les documents imprimés et le téléphone/GPS.

13h00. L’aérogare et la cafétéria se sont remplies d’un coup. Une équipe sportive, un groupe de jeunes filles, beaucoup d’espagnols et quelques anglophones. Cela devient tout de suite bien plus bruyant… Notre vol apparaît enfin sur l’écran de l’un des guichets. Et la file d’attente remplit aussitôt la petite aérogare. Plusieurs groupes devant nous ont une discussion animée avec l’hôtesse. Nous sommes un peu loin pour comprendre mais nous espérons qu’il ne s’agit pas de problèmes de surpoids de bagages ! Au final, il semblerait que leur vol serait à seize heures et non pas à quatorze heures, pour la même destination… Nous sommes surpris par le peu de bagages que certains ont pour aller au Groenland. Surtout comparé à nous… L’appréhension de notre surcharge nous rend certainement méfiants et obnubilés par cette idée !

Après une longue attente, notre tour arrive. Opération truandage, acte II ! Poser la valise, la soutenir franchement pour que le compteur ne s’affole pas pendant que l’hôtesse colle le papier à la poignée, la lâcher au dernier moment et rapidement mettre la suivante sur le tapis. Encore une fois, cela se passe tranquillement, l’hôtesse ne semblait pas intéressée par le poids de nos trois bagages… Nous n’allons pas nous en plaindre. Tout s’est finalement bien passé de ce côté-là…

Nous nous dirigeons alors vers la porte B pour le contrôle douanier. Pour une fois dans un aéroport, l’appellation « porte » porte bien son nom ! Puisqu’il s’agit d’une simple porte, permettant d’entrer dans une toute petite pièce, largement encombrée par une unique machine de contrôle des bagages et des personnes. Cette formalité effectuée, l’attente se prolonge ensuite dans la petite salle d’embarquement. Et quand enfin nous embarquons, l’heure prévue de décollage est déjà passée… Cela n’arrange toujours pas nos projets pour la soirée… Pendant notre attente, le ciel s’est dégagé et l’air est doux, agréable. Au loin, les montagnes déchiquetées se découpent nettement sur l’horizon. Quelques nuages accrochent les plus hauts sommets. Dans cette atmosphère pure, la vue de l’Islande pendant le décollage est une merveille. Ce pays aux paysages si particuliers mérite vraiment d’être visité. Il faudra revenir…

Un repas léger nous est rapidement servi après le décollage. Petit changement dans nos habitudes, nous mangerons donc avant de dormir ! Nous n’avons pas très faim, mais avec les deux heures supplémentaires de décalage horaire, le dîner n’est pas pour tout de suite.

A notre arrivée, le programme s’annonce chargé. Récupérer nos bagages  se rendre au comptoir Blue Ice pour prendre les kayaks, les combinaisons étanches, le gaz pour le réchaud, une carte au 1/250 000e de l’ouest de Narsaq, le téléphone satellite que nous louons en cas de problème  payer tout cela  vider nos valises dans nos sacs (Jacky nous a proposé de garder nos valises)  charger le tout dans le bateau  se rendre à Narsaq  et décharger le tout une fois arrivés. Si tout se passe vite et bien, ce qui semble hautement improbable vu le retard accumulé, il sera peut-être possible de commencer à pagayer pour bivouaquer sur l’île en face de Narsaq. Sinon, c’est malheureusement l’installation pour la nuit dans le port…

Notre dernière inquiétude concerne la météo. La dernière regardée hier sur un site Internet danois juste avant le départ prévoyait une belle journée pour aujourd’hui avec une douzaine de degrés. Malheureusement le temps doit se couvrir rapidement en soirée avec de la pluie dans la nuit. Cette pluie doit continuer jusqu’à lundi midi, soit après-demain, le 5. Après, le ciel doit s’éclaircir mais les températures dégringolent : jusqu’à moins cinq degrés Celsius dans la nuit, le maximum dépassant à peine les cinq degrés Celsius… Mais de la pluie était prévue aujourd’hui en Islande et le temps clément que nous avons eu, nous pousse à l’optimisme. Malheureusement la vue par le hublot donne raison aux prévisionnistes… Que du blanc.

14h30, heure groenlandaise, nous quittons le niveau deux cent trente vers Narsarsuaq. Le commandant de bord annonce un temps couvert et huit degrés Celsius…

L’avion poursuit sa descente et pendant de longues minutes, tout est blanc à l’extérieur. Puis fugitivement, quelques taches de marron apparaissent entre le blanc des nuages et le blanc de la glace. Et soudain, le sol se jette sur nous, net, escarpé, mélange de terre, de roche, d’eau et de glace. L’avion vient de sortir de la couche nuageuse et le Groenland s’offre à nous. C’est un spectacle vraiment tourmenté, la montagne alterne avec le glacier. Celui-ci est strié, crevassé, teinté de gris et de marron. L’avion continue sa descente et s’enfonce même au milieu d’une vallée. Le bout des ailes est maintenant bien plus bas que les crêtes environnantes. Par mauvais temps, cela doit demander une bonne dose de confiance ! Le glacier prend fin. Là, il se jette directement dans la mer. Ici, il se transforme en rivière. Puis l’avion vole au-dessus de l’eau, s’en approche et finit par toucher le sol. Le freinage est violent, la piste est courte.

15h00. Quelques minutes seulement après le toucher des roues, nous posons enfin le pied sur le sol groenlandais. ENFIN !!! L’air est frais, pur, « ça sent la montagne ! ». Nous dévorons des sens ces premières impressions. La mer calme en arrière plan, entourée de montagnes abruptes. C’est vert, c’est silencieux. Nous voudrions profiter de ces premiers instants mais l’aérogare bleue nous attend, avec Narsarsuaq écrit en grosses lettres rouges juste sous la tour.

Les bagages sont rapidement récupérés et c’est le premier contact avec Blue Ice. Claus nous accueille et nous amène quelques minutes plus tard au café qui leur sert de bureau, à quelques dizaines de mètres de l’aéroport. Dans un français parfois hésitant, Jacky nous souhaite la bienvenue et nous enchaînons avec les modalités pratiques. Ils sont sans nouvelles d’un groupe qui devait arriver cet après-midi. A priori le mauvais temps. Et cela modifie notre programme et notre équipement : il n’a plus que deux kayaks ancien modèle à nous proposer, au lieu d’un récent et d’un ancien. Aucun problème, il y aura égalité des chances ! Mais surtout le départ pour Narsaq est reporté au lendemain matin… Départ à neuf heures, arrivée à Narsaq vers dix heures, ce qui fait un début d’aventure en kayak au plus tôt vers onze heures.

Cela chamboule considérablement nos plans pour cette première journée. Surtout que l’inversion de marée se produit vers midi, le courant devenant défavorable l’après-midi. De plus, la météo s’annonçant médiocre, il y aura donc beaucoup d’improvisation. Sur cette longue étape, j’avais prévu quatre autres lieux de bivouac possibles. Nous verrons sur le moment, difficile d’anticiper plus aujourd’hui…

Nous passons l’heure suivante à vider nos valises, remplir nos sacs, essayer les combinaisons étanches, trouver la carte qu’il nous manque (nous prenons finalement la dernière, dénichée au fond d’un tiroir, trouée et donc offerte !), essayer les bouteilles de gaz pour le réchaud avec notre embout. Il s’avère que les bouteilles neuves ne correspondent pas. Mais heureusement Jacky a tout un stock de bouteilles entamées laissées par des touristes, et parmi celles-ci, beaucoup fonctionnent avec notre matériel. Pour cent couronnes, quelques euros, nous repartons donc avec cinq bouteilles plus ou moins entamées, correspondant à peu près à deux neuves.

Après avoir réglé Jacky, nous partons dans son van en direction le port pour nous installer et voir les kayaks. Il nous indique un coin légèrement à l’écart pour planter la tente. Il nous montre également une source pour remplir nos bidons. Nous laissons nos affaires, « il n’y a pas de vol ici, on ne ferme même pas les maisons » et nous nous dirigeons vers leur local à matériel. Une ancienne cuve métallique cylindrique. Nous testons leurs nouvelles jupes sur les anciens kayaks. Elles ne vont pas et c’est seulement après son troisième aller-retour que Jacky trouve enfin des jupes adaptées. Et c’est en l’attendant durant ses trajets que nous remarquons l’absence d’iceberg dans ce fjord. Mais tout au fond, il y en a un certain nombre et certain semblent énormes. Malgré la distance, il nous est possible de distinguer des nuances de couleur, blanc, gris, bleu… Tout cela, c’est pour demain.

17h15. Jacky nous laisse avec notre nouvelle amie : la pluie… Heureusement pas très forte, mais elle nous fait accélérer le mouvement. Récupération des sacs et montage express de la tente. Nos affaires sont rapidement mises à l’abri. Nous bénissons notre choix d’avoir pris une tente assez grande et avec deux petites avancées. Tout notre matériel loge. Avant de nous mettre à l’abri, nous allons remplir nos bidons.

Et c’est quelque peu découragés et fatigués que nous commençons à aménager l’intérieur et à mieux trier nos affaires. De plus, à la vue des kayaks, nous avons toujours de gros doutes sur la possibilité de tout loger dans les compartiments étanches… Là aussi, il faudra attendre demain pour le savoir…

19h30. La luminosité baisse. Nos paupières aussi. Il pleut toujours, un peu plus fort même. Une envie naturelle qui commence à devenir pressante va nous pousser à bouger. Et il va falloir préparer le repas avant la nuit qui ne devrait pas tarder.

L’envie pressante effectuée, nous faisons un petit tour sur la « plage » de cailloux noirs et gris. C’est confirmé, le bain ne va pas être facile. L’eau n’est pas froide, elle est glaciale !

Nous avons vue sur le petit port de Narsarsuaq. Dans l’obscurité naissante et l’atmosphère grisâtre, un projecteur diffuse une triste lueur orangée qui se reflète sur l’eau calme du port. Sur la droite, au pied des montagnes, deux anciennes cuves métalliques cylindriques, dont une contient le matériel de Jacky, un grand hangar rouge, quelques containers et quelques véhicules. A l’abri de la jetée, deux petits pontons où sont amarrés une vingtaine de petits bateaux. Collés à la jetée, deux vedettes plus imposantes, rouge et blanche, et, le plus près de la sortie du port, un mignon bateau en bois rouge vif, avec un mat à l’avant et une voile carguée verticalement sur celui-ci.

De l’autre côté du fjord, là où la pente est moins marquée, quelques maisons encadrées de champs d’un vert plus clair que les reliefs environnantes, très escarpés.

Puis retour à la tente pour le dîner qui se termine à la lampe à vingt-et-une heures. Soupe, nouilles chinoises et quelques carrés de chocolat. C’est bon pour le moral. Allé, demain est un autre jour. Notre respiration fait de la vapeur, il doit faire trois ou quatre degrés Celsius. Bien au-dessus des moins deux degrés Celsius de la nuit dernière, comme nous l’a indiqué Jacky. Il me reste un peu de courage pour faire chauffer un peu d’eau pour me « doucher ». Ensuite direction le sac de couchage !

Première nuit au Groenland. J’en rêvais depuis des mois. C’est pour le moment un peu moins glamour et merveilleux qu’imaginé, mais cela va venir. A demain !

4 septembre – Dimanche

2h30. La pluie a cessé. Mais quelques coups de vent font trembler la tente. C’est tout de même curieux ces rafales au milieu de la nuit… Le sac de couchage tient toutes ses promesses, je n’ai absolument pas froid. Je suis même en sueur ! Du coup, j’enlève la capuche.

3h30. J’ai les oreilles et le front gelés, je remets la capuche. Dehors, seul le bruit de la source me parvient.

5h40. Le jour commence à poindre. La pluie fait son retour.

6h20. Il va falloir songer à bouger. Nous avons le temps avant 9 heures, mais tellement de choses à ranger. La pluie est toujours là… Les affaires à l’intérieur de la tente sont fraîches et humides, la lampe accrochée au « plafond » est couverte de buée.

Mais nous l’avons fait ! Dormir sous la tente au Groenland sous la pluie avec une température proche de zéro degré Celsius… Drôle d’idée, drôle de voyage !

C’est la troisième araignée que je tue. De belles bêtes en plus ! Dommage qu’elles ne soient pas comestibles. Finalement ce lieu a un petit air de pays tropical…

J’adore la façon de ranger le sac de couchage, de ne pas le plier… Il suffit de le rentrer « en vrac » dans son sac de compression, d’appuyer fort pour le tasser et de tendre à fond les sangles pour le comprimer. Ne pas le plier correctement et toujours de la même façon évite les plis dans l’insolant au même endroit. Et par conséquent les pertes de chaleur.

7h00. C’est l’heure du petit-déjeuner. Même s’il pleut encore, la vue est plus dégagée qu’hier soir. Il ne fait pas si froid que ça, même si perdre trente degrés Celsius en une journée laisse des traces…

7h30. La pluie s’est arrêtée. Cette bonne nouvelle nous permet de prendre le petit-déjeuner dehors. Et c’est beaucoup plus agréable pour plier bagages. Notre premier iceberg ! Tout seul au milieu du fjord, il profite de la marée montante pour progresser paresseusement… Tout au loin, ses frères continuent à défiler. Ils proviennent du Qôroq, un fjord particulièrement soi-disant prolifique en glaçons. Nous y passerons à notre retour.

8h00. Nous rangeons nos affaires. Le départ est prévu dans une heure. Largement le temps pour quelques photos sombres. Il ne pleut plus du tout, mais un petit vent frais nous fait supporter polaire, bonnet et gants.

9h00. C’est l’heure du départ. Nous sommes prêts et nous portons nos sacs sur la jetée près des bateaux. Claus arrive pendant ce temps avec les kayaks. Nous embarquons sur le second bateau avec trois autres passagers. C’est une des vedettes que nous voyions hier depuis la tente. Il n’y a qu’une seule cabine sans séparation entre la douzaine de sièges et le poste de pilotage avec sa barre, sa manette des gaz et les divers instruments de navigation et de communication. L’eau du port est magnifique même sans le soleil, bleue-verte limpide… Cela donne envie d’y piquer une tête !

Jacky vient nous saluer et nous informer que la météo doit s’améliorer, seul un petit vent d’Est s’est levé et risque de rendre la navigation moins agréable. Nous lui rappelons qu’il doit nous donner les combinaisons étanches et les gilets de sauvetage qu’il avait gardé dans son van. Heureusement que nous y avons pensé, cela peut s’avérer utile !

Le petit bateau sort du port et accélère rapidement. Il laisse derrière lui une trace blanche bouillonnante. Deux vagues roulent et s’écartent symétriquement après notre passage. La trace laissée est nette sur la surface du fjord, à peine troublée par un léger vent. Le petit drapeau groenlandais à la poupe claque joyeusement dans le vent. En nous retournant, nous apercevons l’aéroport de Narsarsuaq, sa tour de contrôle et son aérogare bleues, ses différents hangars, sa piste en pente qui se termine juste avant le rivage et les quelques maisons et bâtiments colorés qui l’entourent.

Nous traversons le fjord pour débarquer les autres passagers dans le petit village qui fait face à Narsarsuaq. Le débarcadère est occupé par le petit cargo à la coque bordeaux et à la cheminée bleue, que nous avons vu passer plus tôt ce matin. Il ravitaille le village en carburant et un long tuyau relie sa poupe à un petit bâtiment. Le débarquement s’effectue donc directement sur les rochers. Avec une grande maîtrise et malgré les remous, Claus maintient son bateau à quelques centimètres du bord, sans le toucher, et les passagers n’ont qu’à enjamber le bastingage pour nous quitter.

Le débarquement ne dure que quelques secondes et nous repartons.

Nous quittons le fjord de Narsarsuaq et virons à droite pour rejoindre le fjord plus large qui mène à Narsaq. La mer est maintenant un peu plus agitée.

Nous croisons de loin quelques icebergs, dont certains sont impressionnants. Claus, aux commandes, semble bien prendre garde de ne pas s’en approcher, même des petits. Leurs couleurs varient du blanc éclatant au bleu turquoise.

Comme avec les nuages, on peut s’amuser à trouver certaines formes aux icebergs. Ceux-ci sont de toutes tailles et de toutes formes, plats, lisses, découpés, etc.

Les côtes sont parfois très escarpées, coupées de ruisseaux et de cascades. Certaines strates géologiques sont bien visibles, inclinées ou parfois bien horizontales. La couleur dominante est tout de même le vert. Le nom de Groenland donné à ce pays s’explique. Ça et là, quelques moutons sur une petite prairie plane.

Le trait blanc d’un ruisseau serpente au milieu de roches grises. Arrivé au-dessus d’une immense grotte, il chute verticalement sur plusieurs dizaines de mètres et s’éparpille dans le vent avant que ses gouttes ne viennent s’écraser en d’innombrables éclaboussures sur un lit de pierres grises. Reformé quelques mètres plus bas, il reprend son trajet ondulé vers la mer.

Je reconnais certains lieux vus sur Google Earth. Autant sur l’écran le relief manque, autant il est ici omniprésent. Les lieux de bivouac possibles ne sont pas légion…

La neige est présente sur les plus hauts reliefs. Signe que l’hiver approche ?

Par endroit, la roche n’est plus noire mais rouge-ocre, voire un peu rose. Certains rochers sont même verts ! C’est par moment un sacré mélange de couleurs ! Le responsable de la décoration devait avoir bu…

A mi-chemin de Narsaq, la pluie refait son apparition et vient s’écraser en fines gouttes sur le pare-brise du bateau. Le plafond est plus bas également, les sommets sont accrochés. Les glaçons se font beaucoup plus rares.

Un village isolé au pied d’une haute montagne. Cinq maisons éparpillées. Un tracteur à côté d’une large parabole.

Narsaq est en vue. La pluie ne faiblit pas, au contraire… Allé, je range l’appareil photo, le carnet et le stylo, il est kayak moins peu !

Et là, c’est le drame…

Une fois arrivés au port de Narsaq, nous déchargeons bagages et kayaks, le tout sous une pluie battante. Nous nous installons à l’abri de la station service du port. Et maintenant il faut réussir l’exploit de tout faire rentrer dans les compartiments étanches de nos embarcations. Les autres groupes dont nous avions lu les récits sur internet s’étaient extasiés des possibilités de chargement des kayaks. Manifestement, nous n’avons pas eu les mêmes… Les deux compartiments avant sont rapidement remplis par la nourriture. Il ne reste que les arrières pour tout le reste.

Deux espagnols, sympathiques mais légèrement moqueurs sont à côté de nous et nous regardent nous battre avec nos kayaks. L’un d’eux nous prend en photo et ne peut s’empêcher de nous conseiller de bien remplir jusqu’au fond des compartiments. Sans blagues ?! Il devient rapidement évident que le sac à dos, même s’il entre dans un compartiment, prend trop de place et empêche de ranger autre chose dans ce compartiment. Il va donc falloir s’en séparer. Dommage pour les randonnées… Nous le donnons à Claus juste avant que celui-ci ne reparte. Il ira tenir compagnie à nos valises.

Une bonne heure plus tard, c’est avec une immense satisfaction et une non moins immense fierté que nous fermons le dernier compartiment. Tout est entré ! Certes il a fallu tricher un peu, mais c’est réussi. En effet, nous avons chacun un sac étanche entre nos pieds, coincé au bout de l’habitacle… Nous nous sommes changés et nous avons découvert la difficulté d’enfiler nos combinaisons étanches. Ainsi que leur fraîcheur…

Etape suivante, mettre les kayaks à l’eau. Première difficulté : les porter chargés. Car ils sont devenus extrêmement lourds avec les trente ou quarante kilogrammes supplémentaires ! Tant bien que mal, nous parvenons à les traîner jusqu’à un petit escalier en béton qui va jusqu’à l’eau. En descendant le premier kayak, une petite poussée inopportune au moment où je négociais une marche abîmée manque de très peu de me faire goûter à cette eau si limpide… Mais si froide…

Une fois les kayaks à l’eau, il faut maintenant y grimper. En m’aidant des rochers, je me lance en premier. Et j’essaie d’appliquer la méthode décrite dans les manuels. La pagaie derrière l’hiloire (le trou où l’on se met), la main bien au milieu en tenant la pagaie qui est en appui sur les rochers. Puis il faut s’asseoir sur l’arrière de l’hiloire et, en dernier, entrer les jambes à l’intérieur. Et cela fonctionne ! Attacher la jupe n’est pas évident du tout.

Mais après quelques minutes d’efforts, nous voilà assis dans nos kayaks, prêts à affronter la mer, les icebergs et la pluie. Il est onze heures trente environ, la mâtinée est bien plus qu’entamée. Nous donnons nos premiers coups de pagaie… Et c’est à ce moment bien mal choisi qu’un Narsarsaquois nous interpelle. Bien mal choisi en effet car il est difficile de se retourner en kayak. Surtout avec une capuche sur la tête… Du coup, il faut faire demi-tour à l’ensemble. Avec grâce et aisance bien entendu… Le monsieur nous interroge sur notre destination et semble inquiet de nous voir partir. Il nous annonce qu’un vent de huit miles de l’est est prévu. Sa manière de le dire donne l’impression que c’est terrible, mais cela ne me semble pas si catastrophique. A moins que j’ai mal compris son anglais. Je le remercie de l’information et je lui dis que nous n’allons pas loin, juste en face. S’il pensait nous faire sortir de l’eau et tout décharger pour camper à Narsaq, c’est hors de question ! Surtout après tous ces efforts.

Et nous voilà partis. Mes premières impressions du kayak sont mitigées. Il n’a pas l’air stable et oscille d’un rien. Peut-être un manque d’habitude. En revanche, il semble très manœuvrable et réagit très bien à la pagaie. Il se dirige très facilement. Malheureusement, mon point de vue ne semble pas du tout unanime… Effectivement l’autre kayak apparaît plus rebelle et n’est absolument pas d’accord avec le principe qui dit que le chemin le plus court est la ligne droite… Tourner en rond semble même être son but dans la vie… Quelques conseils sur la façon de pagayer, quelques propositions de changer quelque chose, la manière de se tenir, de tenir la pagaie, etc. Mais rien n’y fait, la seule réponse est un regard empli de désarroi. A chaque fois que je me retourne, le kayak violet a un cap franchement divergent du mien et donc de la route prévue.

Du coup, je pagaie une minute sur deux, pour attendre ma camarade d’infortune. J’ai bien envie d’exploser, mais je me retiens, pas certain que ce soit très utile. Je doute d’arriver à me faire entendre de ce morceau de plastique violet.

Nous parvenons tout de même à quitter le port. Nous longeons la côte et passons devant toute la ville de Narsaq et ses maisons de toutes les couleurs, rouge, bleu, vert, jaune. Les habitations sont éparpillées sur la faible pente, au pied d’une haute montagne au sommet enneigé et embrumé.

Au bout d’une heure, un coup d’œil au GPS confirme ce que je pressentais. Nous n’avançons pas : trois kilomètres et demi. Adieu les vingt kilomètres aujourd’hui. Nous sommes au milieu du fjord. Allé, il faut continuer, on ne sait jamais, cela peut s’améliorer… On peut toujours rêver.

J’avais prévu plusieurs points de bivouac possibles pour notre premier jour. A cette vitesse, je ne sais même pas si nous allons pouvoir atteindre le premier. C’est mort pour aujourd’hui, mais il va falloir que cela s’arrange dès demain. Sinon c’est la fin du rêve… Demain, c’est moi qui materai ce kayak violet rebelle.

L’avantage de cette avancée alternative et lente, c’est que j’ai largement le temps de profiter du spectacle. Et malgré la pluie et le plafond bas, c’est magnifique. Magique !

L’inconvénient, c’est que, un bonheur venant rarement seul, je me rends aussi compte que le courant et vent, même s’il est faible et pas franchement d’est, sont bien contre nous.

Et soudain, un coup de feu, de la droite… Pas de panique, nous étions prévenus, ce sont les glaçons qui craquent. Comme ceux du Ricard sur la terrasse l’été. Mais en plus fort, en plus grand. Et le savoir n’empêche pas de sursauter ! Quelques secondes plus tard, cela vient encore du même endroit, mais l’iceberg a cette fois-ci sorti l’artillerie lourde et un gros morceau tombe bruyamment à la mer. Ce n’est décidément pas un lieu pour les cardiaques !

