Results for "Diabat+ou+Kaouki+ou+Amsittene+ou+Tafelney+ou+Tamanar+ou+Imsouane+|+1+>+66"
107 results found.
Voyage au Maroc en mai: choisir Essaouira ou Agadir? English translation pending
Bonjour
Je voudrais partir en mai au Maroc et j'hésite entre Essaouira et Agadir
Je pars avec ma copine je ne cherche pas forcement un endroit pour faire la fêtes
Juste prendre du soleil et me baigner dans la mer…
Je pensais à Hôtel Riad Mogador à Essaouira
Ou à Agadir soit l'Hôtel Amadil Beach ou l’Hôtel Oasis ou l’Hôtel Kenzi Europa
J’ai vu les photos du sofitel ça fait rêvé…mais bon trop cher...
Qu'en pensez-vous, pouvez vous m’aider déjà sur le choix de la ville et ensuite sur les hôtels
Merci de votre aide
Je voudrais partir en mai au Maroc et j'hésite entre Essaouira et Agadir
Je pars avec ma copine je ne cherche pas forcement un endroit pour faire la fêtes
Juste prendre du soleil et me baigner dans la mer…
Je pensais à Hôtel Riad Mogador à Essaouira
Ou à Agadir soit l'Hôtel Amadil Beach ou l’Hôtel Oasis ou l’Hôtel Kenzi Europa
J’ai vu les photos du sofitel ça fait rêvé…mais bon trop cher...
Qu'en pensez-vous, pouvez vous m’aider déjà sur le choix de la ville et ensuite sur les hôtels
Merci de votre aide
Complexe touristique à Essaouira? English translation pending
Quelqu'un sait où ça en est ?
(c'est pas vraiment le truc qui nous tente 🤪, juste mon mari hydrographe va faire des levés par là, et il voudrait savoir)
(c'est pas vraiment le truc qui nous tente 🤪, juste mon mari hydrographe va faire des levés par là, et il voudrait savoir)
Essaouira: quoi d'autre visiter à part le centre? English translation pending
Bonjour,
et si on partait a Essaouira? mis a part le centre et la plage qu on a deja vu l année derniere la aussi y a t il moyen de voir des choses dans cette ville ou dans les alentours pour sortir un peu des sentiers battus et la aussi les endroits a surtout pas rater?!!
Merci d avance
La aussi toujours la meme famille d indécis...
et si on partait a Essaouira? mis a part le centre et la plage qu on a deja vu l année derniere la aussi y a t il moyen de voir des choses dans cette ville ou dans les alentours pour sortir un peu des sentiers battus et la aussi les endroits a surtout pas rater?!!
Merci d avance
La aussi toujours la meme famille d indécis...
Endroits à visiter/voir à Essaouira? English translation pending
Bonjour amis voyageurs et amoureux du Maroc (comme moi 😉)
Très prochainement je (re)pars au Maroc et cette fois ci je vais pouvoir aller jusqu'a Essaouira et je suis a la recherche de tous renseignements de ce qu'il y a à visiter et voir dans cette jolie ville. Je sais que dans la ville il y a une médina et qu'il faut faire a pied le centre.
Qui peut me donner d'autres infos ?
Merci d'avance 🙂
Très prochainement je (re)pars au Maroc et cette fois ci je vais pouvoir aller jusqu'a Essaouira et je suis a la recherche de tous renseignements de ce qu'il y a à visiter et voir dans cette jolie ville. Je sais que dans la ville il y a une médina et qu'il faut faire a pied le centre.
Qui peut me donner d'autres infos ?
Merci d'avance 🙂
Essaouira en photo et vidéo English translation pending
https://youtu.be/t9yxQxTeXCs
Une de mes villes préférées au Maroc.
Calme et un charme particulier.
Séjour à Essaouira English translation pending
Bonjour à tous,
J'ai l'opportunité de passer un mois (en mai) à Essaouira avec ma petite famille. Et j'aurais besoin d'infos sur les transports (je pense atterrir à Marrakech) et leurs prix (trajet Marrakech-Essaouira mais aussi dans Essaouira même). J'ai 2 enfants en bas âge et je voulais savoir si on trouve des couches facilement (je suppose que oui...) et pharmacie... et alimentation (les bons plans pas cher, pas besoin de grandes surfaces ;-) ) Si vous avez aussi des conseils et idées pour petites visites et rencontres sur Marrakech ou Essaouira. C'est mon premier séjour au Maroc et tous vos conseils sont les bienvenus...
Mille mercis et bonne journée
J'ai l'opportunité de passer un mois (en mai) à Essaouira avec ma petite famille. Et j'aurais besoin d'infos sur les transports (je pense atterrir à Marrakech) et leurs prix (trajet Marrakech-Essaouira mais aussi dans Essaouira même). J'ai 2 enfants en bas âge et je voulais savoir si on trouve des couches facilement (je suppose que oui...) et pharmacie... et alimentation (les bons plans pas cher, pas besoin de grandes surfaces ;-) ) Si vous avez aussi des conseils et idées pour petites visites et rencontres sur Marrakech ou Essaouira. C'est mon premier séjour au Maroc et tous vos conseils sont les bienvenus...
Mille mercis et bonne journée
Une semaine à Essaouira? English translation pending
Bonjour à tous,
Comment passer une semaine sans s'ennuyer à Esaouira au printemps ?
Beaucoup d'entre-vous disent que c'est trop! ...
Ce site reste une mine qui grossit toujours ; je compte sur cette richesse ...
Comment aborder l'arrière pays autour ? bus, voiture, moto, guides locaux ...
Des activités insolites, des balades à cheval, des petits lieux étranges, camping sa...
Des adresses de petites bouffes ou de plus grandes pas forcément typiques mais de bonne qualité ...
Des cafés sympa ...
Merci d'avance.
CORDIALEMENT
Les plages de l'Atlantique du Maroc English translation pending
salut tout le monde je veux cet été ne faire que les plages de l'atlantique et j'aimerais bien que vous me conseillez un peu selon vos expériences il préférable au sud casablanca et merci
NB: transport en commun
Voyage à Agadir ou Essaouira English translation pending
Bonjour a tous.
J'aimerais organiser un petit week end pour notre anniversaire de rencontre avec mon copain je voudrais dans un premier temps savoir si sa n aller pas être mal perçu. Au Maroc sachant qu'il vit la bas qu'on réserve un hôtel ? Je penser aller soit a Agadir ou essaouira des hôtel a me conseiller ? Qui proposerai des excursions? Des endroits a visités absolument ? Quel temps fait il au Maroc en janvier ? Merci d avance pour vos réponses.
Surf et plages sans risque pour des enfants au Maroc? English translation pending
Bonjour,
Nous envisageons de partir peut être cet été au Maroc pour faire découvrir le surf à nos 2 filles de 10 et 12 ans et combiner quelques vsites "pas trop chaudes".
Pourriez vous nous conseiller des endroits sympas où elles puissent débuter sans risque et où on puissse aussi se baigner sans pour cela être les uns sur les autres. (On aime pas les usines à touristes et les coin bétonés).
Merci
Pistes entre Essaouira et Tan Tan? (voyage à moto) English translation pending
Bonjour
Je descends en moto avec un pote la semaine prochaine. 20/12 bateau à Barcelone. 21/12 Tanger - Oualidia (miam les huitres...) 22/12 Oualidia - Tan-Tan La suite... vers le sud
Motos : une Super Ténéré et une Ténéré : des machines à bouffer de la route / de la piste.
Quelqu'un connait il les pistes entre Essaouira et Agadir, entre Tiznit et Tan-Tan ? La plage blanche ? Recommandations ? Hotels ou points de chute pas trop cher et/o sympas ?
J'oubliais : arrêt à Dakhla programmé pour manger des huitres et des fruits de mer (miam...).
Appel de phare.
Je descends en moto avec un pote la semaine prochaine. 20/12 bateau à Barcelone. 21/12 Tanger - Oualidia (miam les huitres...) 22/12 Oualidia - Tan-Tan La suite... vers le sud
Motos : une Super Ténéré et une Ténéré : des machines à bouffer de la route / de la piste.
Quelqu'un connait il les pistes entre Essaouira et Agadir, entre Tiznit et Tan-Tan ? La plage blanche ? Recommandations ? Hotels ou points de chute pas trop cher et/o sympas ?
J'oubliais : arrêt à Dakhla programmé pour manger des huitres et des fruits de mer (miam...).
Appel de phare.
Quinze jours jours à Essaouira avec deux enfants: visites et activités (Maroc) English translation pending
Bonjour à tous,
Nous partons 15 jours en août à Essaouira avec nos enfants de 2 et 5 ans. Nous avons loué un appartement et je cherche à savoir quelles sont les endroits à voir, quelles activités sont possibles avec les enfants, etc.. Nous ne connaissons pas du tout le pays, je ne me rend pas vraiment compte des distances entre les différentes villes.
Merci de votre aide.
Nous partons 15 jours en août à Essaouira avec nos enfants de 2 et 5 ans. Nous avons loué un appartement et je cherche à savoir quelles sont les endroits à voir, quelles activités sont possibles avec les enfants, etc.. Nous ne connaissons pas du tout le pays, je ne me rend pas vraiment compte des distances entre les différentes villes.
Merci de votre aide.
Voyager le Maroc un week-end English translation pending
Bonjour, j'aimerais savoir, les weeks-end sont quel jour?ya t-il beaucoup d'endroit fermé?je me rappelle, il y a longtemps déjà, en Algérie, c'était le jeudi et le vendredi.
Merci, André.
Travaux immobilier sur la plage d'Essaouira? English translation pending
🤪bonjour,
Quelqu'un a t'il entendu parler des travaux sur la plage à Essaouirra? Si ce n'est pas commencé pour quand est ce prévu? Dois je annuler mon projet pour octobre 2009; Merci de me répondre. Ln
Quelqu'un a t'il entendu parler des travaux sur la plage à Essaouirra? Si ce n'est pas commencé pour quand est ce prévu? Dois je annuler mon projet pour octobre 2009; Merci de me répondre. Ln
Marrakech 2025: My First Steps as a Private Guide
Preamble:
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This isn’t about drumming up business for a new professional venture—just sharing, under pressure from eager Vf members hungry for juicy anecdotes, my 10-day trip to Marrakech with 10 friends.
I’d mentioned during the planning discussion for this trip ((https://voyageforum.com/forum/questions-excursions-autour-marrakech-d10685703/)) that there wouldn’t be a travel journal... And since I’m a man of my word—but also stuck with a nasty calf muscle tear at the end of the trip that’s keeping me immobile for 15 days (more on that later)—I’ve got some time to dedicate to this. So, after this preamble, off we go to the Medina!
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Day 1: Friday, May 2nd – The Day the Group Split
Before we dive in, let’s talk about the trip prep. Among my friends, I’ve got a rep as the go-to independent travel expert (thanks to a few trips, some with this same crew). So, naturally, the task of planning this one fell to me—and I took it on gladly (you’re never better served than by yourself, right?). The prep and itinerary were hashed out over multiple meet-ups (excuses?) during shared meals at one another’s places, guided by yours truly. Travel style, accommodation, sightseeing—all decisions were made together, trying to balance everyone’s wishes over a good bottle (generic term, not numerical!)
So, a group of five—including me and my girlfriend—set off for Geneva at 3 AM that Friday, while the rest would join us on Sunday due to family or work commitments. We’ll skip the EasyJet flight—it was nothing special, just a means to get us there safely (which, in itself, is already a win). We landed in Marrakech at 9 AM local time. There, a spotless Dacia Logan was waiting for us, chartered by MEDLOC, whose impeccable service I’ll praise here (thanks, friends, for the tip!). My first challenge, after loading the suitcases into the trunk: reaching the riad booked for our first two nights as the advance team. https://www.astradamusmarrakesh.top/fr/
I was a little nervous about driving here—Marrakech’s driving reputation precedes it. The hiccup? While setting up Google Maps for the route, I accidentally added a level-5 difficulty and enabled pedestrian mode... Imagine a rental car stubbornly trying for over half an hour to navigate the Medina (the riad was in the north), cursing all the pedestrians in streets too narrow for the car, and having to reverse multiple times because “it won’t fit,” ignoring the many Marrakechis waving to signal the street was impassable (but what are they trying to sell me now? 🤪)... Until my co-pilot, holding my phone, asked if it was “normal for the route to be dotted on Google Maps?” Yes, it’s normal—pedestrian mode was on.... We’ll still be laughing about this in the nursing home in 40 years, but at the time, I was genuinely surprised by what driving in Morocco had in store for me—and for good reason! After fixing the Google Maps settings, we arrived more calmly at the private parking lot (90 dirhams per night) and then at the riad, where we received a warm welcome while our rooms were being prepared.
After freshening up, we crossed the souks for the first time to have lunch at Jemaa el-Fna Square, at Zeitoun Café, where we enjoyed our first couscous or tagine on its terrace. We’d return to Jemaa el-Fna that evening after a restorative nap at the riad, another late afternoon in the souk, and an evening at this famous UNESCO World Heritage site. This time, it was the restaurant Lafarmacie (you can’t make this up!) that won us over, despite the lack of a rooftop. I recommend this place to everyone—the prices are great, the welcome is extraordinary, and the food is excellent...



Returning after 11 PM, we learned the hard way that the souk has its own entry points and hours, and the path to our beds was full of detours and closed doors. Fortunately, we were guided by friendly locals who showed us the right way (in exchange for a fiercely negotiated tip each time...)
.Day 1: Friday, May 2nd – The Day the Group Split
Before we dive in, let’s talk about the trip prep. Among my friends, I’ve got a rep as the go-to independent travel expert (thanks to a few trips, some with this same crew). So, naturally, the task of planning this one fell to me—and I took it on gladly (you’re never better served than by yourself, right?). The prep and itinerary were hashed out over multiple meet-ups (excuses?) during shared meals at one another’s places, guided by yours truly. Travel style, accommodation, sightseeing—all decisions were made together, trying to balance everyone’s wishes over a good bottle (generic term, not numerical!)
So, a group of five—including me and my girlfriend—set off for Geneva at 3 AM that Friday, while the rest would join us on Sunday due to family or work commitments. We’ll skip the EasyJet flight—it was nothing special, just a means to get us there safely (which, in itself, is already a win). We landed in Marrakech at 9 AM local time. There, a spotless Dacia Logan was waiting for us, chartered by MEDLOC, whose impeccable service I’ll praise here (thanks, friends, for the tip!). My first challenge, after loading the suitcases into the trunk: reaching the riad booked for our first two nights as the advance team. https://www.astradamusmarrakesh.top/fr/
I was a little nervous about driving here—Marrakech’s driving reputation precedes it. The hiccup? While setting up Google Maps for the route, I accidentally added a level-5 difficulty and enabled pedestrian mode... Imagine a rental car stubbornly trying for over half an hour to navigate the Medina (the riad was in the north), cursing all the pedestrians in streets too narrow for the car, and having to reverse multiple times because “it won’t fit,” ignoring the many Marrakechis waving to signal the street was impassable (but what are they trying to sell me now? 🤪)... Until my co-pilot, holding my phone, asked if it was “normal for the route to be dotted on Google Maps?” Yes, it’s normal—pedestrian mode was on.... We’ll still be laughing about this in the nursing home in 40 years, but at the time, I was genuinely surprised by what driving in Morocco had in store for me—and for good reason! After fixing the Google Maps settings, we arrived more calmly at the private parking lot (90 dirhams per night) and then at the riad, where we received a warm welcome while our rooms were being prepared.
After freshening up, we crossed the souks for the first time to have lunch at Jemaa el-Fna Square, at Zeitoun Café, where we enjoyed our first couscous or tagine on its terrace. We’d return to Jemaa el-Fna that evening after a restorative nap at the riad, another late afternoon in the souk, and an evening at this famous UNESCO World Heritage site. This time, it was the restaurant Lafarmacie (you can’t make this up!) that won us over, despite the lack of a rooftop. I recommend this place to everyone—the prices are great, the welcome is extraordinary, and the food is excellent...



Returning after 11 PM, we learned the hard way that the souk has its own entry points and hours, and the path to our beds was full of detours and closed doors. Fortunately, we were guided by friendly locals who showed us the right way (in exchange for a fiercely negotiated tip each time...)
«Ali & Toumani», deux magiciens des cordes en toute harmonie (Mali) English translation pending
«... a level of communication that close to magical. The music is soothing and quiet but brimming with life. It is calm but intense, passionate but peaceful.» (allaboutjazz)
DEUX MAGICIENS DES CORDES EN DIALOGUE
Cinq ans après l'enchanté In the Heart of the Moon, qui leur avait valu un Grammy Award, le légendaire guitariste Ali Farka Touré et la star mondiale de la kora Toumani Diabaté dialoguent une nouvelle fois par l’intermédiaire de leurs instruments. Ils remettent ça avec un album tout simplement nommé Ali & Toumani, aussi le dernier témoignage phonographique de l'homme de Niafounké, décédé en 2006 ...
