Administrateur de colonies, récit (Togo) Nicodilo · 11 février 2010 à 10:03 · Une photo 50 messages · 14 participants · 7 190 affichages | | | | À: Mboloani · 23 février 2010 à 8:58 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 21 de 50 · Page 2 de 3 · 2 417 affichages · Partager D'abord, j'aimerais rappeler que lorsque votre personnage-clé est arrivé au Togo en 1936, le Togo venait de cesser d'être colonie allemande pour devenir colonie française et l'état de délabrement physique des populations ne saurait être imputé aux nouveaux maîtres.
On peut ajouter que la colonie allemande Togoland a été aussi démantelée, une partie du territoire (1/3) est revenu au Anglais qui été la puissance coloniale du Ghana, le reste (2/3) est revenu à la France, le Togo actuel.
« Le premier partage du Togo est approuvé par Paris et Londres le 9 septembre 1914. Lomé, Kpalimé, Kété Kratchi et Kpandu sont administrés par les Anglais. Aného, Atakpamé, Sokodé et Mango reviennent à la France. Le deuxième partage s'opère le 10 juillet 1919. La France occupe le cercle de Lomé, la subdivision de Kpalimé, ainsi que tout le front de mer et les lignes de chemin de fer. La Grande Bretagne reçoit les riches plantations de café et de cacao de Kpando et de Ho. Ce partage est entériné en 1922 par la Société des Nations (S.D.N.). » Source : www.botschaft-togo.de/...m=histoirepopulation | | | À: ZJF · 23 février 2010 à 15:46 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 22 de 50 · Page 2 de 3 · 2 405 affichages · Partager Parfaitement exact, et les méthodes coloniales anglaises différaient totalement des françaises, en ce qu'elles respectaient les structures tribales traditionnelles : j'ai travaillé au Cameroun sous mandat britannique en 1949 et pu comparer les deux types d'administration. Laquelle était la meilleure ? Bien incapable de le dire ! | | | À: Mboloani · 24 février 2010 à 4:43 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 23 de 50 · Page 2 de 3 · 2 384 affichages · Partager Une anecdote pour illustrer un revers de l'Histoire locale.
J’ai voyagé en 2008 dans cette région. Je suis monté au Mont Agou, plus une ballade qu’une escalade, très agréable malgré le goudron sur une grande partie du trajet. Deux togolais suivaient le « blanc », et lorsque que je trompais ou je ne prenais pas le raccourci, ils me l'indiquaient. Au sommet, ils me disent : « Là bas, c’est le Lac Volta. Autrefois c’était aussi le Togo. On est séparé de nos frères. Maintenant c’est le Ghana ». Plus tard ils me diront l’air très triste « quand tu viens ici, la nuit, là bas, tu vois plein de lumière, ils ont l’électricité. »; eux pas.
La partie du Togoland qui a été donnée aux Anglais, a été rattachée au Ghana à l’indépendance du pays. Plusieurs conséquences, notamment qu’aujourd’hui, parce que le Ghana est plus développé que le Togo, cette partie de Togoland est en avance sur l’actuel Togo. Mais cette partie du Togoland était aussi la plus riche en terre et l’accès au lac Volta devait être un plus.
Les Anglais avait-il obtenu le meilleur du Togoland ?
Cordialement | | | À: ZJF · 24 février 2010 à 16:45 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 24 de 50 · Page 2 de 3 · 2 361 affichages · Partager Pour répondre à votre interrogation, oui certainement ! Les Anglais ne sont pas des naïfs et la rivalité entre nos deux pays n'a pas pris fin avec la fameuse "entente cordiale", tous les moyens étaient bons. Mais ce qui était gagné d'un côté pouvait être perdu de l'autre, et c'est ce qui s'est produit avec le Cameroun, où le petit morceau attribué à l' Angleterre (Bamenda, Mamfé, Kumba, Buea et Victoria), incluant le Mont Cameroun était certes riche (terres volcaniques) mais ne disposait pas de porte en eau profonde. Les deux parties sont maintenant réunies dans le Cameroun actuel, et je me demande bien ce qu'il est advenu du "schloss", résidence en forme de château rhénan de l'ex High-Commissioner, du fort de Bamenda et de sa roseraie, installations datant de la colonisation allemande ! A l'époque, seules les villes de Yaoundé et Douala étaient pourvues d'électricité (usines électriques à moteurs), avec de fréquentes pannes et coupures, et encore, ces installations ne concernaient que les quartiers européens ! Souvenirs d'autres temps, sans climatiseurs ni portables ni GPS ni télévision ni même poste-radio et où un échange de correspondance avec la France demandait au moins deux mois...en mettant les choses au mieux. Quand on pense qu'il y a tout juste 60 ans de cela, on réalise qu'il y a euun progrès, même s'il ne touche qu'une partie des populations locales et des territoires.
Cordialement. | | | À: Nicodilo · 25 février 2010 à 11:37 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 25 de 50 · Page 2 de 3 · 1 795 affichages · Partager Janvier 1954 : Kourma
« Je me rappelle que vers le milieu de mon congé, j’appris que de graves incidents s’étaient produits dans le district de Kourma, voisin d’Archambault, si bien que l’on avait dû faire intervenir l’armée. M’étant présenté au Gouverneur à mon arrivé à Fort Lamy, il me fit connaître mon affectation à Kourma... » ... « Au cours de la passation de service, j’eus l’occasion de me rendre compte que les adepte du PTT et son leader Toumbalbaye étaient nombreux dans le district de Kourma. Le chef du village de Kourma, lui même en était l’un des protagonistes. Pour cette raison, il ne s’entendait pas avec mes prédécesseurs. J’appris en particulier qu’il avait fait de nombreuses demandes de permis d’achat pour un fusil de chasse à double canon. On ne lui avait jamais accordé, en raison de son appartenance politique. En contre partie, le chef du village passait son temps à s’opposer, par tous les moyens, à l’autorité administrative. Il se refusait à collaborer à l’action élaborée par le Chef de district, en vue du progrès général de la circonscription. Aussi, dès que je fus en « charge » et pour la première fois de ma carrière, je décidais de ne pas suivre la politique de mes prédécesseurs. Aussitôt que je le pus, je fis une visite au chef du village : ce que personne, avant moi, n’avait fait. Il en fut tout surpris et fort honoré. Au cours de la conversation, sans avoir l’air de rien, je lui demandais s’il était chasseur. Il me répondit par l’affirmative. Je lui demandais s’il avait un fusil. Il me répondit : « Depuis longtemps, j’ai adressé des demandes pour obtenir un permis d’achat. Je n’ai jamais pu en avoir. » Je lu répondis : « Et bien, je vais combler cette lacune regrettable. J’ai apporté avec moi un permis d’achat que je te remets ! » Le brave homme en bégayait et ne savait pas trop comment me remercier. Il n’en revenait pas. Aussi, à partir de ce jour, ce chef rebelle rentra dans l’orthodoxie et ne cessa de collaborer avec le Chef du district. Chose qui ne s’était jamais vu, dès la fin de la saison des pluies, sans que je l’en ai sollicité, il procéda au désherbage des abords des rues et au nettoyage de tous les caniveaux. Pour la première fois, on eut une ville propre. De mon côté, je m’attachais à avoir un réseau routier impeccable. Dans le même temps, je remplaçais tous les bâtiments en briques de banco et couverts en paille par des bâtiments en béton couverts de tôles. »
(p269 à 271) Histoire de Bagheera, la panthère apprivoisée qui restera une année dans la famille. Les enfants viennent partager les vacances d’été.
(p304) « Pour être admis dans le groupe des hommes ou celui des femmes, il fallait en tout premier lieu, à défaut d’état civil, avoir atteint un certain développement physique. Il fallait en outre subir des épreuves, souvent très dures, en particulier pour les garçons. Elles variaient avec les ethnies. D’une façon générale, l’une d’elle obligeait les garçons à survivre pendant un mois en pleine brousse, sans aucune arme, et sans aucun ravitaillement. Cela peut paraître simple à de jeunes européens mais il faut imaginer qu’à l’époque, la brousse était infesté de fauves, de buffles, d’éléphants, de serpents tous venimeux, de phacochères, d’hippopotames, de rhinocéros, de crocodiles, de cynocéphales et... j’en passe. Ils ne pouvaient compter sur l’aide d’aucune personne de la même ethnie. Par ailleurs, ils devaient éviter d’être surpris par des hommes d’une autre ethnie. Pour eux, c’eut été la mort ou l’esclavage. Alors, si l’on tient compte de tous ces facteurs, on comprendra que l’épreuve était très dur et comportait de nombreux dangers. A cette épreuve s’en ajoutaient bien d’autres. Ceux qui avaient satisfait à tous ces tests devaient être capable de griffer leur mère ou d’enfoncer leur doigt dans son sexe. Etc. Je connais peu les épreuves auxquelles étaient soumises les filles. Toutefois, je sais qu’à la fin des épreuves, elles étaient appeler à subir l’excision. Cette opération correspondait en fait à une mutilation car on les privait d’un organe sensoriel important. D’une façon générale, c’était le forgeron du village qui procédait à cette opération. Quelle a été la pensée qui a présidé à l’instauration de cette pratique ? Cela paraît difficile à imaginer. Toutefois, je suppose qu’on pourrait y voir un symbole puisque c’est la toute dernière épreuve qui précède l’admission au stade de femme. Mais il n’est pas impossible, il est même certain, à mon avis, que le mâle, dès l’origine, doit avoir sa petite idée sur la question ! En supprimant l’un des organes du plaisir, il a voulu s’assurer de fidélité de la part de la femme. Si la chose s’est passé de la sorte, on peut affirmer que l’excision est un acte doublement odieux et condamnable ! » Mars 1956 : retour en France
« Quand le lendemain matin, j’aperçu la terre de France, morcelée en parcelles de couleurs variées, j’avoue avoir été saisi d’une très grande émotion. Cette vision représentait pour moi, depuis des temps reculés, la vie d’une race, d’un peuple, d’une nation. Ce spectacle faisait apparaître à mes yeux les qualités de nos paysans de cette belle terre de France, mais aussi les qualités de tous les citoyens de ce pays, courage, volonté, obstination, travail, labeur dure et pénible, économie aussi, volonté de vivre et faire vivre, obstination devant l’adversité etc. Et toutes ces petites maisons qui, là en bas, fumaient en cette froide matinée de mars, évoquait pour moi la famille, l’amour de cette famille qui est le fondement de toute société ! Plus loin apparurent les villes, les usines, les cheminées, les trains en marche. Quelles images extraordinaires de calme, de douceur, de vie heureuse, pour celui qui, pendant plus de deux ans a connu un pays dur et pauvre, et à perte de vue, des terres tristes, parce qu’elles sont en friches, où la vie frôle toujours la mort. Quels doutes, quelles déceptions pour nous, quel découragement, lorsqu’on a conscience d’avoir tout fait, tout tenté pour aider ces pays, que nous aimions cependant, d’avoir l’impression de ne pas avoir été compris, de ne pas avoir été suivi et de s’être battu en vain ! Et puis, sans m’en rendre compte, je revins à nouveau, par la pensée, vers cette terre d’Afrique, sur laquelle j’œuvrais, de toute mon âme, depuis 1936. » ... « Une pensée revenait toujours lancinante, dans ma tête : nos enfants, nos enfants que nous avions laissés en France, à huit ans. C’était certainement un déchirement pour eux, mais également pour nous. Ce devait être dur pour eux ! mais j’avais beaucoup trop connu de familles, qui, pour n’avoir pas eu le courage ou la volonté de s’éloigner de leur progéniture, avaient fait des « fruits secs » de leurs enfants, des ignares et des naufragés de la vie. Il y a en outre, à les garder près de soi, un grand écueil pour les enfants dont le père occupe de hautes fonctions. Ils trouvent normal d’être environnés de domestiques et de n’avoir qu’un mot à dire pour être servi. Ils trouvent normal de participer à des réunions et des réceptions, et d’être les bénéficiaires indirects de la considération et du respect dont le père fait l’objet. Ils ne réfléchissent pas, ils ne pensent pas, ils n’envisagent même pas l’avenir. Mais, petit à petit, ils arrivent à se complaire dans cet écrin doré et douillet, et sans en avoir conscience, ils finissent par admettre la pérennité de cette situation. »
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Octobre 1956 : retour à Fort Lamy puis affectation à Fianga
.../..