Les icebergs sont assez nombreux (même si nous manquons de références) et de tailles, de formes et de couleurs complètement différentes. Leurs contours sont en même temps découpés et arrondis par les éléments. Certains sont énormes, gigantesques, impressionnants. Je ne pensais pas en voir d’aussi gros. Je passe d’ailleurs prudemment à une certaine distance du premier de ces monstres que nous croisons. Surtout qu’il est coupé en son milieu d’une belle faille… D’un autre côté, une grosse vague nous ferait peut-être avancer plus vite… Sa surface est lisse et faiblement ondulée, ses bords sont tout en lignes brisées avec plusieurs fissures apparentes et sa base est creusée. L’effet des éléments : la pluie et le vent lissent la surface supérieure et la mer creuse la base. Les bords portent les stigmates des blocs qui se détachent. Il y en a aussi de tous petits, taillés par les éléments en d’improbables formes. Certains affleurent à peine à la surface et ne se voient qu’au dernier moment. Certains sont d’un bleu éclatant. Sur l’un d’eux, une forme noire est juchée tout en haut, minuscule. Un oiseau sûrement.

A la faveur d’une accalmie, je tente quelques photos. J’arrive à sortir l’appareil du sac étanche coincé devant moi. Et à l’y remettre. Ces photos ne seront certainement pas les plus belles, c’est si sombre et gris. Sur le kayak, prendre une photo est toute une histoire. Il faut poser la pagaie, enlever les gants, mettre un coup de rame pour garder l’axe et ne pas tourner le dos à l’objet de la photo, ouvrir le sac étanche, dérouler le haut du sac étanche, mettre un autre coup de rame, s’essuyer les mains, prendre l’appareil, enlever le cache, allumer l’appareil et le régler, mettre encore quelques coups de rame car le kayak a viré de bord, prendre la photo ou plutôt essayer de prendre la photo dans ces conditions oscillantes, puis éteindre l’appareil, mettre le cache, ranger l’appareil dans le sac étanche, rouler le haut de celui-ci, le fermer, remettre les gants froids et humides et enfin reprendre la pagaie pour repartir.

Au bout de deux heures, c’est confirmé, nous nous traînons lamentablement. La moyenne est confirmée à trois kilomètre-heure et demi. Le fjord est (enfin) traversé mais la côte est rocailleuse, difficilement abordable. Mon premier point de bivouac est derrière un cap, à peut-être deux kilomètres devant nous. Il est déjà treize heures trente, même si je n’ai pas faim. Il va falloir tenter autre chose. Je sors la corde du sac étanche (quelle bonne initiative !) et pendant que je me bats avec tous les nœuds, nous nous rendons bien compte de l’effet du courant qui nous fait reculer de plusieurs dizaines de mètres en quelques minutes. J’arrive néanmoins à accrocher les deux kayaks. Et c’est parti pour une bonne séance de musculation des bras. Cela pique un peu les muscles et c’est toujours de la petite vitesse, mais cela semble tout de même un peu plus efficace.

Après de longues minutes d’efforts, nous parvenons dans la petite baie. Par beau temps, elle doit être magnifique et calme. Un gros iceberg trône en son milieu. Soulagés, mais transis de froid… Les gants sont trempés, mais ils l’ont rapidement été et il est difficile de dire si les sous-vêtements sont mouillés ou si cette impression est seulement due au froid. Nous nous échouons sur une petite plage de cailloux, non sans avoir hésité quelques minutes sur le choix du lieu d’abordage.

Je sors du kayak et l’eau glaciale agresse joyeusement mes pieds qui étaient jusque là relativement au sec et au chaud. Sensation vaguement désagréable… Il faut ensuite remonter les kayaks pour éviter une bonne blague de la marée montante. En les déplaçant, je les examine pour voir si nos difficultés ne viennent pas d’un problème matériel. Et l’explication arrive rapidement : contrairement à son camarade bleu, notre ami le kayak violet n’a pas de dérive… CQFD… Merci du cadeau ! Nous verrons demain si j’arrive à naviguer avec. Enfin si nous ne mourrons pas noyés cette nuit.

Et comme la pluie ne cesse pas, il faut monter la tente. Notre abri installé, nous déchargeons ce dont nous avons besoin pour la nuit et nous le mettons à l’abri. Et enfin, il faut se jeter à l’eau : quitter la combinaison étanche sous la pluie et se jeter sur nos vêtements secs sous la tente.

16h00. Une fois habillés et un peu réchauffés, il est grand temps de déjeuner ! Ce sera jambon de Bayonne et pâtes avec gruyère et sauces. Un peu de chocolat en dessert… Cela fait malgré tout un bien fou. Avec ce qu’il tombe, la vaisselle se fera toute seule… La ballade prévue pour la fin d’après-midi s’éloigne, la pluie s’accentuant. Le vent se lève également. Triste météo, une impression de Toussaint…

J’éteins mon téléphone, son utilisation en GPS ce matin l’ayant bien déchargé. Et pas question de penser au chargeur solaire avec une luminosité aussi faible. Il reste la batterie d’appoint du chargeur solaire, remplie avant le départ pour recharger le téléphone.

Le temps file au rythme du martèlement de la pluie sur la tente. Comme on dit, cela pourrait être pire, la tente pourrait fuir… Ce n’est pas le cas, même si la toile intérieure brille d’humidité. Le vent souffle de plus en plus fort, la tente commence à bouger beaucoup. Je vais aller vérifier la tension des cordes et des attaches. Il ne faudrait pas que les deux toiles se touchent. Dehors, c’est de plus en plus sombre, difficile d’estimer l’heure. Et la visibilité a bien chuté. Merci Jacky pour ta prévision de beau temps.

D’ailleurs le choix de l’emplacement pour installer la tente a été difficile à fixer. Le terrain où nous sommes est plat, mais gorgé d’eau. Et rare sont les endroits qui ne sont pas détrempés… En espérant que celui-ci ne le devienne pas.

Mission effectuée : les cordes et les attaches sont retendues. Je profite de ma présence dehors pour aller remplir le bidon d’eau. J’avais vu tout à l’heure une petite chute d’eau tombant dans la mer pas loin de la tente. Je m’y rends donc mais je trouve l’eau un peu verte… Je me souviens alors qu’en arrivant en kayak, j’avais aperçu un torrent un peu plus haut dans la montagne. Je décide donc de m’y rendre, cela me fera une petite balade. Sauf qu’après trois heures de kayak sans manger, je ne devais pas avoir la même notion du « pas loin » que maintenant ! De plus, la progression est rendue difficile par le sol spongieux et la maigre végétation qui, à chaque pas, peuvent cacher un piège humide. Cette végétation se compose de mousses, de quelques fleurs, d’un peu d’herbe et de maigres arbustes ne dépassant pas les dix centimètres de haut.

Je parviens enfin à la source… Qui me semble toujours aussi verte. Tant pis, je remplis le bidon, nous ajouterons des pastilles. En me retournant, je découvre un très beau paysage. Un petit lac est juste au-dessous de moi. Avec la perspective, il apparaît juste devant la mer et ses icebergs, presque comme s’il s’y jetait. Magnifique ! Et cela doit être encore plus beau l’été… Ah, nous y sommes encore ?...

Retour à la tente. La luminosité diminue rapidement, le soleil doit se coucher. Si, forcément, mais loin et bien caché par les nuages…

Le terrain est une vraie éponge, j’espère que ce n’est pas partout pareil ailleurs. Encore une fois, je me félicite d’avoir choisi du bon matériel. Mes chaussures, comme mon pantalon et ma veste sont parfaitement imperméables. Enfin pour le moment… Comme quoi, il faut parfois y mettre le prix.

En passant près de la mer, nous nous rendons bien compte qu’elle est transparente, même sans le soleil. Elle semble si pure. Un peu à l’image du Tarn dans les gorges du même nom. Les touristes en moins…

Retour au sec et au « chaud ». Même si la température est plus élevée à l’intérieur, nous sentons bien les courants d’air froid passant par les petites ouvertures du toit. Après réflexion, quand nous installons la tente, ce sont peut-être ces petites ouvertures qu’il ne faut pas mettre face au vent…

Hormis le claquement des gouttes sur la tente, le silence est de temps en temps troublé par un grondement sourd, au loin, comme un orage. Mais depuis le début avec cette pluie, nous n’avons pas vraiment pu profiter du silence.

La nuit est tombée, nous allumons la lampe. Belle trouvaille cette petite lampe d’ailleurs ! Je n’ai absolument pas faim. Au lit peut-être ? En priant pour que la pluie s’arrête…

5 septembre – Lundi

C’est la rentrée ! Une grosse pensée pour Vincent et Pauline. Et pour tous ceux qui reprennent le chemin de l’école ou du travail. On doit un peu parler de nous au bureau !

La pluie s’est arrêtée pendant la nuit. Pour reprendre de plus belle à l’aube… Ce n’est pas bon pour le moral et pour l’envie de mettre le nez dehors… Nous avons pourtant une très belle vue sur la baie depuis notre tente. Nous n’avons même pas pris une photo du site…

Réveil difficile. Mal au dos, épaule douloureuse. Le haut de mon sac de couchage est trempé, couvert de gouttes d’eau. Fuite de la tente ? Je n’en ai pas l’impression. Condensation ? Plus vraisemblable. Heureusement l’eau n’a pas traversé. Je l’essuie consciencieusement avec une serviette humide. Tout est humide de toute façon.

Le plus difficile est d’imaginer devoir mettre les combinaisons étanches qui doivent être au mieux gelées, au pire gelées et mouillées. J’opte plutôt pour la seconde hypothèse.

Allé, un peu de courage, il faut sortir du sac de couchage et préparer le petit déjeuner.

Dès qu’il pleut, tout est pénible, long et désagréable. Encore une fois, le petit déjeuner est pris dans la tente. Et tout se fait dans la tente, assis, accroupis, allongés. Nous essayons d’optimiser les façons de procéder pour éviter au maximum de mouiller toutes les affaires. Il faut tout ranger et tout plier, puis c’est l’épreuve d’enfiler les combinaisons. Comme prévu, c’est froid et humide pour ne pas dire gelé et trempé. Je m’attendais à pire, les premiers instants sont difficiles au contact de la matière synthétique glaciale, mais avec la chaleur du corps, cela devient rapidement supportable. Enfin tant que l’on reste en mouvement. Puis nous plions la tente, trempée elle aussi. Et nous avons toutes les peines du monde à tout caser dans les kayaks…

Le gros iceberg est toujours au milieu de la baie, comme immobile malgré les marées. Peut-être est-il échoué au fond ?

9h00. Nous sommes prêts à partir. La luminosité est très faible, le ciel est gris et bas, le vent souffle, d’est cette fois, et bien sûr, il pleut… Et il reste à savoir si je vais réussir à dompter ce maudit kayak violet sans dérive. Les premières impressions sont positives tellement je m’attendais au pire. Il est dirigeable, même s’il a une nette tendance à se mettre face au vent ou au courant. Ou les deux. Ou peut-être a-t-il pour unique but de se tourner à l’opposé du cap que je veux suivre… Alors nous partons. Et c’est bien difficile, surtout lorsque nous quittons l’abri relatif de la baie. La mer est alors bien formée. La houle nous frappe, d’abord de face puis de côté lorsque nous virons à gauche pour rejoindre et traverser le large fjord. Nous distinguons à peine l’autre rive. La progression est difficile, il faut tirer fort sur les bras pour un modeste résultat. Seul point positif, le vent nous aide.

Malheureusement, le verdict tombe au bout d’une heure : seulement quatre kilomètres et demi. Comme prévu, le courant de marée nous ralentit considérablement.

Au loin une lumière blafarde, au ras de l’eau, presque inquiétante. Un point blanc lumineux au milieu d’un monde de gris. Un bateau de pêche qui remonte lentement le fjord finit par sortir de la brume.

La lutte contre les éléments est laborieuse et le plaisir mince, voire inexistant. Nous prenons à peine le temps d’admirer les icebergs, tellement concentrés sur nos rames et le point à atteindre. Nous faisons tout de même une pause pour prendre un goûter bien mérité.

Contrairement à hier, j’ai froid aux jambes et aux pieds. Et comme j’ai l’impression que mon kayak s’est enfoncé et est maintenant très bas sur l’océan, je ne vois qu’une solution : j’ai embarqué de l’eau. Je remue les jambes et le bruit liquide m’en confirme la présence. J’enlève le devant de la jupe, il y a deux phalanges d’eau. Rien pour écoper bien sûr et la côte est inabordable, escarpée… Bon, il faut donc poursuivre comme cela et surveiller si cela s’aggrave. Ma jupe ne doit pas être complètement étanche. Moralité bien connue des aviateurs : la confiance n’exclut pas le contrôle et contrôler son matériel évite parfois bien des soucis…

Au bout de deux heures de galère, nous bifurquons à droite dans un fjord plus petit. Maintenant abrités du vent, nous naviguons sur une mer bien plus calme. Et cette fois, le courant nous pousse.

Quelques minutes plus tard et en quelques secondes, tout devient surréaliste. Le vent est complètement tombé. Tout comme le plafond. La brume et le silence nous entourent, nous encerclent, nous oppressent. Tout devient entre gris et blanc. Même la mer prend une tente laiteuse. Mais quel plaisir de pagayer sur une mer aussi calme, aussi plate. Quelle joie de glisser dans ces deux mondes liquide et gazeux, maintenant si semblables et même confondus à leur jonction. La moyenne s’en ressent et grimpe tout doucement.

Ce matin, je ne nous ai pas fixés d’objectif pour le bivouac. Il y avait tellement de facteurs pénalisants : le kayak, la météo, la marée contre… Le point le plus loin est le bivouac prévu à l’origine, mais il est loin, sûrement plus de vingt-cinq kilomètres. Nous ferons donc notre possible et nous nous poserons où nous pourrons. Le problème, c’est que depuis le début, je n’ai vu aucun point susceptible de nous accueillir. Ce ne sont que falaises abruptes entrecoupées de violents ruisseaux aux cascades bruyantes…

Alors nous pagayons et poursuivons notre route. Après la partie laiteuse située entre deux îles, nous tournons à gauche vers une passe. En la rejoignant, nous quittons par la même occasion la brume et son ambiance si particulière. Au bout de ce bras de mer se trouve le bivouac prévu. Mais il est long et le courant est contre. J’ai l’impression que contre le bord, le courant est inversé, comme cela arrive parfois dans les rivières où au bord, l’eau va à contre-courant et remonte. Et c’est bien le cas. Je me colle donc au ras des rochers. Là encore, aucun bivouac possible, aucun lieu possible d’accostage et encore moins de parties planes sur ces pentes raides. Le temps se lève petit à petit, il fait plus clair, les sommets apparaissent.

Nous poursuivons notre route, la fatigue et la faim commencent à nous envahir. Le petit déjeuner et le goûter sont loin.

13h00. Un miracle : la pluie cesse. Mais ce bras de mer n’en finit pas. Nous apercevons notre cible. Mais c’est encore loin. Et toujours pas de halte possible, aucun endroit pour poser la tente.

14h00. Nous rejoignons un autre fjord qui vient de la gauche. A droite nous découvrons l’inlandsis, loin, entre deux montagnes. Mais nous sommes surtout obnubilés par ce fjord à traverser et trouver la minuscule passe qui va nous permettre de rejoindre une petite baie et notre lieu de bivouac. Les bras, les épaules et le dos sont très douloureux.

Grâce à la carte, je vois où se trouve l’entrée de la baie. Je m’y rends. Raté, ce n’est qu’une crique. Où se trouve donc cette minuscule passe ? À gauche, à droite ? Un nouvel examen de la carte me fait choisir la droite. J’espère ne pas me tromper… Oui, elle est bien là ! Mais la marée descend et le courant est contre. C’est bien visible au point le plus étroit de la passe où il devient plus fort. Cet obstacle passé avec vigueur, il ne reste plus qu’à traverser cette dernière baie. Le lieu a l’air enchanteur… Les dernières centaines de mètres se font au mental, à l’énergie… Enfin arrivés… Un coup d’œil au GPS : près de vingt-sept kilomètres en cinq heures et vingt minutes. Presque cinq kilomètre-heure de moyenne. Mais avec quelles conditions ! Et le courant presque toujours de face. Mais nous l’avons fait, nous avons rattrapé notre retard…

Pas le temps de s’apitoyer, il faut sortir de cette baignoire. Et une envie pressante me rattrape instantanément. Tant pis, c’est trop urgent, ce sera dans la mer. Quelques secondes à se battre avec la combinaison étanche, puis une trentaine d’autres à se soulager, et cela va mieux.

Puis c’est le rituel du déchargement. Il tombe encore quelques gouttes mais pas suffisamment pour nous empêcher de manger dehors. Cette fois, la tente attendra. Le riz et le bacon font un bien fou. Je me défoule aussi sur le broyé, presque un grand à moi tout seul… Toute cette activité physique dans cette froide ambiance creuse l’estomac !

Le site a déjà été occupé. Légèrement sur la gauche de la plage et à quelques mètres au-dessus de l’eau, une petite aire herbeuse relativement plane a servi de campement. Il y a quelques traces. Un grand bac en plastique est abandonné dans l’herbe… C’est triste dans un lieu comme celui-ci. Des coquilles de moules, des rectangles d’herbe écrasée, quelques pierres alignées. Mais cet endroit est abrité du vent. Nous nous y installons également. Nous montons la tente. Elle est trempée. Un petit vent souffle. Il va faire du bien et sécher nos affaires. Nous ouvrons en grand la tente et nous déplions matelas et sacs de couchage. Nos affaires de kayak sont étalées sur la plage de galets.

Puis il est temps de prendre des photos. Enfin ! Cet endroit est magnifique. Indescriptible. Une petite baie d’eau verte et transparente entourée de hautes montagnes, vertes elles aussi. Quelques torrents dévalent celles-ci dans un sacré vacarme. Nous avons aussi choisi notre emplacement pour échapper au bruit !

De la tente, nous avons une vue imprenable sur la baie. Juste sur notre droite, une toute petite plage de cailloux gris avec quelques plaques d’algues jaunes. Devant cette plage, l’eau est parfaitement lisse, transparente et d’un vert profond. Au-delà, la falaise trempe directement dans la mer et s’y reflète à la perfection. La roche est noire, grise et rose avec les taches vertes de la végétation qui se développe sur la moindre zone relativement plane. A l’exception de la minuscule passe, la baie est enserrée par ce relief, mi-roche, mi-herbe. Sur la gauche, celui-ci est plus élevé. A ses pieds, la pente plus douce se transforme en prairie. Deux filets d’eau, plus cascades que torrents, forment deux lignes brisées claires qui s’élancent du sommet pour finir dans la baie.

Nos kayaks sont posés sur une grande plage de galets clairs, à dominante gris, blanc et rose. Derrière, une piscine de sable fin se vide doucement dans la baie avec la marée descendante. Avec du soleil et quelques (dizaines de) degrés de plus, s’y plonger devrait être agréable !

Comme un V coupant la ligne de crête, un creux dans les sommets derrière nous semble accessible par un lit de torrent presque asséché et rempli de gros cailloux, certains arrondis à la perfection. On dirait des œufs, des œufs de toutes tailles… Ce creux, creusé par l’action de l’eau, devrait nous permettre de passer derrière les crêtes et apercevoir l’inlandsis.

Juste à sa gauche, un autre torrent, loin d’être asséché, tombe bruyamment du relief abrupt en une succession de petites cascades. Après ces chutes violentes, il court joyeusement entre de gros cailloux avant de terminer langoureusement son chemin au milieu de l’herbe verte à quelques mètres de la tente. Ce sera notre approvisionnement en eau douce, fraîche et pure.

Et nous grimpons, difficilement car ces cailloux sont parfois instables. C’est un sol parfaitement inégal, inadapté à la marche. Plus qu’un sol, c’est un empilement de pierres de toutes tailles et de toutes les couleurs. La chute est parfois proche, lorsqu’un rocher se dérobe sous notre poids. Nous nous rendons bien compte du pouvoir destructeur de l’eau. La montagne est littéralement creusée, déchirée.

Puis, à ce qui semble être le col, nous découvrons une petite mare, d’une incroyable limpidité… Juste derrière elle, le ciel se dégage et le soleil fait son apparition. Leurs reflets sont vifs et nets dans la mare, ajoutant une petite touche de féerie à ce paysage déjà somptueux. Et pour compléter cette vue magnifique, nous découvrons en baissant les yeux un nouveau fjord encombré de glaçons. L’inlandsis est proche. Ce fjord est notre destination de demain.

Nous ne pouvons résister à la tentation de poursuivre et nous descendons vers l’eau. Le col s’ouvre en une large vallée qui est un lit de rivière, là encore presque asséchée. Au printemps, l’eau doit couler à flots. Le sol est jonché de galets de toutes tailles, aux formes arrondies, souvent parfaitement ronds. Les couleurs sont également variées : blanc, gris, rose, vert, rouge… De la végétation émerge timidement, un peu de mousse, quelques plantes et également quelques fleurs. Certaines ont des feuilles rigides en forme de coupe qui retiennent les gouttes d’eau. C’est d’une beauté à couper le souffle. A moins que ce ne soit l’effort…

Il nous semble possible de progresser sur la droite pour nous approcher encore plus près de l’inlandsis. Le relief est accidenté mais pas excessivement pentu. Mais nous n’avons malheureusement pas le temps d’essayer. Nous nous contenterons de la plage située juste devant nous.

Arrivés en bas, l’inlandsis est bien sur notre droite. En face, une plage. Cela doit être le bivouac prévu pour le lendemain.

Un craquement sourd, mais sonore. Comme la foudre. Des dizaines d’oiseaux s’enfuient en même temps et en criant. Bien qu’ils soient sur la rive opposée, nous les entendons distinctement et cela fait un vrai vacarme.

Quelques photos en profitant du soleil. Mais celui-ci baisse, il est temps de rentrer. Le retour sera finalement plus rapide et moins difficile que prévu.

Nous vidons les kayaks et récupérons le linge étendu un peu partout.

Même si nous n’avons pas très faim, nous préparons le dîner car nous avons prévu un petit extra. Les coquilles de moule vides laissent à penser qu’il doit y en avoir des pleines dans la mer. Et comme celle-ci baisse, il se peut tout à fait que des moules bien fraîches soient à portée de nos mains et de nos estomacs. Quelques branches, deux allume-barbecue et le feu est lancé, malgré le bois humide. Une grille qui traînait est ramassée, installée entre deux pierres et les moules cuisent sur ce barbecue improvisé. Quelques minutes plus tard, elles filent dans notre estomac, accompagnées par une soupe chaude. Agréable. Tout comme d’être au coin du feu, même s’il ne chauffe pas fort. C’est réconfortant et tellement plus plaisant que la pluie.

Le soleil couchant illumine les montagnes devant nous. Dans la pénombre croissante, elles ressortent vivement et prennent une teinte jaune orangée.

Après la vaisselle et le rangement, il est temps d’aller au lit. Une petite douche au gant et, épuisés mais heureux, nous filons dans nos sacs de couchage.

Il fait nuit et il commence à faire frais. La nuit risque d’être glaciale, les nuages n’étant plus très nombreux.

Je finis de charger le téléphone GPS avec la petite batterie d’appoint. J’avais installé le chargeur solaire cet après-midi et même sans soleil, il a un peu chargé. En espérant du soleil demain pour tout recharger.

Pour profiter de la marée descendante, puis montante, il va falloir se lever tôt demain. Il est 22h15, j’allume mon téléphone pour régler le réveil. Il est glacial, la batterie est vide… Le chargement n’a pas fonctionné, l’électronique n’aime pas le froid… Et donc pas de réveil…

Nous verrons cela demain… Mais dorénavant, je placerai ces appareils plus proches de moi, dans le sac que je place sous mon oreiller pour le surélever un peu, afin qu’ils profitent un peu de la chaleur que je dégage.