Ces trois après-midis à Londres en juillet 2005, avec la participation de l'illustre contrebassiste du Buena Vista Social Club, Orlando 'Cachaíto' López, décédé lui aussi, en 2009, et du fils d'Ali, Vieux Farka Touré, les sessions d'enregistrement pour cet album étaient de mauvais augure : Ali Farka est déjà très marqué par le cancer des os qui, en raison de la douleur, le contraint à faire des pauses de plus en plus longues au studio. «He was having bad attacks of pain. There were moments, when playing a song, that we were forced to stop, because Ali was in so much pain. It was hard for him to make this album. But he wanted to continue. At one moment during the sessions I asked myself, "Why am I doing this?" I didn't want him to suffer. We'd start a song and he'd play and play and play and then, at a certain moment, he would just stop and grimace, or bow his head. So we'd stop. But then he would say, "No! Let's carry on." In the end I said: "Thank God, we've done it, we've done it!"», se souvient Toumani Diabaté avec émotion et joie*. On comprend maintenant pourquoi Ali est joint le surnom Farka qui veut dire «âne» – synonyme de robustesse – en sonraï, sa langue maternelle ...
Comme sur le prédécesseur de Ali & Toumani, et à la demande d'Ali Farka, il n'y avait aucune répétition avant l'enregistrement. Ces deux géants de la musique malienne se connaissaient tellement bien qu'il n'y en avait nul besoin. Donc, cet album aussi, en grande partie instrumental, est le fruit de la spontanéité ; immédiatement entre la guitare et la kora, un dialogue se renoue comme s’il n'y a rien de plus naturel au monde. Grattées, pincées, frottées, avec vivacité ou lenteur, les cordes s’interrogent et se répondent avec finesse et élégance. Parfois, guitare et kora vibrent à l'unisson. Sans difficulté on s'introduit dans l'intimité et la complicité. Sur les onze morceaux de l'album, c'est toujours Ali Farka Touré qui joue le thème mélodique, et la kora de Toumani vient s'enrouler autour avec le sens et l'intuition du grand koriste, qui une fois de plus fait de véritables merveilles avec ses vingt-et-une cordes ; son jeu semble faire jaillir plusieurs sources musicales différentes à la fois, plusieurs voix qui s'entrecroisent et dialoguent entre elles, produisant un effet de scintillement infini à la beauté saisissante. A une technique à la fois surabondante et lyrique, Toumani ajoute en outre une manière de marquer le rythme par son utilisation des cordes basses, parfois même de la caisse de résonance de son instrument. Ecouter la totalité de son spectre sonore, on est tenté de croire qu'il ne s'agit plus d'un instrument de vingt-et-une cordes mais d'un orchestre de vingt-et-une koras animé par les doigts d'un seul homme. Les titres s'écoutent presque comme une suite ininterrompue, chansons et mélodies traditionnelles des régions respectives des deux compères – le Nord du Mali pour Ali Farka, le Sud mandingue pour Toumani –, improvisations à la fois libres et arc-boutées sur la tradition, avec parfois des accents congolais (sur Sina Mory), cubains (sur Sabu Yerkoy), sénégalais ou bluesy. Cette musique est toujours aussi envoûtante, comme hors du temps et de l'espace.
Pour écouter Ali & Toumani, c’est comme «lire un livre sur Ali Farka Touré. C’est un album synthèse de tous ceux qu'il avait fait auparavant», récapitule Toumani Diabaté. En fait, les morceaux ramènent à des moments précis de sa vie : d'abord la rumba Sina Mory, avec qui a commencé tout pour Ali Farka. En 1956, il a vu interpréter cette chanson par Keita Fodeba, son idol, en Guinée. C'��tait le moment qui l'a incité à apprendre et jouer la guitare. Machengoidi, un hymne au labeur pour le bien de son pays, enregistré pour la première fois sur Radio Mali, en 1996, puis sur son album posthume, Savane, en 2006. La salsa cubaine Sabu Yerkoy («Merci à Dieu !») célèbre l'Indépendance de son pays en chantant l'insouciance de la vie quotidienne lors de la première décennie post-indépendance. Cette chanson appartient au répertoire standard du guitariste. Ruby est une chanson bobo, qu'il a écoutée pour la première fois à San, petite ville entre Ségou et Mopti, à une population majoritairement bobo. Puis, Warbe («Les hommes»), une chanson peul, dédiée à ceux qui se battent pour protéger leur peuple. Un autre morceau peul de l'album est Samba Gelado, en souvenir d'un prince peul du Fouta Djallon en Guinée. Une très vieille chanson mandé est Be Mankan, à qui Ali et Toumani ont donné la forme d'une valse. Aussi une chanson traditionnelle mandé est Doudou, morceau magnifique qui a des liens à l'époque où le Mali et ses pays voisins, la Guinée et le Sénégal, sont devenus indépendants. Ici, le jeu de Toumani indique des influences du rythme mbalanx sénégalais. L'album s'achève sur le très émouvant Kala Djula («Les commerçants de Kala»), hymne mandingue des griots qui glorifie les Diabatés, dynastie de griots mandingues vieille de plusieurs siècles. Le griot Toumani Diabaté accompagne Ali vers la postérité. Au Mali, la rencontre du Nord et du Sud, plus précisément, celle du terroir de Niafunké d'Ali Farka et du répertoire mandingue joué par les Diabatés depuis un grand nombre de générations n'avait pourtant rien d'évident, même si dans les années soixantes, Ali Farka Touré jouait déjà avec Sidiki Diabaté, père de Toumani et lui aussi virtuose de ce formidable instrument ayant révolutionné son art à elle en la sortant de son contexte orchestral pour l'établir en tant qu'instrument soliste ...
Cet album acoustique en forme à la fois de livre d'histoire et de testament est bien plus qu'un disque posthume supplémentaire. Un vrai et unique chef-d'œuvre de deux sorciers des cordes, sans doute, ou en un seul mot : MAGIQUE ...
CD : Ali Farka Touré/Toumani Diabaté. 2010. Ali & Toumani. World Circuit.
hgb
* voir le livret de l'album.
DEUX MAGICIENS DES CORDES EN DIALOGUE
Cinq ans après l'enchanté In the Heart of the Moon, qui leur avait valu un Grammy Award, le légendaire guitariste Ali Farka Touré et la star mondiale de la kora Toumani Diabaté dialoguent une nouvelle fois par l’intermédiaire de leurs instruments. Ils remettent ça avec un album tout simplement nommé Ali & Toumani, aussi le dernier témoignage phonographique de l'homme de Niafounké, décédé en 2006 ...
Ces trois après-midis à Londres en juillet 2005, avec la participation de l'illustre contrebassiste du Buena Vista Social Club, Orlando 'Cachaíto' López, décédé lui aussi, en 2009, et du fils d'Ali, Vieux Farka Touré, les sessions d'enregistrement pour cet album étaient de mauvais augure : Ali Farka est déjà très marqué par le cancer des os qui, en raison de la douleur, le contraint à faire des pauses de plus en plus longues au studio. «He was having bad attacks of pain. There were moments, when playing a song, that we were forced to stop, because Ali was in so much pain. It was hard for him to make this album. But he wanted to continue. At one moment during the sessions I asked myself, "Why am I doing this?" I didn't want him to suffer. We'd start a song and he'd play and play and play and then, at a certain moment, he would just stop and grimace, or bow his head. So we'd stop. But then he would say, "No! Let's carry on." In the end I said: "Thank God, we've done it, we've done it!"», se souvient Toumani Diabaté avec émotion et joie*. On comprend maintenant pourquoi Ali est joint le surnom Farka qui veut dire «âne» – synonyme de robustesse – en sonraï, sa langue maternelle ...
Comme sur le prédécesseur de Ali & Toumani, et à la demande d'Ali Farka, il n'y avait aucune répétition avant l'enregistrement. Ces deux géants de la musique malienne se connaissaient tellement bien qu'il n'y en avait nul besoin. Donc, cet album aussi, en grande partie instrumental, est le fruit de la spontanéité ; immédiatement entre la guitare et la kora, un dialogue se renoue comme s’il n'y a rien de plus naturel au monde. Grattées, pincées, frottées, avec vivacité ou lenteur, les cordes s’interrogent et se répondent avec finesse et élégance. Parfois, guitare et kora vibrent à l'unisson. Sans difficulté on s'introduit dans l'intimité et la complicité. Sur les onze morceaux de l'album, c'est toujours Ali Farka Touré qui joue le thème mélodique, et la kora de Toumani vient s'enrouler autour avec le sens et l'intuition du grand koriste, qui une fois de plus fait de véritables merveilles avec ses vingt-et-une cordes ; son jeu semble faire jaillir plusieurs sources musicales différentes à la fois, plusieurs voix qui s'entrecroisent et dialoguent entre elles, produisant un effet de scintillement infini à la beauté saisissante. A une technique à la fois surabondante et lyrique, Toumani ajoute en outre une manière de marquer le rythme par son utilisation des cordes basses, parfois même de la caisse de résonance de son instrument. Ecouter la totalité de son spectre sonore, on est tenté de croire qu'il ne s'agit plus d'un instrument de vingt-et-une cordes mais d'un orchestre de vingt-et-une koras animé par les doigts d'un seul homme. Les titres s'écoutent presque comme une suite ininterrompue, chansons et mélodies traditionnelles des régions respectives des deux compères – le Nord du Mali pour Ali Farka, le Sud mandingue pour Toumani –, improvisations à la fois libres et arc-boutées sur la tradition, avec parfois des accents congolais (sur Sina Mory), cubains (sur Sabu Yerkoy), sénégalais ou bluesy. Cette musique est toujours aussi envoûtante, comme hors du temps et de l'espace.
Pour écouter Ali & Toumani, c’est comme «lire un livre sur Ali Farka Touré. C’est un album synthèse de tous ceux qu'il avait fait auparavant», récapitule Toumani Diabaté. En fait, les morceaux ramènent à des moments précis de sa vie : d'abord la rumba Sina Mory, avec qui a commencé tout pour Ali Farka. En 1956, il a vu interpréter cette chanson par Keita Fodeba, son idol, en Guinée. C'��tait le moment qui l'a incité à apprendre et jouer la guitare. Machengoidi, un hymne au labeur pour le bien de son pays, enregistré pour la première fois sur Radio Mali, en 1996, puis sur son album posthume, Savane, en 2006. La salsa cubaine Sabu Yerkoy («Merci à Dieu !») célèbre l'Indépendance de son pays en chantant l'insouciance de la vie quotidienne lors de la première décennie post-indépendance. Cette chanson appartient au répertoire standard du guitariste. Ruby est une chanson bobo, qu'il a écoutée pour la première fois à San, petite ville entre Ségou et Mopti, à une population majoritairement bobo. Puis, Warbe («Les hommes»), une chanson peul, dédiée à ceux qui se battent pour protéger leur peuple. Un autre morceau peul de l'album est Samba Gelado, en souvenir d'un prince peul du Fouta Djallon en Guinée. Une très vieille chanson mandé est Be Mankan, à qui Ali et Toumani ont donné la forme d'une valse. Aussi une chanson traditionnelle mandé est Doudou, morceau magnifique qui a des liens à l'époque où le Mali et ses pays voisins, la Guinée et le Sénégal, sont devenus indépendants. Ici, le jeu de Toumani indique des influences du rythme mbalanx sénégalais. L'album s'achève sur le très émouvant Kala Djula («Les commerçants de Kala»), hymne mandingue des griots qui glorifie les Diabatés, dynastie de griots mandingues vieille de plusieurs siècles. Le griot Toumani Diabaté accompagne Ali vers la postérité. Au Mali, la rencontre du Nord et du Sud, plus précisément, celle du terroir de Niafunké d'Ali Farka et du répertoire mandingue joué par les Diabatés depuis un grand nombre de générations n'avait pourtant rien d'évident, même si dans les années soixantes, Ali Farka Touré jouait déjà avec Sidiki Diabaté, père de Toumani et lui aussi virtuose de ce formidable instrument ayant révolutionné son art à elle en la sortant de son contexte orchestral pour l'établir en tant qu'instrument soliste ...
Cet album acoustique en forme à la fois de livre d'histoire et de testament est bien plus qu'un disque posthume supplémentaire. Un vrai et unique chef-d'œuvre de deux sorciers des cordes, sans doute, ou en un seul mot : MAGIQUE ...
CD : Ali Farka Touré/Toumani Diabaté. 2010. Ali & Toumani. World Circuit.
hgb
* voir le livret de l'album.
Randonnée à cheval au Maroc English translation pending
voila,
on part les deux mois d'été au maroc et on est a la recherche de bonne adresse avec des chevaux réspécté, pour éfféctué une belle rando dans des paysage mémorable.
toutes vos éxperiances et tout vos tuyau son bien venu.
cordialement
cordialement
Reportage: faire du pain au Maroc English translation pending
Bonjour,
Nous partons au Maroc en Janvier 2008 (4 semaines) en Camping car et nos 2 enfants (3 et 5 ans) afin de réaliser une exposition sur les moulins et le pain pour notre ecomusée.
Voici notre itinéraire (en gros):Meknes, Azrou, Midelt, Ar-rachidia, Boumalne-Dades, Vallée du Dades, Ouarzazate, taroudant, Agadir, Essaouira, Safi, El-Jadida puis A3 pour remonter à Asilah et Tanger.
Si le climat est mauvais nous ne feront que Azrou, Khénifra, cascades d'Ouzoud, Marakech, Agadir et la côte Ouest.
Nous recherchons des adresses sérieuses de familles pouvant nous accueillir pour faire le pain avec eux, ainsi que des adresses de moulins que nous pourrions voir fonctionner (tout types de moulins: céréales, huile...).
Nous évitons les grosses villes (surement très jolies, mais peu intéressantes pour les enfants...)
Par ailleurs est il possible de stationner en camping-car dans les villages sans être importunés? les adresses d'habitant pouvant nous acceillir avec notre camping-car sur une nuit sont les bienvenues!
Nos relations sont basées sur l'échange nous apportons vêtements d'enfant, jouets, notre production de confiture et gâteaux pour les personnes voulant bien nous accueillir.
Merci de votre aide
Toumani Diabaté, le nouveau Sunjata du Mali English translation pending
Le nouveau Sunjata du Mali
Toumani Diabaté & son Symmetric Orchestra au Palmengarten de Francfort
Le Symmetric Orchestra de Toumani Diabaté, une formation de 13 musiciens ouest-africains, est actuellement en tournée en dehors du Continent Noir pour la première fois. Son motif, c'est la promotion de son premier album Le Boulevard de l'Indépendance.
Le titre de cet album est un symbole : c'est le nom du boulevard dont partent les routes pour le Burkina Faso, le Sénégal, le Niger, la Gambie, la Côte d'Ivoire, la Guinée ..., ces pays donc qui constituaient dès le 13e siècle le légendaire Empire du Mali. De cet empire, démocratique et centralisé par le pouvoir du roi Sunjata résidant au Mali, qui a été détruit par la colonisation, et rien n'est resté de cette unité politique. Culturellement, par contre, l'empire mandé existe bel et bien. Jusqu'à nos jours, les ethnies dites mandé (Maninka, Bamana, Soninké, Kpelle, Susu, Koranko, Jula, Khassonké etc.) rattachent leur tradition orale, leur histoire, à la personne de Sunjata. Surtout chez les Maninka, l'ethnie, à qui appartient Toumani Diabaté, Sunjata jouit un prestige extraordinaire. Les Maninka estiment que le jò (pacte sacré) établi par Sunjata est la base de leur société. Ils croient que la société d'antan était partagée en pays différents : chaque si (clan) ayant son pays. Ce n'est qu'après sa victoire sur Sumawolo Kanté que Sunjata a pu établir une société dans laquelle les clans vivaient ensemble en paix.
C'est le projet de Toumani de faire ressusciter, par des moyens musicaux, cet empire en mettant en place un orchestre fédérateur; celui-ci veut non seulement rappeler aux grands orchestres des années 60 et 70 en Afrique de l'Ouest (p.ex. Bembeya Jazz, Orchestre de Beyla, Les Ambassadeurs) mais aussi anticiper sur l'utopie d'un Etat pan-ouest-africain, sur le modèle de l'Empire du Mali d'antan, reliée à l'idée de paix, d'amour et de solidarité parmi les peuples différents. Voilà, la genèse du Symmetric Orchestra ... La symétrie entre tradition et modernité, idée fondamentale de ce projet musical, se montre à plusieurs égards : les musiciens venant de divers pays ouest-africains se produisent en vêtements uniformes sauf Toumani, en boubou noir et chatoyant, Kassé Madi Diabaté et Soumalia Kanouté, les deux chanteurs solo, en boubous vert et blanc. Des instruments traditionnels dont la kora, le djembé et le balafon, les trois principaux instruments des Maninka, se réunissent avec des instruments modernes que ce soit deux guitares électriques, la guitare basse, le keyboard et la batterie sans que les sounds de la moderne occidentale ne dominent cette musique. Enfin, Toumani Diabaté, le chef d'orchestre et symbole de la symétrie musicale étant non seulement traditionaliste, mais encore novateur courageux du jeu de kora et de la musique mandé, enfin la musique de l'orchestra quand même qui "s'appuie sur un socle de musique mandingue traditionnelle et s'arc-boute sur cette tradition pour faire jaillir quelque chose de nouveau, de riche, de multi-culturel" (Eglantine Chabasseur).