« Après quoi, mon prédécesseur quitta Fianga en direction de la France. Ce cher camarade était vraiment sympathique et d’une très agréable compagnie, bien qu’il fut un peu bohème. Il était courant de le voir avec un pantalon dont le bord était décousu et une chemise passée dessus le pantalon, dont les boutons étaient partis en vacances. Les Africains qui cependant, n’ont pas pour habitude d’être des « dandys », loin s’en faut, remarquèrent, dès mon arrivée, que j’étais impeccable dans mon uniforme ; ce qui leur fit dire : « maintenant nous avons un Commandant. »
Maintenant que j’étais en charge, il convenait que je n’oublie pas les consignes formelles, données par le gouverneur, à mon arrivée à Fort Lamy. Il m’avait dit :
- Degoul, vous allez prendre le commandement de Fianga ! Il s’agit d’une part de reprendre, immédiatement, la main sur vos administrés. Par ailleurs, je compte, totalement, sur vous pour battre tous les records de production cotonnière. N’oubliez pas que nous avons besoin de devises pour l’équipement du territoire.
Fort heureusement pour moi, il existait dans mon district un centre de recherche scientifique sur le coton. Je décidais donc de faire une retraite d’une quinzaine de jour dans cette cathédrale de la science. Je me rendis compte, très vite, que mes connaissances sur le coton et sa culture étaient plus que superficielles. Je pris connaissance d’un grand nombre de rapports sur les semis et le cycle évolutif de cette plante. Je me fis initier aux essais en cours et prenais des notes sur ce qui me paraissaient essentiel. J’appris que le fait de semer fin juin ou début juillet, comme la pratique était courante, faisait perdre obligatoirement 50% de la production.
Pour procéder au semis, les Africains portaient en bandoulière un sac de graines de coton. De la main droite, ils tenaient un gros bâton pointu du côté du sol. D’un coup sec, à l’aide de ce bâton, ils faisaient, un trou, appelé « poquet ». Avec la main gauche, ils prenaient quatre graines de coton qu’ils laissaient tomber dans le poquet. .. En respectant à la lettre toutes ces données, j’étais donc sûr d’être gagnant. (75 000 pieds hectare, bonne répartition par rapport à la terre, date de semis etc.) restait maintenant à régler le problème du personnel. ... Je considérais personnellement qu’on devait jouer avec les cartes qu’on avait en main. J’estimais, en outre, qu’à condition de bien s’y prendre, on peut, toujours, obtenir le maximum de tous les hommes. J’obtins gain de cause de la part du Gouverneur. Dès ce moment là, je convoquai un par un les contractuels et leur tins ce langage :
- Vous êtes en fin de contrat dont le renouvellement n’a pas été demandé pour des raisons que j’ignore. Toutefois, cela ne constitue pas un indice favorable. Cependant, je me porte garant pour vous et si vous voulez bien suivre et exécuter les directives que je vous donnerai et faire équipe avec moi, vous pouvez me faire totalement confiance. Vos contrats seront renouvelés avec une sensible augmentation de votre salaire. Le Gouverneur m’a demandé de battre cette année les records de production cotonnière et je veux obtenir ce résultat. A bon entendeur salut !
Je parlai dans le même sens au seul conducteur appartement à un cadre. Ce programme établie, je les réunis tous et leur donnai des directives très précises sur les opérations à effectuer, et leur fixai un calendrier. ... J’entrepris une tournée générale au cours de laquelle je pris contact avec tous les Chefs de canton et de village. A chacun d’eux, je parlais du problème du coton et des dispositions que j’avais prises pour obtenir le résultat. J’ajoutais que je comptais sur leur collaboration totale ! ... Je crois uniquement au prosélytisme de l’exemple ! Les choses allèrent leur train. Au 25 mai, toutes les terres étaient défrichées et prêtes à recevoir les graines. La superficie demandée à chaque cultivateur était d’un hectare. A cette même date, les graines avaient été distribuées à chaque planteur, avec consigne de semer à la première pluie de juin. ... Ce fut un vrai succès. Aux premières gouttes d’eau, le coton prit aussitôt racine. On procédât ensuite au démariage. Il était important aussi de veiller à ce que les plants soit binés au moins trois fois. Les choses s’étaient déroulées telles que je les avais voulues et d’avance, je savais que je serai gagnant.
Le record de production du district de Fianga avait été de 3000 tonnes avec un rendement de 150 kg hectare, ce qui revient à dire que le coton produit ne payait pas le travail effectué. Or, pour l’année 1957, dans ce même district, la production cotonnière s’éleva à 12 000 tonnes, soit un rendement de 600 kg à l’hectare. Jamais on n’avait vu autant de coton. Les paniers regroupés autour des villages, en attendant les marchés, ressemblaient à des champs de neige. Pour une fois, les cultivateurs furent largement payés de leur travail et tout le monde fut content. ... Dans ce même temps, je pensais qu’il devait être possible, sur un plan agricole d’obtenir des résultats bien plus spectaculaires encore, tout en diminuant l’effort et le travail humain. Je me trouvais en effet, dans un pays exceptionnel, habité par une race exceptionnelle, les « Toupouris ». Chose rare en Afrique, j’avais affaire à une race de Noirs éleveurs. De ce fait, ils bénéficiaient d’un régime alimentaire égal et même supérieur à celui des pays européens les plus riches. Ils étaient à la fois cultivateurs, éleveurs et pêcheurs. Ils avaient donc en abondance du lait, de la viande, des céréales et du poisson. Alors que d’une façon générale, les Noirs souffrent d’une carence notoire en viande et en matière grasse. Aussi les « Toupouris » ont-ils des tailles d’athlètes. La taille moyenne des hommes se situe entre 1 m 90 et 2 m 20. Hommes et femmes vivent entièrement nus. Ils sont très beaux à regarder.
Malheureusement, si les Toupouris étaient éleveurs, ils ne savaient pas tirer parti de leur bétail pour améliorer leur culture d’une part et diminuer leurs efforts d’autre part. Aussi, dès le départ, j’ai pensé qu’il fallait leur apprendre à faire et à stocker le fumier afin de l’utiliser comme engrais. Ensuite, il convenait de dresser des bœufs à la traction : traction de charrues et de charrettes pour le transport du fumier et des récoltes.
Avant toutes choses, je demandais au chef de Canton le plus réceptif à tout ce qui touchait au progrès de me céder une superficie de terre suffisante pour y établir une ferme d’essais cotonniers. Compte tenu du fait que la couche de terre arable ne dépasse pas en Afrique 30 cm, je fis venir de France des charrues à un seul soc, retournant la terre sur une faible profondeur. Il importait de ne pas stériliser les sols. Je fis également l’achat de petites charrettes.
A part la fumure et la pulvérisation d’un produit insecticide lors du premier binage, toutes les opérations de la ferme furent accomplies en même temps que celles des villageois. Je dois également préciser qu’à l’époque du défrichement des terres, on a mis à la disposition de tous ceux qui en firent la demande, un moniteur, un bœuf et une charrette.
La production fut la même que l’année précédente, soit 12 000 tonnes soit 600 kg hectare. Par contre, la production obtenue sur les terres de la ferme dépassèrent les prévisions les plus optimistes, on obtint 4 tonnes hectare. Je fis constater les résultats obtenus à la ferme par les Chefs de cantons, plusieurs Chefs de villages et plusieurs notables afin de leur faire admettre qu’avec l’usage de fumier, d’un labour attelé et d’une pulvérisation d’insecticide on pouvait obtenir, avec moins de travail que par le passé, une production presque 7 fois supérieure à la leur, cependant déjà bien améliorée par rapport au passé. Avec de pareil résultat, la culture du coton devenait une culture riche.