6 septembre – Mardi

Taraudé par ma douleur à l’épaule, je me réveille de nombreuses fois pendant la nuit. Vraiment pas de chance de se blesser à cette partie du corps vaguement utile pour le kayak juste avant de venir au Groenland… Mais il n’y a pas grand-chose à faire à part continuer à m’enduire d’anti-inflammatoire… La nuit n’est plus noire. Ce mal lancinant me tient éveillé. Impossible de trouver une position confortable et indolore. Ou peut-être est-ce la peur inconsciente de se lever trop tard.

Pourtant je n’ai pas du tout envie de me lever. Je me sens fatigué, j’ai un mal de tête terrible. Pas bien, pas bien du tout. Je n’ai sûrement pas assez bu hier. Allé un Doliprane, je m’habille et je vais chercher le petit déjeuner dans les kayaks. Nous avons oublié de le prendre hier.

Dans l’aube naissante, mes premiers pas confirment cette malheureuse impression, je ne suis pas bien du tout. Tant pis, il faut faire avec et attendre que le comprimé fasse effet. Nous avons rattrapé notre retard hier et l’inlandsis nous attend. Ce serait dommage de gâcher le difficile effort effectué hier.

Le petit déjeuner ne passe pas, je ne mange que la moitié des céréales. J’ai l’âme d’un aventurier, mais pas le physique !

Nous démontons notre campement dans la faible lueur du jour naissant. Et nous apprécions grandement de ne pas le faire sous la pluie. Cela permet de retarder au dernier moment le frais enfilage des combinaisons étanches, lorsque tout est déjà plié et rangé.

Le but était d’être loin à 7 heures, à l’inversion de la marée, pour profiter du courant descendant. Nous partons à sept heures trente, malgré tous nos efforts. Et nous sentons rapidement que le courant est contre nous. Le soleil fait de timides apparitions, entre les quelques trous de la fine couche nuageuse.

Pour remédier à notre problème de batteries vides, je bricole une petite attache entre mon gilet de sauvetage et le chargeur solaire. Une fois le soleil apparent au-dessus des hauts reliefs, cela semble fonctionner… Sauf que… Le chargeur est dans mon dos et le soleil bien en face… Cependant le peu de charge fournie par la luminosité semble suffire à faire fonctionner l’application GPS. Mais mon téléphone ne cesse de vibrer pour me signaler que la batterie est vide. C’est énervant de sentir cette vibration quasi continuelle. Je change le mode après m’être battu pendant plusieurs minutes avec ce maudit appareil. Impossible d’enlever la signalisation « batterie faible ». La moins mauvaise option est un bip-bip.

L’eau de la baie est ce matin d’un vert sombre. Mais toujours calme et d’une incroyable transparence. Comme hier, le courant contre s’accélère au niveau de la passe. Mais nous la passons sans encombre, il suffit juste d’appuyer un peu plus sur les pagaies.

A la sortie de la baie, nous virons à droite. Sur notre gauche, en arrière-plan, une petite tranche d’inlandsis.

Dans mon dos, lorsque je rame, le mouvement de mes épaules fait frotter le chargeur sur le kayak en faisant un bruit désagréable. J’ai l’impression d’avoir une meute de corbeaux derrière moi… Plus le bip-bip… Autant pour le silence dans le grand nord !

Malgré le courant contraire, nous avançons d’un bon rythme. Cinq kilomètres et demi à la première heure. La mer est calme. Seul un léger frémissement causé par un petit vent la parcourt. Que c’est agréable ! Les kayaks glissent et filent sur l’eau. Une douce sensation. Deux petites vaguelettes se forment sous l’étrave du kayak lorsque celui-ci coupe l’eau immobile. Près du bord, là où la profondeur est faible, nous nous rendons bien compte de la transparence de l’eau, dont la couleur tire plutôt sur le vert. Les roches immergées sont clairement visibles.

Le passage où nous nous sommes engagés est cerné par de hautes falaises, surtout sur notre gauche. Celle de droite baisse régulièrement. C’est une péninsule et nous devons en faire le tour. Plus la crête sera basse, plus nous nous rapprocherons du virage. Notre passage se rétrécit et le courant se renforce d’autant. Mais l’allure reste bonne, d’autant que le soleil perce maintenant complètement les nuages. Un ciel bleu limpide et sans nuages s’annonce.

De nombreux torrents sillonnent les côtes escarpées. En plusieurs endroits, ce ne sont que des ruissellements sur la roche nue. Au contact de cette eau, la pierre prend une couleur rouille. L’eau doit être chargée en fer et les ions métalliques doivent se déposer pour donner cette teinte.

Au bout de deux heures, nous arrivons au bout de la péninsule, tournons à droite pour doubler le cap qui en marque la fin et nous commençons à remonter l’autre rive. Nous retrouvons les icebergs qui viennent de l’inlandsis. Notre objectif de la matinée. Nous faisons une pause-goûter. Arrêtés sur l’eau, nous nous rendons compte que nous reculons ! Bizarre, le courant devrait être dans l’autre sens, dans notre sens…

Nous repartons, et nous devons nous rendre à l’évidence : le courant est bien contre nous ! Je n’y comprends rien. Peut-être que les horaires de marée que j’ai sont faux. La galère…

Heureusement, le spectacle nous fait oublier nos malheurs de courant. Les glaçons sont nombreux et de toutes tailles. C’est ce qui s’appelle naviguer au milieu des glaces ! Et le tout sur une mer calme et sous un soleil radieux. C’est l’occasion de belles photos. Enfin quand mon kayak le veut bien, car le temps de sortir l’appareil, il a vite fait un demi-tour !

Et soudain, alors que nous quittons le bord du fjord pour son centre, car notre bivouac est sur son autre rive, ce fameux mur de glace nous apparaît. L’inlandsis ! Et c’est exactement cela. Un mur, une barrière. Il nous semble tout proche, nous y serons vite arrivés.

Les minutes défilent, le spectacle est magnifique, le mur de glace aussi impressionnant. J’ai toujours mes corbeaux dans le dos. Mais plus de bip-bip… Tiens, je regarde : l’appareil est éteint… Etonnant avec le brillant soleil que j’ai maintenant dans le dos. Encore un truc qui ne fonctionne pas. Le chargeur ? Le téléphone ? Bon, je verrai cela à l’arrivée.

Enfin, si nous arrivons un jour. L’inlandsis semble toujours aussi proche, mais il n’a pas vraiment bougé… Son immensité perturbe notre perception.

Les minutes défilent et avancer devient difficile, les bras et les jambes sont à nouveau douloureux. Comme un remake de la veille. Finalement, heureusement que je n’ai plus le GPS, le moral ne survivrait peut-être pas à la lecture de la distance restante. J’enchaîne les bâillements, le mal de tête revient doucement. Je crois que je suis épuisé… Mais cette fois, je bois.

Tiens, sur ma gauche, comme une tête brune hors de l’eau. Cela doit encore être un de ces oiseaux qui fait de la plongée… Et non, cela n’y ressemble pas. La tête tourne de tous les côtés. Ah, pour une fois que je n’ai pas monté mon téléobjectif pour que ce soit plus pratique… La tête me fixe puis plonge. J’avais pourtant essayé de m’approcher discrètement. Cela ressemblait à un phoque. Dommage, j’attends quelques instants qu’il réapparaisse. Mais non… Et je ne sais pas combien de temps un phoque peut rester sous l’eau.

Nous poursuivons… C’est difficile. Beau mais difficile…

Quelques longues minutes plus tard, nouvelle tête brune à la surface. Nouvelle tentative d’approche, nouvel échec. Car nouveau plongeon… Est-ce le même ? S’il réapparaît une nouvelle fois et qu’il me fait un clin d’œil ou un signe de la patte, c’est que c’est bien le même et qu’il se moque ! Ses ancêtres ont dû lui apprendre qu’il fallait éviter l’homme en kayak. Pourtant avec ma combinaison orange, mon gilet de sauvetage bleu, mon kayak violet et ma pagaie rouge, je ne suis pas certain d’avoir l’air d’un chasseur essayant de se camoufler. A moins qu’il n’ait eu peur de mes corbeaux…

Le mur de glace est réellement impressionnant.

Sur la droite, je vois enfin l’endroit où nous étions hier en promenade. Que d’images en aussi peu de temps. Quelques (toujours) longues minutes plus tard, j’aperçois enfin la plage que je m’étais fixé comme objectif de bivouac. Juste avant d’y arriver, quelque chose m’attire l’œil sur la gauche. Non ?... Et si… Une demi-douzaine de structures franchement pas naturelles dans ce décor lunaire de cailloux et de rocaille. Des dômes à multiples facettes qui font très expéditions scientifiques. Pour confirmer cette impression de non-solitude, une embarcation à moteur apparaît et rompt le silence près de l’inlandsis sur la droite.

Sympa la tranquillité du bout du monde ! Nous nous posons tout de même sur la plage. L’endroit n’est pas idéal. L’inlandsis semble encore loin et la proximité de ces gêneurs me trouble. Après un bref conciliabule, nous décidons de tenter notre chance un peu plus loin.

Et les coups de pagaies s’enchaînent à nouveau. Même si la petite pause a fait du bien, c’est de nouveau difficile. Les criques se suivent. Mais aucune n’est accessible ou « bivouacable ». Et c’est long. L’inlandsis est toujours loin, très loin. Je songe au demi-tour quand j’aperçois une forme violette dans l’eau… De loin, on dirait un cerf-volant. De près, on dirait une tente. C’est une tente. Montée, mais dans l’eau et verticale, l’entrée vers le haut. Une partie flotte. Une partie vaguement cylindrique et de bonne taille. Une pensée morbide m’effleure. Elle m’effleure tellement que je n’ose y toucher, à peine de la pagaie… Non, c’est impossible… Au contact de la pagaie, c’est mou. Bon… Très courageux, je me rapproche… Mais lentement… J’ouvre… Rien de terrible, ce ne sont que trois ou quatre matelas en mousse pliés en deux… Que faire à part laisser ça comme c’est. Impossible de la bouger. Vraiment sympa ce bout du monde. Quelle surprise après le prochain cap ? Boîte de nuit sur la plage ? Allons voir derrière ce cap, je n’en suis plus très loin, on ne sait jamais, il y aura peut-être un bon coin…

Et enfin, au loin, apparaît une petite plage, accostable… Ouf… En espérant que ce lieu soit aussi bien qu’il le paraît.

Et finalement, cet endroit est merveilleux ! Cela valait vraiment la peine de se donner autant de mal. Un petit bout de sable fin, comme une vraie plage des tropiques, la beauté du paysage, la couleur et la pureté de l’eau n’ayant rien à envier aux plus beaux sites sur terre. Pour poser la tente, une zone plane de sable gris relativement à l’abri. Un ruisseau juste à côté pour l’eau. Des pierres en quantité pour s’asseoir et pour faire sécher le linge. Et un petit coin sympa bien à l’abri pour préparer le repas et manger, à côté du ruisseau.

Le soleil brille et à l’abri du vent, il fait bon. Je fais le malin torse nu. Mais après s’être changés, il faut étendre les affaires mouillées sur des cailloux au soleil, décharger et manger. Après le repas, jambon de Bayonne, couscous et brownies, la tente est vite montée. Je suis réellement fatigué. Et il fait si bon dans cette tente au soleil… quatorze heures quarante-cinq, il y a encore du temps pour l’après-midi. Je m’allonge donc dans la tente. Par la « porte » laissée grande ouverte, le soleil me chauffe le dos… un régal, un bonheur… Je sombre rapidement.

Un peu plus d’une heure plus tard, je saisis mon appareil photo et nous décidons d’une petite promenade.

A table, nous avons décidé de revoir notre parcours et notre emploi du temps. Une des possibilités était de se faire récupérer par Jacky à Narsaq s’il y avait un problème ou si nous changions nos plans. Il nous avait proposé le onze. Au vu de notre fatigue (certainement plus de vingt-cinq kilomètres aujourd’hui) et de la beauté du lieu, il est hors de question de mettre les fesses dans le kayak demain. Donc demain, nous restons ici, puis nous refaisons un itinéraire pour Narsaq avec des étapes plus petites.

Et donc maintenant, direction les hauteurs juste derrière le campement vers l’inlandsis. Comme partout depuis le début, des pierres sont visibles sur les crêtes, certaines en équilibre bien précaire. C’est étonnant de voir ces rochers sur les sommets comme s’ils y avaient été déposés par des géants. Un glacier les a amenés et les a laissés en fondant...

Comme hier, nous montons le long d’un ruisseau qui a creusé la montagne et adouci la pente. Le terrain est ici aussi un champ de cailloux. Certaines pierres ont peut-être parcouru des centaines de kilomètres avant de finir ici. Et il y a des milliers d’années… En plus de sa beauté ce lieu est vraiment différent, d’un autre temps, d’une autre terre.

En nous retournant, nous voyons notre tente, posée sur la petite plage, côtoyant les pierres et devant une mer bleue avec quelques glaçons blancs. Petite tache orange et seule trace humaine dans ce paysage sauvage.

En passant une nouvelle crête, nous restons interdits, muets de stupeur, ébahis par le spectacle. C’est grandiose. Tous les efforts et les sacrifices sont oubliés. « ça » les méritait. Face à nous, de l’autre côté de la baie, le mur de glace blanc, l’inlandsis, ce pourquoi nous sommes venus ici. C’est indescriptible. D’ailleurs nous n’essayons pas. Nous nous asseyons, et pendant de longues minutes de silence, nous savourons ce cadeau de la nature. La mer est bleue et calme, la glace est blanche et immaculée, le ciel est limpide, le soleil brille de tous ses feux derrière nous.

Ce monument nous trouble et nous avons de graves problèmes d’échelle avec lui. C’est gigantesque. Le bateau de nos « scientifiques » passe devant. Il est minuscule…

La falaise verticale au-dessus de l’eau doit mesurer trente ou cinquante mètres. Derrière, la hauteur du mur de glace doit dépasser les deux cents ou trois cents mètres. Quant à la largeur, des centaines de mètres.

Quelques photos bien sûr. Une pensée pour la crème solaire et nous envisageons déjà la promenade de demain. Ah si nous pouvions grimper sur cet immense glaçon !...

Mais il faut déjà redescendre, préparer la nuit et le repas.

Soudain le vent vire de quatre-vingt dix degrés, plein ouest et se met à souffler violemment. C’est vraiment curieux ici. Des oiseaux volent très haut, justement à l’ouest. Se passerait-il quelque chose ?

Craignant pour la tente, je mets des cailloux de bonne taille sur les sardines, je retends les ficelles et j’érige un mur de pierres devant la tente afin d’éviter (un peu) les courants d’air. Dérisoire protection… Ce vent attire le froid. Ce sera donc un dîner à l’abri. Nouilles chinoises et un petit flan qui passe très bien !

Une petite douche au gant, demain c’est lessive et shampooing.

Il fait nuit maintenant. Je vais jeter un coup d’œil dehors. On ne sait jamais, le ciel étant dégagé, si jamais une aurore boréale faisait son apparition…

L’inlandsis est également impressionnant par son bruit. Il gronde régulièrement. Comme un orage un peu éloigné. Cela aussi est impressionnant. Quel lieu fantastique…

Et demain c’est grasse mat’ !

7 septembre – Mercredi

Par trois fois, nous ouvrons la tente cette nuit pour scruter le ciel étoilé en espérant apercevoir des aurores boréales. Et nous en voyons les deux premières fois. Assez peu lumineuses, mais tout de même, ce sont des aurores boréales ! De longues traînées verdâtres qui ne laissent aucun doute. J’ai souvent eu le sentiment que les photographies très lumineuses d’aurores boréales ne reflétaient pas la réalité, mais provenaient d’un très long temps d’exposition. Mais il est tout de même possible qu’il en existe de bien plus marquées que celles dont nous sommes témoins cette nuit. Nous sentons également la grande fraîcheur de la nuit… Je supporte très bien la capuche du sac de couchage.

Au réveil, le soleil brille et éclaire fortement la tente. Quel plaisir… Il la réchauffe également, c’est nettement perceptible. Au chaud dans mon sac de couchage, je profite de l’instant. Au bruit continu du ruisseau s’ajoute les sourds grondements de la glace et parfois le cri d’un oiseau qui passe.

Même si la nuit a été sèche, le haut de mon sac de couchage et la paroi de la tente au-dessus de ma tête sont encore constellés de gouttes d’eau. L’humidité de ma respiration et la chaleur humide dégagée par mon corps doivent venir se condenser sur ces surfaces froides.

Aujourd’hui il faut appeler Jacky pour l’informer de nos nouvelles intentions.

Il va également falloir recharger tous les appareils électroniques : téléphone, batterie et lampe. Une bonne journée de soleil devrait y suffire largement. Hier j’ai découvert un faux contact entre le câble du téléphone et le contacteur du chargeur. Cette imperfection explique le mauvais fonctionnement de l’installation sur le kayak.

Je me sens bien mieux aujourd’hui. Une bonne nuit de sommeil fait du bien. La présence du soleil doit également jouer sur le moral, et donc sur le physique.

Il commence à faire bien chaud sous la tente. Il est temps de se préparer et de déjeuner. Nous avons une journée chargée !

Un coup d’œil dehors. Un soleil magnifique, pas un nuage, pas de vent. La mer est lisse comme un miroir. Un décor de carte postale, comme nous en rêvions.

C’est sans aucun doute l’un des plus beaux petits-déjeuners de ma vie. Assis sur une grosse pierre, face à l’immensité du glacier, avec un soleil qui réchauffe ce petit matin au grand nord et qui se reflète en mille diamants sur l’océan turquoise. La mer se ride légèrement par l’effet d’une minuscule brise qui se lève. Insuffisant toutefois pour troubler la parfaite quiétude qui nous entoure. Les reflets des reliefs et des icebergs sont quasi-parfaits, à peine troublés. Aucun remous, aucune vague ne vient s’échouer sur la plage. Quelques glaçons se sont échoués sur la rive pendant la nuit. Le soleil rasant les rend translucides, dévoilant les détails à l’intérieur.

Quelques photos bien sûr, il faut profiter du cadre enchanteur et de la clémence des éléments.

9h30. Nous sommes prêts. Lavés, rasé, brossés… Nous testons le shampooing sec. Ce n’est pas extraordinaire, mais l’impression après sa pulvérisation est meilleure que sans.

Je téléphone à Jacky avec le téléphone satellite. Cela fonctionne parfaitement. Il nous donne rendez-vous à Narsaq le dimanche onze à quinze heures quinze. Il m’a également donné un petit aperçu météo : beau temps jusqu’à demain midi, puis cela se couvre avec risque de pluie et vent de sud.

Comme nous n’avons plus de sac à dos pour la randonnée, un sac étanche en bandoulière fera l’affaire. Nous prévoyons de déjeuner près du glacier et nous emportons tout le nécessaire.

Les batteries chargent, le linge sèche, l’inlandsis gronde. Tout est en ordre et nous sommes prêts. En route !

Comme hier soir, nous progressons le long du ruisseau, sur un sol inégal composé de pierres plus ou moins stables. Bien évidemment, il n’existe aucun chemin.

Ce pays est vraiment surprenant. En quelques mètres, nous alternons les champs de cailloux, de graviers, de sable, d’énormes rochers… C’est étonnant. Là où l’eau passe, les pierres sont lisses et arrondies. Ailleurs, elles sont brutes, aux arêtes vives. Certaines sont énormes, plusieurs mètres de haut. Quelle force doit avoir la glace !

Hier, nous avions aperçu une crête de rochers entrant dans l’inlandsis. C’était notre objectif. Sur cette crête, il doit y avoir une magnifique vu sur le glacier et son immensité. Nous reprenons le chemin emprunté hier. Puis nous bifurquons vers la mer pour rejoindre une large plage de sable où de nombreux petits glaçons sont échoués. Le sable est sombre. La progression est difficile, la pente est parfois raide et le sol, mélange de sable, de gravier et de roches de toutes tailles, est instable. Chaque pas est risqué, l’attention doit être soutenue. Passer par la plage devrait nous faciliter la progression. Et l’accélérer.

Une fois sur cette grande plage, nous poursuivons le long de la mer. Finalement, nous ne regrettons pas notre lieu de campement, il est bien plus agréable et abrité.

Au détour d’une petite dune, nouvelle surprise, comme ce pays sait nous en réserver ! Une tente. Décidément, impossible d’être tranquilles… Et non, finalement ce n’est pas une, mais plusieurs tentes que nous découvrons. D’abord un grand dôme bleu et rouge, puis une structure à facettes type scientifique et enfin plus à droite, en hauteur au milieu des rochers, quatre tentes simples, violettes. Du même type que celle vue hier dans l’eau. Et le dôme « scientifique » ressemble lui à ceux aperçus à notre escale hier…

Le campement est silencieux et trois des quatre tentes ont un aspect curieux, comme si elles étaient ouvertes. Nous n’apercevons personne. Nous n’osons pas aller voir, mais notre chemin nous fait nous rapprocher. Les trois tentes ont effectivement un aspect bizarre, puisqu’elles sont retournées ! Elles gisent sur l’un de leur côté. Ce qui explique l’aspect curieux perçu de loin. Des matelas en mousse sont à l’intérieur. Ce sont donc bien les sœurs de la fugueuse immergée qui a dû s’envoler et flotter quelque temps avant de s’enfoncer dans l’eau. Le camp semble donc abandonné.

Nous nous approchons du dôme bleu. Un torrent de boue et d’eau passe à l’intérieur. Les occupants ont dû partir il y a un certain temps. N’y tenant plus et au cas où, je regarde à l’intérieur. Des réserves de nourriture, des plaques de cuisson au gaz, de la vaisselle, etc. Une cuisine. Nous regardons ensuite sous le dôme « scientifique » beige. Une grande table, une dizaine de grands seaux retournés servant de sièges, quelques outils. En ordre. L’état d’usure des tentes laisse penser que les occupants sont partis depuis longtemps.

Distraits par ce campement, nous ne nous sommes pas aperçu que nous étions arrivés au pied de l’inlandsis. Nous ne l’avions également pas remarqué car il n’est pas immaculé ! Au contact des graviers et du sable sombres, il a pris une teinte allant du marron au noir. Mais c’est bien lui, sale, mais c’est lui !

Nous nous en approchons. Et soudain, je sens mon pied s’enfoncer, le sol n’a pas la résistance habituelle. Cependant il ne cède pas, il est élastique. C’est une surface lisse et noire. Et c’est un peu comme si je marchais sur un trampoline. Sauf que je ne tiens pas à savoir ce qu’il va se passer si je passe à travers et ce qu’il se trouve en dessous. Prudemment, mais rapidement, je bondis vers une zone plus sûre… Curieuse, vraiment curieuse, cette structure du sol. Mais peu rassurante…

Nous poursuivons vers le bord de mer et nous arrivons au pied d’une falaise de glace d’une bonne dizaine de mètres de hauteur. Malheureusement, elle est loin d’être immaculée. Le blanc sale côtoie le gris et le noir. Sa surface verticale est percée de quelques trous et striée. Comme pour une montagne, différentes couches correspondant à différentes époques sont visibles. Sa face supérieure est légèrement inclinée et légèrement ondulée, la pluie et le vent devant adoucir les aspérités naturelles. Plus loin, nous voyons la falaise de glace blanche surplombant la mer, si proche et si loin en même temps. Entre cette falaise noire et la mer se trouve une petite plage de cailloux de quelques mètres de largeur. La suivre nous permettrait de progresser rapidement. Mais cela nous ferait passer au pied de la falaise noire et ne serait absolument pas prudent. Si elle venait à céder…

Nous choisissons donc de rebrousser chemin. Nous allons tenter d’atteindre notre objectif en longeant le glacier par le haut.

En remontant, près d’un petit ruisseau qui ressemble à tant d’autres, mon pied s’enfonce brutalement avec un doux bruit de succion… Sous une fine couche de gravier totalement anodine se cachait une bonne couche de boue grise. Mes chaussures et mon bas de pantalon ont droit à un relooking express ! Petite séance de nettoyage au ruisseau suivant. Heureusement, le tout étant étanche, je m’en tire bien ! Chaque pas peut recéler un piège ici, il faut vraiment y prêter attention.