Tous les morceaux joués en concert sont des compositions de Toumani Diabaté qui grimpent autour de la kora, le centre de cette musique. Mais les visiteurs n'assistent en aucune façon à une présentation de kora solo. Au contraire, souvent que la vedette de kora se contient suprêmement pour, par la suite, évoquer des impressions traditionnelles par de magnifiques cascades de sons ... Ou bien, Toumani "parle" en kora avec un autre instrument, que ce soit la guitare électrique, le ngoni ou le balafon. Ces dialogues intimes sont de vrais instants où on se sent séjourner au Bèlèdougou ou à Kangaba, Sibi et Kela, petits villages dans la région (de griots Diabaté) au sud de la capitale malienne ... La plupart du temps dominent les voix expressives de Kassé Madi Diabaté ou de Soumalia Kanouté, à des mélodies sensuelles en haut registre, ou alors des rhythmes impaires, des off-beats et des structures répétitives déploient une force de remous hypnotique qui semble soulever le temps du rhythme ... Des improvisations épiques et expressives témoignent de la dynamique des musiciens autant que de l'ingéniosité du chef d'orchestre. Une musique qui captive totalement !
Selon les paroles de Toumani Diabaté, la culture de son pays natal "est très diversifiée, elle est puissante. Au Mali, la musique sort et revient toujours à la source." Après deux heures et demie de concert, les Francfortiens savent bien que ces paroles de Toumani ne sont pas la langue de bois ...
Voir aussi : http://fotos.web.de/herbert.braun/Toumani_Diabate_en_concert
Francfort-sur-le-Main, le 8 août 2006.
hgb
Toumani Diabaté & son Symmetric Orchestra au Palmengarten de Francfort
Le Symmetric Orchestra de Toumani Diabaté, une formation de 13 musiciens ouest-africains, est actuellement en tournée en dehors du Continent Noir pour la première fois. Son motif, c'est la promotion de son premier album Le Boulevard de l'Indépendance.
Le titre de cet album est un symbole : c'est le nom du boulevard dont partent les routes pour le Burkina Faso, le Sénégal, le Niger, la Gambie, la Côte d'Ivoire, la Guinée ..., ces pays donc qui constituaient dès le 13e siècle le légendaire Empire du Mali. De cet empire, démocratique et centralisé par le pouvoir du roi Sunjata résidant au Mali, qui a été détruit par la colonisation, et rien n'est resté de cette unité politique. Culturellement, par contre, l'empire mandé existe bel et bien. Jusqu'à nos jours, les ethnies dites mandé (Maninka, Bamana, Soninké, Kpelle, Susu, Koranko, Jula, Khassonké etc.) rattachent leur tradition orale, leur histoire, à la personne de Sunjata. Surtout chez les Maninka, l'ethnie, à qui appartient Toumani Diabaté, Sunjata jouit un prestige extraordinaire. Les Maninka estiment que le jò (pacte sacré) établi par Sunjata est la base de leur société. Ils croient que la société d'antan était partagée en pays différents : chaque si (clan) ayant son pays. Ce n'est qu'après sa victoire sur Sumawolo Kanté que Sunjata a pu établir une société dans laquelle les clans vivaient ensemble en paix.
C'est le projet de Toumani de faire ressusciter, par des moyens musicaux, cet empire en mettant en place un orchestre fédérateur; celui-ci veut non seulement rappeler aux grands orchestres des années 60 et 70 en Afrique de l'Ouest (p.ex. Bembeya Jazz, Orchestre de Beyla, Les Ambassadeurs) mais aussi anticiper sur l'utopie d'un Etat pan-ouest-africain, sur le modèle de l'Empire du Mali d'antan, reliée à l'idée de paix, d'amour et de solidarité parmi les peuples différents. Voilà, la genèse du Symmetric Orchestra ... La symétrie entre tradition et modernité, idée fondamentale de ce projet musical, se montre à plusieurs égards : les musiciens venant de divers pays ouest-africains se produisent en vêtements uniformes sauf Toumani, en boubou noir et chatoyant, Kassé Madi Diabaté et Soumalia Kanouté, les deux chanteurs solo, en boubous vert et blanc. Des instruments traditionnels dont la kora, le djembé et le balafon, les trois principaux instruments des Maninka, se réunissent avec des instruments modernes que ce soit deux guitares électriques, la guitare basse, le keyboard et la batterie sans que les sounds de la moderne occidentale ne dominent cette musique. Enfin, Toumani Diabaté, le chef d'orchestre et symbole de la symétrie musicale étant non seulement traditionaliste, mais encore novateur courageux du jeu de kora et de la musique mandé, enfin la musique de l'orchestra quand même qui "s'appuie sur un socle de musique mandingue traditionnelle et s'arc-boute sur cette tradition pour faire jaillir quelque chose de nouveau, de riche, de multi-culturel" (Eglantine Chabasseur).
Tous les morceaux joués en concert sont des compositions de Toumani Diabaté qui grimpent autour de la kora, le centre de cette musique. Mais les visiteurs n'assistent en aucune façon à une présentation de kora solo. Au contraire, souvent que la vedette de kora se contient suprêmement pour, par la suite, évoquer des impressions traditionnelles par de magnifiques cascades de sons ... Ou bien, Toumani "parle" en kora avec un autre instrument, que ce soit la guitare électrique, le ngoni ou le balafon. Ces dialogues intimes sont de vrais instants où on se sent séjourner au Bèlèdougou ou à Kangaba, Sibi et Kela, petits villages dans la région (de griots Diabaté) au sud de la capitale malienne ... La plupart du temps dominent les voix expressives de Kassé Madi Diabaté ou de Soumalia Kanouté, à des mélodies sensuelles en haut registre, ou alors des rhythmes impaires, des off-beats et des structures répétitives déploient une force de remous hypnotique qui semble soulever le temps du rhythme ... Des improvisations épiques et expressives témoignent de la dynamique des musiciens autant que de l'ingéniosité du chef d'orchestre. Une musique qui captive totalement !
Selon les paroles de Toumani Diabaté, la culture de son pays natal "est très diversifiée, elle est puissante. Au Mali, la musique sort et revient toujours à la source." Après deux heures et demie de concert, les Francfortiens savent bien que ces paroles de Toumani ne sont pas la langue de bois ...
Voir aussi : http://fotos.web.de/herbert.braun/Toumani_Diabate_en_concert
Francfort-sur-le-Main, le 8 août 2006.
hgb
"Trio Da Kali": La descendance reprend le flambeau de l'histoire (Mali) English translation pending
"Naître dans une grande famille de griots, c’est grandir dans une école où l’on n’a besoin ni de bic ni de cahier" (Toumani Diabaté)
"Trio Da Kali", un pourvu des talents de papa et de maman
Les mélomanes de la musique africaine ont bien conscience de la place suréminente de l'art musical des griots et griottes (jeli et jelimuso en bambara) du Mali dans le panthéon musical du continent africain ; même en laissant de côté tous les divers styles du "blues de désert" maliens et les riches traditions pentatoniques (p.ex. les styles wassoulou et sonraï, etc. etc.) de ce pays, la liste des vedettes (griotiques) maliennes reste pourtant formidable : Toumani Diabaté (kora) et son fils aîné et future star Sidiki Diabaté jr. (kora), Bassékou Kouyaté (ngoni), Baba Sissoko (ngoni, tamani), Séga Sidibé (djembé), Moriba Koïta (ngoni), Yacouba Sissoko (kora), Djelimady Tounkara (guitare) & son Super Rail Band, Andra Kouyaté (ngoni), Kassé Mady Diabaté (chant), Mama Sissoko (guitare) & le Super Biton de Ségou, Ballaké Sissoko (kora), Cheick Hamala Diabaté (ngoni), Pédro Kouyaté (guitare, kamalengoni), Zani Diabaté (guitare) & son Super Djata Band, Aïssata Doumbia aka Kokanko Sata (kamalengoni), Abdoulaye Diabaté (chant), Habib Koité (guitare, donsongoni), en outre les inoubliés qui ont tous laissé leurs empreintes dans la musique malienne dont le père de Toumani, Sidiki Diabaté sen. (kora), Bazoumana Sissoko (ngoni), Batourou Sekou Kouyaté (kora), Kèlètigi Diabaté (balafon, violon) et Djéli Fodé Kouyaté (kora), sans sauter une foule de divas griottes (Tata Bambo Kouyaté, Mouhountafé Sacko, Ami Koïta, Mah Damba, Siramori Diabaté, Bako Dagnon, Kandia Kouyaté, Babani Koné, Naïni Diabaté, Mah Kouyaté no.1, Mah Kouyaté no.2, Fanta Damba, Fanta Sacko, Diaou Kouyaté, Aminata Sacko, épouse de Bassékou ...) ; même Salif Keïta, pas du tout un griot lui-même, puise son inspiration surtout des traditions musicales mandingues ... Et depuis peu, on peut ajouter un nouveau nom à cette liste: le Trio Da Kali (en bambara, da kali veut dire "prêter serment", donc ici, c'est vraiment un engagement, à savoir un serment à rester fidèle à l'art du griot). Produit par la connaisseuse par excellence de la musique mandingue, Lucy Durán (SOAS, Londres), et soutenu par l'Initiative Musicale Aga Khan (IMAK), ce trio vaut des critiques élogieuses pour ses concerts en Europe et, plus récemment, aux Etats-Unis, où ces trois musiciens ont aussi collaboré avec le Kronos Quartet ainsi qu'avec Jay Hoggard, maestro de la vibraphone de jazz moderne ...
La maîtrise de l'art oratoire est pour tout griot, musicien ou non, aussi importante (sinon plus) que le chant ou la pratique d'un instrument (cela explique le nombre croissant de griots diplomates, politiciens ou universitaires. Ils jouent aussi un rôle appréciable dans le théâtre et le cinéma. Tous empruntent beaucoup aux traditions orales et musicales griotiques). Au fond, chaque nom de famille (jamu en bambara) renvoie à une histoire et à une légende singulières : les Kouyaté se tiennent eux-mêmes pour les seuls jeli authentiques, puisque descendants du légendaire Bala Fasaké Kouyaté, griot de son état de l'empereur Soundiata Keïta. Pour eux, tous les autres ne sont pas de vrais jeli mais "font les griots", comme on adopte un métier plutôt qu'un autre ... Les Diabaté et les Kouyatés sont considérés comme les meilleurs chanteurs ; les Kouyaté (ou Koïté ou Koïta) sont aussi réputés comme de grands balafonistes, mais on en connaît qui sont d'excellents luthistes, alors que les Diabaté sont plutôt des virtuoses de la kora, de même que les Sissoko, Diawara et Kamissoko. Quant aux Dramé et aux Konaté, ils sont célèbres comme de redoutables prercussionnistes : les maîtres du djembé, tambour en gobelet des griots (qui ne leur appartient d'ailleurs plus vraiment, car depuis longtemps devenu l'instrument africain le plus joué dans le monde entier). D'ailleurs, ce ne sont pas que les griots qui sont à l'origine de ce rangement, il faut plutôt – tout un peu – relativiser la suprematie des griots en tant qu'instrumentistes, et musiciens en général. La société mandingue est divisée en deux groupes principaux : d'un côté les horon (hommes libres), de l'autre côté les nyamakala (artisans) dont les jeli font partie au même titre que d'autres "groupes sociales", entre autres les numu (forgerons). Juste à ces derniers appartiennent aussi de fameux instrumentistes, notamment ceux qui portent les jamu de Camara, Doumbia, Kanté ou aussi Konté. Cela s'explique probablement par le fait que l'habileté du forgeron est indispensable pour la fabrication des instruments.
Est-ce à dire que la tradition griotique se dilue dans la modernité musicale, aussi au regard de la mer des griots, demi- et non-griots par les temps qui courent ?! Bien au contraire : parmi les chanteurs et instrumentistes au pays mandingue (hormis Salif Keïta), aujourd'hui encore aucun non-griot ne peut vraiment s'approprier les techniques et le potentiel émotionnel qui sont la marque du griotisme (jeliya en bambara). Pour en être convaincu, il suffit d'écouter le chant de Kassé Mady Diabaté, de Tata Bambo Kouyaté ou de Ami Koïta, le ngoni de Bassékou Kouyaté ou de Moriba Koïta, la kora de Toumani Diabaté ou de Ballaké Sissoko, la guitare de Djelimady Tounkara ...
Dans sa passionnante autobiographie Jeliya : Etre griot et musicien aujourd'hui*, le joueur de djembé (jenbefòla ou jenbefòlila en bambara) Adama Dramé se déclare : "Jamais le serpent ne s'enroule sans commencer par la tête.(p.31) Mon père était Jéli. Je me rappelle, dans les premières cartes d'identité que j'ai eues, c'était marqué "griot".(p.35) On n'a jamais vu un Jéli chanter parce qu'il a une belle voix. Il chante pour des occasions, il ne chante pas dans le vide. Un jembéfola, c'est pareil, personne n'en a jamais vu jouer dans la rue comme ça. On a une fonction précise."(p.202) Une telle "fonction précise" s'exprime par une forme d'improvisation très particulière, bien à comparer avec le jazz ou le rap. Encore une fois Adama Dramé : "Quand le Jéli parle, chante ou joue, même quand il s'agit de l'épopée mandingue, il faut que ça soit vraiment son histoire à lui. Chaque Jéli racontera la même histoire mais ça ne sera jamais pareil."(p.203) Les mots du freejazzeur américain à l'époque, Archie Shepp, s'y apparentent absolument : "Je m'en fous totalement de jouer bien ou mal, mon seul problème est de raconter mon histoire, notre histoire et une autre histoire." Même un griot ne saurait mieux résumer l'art musical du jeliya ...
Toutefois, il reste bien des débats sur la tradition parmi les (jeunes) musiciens au Mali : suffit-il de préserver tout bonnement la tradition, ou les musiciens sont-ils censés chercher à avancer ? Et si oui, cet avancement doit-il paraître comment ? Y a-t-il eu trop d'emphase sur le même répertoire de base, délaissant trop de bonnes chansons ? Et les musiciens pourraient-ils tomber sous l'emprise d'une virtuosité creuse et suffisante mais en défaveur de la mélodie et de la musicalité en général ?
Le Trio Da Kali y répond à sa propre façon : le leader du trio ne joue ni de la kora ni du ngoni ou de la guitare mais est plutôt maître du balafon : Fodé Lassana Diabaté est né en Guinée dans une grande famille de griots mais suit sa carrière surtout au Mali. Il accompagne Ami Koïta, Toumani Diabaté, Salif Keïta, Babani Koné, Tiken Jah Fakoly et Bassékou Kouyaté. De plus, ce balafoniste très demandé collabore avec Taj Mahal et participe au projet AfroCubism. Un maître hors pair, qui sait mettre en évidence la beauté et les subtilités des mélodies, un artiste engagé et spontané, à un langage expressif et une technique impeccable, en résumé tout simplement un plaisir au suprême degré à le voir jouer de son instrument (je l'ai vécu en concert de Toumani Diabaté & son Symmetric Orchestra à Francfort-sur-le-Main). Le deuxième, Mamadou Kouyaté n’est nul autre que le fils aîné de Bassékou Kouyaté, roi du ngoni, cet unique instrument à cordes pincées d'Afrique de l'Ouest, qui, à l’instar de la kora de Toumani Diabaté, se fait entendre aujourd’hui sur les scènes du monde entier. Aussi membre du groupe NgoniBa de son père, Mamadou Kouyaté, en brillant héritier, sait les faire sonner comme il se doit. Les lignes de son ngoni basse, seul instrument à accompagner le balafon de Fodé Lassana, sont fortes, claires et toujours dans la tradition de son père, appuyant la musique et offrant l'espace pour le balafoniste à exceller dans son jeu dont le lyrisme et la virtuosité ne sont guère à égaler. Le troisième de la bande, c'est une jeune femme : Hawa Kassé Mady Diabaté dont la voix intense ne vient pas de nulle part ; elle est la fille de Kassé Mady Diabaté, légendaire chanteur griot, bouleversant d’émotion, qui n’a pas son pareil pour transmettre la grande épopée mandingue depuis des décennies. Lucy Durán l'adoube pour "undoubtedly Mali's finest female voice today, revered at home for her knowledge of repertoire and for her powerful, clear and expressive voice." Le répertoire du trio comprend des morceaux éblouissants qui les ont accompagnés dès leur enfance : hormis Sunjata, la! chanson de louanges au premier roi de l'Empire du Mali au 13e siècle, le trio vise à présenter des morceaux originaux et moins connus pour, à terme, célébrer la musique la plus belle, la plus subtile et la plus sublime du continent africain. Ce faisant, les trois musiciens donnent un nouveau souffle - frais, contemporain et créatif - à leur art musical, à cette musique ancienne ... Après un concert du trio aux Etats-Unis, un auditeur le dit en ces termes : "I feel like my heart is three times bigger than it was when I walked in."
La chanteuse Hawa Kassé Mady Diabaté et ses deux alliés, le balafoniste Fodé Lassana Diabaté et le luthiste Mamadou Kouyaté appartiennent à une nouvelle génération, largement autodidacte, très instruite et ouverte aux musiques du monde entier, disposée à prendre la relève, par conviction et par passion : cela laisse deviner encore des jours pleins de promesses à l'héritage du jeliya ...
VIVE LE MALI !!!
Hery
*Adama Dramé/Arlette Senn-Borloz (1992). Jeliya : Être griot et musicien aujourd'hui. Paris : Ed. L'Harmattan, 366 pages. (très recommandable !!!)