A cette époque, j’ai reçu la visite d’un ingénieur agronome russe en mission qui venait voir en Afrique les résultats obtenus dans la culture du coton. Il nous raconta comment le Soviet Suprême décida que l’URSS deviendrait un pays producteur de coton. Il chargea un groupe d’ingénieurs de chercher une région favorable à cette culture. Ce fut celle de la mer d’Aral. Ceci établi, le Soviet Suprême dépêcha l’armée pour chasser de cette zone tous ceux qui y habitaient. Après quoi, des charrues tractées mécaniquement préparèrent le terrain. Mais les difficultés commencèrent au moment de la récolte. La cueillette des capsules ne peut, en effet, se faire qu’à la main et il n’y avait plus de mains d’œuvre sur place puisqu’on l’avait chassée. Le gouvernement n’hésita pourtant pas à faire appel aux anciens habitants qui refusèrent de venir récolter le coton. Devant leur refus, on leur envoya l’armée et les chars pour ramener par la force les anciens occupants, qui furent contraints d’effectuer la cueillette. La production obtenue était plus que correcte, elle était de 3 tonnes 500 à l’hectare... mais qu’en est-il du coût humain ? »
(p347) « Personnellement, j’en été resté à la date du 23 juin, date à laquelle devait avoir lieu l’accouchement de notre quatrième enfant dénommé Robert. J’étais donc parti en tournée le 3 juin. J’avais décidé de me rendre aux sources de Mayo Kebi, à l’endroit où se produit le déversement du Logone, en hautes eaux. Cette zone n’est accessible que durant 3 semaines, à la fin de la saison des pluies. Le reste du temps, elle était totalement isolée du reste du monde. J’arrivais exactement à midi en bordure du Logone où était construit le village de pêcheurs. Le Chef du village vint m’accueillir. Il avait l’air joyeux et déclara : « Mon Commandant, je suis très content pour toi par ce que tu as gagné le garçon. » Je l’en remerciais chaleureusement, bien que je ne crusse pas à l’information que je pris pour un heureux présage. Or, je fus très surpris, deux jours après mon retour de tournée, d’apprendre qu’à la date du 3 juin, ma femme avait accouché. Ainsi donc, le téléphone de la brousse allait infiniment plus vite que le télégramme des PTT. Le village où j’avais appris la nouvelle se trouve environ à 600 Km de Fort Lamy et loin de toutes voies de communication.... Mais voyez-vous, le Tchad est rempli de choses étranges ! Ainsi, par exemple, ma femme, qui était partie à Fort Lamy pour accoucher et qui avait mis au monde un petit Robert, revint à Fianga, fin juin, accompagnée de quatre enfants. Quelle surprise ! Mais finalement, tout arrive à s’expliquer. En effet, nos trois aînés, en fin d’année scolaire avaient pris l’avion à Nice pour retrouver leur mère à Fort Lamy. Ce qui fait qu’en définitive, je fus tout heureux de retrouver mon épouse, ainsi que mes trois enfants et de faire la connaissance de notre dernier fils, qui me parut avoir une tête sympathique. »
(p351) « Je reviens maintenant sur l’adduction d’eau de Fianga. Quelques jours après ma prise de service, j’examinais de plus près les travaux déjà entrepris. Voilà les constatations que je fis : La contenance du château d’eau était de 100 mètres cube. A partir du château d’eau, une tranchée avait été ouverte sur environ 1 km. Elle s’arrêtait à proximité de la où l’on avait creusé un puits. Dans la tranchée, on avait déjà placé une conduite en chlorure de vinyl. Elle n’était encore ni reliée au château d’eau, ni au puits. Le puits était situé environ à 50 mètres du lac dont il recevait l’eau par infiltration. Près de ce puits se trouvait une cabane fermée à clef. Elle contenait une pompe Guinard (haute pression) toute neuve et reliée au puits. Le dénivelé entre le château d’eau et le puits était d’environ 50m. Je fis exécuter un essai de pompage. Au bout d’une heure le puits était vide. Le débit de la pompe avait été de 4 mètres cube. J’arrivais donc aux conclusions suivantes.
- La pompe me paraissait incapable de refouler l’eau du château d’eau. - En tout état de cause, en supposant que l’eau puisse y arriver, étant donné le débit de la pompe, cette dernière devrait tourner jour et nuit pour arriver à faire le plein du château d’eau. Un matériel qui tourne de façon ininterrompu s’use très rapidement. - J’ai contrôlé le débit du puits, il est de 4 mètres cube à l’heure. Mais à ce moment là, il est vide. Je n’ai pas vérifié le temps de son remplissage. Quoi qu’il en soit, il me paraissait en conséquence impossible d’alimenter normalement le château d’eau. - A mon avis, les conduites en vinyl ne tiendraient pas en raison de l’importance du champ magnétique dans cette région du globe terrestre. - Enfin, normalement, un château d’eau en béton doit être immergé, aussitôt que la prise est terminée, sous peine de se fendiller ou même de s’effondrer.
Lorsque l’ingénieur du Génie Rural vint me voir, je lui fis part de toutes mes remarques et de tous mes doutes. Avec beaucoup de nuances et beaucoup de précautions, il m’exprima quelque chose qui voulait dire : malgré toutes leurs connaissances, les Administrateurs ne sont tout de même pas omniscients, réflexion que j’avais déjà entendue ailleurs. Je lui fit donc connaître que je lui confirmerai par écrit ce que je venais de lui exposer et que, quoi qu’il arrive, la SAP dont j’étais le président n’investirait pas de nouveaux fonds dans cette adduction d’eau. Il s’est avéré, par la suite, hélas, que mes observations étaient parfaitement fondées. Ce fiasco donna lieu, dans le journal du Tchad à un article virulent intitulé : le scandale de l’eau à Fianga. A la suite de quoi, je reçu la visite de l’ingénieur en Chef du Génie Rural qui m’affirma qu’il trouverait les fonds nécessaires pour la réalisation d’un nouveau projet. »
(p356) « La maladie de loin la plus fréquente chez les bovins est la tuberculose bovine. A cette occasion, je dois relater un fait qui m’a profondément étonné, car il m’a appris que les Foulbés avaient découvert la vaccination animale bien avant Pasteur. Depuis un temps immémorial, lorsque dans les troupeaux se trouvaient des bêtes atteintes par la tuberculose, qui se signalait par un écoulement anormal du mucus nasal, ils taillaient, dans un bois très dur, une sorte de trocart. Sur ce trocart, ils recueillaient du mucus nasal, le soumettaient à une exposition solaire d’une certaine durée qu’eux seuls connaissaient. Sans le savoir, ils atténuaient ainsi la virulence du bacille. Ensuite, ils plongeaient le trocart dans le flanc de la bête malade. Par ce procédé, ils arrivaient à sauver un certain nombre de bêtes, c’était une vaccination ! »
(p358) « Comme partout où je suis passé dans ma carrière, j’avais pour Fianga un programme de construction de puits. En ai-je construit des puits ! Aussi, je connaissais toutes les techniques utilisées en fonction de la nature du terrain : du puits Friring pour les sols mouvants, jusqu’aux puits forés dans la roche avec utilisation de la dynamite. Il faut dire qu’en Afrique, le problème de l’eau est crucial. J’ai connu moi même tout au long de ma carrière la hantise de l’eau. Chaque jour, je me demandais si j’aurais de l’eau pour le lendemain. Il y avait sur le territoire de Fianga, sur la rive gauche du lac, un village nommé « petit Saïka » auquel je tenais à toute force à donner de l’eau. Les femmes accomplissaient en effet environ dix kilomètres (vingt aller-retour) pour s’approvisionner en eau. Je confiais, exceptionnellement le travail de forage, en régie, à un petit entrepreneur français, installé sur place. Et je chargeais un ingénieur des Travaux Ruraux de suivre et de contrôler ce travail, à charge de m’en rendre compte. Au cours de l’une de mes tournées, je fis halte à Petit Saïka pour voir ou en était le travail. M’étant rendu sur place, j’eus la grande surprise de voir que le chantier était arrêté. On était en train de déménager le matériel. Je m’adressai à l’entrepreneur qui, fort heureusement, se trouvait là, et lui demandai des explications. Il me dit : « Nous sommes à 14 mètres. On est arrivé au rocher, sans qu’il y ait la moindre trace d’humidité. Alors l’ingénieur m’a demandé de tout arrêter et d’enlever mon matériel. » « Ecoutez, je n’ai été tenu au courant de rien et je n’admets pas que quelqu’un prenne des décisions à ma place, sans m’en avoir rendu compte. Moi, je vous donne l’ordre de réinstaller votre matériel et de reprendre le travail. Je suis personnellement convaincu qu’on arrivera très prochainement à la nappe. Seulement, je vous demande d’être très vigilant. Je vous conseille de laisser en permanence la nacelle au fond, au côté de l’ouvrier qui creuse. Veilliez aussi à ce qu’il y ait à tout moment, un manœuvre à proximité du treuil, afin d’éviter toute surprise. L’équipe descendit petit à petit dans le rocher jusqu’à 20 mètres et tout à coup se produisit ce que j’avais prévu. Le manœuvre du fond appela au secours et aussitôt le treuil se mit en marche. Et l’eau montait à l’allure de la nacelle. L’ouvrier du fond dut abandonner son pic, sa pioche, sa pelle et son seau. L’eau suivit la nacelle jusqu’en haut du puits et se déversa abondamment à l’extérieur. C’était un puits artésien. L’entrepreneur n’en revenait pas et les habitants du village dirent que j’étais un sorcier. La certitude de ma réussite était basée sur le fait que le Mont Doré était un ancien volcan, tout au moins d’origine volcanique. A vol d’oiseau, il y avait environ 5 Km entre le Mont Doré et le village de Saïka. Il était à mon avis hors de doute que depuis la base de ce mont existaient des plaques de roches volcaniques qui devaient s’étendre assez loin aux alentours. Dans un cas semblable, l’eau qui tombe sur la montagne s’insinue sous les plaques. Accumulée au dessous, elle est douée d’une importante pression et ne demande qu’à jaillir. Il se trouva que mon résonnement se fut avéré exact, j’en fus très heureux, mais j’étais en outre content d’avoir réussi à donner de l’eau à une population qui en manquait depuis des générations. »
(p362) J’ai dit ce qu’on m’avait demandé de réaliser lorsque je fus affecté à Fianga à mon retour de congé. J’ai dit également quel était le personnel à ma disposition et quelle était sa situation. J’ai demandé son maintien sur place et je m’étais porté garant pour lui. Je n’ai jamais eu à le regretter, bien au contraire. J’ai remarqué, tout au long de ma carrière, que toutes les fois qu’on confie à un homme des fonctions au dessus de sa condition, on le transforme et on modifie complètement son caractère et son comportement. En se découvrant, en prenant conscience de sa vraie valeur, de ses vraies capacités et de ses possibilités, il devient un autre homme et ses relations avec son métier sont complètements modifiées. C’est à cela qu’on reconnaît le Chef, le Patron. Malheureusement, des Patrons, il y en a beaucoup, mais rares sont ceux qui sont dignes de ce nom avec un grand P majuscule. Le Patron, c’est celui qui sait faire confiance à ses hommes et avoir avec eux des relations de collaborateurs et non de subordonnés, des relations de confiance et non de suspicion !