Nous commençons à monter le long d’un torrent. C’est abrupt, mais moins qu’à côté. Nous avons alors le choix : soit suivre ce torrent et avancer par les hauteurs, soit obliquer à droite et essayer d’avancer entre la falaise rocheuse et l’inlandsis. Nous choisissons la seconde option. Quelques mètres plus loin, en position horizontale et les deux mains dans la boue, je propose de suivre la première option…

La montée est difficile, la pente est raide au milieu de rochers bruts et parfois instables. Au bout de longues minutes d’efforts, nous obliquons vers la droite, vers des endroits où la roche nue apparaît. Cela semble plus facile, les bords du torrent devenaient trop pentus.

Vers midi, nous comprenons que nous n’irons pas beaucoup plus loin et certainement pas jusqu’à notre objectif. Un dernier effort et nous arrivons sur un point haut, une petite terrasse avec une vue exceptionnelle sur la baie et les glaciers. Et toujours, des pierres posées un peu partout sur les points hauts ou en équilibre sur les crêtes et les sommets. C’est indescriptible, d’une beauté fascinante. Tous nos efforts étaient mérités. Nous avons une vue plongeante sur les falaises de glace qui vont du blanc pur au bleu transparent. Et le glacier se poursuit bien après ces falaises. Sa surface est striée, ondulée, accidentée. Le blanc côtoie le bleu et le marron. Ses bords en contact avec la roche ou le sable sont marrons ou noirs.

Notre GPS indique une altitude de 230 mètres. Le glacier en face va bien plus haut.

Des morceaux de la falaise de glace sont proches de la chute, fissurés ou en surplomb. Je prends quelques photos avec mon téléobjectif en priant pour que la chute arrive à ce moment-là. Mais rien ne tombe…

Ce paysage exceptionnel couvre presque cent quatre-vingt degrés, de la falaise de glace à gauche à la sortie de la baie à droite. Nous pouvons même apercevoir la petite baie où nous étions avant-hier.

Nous décidons de déjeuner sur cette extraordinaire terrasse.

A part quelques oiseaux, dont certains rapaces de bonne taille, nous n’avons vu aucun autre animal. Des traces sont pourtant nombreuses. Rennes, chèvres ou équivalent, renard. Mais rien à portée de regard… Ils doivent être très craintifs.

Pendant le repas, nous ne perdons pas une miette du spectacle. Le calme et le silence sont également impressionnants. Seuls quelques cris d’oiseaux et les grondements réguliers de la glace viennent rompre cette impression d’isolement, d’être seuls au monde.

Nous apercevons également le campement abandonné. Entre la couleur sombre du sol, les tentes renversées, les autres laissées pleines et les pièges au sol, cet endroit est vraiment lugubre…

Le temps commence à se couvrir. Une couche en haute altitude commence à voiler le soleil et quelques nuages bas arrivent également par-dessus la barrière montagneuse derrière nous.

Le repas terminé, il est temps de redescendre. Nous profitons de notre vue en hauteur pour choisir notre itinéraire. La descente est bien plus rapide, mais parfois périlleuse. Par moment, nous nous demandons même si ce que nous faisons est vraiment sensé…

Sur le chemin du retour, nous voyons de nouvelles incongruités. Une roche fendue en deux, par le gel certainement. Une zone brûlée d’à peine une dizaine de mètres de diamètre avec des résidus de bois carbonisé. Comme si un arbre était présent ici et qu’il avait pris la foudre. Et surtout nous croisons plusieurs pyramides de sable. Des dizaines, voire des centaines de fines strates horizontales les composent. Comme si le sable avait été fortement compacté. Au touché, c’est solide, mais légèrement friable. Surprenant…

15h30. Retour au campement. Après avoir bien transpiré, une bonne douche nous fera du bien. Elle prend la forme d’une casserole d’eau chaude. A l’abri du vent et malgré le maigre soleil, il ne fait pas trop froid et nous n’avons pas honte de montrer nos fesses au glacier. Cela fait un bien fou… La pudeur nous empêche d’immortaliser ce moment sur la pellicule…

Un petit goûter nous fait beaucoup de bien.

Nous rangeons les affaires mises à sécher.

Sans le soleil, le froid arrive vite. Le dîner sera certainement au chaud dans la tente.

Je crois que c’est avec tristesse que je vais quitter cet endroit demain…

En repensant à cette randonnée, je me rappelle l’échange tenu avec la vendeuse de chaussures de marche :

- « Vous allez où ? »

- « Au Groenland… »

- « Ah… Connais pas… »

- « Moi non plus. Cela doit être type moyenne montagne. Sans trop de cailloux… »

Pas trop de cailloux… Presque !

Petite soirée tranquille et reposante, dans la tente à cause du froid, à discuter de tout et de rien et à préparer la suite du voyage.

Nous dînons de bonne heure, le but étant de se coucher tôt pour une bonne nuit de sommeil réparatrice et attaquer dès l’aube. Lever au lever du soleil, départ vers huit heures pour profiter de la marée descendante qui doit durer jusqu’à dix heures trente. Escale prévue à la pointe de la péninsule que nous avons doublée hier. En passant, j’y ai vu une plage accessible et un endroit plat susceptibles de nous accueillir. Une quinzaine de kilomètres prévus.

Je crois que nous avons du mal à réaliser où nous sommes et ce que nous faisons… C’est complètement irréel de voir notre tente plantée au milieu de ce milieu inhospitalier, ce désert de cailloux et de sable, dans ce froid mordant, face à cet immense bloc de glace… Ce tout petit espace de survie, si fragile, loin de tout, au bout du monde…

8 septembre – Jeudi

Le jour se lève. La couche nuageuse est toujours là. Il faut commencer à se préparer.

Le petit déjeuner se termine et la mauvaise nouvelle arrive. Trop vite, trop tôt. Le crépitement que nous ne connaissons que trop bien recommence. Aïe, la pluie… Un peu en avance sur l’horaire. Et c’est donc dans ces tristes conditions que nous démontons notre campement.

8h30. Tout est prêt. Vraiment pas logeables ces kayaks, nous avons toujours autant de mal à tout caser dans ces embarcations… Un dernier regard en arrière et c’est parti. Le mauvais temps atténue quelque peu la tristesse de quitter ce lieu magnifique. Le plafond et la visibilité dégringolent, la pluie tombe de plus en plus fort.

Il y a beaucoup de glace sur l’eau. C’en est même parfois impressionnant et difficile à naviguer. Je préfère éviter de toucher la glace avec mon kayak en matière plastique. Je n’ai pas une grande envie de rejouer la tragédie du Titanic. La mer est calme et le courant nous aide. Dans cette baie, le courant semble toujours aller dans le même sens. Du moins en surface : quelque soit l’heure et la marée, nous avons toujours vu les icebergs aller de gauche à droite, vers la sortie de la baie. Et c’est pourquoi, à notre arrivée avant-hier, nous étions désespérés de voir que le courant était contre nous alors que la marée montait. Je crois avoir l’explication de ce phénomène curieux. Du fait de la proximité de cet immense glacier, la baie reçoit une quantité phénoménale d’eau douce provenant de la fonte de la glace. Et il faut bien que toute cette eau s’évacue…

Je navigue plus au centre de la baie, je ne revois donc pas la tente fugueuse qui était près du bord. Peut-être a-t-elle même coulé ou a été ramassée. Mais nous distinguons beaucoup mieux le camp « scientifique ». Je compte cinq dômes à facettes, dont un plus gros, plus arrondi. Le camp est légèrement en hauteur, sur une butte dénudée. A ses pieds, sur la plage, le bateau pneumatique rouge est au repos. J’arrive à distinguer quelques silhouettes en combinaisons rouges se déplaçant entre les tentes. Devant le camp, un gros iceberg et une nuée de mouettes, soit sur l’eau, soit sur l’iceberg, soit sur des petits glaçons. Elles s’envolent toutes à notre passage et passent à quelques mètres au-dessus de nos têtes.

Je profite de quelques accalmies pour prendre quelques photos. Sombres certainement. C’est vraiment dommage cette pluie, je voudrais passer mon temps l’appareil à la main…

Dans la brume, nous apercevons une forme noire flottant au milieu des icebergs sur notre gauche. Avec la distance et le manque de luminosité, nous n’arrivons pas à distinguer ce que cela peut bien être. Mon imagination bat son plein. Cela ressemble à un tronc d’arbre couché, mais c’est improbable vu l’absence de forêts. Nous bifurquons et allons voir. Ce n’est finalement qu’un iceberg noir qui doit provenir du bord du glacier et qui tire sa teinte sombre de son contact avec le sol.

Peu à peu, le vent forcit et la mer se creuse. Les rafales deviennent même violentes. Jacky nous avait prédit un vent de sud. Celui que nous subissons vient de notre travers gauche alors que nous faisons route au sud-sud-est. Pour le vent, je dirais donc bien qu’il arrive du nord-est… Mais avec tous ces reliefs, il doit tourbillonner sans cesse.

Avec ce vent, mon kayak rebelle s’en donne à cœur joie pour me compliquer la vie. Pour chercher un maximum d’abri, nous quittons le centre de la baie pour longer les falaises sur notre gauche, le vent y est un peu moins sensible. Pour arriver à aller droit, je ne rame que du côté gauche et en prenant le plus de levier possible, j’ai la main droite qui touche la pelle droite. Et je ne ménage pas ma peine.

Lors d’une rafale plus forte que les précédentes, je n’ai pas d’autre choix que de plonger ma pelle droite pour garder l’axe. Si c’est efficace pour me diriger, cela me coupe mon élan. J’ai ramé aussi fort que je suis bête du côté gauche et cela n’a pas suffit. Pourtant… Le bras gauche en feu, je m’accorde quelques secondes de pause. Et à une dizaine de mètres, une belle tête dépasse de l’eau ! Je distingue nettement l’œil qui me regarde, les moustaches, la tête plus sombre que le cou, légèrement tacheté. Puis la tête bascule en arrière. Je vois le corps clair allongé juste sous la surface et l’instant d’après, tout a disparu… C’est ça, moque-toi !

Lors de notre départ ce matin, nous avions vu une petite tête émerger à plusieurs reprises au large de notre campement. Est-ce le même qui nous a suivi ?

Après plus de deux heures d’efforts, la petite crique que nous visons aujourd’hui à la pointe de la péninsule ne devrait maintenant plus être loin, nous approchons de la pointe. Certaines autres criques me semblent abordables, aucune ne m’apparaît idéale. Mais je les observe attentivement, si par malchance celle que j’avais vue ne devait pas être utilisable.

Avec le vent, la navigation est difficile.

Enfin la voilà. Un petit iceberg d’un mètre cinquante de hauteur en garde ou en signale l’entrée. C’est un signe ! Je me plante dans les rochers garnis d’algues quand soudain une grosse trouille…

Juste derrière moi, j’entends un énorme craquement immédiatement suivi d’un non moins énorme bruit d’éclaboussures. Je sursaute et par réflexe, je me retourne violemment. Ah oui, j’oubliais, kayak plus capuche égal retournement impossible. Je me contorsionne donc pour regarder derrière et je me rends compte que mon iceberg signalisateur s’est transformé en plusieurs petits glaçons s’agitant sur l’eau… Pff… Quel vacarme pour un si petit morceau de glace ! Une bonne montée d’adrénaline… Mon passage a dû briser ce fragile équilibre.

Je sors tant bien que mal du kayak sur les rochers glissants. Nouvelle priorité : uriner… Trente secondes plus tard, je peux enfin aller découvrir si ce lieu est utilisable. Et ô déception, il ne l’est pas. La zone est toute petite et balayée par les vents violents. Le sol est complètement détrempé.

Et donc, réinstallation dans le kayak et demi-tour. Nous allons devoir opter pour une des criques précédentes. Même en l’absence de plage, l’une d’elles est accostable et il semble y avoir quelques zones planes à l’abri un peu plus haut, soit à proximité du sommet, soit au milieu de la pente, bien marquée. Nous débarquons entre les rochers sur de la roche nue, lisse et rosâtre, et allons voir. Effectivement, il y a quelques minuscules zones à peu près planes, à peine de la taille de la tente, une vingtaine de mètre au-dessus de l’endroit où nous avons accosté. Au sommet, le sol est plus horizontal, mais inondé. Nous délaissons cette option et redescendons.

Nous hissons légèrement les kayaks et commençons à décharger et à nous installer.

Le sol n’est finalement pas si plat que cela. Il est également très humide et il est difficile de poser la tente. Les surfaces apparemment planes sont la plupart du temps trempées et bosselées. Nous finissons par nous décider pour ce qui nous semble être la moins mauvais solution et le résultat est quelques peu penché. Nous nous trouvons aux deux tiers de la pente, adossés à un mur vertical rocheux d’au moins dix mètres de haut qui nous protège efficacement du vent.

La pluie s’est miraculeusement arrêtée. Un plaisir. Après nous être changés, nous déjeunons dehors.

Et c’est également avec un grand plaisir que nous voyons apparaître à quelques dizaines de mètres du rivage, non pas une, mais deux têtes brunes ! Les deux phoques s’amusent quelques minutes, flottent sur le dos puis disparaissent sous la surface. Ils reviennent à deux reprises. Sont-ce toujours les mêmes, curieux et joueurs ?

Après le repas et malgré la pluie revenue, nous décidons d’aller visiter ce nouveau coin. C’est un lieu très escarpé, alternance de roche nue et de zones herbeuses, spongieuses et détrempées. Nous prenons nos bidons vides pour les remplir à un ruisseau car nous n’avons plus que le gros au tiers plein, soit près de cinq litres.

Nous nous rendons rapidement compte qu’il n’y a pas de ruisseaux ici. L’eau s’accumule sur les parties planes en mares ou en petits lacs, puis s’infiltre sous la surface pour former une nouvelle mare plus bas. Tant pis, nous ferons avec nos cinq litres. Malgré les pastilles en notre possession, la couleur des mares n’est pas encourageante pour y prendre de l’eau. Une vilaine couleur rouille. L’herbe n’est pas verte, elle est jaunie, ce qui donne à l’ensemble une couleur jaune orangée. Sécheresse ?...

Je n’ai pas pris mon appareil photo. Comme cela, cela fera peut-être sortir les animaux ! Et il y a cette fichue pluie…

Des animaux, il doit y en avoir ici, et en quantité. Les traces sont nombreuses : déjections, empreintes et sentes bien marquées. Près de la tente, j’ai trouvé deux grands bois de rennes. Nous en trouvons d’autres pendant la promenade, ainsi qu’un crâne complet avec les deux bois attachés.

Au détour d’un rocher, un mouvement attire mon regard. « Oh regarde, une chèvre ! Ah non, c’est un renard ! »… Effectivement, l’animal gris a une longue queue… Il file derrière un gros rocher. La discrétion ne doit pas être notre fort et nous devons faire fuir toute la faune environnante.

Nous croisons quelques empilements de pierres plates qui nous semblent peu naturels. Des tombes ?

Le plus difficile dans cette promenade est de retrouver le point de départ. Rien ne ressemble plus à un rocher mouillé entouré d’herbes qu’un rocher mouillé entouré d’herbes… Je ne suis cependant pas inquiet, je sais que nous sommes près de l’extrémité de la péninsule. Après être passés à la crique que nous souhaitions initialement, et confirmé qu’elle n’était vraiment pas optimale, nous finissons par retrouver notre campement.

Avant de partir en promenade, nous avions remonté nos kayaks et je les avais attachés par précaution à un gros rocher. Nous étions arrivés à marée basse et nous ignorions jusqu’où monterait la marée. C’était une bonne idée car leur premier emplacement est maintenant sous l’eau ! Il reste encore un bon mètre de hauteur… Cela devrait aller…

Rien d’autre à faire qu’à se mettre sous la tente à faire une petite sieste avec cette pluie…

Une pause dans le crépitement… Est-ce définitif ? Et non, quelques minutes plus tard, cela repart…

18h00. Quelques bruits sourds et louches me poussent à aller braver la pluie et voir les kayaks. Ce ne sont pas eux, c’est la mer qui cogne contre les rochers. Mais celle-ci n’est plus qu’à quelques centimètres de nos montures. Je les remonte donc d’encore deux mètres, par sécurité.

Je profite du temps libre pour planifier la suite. Au programme demain, une douzaine de kilomètres en kayak. Nous allons devoir trouver puis emprunter un étroit goulet pour rejoindre une nouvelle petite baie. Auparavant nous devrons traverser l’important fjord que nous avons déjà emprunté le deuxième jour. En espérant que le vent se calme. D’où nous sommes, nous ne le sentons pas, mais la mer semble bien agitée. Nous apercevons la rive opposée. L’entrée du goulet s’y trouve, mais je n’arrive pas à la situer précisément dans ce mélange de vert et de marron. Puis, une fois la baie traversée, il y aura un portage d’environ quatre cents mètres à faire. Cette portion piétonne nous évite de devoir contourner la grande île qui sépare les deux fjords qui rejoignent Narsaq.

Le jour baisse. La pluie ne cesse pas malgré quelques espoirs à la vue d’éclaircies au loin. C’est dommage, il y a du bois ici, nous aurions pu faire un feu. Et peut-être quelques moules. Le dîner va se faire dans la tente…

9 septembre – Vendredi

Dès l’arrivée de l’obscurité, la pluie redouble de force, martelant violemment, bruyamment et sans relâche les parois de notre tente. Autant dire qu’il est difficile de dormir sereinement et même de dormir tout court. La nuit est longue…

Il n’y a pas eu de répit. L’aube et ses espoirs arrivent tranquillement. Espoirs déçus. Avec l’intensification de la pluie, nous avons craint un renforcement du vent. Cela ne semble pas être le cas à l’examen de l’état de la mer devant nous. Cette journée risque de ressembler comme deux gouttes d’eau à la précédente.

Comme nous ne sommes pas pressés, nous en profitons pour somnoler quelques minutes de plus dans la chaleur de nos sacs de couchage, bercés par le bruit régulier de la pluie. En effet, nous ne devons emprunter le goulet qu’à marée montante, le courant contraire devant être trop fort à marée descendante. Et l’inversion de marée ne se produit qu’à onze heures vingt.

7h30. Nous nous préparons tranquillement. Le rituel est maintenant rodé. Habillage, pliage des sacs de couchage et des oreillers, un brin de toilette, petit déjeuner, brossage de dents, pliage des matelas (conservés pour un minimum de confort pendant le repas), fermeture des sacs. Puis c’est l’épreuve la plus difficile : mise des combinaisons étanches et des chaussons, froids et humides. Et enfin, pliage de la tente et rangement dans les kayaks…

Nos amis les phoques viennent nous faire un petit bonjour, toujours au même endroit, face à notre tente.

Notre site s’est transformé en un véritable marécage. Des flaques se sont créées un peu partout pendant la nuit. Le reste est une véritable éponge. Un coin de la tente est même au-dessus d’une flaque… Et c’est dans ce coin, sous une des avancées que nous avions soigneusement plié et rangé nos combinaisons étanches. A l’abri… Et elles baignent maintenant dans plusieurs centimètres d’eau. Ce sont les pantalons qui se trouvent au-dessous et quand nous les déplions, l’eau coule abondamment par les manchons des chevilles ! Cela va être encore plus difficile de les enfiler…

Et quand il fallu s’y résoudre, ils étaient encore plus froids et humides que d’habitude. Quel instant désagréable !

Une fois la tente pliée trempée et toutes nos affaires entassées dans les kayaks, c’est parti pour une nouvelle journée. Il est 10h15. C’est toujours plus long et moins motivant quand il pleut.

Après le temps exécrable de la nuit et le vent d’hier, nous redoutons vraiment cette étape dont l’essentiel sera vent de face et toute la fin à découvert lorsque nous traverserons le fjord.

Avec cette pluie, c’est finalement sur le kayak que nous nous sentons le mieux. Avec la combinaison étanche et sa capuche, elle ne se sent pas.

Pour éviter le vent, nous rasons les falaises sur notre gauche et l’eau y est assez calme. Pour le moment tout se passe bien.

A plusieurs reprises je vois un phoque à une vingtaine de mètres sur ma droite, légèrement en avant. A chaque fois, il sort la tête de l’eau, se tourne et nage sur le dos. Et disparaît au bout de quelques secondes. Ce doit être le (ou les) même(s) qui nous suit. Mais depuis quand ? Dommage que je n’ai pas un petit poisson à lui lancer. J’ai beau faire des gestes et l’appeler, il ne se rapproche pas. Curieux ou joueur peut-être, mais pas à ce point.

Arrivés à la pointe de la presqu’île, nous faisons une petite pause pour faire le point sur la navigation et jauger l’état de la mer. Celle-ci semble calme, pas lisse, mais sans gros clapot. Le fjord est encombré de glaçons dont certains sont très gros. Mais l’ensemble reste navigable. Quant à la route à suivre, il est difficile de trouver d’ici l’étroite entrée du goulet. Celui-ci n’est pas perpendiculaire au fjord et à la rive. Il entre de biais dans la montagne. Son entrée en donc en grande partie masquée lorsque nous sommes face à la côte. Nous ciblons une zone probable.

Et il faut se lancer. Contrairement à notre attente, la navigation se révèle être bien plus aisée qu’attendu et craint. Le vent est curieusement tombé et nous arrivons sans trop de difficultés à faire zigzaguer nos vieux kayaks au milieu des icebergs.

La traversée s’effectue donc sans problème. Avec encore le seul regret de ne pouvoir prendre de belles photos. Les quelques unes tentées sont très sombres. A l’est, des sommets enneigés émergent à peine de la couche nuageuse.

Comme depuis vingt-quatre heures, nous voyons qu’au loin le ciel est clair et dégagé. Alors qu’au-dessus de nos têtes, il est bas et plombé. Et nous espérons toujours que cette zone dégagée arrive jusqu’à nous. Le « c’est bon, ça se dégage ! » est même devenu une plaisanterie. Une dérisoire façon de se remonter le moral.

La zone ciblée s’avère être la bonne. Bien vu ! Le goulet est effectivement étroit. Il se réduit jusqu’à une dizaine de mètres. Vu l’eau à évacuer de la baie et la petite taille du « tuyau de vidange », le courant ici doit être violent à marée descendante. C’est très beau. La petite mer intérieure l’est également, ceinturée de montagnes verdoyantes entrecoupées de torrents.

A mesure que nous approchons de notre destination, notre incrédulité ne fait que croître. Nous refusons au début d’y croire. Et pourtant… Il faut se rendre à l’évidence : la plage est clôturée ! Et pas seulement la plage, la clôture court sur des centaines de mètres le long de la montagne. En bas, au milieu, il y en a partout… Ironiquement, je suggère que, comme dans les Landes avec les cèpes et les palombes, la chasse aux cailloux et la cueillette des galets doivent ici faire l’objet d’une sévère concurrence…

Nous accostons et mettons rapidement pied à terre pour aller voir cette incongruité. C’est effectivement un grillage à hauteur d’homme, à grandes mailles, et il se poursuit très loin. Heureusement, à quelques mètres se trouve une ouverture entre deux piquets. Le grillage est à terre et va nous permettre de passer avec nos kayaks. Derrière nous découvrons les deux petits lacs vus sur les cartes. Ces plans d’eau sombres ne font pas plus de quelques dizaines de mètres de long. Là encore, ils ont une couleur rouille peu avenante. Sur les buttes environnantes, l’herbe est verte alors qu’elle est jaunie autour de ces petits lacs. Et au loin, chose étonnante, une maison ! Que de présence humaine à cet endroit…

Autre mauvaise surprise, ce lieu est très mal fréquenté. Nous sommes rapidement assaillis par des dizaines de moucherons. Après un examen attentif de ces importuns, il s’avère que ce sont plutôt de petits moustiques. Ou de jeunes moustiques. Ils ne piquent pas, ils picotent légèrement mais c’est plus leur présence tourbillonnante autour de nous qui est gênante. Cependant, nous découvrons rapidement qu’ils laissent de petites traces rouges sur la peau, comme de petits points…

Les efforts ne sont pas terminés. Après la douzaine de kilomètres en kayak, il va falloir porter nos embarcations de l’autre côté. Les premiers mètres sont difficiles, la pente glissante de quelques mètres nous fait mal aux jambes et aux bras. En fait de portage, il s’agit surtout de tirage et de traînage des kayaks sur l’herbe humide. A bout de souffle, nous finissons par atteindre le premier lac. Les bateaux sont mis à l’eau, les faire avancer dans l’eau sera plus facile. Je m’y jette avec eux. Au début, le fond est faible, mais cela ne dure pas. En marchant ainsi dans l’eau, je soulève une poussière rougeâtre qui remonte du fond en de multiples tourbillons derrière mon passage. Plutôt que de tester l’étanchéité à la ceinture de ma combinaison, je préfère grimper dans mon kayak. Et j’arrive tant bien que mal à pagayer tout en tenant le second kayak. Arrivé au bout de ce premier lac, il faut redescendre dans l’eau, sortir les kayaks, les traîner sur quelques mètres et les remettre à l’eau dans le second lac. Cette fois, pas besoin de remonter dedans, le fond n’est pas suffisamment profond. La pression de l’eau sur le bas de ma jambe fait gonfler ma combinaison autour de ma cuisse. Lorsque l’eau passe mes genoux, la pression est trop forte et l’air emprisonné s’évacue par la ceinture. L’eau glaciale comprime alors fortement ma combinaison sur mes jambes. Au plus profond, le niveau m’arrive à mi-cuisse et je m’enfonce légèrement dans le sol meuble. La combinaison semble effectivement étanche. Du moins les manchons aux chevilles. Etanche à l’eau, à défaut du froid.