YouTubes :
1) Le Trio Da Kali et le Kronos Quartet interprètent Jarabi ("Passion") :
http://www.youtube.com/watch?v=qeD7GGLFXoM
2) Toumani Diabaté et le Trio Da Kali live au Théâtre de la Ville, Paris :
http://www.youtube.com/watch?v=EP8dwZMa5fU
"Trio Da Kali", un pourvu des talents de papa et de maman
Les mélomanes de la musique africaine ont bien conscience de la place suréminente de l'art musical des griots et griottes (jeli et jelimuso en bambara) du Mali dans le panthéon musical du continent africain ; même en laissant de côté tous les divers styles du "blues de désert" maliens et les riches traditions pentatoniques (p.ex. les styles wassoulou et sonraï, etc. etc.) de ce pays, la liste des vedettes (griotiques) maliennes reste pourtant formidable : Toumani Diabaté (kora) et son fils aîné et future star Sidiki Diabaté jr. (kora), Bassékou Kouyaté (ngoni), Baba Sissoko (ngoni, tamani), Séga Sidibé (djembé), Moriba Koïta (ngoni), Yacouba Sissoko (kora), Djelimady Tounkara (guitare) & son Super Rail Band, Andra Kouyaté (ngoni), Kassé Mady Diabaté (chant), Mama Sissoko (guitare) & le Super Biton de Ségou, Ballaké Sissoko (kora), Cheick Hamala Diabaté (ngoni), Pédro Kouyaté (guitare, kamalengoni), Zani Diabaté (guitare) & son Super Djata Band, Aïssata Doumbia aka Kokanko Sata (kamalengoni), Abdoulaye Diabaté (chant), Habib Koité (guitare, donsongoni), en outre les inoubliés qui ont tous laissé leurs empreintes dans la musique malienne dont le père de Toumani, Sidiki Diabaté sen. (kora), Bazoumana Sissoko (ngoni), Batourou Sekou Kouyaté (kora), Kèlètigi Diabaté (balafon, violon) et Djéli Fodé Kouyaté (kora), sans sauter une foule de divas griottes (Tata Bambo Kouyaté, Mouhountafé Sacko, Ami Koïta, Mah Damba, Siramori Diabaté, Bako Dagnon, Kandia Kouyaté, Babani Koné, Naïni Diabaté, Mah Kouyaté no.1, Mah Kouyaté no.2, Fanta Damba, Fanta Sacko, Diaou Kouyaté, Aminata Sacko, épouse de Bassékou ...) ; même Salif Keïta, pas du tout un griot lui-même, puise son inspiration surtout des traditions musicales mandingues ... Et depuis peu, on peut ajouter un nouveau nom à cette liste: le Trio Da Kali (en bambara, da kali veut dire "prêter serment", donc ici, c'est vraiment un engagement, à savoir un serment à rester fidèle à l'art du griot). Produit par la connaisseuse par excellence de la musique mandingue, Lucy Durán (SOAS, Londres), et soutenu par l'Initiative Musicale Aga Khan (IMAK), ce trio vaut des critiques élogieuses pour ses concerts en Europe et, plus récemment, aux Etats-Unis, où ces trois musiciens ont aussi collaboré avec le Kronos Quartet ainsi qu'avec Jay Hoggard, maestro de la vibraphone de jazz moderne ...
La maîtrise de l'art oratoire est pour tout griot, musicien ou non, aussi importante (sinon plus) que le chant ou la pratique d'un instrument (cela explique le nombre croissant de griots diplomates, politiciens ou universitaires. Ils jouent aussi un rôle appréciable dans le théâtre et le cinéma. Tous empruntent beaucoup aux traditions orales et musicales griotiques). Au fond, chaque nom de famille (jamu en bambara) renvoie à une histoire et à une légende singulières : les Kouyaté se tiennent eux-mêmes pour les seuls jeli authentiques, puisque descendants du légendaire Bala Fasaké Kouyaté, griot de son état de l'empereur Soundiata Keïta. Pour eux, tous les autres ne sont pas de vrais jeli mais "font les griots", comme on adopte un métier plutôt qu'un autre ... Les Diabaté et les Kouyatés sont considérés comme les meilleurs chanteurs ; les Kouyaté (ou Koïté ou Koïta) sont aussi réputés comme de grands balafonistes, mais on en connaît qui sont d'excellents luthistes, alors que les Diabaté sont plutôt des virtuoses de la kora, de même que les Sissoko, Diawara et Kamissoko. Quant aux Dramé et aux Konaté, ils sont célèbres comme de redoutables prercussionnistes : les maîtres du djembé, tambour en gobelet des griots (qui ne leur appartient d'ailleurs plus vraiment, car depuis longtemps devenu l'instrument africain le plus joué dans le monde entier). D'ailleurs, ce ne sont pas que les griots qui sont à l'origine de ce rangement, il faut plutôt – tout un peu – relativiser la suprematie des griots en tant qu'instrumentistes, et musiciens en général. La société mandingue est divisée en deux groupes principaux : d'un côté les horon (hommes libres), de l'autre côté les nyamakala (artisans) dont les jeli font partie au même titre que d'autres "groupes sociales", entre autres les numu (forgerons). Juste à ces derniers appartiennent aussi de fameux instrumentistes, notamment ceux qui portent les jamu de Camara, Doumbia, Kanté ou aussi Konté. Cela s'explique probablement par le fait que l'habileté du forgeron est indispensable pour la fabrication des instruments.
Est-ce à dire que la tradition griotique se dilue dans la modernité musicale, aussi au regard de la mer des griots, demi- et non-griots par les temps qui courent ?! Bien au contraire : parmi les chanteurs et instrumentistes au pays mandingue (hormis Salif Keïta), aujourd'hui encore aucun non-griot ne peut vraiment s'approprier les techniques et le potentiel émotionnel qui sont la marque du griotisme (jeliya en bambara). Pour en être convaincu, il suffit d'écouter le chant de Kassé Mady Diabaté, de Tata Bambo Kouyaté ou de Ami Koïta, le ngoni de Bassékou Kouyaté ou de Moriba Koïta, la kora de Toumani Diabaté ou de Ballaké Sissoko, la guitare de Djelimady Tounkara ...
Dans sa passionnante autobiographie Jeliya : Etre griot et musicien aujourd'hui*, le joueur de djembé (jenbefòla ou jenbefòlila en bambara) Adama Dramé se déclare : "Jamais le serpent ne s'enroule sans commencer par la tête.(p.31) Mon père était Jéli. Je me rappelle, dans les premières cartes d'identité que j'ai eues, c'était marqué "griot".(p.35) On n'a jamais vu un Jéli chanter parce qu'il a une belle voix. Il chante pour des occasions, il ne chante pas dans le vide. Un jembéfola, c'est pareil, personne n'en a jamais vu jouer dans la rue comme ça. On a une fonction précise."(p.202) Une telle "fonction précise" s'exprime par une forme d'improvisation très particulière, bien à comparer avec le jazz ou le rap. Encore une fois Adama Dramé : "Quand le Jéli parle, chante ou joue, même quand il s'agit de l'épopée mandingue, il faut que ça soit vraiment son histoire à lui. Chaque Jéli racontera la même histoire mais ça ne sera jamais pareil."(p.203) Les mots du freejazzeur américain à l'époque, Archie Shepp, s'y apparentent absolument : "Je m'en fous totalement de jouer bien ou mal, mon seul problème est de raconter mon histoire, notre histoire et une autre histoire." Même un griot ne saurait mieux résumer l'art musical du jeliya ...
Toutefois, il reste bien des débats sur la tradition parmi les (jeunes) musiciens au Mali : suffit-il de préserver tout bonnement la tradition, ou les musiciens sont-ils censés chercher à avancer ? Et si oui, cet avancement doit-il paraître comment ? Y a-t-il eu trop d'emphase sur le même répertoire de base, délaissant trop de bonnes chansons ? Et les musiciens pourraient-ils tomber sous l'emprise d'une virtuosité creuse et suffisante mais en défaveur de la mélodie et de la musicalité en général ?
Le Trio Da Kali y répond à sa propre façon : le leader du trio ne joue ni de la kora ni du ngoni ou de la guitare mais est plutôt maître du balafon : Fodé Lassana Diabaté est né en Guinée dans une grande famille de griots mais suit sa carrière surtout au Mali. Il accompagne Ami Koïta, Toumani Diabaté, Salif Keïta, Babani Koné, Tiken Jah Fakoly et Bassékou Kouyaté. De plus, ce balafoniste très demandé collabore avec Taj Mahal et participe au projet AfroCubism. Un maître hors pair, qui sait mettre en évidence la beauté et les subtilités des mélodies, un artiste engagé et spontané, à un langage expressif et une technique impeccable, en résumé tout simplement un plaisir au suprême degré à le voir jouer de son instrument (je l'ai vécu en concert de Toumani Diabaté & son Symmetric Orchestra à Francfort-sur-le-Main). Le deuxième, Mamadou Kouyaté n’est nul autre que le fils aîné de Bassékou Kouyaté, roi du ngoni, cet unique instrument à cordes pincées d'Afrique de l'Ouest, qui, à l’instar de la kora de Toumani Diabaté, se fait entendre aujourd’hui sur les scènes du monde entier. Aussi membre du groupe NgoniBa de son père, Mamadou Kouyaté, en brillant héritier, sait les faire sonner comme il se doit. Les lignes de son ngoni basse, seul instrument à accompagner le balafon de Fodé Lassana, sont fortes, claires et toujours dans la tradition de son père, appuyant la musique et offrant l'espace pour le balafoniste à exceller dans son jeu dont le lyrisme et la virtuosité ne sont guère à égaler. Le troisième de la bande, c'est une jeune femme : Hawa Kassé Mady Diabaté dont la voix intense ne vient pas de nulle part ; elle est la fille de Kassé Mady Diabaté, légendaire chanteur griot, bouleversant d’émotion, qui n’a pas son pareil pour transmettre la grande épopée mandingue depuis des décennies. Lucy Durán l'adoube pour "undoubtedly Mali's finest female voice today, revered at home for her knowledge of repertoire and for her powerful, clear and expressive voice." Le répertoire du trio comprend des morceaux éblouissants qui les ont accompagnés dès leur enfance : hormis Sunjata, la! chanson de louanges au premier roi de l'Empire du Mali au 13e siècle, le trio vise à présenter des morceaux originaux et moins connus pour, à terme, célébrer la musique la plus belle, la plus subtile et la plus sublime du continent africain. Ce faisant, les trois musiciens donnent un nouveau souffle - frais, contemporain et créatif - à leur art musical, à cette musique ancienne ... Après un concert du trio aux Etats-Unis, un auditeur le dit en ces termes : "I feel like my heart is three times bigger than it was when I walked in."
La chanteuse Hawa Kassé Mady Diabaté et ses deux alliés, le balafoniste Fodé Lassana Diabaté et le luthiste Mamadou Kouyaté appartiennent à une nouvelle génération, largement autodidacte, très instruite et ouverte aux musiques du monde entier, disposée à prendre la relève, par conviction et par passion : cela laisse deviner encore des jours pleins de promesses à l'héritage du jeliya ...
VIVE LE MALI !!!
Hery
*Adama Dramé/Arlette Senn-Borloz (1992). Jeliya : Être griot et musicien aujourd'hui. Paris : Ed. L'Harmattan, 366 pages. (très recommandable !!!)


YouTubes :
1) Le Trio Da Kali et le Kronos Quartet interprètent Jarabi ("Passion") :
http://www.youtube.com/watch?v=qeD7GGLFXoM
2) Toumani Diabaté et le Trio Da Kali live au Théâtre de la Ville, Paris :
http://www.youtube.com/watch?v=EP8dwZMa5fU
Musique malienne English translation pending
Bonjour pour les fans de la musique malienne et amateur du djembé une rencontre avec Oumou sangare, Baba salla Doussou Bagayogo la fille de Nahawa et d'autres joueurs de Djembe.
alors avis aux interesses
Fanta/Bamako
alors avis aux interesses
Fanta/Bamako
Salutations (en bambara) English translation pending
FOLIKÈCOGOW BAMANANKAN NA
(Salutations en bambara)
Au Mali, l’acte de saluer a une grande importance : saluer veut dire respecter. On ne dit pas bonjour en passant mais on arrête en attestant son respect pour quelqu’un : on se renseigne comment se porte la famille de l’interlocuteur et vice versa. Le déroulement ressemble à un rituel. Il l’est. En règle, celui qui s’approche, salue d’abord …
A. Salutations, liées à un moment de la journée :
1. Ka a ta fajiri waati la fo ka na se midi waati ma : (1. Du 5 heures du matin vers midi)
Mògò fòlò : I ni sògòma, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni sògòma, … ! Hèrè sira wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Bien dormi ?) Mògò fòlò : Hèrè dòròn ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw sira di ? (2 e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : Tòòrò t’u la ! (1e personne : Merci, très bien !)
fajiri < ar. fajr > : n. 1. aube ; 2. cinquième prière musulmane avant le lever du soleil waati/wagati < ar. waqt > : n. temps, moment, heure I ni sògòma ! : litt. « Toi et le matin » Nba : « Merci », utilisé exclusivement par des personnes masculines ! Nse : « Merci », utilisé exclusivement par les personnes féminines ! Nba/Nse servent à une salutation du type « I ni … » Hèrè sira wa ?, litt. « La paix a-t-elle passé la nuit ? », au sens de « As-tu passé la nuit en paix ? » Hèrè dòròn !, litt. « La paix seulement ! » Somògòw sira di ?, litt. « Comment la famille a-t-elle passé la nuit ? » Tòòrò tè u (= t’u) la !, litt. « Aucune souffrance n’est à elle ! »
2. Ka a ta midi waati la fo ka na se laasara waati ma : (2. Du midi vers 15 heures)
Mògò fòlò : I ni tile, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni tile, … ! Hèrè tilenna wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Ça va ?) Mògò fòlò : Hèrè ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw tilenna di ? (2e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : Tòòrò t’u la ! (1e personne : Merci, très bien !)
laasara < ar. al-‘asr > : n. 1. moment de la journée vers 15 heures ; 2. deuxième prière musulmane I ni tile !, litt. « Toi et la journée ! » Hèrè tilenna wa ?, litt. « Tu as passé une bonne journée ? » Somògòw tilenna di ?, litt. « Comment la famille a-t-elle passé la journée ? »
3. Ka a ta laasara waati la fo ka na se fitirida waati ma : (3. Du 15 heures au coucher du soleil)
Mògò fòlò : I ni wula, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni wula, …! Hèrè tilenna wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Ça va ?) Mògò fòlò : Hèrè dòròn ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw tilenna di ? (2e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : U tilenna hèrè la ! (1e personne : Merci, très bien !) Mògò filanan: Ala ka tile tò hèrè caya ! (2e personne : Bonne chance !) Mògò fòlò: Ko n bè somògòw fo ! (1e personne : Salue la famille !) Mògò filanan : U na a mèn ! (2e personne : Merci, je vais le dire !)
fitiri < ar. fitr >: n. 1. crépuscule (du soir) ; 2. troisième prière musulmane fitirida : n. moment de la journée entre 15 et 16 heures I ni wula !, litt. « Toi et l’après-midi ! » U tilenna hèrè la !, litt. « Ils ont passé la journée en paix ! » Ala ka tile tò hèrè caya !, litt. « Que Dieu fasse que le reste de la journée soit bonne ! » Ko n bè somògòw fo !, litt. « Que je salue les membres de la famille ! » U na a mèn !, litt. « Ils l’écouteront ! » (na = marque du futur)
4. Ka a ta fitirida waati la fo ka na se fajiri waati ma : (4. Du coucher du soleil au lendemain matin)
Mògò fòlò : I ni su, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni su, … ! Hèrè tilenna wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Ça va ?) Mògò fòlò : Hèrè dòròn ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw tilenna di ? (2e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : U tilenna hèrè la ! (1e personne : Au mieux, merci !) Mògò filanan : Ayiwa, k’an si ! (2e personne : Alors, bonne nuit !) Mògò fòlò : Amiina ! K’an kelen kelen wuli ! (1e personne : Amen ! Bonne nuit !) Mògò filanan : Amiina ! Ala ka su hèrè caya ! (2e personne : Amen ! Dors bien !) Mògò fòlò : Amiina ! Ka nyògònye nògòya ! (1e personne : Amen ! A bientôt !) Mògò filanan : Amiina ! (2e personne : Amen !)
I ni su !, litt. « Toi et le soir ! » K’an si !, litt. « Que nous passions la nuit ! » K’an kelen kelen wuli !, litt. « Que nous nous levions l’un après l’autre ! » (= tout est pour le mieux) Ala ka su hèrè caya !, litt. « Que Dieu fasse que la nuit soit bonne ! » Ka nyògònye nògòya !, litt. « Que nous nous rencontrions bientôt ! » Amiina ! < ar. aamiin >, « Ainsi soit-il ! / Amen ! » (réponse aux souhaits et bénédictions)
B. Autres salutations :
5. I ni ce ! « Salut ! »
I ni ci !, litt. « Toi et le travail ». Cette formule veut dire aussi « Merci ! » (pour une bonne action)
6. I ni fama ! « Salut, … pas vu depuis longtemps ! »
I ni fama !, litt. « Toi et l’absence »
7. I ni baara ! « Bonne continuation ! »
I ni baara !, litt. « Toi et le travail ! »
8. I ni gwa ! « Quel repas, merci ! »
I ni gwa !, litt. « Toi et la cuisine ! » pour remercier la femme qui a cuisiné, pour exprimer son appréciation gustative (mais manifester une telle reconnaissance n’est pas d’habitude appropriée lors du repas)
Beaucoup d’autres salutations selon le schéma I ni … ! (pour une seule personne) resp. A ni … ! (pour plusieurs personnes) sont envisageables et possibles, bien sûr toujours correspondantes à la situation du moment. Donc, soyez créatif – pas de panique ! – les Bambara vont bien comprendre !