(p367)
- « Degoul, vous constituez pour moi une énigme ! Le Gouvernement du Tchad a récusé la presque totalité des jeunes Administrateurs que la France a mis à sa disposition, aussi les plus anciens ont été remis à la disposition de la France. Or maintenant vous êtes le plus ancien au Tchad. Vous avez eu un moment ou à un autre tous les ministres actuels sous vos ordres, y compris Monsieur Toumbalbaye. A un moment ou à un autre, vous avez été amené à les juger, à les condamner et à les mettre en « tôle ». Et cependant, vous êtes le seul au Tchad à avoir une solide position et à ne pas être contesté. Alors, je ne comprends pas !
- « Eh, bien Monsieur l’Ambassadeur, je pense être à même d’éclaircir ce que vous dénommez une énigme. Lorsque j’ai débuté dans ma carrière, il y a maintenant pas loin de vingt cinq ans, devant mon bureau, j’avais toujours deux fauteuils pour recevoir ceux qui me demandaient une audience ou ceux que j’avais convoqués. Lorsque que quelqu’un pénétrait dans mon bureau, Européen ou Noir de la brousse, souvent assez primitif, je me levais pour l’accueillir, je lui serrais la main et je le faisais asseoir. Lorsque je convoquais des Africains pour une infraction commise ou un délit, la convocation que je leur adressais comportait les mêmes formules de politesse que j’aurais employé pour n’importe quel Européen. Comme ils étaient illettrés, ils se trouvaient dans l’obligation de se faire traduire le contenu de mes convocations et je sais qu’ils étaient très sensibles à ces marques de respect. Je sais qu’ils disaient : « Quand le Commandant nous convoque, c’est parfois pour nous traduire devant le tribunal, mais il est toujours très poli envers nous. » Par ailleurs, je pense avoir été de loin le premier à avoir invité à ma table quelques Africains qui se détachaient très nettement du lot par leur intelligence, par leur conscience professionnelle, par leur recherche de la culture. Je ne le faisais pas par démagogie. J’ai été de loin le premier à recevoir à la résidence des Chefs et des Notables Africains à l’occasion de réceptions que j’organisais, et où était également invitée la colonie Européenne. En ce temps, je fus à ce sujet l’objet de nombreuses critiques dont je me souciais guère. Je suppose que je récolte, maintenant, les fruits de mon comportement et de la considération que je me suis toujours appliqué à accorder aux Noirs. : s’ils étaient incultes et primitifs, ils n’en étaient pas moins des hommes ! Il est primordial, à mon avis, de se faire humble avec les humbles, car ils ne vous pardonnent pas la morgue et l’insolence dont vous pouvez faire preuve à leur égard »
Nous quittâmes donc Fort Lamy le 22 juin 1958 pour un congé de 6 mois mais moins de 3 mois plus tard, je dus repartir pour le Tchad. Un ordre général était donné à tous les Administrateurs en congé d’avoir à rejoindre le poste qu’ils occupaient avant le départ. En effet, le référendum proposé par le Général De Gaule aux Territoires d’Outre Mer, devait se dérouler le 28 septembre 1958. Par ce référendum, la France proposait à ses territoires d’Outre Mer leur autonomie pleine et entière. Plusieurs solutions leur étaient données. Ils pouvaient demander soit d’être maintenus dans leur ancien statut, soit d’acquérir leur autonomie tout en conservant un lien avec la France. Dans ce cas là, ils acceptaient de faire partis d’un système politique qui porterait le nom d’Union Française, calqué sur le système des Dominions anglais. Ils auraient alors droit à la double nationalité. Ils pouvaient enfin choisir l’autonomie pleine et entière, mais demander à sortir de la zone Franc ; ce fut le cas de la Guinée, qui lia son sort à celui de l’URSS. Je m’embarquais donc à Nice le 6 septembre pour débarquer le 7 à Fort Lamy.
Dès mon retour à Fianga, et jusqu’au référendum, je passais tout mon temps en tournée. Je devais en effet expliquer à tous et partout ce qu’était le référendum et quelles étaient les diverses solutions proposées par la France aux TOM. Le Tchad demanda à conserver des relations avec la France. Mais dès ce moment, le Tchad, qui avait déjà un gouvernement, du fait de son autonomie interne, eut en plus un Président de la République, en raison de son autonomie externe. Ce fut Monsieur Toumbalbaye qui fut élu avec une énorme majorité. Dès ce moment, je devins un Administrateur hors cadre. Toutefois, afin de parer aux tentations de brimades qu’auraient pu avoir les Gouverneurs locaux à l’égard des Administrateurs, le Gouvernement français prenait à sa charge leur traitement.
Malgré ces changements, le rôle des Administrateurs ne changea pas. Leur autorité fut la même que par le passé. Seulement, les rapports économiques, politiques et agricoles mensuels et annuels qu’ils adressaient précédemment au Gouverneur du Territoire furent adressés désormais au Premier Ministre. Toutefois, ce changement, fort important, qui conférait l’autorité à un Président de la République Noir et à un groupe de Ministres Noirs, sembla à certains Noirs ambitieux de pouvoir permettre de se débarrasser facilement des Administrateurs pour se mettre à leur place, par le moyen de la dénonciation calomnieuse. Heureusement que mon passé ne permettait pas de doute sur mon intégrité. » Septembre 1959 : Retour en France | | | À: Nicodilo · 27 février 2010 à 16:27 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 26 de 50 · Page 2 de 3 · 1 786 affichages · Partager Une précision : Sibiti ne se trouve pas au Zaïremais au Congo-Brazzaville.... | | | À: Mboloani · 27 février 2010 à 16:48 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 27 de 50 · Page 2 de 3 · 1 784 affichages · Partager Merci de le signaler, c'est une erreur de ma part. | | | À: Nicodilo · 1 mars 2010 à 19:38 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 28 de 50 · Page 2 de 3 · 1 770 affichages · Partager début 1960 : affectation à Kanem (Nord Tchad)
(p374) « Je fus chargé de l’intérim des fonctions de Préfet du Kanem (autrement dit de Chef de Région du Kanem). Cette région comportait 4 districts : celui de Mao, de Moussoro bâti sur le bord de l’ancien lit du Barh el Gazal, de Bol situé au bord du lac Tchad, enfin du district nomade de Nokou. Du fait de mes nouvelles fonctions, je fus emmené à visiter tous ces districts. »
(p377) « J’ai pu voir il y a peu de temps à la télévision, la remise d’une pompe mécanique, destinée au puisage de l’eau à un Chef de village du Niger. (cadeau de l’organisation du rallye Paris Dakar). Ce Chef de village remerciait chaleureusement les donateurs mais ajoutait : « Malheureusement, nous ne connaissons rien à la mécanique et lorsque cette machine tombera en panne, nous serons gros-jean comme avant ! Nous ne demandons pas de matériel perfectionné. Nous demandons, seulement, que l’on nous redonne nos anciens puits. » Autrement dit, ceux que les Administrateurs ont construits par dizaine de milliers. Mais il se trouve que les utilisateurs n’ont pas compris que les puits, comme toute chose, nécessitaient un entretien régulier. J’avoue avoir été heureux de la réponse de ce Chef de village. »
« Je pense qu’il n’est pas sans intérêt de relater ici deux incidents symptomatiques. Après le référendum du 28 septembre 1958, l’autonomie interne fut donnée au Tchad. Dès que les tribus nomades en eurent connaissance, elles crurent que cet événement entraînait, de facto, le départ de tous les Français. Aussitôt, et sans aucune concertation préalable, elles convergèrent vers Fort Lamy, à force de chameaux. Fort heureusement, le Gouverneur en fut informé et prit immédiatement des dispositions pour interposer des troupes françaises. Lorsque les nomades se présentèrent au contact de nos troupes, le colonel les apostropha ainsi : - Eh, où vous allez si vite ? - Nous avons appris que les Français partaient du Tchad, alors nous allons régler nos comptes aux esclaves ! (aux Noirs) Le colonel leur dit : - Il est exact que l’autonomie interne a été donné au Tchad ! Mais rien n’est changé pour ce qui concerne les Français, la preuve, c’est que nous sommes encore là ! - Ah, bien, alors il n’y a aucun problème, nous retournons vers nos tentes !
S’ils acceptaient sans difficulté l’autorité des Blancs, ils ne pouvaient admettre de se trouver un jour sous les ordres des Noirs qui, soixante ans avant, avaient été leurs esclaves. ...
Lors de mon arrivée à Fort Lamy, le Tchad venait de se voir conférer l’autonomie externe, Autrement dit, il avait alors l’autorité pleine et entière sur l’administration du pays y compris sur les relations avec les autres pays du monde. Exactement, au moment ou je parvenais à Mao, où je venais d’être affecté, le Gouvernement du Tchad venait d’être informé, d’une part par l’ONU, d’autre part par le Président de la République Française, le Général De Gaule, que les tribus nomades du Nord du Tchad venaient de les saisir d’une requête par laquelle elles demandaient à demeurer sous l’autorité de la France. Je me demande jusqu’à quel point je n’ai pas été soupçonné d’être à l’origine de ces démarches car je fus assaillis de télégrammes sur chiffrés par lesquels on me demandait toutes sortes d’explications et de justifications.