Il y a beaucoup plus de pierres de ce côté. Une fois les kayaks sortis du second lac, nous les vidons donc et nous les portons cette fois-ci complètement sur la vingtaine de mètres restants jusqu’à la plage. Là aussi le grillage est présent et ouvert.

La maison aperçue tout à l’heure est encore loin, sur une autre plage.

Après quelques hésitations dues au grillage et aux traces de la présence humaine, nous décidons tout de même de camper ici, ne sachant où nous trouverons une plage abordable plus loin. Le choix de l’emplacement de la tente est difficile, les portions planes étant quasi nulles. Près de la plage se trouve un torrent très bruyant. Nous finissons finalement par porter notre choix sur un emplacement un peu reculé, près du grillage, à l’abri des rochers et du ronronnement du torrent.

Il est alors temps de répéter le rituel du montage du campement. Les kayaks vidés, il faut monter la tente, mettre à l’abri les sacs de couchage, les matelas, les sacs de vêtements. Sortir les repas nécessaires pour le midi, le soir et le lendemain matin. Et enfin se changer. Mon caleçon long est mouillé. Cela n’a rien à voir avec une incontinence, l’eau s’est s’infiltrée pendant ma marche dans les lacs. Tester l’étanchéité de ma combinaison en me jetant complètement à l’eau me tente de moins en moins.

Pour réduire le désagrément des ces volatiles à moitié moustique et à moitié moucheron, nous pulvérisons copieusement l’anti-insectes sur nos vêtements, sur la tente et sur les rares morceaux de peau exposés à l’air libre, à savoir les mains et le visage.

Puis c’est l’heure du déjeuner. Dans la tente car la pluie ne cesse toujours pas. L’eau des pâtes en train de chauffer tient à s’y inviter également… Encore quelques affaires de plus de trempées…

Après le repas, nous nous rendons compte que le sol est bien bosselé. Mais cela ne nous empêche pas de sombrer dans une sieste réparatrice…

Au réveil, je pars seul pour une petite promenade, mes chaussures et mes vêtements de pluie étant les seuls à peu près secs.

Cet endroit pourrait être magnifique s’il n’était pas visuellement pollué par ce grillage omniprésent. Je prends tout de même quelques photos, sombres évidemment…

Un squelette à côté de bois de rennes enchevêtrés dans un morceau de grillage par terre me laisse un goût amer…

De petits fruits violets poussent en abondance. J’ai même l’impression qu’il y en a deux sortes, qui ne poussent pas sur le même arbuste. Sont-ils comestibles ?

Je trouve quelques beaux champignons mais nous préférons ne pas les manger. On ne sait jamais…

Nous décidons ensuite du trajet et du bivouac pour demain. Sur une petite île certainement, à mi-chemin de Narsaq. Une douzaine de kilomètres. Nous trouvons qu’entre douze et quinze kilomètres est une bonne distance par jour. Depuis le début, nous tournons autour de cinq kilomètre-heure de moyenne.

Le jour tombe rapidement. La pluie cesse. Nous hésitons à aller étendre un peu de linge sur le grillage. Mais au bout de quelques minutes, elle fait son retour… Il ne brûle pas en enfer, il pleut…

Entendu dans la tente, notre linge ne sèche pas. Nous allons essayer entre le matelas et le sac de couchage. Peut-être…

10 septembre – Samedi

La pluie s’est arrêtée pendant la nuit.

L’obscurité laisse la place au jour et notre espoir à la pluie, les crépitements reviennent… La pluie cesse à nouveau, puis recommence. Elle hésite… Le ciel est toujours plombé. Apparemment pas de vent.

Lorsque le martèlement s’interrompt, le silence nous interpelle. Les yeux fermés, au chaud dans mon sac de couchage, je l’écoute et j’en profite… Au loin, il y a quand même le bruissement d’un torrent. En prêtant attention, j’ai l’impression d’en distinguer deux, aux sonorités légèrement différentes, l’un sur ma gauche, l’autre sur ma droite. Le chant des oiseaux est nettement audible. Les corbeaux passent parfois si bas que le battement de leurs ailes est clairement perceptible.

Un mal de dos nous tenaille. Les efforts, le kayak, le maigre matelas, les bosses du sol, être assis dans la tente en permanence? Sûrement un peu de tout cela.

Nous nous levons et commençons à nous préparer.

La pluie s’est arrêtée depuis un bon moment. Nous en profitons pour trouver une nouvelle utilité au grillage, celui d’étendoir à linge. Les sous-vêtements portés dans le kayak, les serviettes, les gants et les torchons (notamment celui qui a servi a épongé l’eau des pâtes) sont étendus dans l’espoir qu’ils sèchent un peu. Il n’y a pas de petit profit…

L’eau est lisse comme un miroir et les reflets sont parfaits et stables. Derrière la tente, dans la petite baie par laquelle nous sommes arrivés, une très grande quantité de glaçons est entrée lors de la marée montante de la nuit. Alors qu’il n’y en avait pas un seul hier à notre arrivée. Etonnant vu l’étroitesse du goulet d’entrée.

Malgré le froid et nos amis les mousti-cherons, eux aussi réveillés et levés, je préfère prendre mon petit-déjeuner dehors, au calme face à la mer. Profiter d’un matin sans pluie.

Un petit vent se lève, c’est bon pour notre linge !

Nous finissons tranquillement de nous préparer et nous partons sur une mer très calme, à peine irisée par le petit vent. C’est beau et reposant. Et cela change des deux jours précédents.

Finalement le kayak, c’est comme le vélo en montagne, à chacun son rythme pour être bien et se sentir à l’aise.

Nous passons devant la maison jaune-beige que nous voyions du campement. Elle se trouve sur la gauche de la baie, au-dessus d’une petite plage de gravier gris, bien abritée par de hautes montagnes et à proximité d’une grande prairie relativement plane, chose rare ici. L’endroit est bien choisi pour construire une maison. En face, sur la rive droite nous découvrons une autre habitation, de couleur verte, surplombant la mer. Elle était invisible du campement, cachée par une petite colline. Les deux semblent inoccupées… Des enclos en bois sont à proximité. Un ponton délabré arrive presque jusqu’à la mer. Ces maisons appartiennent sûrement à des éleveurs qui ne les occupent qu’une partie de l’année.

Un peu plus loin, un filet de pêche et quelques bacs en plastique blanc traînent sur la rive.

Nous rejoignons rapidement le fjord principal à près de six kilomètre-heure de moyenne. Le vent arrière, le courant avec nous et l’eau calme, cela aide !

Même si le ciel est toujours uniformément couvert, l’air est clair et la visibilité est excellente. Sur notre droite, le fjord continue jusqu’à l’horizon. Les reliefs sont moins élevés et les îles plus rares. C’est l’océan libre, la fin du Groenland, que nous apercevons derrière les dernières taches grise et marron. Finalement pas si loin que ça…

Nous effectuons un quatre-vingt dix degrés gauche à la sortie de cette baie tout en long. Le vent est alors beaucoup plus fort, mais sensiblement arrière. Et surtout la mer est bien plus formée. Un clapot important vient heurter nos kayaks. Tant pis, il faut y aller. Nous poursuivons sur un bon rythme, avec le vent et malgré le courant devenu contraire. Une bonne chose, le vent étant complètement arrière, la houle est bien perpendiculaire à notre avancée et à nos embarcations. Ce qui est bien moins désagréable que de l’avoir en travers. Par moment, j’ai même l’impression d’accélérer sur ces petites vagues. Les prémices du surf !

Nous croisons deux bateaux de pêcheurs groenlandais. Nous nous rapprochons de Narsaq et l’activité humaine y est tout de suite plus importante. Ils nous ignorent superbement.

Après les pêcheurs, c’est un avion que nous entendons. Il fait des cercles, loin au-dessus de nous. Je pense tout de suite à l’hydravion que nous avions vu le premier jour. Après quelques tours, je le vois filer vers Narsarsuaq.

Nous réussissons finalement à traverser ce fjord et nous rejoignons la rive d’une grande île. Un énorme iceberg est juste devant nous. Je m’arrête pour sortir l’appareil photo et je vois une petite tête brune bien connue apparaître à la surface de l’eau, à une vingtaine de mètres de moi, sur ma droite. Cette fois, j’en profite. Mais difficile de mettre au point sur un kayak agité. De plus la visée s’effectue en rasant car, ni moi, ni le phoque, ne sommes très haut au-dessus de l’eau. J’arrive tout de même à avoir quelques clichés. Et notre ami disparaît après être passé sur le dos.

J’entends alors comme un soufflement d’air et d’eau derrière moi. Je tourne la tête. Tiens revoilà le phoque. Non ! Une d��rive triangulaire ! C’est un dauphin… Cette fois, impossible d’avoir une mise au point correcte et il disparaît avant que j’ai pu prendre la moindre photo. Dommage…

Il ne pleut toujours pas mais le ciel reste très couvert. Par moment, nous distinguons un bien faible disque blanc à travers la couche nuageuse. A peine de quoi maintenir la charge de mon téléphone par le chargeur que j’ai à nouveau installé sur mon dos.

Nous poursuivons. Derrière une autre île, un autre iceberg gigantesque. En plein sur notre chemin. Il va falloir l’éviter. Prudemment nous restons à bonne distance. Surtout que nous voyons en son travers une grosse balafre. Pas de blague monsieur le glaçon ! En réalité, ce n’est pas une crevasse mais une bande de glace translucide, bien rectiligne. Mais ce n’est pas une raison pour s’approcher.

Notre destination, elle, approche. Nous entrons dans un dédale de petites îles aux côtes découpées. Grâce aux cartes, nous trouvons facilement notre baie. Deux plages distances de quelques mètres et séparées par un petit escarpement rocheux. Gauche, droite ? Au milieu de celle de droite, un ruisseau. Pour le calme, ce sera donc la gauche. L’eau y est calme et transparente. Au fond, j’aperçois de grosses palourdes. J’essaie de les attraper avec ma pagaie, mais je n’y arrive pas. Elles glissent sur la pelle et j’ai du mal à stabiliser le kayak quand je plonge la pagaie au fond. En revanche, d’énormes moules sont à portée de main près du rivage. Avant même d’accoster nous en avons une belle récolte.

Un rapide tour du site. Nous nous rendons vite compte qu’il va être difficile de trouver un petit coin pour planter notre tente. La petite bande d’herbe qui se trouve juste derrière la plage et qui nous semblait si accueillante est en réalité impraticable car gorgée d’eau. De même, toutes les parties planes que nous trouvons à proximité de la plage sont inondées. Lorsqu’elles ne le sont pas, ce sont des rochers.

Finalement, nous commençons par nous changer, grelottant dans nos combinaisons étanches. Après de longues minutes de recherche à arpenter le site, nous trouvons enfin une zone acceptable, un épais tapis de mousse sans trop d’eau dessous et autour. Mais cet endroit est à trois cents ou quatre cents mètres du rivage et y monter toutes nos affaires est éreintant. Le sol est meuble et truffé de pièges. La couche d’herbe, de mousse ou d’arbustes de plus de dix centimètres cache autant le sol que les flaques, les pierres ou les trous. Planter les sardines est très facile dans cette mousse, mais elles ne tiennent pas. Malgré leur taille, je n’ai pas atteint le sol, plus dur. Espérons que le vent ne se lève pas plus… Une fois la tente montée, nous sommes épuisés.

Le déjeuner est vite avalé, assis sur les rochers. Nous apercevons un gros rapace sur la montagne derrière nous. Et nous pouvons enfin profiter de cette magnifique prairie légèrement en pente devant nous. Le sol est multicolore. Les plantes présentes ici nous offrent une grande variété de couleurs. C’est très beau, malgré l’absence de soleil. Blanc, gris, jaune, orange, rouge, toutes les teintes de vert… Le Groenland se pare de ses couleurs d’automne.

Nous voyons une petite embarcation avec une personne à son bord passer devant nous et pénétrer dans une crique voisine. Et soudain un claquement. Puis le moteur se fait de nouveau entendre et le bateau repart vers le fjord. Un second claquement sec. Nous nous regardons. Non, cela ne ressemble pas aux grondements des icebergs. Et encore un claquement. Oui, cela ressemble plutôt à un coup de feu. Et ils s’enchaînent, espacés chacun de plusieurs minutes… Le bruit du bateau s’intensifie. Il réapparaît et entre dans notre petite baie. Au téléobjectif, je suis les mouvements du pilote. Vaguement inquiets, nous nous interrogeons sur ses intentions. Il arrête son bateau sur la rive et descend sur la plage, à quelques mètres de nos kayaks, se penche et prend un grand bac blanc. Puis il retourne à son bateau, fait marche arrière et repart. A l’arrière de son embarcation, à moitié sur le rebord gît une masse brune au ventre blanc. Ensanglantée… Un élan de tristesse nous envahit, nous qui sommes si heureux de voir leurs têtes apparaître près de nos kayaks pendant notre route.

Après cet épisode morbide et une fois la vaisselle faite, nous retournons aux kayaks pour les remonter un peu, hors d’atteinte de la marée montante. Nous en profitons également pour étaler les combinaisons étanches, trier notre nourriture et ouvrir les compartiments étanches pour qu’ils sèchent.

Nous avions prévu un peu trop en nourriture, surtout pour les goûters, que nous ne mangeons que de temps en temps. Et encore plus rarement les deux dans la même journée. Ainsi que pour quelques repas du soir. Et finalement, préparer les sachets individuels a peut-être été aussi une perte de temps et de place. Il y avait sûrement plus pratique à faire…

Nous partons ensuite pour une petite promenade vers la montagne derrière nous. Nous prenons quelques photos de la prairie colorée. Mais il n’est pas certain que cela rende bien, il fait sombre. J’ai également mis mon téléphone à charger, mais sans grand succès…

Nous passons à côté de notre sèche-linge improvisé : deux rochers, la corde…

Et nous grimpons. Là encore, nos mollets souffrent et nous avons le souffle court. Mais une fois de plus, cela en valait la peine : nous avons une vue sur presque trois cent soixante degrés sur les fjords qui nous entourent. Au loin, Narsaq, au pied d’une haute montagne enneigée. Partout, des icebergs, certains de bonne taille. Nous revoyons celui qui nous avait impressionné avec sa bande bleue en diagonal.

Nous restons de longues minutes au sommet à profiter de cette vue magnifique. Dommage que le soleil ne soit pas de la partie… En espérant que les photos fassent ressortir un peu de cette féerie…

Au milieu du fjord qui mène à Narsaq, un petit bateau approche. Puis s’arrête. Et de nouveau un claquement sec. Non ! Devant lui, nous voyons fuir cinq ou six dérives. Encore des dauphins. Au téléobjectif, je regarde ces « pêcheurs ». Ils sont trois, un aux commandes, deux autres à l’avant et, selon toutes vraisemblance, armés. Ils ne semblent pas intéressés par les dauphins. Nous suivons leur manège depuis notre observatoire privilégié. Ils tournent, accélèrent, ralentissent et tirent de temps en temps. Finalement, ils passent devant notre baie et partent vers l’est. Leur bateau me semble vide. Les savoir bredouilles nous soulage un peu.

Plus loin vers le sud-est, deux autres bateaux arrêtés. Et là aussi, des coups de feu… Est-ce le sport du samedi ici ? Ou est-ce toujours comme cela ? Nous nous interrogeons sur la légalité de cette pratique…

Nous redescendons. A peine assis sur les rochers près de la tente, nous nous rendons compte que la marée est plus haute que prévu et que le kayak que nous voyons est en partie dans l’eau. Je descends voir cela. Aïe… Nous avions mal jaugé la montée de l’eau. Le kayak bleu est à moitié dans l’eau et pas loin de flotter. Le violet est un peu moins immergé, mais les sacs poubelles posés à côté et contenant notre linge sale et nos réserves de nourriture flottent allègrement. Nos combinaisons étanches ne sont pas en reste et ont les pieds et les mains dans la mer. Cela devient une habitude… Je remonte le tout de quelques mètres.

En retournant à la tente, je me rends compte que le vent a forci et que le froid devient mordant.

Nous allons préparer le dîner. Et ramasser du bois pour nos moules. Nous décidons de dîner en bas, près de la plage, abrités du vent par les rochers qui séparent les deux petites plages. Après avoir ramassé quelques petits bois et quelques planches vermoulues amenées par la mer, j’allume le feu. En attendant qu’il prenne complètement, je remonte mettre des pierres sur les sardines, le vent commençant à souffler fort. Par sécurité… J’ai l’impression que c’est à la tombée de la nuit que le vent se lève énergiquement ici… Il y a quelques pierres plates qui conviennent parfaitement au bord d’une petite mare. Je fais plusieurs allers-retours pour que chaque piquet métallique soir couvert. Et ce n’est pas une partie de plaisir, je manque à plusieurs reprises de chuter en mettant le pied dans un trou caché. Je finis bien essoufflé…

Je ramasse également le linge qui commençait à s’envoler. Puis je redescends à la plage. Notre petit coin à l’abri du vent est idéal pour un feu de camp. Celui-ci est d’ailleurs bien parti et nous plaçons les moules sur une des planches, faute de mieux. En quelques minutes, elles sont cuites. Elles sont vraiment d’une taille impressionnante. Et bien remplies… Et même très bonnes… Il y a également quelques champignons pour accompagner la purée. Je préfère ne pas en prendre. Qu’il y ait au moins un survivant !

Ce bon dîner terminé, nous retournons à la tente nous installer pour la nuit. Celle-ci est d’ailleurs presque complètement tombée. Pas une lumière en dehors de notre dôme faiblement éclairé. Je le vois tous les soirs, mais cela continue de m’impressionner. Perdu au milieu de rien au bout du monde…

Une petite « douche » rapide au gant et au lit ! Malgré le sol de mousse, les creux et les bosses du sol sont encore sensibles…

11 septembre – Dimanche

La nuit est claire. Le vent tombe petit à petit.

Une envie pressante me pousse dehors. Le froid est saisissant surtout que je n’ai pas pris le temps de m’habiller. Je comprends pourquoi la nuit est claire : légèrement voilée, la pleine lune éclaire nettement la plaine. La vue est dégagée, les détails sont nets. Presque comme en plein jour, la couleur en moins. Si le soleil pouvait briller de la même manière demain…

Le jour nous réveille. Nous ne traînons pas et mettons rapidement le nez dehors. Contrairement à notre arrivée hier, les mousti-cherons sont absents. Nous avions dû rapidement nous asperger d’anti-moustiques. Mais ils n’ont pas l’air d’être matinaux. Ou alors c’est notre odeur qui les repousse, un mélange de citronnelle, de feu de bois et sûrement de transpiration !

Malgré le froid, nous prenons notre petit déjeuner en plein air. Le ciel est aux deux tiers bleu. Malheureusement, le tiers nuageux est à l’est et cache le soleil naissant. Les nuages progressent vers nous, le soleil progresse également vers le bleu. Cela ressemble un peu à une course. Pour le moment, les nuages l’emportent. Enfin, tant qu’il n’y a pas de pluie…

Nous nous surprenons. A huit heures et demi, nous sommes prêts. La mer est très calme, lisse et translucide. Seuls nos kayaks perturbent cette harmonie. Comme des rasoirs, nos étraves coupent l’eau en des traces nettes qui s’élargissent avec le temps. Sur les côtés de cette marque, à intervalles réguliers, nos pagaies laissent aussi leurs empreintes. L’eau est si claire que même immergées, elles restent visibles. Deux petits tourbillons pétillants de bulles d’air accompagnent leur mouvement vers l’arrière. Et quand elles reviennent vers l’avant, hors de l’eau, une kyrielle de gouttes d’eau les suit et marque la surface. En s’écrasant, la goutte se fractionne en plusieurs petites billes claires qui roulent sur l’eau verte avant de s’y mélanger en s’arrêtant.

Un petit vent d’est, de face, se lève, brouillant légèrement ce miroir liquide.

Les nuages ont gagné leur course contre le soleil. Mais dans leur précipitation, ils ont laissé quelques trouées dans leur avancée. Et au bout d’une heure d’efforts, un soleil voilé profite d’un de ces trous et nous illumine. Il fait briller de mille feux les icebergs que nous croisons.

Sur notre droite, au fond du fjord voisin, un iceberg totalement noir.

Quelques pauses photos. Il faut en profiter ! Un bel iceberg bleu turquoise attire particulièrement mon attention. Le soleil renforce cette couleur bleue et la transparence de la glace. Comme une friandise, sa surface déchiquetée et ensoleillée apparaît luisante et étincelante. Sa base est nettement creusée par l’effet de la mer et il semble composé de longs éléments verticaux. Il est magnifique. Il me donne envie de m’approcher, de le toucher. D’en prendre un morceau. Je pourrais passer des heures à le contempler…

Ses voisins ne sont pas en reste, tous d’une beauté différente. L’un d’eux est, à l’inverse, comme composé d’une multitude de couches horizontales. Un autre a un trou en son milieu, comme le chas d’une grosse aiguille. Un autre, encore, a une surface lisse et brillante comme une piste de ski verglacée au petit matin.

Un petit bateau jaune avec deux occupants s’approche. Le fusil tenu par l’un d’eux nous laisse peu de doutes sur leurs intentions et leur occupation. Ce sont bien des chasseurs. Ils sont proches de nous. Pas plus de deux cents mètres. Leur coup de feu manqué, ils mettent plein gaz et foncent sur nous. Vaguement inquiet, j’arrête de pagayer, attentif à ce qu’il va se passer. A quelques mètres de nous, ils finissent par s’écarter et passent à côté en faisant un signe de la main.

Nous longeons une île et Narsaq grandit au loin. Au bout de l’île, c’est la dernière ligne droite. La traversée du fjord et nous arrivons au port. Je reconnais les différents sites de la côte devant Narsaq, nous y étions il y a quelques jours. Déjà… La boucle est bientôt bouclée et cela sent la fin.

Les petits bateaux sont de plus en plus nombreux. La civilisation approche. Trois monstres de glace sont entre nous et la ville. Il va falloir zigzaguer pour entrer au port. Même si de loin, ils semblaient nous barrer la route, ils sont finalement suffisamment espacés pour ne pas avoir à les contourner tous. En passant près de l’un d’eux, je vois une véritable petite rivière serpenter sur sa surface et finir par tomber à la mer. Le débit d’eau est continu. Malgré le temps incertain et la faible température ambiante, les icebergs fondent à grande vitesse. J’avais déjà vu des glaçons goutter de leurs extrémités, mais jamais à cette échelle.