9. Ka sira diya ! « Bon voyage ! »
(Ala) ka sira diya, litt. « Que Dieu fasse réussir la route ! »
10. Ka i nyuman se ! « Bon voyage ! »
K’a i nyuman se, litt. « Que tu arrives bien ! ».
11. Ala ka sugu diya ! « Bonne chance ! »
Ala ka sugu diya, litt. « Que Dieu fasse réussir votre marché ! » (adressé à un vendeur au marché)
12. Ala ka tile hèrè caya ! « Bonne journée ! / Salut ! »
Ala ka tile hèrè caya, litt. « Que Dieu fasse que la journée soit bonne ! »
13. Ala ka tile nyuman ban ! « Bonne journée ! / Salut ! »
Ala ka tile nyuman ban, litt. « Que Dieu fasse que la journée se termine bien ! »
14. Ala k’an tilen hèrè la ! « Bonne journée ! »
Ala k’an tilen hèrè la!, litt. « Que Dieu nous aide à passer la journée en paix ! »
15. K’an bèn ! « Au revoir ! »
K’an bèn, litt. « Qu’on se rencontre ! »
C’est la formule courante pour dire au revoir !!! Par des indications temporelles, on peut limiter le moment du prochain rencontre, p.ex. par sini « demain », sòòni « bientôt », tuma wèrè « sous peu » (litt. « moment prochain »), dògòkun nata / dògòkun wèrè « la semaine prochaine », kò fè « après, derrière », etc. …
16a. K’an bèn sini ! ou K’an sini ! « A demain ! » 16b. K’an bèn sòòni ou K’an sòòni ! « A bientôt ! » 16c. K’an bèn tuma wèrè ! « Au revoir ! A la prochaine ! » 16d. K’an bèn dògòkun nata ! « Au revoir ! A la semaine prochaine ! » 16e. K’an bèn kò fè ! « Au revoir ! A plus tard ! »
17. Aw bisimila ! « Soyez les bienvenus ! »
18. N b’i fo i ka wele la ! « Merci pour ton invitation ! »
19. I ni ce kosèbè i ka ladonni na ! « Merci beaucoup pour ton hospitalité ! »
C. Titres :
Les titres polis adressés aux adultes inconnus dérivent du lexème balima « frères et sœurs » …
20a. N balimakè ! « Monsieur ! » 20b. N balimamuso ! « Madame ! » 20c. N balimaw ! « Mesdames et Messieurs ! »
Si le jamu « nom de famille (patronyme) » est connu, on peut habituellement ajouter les spécificateurs indiquants le sexe, tels que -kè (masculin) et -muso (féminin) …
21a. Jabatèkè ! « Monsieur Diabaté ! » 21b. Jabatèmuso ! « Madame Diabaté ! » 21c. Jabatè ! « (Monsieur) Diabaté ! »
ou de manière bien plus formelle …
22a. N balimakè Kulubali ! « Monsieur Coulibaly ! » 22b. N balimamuso Kulubali ! « Madame Coulibaly ! »
Dans la société malienne, un respect particulier est dû toujours aux aînés. En gage de la courtoisie, on les appelle comme suit :
23a. Cèkòròba ! (adressé à un vieil homme) 23b. Musokòròba ! (adressé à une vieille femme)
Il est possible d’appeler qqn par son appartenance ethnique (au Mali) resp. à une quelconque nation en ajoutant les spécificateurs indiquant le sexe …
24a. Bosokè ! « Boso ! » 24b. Fulamuso ! « Femme peule ! » 24c. Kasònkakè ! « Khassonké ! » 24d. Kòròbòròmuso ! « Femme sonraï ! » 24e. Marakamuso ! « Femme soninké ! » 24f. Sènèfòkè ! « Sénoufo ! »
25a. Alimanikè ! « Allemand ! » 25b. Faransimuso ! « Française ! » 25c. Italikè ! « Italien ! » 25d. Kònòwarikè ! « Ivorien ! » 25e. Misiramuso ! « Egyptienne ! » 25f. Suwisimuso ! « Suisse ! »
Bonne lecture !
Au Mali, l’acte de saluer a une grande importance : saluer veut dire respecter. On ne dit pas bonjour en passant mais on arrête en attestant son respect pour quelqu’un : on se renseigne comment se porte la famille de l’interlocuteur et vice versa. Le déroulement ressemble à un rituel. Il l’est. En règle, celui qui s’approche, salue d’abord …
A. Salutations, liées à un moment de la journée :
1. Ka a ta fajiri waati la fo ka na se midi waati ma : (1. Du 5 heures du matin vers midi)
Mògò fòlò : I ni sògòma, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni sògòma, … ! Hèrè sira wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Bien dormi ?) Mògò fòlò : Hèrè dòròn ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw sira di ? (2 e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : Tòòrò t’u la ! (1e personne : Merci, très bien !)
fajiri < ar. fajr > : n. 1. aube ; 2. cinquième prière musulmane avant le lever du soleil waati/wagati < ar. waqt > : n. temps, moment, heure I ni sògòma ! : litt. « Toi et le matin » Nba : « Merci », utilisé exclusivement par des personnes masculines ! Nse : « Merci », utilisé exclusivement par les personnes féminines ! Nba/Nse servent à une salutation du type « I ni … » Hèrè sira wa ?, litt. « La paix a-t-elle passé la nuit ? », au sens de « As-tu passé la nuit en paix ? » Hèrè dòròn !, litt. « La paix seulement ! » Somògòw sira di ?, litt. « Comment la famille a-t-elle passé la nuit ? » Tòòrò tè u (= t’u) la !, litt. « Aucune souffrance n’est à elle ! »
2. Ka a ta midi waati la fo ka na se laasara waati ma : (2. Du midi vers 15 heures)
Mògò fòlò : I ni tile, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni tile, … ! Hèrè tilenna wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Ça va ?) Mògò fòlò : Hèrè ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw tilenna di ? (2e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : Tòòrò t’u la ! (1e personne : Merci, très bien !)
laasara < ar. al-‘asr > : n. 1. moment de la journée vers 15 heures ; 2. deuxième prière musulmane I ni tile !, litt. « Toi et la journée ! » Hèrè tilenna wa ?, litt. « Tu as passé une bonne journée ? » Somògòw tilenna di ?, litt. « Comment la famille a-t-elle passé la journée ? »
3. Ka a ta laasara waati la fo ka na se fitirida waati ma : (3. Du 15 heures au coucher du soleil)
Mògò fòlò : I ni wula, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni wula, …! Hèrè tilenna wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Ça va ?) Mògò fòlò : Hèrè dòròn ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw tilenna di ? (2e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : U tilenna hèrè la ! (1e personne : Merci, très bien !) Mògò filanan: Ala ka tile tò hèrè caya ! (2e personne : Bonne chance !) Mògò fòlò: Ko n bè somògòw fo ! (1e personne : Salue la famille !) Mògò filanan : U na a mèn ! (2e personne : Merci, je vais le dire !)
fitiri < ar. fitr >: n. 1. crépuscule (du soir) ; 2. troisième prière musulmane fitirida : n. moment de la journée entre 15 et 16 heures I ni wula !, litt. « Toi et l’après-midi ! » U tilenna hèrè la !, litt. « Ils ont passé la journée en paix ! » Ala ka tile tò hèrè caya !, litt. « Que Dieu fasse que le reste de la journée soit bonne ! » Ko n bè somògòw fo !, litt. « Que je salue les membres de la famille ! » U na a mèn !, litt. « Ils l’écouteront ! » (na = marque du futur)
4. Ka a ta fitirida waati la fo ka na se fajiri waati ma : (4. Du coucher du soleil au lendemain matin)
Mògò fòlò : I ni su, … ! (1e personne : Bonjour, … ! Mògò filanan : Nba/Nse, i ni su, … ! Hèrè tilenna wa ? (2e personne : Bonjour, … ! Ça va ?) Mògò fòlò : Hèrè dòròn ! (1e personne : Très bien !) Mògò filanan : Somògòw tilenna di ? (2e personne : Et la famille ?) Mògò fòlò : U tilenna hèrè la ! (1e personne : Au mieux, merci !) Mògò filanan : Ayiwa, k’an si ! (2e personne : Alors, bonne nuit !) Mògò fòlò : Amiina ! K’an kelen kelen wuli ! (1e personne : Amen ! Bonne nuit !) Mògò filanan : Amiina ! Ala ka su hèrè caya ! (2e personne : Amen ! Dors bien !) Mògò fòlò : Amiina ! Ka nyògònye nògòya ! (1e personne : Amen ! A bientôt !) Mògò filanan : Amiina ! (2e personne : Amen !)
I ni su !, litt. « Toi et le soir ! » K’an si !, litt. « Que nous passions la nuit ! » K’an kelen kelen wuli !, litt. « Que nous nous levions l’un après l’autre ! » (= tout est pour le mieux) Ala ka su hèrè caya !, litt. « Que Dieu fasse que la nuit soit bonne ! » Ka nyògònye nògòya !, litt. « Que nous nous rencontrions bientôt ! » Amiina ! < ar. aamiin >, « Ainsi soit-il ! / Amen ! » (réponse aux souhaits et bénédictions)
B. Autres salutations :
5. I ni ce ! « Salut ! »
I ni ci !, litt. « Toi et le travail ». Cette formule veut dire aussi « Merci ! » (pour une bonne action)
6. I ni fama ! « Salut, … pas vu depuis longtemps ! »
I ni fama !, litt. « Toi et l’absence »
7. I ni baara ! « Bonne continuation ! »
I ni baara !, litt. « Toi et le travail ! »
8. I ni gwa ! « Quel repas, merci ! »
I ni gwa !, litt. « Toi et la cuisine ! » pour remercier la femme qui a cuisiné, pour exprimer son appréciation gustative (mais manifester une telle reconnaissance n’est pas d’habitude appropriée lors du repas)
Beaucoup d’autres salutations selon le schéma I ni … ! (pour une seule personne) resp. A ni … ! (pour plusieurs personnes) sont envisageables et possibles, bien sûr toujours correspondantes à la situation du moment. Donc, soyez créatif – pas de panique ! – les Bambara vont bien comprendre !
9. Ka sira diya ! « Bon voyage ! »
(Ala) ka sira diya, litt. « Que Dieu fasse réussir la route ! »
10. Ka i nyuman se ! « Bon voyage ! »
K’a i nyuman se, litt. « Que tu arrives bien ! ».
11. Ala ka sugu diya ! « Bonne chance ! »
Ala ka sugu diya, litt. « Que Dieu fasse réussir votre marché ! » (adressé à un vendeur au marché)
12. Ala ka tile hèrè caya ! « Bonne journée ! / Salut ! »
Ala ka tile hèrè caya, litt. « Que Dieu fasse que la journée soit bonne ! »
13. Ala ka tile nyuman ban ! « Bonne journée ! / Salut ! »
Ala ka tile nyuman ban, litt. « Que Dieu fasse que la journée se termine bien ! »
14. Ala k’an tilen hèrè la ! « Bonne journée ! »
Ala k’an tilen hèrè la!, litt. « Que Dieu nous aide à passer la journée en paix ! »
15. K’an bèn ! « Au revoir ! »
K’an bèn, litt. « Qu’on se rencontre ! »
C’est la formule courante pour dire au revoir !!! Par des indications temporelles, on peut limiter le moment du prochain rencontre, p.ex. par sini « demain », sòòni « bientôt », tuma wèrè « sous peu » (litt. « moment prochain »), dògòkun nata / dògòkun wèrè « la semaine prochaine », kò fè « après, derrière », etc. …
16a. K’an bèn sini ! ou K’an sini ! « A demain ! » 16b. K’an bèn sòòni ou K’an sòòni ! « A bientôt ! » 16c. K’an bèn tuma wèrè ! « Au revoir ! A la prochaine ! » 16d. K’an bèn dògòkun nata ! « Au revoir ! A la semaine prochaine ! » 16e. K’an bèn kò fè ! « Au revoir ! A plus tard ! »
17. Aw bisimila ! « Soyez les bienvenus ! »
18. N b’i fo i ka wele la ! « Merci pour ton invitation ! »
19. I ni ce kosèbè i ka ladonni na ! « Merci beaucoup pour ton hospitalité ! »
C. Titres :
Les titres polis adressés aux adultes inconnus dérivent du lexème balima « frères et sœurs » …
20a. N balimakè ! « Monsieur ! » 20b. N balimamuso ! « Madame ! » 20c. N balimaw ! « Mesdames et Messieurs ! »
Si le jamu « nom de famille (patronyme) » est connu, on peut habituellement ajouter les spécificateurs indiquants le sexe, tels que -kè (masculin) et -muso (féminin) …
21a. Jabatèkè ! « Monsieur Diabaté ! » 21b. Jabatèmuso ! « Madame Diabaté ! » 21c. Jabatè ! « (Monsieur) Diabaté ! »
ou de manière bien plus formelle …
22a. N balimakè Kulubali ! « Monsieur Coulibaly ! » 22b. N balimamuso Kulubali ! « Madame Coulibaly ! »
Dans la société malienne, un respect particulier est dû toujours aux aînés. En gage de la courtoisie, on les appelle comme suit :
23a. Cèkòròba ! (adressé à un vieil homme) 23b. Musokòròba ! (adressé à une vieille femme)
Il est possible d’appeler qqn par son appartenance ethnique (au Mali) resp. à une quelconque nation en ajoutant les spécificateurs indiquant le sexe …
24a. Bosokè ! « Boso ! » 24b. Fulamuso ! « Femme peule ! » 24c. Kasònkakè ! « Khassonké ! » 24d. Kòròbòròmuso ! « Femme sonraï ! » 24e. Marakamuso ! « Femme soninké ! » 24f. Sènèfòkè ! « Sénoufo ! »
25a. Alimanikè ! « Allemand ! » 25b. Faransimuso ! « Française ! » 25c. Italikè ! « Italien ! » 25d. Kònòwarikè ! « Ivorien ! » 25e. Misiramuso ! « Egyptienne ! » 25f. Suwisimuso ! « Suisse ! »
Bonne lecture !
Mali, Festival au désert Tombouctou Essakane 12,13 et 14 janvier 2012 English translation pending
J'ai l'honneur de vous informer que le festival au désert à Tombouctou est maintenu.
Bien évidemment la sécurité des festivaliers est assurée, et la direction nous fait part de sa volonté de soutien aux peuples du désert liés à l'évènement.
Les discussions avec le gouvernement malien nous ont permis de mettre en place un dispositif assurant l'imperméabilité du site.
Les modalités sont sur le site officiel : http://www.festival-au-desert.org/index.cfm?m=0&s=1&lng=FR
Bien à vous,
Bien à vous,
Traduction (ou explication) d'un proverbe malien English translation pending
Je lis Le Lieutenant de Kouta par un écrivain malien, Massa Makan Diabaté, et une phrase me confonds. (Excusez-moi, c'est un peu obscène). Le lieutenant menace un voleur orphelin. L'orphelin dit qu'il ne veux pas le lieutenant le fouetter. Le lieutenant bondit et dit: "Tu as mal à l'anus, et il faut que tu défèques." Est-ce idiomatique? Je ne peux pas comprendre le sens. Merci beaucoup!
Où sortir le soir à Bamako? English translation pending
Bonjour à tous!
Quel endroit me recommandez vous pour sortir le soir à Bamako, faire la fête dans une ambiance saine (pas de bars à p**** ou de rue princesse). Plutôt un endroit prisé par la jeunesse locale et les expats
Merci!
Quel endroit me recommandez vous pour sortir le soir à Bamako, faire la fête dans une ambiance saine (pas de bars à p**** ou de rue princesse). Plutôt un endroit prisé par la jeunesse locale et les expats
Merci!
Toumani Diabaté: nouvel album (Mali) English translation pending
Nouvel album de Toumani DIABATÉ : "The Mandé Variations" (World Circuit - Harmonia Mundi)
Vingt-et-un ans après son premier album solo, "Kaïra", Toumani Diabaté nous présente un nouvel album solo. Avec ses reprises visionnaires de thèmes classiques et ses morceaux novateurs et improvisés. "The Mandé Variations" est composé uniquement de mélodies interprétées à la kora. Toumani Diabaté en est un virtuose en même temps que le gardien d’une vieille tradition classique. Aussi connu pour ses interprétations uniques du répertoire traditionnel ("Djelika") que pour ses collaborations électriques et orchestrales ("Mali Music", "Boulevard de l'Indépendance").
Un album enregistré sans aucun autre musicien qui empli l’espace d’harmonie et de sérénité musicale. L’homme reste fidèle à la tradition griotte mandingue du joueur de kora.