Personnellement, je ne fus pas surpris de la réaction des tribus Nomades. Elle était dans la logique des choses. En aucune façon, les Nomades ne voulaient être subordonnés aux Noirs. Je les ai encore mieux compris, ces Nomades, lorsque je les ai mieux connus. Par leur port, par leur maintien, par leurs attitudes, par leurs paroles, par leur distinction naturelle, j’ai découvert, en effet, de vrais seigneurs. Alors qu’en pays Noirs, les écoles s’étaient rapidement multipliées, alors que tous les enfants noirs ou presque étaient alphabétisés, il est infiniment regrettable qu’on n’est jamais rien fait pour les enfants des Nomades, parce que justement, ils étaient nomades. Et pourquoi ils étaient nomades ? Parce qu’ils étaient éleveurs. Pour les pâturages et pour l’eau, ils étaient condamnés à suivre leurs troupeaux dans un pays infiniment dur et démuni. ...
Dans la zone saharienne du Tchad, nombreux étaient les groupes nomades Libyens. Dans les centres comme Mao, c’était encore des Libyens qui tenaient le commerce. Bien que ces étrangers soient pacifiques et se soumettent sans problème à l’autorité du Tchad, leur nombre pouvait, à un certain moment donné, poser des problèmes, pour peu qu’ils soient soumis à une influence venant de leur pays d’origine. C’est pour étudier cette situation que je fus amené à présider une conférence, composée des responsables tant civils que militaires. Elle se tint à Moussoro où stationnait une compagnie de tirailleurs. »
../..
« A quel que temps de là, je fus informé par télégramme officiel, de la venue à Mao du Président de la République Tchadien. Il n’était autre que Mr Toumbalbaye, ancien Président du PTT, avec lequel j’avais rompu pas mal de lances, quelques années avant, lorsque j’étais Chef de district de Fort Archambault. Je dois dire que, malgré tout, nous avions l’un pour l’autre une certaine estime. Mr Toumbalbaye n’était jamais venu dans la zone saharienne du Tchad. Il ne connaissait pas, de ce fait, ce peuple de Nomades, tous Musulmans, qui en bloc l’avaient récusé. C’est pourquoi, je tins à donner à cette réception une certaine solennité et un certain faste. Mr Toumbalbaye arriva par voie des airs, c’est à dire par « Broussard », petit avion militaire de reconnaissance, le seul susceptible de se poser sur la piste de Mao. Il était accompagné de son Directeur de Cabinet. En grand uniforme, je l’accueillis à sa descente d’avion. Mon peloton de méharistes était là pour lui rendre les honneurs.
C’était de loin la plus belle garde du Tchad. Elle était composée de deux cent méharistes, en uniformes sahariens, montés sur leur chameaux. Je lui fis la présentation des corps constitués, puis en ma compagnie, il passa en revue le peloton de gardes. Après quoi, nous montâmes en voiture pour rejoindre Mao. Sur les trois à quatre kilomètres qui nous séparaient de la ville, tous les cinquante mètres, de part et d’autre de la piste, se trouvait un chamelier immobile sur sa monture. Au fur et mesure de notre passage, ils quittaient leur emplacement et venaient se placer à l’arrière du peloton de gardes. Le spectacle était vraiment exceptionnel et Mr Toumbalbaye en fut vraiment impressionné. Il me demanda comment, en si peu de temps, j’avais pu rassembler une telle foule, répartie sur un territoire aussi immense que celui de la région de Mao. Il n’était, cependant pas au bout de ses surprises. A l’arrivée à Mao, nous nous arrêtâmes sur l’immense place, sur laquelle la foule musulmane avait l’habitude de célébrer les grandes fêtes religieuses. Elle était toute blanche de gandouras et de chèches et entourée de milliers de chameaux. Nous descendîmes de voiture devant la tribune que j’avais fait construire spécialement. Mr Toumbalbaye monta à la tribune et je vins me placer au près de lui. De là, il put facilement haranguer la foule. Il savait s’exprimer et j’eus l’impression qu’il réussit à capter l’attention, les esprits et même les cœurs. J’en eus confirmation par la suite.
Lorsque enfin, nous arrivâmes à la résidence, nous causâmes comme de vieux amis. Je lui rappelais les passes d’armes que nous avions eu ensemble à Fort Archambault. Je lui dis combien j’avais été touché qu’il soit venu me saluer avant mon départ.
- Vous savez, Monsieur le Président, je peux vous le dire maintenant, votre présence ce jour là sur le terrain d’aviation et ces paroles que vous m’avez adressées me paient de toutes mes peines, de toute ma fatigue, de tous mes doutes. Aussi derrière mes grosses lunettes noires, deux larmes ont-elles coulé !
Puis nous parlâmes de choses et d’autres. Il finit par me dire :
- Monsieur Degoul, lorsque vous étiez à Fianga, vous avez accompli un miracle. Sans bruit, sans menace, sans aucune coercition, pendant 2 ans, vous avez plus que quadruplé la production de coton. Personne n’avait réussi ce prodige avant vous, personne n’a pu le renouveler après vous. Personnellement, je comprends l’intérêt que représente la production de coton pour le développement du Tchad. Depuis que je suis devenu responsable de mon pays, j’ai tout essayé pour renouveler votre miracle. J’ai essayé la menace et même la force. Rien n’a pu y faire. Je n’arrive pas à comprendre comment vous avez pu procéder. !
Je mis ensuite la conversation sur les chefferies coutumières. J’en profitais pour lui faire part de ce que je pensais de sa politique à ce sujet, qui consistait à destituer tous les chefs coutumiers, tant les Chefs de villages que les Chefs de cantons.
- Je sais bien lui dis-je que vous les avez remplacé par des délégués politiques. Toutefois, ces derniers n’auront jamais l’autorité qu’avaient les plus mauvais d’entre les chefs, car ils étaient dépositaires de la coutume. D’autre part, ce n’est pas à vous que j’apprendrais que les chefs avaient aussi un rôle social. Qu’une femme devînt veuve et restât seule avec ses enfants, le chef du village lui donnait immédiatement une case dans son tata et lui assurait la nourriture. Qu’un enfant devînt orphelin, il était immédiatement pris en charge par le chef qui le confiait à l’une de ses femmes. Qu’un étranger en déplacement parvînt en fin de journée, dans un village, c’était encore le chef qui lui assurait le vivre et le couvert. Enfin, le chef réglait, entouré de ses assesseurs, les petits conflits qui pouvaient exister entre deux familles ou deux villageois. D’une façon générale, leurs sentences étaient respectées. Je limite là, l’énumération des services qu’assuraient les chefs, vous les connaissez mieux que moi. Jamais vos délégués ne rendront les mêmes services, ne serait-ce que pour la raison qu’ils sont des délégués politiques et que de ce fait, ils sont contestés par une grande partie de la population. Cela vous n’êtes pas sans le savoir, vous êtes un homme bien trop avisé ! Mais voilà, c’est justement parce que vous connaissiez la réelle autorité des chefs que vous avez craint qu’elle ne constitue un obstacle à la marche en avant de votre pays, votre but et votre ambition est tout a fait louable cependant ! je connais présentement une grande partie du Tchad. J’ai vécu quotidiennement au près des populations. Je peux donc avoir un point de vue valable sur ces problèmes. C’est pourquoi, je pense pouvoir vous dire que vous avez commis une grossière erreur en supprimant une institution aussi vieille que le monde. Ce faisant, vous avez déstabilisé des populations qui avaient l’habitude de s’en remettre aux Chefs, pour toutes sortes de décisions à prendre. Je connais personnellement bon nombre de Chefs, tant à Fort Archambault, qu’à Kourma et à Fianga qui sont des hommes intelligents et ouverts au progrès, dans tous les domaines. Si vous les aviez maintenu à leur place, si vous leur aviez parlé, ils auraient été, à mon avis, vos meilleurs auxiliaires, d’autant que je ne vous apprendrais pas que les Africains n’acceptent de se soumettre qu’à l’autorité d’un Chef appartenant à la même tribu que la leur. Votre influence en eut été grandement renforcée. Mais je pense qu’il n’est pas trop tard pour faire un pas en arrière. Je me permets de vous suggérer de ré introniser quelques-uns des chefs les plus brillants d’entre eux, tel que Taguina, chef du canton de Mao, à Fort Archambault, le chef du canton de Bediondo à Kourma, le chef de canton de Dooua à Fianga.
Le président Toumbalbaye m’écoutait avec beaucoup d’attention. Par la suite, j’eus l’occasion d’apprendre qu’il avait redonné leur place aux Chefs que je lui avais désignés. Une des grandes qualités de Mr Toumbalbaye tenait au fait qu’il savait allier l’intelligence au bon sens, qualité assez rare. Le lendemain, il regagna Fort Lamy. Avant qu’il ne montât dans son « broussard », nous nous serrâmes la main comme deux vieux amis. J’avoue avoir été profondément attristé lorsque j’appris son assassinat quelques années plus tard !
(p383) « Le Kanem est une immense région située à la limite du sahel et du désert. ... Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, lorsque, pour la première fois, on aborde ces zones particulièrement arides, on est saisi d’une sorte d’exaltation, semblable à celle de l’homme qui découvre l’océan. Ce fut, en tout cas, ma première impression. En y réfléchissant, la chose semble s’expliquer. Ces deux étendues, apparemment sans limite, troublent l’imagination. Toutes deux évoquent le mystère, des images floues de dangers étranges et latents ; toutes deux font naître dans l’esprit un certain sentiment de peur, et en même temps, cependant, l’envie de connaître et d’aller voir, envers et contre tout. C’est l’attrait de l’inconnu et de l’aventure, qui, de toute éternité, a hanté l’esprit de l’homme. ... Paradoxalement, cette ambiance qui pourrait être débilitante, a forgé à l’homme du désert une âme de seigneur ; il semble ignorer le mot « peur » et celui de « mort » ; il a dans son comportement et dans son attitude une grande noblesse, quelques puissent être les circonstances. Il a ses règles de l’honneur, qu’il ne transgresse jamais ; il a également un sens aigu de l’hospitalité.