Nous croisons un petit bateau rapide, type Zodiac, rouge, avec une dizaine de passagers en combinaisons rouges. Il arrive de la droite, du fjord venant de Narsarsuaq. Il passe devant Narsaq sans s’y arrêter et poursuit en direction de l’inlandsis. La ressemblance avec nos « scientifiques » est trop flagrante. Et vu la direction qu’il prend, il doit se rendre à la base que nous avons aperçue près du glacier. Celle-ci nous apparaît de plus en plus comme un site touristique. Et le bateau que nous croisons doit être une nouvelle fournée de visiteurs.

A plusieurs reprises, j’aperçois des dérives de dauphins. Mais à chaque fois trop loin pour les suivre ou les photographier. Ils semblent moins curieux et plus craintifs que les phoques. Ils ne s’approchent pas de nous.

Malgré tout, la traversée se fait sans encombres et nous arrivons à l’entrée du port.

Nous hésitons sur notre lieu de débarquement. La rive située entre l’entrée du port et le ponton où nous sommes arrivés en bateau dimanche dernier, apparaît difficile d’accès car elle est composée de gros rochers empilés. Même si cet empilement ne fait pas plus de trois mètres de haut, sa pente est raide. Y accoster et y décharger tout notre matériel nous paraît trop risqué. La plage de cailloux gris au fond de la baie semble plus pratique. Mais un grillage part de cette plage et court le long de la berge qui mène au port. Il va nous empêcher de rejoindre le petit ponton d’embarquement. Nous dépassons le celui-ci. En passant la jetée principale et le petit port qui y est accolé et où sont amarrés les bateaux, nous trouvons une zone plus propice que les berges raides que nous avons croisées depuis l’entrée de la baie. Elle se trouve juste après l’entrée du petit port et avant le grillage. A une centaine de mètres du ponton. Il s’agit là aussi de gros rochers entassés mais dont la pente n’est cette fois pas trop forte.

Nous accostons et débarquons sans trop de peine sur ces rochers rendus glissants par des algues. Puis nous déchargeons toutes nos affaires sur la petite route qui se trouve juste au-dessus. Et enfin, nous hissons nos kayaks. La route semble inutilisée. Elle aboutit à une grille fermée menant à un entrepôt. C’est dimanche, nous n’allons certainement pas être dérangés.

Un ponton franchement délabré en bas et fraîchement réparé en haut est juste à côté. Nous nous y installons pour déjeuner. Nous en profitons pour ranger nos affaires dans nos sacs. Nous trions notamment nos sacs de nourriture et nous utilisons une poubelle du port pour nous débarrasser de nos détritus.

Nous avons vue sur ce petit port. Quelques bateaux sont amarrés à la jetée qui protège du large. Quelques petites embarcations et deux bateaux de pêche plus gros, un vert et un bleu, dévorés par la rouille.

C’est finalement le bon timing. Un lever et un départ tôt. Trois heures de kayak et le déjeuner vers midi. Cela évite d’avoir une journée décalée.

Nous portons ensuite nos affaires et les kayaks au ponton d’embarquement. Comme nous avons largement le temps avant l’heure prévue, nous partons nous promener et visiter la ville.

Les maisons sont espacées et colorées, principalement rouges, mais également bleues, vertes et jaunes. Les toits gris sont fortement inclinés. De près, certaines sont dans un triste état. Quelques immenses paraboles ont fleuri ça et là. Un trampoline pour enfants me fait penser à la famille. Il y a beaucoup d’enfants. Nous passons devant un grand bâtiment vert. C’est une école, reconnaissable aux jeux en bois installés dans la cour et aux dessins accrochés aux fenêtres. Il y a également quelques grands bâtiments dont nous ne saisissons pas la fonction. Un cimetière aux croix blanches se trouve non loin de l’église blanche et rouge. Aux couleurs du drapeau groenlandais qui flotte devant beaucoup de maisons, à la mode nord-américaine. Nous voyons une maison en pierre, les autres sont toutes en bois. Pourtant il y a bien plus de cailloux que d’arbres ici !

Nous croisons un groupe d’espagnols avec un caddie. Ils nous saluent… En espagnol ! Nous avons sans aucun doute beaucoup plus le type espagnol et touriste qu’indigène. Les locaux sont vraiment typés. Nous ne voyons que des inuits. Où sont passés les descendants des vikings ? Nous n’échangeons pas de salut car ils ne nous regardent pas. Ils passent près de nous sans un regard.

Après une bonne heure à arpenter les rues de la ville, nous retournons au port. Un gros cargo rouge et blanc « Royal Artic » arrive, à la suite d’un remorqueur danois. Il paraît démesuré et déplacé dans la baie et devant le petit port. Il est chargé de containers et s’arrête devant le hangar du même nom.

Claus est déjà là, en train de faire le plein du bateau sur le ponton voisin au pied de la station essence rouge que nous avions utilisée le premier jour pour charger les kayaks. Elle sert aussi bien pour les bateaux que pour les véhicules. Nous patientons quelques minutes puis nous embarquons nos affaires et les kayaks sur le bateau. Nous attendons encore l’arrivée de deux autres passagers.

Quelques minutes plus tard, ils arrivent et nous partons immédiatement pour Itelleq. La mer est franchement agitée dans le fjord qui part vers Itelleq et Narsarsuaq. Quelques crêtes blanchissent d’écume et le bateau tape violemment. Je comprends mieux pourquoi il est vivement conseillé de ne pas faire de kayak dans l’après-midi avec le vent d’est qui souffle plus fort à mesure que le jour progresse. A voir comment nous ferons demain…

En approchant de notre destination, je me redresse pour bien observer l’endroit. Légèrement sur la gauche et masqué, le Qôroq, fjord paraît-il très beau et grand pourvoyeur d’icebergs. A gauche, au loin, Narsarsuaq. A droite les quelques bâtiments d’Itelleq.

Après quarante-cinq minutes de trajet, nous arrivons.

Itelleq. Au creux d’une petite baie, trois ou quatre maisons. Une grande bâtisse rouge foncée et blanche domine la baie. Plus bas sur la faible pente cultivée, une immense grange jaune et verte. Des bottes de paille empaquetées de blanc. Quelques champs bien verts sur les pentes des collines. Deux bateaux sur la terre ferme à côté de la route. Un tracteur près d’eux. Un peu d’élevage, des moutons sur la pointe de gauche, quelques chevaux près de la ferme.

Les deux voyageurs espagnols aux vestes vertes identiques descendent également ici. Nous accostons sur un petit ponton dont le bois très clair atteste de l’installation ou de la réparation récente. Trois personnes attendent sur celui-ci pour prendre notre place. Un quad arrive pour prendre les bagages des espagnols. C’est une manière de voyager très prisée ici. Vous marchez et on s’occupe de vos bagages. Vous les récupérez là où vous logez.

Nous déchargeons tous nos sacs… Depuis que nous sommes arrivés à proximité de Narsaq, les nuages ont remporté leur combat. Et ici, ils commencent même à cacher les trois sommets enneigés en arrière-plan. Mauvais signe. Nous demandons à la dame du quad son avis sur la météo prévue pour le lendemain. Pour elle, pas de vent et du soleil. J’insiste : « pas de pluie ? ». Non, pas de pluie. Royal !

Cinq minutes plus tard, nous sentons des gouttes tomber…

Après avoir porté les kayaks sur la plage à une centaine de mètres, nous montons donc la tente, une nouvelle fois en situation humide. Presque avec tristesse, nous remarquons que c’est l’avant-dernière fois…

Sur la carte un petit triangle rouge indique que cet endroit à côté du débarcadère est un camping. Nous avons cependant beaucoup de mal à trouver une zone plane. D’ailleurs, après son montage, la tente penche un peu ! Nous sommes à quelques mètres de l’eau, mais en hauteur, séparés de l’océan par une petite falaise d’au moins trois mètres.

Une fois la tente montée et les affaires à l’abri, la pluie cesse. Bon, cela ira pour cette fois… Du coup, je sors la corde et la tend entre deux rochers. Le soleil fait même une apparition. Cela sent la douche-casserole !

Je mets également le téléphone à charger, il est quasiment vide.

Gros problème ici, il n’y a pas de ruisseau et nous n’avons presque plus d’eau. En tout cas pas assez pour ce soir et demain matin. Retour donc à la plage de cailloux pour y chercher un glaçon. Je ramène un gros bloc d’une bonne dizaine de kilos. C’est lourd, glissant, froid et humide. Suivent quelques autres allers-retours à la plage pour ramasser et ramener du bois flotté, en quantité ici. Puis il faut casser la glace pour en faire des morceaux de la taille des casseroles. Rien de plus simple : je laisse tomber le petit iceberg sur un rocher. Celui-ci explose et les morceaux s’éparpillent sur l’herbe. Il n’y a plus qu’à les ramasser et les faire fondre. Le feu est rapidement allumé et les casseroles pleines de glace sont mises au-dessus.

Nouvelle difficulté : l’eau est loin d’être pure. Débris dans la glace et poussières du feu flottent ou gisent au fond de nos ustensiles. Une chaussette, propre bien sûr, va servir de filtre.

Pendant qu’une fournée de glace fond, nous allons explorer notre domaine. C’est une petite presqu’île peu vallonnée. Nous arrivons rapidement de l’autre côté, avec vue sur l’entrée du fjord à glaçons et sur Narsarsuaq. Les moutons sont là aussi. Ils s’éloignent tranquillement à notre approche, non sans quelques regards réprobateurs. Nous rentrons après quelques photos.

La glace a fondu. Quand je pense qu’elle avait peut-être des millions d’années…

La prochaine série sera celle de la douche. Entre notre emplacement et le ponton se trouve une petite habitation verte et blanche. Elle semble inhabitée. Je fais le curieux, la porte n’est pas verrouillée. Ce n’est pas une maison mais un refuge pour campeur. Une grande pièce avec une table, des bancs, un placard vide et un balai, une petite pour les toilettes sommaires. Sa terrasse nous servira de douche, nous y serons bien plus à l’abri du vent.

Cette « douche » me fait du bien. Que cela est agréable de se sentir propre, même si, sur l’instant, c’est assez frais !

Le vent qui soufflait fort de l’est tourne à l’ouest, comme tous les soirs, et en quelques instants.

L’heure du dîner approche. Soupe, nouilles chinoises et flan.

Le ciel se dégage. Il commence à faire froid. Trop froid même pour manger dehors. Nous nous réfugions dans la tente. Je suis gelé et j’ai beaucoup de mal à me réchauffer. Fait-il vraiment plus froid ou est-ce à cause de la douche ? C’est dommage, nous aurions pu profiter du feu qui se consume lentement.

Il ne fait pas encore nuit et la pleine lune se lève. La nuit risque d’être claire. Et glaciale. Si les nuages continuent de fuir, peut-être aurons-nous la chance de voir enfin une aurore boréale digne de ce nom. Encore faut-il avoir le courage de mettre le nez dehors…

Le dîner est avalé. Il est l’heure de se mettre au lit. Mon tee-shirt de nuit sent décidément trop mauvais, je ne peux plus le porter. Je vais dormir comme en France, avec juste mon caleçon…

Cela sent la fin, avant-dernière nuit. Demain avant-dernière journée. Et pour la première fois depuis le début, pas de véritable surprise aujourd’hui. C’est louche ! Que nous réserve la nuit ?

Demain matin, deux à trois kilomètres à pied jusqu’à Igaliku, très joli village selon le guide. Puis suivant l’heure du retour, déjeuner et moins de dix kilomètres de kayak pour aller à l’entrée du Qôroq, fjord réputé.

Un petit coup d’œil dehors et au lit.

12 septembre – Lundi

Une main me secoue l’épaule. Une petite voix pas très rassurée : « Cyril, réveille-toi, il y a quelque chose dehors à côté de la tente ». Je dormais si bien… Les sens en alerte, je tends immédiatement l’oreille. Effectivement, il y a des bruits en plus du choc des vagues contre les rochers. Je décroche la lampe du « plafond ». J’ouvre la tente. La lune éclaire fortement. C’est la pleine lune et pas un voile de nuage. Les intrus bruyants ressemblent à nos moutons vus la veille. J’allume la lampe en version lampe torche. Et c’est bien un mouton qui se détache dans le cercle lumineux à quelques mètres de la tente. Eclairés, il relève la tête et ses yeux deviennent deux billes luisantes. Une autre tête apparaît dans le rond de lumière, ajoutant deux autres billes jaunâtres. L’éclairage n’a pas l’air de les effrayer, au contraire, ils semblent curieux et font mine de s’approcher. J’éteins la lampe, ou plutôt je tourne la molette de sélection qui passe sur clignotant orange avant de passer sur arrêt. Est-ce ce flash orange ou le clic de la molette, mais les moutons prennent peur. A la lueur de la lune, nous les voyons s’enfuir en courant et en bondissant.

Rien de grave…

Nous en profitons pour lever le nez. Il y a quelques longues traînées verdâtres dans le ciel. Mais la pleine lune doit empêcher de les voir plus nettement. Une nuit noire doit être préférable pour l’observation des aurores boréales… Retour au chaud.

Le jour se lève. Petit coup d’œil dehors. Un ciel bleu et pur. Le soleil est toujours caché derrière les montagnes. Il fait un froid glacial, mon haleine forme un petit nuage de vapeur devant mon nez.

Les sommets des montagnes à l’ouest sont éclairés. Cela va bientôt être à notre tour de profiter du soleil. Il n’y a pas de vent. Malgré tout, la mer a un petit clapot.

Nous décidons de prendre notre petit déjeuner dehors. Le temps que l’eau chauffe, le soleil franchit enfin la petite montagne à l’est et nous réchauffe de ses rayons. Il va falloir ressortir la crème solaire et les lunettes de soleil aujourd’hui.

Du côté de la ferme, le chant d’un coq. Puis les hennissements des chevaux.

La batterie de mon rasoir a rendu l’âme. Elle dure bien plus longtemps d’habitude. Le froid sûrement. Je finirai barbu.

Comme à chaque étape, nos petits amis sont là. Ce sont un, deux, voire trois petits oiseaux au plumage vert et brun et à la queue blanche et noire. Avec leur air curieux et leur chant joyeux, ils ne sont jamais bien loin. Ni jamais trop près. Rarement à moins de cinq mètres, rarement à plus de vingt. Et ils voltigent de perchoir en perchoir, de rocher en rocher autour de nous, que nous soyons autour de la tente ou en promenade. Je ne pense pas que ce soit les mêmes depuis notre début. Mais il y en a toujours à nos côtés et leur chant accompagne nos journées.

Et quand nous partons marcher, comme ce matin, ils nous suivent. Ou plutôt nous précèdent. C’est curieux et agréable.

Une fois prêts, nous partons donc vers Igaliku. La route faite de cailloux ocre et gris serpente le long de la colline et monte tranquillement. Avec le soleil de face et l’absence de vent, il fait bon à marcher et je tombe rapidement la veste. Nous profitons de ce beau ciel bleu pour faire quelques photos. Nous laissons à notre droite la ferme qui nous faisait face depuis la tente. Une seconde ferme apparaît ensuite sur notre gauche. Dans les champs de cailloux, quelques moutons. Ils sont craintifs, mais pas assez courageux pour fuir franchement. Peut-être leur beau chargement de laine les handicape-t-ils ?

Nous retrouvons les mêmes choses autour de cette ferme : quelques champs bien verts et sans cailloux, de grandes rangées de bottes de foin emballées, quelques machines agricoles dispersées ça et là, des vaches et des chevaux.

Tout est tranquille hormis le faible ronronnement d’une de ces machines agricoles. Et les petits cris de nos amis…

Nous arrivons au col qui va nous permettre de franchir la crête et de descendre vers Igaliku. Légèrement à gauche, un poteau métallique supporte quelques relais de téléphone portable et une petite plate-forme pour hélicoptères. Même ici, la technologie n’est jamais très loin.

Pour nous désaltérer, nous avons pris un bidon rempli avec de l’eau obtenue de la fonte des morceaux de glace. A l’ouverture du bidon, une forte odeur de feu de bois nous assaille l’odorat. Et l’eau a un affreux goût, un terrible goût de feu de bois. Imbuvable…

On nous a vendu Igaliku comme un site d’une remarquable beauté avec quelques ruines viking. Et effectivement, le premier aperçu est magnifique. Le soleil de face se reflète dans l’eau bleue du fjord. Il est effectivement très beau, avec ses quelques petites îles et les montagnes aux sommets blanchis en arrière-plan. Une vingtaine de maisons éparpillées au bord du fjord et au pied de la colline, sans logique apparente. Un port minuscule avec un seul bateau à quai. Trois autres sont sur le rivage. Un petit cimetière aux croix blanches sur la droite. Quelques moutons un peu partout et quelques champs bien verts.

Nous quittons la route qui fait une large boucle sur notre droite pour adoucir sa pente, et nous coupons tout droit par un vague sentier. Comme hier quand nous avons débarqué, nous sommes frappés par la sécheresse du sol. Lors de nos précédentes étapes, le matelas herbeux était au mieux humide. Ici, l’herbe est rase, le sol sec et ferme, agréable à fouler. Sûrement un effet positif de l’élevage de moutons. Peut-être y a-t-il aussi un peu plus de vent ici ? La marche en est d’autant plus agréable et aisée. Sur la route que nous venons de laisser, un tracteur débute l’ascension vers le col derrière nous et peine à grimper avec sa remorque contenant un bateau.

Sur la carte, les ruines vikings sont indiquées sur notre gauche, légèrement à l’écart du village. Nous décidons donc de commencer par là. Nous suivons le chemin, cherchons et trouvons les différents repères pour situer ces vestiges. La route qui tourne vers la gauche, la crique, la plage, le ruisseau. Tout colle. Sauf… Les ruines. Rien. D’autres sont indiquées un peu plus loin. Nous avançons un peu. Rien également… Nous avons beau chercher, aucune trace, pas un mur, même affaissé… Rien… Déception... Soit nous avons vraiment manqué quelque chose, soit l’appellation de ruines est quelque peu exagérée. Le premier site est d’ailleurs reconverti en carrière de cailloux…

Nous revenons alors vers le village. Toujours sur la carte, un lieu proche est indiqué comme point d’intérêt. A l’endroit décrit par la carte, nous trouvons un petit enclos emmuré à côté d’un hangar. Dans cet enclos, cinq petits tas de pierres surplombés chacun d’un morceau de bois, certains en forme de croix. Peut-être un ancien cimetière… Mais pas vraiment mis en valeur. Là encore, petite déception…

Nous entrons alors véritablement dans le village. Les maisons sont belles et colorées, la plupart en pierre. De ce côté-là, pas de mensonge, le site est vraiment très beau.

Vers le « centre » et devant l’église en pierres roses, une plaque rappelle le passé viking du village. Juste à côté, un mémorial pour deux personnes du XVIIIème siècle. A priori les fondateurs du village moderne. Malgré l’époque et la rudesse du pays, les deux ont vécu soixante-dix ans. Un peu plus loin, des vestiges. Enfin ! Quelques murs en pierres sombres, entre le gris et l’ocre, quelques traces au sol. Malheureusement le panneau explicatif n’est qu’en groenlandais. Et le guide au dos de la carte n’est pas assez détaillé. Nous remarquons d’ailleurs que ce guide contient aussi un plan explicatif de Narsaq. Trop tard !

Nous ne nous attardons pas et repartons vers le col. Nous passons devant un café avec un quad garé près de l’entrée. Certainement l’auberge de jeunesse de la dame au quad d’hier. Quelques bungalows identiques sont à côté.

La remontée du sentier brûle un peu les jambes, dans ce sens, la pente paraît bien plus raide. Arrivés au col, un air frais nous fait remettre nos vestes. Nous redescendons tranquillement avec nos amis qui nous ont accompagnés sans faute.

A l’arrivée à la tente, la question se pose : repas ou départ. Un coup d’œil au téléphone : onze heures et demi. Ce sera donc repas. Pour le moment, la mer est d’huile et le vent très faible d’ouest. Tout pour nous arranger. Pourvu que ça dure ! Nous sommes conscients de cette chance. Nous profitons de la pause repas pour tout sortir au soleil, vêtements humides, matelas et sacs de couchage.

13h10. C’est l’heure de l’inversion de la marée et nous sommes en tenue aux kayaks. C’est parti pour une petite étape dans d’excellentes conditions. Naviguer comme cela est un vrai plaisir. Il ferait même chaud dans nos combinaisons. Nous passons devant le ponton neuf et nous longeons la petite falaise de quelques mètres sur laquelle nous avions planté la tente. La roche est principalement ocre. Rongées par la mer, certaines parties sont en surplomb ou en équilibre et menacent de tomber. Du moment que cela n’arrive pas quand nous passons à côté… A la sortie de la baie, nos visiteurs de la nuit saluent notre départ de quelques bêlements.

A la crique suivante, nous pensons la même chose : « C’est une maison bleue, accrochée à la colline »…

Au pied de celle-ci, des pêcheurs, ou des chasseurs, remontent leur bateau sur la plage. La remorque est ensuite accrochée à un tracteur. Leurs deux chiens aboient à notre passage.

Au détour d’une petite avancée rocheuse, nous arrivons en vue du fjord. Je suis un peu déçu, je m’attendais et j’espérais beaucoup plus de glace sur l’eau. En outre, le peu d’icebergs présents sont de l’autre côté, poussés par le petit vent. Une belle collection de gros morceaux bouche d’ailleurs le fjord de Narsarsuaq.

Ce sont les avions que nous voyons et entendons le plus cet après-midi. Nous passons dans l’axe de piste et plusieurs décollent, troublant la quiétude de cette belle journée.

Notre objectif, le Blue Ice Camp est en vue. Une grande plage grise le précède. Jusqu’au dernier moment, j’ai un léger doute car je tarde à apercevoir la petite cabane installée par Jacky et ses collègues pour fournir un abri aux campeurs en cas de besoin.

Enfin la voilà, en retrait de la plage et bien cachée derrière une petite colline verte et ronde. Nous accostons et nous mettons en chasse de notre emplacement. Puis nous déchargeons nos affaires, nous nous changeons et pour la dernière fois, nous montons la tente. Ce sera au bout de la plage, au pied de la verdure qui marque le début de la pente, sur un sable gris très grossier. Quelques moutons se nourrissent tranquillement de l’herbe verte. Il n’y a pourtant pas de ferme ici… En espérant qu’ils ne viennent pas nous déranger cette nuit…

C’est le début d’une longue liste de dernières fois…

Avec le soleil, la vie est belle, tout est tellement plus agréable et plus facile.

En arrivant, j’avais aperçu un iceberg de bonne taille échoué un peu plus loin sur notre plage. Une fois installés, je m’y rends pour quelques photos. Malheureusement, la marée a été plus rapide que moi et il baigne déjà largement. Tant pis…

Nous partons alors visiter ce lieu. Pour commencer, nous grimpons sur la petite colline bien arrondie qui se trouve juste au-dessus de la plage. A ses pieds est échoué un long tronc d’arbre bien taillé. Il n’est pas d’ici celui-là ! Nous commençons à descendre vers la plage de l’autre côté de la colline. Et sur cette plage gît un petit iceberg qui serait parfait pour quelques photos. Et moi qui traînais les pieds pour descendre vers cette plage. Du coup, je rentre rapidement à la tente chercher les maillots de volley que j’ai emmené, autant pour les porter, car ils sont en synthétique, que pour quelques photos souvenir.

Le glaçon en question est en plus bien proportionné et il est possible de s’y asseoir et même de s’y mettre debout. Et c’est le début d’une série de photos. Assis et debouts sur l’iceberg, puis avec les maillots. Il fait un soleil radieux, il fait bon. Allé je me mets torse nu derrière le glaçon.

Et pourquoi s’arrêter là ? J’enlève le bas et je pose les orteils dans l’eau. Bon, c’est certain, c’est froid, très froid même. Mais à ma grande surprise, c’est supportable. Je poursuis jusqu’aux genoux. Quelques foulées dans l’eau. Cela saisit quand même cette eau glaciale. C’est gelé, piquant et brûlant en même temps !