Un très bel enregistrement où, heureusement, on a le plaisir d’entendre chaque pulsation et craquement des bois de l’instrument, chaque pincement de cordes.
The Mandé Variations nous emmène non seulement au plus profond de l’âme mandingue, mais aussi au coeur de la kora. Bon voyage ...
Sortie de l'album le 21 février 2008 en France, le 29 en Allemagne ...
hgb
Vingt-et-un ans après son premier album solo, "Kaïra", Toumani Diabaté nous présente un nouvel album solo. Avec ses reprises visionnaires de thèmes classiques et ses morceaux novateurs et improvisés. "The Mandé Variations" est composé uniquement de mélodies interprétées à la kora. Toumani Diabaté en est un virtuose en même temps que le gardien d’une vieille tradition classique. Aussi connu pour ses interprétations uniques du répertoire traditionnel ("Djelika") que pour ses collaborations électriques et orchestrales ("Mali Music", "Boulevard de l'Indépendance").
Un album enregistré sans aucun autre musicien qui empli l’espace d’harmonie et de sérénité musicale. L’homme reste fidèle à la tradition griotte mandingue du joueur de kora.
Un très bel enregistrement où, heureusement, on a le plaisir d’entendre chaque pulsation et craquement des bois de l’instrument, chaque pincement de cordes.
The Mandé Variations nous emmène non seulement au plus profond de l’âme mandingue, mais aussi au coeur de la kora. Bon voyage ...
Sortie de l'album le 21 février 2008 en France, le 29 en Allemagne ...
hgb
Disparition: Kassé Mady Diabaté (Mali) English translation pending
« Plus personne ne chante avec cette émotion. Et une fois qu’il aura disparu, il n’y aura plus personne pour le faire. » (Ry Cooder, 2014)
« La voix d’or du Mali » s’est éteinte
Affectueusement surnommé « la voix d’or du Mali », le chanteur Kassé Mady Diabaté, icône de la musique malienne et descendant d'une longue lignée de griots mandingues, est décédé, le 24 mai, à la clinique Pasteur de Bamako des suites d’une grave maladie. Il avait 69 ans.
Kassé Mady Diabaté est issu de la famille de griots la plus réputée du pays mandingue, les Diabaté de Kela, village proche de la ville de Kangaba, près de la frontière guinéenne, au cœur du Manden*. Sa tante était la griotte légendaire Siramori Diabaté. A l’âge de 7 ans, les vieux de la famille reconnaissent son talent, l'entrainent et encouragent avant qu'il ne lance par la Biennale de Bamako, où il gagne tous les prix. Dès les années 60, Kassé Mady, appartenant à la même génération que Salif Kéïta (tous les deux sont nés en 1949), est sollicité par toutes les formations réputées et d’avant-garde qu’engendre le Mali des années de son indépendance : d'abord, il fait partie de l’orchestre régional Super Mandé de Kangaba, puis de Las Maravillas de Mali, devenu ensuite Badema National du Mali, et enfin de l’Orchestre Instrumental du Mali. C’était l’époque des orchestres d’Etat, des chanteurs fonctionnaires et de la coopération avec Cuba.
A partir de la fin des années 80, le nom de Kassé Mady Diabaté est associé à de nombreux projets transversaux et les plus novateurs, notamment Songhaï 2, avec le groupe espagnol de flamenco Ketama, ou bien de Kulanjan, avec le bluesman Taj Mahal et Toumani Diabaté (kora). Sa voix douce et lyrique, nuancée dans les graves, se distinguant de celle de la plupart des griots, est très demandée, et on aime louer sa profonde connaissance des traditions musicales les plus anciennes. « Au Mali, la voix de Kassé Mady Diabaté est une telle évidence qu’on pourrait la classer comme patrimoine national », atteste Oumar Diallo, complice musical d‘Ali Farka Touré, autre grand nom de la musique malienne. Pour Salif Kéïta, il est tout bonnement « le plus grand chanteur du Mali ». Pourtant, hors de son pays, son nom apparaît à peine. Néanmoins, il est considéré au Mali comme un géant. Ce n’est qu’en 1989 – il a déjà 40 – qu’il sort son premier album solo, Fodé.
En 2005, quand Toumani Diabaté monte son grand Symmetric Orchestra, il fait appel à Kassé Mady Diabaté, que l’on revoit également à ses côtes, en 2010, dans le collectif cubano-malien Afrocubism. Quatre ans plus tard, Kassé Mady Diabaté publie son cinquième et dernier album sous son nom, intitulé Kiriké (΄selle΄), sur le label français No Format, et enregistré comme dans les conditions d’un concert dans une cour n'importe où au Mali, avec ses trois compatriotes, le joueur de kora Ballaké Sissoko, le joueur de ngoni Makan Tounkara et le balafoniste Lansine Kouyaté (le violoncelliste français Vincent Ségal est producteur de l'album et ne donne son violoncelle que pour quelques morceaux). Un album délicat et juste, tout en harmonie livré par un ensemble d'exception...
Enfant de l’indépendance, Kassé Mady Diabaté a débuté sa carrière au centre de la reconquête culturelle du Mali indépendant à l’initiative du père de l’indépendance, le socialiste et panafricaniste Modibo Keita. Et à sa fin, déjà éprouvé par son manque de reconnaissance à l’étranger, il souffre et appauvrit au cours de la crise au Mali actuel. L’interdit de toutes les manifestations (mariages, baptêmes, circoncisions etc.) sont une catastrophe pour les griots qui gagnent leur vie en faisant l’éloge des personnes qui les en chargent. Et non des moindres, une vicieuse maladie… !
Paix à ton âme, Kassé Mady Diabaté !
Hery
*le terme désigne le noyau régional dont est partie la conquête d’une grande partie de l’Afrique de l’Ouest sahélienne par les troupes de Sunjata. Le Manden couvre la zone comprise entre Bamako (Mali) et Kouroussa (Guinée) et qui se situe de part et d’autre du fleuve Niger localement appelé Joliba.

(photo prise au Palmengarten, à Francfort-sur-le-Main, en été 2006 : Kassé Mady Diabaté, chanteur principal du big band de Toumani Diabaté, le Symmetric Orchestra)
« La voix d’or du Mali » s’est éteinte
Affectueusement surnommé « la voix d’or du Mali », le chanteur Kassé Mady Diabaté, icône de la musique malienne et descendant d'une longue lignée de griots mandingues, est décédé, le 24 mai, à la clinique Pasteur de Bamako des suites d’une grave maladie. Il avait 69 ans.
Kassé Mady Diabaté est issu de la famille de griots la plus réputée du pays mandingue, les Diabaté de Kela, village proche de la ville de Kangaba, près de la frontière guinéenne, au cœur du Manden*. Sa tante était la griotte légendaire Siramori Diabaté. A l’âge de 7 ans, les vieux de la famille reconnaissent son talent, l'entrainent et encouragent avant qu'il ne lance par la Biennale de Bamako, où il gagne tous les prix. Dès les années 60, Kassé Mady, appartenant à la même génération que Salif Kéïta (tous les deux sont nés en 1949), est sollicité par toutes les formations réputées et d’avant-garde qu’engendre le Mali des années de son indépendance : d'abord, il fait partie de l’orchestre régional Super Mandé de Kangaba, puis de Las Maravillas de Mali, devenu ensuite Badema National du Mali, et enfin de l’Orchestre Instrumental du Mali. C’était l’époque des orchestres d’Etat, des chanteurs fonctionnaires et de la coopération avec Cuba.
A partir de la fin des années 80, le nom de Kassé Mady Diabaté est associé à de nombreux projets transversaux et les plus novateurs, notamment Songhaï 2, avec le groupe espagnol de flamenco Ketama, ou bien de Kulanjan, avec le bluesman Taj Mahal et Toumani Diabaté (kora). Sa voix douce et lyrique, nuancée dans les graves, se distinguant de celle de la plupart des griots, est très demandée, et on aime louer sa profonde connaissance des traditions musicales les plus anciennes. « Au Mali, la voix de Kassé Mady Diabaté est une telle évidence qu’on pourrait la classer comme patrimoine national », atteste Oumar Diallo, complice musical d‘Ali Farka Touré, autre grand nom de la musique malienne. Pour Salif Kéïta, il est tout bonnement « le plus grand chanteur du Mali ». Pourtant, hors de son pays, son nom apparaît à peine. Néanmoins, il est considéré au Mali comme un géant. Ce n’est qu’en 1989 – il a déjà 40 – qu’il sort son premier album solo, Fodé.
En 2005, quand Toumani Diabaté monte son grand Symmetric Orchestra, il fait appel à Kassé Mady Diabaté, que l’on revoit également à ses côtes, en 2010, dans le collectif cubano-malien Afrocubism. Quatre ans plus tard, Kassé Mady Diabaté publie son cinquième et dernier album sous son nom, intitulé Kiriké (΄selle΄), sur le label français No Format, et enregistré comme dans les conditions d’un concert dans une cour n'importe où au Mali, avec ses trois compatriotes, le joueur de kora Ballaké Sissoko, le joueur de ngoni Makan Tounkara et le balafoniste Lansine Kouyaté (le violoncelliste français Vincent Ségal est producteur de l'album et ne donne son violoncelle que pour quelques morceaux). Un album délicat et juste, tout en harmonie livré par un ensemble d'exception...
Enfant de l’indépendance, Kassé Mady Diabaté a débuté sa carrière au centre de la reconquête culturelle du Mali indépendant à l’initiative du père de l’indépendance, le socialiste et panafricaniste Modibo Keita. Et à sa fin, déjà éprouvé par son manque de reconnaissance à l’étranger, il souffre et appauvrit au cours de la crise au Mali actuel. L’interdit de toutes les manifestations (mariages, baptêmes, circoncisions etc.) sont une catastrophe pour les griots qui gagnent leur vie en faisant l’éloge des personnes qui les en chargent. Et non des moindres, une vicieuse maladie… !
Paix à ton âme, Kassé Mady Diabaté !
Hery
*le terme désigne le noyau régional dont est partie la conquête d’une grande partie de l’Afrique de l’Ouest sahélienne par les troupes de Sunjata. Le Manden couvre la zone comprise entre Bamako (Mali) et Kouroussa (Guinée) et qui se situe de part et d’autre du fleuve Niger localement appelé Joliba.

(photo prise au Palmengarten, à Francfort-sur-le-Main, en été 2006 : Kassé Mady Diabaté, chanteur principal du big band de Toumani Diabaté, le Symmetric Orchestra)
Inde... ou comment le pire cauchemar des hippies est en train de se réaliser English translation pending
Depuis décembre 2006, j'ai passé plus d'une année en Inde. Mon dernier séjour (avant celui-ci) remonte à décembre 2010. Que de changements depuis ! Je ne me retrouve plus dans ce pays où les nouveaux riches dédaignent les plus pauvres et où les routards, bien propres sur eux, ont supplanté les hippies des seventies. Je viens de publier sur mon blog un long texte où je développe ces réflexions. J'aimerais le partager, ici, avec vous :
Mutation des rapports humains dans une Inde en plein essor économique ou comment le pire cauchemar des hippies est en train se réaliser.
D’ici 2020, la production économique combinée de trois grands pays en développement (le Brésil, la Chine et l’Inde) dépassera à elle seule la production cumulée du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume-Uni et des États-Unis." Rapport 2013 du Programme des Nations Unies pour le Développement.
Fin 2013, l'Inde est bien différente de celle que j'ai connu fin 2006. Au total, au gré de mes voyages, j'ai passé plus d'une année dans ce pays où les fêtes religieuses dédiées à Brahma, Vishnu, Shiva ou encore Ganesh rythment la vie de 1,2 milliard d'êtres humains. Fin 2013, les écarts se sont encore creusés : les riches sont plus riches tandis que les pauvres sont plus pauvres. Ca paraît très con écrit comme cela mais pourtant cela change la face du pays... et ma relation avec l'Inde.
La roupie s'est effondrée depuis mon dernier séjour : dorénavant, un euro se change à plus de 80 roupies contre 50 en 2011. Mes amis gagnent toujours entre 1500 et 3000 roupies mensuels (pour 12h de travail par jour et ce, 7 jours sur 7). Je vous laisse faire le calcul... Dans les hôtels où je pose mon sac, la majorité des touristes sont des indiens. Tous les professionnels du secteur que je rencontre me font remarquer que la crise européenne ne semble plus permettre à nos concitoyens de s'envoler vers le pays des rajas à défaut comme nos aînés de tracer leur route à travers l'Afghanistan et le Pakistan, et que les mots « vacances » et « tourisme » sont désormais ancrés dans le vocabulaire d'une nouvelle élite indienne qui avant 2020, représentera plus de monde que dans n'importe quel pays européen. Tous s'accordent pour me dire leur surprise : les touristes indiens (plus exigeants – lire leurs commentaires sur Trip Advisor) paient mieux que les occidentaux ! Depuis deux mois que je suis en Inde, je me sens plutôt désargentée avec mon budget de 20 euros par jour, à côté de ces touristes, de tous âges, originaires de Bangalore, Calcutta, Delhi, Pune ou Mumbai, qui raffolent des marques européennes, japonaises et nord-américaines : Apple, Nikon, Canon, Nike, Lacoste, Tommy Hilfiger, Calvin Klein, Armani, Pepe Jeans etc et qui se gargarisent de participer à des Big Fat Indian Weddings.
Impossible d'ignorer ces nombreux indiens, de plus en plus visibles, qui nous imaginent tous nymphomanes et libertins, qui jalousent notre liberté de mouvement, nos origines européennes et ne peuvent s'empêcher de vérifier qu'ils ont bien (au moins) le même pouvoir d'achat que nous. Sans cesse, ils nous demandent la valeur de nos possessions. Et ton jean ? Il coûte combien ton jean ? Et ton appareil photo ? Il coûte combien ton appareil photo ? Certains se décrivent plus éduqués que leurs compatriotes « qui ressemblent à des singes » et nous citent les philosophes des Lumières. Sur les rooftops des hôtels, des clans se forment. D'un côté, les occidentaux lisent leur fil d'actualité Facebook sur leur smartphone et de l'autre, les indiens... lisent leur fil d'actualité Facebook sur leur smartphone. Les occidentaux semblent nostalgiques de ce temps de l'entre-soi mais se sentent encore valorisés par le traitement privilégié qu'ils reçoivent : ici, la police touristique donne systématiquement raison aux occidentaux, et ce même s'ils sont de mauvaise foi : plus d'un indien a fini en garde à vue à se faire tabasser parce qu'il aurait importuner des « voyageurs ». Quant aux touristes indiens, certains se sentent incommodés par la proximité physique avec nos jeunes femmes dénudées qui fument et boivent de l'alcool devant leur épouse tandis que d'autres, nous apostrophent pour nous photographier : avoir un ami occidental leur confère une stature internationale.
En ce moment même, je vous écris de la terrasse de mon hôtel où des couples français sympathisent et se relatent leurs déboires avec les conducteurs de rickshaws, le personnel des hôtels et tous ces indiens qui les assimilent à des portefeuilles sur pattes. Ils échangent leurs bonnes adresses puisées dans le Guide du Routard et le Lonely Planet. Ils se demandent quel médicament contre le paludisme ils avalent. Ils détaillent les avantages de leur veste en gore-tex et de leur pantalon Quechua. Ils comparent l'authenticité des locaux dans chaque pays traversé (comprendre ceux qui ne sont pas encore pollués par le monde moderne comme si en 2013, même dans les villages reculés la télévision par câble n'était pas entrée dans les foyers des plus pauvres). Ils énumèrent ce qu'ils ont fait/ce qu'ils font : la Chine en un mois pour certains, le tour du monde en un an pour les autres. Ils comptent les jours de pluie qu'ils ont eu sans évoquer le cyclone qui a déplacé un demi million d'indiens et détruit des milliers d'habitations, la semaine dernière. Ils reviennent de Rishikeshoù ils ont pratiqué le yoga « pour ouvrir leurs chakras » et ont appris la méditation transcendantale dans un ashram tenu par un gourou qui leur a ouvert les yeux sur leur nature profonde et leur rôle dans l'Univers. Ils disent qu'ils ont démissionné de leur job « pour découvrir le monde » tout en se gaussant, dans la langue de Molière, du style vestimentaire du serveur qui leur apporte, avec un timide sourire d'adolescent mal dégrossi, leur brochette de poulet tandoori.
Entre ces nouveaux riches indiens pour qui la classe sociale tend à abolir les castes mais qui dédaignent les plus pauvres et ces touristes occidentaux en pleine quête existentielle qui se posent en lutte contre une uniformisation du monde mais qui ne prennent pas le temps de dialoguer avec des locaux préférant cumuler les lieux visités en photographiant au zoom le moindre sadhu comme témoignage de leur exotique passage dans cet « Incredible India », gimmick martelé par le Ministère du tourisme indien dans des spots publicitaires qui tournent en boucle sur CNN, je ne me retrouve plus.