1960 : retour en France
(suite) Juillet 1961 : SIBITI (Congo) | | | À: Nicodilo · 2 mars 2010 à 13:33 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 29 de 50 · Page 2 de 3 · 1 755 affichages · Partager Par ailleurs, je compte, totalement, sur vous pour battre tous les records de production cotonnière. N’oubliez pas que nous avons besoin de devises pour l’équipement du territoire.
et plus loin
Par contre, la production obtenue sur les terres de la ferme dépassèrent les prévisions les plus optimistes, on obtint 4 tonnes hectare.
BRAVO DEGOUL.
Une rapide recherche sur Internet, pour que chacun puisse contrôler, offre un contre exemple Degoul avec l'Office du Niger et le coton.
1- Source : www.histoire-afrique.org/...e.php3?id_article=77
Aussi pour développer la culture du riz d’exportation mais surtout pour produire du coton, les français créèrent à partir de 1932, l’office du Niger. L’idée de la mise en valeur de la vallée du Niger était née après la première guerre mondiale. Dans cette œuvre gigantesque dans laquelle plusieurs millions ont été investis ainsi que des milliers d’heures de labeur des autochtones, dans le cadre du travail forcé les résultats atteints ont été plutôt modestes. Un barrage, celui de Sansanding Markala inauguré en 1947, les canaux du Sahel et du Masina.
A l’indépendance du Mali sur un potentiel irrigable d’environ 960 000 ha 510 000 ha pour le coton, 450 000 pour le riz prévus initialement) moins de 50 000 ha avaient été mis en valeur. Les Français qui ne voyaient que le ravitaillement de leurs usines textiles en coton à des prix raisonnables sans sortie de devises n’avaient misés que sur la technologie. L’aspect humain de l’œuvre qui n’avait pourtant pas échappé aux décideurs fut négligé.
2- Source www.donaba.net/...6c625c6b5c07e7d519ff
L'objectif était, à cette époque, d'irriguer un million d'hectares destinés à produire du coton pour l'industrie française (alors en concurrence avec l’industrie anglaise approvisionnée par d’autres pays colonisés comme l’ Egypte) et du riz pour nourrir les travailleurs agricoles et plus tard les populations de l'Afrique Occidentale Française. [...] Actuellement, en 2007, les superficies irriguées s'étendent sur 80 000 hectares, sont cultivées par 35 000 exploitations agricoles, regroupant une population de 285 000 habitants. Après l’abandon du coton, le riz est devenu la culture principale mais le maraîchage, essentiellement l'échalote et la tomate, fournit aujourd’hui un revenu monétaire appréciable. [...] Si le thème de la colonisation reprend de l'actualité, les entretiens en montrent toute l'ambiguïté : s’opposent d’un côté une logistique inhumaine de déplacements contraints de populations (depuis l’ancienne Haute Volta également) dès les années 30, avec la complicité des chefs coutumiers, pour instaurer un travail forcé (où beaucoup d’africains perdront la vie) pour creuser les canaux et cultiver, avec d’un autre côté une certaine « intelligence » du colonisateur qui assure nourriture, santé et équipement aux paysans installés, appelés "colons", et propose les bases d’une réflexion novatrice sur les organisation paysannes...
3 source : www.memo.fr/Dossier.asp?ID=159
Le Mali (sous le nom de Haut- Sénégal-Niger puis de Soudan) devint, en 1895, une colonie française intégrée à l'A-OF, avec Kayes puis, en 1907, Bamako pour chef-lieu. Durant la période coloniale, ses frontières furent plusieurs fois modifiées. Les Français mirent peu en valeur l'économie du Mali, éloigné des côtes. En 1904, ils inaugurèrent la ligne de chemin de fer reliant les fleuves Sénégal et Niger. L'expansion coloniale française se fit rapidement, avec le contrôle de la production et la mise en place des infrastructures, comme la voie ferrée Dakar-Niger, inaugurée en 1923. De 1925 à 1939, l'Office du Niger tenta un projet irréaliste d'irrigation dans la boucle du Niger.
4- Source : books.google.fr/...e&q=&f=false
La suppression de la haute-Volta le 5 septembre 1932 est en partie destinée à transformer l’ex-colonie en un réservoir de main-d’œuvre, d’une part pour les plantations de Côte d’Ivoire, d’autre part pour l’Office du Niger que le décret du 5 janvier 1932 vient de créer au Soudan.
5- Source : www.ambaburkina.dk/...itution_blocage.html
A une période où la mécanisation était peu développée, la concentration humaine en Haute-Volta (3 millions ’habitants) constituait un atout pour l’exploitation des potentialités encore tr6egrave;s peu connues.
Ce fut une période marqu6eacute;e par l’intensification du travail forcé pour la réalisation des différents équipements et infrastructures : construction des bâtiments administratifs, écoles, formations sanitaires. Le réseau routier passa de 3 000 à 6 000 km. Il visait l’6eacute;vacuation des produits agricoles.
L’accent fut mis sur la culture du coton par l’institution de champs collectifs obligatoires dans les villages.
Par arrâté du 4 décembre 1926, deux villes furent érigés en commune : Bobo-Dioulasso et Ouagadougou.
Toutefois, cette politique volontariste eut des conséquences difficiles pour les populations : forte imposition, recrudescence du travail forcé desquelles résultèrent une forte migration vers la Gold Coast et une paupérisation de la population.
Les germes d’un proto-nationalisme centré sur le cadre territorial actuel puisent, en partie, ses racines de cette période. Car le combat pacifique qui fut mené plus tard, outre les r6eacute;férences à l’héritage précolonial, s’appuie sur l’héritage de cette période : négation du martyre subi et des résultats obtenus.
En effet, le 5 septembre 1932, un décret fut pris supprimant la colonie de Haute-Volta et la partageant entre la Côte-d’Ivoire, le Soudan et le Niger.
6- source : www.journalbendre.net/spip.php?article1871
La colonie de la Haute Volta a existé pendant 13 ans seulement soit du 1er mars 1919 au 5 septembre 1932. Jusqu’à ce jour on cherche toujours les véritables motifs de la suppression de la colonie. La suppression a consisté à "taillarder" cette dernière en 3 parties :
- la première partie a été rattachée à la colonie du Niger. Elle était composée des cercles de Fada, de Dori soit 278 512 habitants et 67 850 km2
- la seconde partie a été attribuée à la colonie du Soudan français (actuel Mali). Elle était composée des cercles de Ouahigouya et de Tougan, soit 708 501 habitants et 50 700 km©˜
- la troisième partie est allée à la colonie de Côte d’Ivoire. C’était la plus grande partie soit 2 011 916 habitants et 153 650 km©˜ couvrant les cercles de Gaoua, Bobo Dioulasso, Tenkodogo, Kaya, Ouagadougou, Koudougou, Batié.
Voici comment les Français ont remercié la colonie de Haute volta et ses fils les voltaïques qui ont pourtant été des soldats loyaux pour la France, qui ont consenti de nombreux sacrifices sur les grands chantiers de l’AOF.
Fin des sources internet.
On est loin de l’angélisme du commandant-auteur du récit Degoul, pour le cas du coton au Mali en tout cas. Sans mettre en doute sa bonne foi, l’institution écrase l’homme, et cet homme n’est qu’un relais de l’institution et la sert. Et il fait semblant de rien, oublie l'institution... | | | À: ZJF · 2 mars 2010 à 17:55 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 30 de 50 · Page 2 de 3 · 1 746 affichages · Partager Il est évident que tout document écrit ne peut devenir un matériau historique sérieux qu' après une analyse critique rigoureuse et une mise en perspective avec d' autres sources et séries statistiques qui concernent la même époque.
Concernant les tentatives de mise en valeur dans le domaine colonial français en Afrique dans la 1ère moitié du XXème siècle, il faut aussi avoir à l' esprit qu' une grande partie de ces colonies étaient constitués de territoires arides, très mal reliés entre eux et souvent éloignés de la mer. Les Britanniques ironisaient sur "le coq gaulois qui pourrait y gratter ses ergots" (ou quelquechose du genre), après avoir pris eux le contrôle des territoires les mieux doués pour les cultures, avec un meilleur débouché sur la mer et un meilleur climat (hautes terres du Kenya ou des Rhodésies), sans même parler des richesses minérales de l' Afrique du Sud. Dans ces conditions, il n' est pas surprenant que les quelques tentatives importantes consenties aient produit des résultats bien modestes (mais au moins des cultures vivrières bénéficient-elles actuellement des travaux d' irrigation alors entrepris). Je crois avoir compris que les rares produits de cultures d' exportation comme le coton ou l' arachide écoulés vers la Métropole, l' ont toujours été à des tarifs nettement supérieurs aux cours du marché mondial. Seul avantage, pas de sorties de devises, mais les industriels auraient préféré s' approvisionner sur le marché libre et ont vu sans regret ces pays accéder à l' indépendance.
La pratique du travail forcé est certes critiquable et pose un problème moral. Mais dans un contexte théorique de liberté du travail des populations n' aboutit-on pas parfois à des résultats discutables et presque aussi douloureux pour les intéressés, comme la situation des émigrés du Burkina Faso massivement présents en Côte d' Ivoire et qui ont longtemps fait marcher en partie son économie, tout en étant très marginalisés au plan politique et social ?... Chaque époque a ses zones d' ombre, mais parfois aussi ses grandeurs... Sur le dernier point cité, il convient de préciser que si la Hte Volta a été supprimée en tant que colonie comme vous le rapportez en 1932, cela fut provisoire puisque c' est bien la république de Haute -Volta qui a accédé à l' indépendance en 1960, et s' est appelée Burkina Faso quelques années + tard.
Bonne soirée (et bons voyages !) | | | À: JeanMichel54 · 2 mars 2010 à 19:02 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 31 de 50 · Page 2 de 3 · 1 718 affichages · Partager si la Hte Volta a été supprimée en tant que colonie comme vous le rapportez en 1932, cela fut provisoire
C'est tout a fait exact. je pensais l'avoir relevé, merci de me rappeler cet oubli.