Mais cette mer translucide est tellement tentante, ce soleil si chaud, l’air si doux, même si la température ne doit pas dépasser les 10°C… Et avant de partir, prétentieux sans doute, j’avais affirmé que j’irai me baigner. Les premiers jours, mes premiers contacts avec cet océan glacial m’avaient refroidi. Surtout sous la pluie ! Mais maintenant, cela me semble possible, et c’est sûrement le moment ou jamais…

Allé, soyons fou, j’y vais. Les pieds, les genoux, la ceinture passent sans problème. Une petite pause. Tout va bien. Et le reste suit ! Cela pique et brûle un peu, la poitrine est opprimée. Quelques secondes complètement immergé, puis quelques gestes de natation pour revenir vers le bord sous le regard incrédule de la photographe et je sors en courant ! Pas de serviette, mais vite un maillot pour me sécher. Forcément, l’air paraît chaud après un tel bain. Au goût, cette eau de mer est bien moins salée qu’habituellement. Il faut dire qu’avec toute l’eau douce qui y tombe…

Je regarde les photos. Un peu déçu, avec le soleil bas sur l’horizon, je suis presque à contre-jour. Qu’à cela ne tienne, j’y retourne en me tournant davantage face au soleil. Je m’y remets donc entièrement. Et de la même manière, j’en ressors très rapidement. Je me sèche avec le second maillot.

Voilà, je l’ai fait !!!

Nous retournons à la tente, moi tout fier de ma performance, de mon exploit ! Il n’y a sûrement pas de quoi, ce n’est pas forcément très intelligent. Si je passe les prochains jours au lit, je ne devrai pas me plaindre… Tant pis, je l’ai fait !

Nous allons ensuite voir la petite cabane, plantée sur les hauteurs derrière la tente. Ses murs ont une surface métallique et sa porte est en bois. Spartiate et bien arrimée, elle doit être très pratique en cas de mauvais temps. Les câbles qui la tiennent donnent une idée des vents qui peuvent souffler en ces lieux…

Nous grimpons sur la bosse qui se trouve juste à côté et qui nous offre une belle vue sur le fjord et sur l’inlandsis au fond de celui-ci. Il y a beaucoup d’icebergs au pied du glacier, mais très peu devant nous, à la sortie du fjord. Je reste déçu. Dommage de ne pas avoir le temps de s’en approcher. J’ai du mal à évaluer la distance qui nous sépare de l’inlandsis, mais elle doit être importante, plusieurs kilomètres sans aucun doute. Le temps qu’il nous reste demain ne nous permettra sûrement pas de pénétrer trop profondément à l’intérieur de ce fjord.

Nous apercevons deux phoques au milieu du fjord devant nous. Ils semblent s’amuser dans l’eau en nageant rapidement sur quelques mètres. Mais ils sont trop loin pour des photos. Nous essayons de nous en approcher en redescendant jusqu’à la plage. Mais la distance reste trop grande. Des chasseurs sont de l’autre côté du fjord. Trop loin eux aussi, tant mieux.

Un petit bateau approche à vive allure de notre plage, légèrement sur notre droite. Il fait fuir nos phoques. Il accoste à une centaine de mètres de nous et nous voyons une personne en descendre et grimper sur la pente abrupte. Puis nous la voyons se pencher et ramasser des choses par terre, au milieu des rochers. Vraiment curieux ce qu’il peut se passer dans ce pays.

De retour à la tente, c’est l’heure d’une bonne douche même si la mer ne m’a pas paru très salée. Je profite de l’eau à profusion ici. Ce sera donc deux casseroles d’eau chaude pour bien me laver. Quel plaisir de sentir cette eau chaude couler sur mon corps. La douche de demain soir promet d’être très agréable. Et très longue. A moins d’un bon bain chaud… Ces petits plaisirs que l’on oublie dans notre vie quotidienne et qui nous font rêver ici.

Puis, pour la dernière fois, je regarde le programme du lendemain. Une douzaine de kilomètres en direct pour le port de Narsarsuaq. Un peu plus si nous entrons dans le fjord. Nous verrons en fonction de la glace présente.

De toute façon, il va falloir se lever tôt, car la journée va être chargée. Une fois arrivés à Narsarsuaq, il faut se changer, vider les kayaks, les rendre, déjeuner, récupérer et faire les valises, et enfin aller à l’aéroport. Avec tout ce qu’il nous reste, nous ferons certainement don d’un peu de nourriture à Jacky. Nous décidons donc d’un lever à six heures. Pour une fois, je vais mettre le réveil afin d’être certain de ne pas se rater.

Le dernier dîner, face au soleil couchant. Nous avons l’impression qu’il n’est pas aussi tard que nous le montre la position du soleil. Et avec raison. Par rapport au jour de notre arrivée, il y a dix jours, le soleil se couche une demi-heure plus tôt aujourd’hui. Cela varie si vite à ces latitudes…

Le froid tombe vite. Sans nuages, une nouvelle nuit glaciale nous attend. Le repas achevé, nous nous réfugions dans la tente pour une bonne nuit de sommeil.

Méritée car je l’ai fait !

13 septembre – Mardi

2h53. Le vent hurle sur les sommets nous entourant et nous réveille. Immédiatement, deux questions : la tente va-t-elle tenir et comment va être la mer tout à l’heure ?

Pour la première, je ne suis pas trop inquiet. Les piquets ont été difficiles à enfoncer et en cas de besoin, il y a foison de pierres autour pour tenir les sardines. En outre, nous sommes dans un creux, bien abrités. Et effectivement, seules quelques rafales secouent épisodiquement la tente. Mais plus haut, cela siffle fort…

Quand à la seconde question, je suis bien plus soucieux…

Difficile, voire impossible de se rendormir dans un tel contexte, entre le bruit et l’anxiété.

6h00. Le réveil sonne. Pas pour nous dire « réveillez-vous », mais plutôt « levez-vous ». Notre dernière fois de préparatifs s’effectue rapidement et en silence. Le manque de sommeil et l’inquiétude nous rendent muets.

La lune brille encore fort. Le soleil n’est pas encore levé. Et de toute façon les hautes montagnes derrière nous, nous le cacheront encore longtemps. Le ciel s’est couvert de nuages d’altitude pendant la nuit, pas entièrement, mais les trouées bleues sont minces.

Je vais rapidement voir la mer. Aïe… Mes pires craintes sont confirmées. Le vent d’est qui souffle toujours aussi fort a métamorphosé le fjord. Hier si calme, la mer est aujourd’hui déchaînée. Les vagues s’enchaînent, bien creusées, et viennent s’écraser violemment sur le rivage. Leurs crêtes sont blanches d’écume. Nous allons tout avoir de face : le vent, les vagues, le courant. Dans notre malheur, une toute petite bonne nouvelle : il vaut mieux avec cela contre que plein travers. La traversée du fjord jusqu’à la rive montagneuse de l’autre côté va être longue, difficile et périlleuse.

7h30. Nous sommes prêts. Vraiment rapides ce matin. Et face aux flots en furie dans nos kayaks, le réveil musculaire risque fort d’être agité…

Les premières secondes et les premiers coups de rame confirment malheureusement que nous allons vivre l’enfer. L’effort est immense, le résultat maigre. Les vagues sont si resserrées que lorsque le milieu du kayak se trouve sur une crête, l’étrave commence déjà à plonger dans la vague suivante. L’eau déferle sur le bateau qui est ballotté comme un vulgaire bouchon. Rapidement je sens que je suis glacé sous la ceinture. Ma jupe n’est vraiment pas étanche, c’est confirmé, je baigne dans l’eau glaciale. Mais ce n’est pas mon souci principal. Le visage éclaboussé en permanence et les bras en feu, il faut lutter et avancer, encore et encore, arc-boutés sur nos montures et crispés sur notre pagaie.

Jamais montagne escarpée et aride ne m’a paru aussi accueillante. Vite s’y mettre à l’abri. Mais que c’est long d’y arriver. Je n’avance pas. Ma vision se limite à peu de choses : la vague qui me repousse, la suivante qui va m’agresser et mes bras tétanisés. Pourtant, il faut pagayer, continuer à lutter.

Les rafales sont parfois si violentes que je sens leur choc jusque dans la pelle qui n’est pas immergée. Au risque que la pagaie m’échappe des mains.

Une vague plus haute que les autres me submerge complètement. Dans le ruissellement liquide, je distingue une forme rouge glissant le long du kayak. La bouche ouverte pour mieux m’oxygéner pendant l’effort, je reçois par la même occasion une bonne goulée d’eau glaciale et salée. Par réflexe, je la recrache immédiatement. Et elle me revient aussi vite en plein visage. Ah oui, le vent… Voyant cette folie, mon bidon d’eau que j’avais calé devant moi a préféré le suicide. C’était donc lui cette forme rouge fuyante… J’y vais, je n’y vais pas ?… Cruel dilemme d’une demi-seconde. On n’abandonne pas un compagnon de voyage et de galère. Demi-tour donc. Heureusement, dix jours de kayak procurent une certaine dextérité. J’évite le retournement et un délicat trois cent soixante degrés plus tard, je suis à nouveau en route après avoir récupéré ce bidon farceur. Les deux passages avec les vagues en plein travers n’ont pas été une partie de plaisir…

Malgré le temps, deux hélicoptères rouges volent au loin…

En m’approchant de la rivé opposée, je me rends compte que le vent et les vagues ne faiblissent pas tant que cela. Mais leur orientation a changé. Logique, ils contournent l’obstacle. Je les ai donc maintenant de travers droit. Cette difficulté supplémentaire est compensée par la petite baisse d’intensité.

Il faudra attendre les tous derniers mètres pour enfin sentir une amélioration notable. Bien à l’abri du relief et tout proche du rivage, les éléments sont enfin plus cléments. Légèrement sur la gauche, une petite plage de cailloux. Loin d’être idéale, mais je ne suis pas en mesure de faire le difficile. Je m’y pose tant bien que mal et je tire mon kayak à l’abri des vagues. Comme à chaque fois que je descends de kayak, c’est ma vessie qui m’impose la première obligation. Pour me venger de la nature, j’urine sur une petite méduse échouée. Une fois cette preuve d’intelligence effectuée, je me retourne vers l’océan, les bras et les épaules endolories. Où est donc ce second kayak ? La dernière fois que je me suis retourné, il était loin derrière moi, légèrement sur ma gauche. Aucune aide n’est possible dans cet enfer, c’est du chacun pour soi… Je ne vois rien sur la mer en colère. Je monte de quelques mètres. Rien… Je grimpe en courant vers un gros rocher légèrement en surplomb, vingt ou trente mètres plus haut. Rien… J’ai beau scruter attentivement, à droite, à gauche, au près, au loin, rien… Pas de forme effilée et de pagaie qui se balance. Même pas une coque renversée. Ah… J’examine méthodiquement l’espace verdâtre agité devant moi, de haut en bas, de droite à gauche. Et bien non, toujours rien. Bon…

Et tranquillement, au ras de la falaise grise sur ma gauche, ce petit kayak apparaît, la pagaie battant l’eau lentement et régulièrement… Transit de froid, je redescends. Une fois mon kayak vidé d’une grande partie de son eau, je repars.

La navigation est un peu moins difficile au ras de cette côte rocheuse désolée. Mais il faut être attentif, à deux mètres du bord, certains rochers apparaissent franchement inamicaux. Et la moindre petite erreur nous enverrait rapidement dessus.

Nous avons maintenant le vent arrière. Juste devant nous, un promontoire s’avance dans la mer. L’eau semble particulièrement agitée devant lui. Et pour cause ! Le vent violent d’est s’engouffre dans les deux fjords, celui que nous venons de traverser (le Qôroq) et celui où nous sommes maintenant (celui de Narsarsuaq). Leurs orientations ne diffèrent que d’une trentaine de degrés. Lorsque le Qôroq se termine, au cap que nous venons de passer, le relief protège du vent venant du fjord de Narsarsuaq. Avec sa forte énergie, le vent provenant du Qôroq peut donc s’y jeter. Et c’est pour cela que nous avons vent et vagues arrières pour le moment. Mais à partir du promontoire devant nous, il n’y a plus de masque pour le vent provenant de la direction de Narsarsuaq. C’est donc le point de rencontre de deux courants contraires et de deux vents opposés. Et ce choc crée un sacré maelström.

Passer cette barrière n’est pas de tout repos. L’effort est extrêmement violent et nos muscles sont encore un peu plus endoloris. Nos kayaks sont ballottés dans tous les sens… Heureusement, cette zone particulièrement violente est restreinte et nous parvenons à en sortir rapidement…

Et du coup, nous nous retrouvons encore une fois avec vagues, vent et courant contraires. L’accalmie aura été de courte durée. La galère continue.

Quel dernier jour ! Une bonne piqûre de rappel anti-kayak…

Selon l’orientation de la côte, l’abri du relief est parfois plus faible et il faut alors se battre contre un vent violent et de bons creux qui submergent à nouveau le kayak. Ces instants de lutte contre les éléments déchaînés sont difficiles… Il faut à nouveau se battre et tirer fort sur la pagaie…

Certaines criques sont très belles et, avec 25°C de plus, feraient de très belles petites plages privées…

L’effort est long et difficile. Ce sera notre exploit. Pas de foule en délire pour nous acclamer, mais arriver au bout sera une sacrée performance.

La vitesse de défilement des rochers est parfois affligeante. Nous nous ferions dépasser par une grand-mère en déambulateur…

Juste avant un grand promontoire, une grande plage de gravier ocre. Je m’y arrête. Pas de miracle, ma vessie veille. Et pour la deuxième fois, j’en profiter pour vider les litres d’eau embarqués clandestinement. Petit goûter également, une barre chocolatée, six ou sept carrés de chocolat. C’est fête aujourd’hui, je ne me refuse rien. Et ce sont également quelques sucres rapides qui seront bien accueillis par mon organisme.

Dix kilomètres au compteur, le poteau d’arrivée ne doit pas être loin. Mais au large du promontoire, cela doit encore être le déchaînement des éléments.

Très peu d’icebergs aujourd’hui. Même eux ne sortent pas par ce temps, il fait trop mauvais… Il n’y en avait pas non plus dans le fjord précédent. Peut-être une période peu productrice.

Après ce goûter, il faut repartir. Et c’est confirmé, au promontoire, c’est à nouveau l’enfer et pas moyen d’y échapper ou de tricher. Il n’y a plus qu’à courber l’échine et appuyer fort sur la pagaie.

Au prix d’immenses efforts, nous progressons. A la vitesse de l’escargot, mais nous progressons. Au détour d’un rocher, les antennes de l’aéroport apparaissent, puis tout proche, un gros cylindre métallique, un hangar rouge et le plus beau, le petit port de Narsarsuaq, terme de notre aventure aquatique.

Quel soulagement…

Les derniers mètres ne sont pas les plus faciles. C’est ensemble que nous franchissons l’entrée du port et que nous nous échouons sur la petite plage de cailloux gris. Le visage blanchi par le sel, mais souriant, heureux d’avoir réussi. Nous l’avons fait… Nous avons vaincu les éléments déchaînés…

Voilà, c’est fini… Mais quelle fin, quelle apothéose… Sentiments partagés. Joie et tristesse. Soulagement et satisfaction. Euphorie et lassitude physique…

Et pour la dernière fois, je pose la pagaie sur le rivage et sors du kayak. Et oui, toujours la vessie en premier ! Puis, encore une fois, mais c’est la dernière, nous avons toutes les peines du monde à nous extraire de ces fichues combinaisons étanches. Ah ces manchons qui enserrent les poignets et les chevilles…

Nous vidons complètement les kayaks et nous les déposons devant le local cylindrique de Blue Ice. Juste à côté d’une dizaine d’autres kayaks monoplaces… Plus récents, avec gouvernails et grands espaces de rangement. Eux…

Nous posons également nos affaires et déjeunons. Il est onze heures et demie, nous sommes dans les temps. Qui l’eut cru ce matin ?

Après le repas, nous laissons nos affaires et remontons à pied vers l’aéroport et les locaux de nos loueurs. Finalement le trajet nous apparaît long à pied. Nous devions être tellement absorbé par la découverte de ce pays à l’aller qu’il nous avait semblé très bref. Le vent fort nous glace.

A quelques mètres de l’arrivée, nous croisons Claus qui part en véhicule en sens inverse chercher des touristes arrivés en bateau. Nous montons donc avec lui et faisons demi-tour. A quelques minutes près, nous nous évitions toute cette peine…

Nous chargeons nos affaires dans le van, remontons et re-déchargeons tout devant les locaux. Nous récupérons nos valises et faisons le transfert de nos affaires. Nous pensions économiser un bagage. C’est raté ! Malgré la nourriture en moins, nos vêtements mal rangés et humides prennent beaucoup de place. Tant pis, nous aurons encore nos cinq bagages…

Je paie le transfert Narsaq-Itelleq. Nous rendons les bouteilles de gaz non utilisées et nous faisons cadeau de nos denrées non entamées : trois paquets de pâtes, un de broyés (ils ne se doutent pas de ce que cela représente pour moi !), un de gâteaux pour le petit-déjeuner et une tablette de chocolat. Toujours ça de moins à porter et à ramener.

Puis c’est le départ vers l’aéroport distant de quelques mètres après plusieurs remerciements et adieux.

L’enregistrement dans la petite aérogare s’effectue rapidement à l’un des deux guichets. Nous avons encore quelques kilos d’excédent. Six ou sept… Incroyable… Certainement l’eau de nos vêtements mouillés. Mais nos valises passent sans encombre.

Puis c’est l’attente, nous avons deux heures avant le décollage. Bonne gestion du timing ! L’aérogare se remplit petit à petit. Avant notre vol, un gros hélicoptère rouge d’Air Greenland décolle pour un vol intérieur. Cela doit être magnifique. Il est difficile de lutter contre nos paupières. Surtout avec la chaleur ambiante et la lourdeur de nos muscles. Peut-être avons-nous oublié ce que signifie vivre à plus de cinq degrés ?

Puis c’est le contrôle de sécurité et l’embarquement. Nos derniers pas sur le sol groenlandais, sous un ciel gris et avec un vent toujours violent. L’avion est loin d’être plein.

Mise en route des moteurs, roulage, remontée de la piste pour un décollage piste 07. Vu le vent, pas de doute possible pour la choix de la piste…

C’est la fin de l’aventure. Finalement partir faire du kayak au Groenland pendant onze jours en autonomie complète en partant de rien, ou presque, c’est possible. Nous l’avons fait. Quelques grosses galères, mais de merveilleuses images inoubliables.

Alignement, mise en puissance, lâché des freins, accélération. Les roues quittent le sol. Avant d’être happés par les nuages, un résumé de cette expédition défile devant nos yeux : un peu de mer verte et transparente, un peu de montagnes, un peu de lacs, un peu d’herbe verte, un peu de fjords, un peu d’inlandsis, un peu d’icebergs…

Adieu Groenland !... Ou au revoir ?...
De retour du Maroc! English translation pending
by Krahnaud · 2012-09-29 · 269 replies
Bonjour à tous !

Je tenais juste à partager notre (mon amie et moi) expérience sur le Maroc ici avec vous car c'est ce principalement ce forum qui nous a permis d'avoir une idée du parcours à effectuer dans ce beau pays.

Première étape Marrakech, où nous nous sommes posés dans un Riad en pleine Médina. Visite des monuments habituels : la place Jemaa El Fna, le jardin Majorelle (certes joli mais en faire le tour est rapide, un peu surfait je trouve), la Merdessa Ben Youssef, le palais El Bahia, sans oublier les souks bien sûr où nous avons effectué quelques achats durement (ou pas) négociés. Bon, tout ça fait en deux jours, tranquillement, je déconseillerais de rester plus longtemps dans cette ville où le bruit et la pollution sont omniprésents. Trop de médina tue la médina !

Après récupération de la voiture de location chez Budget (tarifs avec réduc Routard avantageux) nous sommes partis en direction de Skoura, où nous avions réservé au 'Gite Kasbah La Palmeraie'. Sur le chemin, nous en avons profité pour bifurquer sur l'Aït Ben Hadou qui vaut franchement le détour, même s'il faut se battre pour que les guides locaux vous lâchent avec leur traversée de l'Oued à dos de dromadaire, très insistants les bougres !

Arrivée à Skoura : Chaleureusement accueillis par Mohamed et Ghizlane avec un petit thé, nous avons posé nos affaires dans cette Kasbah typique pour 3 nuits. Premier repas partagé avec la famille (y compris le petit Abdesamad de 18 mois, craquant et toujours souriant) qui a consisté en un énorme couscous, délicieux ! Le lendemain, visite de la vallée des Amandiers avec Mohamed, petit paradis au milieu du désert. Retour à la Kasbah pour une sieste puis le soir direction la Palmeraie pour admirer le coucher de soleil et aller découvrir un artisan local qui travaille la poterie avec les moyens du bord, très intéressant et très sympathique ! Un bon Tajine concocté de main de maître par Ghizlane et au lit. Après avoir encore une fois profité du petit déjeuner (crêpes aux milles trous miam), Mohamed nous a accompagné pour une longue journée où nous avons fait une boucle partant de la vallée des Roses, puis passage par une piste (une heure de rallye, pauvre voiture de location :p) pour rejoindre les Gorges du Dadés (magnifique, luxuriant, des clichés à n'en plus finir) et découvrir les 'doigts de Singe', déformations rocheuses accrochées aux montagnes, très étrange. Summum de la journée, le dîner et son tajine toujours aussi délicieux.

Jour suivant : départ pour Merzouga, où Mohamed nous avait réservé une petite expédition dans le désert via l'Auberge du Sud, située aux pieds des dunes et à laquelle on accède via une piste au km 13 avant la ville. Petit plongeon dans la piscine puis décollage à dos de dromadaire pour une heure de tangage et d'écartèlement des cuisses (confort zéro sur cette bestiole :p) pour admirer le coucher de soleil du haut des Dunes, splendide et une réelle impression d'être au milieu de nulle part. Re-dromadaire pour rejoindre le bivouac, où après un petit thé on nous sert un tajine au poulet qui comble parfaitement notre appétit. La fin de soirée est agrémentée de djembé + chant, merci aux guides touaregs multi-tâches et tri voir quadrilingues. Après une courte nuit (réveil à 6h), la montée sur la dune adjacente est plus que sportive pour apprécier le lever de soleil mais on en prend plein les mirettes. Petit déjeuner puis c'est reparti pour 2 heures de dromadaire afin de rejoindre notre point de départ, l'Auberge du Sud.

Retour à Skoura pour une nuit, où en arrivant nous nous écroulons de fatigue, les vacances n'ayant pour le moment pas été de tout repos. Après la sieste bien méritée, nous passons du temps avec la petite famille, toujours aussi chaleureuse et très ouverte à la discussion quelle qu'elle soit. Dernier repas en leur compagnie : un Tajine, mais pas n'importe lequel : amandes et pruneaux, sans aucun doute le meilleur mangé au cours de ces vacances, j'en ai encore l'eau à la bouche ! Après un petit déjeuner où les crêpes ont été préparées par Ghizlane et mon amie (en mode apprentie), c'est un crève-coeur que de quitter la Kasbah...

Dernière étape de ce voyage, direction Essaouira. Après une nuit passée à Agadir (rien à dire), nous arrivons dans cette ville au calme reposant. 3 jours à profiter de l'air de la mer, du poisson grillé sur le port, d'un Hammam traditionnel (rude mais très relaxant), de la tranquillité des rues, de la vue depuis les remparts et de l'accueil général des commerçants ; bref un havre de paix au Maroc, parfait pour clore le voyage.

Le retour sur Marrakech étant dénué d'intérêt (il pleuvait en plus), je vous passerai les détails ! Pour finir, très beau séjour, de belles rencontres et un régal pour les yeux (et pour l'appareil photo), nous y reviendrons sûrement. Petit bémol, il n'est pas toujours évident pour une femme de s'y promener, les regards sont parfois très insistants et rendent parfois mal à l'aise, mais il faut faire avec !

En espérant ne pas avoir été trop long, bon week-end à tous !

Alexis et Lydia.

PS : Encore merci à toute la famille El Gharbi pour leur accueil, leur gentillesse et leur simplicité.
Hôtel à Khajurâho? (Inde) English translation pending
by Copacubana · 2012-09-24 · 24 replies
Bonjour

Pouvez-vous me conseiller un hôtel à Khajurao pour 2 nuits en octobre - je ne cherche pas le luxe mais je veux la propreté et si possible, pas trop de bruit.