Je pourrais fuir ces lieux nommés dans les guides touristiques et aller à la rencontre des fermiers du Bihar ou de l'Andrah Pradesh mais l'envie a disparu. Je me réjouis de l'explosion de cette classe moyenne-supérieure indienne tout en me lamentant de son ridicule mimétisme : les filles s'arrachent les crèmes qui blanchissent la peau tandis que les garçons se prennent pour des rappeurs américains ou des lords anglais. Bien sûr, une classe d'intellectuels et d'artistes tentent de braver ce tsunami. Bien sûr, il reste de l'indianité en ces nouveaux riches mais pour combien d'années encore ? En 2009, Pavan K. Varma a publié « un virulent réquisitoire contre cette classe moyenne qu'il exhorte à un réveil civique, dans la haute tradition des pères fondateurs de l'Inde dont il se refuse à voir l'héritage renié » (extrait de la quatrième de couv' de La classe moyenne en Inde, une nouvelle caste).C'est tellement ça.... Une telle frénésie consumériste... Des nouveaux riches indiens qui font preuve d'un tel désintérêt à l'égard de la chose publique et du bien commun...
Voyager seule pendant dix années m'a fait connaître des personnes et des situations qui m'ont ouvert l'esprit au delà de ce que ma culture française me permettait. Cette décennie a affirmé ma confiance en moi, m'a permis de définir mes priorités dans la vie et m'a appris à jouir du présent. Seulement, dorénavant, je ne suis plus assoiffée par cette curiosité qui m'a fait traverser la Syrie, l'Afrique, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et le Venezuela de Hugo Chavez. L'exotisme ne me fait plus rêver : derrière chaque carte postale, se cache de la laideur. Cette laideur, je ne désire plus la côtoyer. La misère- qui-n'est-pas-moins-pénible-au-soleil me désole de plus en plus : je peine à m'émerveiller du sourire ravi d'un enfant en haillons, la morve au nez et les cheveux pouilleux. Dans un même temps, que les indiens et les asiatiques s'enrichissent mais je ne veux plus être le témoin direct de ce passage de l'ère du kitsch à celle du bling bling (selon mes codes socio-culturels, soit...). Que les routards continuent de fantasmer un monde qui n'existe plus que dans les récits des écrivains-voyageurs des XIX° et XX° siècles mais qu'ils ne me vantent plus leurs soi-disantes extrêmes expériences aux confins du trou du cul du monde. Chacun vit son expérience en voyage. Chacun ressent de fortes émotions. Chacun gère comme il peut le flot de mendiants. Chacun met son corps à l'épreuve dans des pays tropicaux. Chacun croit être un voyageur plus responsable que ses congénères... mais qu'on soit bien clair, l'habit ne fait pas le moine : des dreadlocks et une chemise en coton équitable ne rendent pas plus respectueux des populations et des coutumes locales. Reste la nature quand l'industrie agroalimentaire ne la détruit pas. Reste les fonds sous-marins quand le réchauffement climatique (ou la pêche à la bombe) ne tue pas les récifs coralliens. Reste des lieux que je chéris. Des personnes que je considère comme des amis sur les cinq continents. Des rayons de soleil qui aident à traverser nos longs hivers français. Des souvenirs et un sentiment d'accomplissement d'être allée au bout des mes rêves d'adolescente.
Pendant que je me larmoie sur cette mutation des rapports humains dans une Inde en plein essor économique, mes amis indiens assistent, impuissants, à cette historique révolution sociale. Ils cumulent les emplois. Ils dorment 4 à 5 heures par nuit. Parfois sur leur lieu de travail abandonnant, contre leur volonté, le lit conjugal pendant des années. Ils bataillent au quotidien, sans savoir de quoi sera fait leur lendemain, pour trouver les quelques roupies qui leur permettent de nourrir leur famille, payer les fournitures scolaires de leurs enfants et les traitements médicaux de leurs parents. Alors oui, ils se prennent des commissions sur le dos des touristes (indiens et occidentaux confondus) mais qui peut vivre décemment avec 30 euros par mois dans un pays où le litre d'essence avoisine 1 euro le litre ?
Le texte original (avec photos) ICI.
Mutation des rapports humains dans une Inde en plein essor économique ou comment le pire cauchemar des hippies est en train se réaliser.
D’ici 2020, la production économique combinée de trois grands pays en développement (le Brésil, la Chine et l’Inde) dépassera à elle seule la production cumulée du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume-Uni et des États-Unis." Rapport 2013 du Programme des Nations Unies pour le Développement.
Fin 2013, l'Inde est bien différente de celle que j'ai connu fin 2006. Au total, au gré de mes voyages, j'ai passé plus d'une année dans ce pays où les fêtes religieuses dédiées à Brahma, Vishnu, Shiva ou encore Ganesh rythment la vie de 1,2 milliard d'êtres humains. Fin 2013, les écarts se sont encore creusés : les riches sont plus riches tandis que les pauvres sont plus pauvres. Ca paraît très con écrit comme cela mais pourtant cela change la face du pays... et ma relation avec l'Inde.
La roupie s'est effondrée depuis mon dernier séjour : dorénavant, un euro se change à plus de 80 roupies contre 50 en 2011. Mes amis gagnent toujours entre 1500 et 3000 roupies mensuels (pour 12h de travail par jour et ce, 7 jours sur 7). Je vous laisse faire le calcul... Dans les hôtels où je pose mon sac, la majorité des touristes sont des indiens. Tous les professionnels du secteur que je rencontre me font remarquer que la crise européenne ne semble plus permettre à nos concitoyens de s'envoler vers le pays des rajas à défaut comme nos aînés de tracer leur route à travers l'Afghanistan et le Pakistan, et que les mots « vacances » et « tourisme » sont désormais ancrés dans le vocabulaire d'une nouvelle élite indienne qui avant 2020, représentera plus de monde que dans n'importe quel pays européen. Tous s'accordent pour me dire leur surprise : les touristes indiens (plus exigeants – lire leurs commentaires sur Trip Advisor) paient mieux que les occidentaux ! Depuis deux mois que je suis en Inde, je me sens plutôt désargentée avec mon budget de 20 euros par jour, à côté de ces touristes, de tous âges, originaires de Bangalore, Calcutta, Delhi, Pune ou Mumbai, qui raffolent des marques européennes, japonaises et nord-américaines : Apple, Nikon, Canon, Nike, Lacoste, Tommy Hilfiger, Calvin Klein, Armani, Pepe Jeans etc et qui se gargarisent de participer à des Big Fat Indian Weddings.
Impossible d'ignorer ces nombreux indiens, de plus en plus visibles, qui nous imaginent tous nymphomanes et libertins, qui jalousent notre liberté de mouvement, nos origines européennes et ne peuvent s'empêcher de vérifier qu'ils ont bien (au moins) le même pouvoir d'achat que nous. Sans cesse, ils nous demandent la valeur de nos possessions. Et ton jean ? Il coûte combien ton jean ? Et ton appareil photo ? Il coûte combien ton appareil photo ? Certains se décrivent plus éduqués que leurs compatriotes « qui ressemblent à des singes » et nous citent les philosophes des Lumières. Sur les rooftops des hôtels, des clans se forment. D'un côté, les occidentaux lisent leur fil d'actualité Facebook sur leur smartphone et de l'autre, les indiens... lisent leur fil d'actualité Facebook sur leur smartphone. Les occidentaux semblent nostalgiques de ce temps de l'entre-soi mais se sentent encore valorisés par le traitement privilégié qu'ils reçoivent : ici, la police touristique donne systématiquement raison aux occidentaux, et ce même s'ils sont de mauvaise foi : plus d'un indien a fini en garde à vue à se faire tabasser parce qu'il aurait importuner des « voyageurs ». Quant aux touristes indiens, certains se sentent incommodés par la proximité physique avec nos jeunes femmes dénudées qui fument et boivent de l'alcool devant leur épouse tandis que d'autres, nous apostrophent pour nous photographier : avoir un ami occidental leur confère une stature internationale.
En ce moment même, je vous écris de la terrasse de mon hôtel où des couples français sympathisent et se relatent leurs déboires avec les conducteurs de rickshaws, le personnel des hôtels et tous ces indiens qui les assimilent à des portefeuilles sur pattes. Ils échangent leurs bonnes adresses puisées dans le Guide du Routard et le Lonely Planet. Ils se demandent quel médicament contre le paludisme ils avalent. Ils détaillent les avantages de leur veste en gore-tex et de leur pantalon Quechua. Ils comparent l'authenticité des locaux dans chaque pays traversé (comprendre ceux qui ne sont pas encore pollués par le monde moderne comme si en 2013, même dans les villages reculés la télévision par câble n'était pas entrée dans les foyers des plus pauvres). Ils énumèrent ce qu'ils ont fait/ce qu'ils font : la Chine en un mois pour certains, le tour du monde en un an pour les autres. Ils comptent les jours de pluie qu'ils ont eu sans évoquer le cyclone qui a déplacé un demi million d'indiens et détruit des milliers d'habitations, la semaine dernière. Ils reviennent de Rishikeshoù ils ont pratiqué le yoga « pour ouvrir leurs chakras » et ont appris la méditation transcendantale dans un ashram tenu par un gourou qui leur a ouvert les yeux sur leur nature profonde et leur rôle dans l'Univers. Ils disent qu'ils ont démissionné de leur job « pour découvrir le monde » tout en se gaussant, dans la langue de Molière, du style vestimentaire du serveur qui leur apporte, avec un timide sourire d'adolescent mal dégrossi, leur brochette de poulet tandoori.
Entre ces nouveaux riches indiens pour qui la classe sociale tend à abolir les castes mais qui dédaignent les plus pauvres et ces touristes occidentaux en pleine quête existentielle qui se posent en lutte contre une uniformisation du monde mais qui ne prennent pas le temps de dialoguer avec des locaux préférant cumuler les lieux visités en photographiant au zoom le moindre sadhu comme témoignage de leur exotique passage dans cet « Incredible India », gimmick martelé par le Ministère du tourisme indien dans des spots publicitaires qui tournent en boucle sur CNN, je ne me retrouve plus.
Je pourrais fuir ces lieux nommés dans les guides touristiques et aller à la rencontre des fermiers du Bihar ou de l'Andrah Pradesh mais l'envie a disparu. Je me réjouis de l'explosion de cette classe moyenne-supérieure indienne tout en me lamentant de son ridicule mimétisme : les filles s'arrachent les crèmes qui blanchissent la peau tandis que les garçons se prennent pour des rappeurs américains ou des lords anglais. Bien sûr, une classe d'intellectuels et d'artistes tentent de braver ce tsunami. Bien sûr, il reste de l'indianité en ces nouveaux riches mais pour combien d'années encore ? En 2009, Pavan K. Varma a publié « un virulent réquisitoire contre cette classe moyenne qu'il exhorte à un réveil civique, dans la haute tradition des pères fondateurs de l'Inde dont il se refuse à voir l'héritage renié » (extrait de la quatrième de couv' de La classe moyenne en Inde, une nouvelle caste).C'est tellement ça.... Une telle frénésie consumériste... Des nouveaux riches indiens qui font preuve d'un tel désintérêt à l'égard de la chose publique et du bien commun...
Voyager seule pendant dix années m'a fait connaître des personnes et des situations qui m'ont ouvert l'esprit au delà de ce que ma culture française me permettait. Cette décennie a affirmé ma confiance en moi, m'a permis de définir mes priorités dans la vie et m'a appris à jouir du présent. Seulement, dorénavant, je ne suis plus assoiffée par cette curiosité qui m'a fait traverser la Syrie, l'Afrique, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et le Venezuela de Hugo Chavez. L'exotisme ne me fait plus rêver : derrière chaque carte postale, se cache de la laideur. Cette laideur, je ne désire plus la côtoyer. La misère- qui-n'est-pas-moins-pénible-au-soleil me désole de plus en plus : je peine à m'émerveiller du sourire ravi d'un enfant en haillons, la morve au nez et les cheveux pouilleux. Dans un même temps, que les indiens et les asiatiques s'enrichissent mais je ne veux plus être le témoin direct de ce passage de l'ère du kitsch à celle du bling bling (selon mes codes socio-culturels, soit...). Que les routards continuent de fantasmer un monde qui n'existe plus que dans les récits des écrivains-voyageurs des XIX° et XX° siècles mais qu'ils ne me vantent plus leurs soi-disantes extrêmes expériences aux confins du trou du cul du monde. Chacun vit son expérience en voyage. Chacun ressent de fortes émotions. Chacun gère comme il peut le flot de mendiants. Chacun met son corps à l'épreuve dans des pays tropicaux. Chacun croit être un voyageur plus responsable que ses congénères... mais qu'on soit bien clair, l'habit ne fait pas le moine : des dreadlocks et une chemise en coton équitable ne rendent pas plus respectueux des populations et des coutumes locales. Reste la nature quand l'industrie agroalimentaire ne la détruit pas. Reste les fonds sous-marins quand le réchauffement climatique (ou la pêche à la bombe) ne tue pas les récifs coralliens. Reste des lieux que je chéris. Des personnes que je considère comme des amis sur les cinq continents. Des rayons de soleil qui aident à traverser nos longs hivers français. Des souvenirs et un sentiment d'accomplissement d'être allée au bout des mes rêves d'adolescente.
Pendant que je me larmoie sur cette mutation des rapports humains dans une Inde en plein essor économique, mes amis indiens assistent, impuissants, à cette historique révolution sociale. Ils cumulent les emplois. Ils dorment 4 à 5 heures par nuit. Parfois sur leur lieu de travail abandonnant, contre leur volonté, le lit conjugal pendant des années. Ils bataillent au quotidien, sans savoir de quoi sera fait leur lendemain, pour trouver les quelques roupies qui leur permettent de nourrir leur famille, payer les fournitures scolaires de leurs enfants et les traitements médicaux de leurs parents. Alors oui, ils se prennent des commissions sur le dos des touristes (indiens et occidentaux confondus) mais qui peut vivre décemment avec 30 euros par mois dans un pays où le litre d'essence avoisine 1 euro le litre ?
Le texte original (avec photos) ICI.
Nécrologie: Kèlètigi Diabaté, 1931–2012 (Mali) English translation pending
Hommage au grand maître du balafon mandingue
En pleins désordres politiques de son pays, un membre éminent de la toute première génération de musiciens modernes du Mali et instrumentiste virtuose de la musique mandingue est mort : Kèlètigi Diabaté. Tout de même, et jusqu’à nos jours, il ne gagne ni n’a jamais gagné l’estime qu’il mérite véritablement comme personnage clé dans l’histoire de la musique du Mali et celle de l’Afrique de l’Ouest depuis un demi siècle ...
Kèlètigi* Diabaté est né en 1931 à Kita dans l’ouest du Mali (cette ville passe pour être le berceau des traditions musicales les plus grandes de ce pays). Sa carrière musicale débute à la fin des années 1950, lorsqu’il voyage à travers l’Afrique de l’Ouest pour rechercher des instructeurs et surtout son style musical approprié à son développement. Puis, il est recruté par l’Orchestre National de Guinée, impulsé sous l'autorité du président Sékou Touré. En 1960, de retour au Mali nouvellement indépendant, il est l’un des membres fondateurs et directeur de l’Orchestre National "A" de Bamako (avec Baba Barry, Panca Dembélé, Kasim Sacko, Monkontafé Sacko, Madani Samaké et Papa Ndiaye) en tant que guitariste (voir la photo en bas). Comme en Guinée voisine, le premier Président du Mali indépendant, Modibo Keïta, souhaite, lui aussi, un orchestre national ayant ses racines dans les traditions musicales maliennes pour animer les soirées et autres réceptions officielles avec de la musique malienne et lance donc un appel à Kèlètigi pour constituer et présider un tel. La mission prioritaire est la recherche de la musique authentique de ce jeune État ouest-africain ainsi que la création d’une nouvelle identité et amour-propre postcolonial par la révalorisation resp. réanimation des formes culturelles traditionnelles et raccordement à l’histoire précoloniale. Kèlètigi se rappelle :
"I was put in charge of the Premier Formation du Mali (Orchestre national, Number One) ; it was me who introduced Manding and Bambara songs played on modern instruments. The idea was to make traditional music, but in a modern way. At the time (the early ‘60s), we received delegations from Europe, or other African countries, and at such occasions we’d perform our traditional ceremonies. Each time we received a European delegation, an official reception would be arranged, and those delegates, they couldn’t dance our traditional dances. So we had to find international rhythms and put our traditional sound within that, using a (kit) drum and so on." (dans : Charry 2000: 270**)
Multi-instrumentiste (balafon, guitare, trompette, violon, orgue, flûte, saxophone, ngoni, dunun, jenbe et même un peu de batterie) à l’origine, cet homme-orchestre fait plus tard du balafon (xylophone à grosses calebasses originaire d’Afrique de l’Ouest et, à côté du kora et du ngoni, troisième instrument mélodique des griots) son instrument de prédilection, quoiqu’il soit déjà un virtuose de cet instrument à l’âge de 7. Le rôle de Kèlètigi ressemble à celui de Papa Diabaté en Guinée ayant initié une toute génération de guitaristes électriques : Kélètigi agrandit énormément les techniques du jeu de balafon et est le premier à avoir accordé le balafon aux sonorités occidentales. La création de son balafon double lui permet de jouer des musiques chromatiques comme sur un piano. Si c’est justifié de qualifier le balafon de "piano africain", c’est dû avant toute chose au personnage et à l’art de Kèlètigi Diabaté, le "grand old man of Manding balafon"*** ...