"Constitué en 1919 , ce territoire est dissout en 1932 , puis reconstitué en 1947 . La République de Haute-Volta est proclamée le 11 décembre 1958 dans le cadre de la Communauté française . Elle accède à l'indépendance en 1960 , avant de devenir le Burkina Faso le 4 août 1984 ." source : Wikipédia.
Une interrogation liée à votre citation. En 1947, la France revient à la colonie de Haute-Volta. Pourquoi ? Parce que il y a eu tarissement relatif de ce réservoir de main d'œuvre [Marx écrirait l'armée de réserve], et l'éclatement du territoire n'est plus stratégique ? Parce que nous sommes après guerre, dans un mouvement général d'indépendance, avec des alliés qui font pression sur la France pour se présence en Afrique ? | | | À: ZJF · 10 mars 2010 à 22:34 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 32 de 50 · Page 2 de 3 · 1 691 affichages · Partager Merci Jef et les autres d'apporter tous ces éléments et cette analyse critique.
Tout d'abord, je récris une partie de ce récit (je ne sais pas vraiment si j'en ai le droit "éthique" même si j'ai l'autorisation de ses petits enfants) en espérant qu'il apportera un témoignage de plus aux historiens, chercheurs et autres curieux.
D'autre part, pour moi, cela me sert de base pour étudier un peu ces périodes, la France en Afrique et finalement l'Histoire qui fait la réalité d'aujourd'hui. J'étais bien conscient de la contradiction de ce texte avec le discours général traitant des colonies et c'est bien cela qui m'a étonné. Les mots "colonie" et "esclavage" sont parfois confondus.
Par contre, quel dommage que tous ces arguments et ses preuves historiques (Jef) ne se rapportent pas exactement aux pays concernés par le récit. A savoir ceux de l'AEF. On aurait vraiment pu comparer. J'ai trouvé le livre sur les missionnaires passionnant. (lien) Les quelques heures passées dessus m'ont apporté de nombreuses informations et prises de conscience, tout au moins cela m'a permis de relativiser certains passages des textes de Degoul. (que j'ai bien en tête du fait de les avoir écrit)
Une chose, particulièrement, jamais le commandant Degoul ne parle de travail forcé, alors qu'en est-il exactement ?
Enfin, la suite arrive et notamment sa conclusion sur laquelle, j'espère, on va débattre...
Dilo | | | À: Nicodilo · 11 mars 2010 à 16:44 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 33 de 50 · Page 2 de 3 · 1 681 affichages · Partager Bonjour Nicodilo
Par contre, quel dommage que tous ces arguments et ses preuves historiques (Jef) ne se rapportent pas exactement aux pays concernés par le récit. A savoir ceux de l'AEF. On aurait vraiment pu comparer.
Le livre de jean-Jôel Brégeon, Un rêve d'Afrique, Administrateurs en Oubangui-Chari, La Cendrillon de l'Empire, Denoël, ISBN 2.207.24724.4 répond à votre remarque. L'Oubangui-Chari faisait partie de AEF, aujourd'hui le Centre Afrique.
Je peux scanner le chapitre 7 "la vie dans le coton" de la deuxième partie du livre de la page 166 à 181, si les modérateurs le permettent. Le livre cite René Dumont note page 170. "En 1986, dans Pour l'Afrique j'accuse (Plon), il [René Dumont] qualifie les "cultures forcées" de l'Oubangui-Chari d'"aussi abominables humainement que déplorables techniquement".
Cordialement. | | | À: Nicodilo · 23 mars 2010 à 11:48 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 34 de 50 · Page 2 de 3 · 1 652 affichages · Partager Juillet 1961 : SIBITI (Congo)
Mon congé en France se prolongea pendant un an. A l’expiration de ce temps, je fus mis à la disposition du Ministre de la coopération qui me plaça en position de service détaché et me mit à la disposition du Gouvernement du Congo (Brazzaville) que je rejoignis le 23 juillet 1961. Le président Fulbert Youlou était alors Président. Depuis 2 ans déjà, il avait pris la décision d’africaniser les fonctions de Chef de district. Si cette décision fut appréciée des bénéficiaires d’une façon générale, elle fut fort mal accueillie par la majorité de la population. Cette dernière envoya, d’un peu partout, des délégations à Brazzaville, pour obtenir l’annulation de cette mesure. Mais le Président Youlou ne voulut rien entendre. Dans les premiers mois de l’année 1961, le Président de la République du Congo parla de confier les fonctions de Chef de région à des Congolais. Le projet souleva, à travers tout le Congo, plus que de l’émotion. Ce fut presque une révolution. Bien qu’il n’exista à l’époque aucun groupement ou association ou syndicat, de tous les points du Congo, de toutes les ethnies, des délégations convergèrent vers Brazzaville. Elles se firent recevoir par Mr Youlou. Toutes tinrent à peu près le même langage :
- Il y a deux ans, tu as voulu confier les fonctions de Chef de district à des Congolais. Nous n’étions pas d’accord, mais tu n’as pas voulu nous écouter. Et maintenant, tu parles de nommer des Chefs de région congolais. Nous ne pouvons accepter cela. Des Chefs de district congolais, c’est déjà beaucoup. Nous ne pouvons admettre que les Chefs de régions soient également Congolais. Si la chose devait arriver, qui est-ce alors qui nous rendra justice.
Devant une pareille opposition, Fulbert Youlou recula et décida de demander à la France de mettre des Administrateurs à sa disposition. C’est ce qui me valut de partir. A mon arrivée, je fus informé que j’étais nommé Chef de la région de Bouenza Louesse, ou plutôt Préfet car c’était la nouvelle appellation décidée par le président Youlou. Je pris l’avion de Brazzaville à Dolisie qui était également une station de chemin de fer de la ligne Congo-Océan. Cette dernière reliait les ports de Pointe Noir à Brazzaville. ... Lorsque je parvins à Sibiti, je fus l’objet de grandioses manifestations auxquelles j’étais loin de m’attendre. La population qui était déjà informée de mon arrivée me fit une réception délirante. Elle était tellement heureuse de la venue d’un Administrateur français qu’elle laissa éclater sa joie. Je remerciais chaleureusement la foule. Mais je dus l’inciter à plus de calme et de modération. « Je ne voudrais pas dis-je, qu’à Brazzaville, on puisse supposer que j’ai l’intention de proclamer la République de Bouenza Louesse dont je serais le président. Bien que Français, vous devez me considérer comme un fonctionnaire congolais qui représente ici votre Gouvernement et votre Président de la République. Alors, si vous le voulez bien, nous allons ensemble nous mettre au travail et œuvrer pour le plus grand bien du Congo. Durant tout mon séjour parmi vous, je serai à votre disposition pour accueillir vos suggestions et vos propositions. »
(p398)
Développement de la culture du café, production de latex et exploitation forestière.
« L’une des ressources les plus importantes au Congo vient de l’exploitation de la forêt. Toutefois, cette activité est réservée aux seuls Européens. Elle nécessite, en effet, un capital très important et dépasse de beaucoup les moyens de l’Africain le mieux nanti. Le bois de beaucoup le plus recherché et le plus exploité est le « limba ». C’est un bois de nuance très clair. La demande la plus forte vient de l’ Allemagne. Des quantités énormes sont expédiées à Hambourg. Le repérage de leur peuplement se fait d’avions par photographies infrarouges. Après l’avoir repéré, l’exploitant doit ouvrir des routes avec des bulldozers, afin de pouvoir procéder à l’abattage et à l’évacuation des billes. Aussitôt que l’exploitation d’un site est achevée, la route devient la propriété du gouvernement du Congo. »
(p401) « J’avais déjà effectué la moitié de mon séjour, lorsque je fus informé, par la voie officielle de la visite du président Fulbert Youlou. » ... « Le Président Fulbert Youlou nous quitta vers 16 heures en direction de Dolisie, chef lieu de région. Mais auparavant, s’adressant à moi à brûle pourpoint, il me dit :
- Ah, Monsieur l’Administrateur, il faut que vous me donniez 5 millions. - Monsieur le Président, je souhaiterais pouvoir vous donner cette somme. Cela prouverait au moins que je suis riche mais c’est loin d’être le cas. - Non, monsieur l’Administrateur, il n’est pas question de cela. Vous m’avez mal compris. Je vous demandais simplement de donner l’ordre à votre Agent Spécial (comptable du trésor) de me remettre cette somme ! - Je regrette infiniment, Monsieur le Président mais la chose est matériellement impossible et sous aucun prétexte, je ne peux donner un ordre pareil ! - Mais enfin Monsieur l’Administrateur, je suis le Président du Congo, c’est à dire le Chef de tout le Congo ! j’ai bien le droit, en tant que tel, d’exiger lorsque j’en ai besoin que l’Agent Spécial me remette la somme que je demande ! - Monsieur le Président, vous êtes le Chef d’un état qui est régi par des règles que vous avez le premier le devoir et l’obligation de respecter et de faire respecter.