Merci !
Louer une voiture en Tunisie en vaut-il la peine? English translation pending
by Ravingzeus · 2012-09-24 · 87 replies
Bonjour, Je pars pour 2 semaines en Tuninise le 3 novembre prochain, nous allons sejourné dans une hotel a Port El-Kantaoui. Nous avons l'intention de faire des excursions et/ou louer une voiture et faire nos propres excursions. Je dois donc decider si je vais louer une voiture ou non. Pensez vous que cela vaut la peine de louer une voiture? On a pas necessairement l'intention de revenir a notre hotel a chaque soir, donc si c'est le cas, est ce aussi facile de trouver un endroit ou dormir a la derniere minute en chemin, j'imagine que oui etant en basse saison?? Autre chose, je veux aller dans le coin de ksar ghilane, est ce que l'on peut se rendre en voiture jusque la ou faut louer un jeep au lieu d, une voiture. Aussi, si j'ai l'intention de passer une nuit dans le desert a partir de Ksar Ghilane tout en faisant du dromadaire pour me rendre au camp, dois je reserver d'avance ou je vais facilement me trouver quelques chose sur place le jour meme.. Merci de votre aide, vous pouvez aussi me diriger vers un endroit ou je pourrais avoir plus d'info pour ma planification de sejour, car pour l, instant nous n'avons pas trop de plan!
Nous voilà revenus du Maroc English translation pending
by Ninou31200 · 2012-09-18 · 116 replies
Quel Beau Pays ! que de belles rencontres nous avons fait là bas !

nous sommes arriver à Marrakech et sommes aller dormir à ait ourir à l’hôtel le coq hardi (avec piscine) car il fait tres chaud et lourd à Marrakech ! puis départ à ait ben haddou ! faire attention ou vous laisser la voiture si vous vous y rendez par ce moyen là ! car nous l'avons garer à coté de la mosquée ! et nous nous sommes fait débrancher quelque chose dessus pendant notre visite ! de plus les guides sont hors de prix ! et disent tous la même choses ! mieux vaut faire la visite seul ! puis arriver à Skoura (gîte la palmeraie) un endroit ou il fait bon vivre avec des gens merveilleux ! déconnexion totale beaucoup de balades à faire (vallée des amandiers, vallée des roses, la palmeraie, le souk (le lundi) ......) puis visite de la vallée des doigts de singe (magnifique) et boulmane de dades ! ensuite arrêt a askaoun (auberge askaoun tres bien et pas cher). Nous sommes ensuite remonter vers Agadir (temps d’arrêt 10 mins) trop touristique pour nous ! une nuit à tamri puis 4 jours au camping "le calme" à 15 kms d'essaouira (très bien aussi) fati est super ! puis 3 jours à l’hôtel "smara" bof bof hygiène limite mais ville magnifique ! et 4 jours à Marrakech à l’hôtel toulousain (très bien)

nous avons adorer notre voyage ! beaucoup de gens de là bas nous manque déjà ! ainsi que des rencontre franco-belge et vendéenne

fanny, david, clara
Projet de voyage en 4x4 en Namibie en août 2013 English translation pending
by Xfg59 · 2012-09-13 · 251 replies
Bonjour à tous,

Voilà, je me lance dans ce nouveau post pour préparer un fabuleux voyage en Namibie en août 2013. Une discussion a été entamée dans le carnet de Max68, mais pour plus de clarté et ne pas polluer son excellente rédaction et ses magnifiques photos je préfère poursuivre ici.

J'ai déjà lu, depuis plusieurs années, vos différents récits de voyage et la destination me tentait irrésistiblement. Nous n'avons jamais mis un pied en Afrique, je débarque donc avec candeur et innocence d'une autre section et d'autres cieux beaucoup plus familiers pour moi. Le continent africain, pour qui ne le connait pas, fascine, attire, aimante tout autant qu'il effraie, véhiculant fantasmes et peurs tout à la fois... Je vous demanderai donc d'être indulgents pour les âneries que je vous servirai peut-être 🤪...

Qui sommes-nous ? Un couple voyageant avec ses 3 garçons de 5, 11 et 12 ans au moment du voyage. Les enfants sont habitués à bouger, voyager, randonner, faire de longs trajets en voiture... Nous adorons ces moments d'exception où nous nous retrouvons ensemble au bout du monde, à nous forger une mémoire collective et partager nos émotions.

Itinéraire : Pour le moment, je n'ai pas encore établi d'itinéraire, je vais m'y atteler au fur et à mesure de vos interventions, conseils et critiques.

Souhaits et remarques : - Un circuit en 4x4, avec un maximum de nuits en camping (tentes sur le toit). - Des étapes de longueurs raisonnables. Le rythme suivi par Marie et sa famille nous semble adapté. - Marcher, même si je sais déjà que la destination n'est pas nécessairement la plus appropriée pour cela - Voir des animaux dans les parcs, bien sûr ! (Ne riez pas, nous nous sommes lancés dans le "game drive" à Yellowstone chaque soir au crépuscule, ce fut un grand succès, les enfants en redemandaient !) Mais aussi rencontrer les Himbas, se perdre dans le Sossusvlei et les paysages du Namib, du Naukluft ou du Brandberg, voir les éléphants du désert dans le Damaraland et j'en oublie... - Faut-il inclure une incursion au Bostwana ? - Ce sera notre premier voyage en Afrique australe. J'ai lu (et on m'a écrit) quasi unanimement que la région a un goût de "reviens-y". Nous n'excluons pas d'y retourner par la suite en cas de coup de coeur... Donc, si nécessaire, nous pouvons faire quelques impasses.

Merci d'avance pour vos réponses,

Xavier
Espagne ou Italie? English translation pending
by Pifgadget64 · 2012-08-19 · 28 replies
pour mon premier voage à vie j'hésite vraiment entre l'italie et l'espagne aidez moi àfaire un choix je suis un fin gourmand y t il saisons ou c'est mieux d'y allé merci
Programme de farniente et visites aux Cyclades (septembre/octobre) English translation pending
by VoyageurTibo · 2012-08-18 · 26 replies
Bonjour à tous !

Nous prévoyons partir 12j en Grèce fin septembre, début octobre. Nous sommes déjà allés à Santorin et Mykonos et souhaitons découvrir d'autres îles.

Le mot d'ordre donné par Madame est REPOS, avec le moins possible de transport. Par contre Monsieur a du mal à rester plus de 2 heures sur une plage - aussi belle soit elle 😊

Je cherche donc à faire un "circuit" qui nous satisfera tous les deux... Pour le moment, je m'oriente vers des îles plus grosses (ou moins petites !) afin que je puisse faire des balades pendant les journées ensoleillées.

En cette période les ferrys ne sont pas aussi fréquents qu'en été et j'avoue qu'ils déterminent pas mal le parcours...

Voici ce que je pensais faire : - Naxos (4 nuits) - Amorgos (4 nuits) - Paros (3 nuits)

J'hésite à passer une nuit de moins à Naxos et Amorgos afin d'aller à Syros qui me tente bien... mais une nouvelle fois les horaires des ferrys ne sont vraiment pas optimaux. Par exemple, le ferry Naxos - Amorgos prend 6h20 le samedi contre 2h40 le dimanche...

D'où mes questions. - Pensez-vous que le programme soit correct ? - Y a-t-il de quoi s'occuper à Naxos et Amorgos pendant plusieurs jours ? (Je pensais par exemple faire une petite excursion d'une journée dans les petites Cyclades...) - Avez-vous d'autres idées ? Comme Rhodes qui pourrait probablement bien nous convenir... ?

Merci d'avance 😉
Koh Phi Phi: l'enfer au paradis English translation pending
by Youpi88 · 2012-08-14 · 229 replies
Bonjour à tous les VFistes et lecteurs/lectrices de passage !

Je viens écrire ce post pour parler de mon récent séjour à Koh Phi Phi.

Certains ici me connaissent un peu car à une époque je postais beaucoup sur le forum, et également via mon site internet. Pour faire simple, j'ai dans la trentaine, je viens depuis 7 ans en Thailande, pour les études, le travail, et bien sûr pour voyager.

J'ai vadrouillé un peu partout dans le pays (Isan mis à part, mais ça va venir), et je voyage toujours avec mon amie Thai. Nous voyageons donc dans les coins touristiques bien sûr, mais aussi bien dans des coins pour touristes étrangers que pour touristes Thais (si si, il y a bien les deux).

Tout ça pour dire que je pense avoir une bonne vision d'ensemble du paysage touristique en Thailande, d'un point de vue étranger, et local, sans pour autant être un expert.

Alors voilà, après 7 ans à venir et vivre en Thailande, je n'ai toujours pas été à Koh Phi Phi. J'ai fait plein d'autres endroits, mais pas celui-là. Pourquoi ? C'est relativement loin de Bangkok, et comme je n'ai souvent que des weekends, ça fait trop court. Et l'avion étant assez cher en weekends… bref, je n'ai jamais eu l'occasion d'y aller.

Ce weekend était un weekend de 3 jours en Thailande, pour la fête des mères (bonne fête maman !). Avec mon amie nous cherchions donc à passer 3 jours sur une ile, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas fait ça.

Koh Samet ? On connait déjà très bien. On adore mais on veut du changement. Koh Chang ? Mon île préférée il y a 7 ans, mais j'ai été très déçu l'année passée, les hôtels ayant défiguré la plupart des plages. Ca reste une ile sympa, mais je connais très bien aussi. Koh Samui ? Déjà fait, et nous n'avions pas trop aimé, disons que la distance pour s'y rendre ne justifiait pas de ne pas aller à Samet plutôt. Koh Phangan ? Très bien (au nord), mais loin, et déjà fait. Koh Lanta ? Fait l'année dernière, vraiment rien de terrible. Encore une fois l'ile ne justifie pas un si long voyage (les 4 jours de pluie n'avaient pas aidé, certe). Pattaya ? Ma copine étant originaire de cette région, pas très exotique comme voyage. Kanchanaburi, Chiang Mai, Ayutthaya, etc… déjà tous fait plusieurs fois. Sympa, très sympa même, mais non ! On veut de l'eau et du sable cette fois-ci !

Bref, ce rapide bilan fait, une évidence se présentait: c'était l'occasion tant attendue d'aller vers Phuket, ou Koh Phi Phi. Enfin, après 7 ans en Thailande je verrais cette île dont tout le monde parle. 😉

Ni une ni deux, le vendredi soir, on saute dans un BUS VIP pour Phuket, depuis la gare des bus du sud de Bangkok. Les avions étaient tous complets, ou à des horaires qui ne collaient pas. Cette gare est très bien, sachant qu'il y a 7 ans elle ressemblait plus à un marché au poisson géant où il fallait une boussole et beaucoup d'instinct pour trouver le bon guichet et réussir à avoir un ticket. Le plus gros souci de cette gare, c'est qu'en période de pointe, il faut presque 2H pour s'y rendre tellement les bouchons sont incroyables.

Bus VIP 24 sièges pour 1058 baths par personne, très propre, silencieux, glacial (mais on est en Thailande, le pays du froid intérieur), bon service, et arrêt à une aire d'autoroute avec repas gratuit à volonté. Bref, un long voyage en bus de 12H, mais dans des conditions optimales à prix modique.

Nous arrivons à la gare des bus de Phuket. Un peu enfarinés, fatigués, mais encore dans un état présentable. Nous n'avions rien réservé, et ne savions même pas encore si nous allions à Phuket ou Phi Phi. Vu qu'on a que 3 jours, direction Phi Phi directement, sinon ça fera trop court.

Comme à l'accoutumée, je laisse ma copine discuter avec le guichet d'information et les taxis et autres moto taxis sur place. C'est parti, on monte dans une voiture privée qui pour 200 Bahts nous amène au port. Petite étape avant à l'agence de voyage de l'ami de l'ami du frère du tonton de la personne qui nous a renseigné à la gare des bus, pour nous vendre des tickets de bateau. Bref, depuis le temps que je voyage ici, ça m'aurait surpris que ça se passe autrement. Mais bon, c'est rapide, et ma copine gère tout ça très bien (heureusement). 😛

Le demi-cousin du frère du propriétaire de l'agence nous emmène au port. Là, 4 individus non identifiés nous demandent où on va, avec la politesse d'un serveur parisien en heure de pointe. En fait, ces 4 "lascars" en jean/t-shirt/cigarette au bec sont l'équipage du bateau. Oh capitaine mon capitaine ! Une fois l'allure passée, ils sont en fait très sympas.

Ticket en poche, autocollant collé sur la poitrine, on monte sur le bateau, qui se remplit vite de jeunes farangs (étrangers) qui se précipitent pour s'allonger en plein soleil à l'avant ou l'arrière pour profiter de chaque milliseconde de soleil. Nous, on va à l'intérieur, mon amie étant Thai, il faut du froid, de l'ombre, et un siège. Parfait, ça me va aussi !

2h de bateau, et entre temps, une personne s'est assuré de nous réserver une guest house sur Koh Phi Phi. Parfait, ça de moins à faire ! C'était surement un ami du capitaine, et tout le monde du bus jusqu'à la guest house doit toucher sa commission. Ca les arrange, nous aussi.

Le moment tant attendu arrive, nous débarquons. Et là surprise, ce n'est pas 40 ou 50 personnes que nous voyons au port, mais 300 ou 400 touristes entassés sur le ponton, avec valises, dans un bazar indescriptible. Du jamais vu ! La personne du bateau nous y retrouve, et interpelle des "porteurs" de valises qui nous emmèneront à notre guest house.

Avant, il faut payer 20 bahts par personne pour la "taxe de parc national". Pourquoi pas, c'est la même chose à Koh Samet (sauf que c'est 200 Bahts à Koh Samet).

Nous marchons, et traversons alors des petites ruelles, avec partout, absolument partout autour de nous des farangs de tous bords, des boutiques de tous types, et des centaines de touristes marchant de tous les côtés. Autant de monde qu'au quartier Siam de Bangkok un vendredi soir. Nous sommes dubitatifs, pour ne pas dire désenchantés, mais on positive en se disant que ce soit être comme ça au port uniquement. 🤪

On marche une bonne quinzaine de minutes, avec une petite famille de français qui vont à la même guest house. Le père est apparemment très déçu et énervé par ce qu'il voit de l'île, il s'attendait à quelque chose de plus "nature". Nous aussi !

Ces 15 minutes de marche sont troublantes: un dédale de petites rues bondées de monde, de farangs torses nus ou en bikinis, des déchets partout par terre, des constructions anarchiques, des odeurs nauséabondes, de la musique plein pot dans les bars (il n'est que 13H), et pratiquement aucun Thai à l'horizon à part ma copine et les employés des boutiques (et encore). 🏴‍☠️

On arrive enfin à la guest house (Chunut house), un peu dans les terres. Ce sont des bungalows en bois, avec clim et… c'est tout ! Strict minimum, aucune décoration, salle de bain digne d'un bungalow à 300 bahts la nuit, bref, déception, pour 1500 bahts la nuit. A l'accueil la jeune femme est désagréable, et veut vite en finir avec nous pour retourner à ses activités.

Ile surpeuplée, guest house médiocre, long voyage… ça part mal. 😐

Une douche plus tard, on part se promener. On file vers la plage la plus proche pour se restaurer. Surprise, la mer est littéralement un parking géant pour bateaux, et il y a une minuscule zone de baignade délimitée par des bouées. L'eau est claire, mais les déchets sur la plage font vite oublier la possible beauté du lieu. Les restaurants sont tous fermés (il est 14H…), et personne dans aucun restaurant ne vient nous accueillir pour nous servir à manger. On y arrive tant bien que mal, la nourriture est chère, et vraiment pas terrible. Ma copine a même du mal à trouver un plat Thai dans le menu.

On se sauve vite, et on décide d'aller au fameux "View Point" de l'île. On marche, marche, marche très très longtemps, et ça grimpe à n'en plus finir dans la forêt. Un petit chemin de montagne ? Non, une hideuse route bétonnée, jonchée de détritus. Elle se termine par un chemin de terre, à peine balisé, où on croise des locaux qui visiblement non pas eu la chance de faire fructifier leur business comme d'autres sur l'ile.

Après 45 minutes de grimpette, on arrive enfin au View Point. Honnêtement, c'est sympa, belle vue sur les iles, endroit propre, et les gens qui posent pour la photo. Nous aussi ! On en profite 30 minutes, et on redescend… par un autre chemin, en fait le "vrai" chemin, bien plus court que celui que nous avions pris. Bien fait pour nous, on n'avait qu'à demander.

Nous revoilà donc dans la "ville", le soleil descend, on veut profiter un peu de la plage. On se dirige donc vers la plage, non sans être littéralement dégoutés par un amas de déchets de près de 20 mètres de long, en train de brûler… si si, ils brulaient les déchets au milieu de tout le monde, à 50m de la plage. Du jamais vu. 😕

Arrivés sur la plage, nous retrouvons un schéma très classique, des bars roots/reggae pour jeunes farangs en train de cuver de la veille, des déchets de partout sur le sable, et même… clou du spectacle… un "bateau poubelle", en plein milieu de la baie. Une sorte de barque géante en acier qui sert de camion poubelle. Apparemment ça ne gênait personne de se baigner à côté.

Trop c'est trop, on retourne à la guest house. Après une douche, on part pour diner. Quelle mission ! Les restaurant ferment à 21H30 ou 22H, et il est extrêmement difficile de trouver autre chose que des pizzas ou des steaks. Ma copine étant avide de fruits de mer, on va dans un restaurant de fruit de mer qui a pignon sur rue, et vue sur la plage. Il n'a aucun charme, mais faute de mieux… Surprise, c'est une farang qui nous amène à notre table… ah tiens, grande nouveauté en Thaïlande. On s'assoit, et on attend 20 bonnes minutes. Personne ne vient nous servir, visiblement ça ferme, et on dérange. Certe il est un peu tard, mais le minimum serait de venir nous le dire. On s'en va sans avoir mangé. Ca commence mal.

On ère 1H pour enfin trouver un restaurant, enfin un espèce de bar tenu par un japonais (toujours pas de Thai), qui serve encore à manger. C'était pas mal, mais le hip hop à fond les manettes dans les enceintes, non merci.

Ca y est, cela fait 9H que nous sommes sur l'ile, et nous n'avons envie que d'une seule chose, partir, au plus vite. On trouve un cyber café, et on réserve nos billets d'avion pour le retour à Bangkok. On est encore mieux chez nous dans notre appartement de Bangkok qu'ici !

Sur le retour pour aller nous coucher, des dizaines de jeunes farangs bourrés, à errer entre les bars. L'un d'eux, allongé devant le 7/11 avec sa 12ème bière à la main, nous voit et nous dit "attention elle va te ruiner ta gonzesse", pour ensuite faire une remarque désobligeante sur mon physique. Ayant plus de peine pour lui qu'autre chose, je lui souris poliment, et passe mon chemin, content que ma copine ne l'ait pas entendu.

Vivre en Thailande m'a appris à me contenir et à garder mon calme en apparence, et visiblement ce jeune garçon va passer une plus mauvaise soirée que moi. Mais si nous avions été dans un endroit normal en Thailande, c'est-à-dire avec des Thais et pas 99% de farangs, ce jeune homme ne serait pas resté plus de 2 minutes allongé comme un ivrogne à insulter les gens (et surtout une Thaie) devant le 7/11. Là, il aurait passé une très, très mauvaise nuit, et serait surement dans le prochain avion. Mais bon passons, il y a des cons partout (enfin surtout ici).

Nous voila à la guest house, nous nous écroulons sur le lit après ce long périple.

Le lendemain, nous devons repartir de l'ile à 14H pour avoir notre avion à 21H à Phuket.

Nous avons donc la matinée. Nous détestons ce qui nous entoure, mais nous nous trouvons un peu bête de ne même pas avoir vu Maya Bay ou fait du snorkeling. Si ça se trouve on est mal tombés jusqu'ici, et on est passé à côté de belles choses.

On réserve donc rapidement un long tail boat juste pour nous deux, qui nous fait un petit tour de 2H entre les iles. 🙂

Enfin, un truc sympa, entre nous, et un peu de nature ! Le capitaine du Long tail boat est sympathique, et nous dépose sur Maya Bay. Sans surprise, la baie ressemble plus à la baie de Monaco, les yachts étant remplacés par des speed boats. Il y a peut-être 30 ou 40 bateaux entassés sur cette magnifique baie. Quelle horreur. Mais bon, après tout nous aussi on est là.

Le long tail boat se gare sur la plage… entre les déchets flottants sur l'eau… oui oui, Maya Baie, si vous regardez de près, c'est surement l'eau la plus sale que j'ai vu en Thailande. Elle est en effet d'un bleu turquoise magnifique, mais la canette de coca qui y flotte est bien rouge et blanche.

On paye 200 bahts de taxe à un monsieur sur la plage (gratuit pour ma copine car Thaie), et nous avons le droit de rester seulement 20 minutes montre en main. On fait comme tout le monde (les 500 autres personnes avec nous), on va voir la baie, on prend des photos, et on repart.

Oui, c'est beau, oui l'eau est turquoise, oui on voit des poissons par milliers, mais les dizaines de bateaux, les centaines de touristes, les déchets à la tonne, ça prend le dessus. Sans parler de ces speed boats qui passent à fond les manettes près de gens en train de faire du snorkeling.

On revient à terre, pour se précipité dans le bateau, et on rentre, direction l'aéroport. 😏

Alors voilà la fin de notre très, très bref périple à Koh Phi Phi. Cette ile est une beauté, ou du moins l'était. C'est désormais un ghetto pour touristes en mal de fête, d'alcool, et de "j'y étais, regarde la photo". Les constructions sont anarchiques, c'est extrêmement pollué par les déchets, ça pue les égouts presque partout, les touristes sont irrespectueux des coutumes Thais (enfin ce n'est plus vraiment la Thailande), et comble du comble, ma copine était pratiquement la seule touriste Thaie de l'ile. Presque à chaque fois les locaux étaient surpris qu'elle parle Thai… et bien si, je vais vous l'apprendre (enfin pas à vous lecteurs), mais il y a des Thais en Thailande.

En 7 ans en Thailande, je n'ai jamais vu ça. Oui les Thais ne sont pas réputés pour leur gestion optimale du développement touristique, mais là, on a atteint un niveau hors norme. Et c'est la faute autant des Thais que des touristes.

Koh Samet, Koh Lanta, Koh Chang, Koh Phangan (pas le ghetto au sud) pour ne citer que les plus célèbres, sont infiniment mieux, moins belles certes, mais vivables, avec encore des coins beaux et propres. Pour n'en citer qu'une, la plage d'Ao Phrao à Koh Samet est un bijou comparé à Koh Phi Phi.

Le pire de tout ça, c'est que nous étions en basse saison… je n'ose imaginer le désastre en haute saison. 😕

Bref, passez votre chemin, oubliez les images vues sur internet ou dans un célèbre film, vous les verrez ailleurs, ce n'est pas ce qui manque.

Malgré la beauté de l'ile, il n'y aucune raison de s'infliger la visite d'un tel lieu, ou alors de passage éclair pour du snorkeling sans poser le pied à terre. Mais il faut croire que certains aiment… tant mieux ! Qu'ils restent là-bas, au moins on sait où ils sont.

Et au moment ou j'écris ces lignes, un resort gigantesque est en construction sur l'ile, et en train d'arracher tous les arbres de ce qu'il restait de nature à ce bout de terre. Si si, ce n'est pas terminé.

Voila, désolé pour autant de négativité, ce n'est pas dans mes habitudes. Mais jamais ne n'aurais cru un tel spectacle possible. 😠

Pour conclure, voici les mots de ma copine sur l'ile:

"Tu as remarqué, il n'y a pas de Buddha sur l'ile, ou du moins aucun signe ne l'indiquant. C'est mauvais signe ça."

Un peu de superstition Thai me redonne toujours le sourire, quand le "Mai pen Rai" ne suffit plus. 😉

Cordialement,

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