Au milieu des années 1970, Kèlètigi rejoint Les Ambassadeurs, groupe dans lequel jouent aussi Kanté Manfila et Salif Keïta, et se produit avec eux aux Etats-Unis pour une tournée sponsorisée par la Fondation Rockefeller en 1978. C’est à cette occasion qu’il peut croiser la route de sa grande idole, le légendaire vibraphoniste de jazz Lionel Hampton. Cette rencontre lui inspire à adapter une fois pour toutes le langage du jazz, notamment son phrasé et improvisation, dans son jeu instrumental ...
Dans les années 1980 et 1990, il accompagne au balafon d'illustres chanteurs, griots et griottes du monde mandingue dont Salif Keïta, Kandia Kouyaté, Ami Koïta, Tata Bambo Kouyaté, Toumani Diabaté et bien d’autres encore … Et à ne pas oublier ses collaborations avec Djelimady Tounkara, l’Ensemble National du Mali et les diverses formations du Rail Band à Bamako (Super Rail Band, Rail Band de Bamako, Rail Band du Buffet Hôtel de la Gare de Bamako etc.). Puis, à partir de 1993, il se produit au Mali avec le Symmetric Orchestra (avec Toumani Diabaté à la kora et Bassékou Kouyaté au ngoni).
Depuis 1998, il est une des pièces maîtresses du groupe Bamada (au balafon et au violon) du guitariste Habib Koïté qu’il accompagne pendant plusieurs années dans ses tournées, et avec qui il prend part aux enregistrements de plusieurs albums (voir la discographie en bas). En 2000, toujours avec Habib Koïté, il participe au projet "Art Ensemble of Africa", avec le grand Art Ensemble of Chicago.
Bien que très présent dans l’univers musical mandingue, il faut attendre ardemment 2004 pour accueillir son premier et seul opus solo, Sandiya*: la somme de sa vie musicale, une magnifique réalisation à base de pure musique mandingue, pleine d’élégance et de vitalité, teintée de jazz, de blues, de hiphop et de folk. Une collection superbe pour musique jouée surtout en duets mais aussi en trio, en groupe ou en grand ensemble traditionnel : avec Fasséry Diabaté, fils de Kèlètigi qui suit avec tant de respect la voie de son père ("Djandjo", "Fosson", "Mankaira", "Souma" et "Sandiya", tous des duets balafon avec le père, sauf "Fosson" avec Kèlètigi au violon), les filles de Kèlètigi, Ata et Bintou Diabaté (voix ; "Yafa"), le Khassonké Habib Koïté (guitare "Koulandian" ; magnifique duet avec Kèlètigi), l’Ensemble Traditionnel du Mali sous la direction de Massambou Diallo ("Djarabi" et "Soundiata", le grand Prince Mandingue, dont l’épopée est très souvent chantée), Diawore Diarra, le flûtiste ("Sènè), Toumani Diabaté et Djelimady Tounkara, les virtuoses de la kora et de la guitare ("Nanga Mady" et "Kamadia", duets avec Toumani ; "Sontaoula", duet avec Djelimady), la chanteuse Many Diabaté ("Samba Koro", accompagné par Kèlètigi et Fasséry), et, le grand moment de l’album, le groupe de Habib, Bamada, qui accompagne Kèlètigi sur une libre adaptation du standard de jazz, "Summertime", interprété magnifiquement par une touche complète-mandingue ("Summertime à Bamako") ... MUSIC AT ITS VERY VERY BEST !
Le 30 novembre 2012, Kèlètigi Diabaté décède à Bamako. Même au dernier jour, il reste fidèle à ses convictions d’un musicien à fond : le matin, il répète à l’Institut Français, le soir, il ferme ses yeux à jamais. Il venait d’avoir 81 ans ...
Ala ka hinè i la, k’i dayòrò sumaya !
Discographie :
… sous son nom :
– Kèlètigi Diabaté (1996) : Kèlètigui Diabaté. Mission de Coopération Française au Mali. (cass.) – Kèlètigi Diabaté (2004) : Sandiya. Contre Jour.
… en participation dans :
– Les Ambassadeurs (1975) : Kanté Manfila et les Ambassadeurs – Ambassadeur, Mana Mana. Sonafric. (si) – Les Ambassadeurs (1975) : Les Ambassadeurs du Môtel – Super pitié, Bolola sanou. Sonafric. (si) – Les Ambassadeurs (1976) : Les Ambassadeurs du Môtel – Saranfing, Sabar. Sonafric. (si) – Les Ambassadeurs (1976) : Les Ambassadeurs du Môtel – Diandjon, Wara, Kibaru. Sonafric. (lp) – Les Ambassadeurs (1977) : Les Ambassadeurs du Môtel de Bamako. Vol. 1. Sonafric. (lp) – Les Ambassadeurs (1977) : Les Ambassadeurs du Môtel de Bamako. Vol. 2. Sonafric. (lp) – Div. Artistes (1988) : Legendary Bands of Mali. Stern’s Mali Music. – Div. Artistes (2006) : African Pearls 3 – Mali: One Day on Radio Mali. Discograph. – Div. Artistes (2008) : The Rough Guide to the Music of Mali. World Music Network. – Div. Artistes (2009) : Jazz around the World. Putumayo. – Adama Diabaté (1995) : Jako Baye. Stern’s Africa. – Toumani Diabaté & Ketama (1994) : Songhai 2. Hannibal. – Toumani Diabaté (1995) : Djelika. Hannibal. – Jonas (2006) : Bagages. RecRec. – Aly Keïta (2010) : Farafinko. Contre Jour. – Salif Keïta (1991) : Amen. Mango Rec. – Salif Keïta (2010) : La Différence. Emarcy Rec. – Amy Koïta (1986?) : Debe. Disque Espérance. – Amy Koïta (1988) : Tata Sira. Bolibana Rec. – Habib Koïté & Bamada (2001) : Baro. Putumayo. – Habib Koïté & Bamada (2003) : Fôly! Live around the World. Contre Jour. – Habib Koïté & Bamada (2007) : Afriki. Cumbancha/Exil. – Tata Bambo Kouyaté (1985) : Jatigui. Globestyle. – Bonnie Raitt (2002) : Silver Lining. Toshiba. – Boubacar Traoré (1999) : Maciré. Indigo. – Boubacar Traoré (2002) : Je chanterais pour toi. Marabi Prod. – Zap Mama (2007) : Supermoon. Concord.
(cass. = cassette ; lp = longplay/33 tours ; si = single/45 tours)
VIVE LE MALI !!!
Herbert
*en bambara, kèlètigi veut dire "chef de guerre, maître de guerre, celui qui commande à l’armée", sandiya ou sadiya veut dire "plaisanterie". **Charry, Eric (2000): Mande Music. Traditional and Modern Music of the Maninka and Mandinka of Western Africa. Chicago, London : The University of Chicago Press. ***Eyre, Banning (2000): In Griot Time. An American Guitarist in Mali. Philadelphia : Temple University Press, p.125.


En pleins désordres politiques de son pays, un membre éminent de la toute première génération de musiciens modernes du Mali et instrumentiste virtuose de la musique mandingue est mort : Kèlètigi Diabaté. Tout de même, et jusqu’à nos jours, il ne gagne ni n’a jamais gagné l’estime qu’il mérite véritablement comme personnage clé dans l’histoire de la musique du Mali et celle de l’Afrique de l’Ouest depuis un demi siècle ...
Kèlètigi* Diabaté est né en 1931 à Kita dans l’ouest du Mali (cette ville passe pour être le berceau des traditions musicales les plus grandes de ce pays). Sa carrière musicale débute à la fin des années 1950, lorsqu’il voyage à travers l’Afrique de l’Ouest pour rechercher des instructeurs et surtout son style musical approprié à son développement. Puis, il est recruté par l’Orchestre National de Guinée, impulsé sous l'autorité du président Sékou Touré. En 1960, de retour au Mali nouvellement indépendant, il est l’un des membres fondateurs et directeur de l’Orchestre National "A" de Bamako (avec Baba Barry, Panca Dembélé, Kasim Sacko, Monkontafé Sacko, Madani Samaké et Papa Ndiaye) en tant que guitariste (voir la photo en bas). Comme en Guinée voisine, le premier Président du Mali indépendant, Modibo Keïta, souhaite, lui aussi, un orchestre national ayant ses racines dans les traditions musicales maliennes pour animer les soirées et autres réceptions officielles avec de la musique malienne et lance donc un appel à Kèlètigi pour constituer et présider un tel. La mission prioritaire est la recherche de la musique authentique de ce jeune État ouest-africain ainsi que la création d’une nouvelle identité et amour-propre postcolonial par la révalorisation resp. réanimation des formes culturelles traditionnelles et raccordement à l’histoire précoloniale. Kèlètigi se rappelle :
"I was put in charge of the Premier Formation du Mali (Orchestre national, Number One) ; it was me who introduced Manding and Bambara songs played on modern instruments. The idea was to make traditional music, but in a modern way. At the time (the early ‘60s), we received delegations from Europe, or other African countries, and at such occasions we’d perform our traditional ceremonies. Each time we received a European delegation, an official reception would be arranged, and those delegates, they couldn’t dance our traditional dances. So we had to find international rhythms and put our traditional sound within that, using a (kit) drum and so on." (dans : Charry 2000: 270**)
Multi-instrumentiste (balafon, guitare, trompette, violon, orgue, flûte, saxophone, ngoni, dunun, jenbe et même un peu de batterie) à l’origine, cet homme-orchestre fait plus tard du balafon (xylophone à grosses calebasses originaire d’Afrique de l’Ouest et, à côté du kora et du ngoni, troisième instrument mélodique des griots) son instrument de prédilection, quoiqu’il soit déjà un virtuose de cet instrument à l’âge de 7. Le rôle de Kèlètigi ressemble à celui de Papa Diabaté en Guinée ayant initié une toute génération de guitaristes électriques : Kélètigi agrandit énormément les techniques du jeu de balafon et est le premier à avoir accordé le balafon aux sonorités occidentales. La création de son balafon double lui permet de jouer des musiques chromatiques comme sur un piano. Si c’est justifié de qualifier le balafon de "piano africain", c’est dû avant toute chose au personnage et à l’art de Kèlètigi Diabaté, le "grand old man of Manding balafon"*** ...
Au milieu des années 1970, Kèlètigi rejoint Les Ambassadeurs, groupe dans lequel jouent aussi Kanté Manfila et Salif Keïta, et se produit avec eux aux Etats-Unis pour une tournée sponsorisée par la Fondation Rockefeller en 1978. C’est à cette occasion qu’il peut croiser la route de sa grande idole, le légendaire vibraphoniste de jazz Lionel Hampton. Cette rencontre lui inspire à adapter une fois pour toutes le langage du jazz, notamment son phrasé et improvisation, dans son jeu instrumental ...
Dans les années 1980 et 1990, il accompagne au balafon d'illustres chanteurs, griots et griottes du monde mandingue dont Salif Keïta, Kandia Kouyaté, Ami Koïta, Tata Bambo Kouyaté, Toumani Diabaté et bien d’autres encore … Et à ne pas oublier ses collaborations avec Djelimady Tounkara, l’Ensemble National du Mali et les diverses formations du Rail Band à Bamako (Super Rail Band, Rail Band de Bamako, Rail Band du Buffet Hôtel de la Gare de Bamako etc.). Puis, à partir de 1993, il se produit au Mali avec le Symmetric Orchestra (avec Toumani Diabaté à la kora et Bassékou Kouyaté au ngoni).
Depuis 1998, il est une des pièces maîtresses du groupe Bamada (au balafon et au violon) du guitariste Habib Koïté qu’il accompagne pendant plusieurs années dans ses tournées, et avec qui il prend part aux enregistrements de plusieurs albums (voir la discographie en bas). En 2000, toujours avec Habib Koïté, il participe au projet "Art Ensemble of Africa", avec le grand Art Ensemble of Chicago.
Bien que très présent dans l’univers musical mandingue, il faut attendre ardemment 2004 pour accueillir son premier et seul opus solo, Sandiya*: la somme de sa vie musicale, une magnifique réalisation à base de pure musique mandingue, pleine d’élégance et de vitalité, teintée de jazz, de blues, de hiphop et de folk. Une collection superbe pour musique jouée surtout en duets mais aussi en trio, en groupe ou en grand ensemble traditionnel : avec Fasséry Diabaté, fils de Kèlètigi qui suit avec tant de respect la voie de son père ("Djandjo", "Fosson", "Mankaira", "Souma" et "Sandiya", tous des duets balafon avec le père, sauf "Fosson" avec Kèlètigi au violon), les filles de Kèlètigi, Ata et Bintou Diabaté (voix ; "Yafa"), le Khassonké Habib Koïté (guitare "Koulandian" ; magnifique duet avec Kèlètigi), l’Ensemble Traditionnel du Mali sous la direction de Massambou Diallo ("Djarabi" et "Soundiata", le grand Prince Mandingue, dont l’épopée est très souvent chantée), Diawore Diarra, le flûtiste ("Sènè), Toumani Diabaté et Djelimady Tounkara, les virtuoses de la kora et de la guitare ("Nanga Mady" et "Kamadia", duets avec Toumani ; "Sontaoula", duet avec Djelimady), la chanteuse Many Diabaté ("Samba Koro", accompagné par Kèlètigi et Fasséry), et, le grand moment de l’album, le groupe de Habib, Bamada, qui accompagne Kèlètigi sur une libre adaptation du standard de jazz, "Summertime", interprété magnifiquement par une touche complète-mandingue ("Summertime à Bamako") ... MUSIC AT ITS VERY VERY BEST !
Le 30 novembre 2012, Kèlètigi Diabaté décède à Bamako. Même au dernier jour, il reste fidèle à ses convictions d’un musicien à fond : le matin, il répète à l’Institut Français, le soir, il ferme ses yeux à jamais. Il venait d’avoir 81 ans ...
Ala ka hinè i la, k’i dayòrò sumaya !
Discographie :
… sous son nom :
– Kèlètigi Diabaté (1996) : Kèlètigui Diabaté. Mission de Coopération Française au Mali. (cass.) – Kèlètigi Diabaté (2004) : Sandiya. Contre Jour.
… en participation dans :
– Les Ambassadeurs (1975) : Kanté Manfila et les Ambassadeurs – Ambassadeur, Mana Mana. Sonafric. (si) – Les Ambassadeurs (1975) : Les Ambassadeurs du Môtel – Super pitié, Bolola sanou. Sonafric. (si) – Les Ambassadeurs (1976) : Les Ambassadeurs du Môtel – Saranfing, Sabar. Sonafric. (si) – Les Ambassadeurs (1976) : Les Ambassadeurs du Môtel – Diandjon, Wara, Kibaru. Sonafric. (lp) – Les Ambassadeurs (1977) : Les Ambassadeurs du Môtel de Bamako. Vol. 1. Sonafric. (lp) – Les Ambassadeurs (1977) : Les Ambassadeurs du Môtel de Bamako. Vol. 2. Sonafric. (lp) – Div. Artistes (1988) : Legendary Bands of Mali. Stern’s Mali Music. – Div. Artistes (2006) : African Pearls 3 – Mali: One Day on Radio Mali. Discograph. – Div. Artistes (2008) : The Rough Guide to the Music of Mali. World Music Network. – Div. Artistes (2009) : Jazz around the World. Putumayo. – Adama Diabaté (1995) : Jako Baye. Stern’s Africa. – Toumani Diabaté & Ketama (1994) : Songhai 2. Hannibal. – Toumani Diabaté (1995) : Djelika. Hannibal. – Jonas (2006) : Bagages. RecRec. – Aly Keïta (2010) : Farafinko. Contre Jour. – Salif Keïta (1991) : Amen. Mango Rec. – Salif Keïta (2010) : La Différence. Emarcy Rec. – Amy Koïta (1986?) : Debe. Disque Espérance. – Amy Koïta (1988) : Tata Sira. Bolibana Rec. – Habib Koïté & Bamada (2001) : Baro. Putumayo. – Habib Koïté & Bamada (2003) : Fôly! Live around the World. Contre Jour. – Habib Koïté & Bamada (2007) : Afriki. Cumbancha/Exil. – Tata Bambo Kouyaté (1985) : Jatigui. Globestyle. – Bonnie Raitt (2002) : Silver Lining. Toshiba. – Boubacar Traoré (1999) : Maciré. Indigo. – Boubacar Traoré (2002) : Je chanterais pour toi. Marabi Prod. – Zap Mama (2007) : Supermoon. Concord.
(cass. = cassette ; lp = longplay/33 tours ; si = single/45 tours)
VIVE LE MALI !!!
Herbert
*en bambara, kèlètigi veut dire "chef de guerre, maître de guerre, celui qui commande à l’armée", sandiya ou sadiya veut dire "plaisanterie". **Charry, Eric (2000): Mande Music. Traditional and Modern Music of the Maninka and Mandinka of Western Africa. Chicago, London : The University of Chicago Press. ***Eyre, Banning (2000): In Griot Time. An American Guitarist in Mali. Philadelphia : Temple University Press, p.125.


Musique d'Ali Farka Touré au Burkina-Faso ou au Mali? English translation pending
J'aime beaucoup la musique africaine, tout particulièrement celle d'Ali Farka Touré. Qui peut me renseigner sur des endroits sympas où en écouter (au Burkina ou au Mali) ?