Il n’insista pas mais sembla se considérer comme victime d’une offense personnelle. ... « Trois mois environ avant la fin de mon séjour, je contractais une broncho pneumonie avec rechute un mois après et se déclaraient les premières crises d’asthme de ma vie. Je sollicitais mon rapatriement auquel je pouvais, du reste, prétendre après deux ans de séjour. Je fus donc le dernier Administrateur français à servir le Congo. » Juillet 1963 : retour en France
« Avant l’indépendance, les Africains qui en faisaient la demande, se voyaient accorder un permis d’achat de fusil à canon lisse. Pour eux, il n’existait pas de permis de chasse en raison même de l’abondance de la faune. Par contre le permis de chasse pour les détenteurs d’un fusil à canon rayé était assez élevé. Seul les Européens pouvaient l’obtenir d’autant que l’achat d’une arme lourde représentait une vraie fortune. Aussi, il existait une réglementation stricte qui interdisait d’abattre plusieurs animaux (buffle, girafe, antilope, éléphants...). Le chasseur ne pouvait abattre un jeune animal, à plus forte raison une femelle... Ces règles, du reste, satisfaisaient parfaitement les Européens. Ils ne chassaient pas en effet pour la viande, mais bien plutôt pour les trophées. En outre, après avoir tué un animal, les chasseurs devaient se présenter au district voisin et payer un droit d’abattage. C’était là une formalité sans laquelle ils ne pouvaient obtenir un certificat d’origine qui permettait d’exporter son trophée. La fraude n’existait-elle virtuellement pas. Un mois avant mon départ, le Président Youlou pris la décision d’autoriser tous les Africains à posséder une arme lourde sans aucune condition et sans permis. Aussi dans le dernier rapport politique que j’adressais au Gouvernement, j’exprimais les plus grande réserve concernant cette décision. J’émettais l’avis que cette mesure était le prélude à l’extermination de la faune, en rappelant que la chasse avait constitué jusqu’à lors une des recettes importantes du budget. Par ailleurs, le tourisme injectait, annuellement, des sommes appréciables dans l’économie locale. Je concluais en disant : « Et quand il n’y aura plus de gibier à tuer, à quoi serviront les armes ? Le Gouvernement risque alors de regretter vivement la décision prise aujourd’hui. » Monsieur Foulbert Youlou dut se réfugier un peu plus tard en Espagne.
Après mon retour en France, par mon ami Kounkou, j’eus des nouvelles du congo. C’est de cette façon que j’ai pu apprendre l’installation progressive de l’anarchie dans le pays. Le Gouvernement fit appel successivement aux Chinois, puis aux Russes, enfin aux Cubains. Dans chaque village, les gamins furent armés. On leur confia le droit, pour ne pas dire l’obligation, d’arrêter et de contrôler tous les véhicules qui traversaient le village. La situation devint très grave. Tout le monde avait tous les pouvoirs » ... A la lecture de ces informations, je pensais souvent à la sagesse du Président Toumbalbaye au Tchad. J’étais un jour de conférence avec lui dans son bureau. Plusieurs membres influents de son entourage demandèrent à le voir. Il les reçut en ma présence. Ces derniers lui firent grief de continuer à entretenir des relations amicales avec la France. « Vous devez tourner le dos à la France et faire appel à d’autres puissances. Vous obtiendrez beaucoup plus. Du reste, nous savons que vous avez reçu des proposition alléchantes et concrètes. Alors pourquoi n’acceptez vous pas ce que l’on vous offre ? » Toumbalbaye leur répondit : « Messieurs, la France, spontanément, nous a donné l’indépendance, ce n’est pas pour nous imposer à nouveau le joug colonial. Les autres puissances, par contre, nous font des propositions mirifiques, c’est vrai ! Mais si nous les acceptons, elles auront tôt fait de nous imposer un régime néo-colonialiste, dont il sera difficile de ce défaire. » Juillet 1966 : KINSHASA
(p410) « Je demeurais durant 3 ans à ronger mon frein avant de recevoir une nouvelle affectation. Enfin, le 3 septembre 1966, j’embarquais à Nice pour Kinshasa. J’avais été mis à la disposition du Gouvernement sur sa demande comme conseiller technique. » ... « Très vite, j’ai été amené à constater que toutes les fonctions de direction étaient tenues par des Français. C’est ainsi que nous étions environ une quarantaine d’Administrateurs français pour faire tourner la maison. Il en était de même dans les services techniques : tous les ingénieurs étaient Français. Le service de santé ne faisait pas non plus exception. Seuls, les emplois subalternes étaient encore tenus par des Belges. Il était du reste évident que les Noirs du Zaïre manifestaient une très grande sympathie pour les Français.
La population locale paraissait avoir conservé un très mauvais souvenir de l’administration belge. Elle semblait ne pas avoir oublié les exactions dont elle avait été victime. C’est à Kinshasa que, pour la première fois, j’ai pu avoir des contacts fréquents et quotidiens avec des Belges. Force m’a été d’avoir confirmation de la réputation qui leur est faite. Il est évident qu’ils sont vraiment lourds!... » (orgueil, vanité, spéculation...) (le clergé au pouvoir...) ... « Après la révolution, et l’indépendance, beaucoup de Belges ne sont pas revenus. Toutefois, le Zaïre est un territoire très riche en minerais et en pierres précieuses. Il possède notamment le plus grand gisement de cuivre au monde. Il est donc normal et logique que tout le personnel d’encadrement de ces exploitations ait repris sa place. La tempête passée, les ordres religieux sont également revenus en force et on n’imagine pas leur nombre et leur variété. Dans un but d’illustration, j’en citerai quelque uns... » (plus de 100)
« J’en reviens maintenant à l’indépendance et à la période qui a suivi. C’est en 1960 que l’ancien Congo Belge accède à l’indépendance, sous le nom de Zaïre. Inutile de dire qu’aussitôt les ambitions et les compétitions se succédèrent. Patrice Loumumba, qui jouissait d’une grande popularité, devint Chef du Gouvernement à Kinshasa, alors que Joseph Kasavudu devenait chef de l’état. Mais, en même temps, dans le sud, la province du Katanga (autrefois le Saba) faisait sécession, avec Moïse Tshombe, qui, installé à Lubumbashi, capitale du Katanga, devenait Chef de l’Etat.
Le Katanga était une province riche, avec ses gisements de cuivre, de manganèse, et de cobalt. Un an après, Lubumba était assassiné. Au cours de la même année, les forces de l’ONU étaient amenées à intervenir au Katanga. Ce n’est que deux ans plus tard, en 1963, que prit fin la sécession de Katanga. En novembre 1965, à la suite d’un coup d’état, Mobutu accéda à la Présidence de la République. En 1966, Mobutu, devint aussi chef du Gouvernement. De 1960 à 1965, l’anarchie totale s’était installée au Zaïre. Des groupes armés, revêtus d’uniformes militaires, pillaient systématiquement le pays et faisaient la loi. Il ne faisait pas bon s’absenter de sa résidence. Il ne faisait pas bon non plus de circuler en ville. A tout instant, on pouvait être arrêté et mis en prison. En demander la raison était inutile...
Mobutu mit fin, tout au moins en apparence, à l’anarchie. C’est à dire qu’à partir de ce moment, lorsqu’un groupe armé, revêtu de vêtements militaires, non encadré, non muni d’une commission, commettait une exaction, on savait qu’il agissait sur l’ordre de l’autorité...
../..
(p421) « Le Zaïre ayant conquis sont indépendance, il fallait mettre sur pied une nouvelle organisation administrative calquée, bien entendu, sur la précédente. Mais la tâche paraissait relever de la gageure, étant donné que les masses de Zaïrois n’avaient reçu qu’une formation primaire élémentaire. En effet, d’une toute petite minorité de gens aptes et assidus, fourmillaient des incapables, qui par l’épaisseur de leur ignorance, ralentissaient le fonctionnement des services. Aussi faudra t-il encore beaucoup de temps au Zaïre avant qu’il soit apte à se suffire à lui même. »
(p427) Lorsque j’étais élève de l’ENFOM, avait eu lieu à la radio un grand concours d’éloquence entre les élèves des grandes écoles. Ce fut un élève de l’ ENFOM qui gagna le concours. Son discours s’intitulait « L’ONU, arme moderne de l’impérialisme américain ». A l’époque, j’avais admiré l’éloquence de ce camarade, mais j’avais été septique quant à ses affirmations.
Depuis lors, je me suis parfois posé des questions et me suis demandé s’il n’y avait pas un fond de vérité dans les affirmations de ce camarade. Je prendrais un exemple entre autres. Peu après l’accession du Zaïre à l’indépendance, le Katanga fit sécession. Presque aussitôt les tribus se soulevèrent contre l’autorité locale. La révolte fut tellement dure et meurtrière qu’en 1961, les forces de l’ONU durent intervenir. L’Etat Major de ces forces s’installa à Kinshasa dans le plus luxueux et le plus grand hôtel : l’hôtel Royal. C’était la tour de babel. On y entendait parler toutes les langues, à se demander qui comprenait l’autre. Grâce à l’intervention des forces de l’ONU, la révolte des tribus du Katanga pris fin en 1963. Le calme étant revenu, les troupes de l’ONU quittèrent le Katanga et rejoignirent leur pays respectif. Il en fut de même des Etats Majors qui libérèrent l’hôtel Royal et le rendirent à sa destination première. Tous les représentants des pays concernés rejoignirent leur pays d’origine en laissant au Zaïre que le souvenir de leur présence. Un seul fit exception : l’Amérique. Elle installa dans le centre de Kinshasa un bureau d’information économique et un bureau culturel. Elle s’est donc implantée dans le pays à l’ombre de l’ONU. Ce qu’elle n’aurait pas fait autrement. Alors, il est permis de se demander s’il n’y a pas un fond de vérité dans les informations de ce camarade vainqueur à l’époque d’une joute oratoire. Septembre 1966 : Retour en France | | | À: Nicodilo · 25 mars 2010 à 18:59 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 35 de 50 · Page 2 de 3 · 1 637 affichages · Partager Bonjour à vous,
Fulbert Youlou était un individu grandiose, que j'ai rencontré à plusieurs reprises comme Maire de Brazzaville puis comme Président. C'était le candidat du Pays Kongo et il savait jouer de la soutane pour représenter le bon pasteur, se faisait photographier avec un agneau dans les bras. Un de ses adorateurs me dit un jour d'un ton pénétré: "Monsieur l'Abbé pense toute la nuit, et le matin, il dit il faut faire comme ça !". C'était un gros consommateur de boissons alcoolisées autres que le vin de messe et à l'évidence, il ignorait tout de la gestion financière d'un Etat ! Il portait dans les grandes occasions des soutanes de nylon de couleurs tendres (on les disait faites chez Dior...), et je me souviens encore du spectacle ridicule offert le jour où André Malraux est venu en personne le proclamer président devant l'ancienne mairie de Brazzaville : il est descendu de la voiture décapotable blanche de marque américaine léguée par l'ancien Haut-Commissaire de l'AEF, vêtu d'une soutane de couleur bleu des mers du sud et coiffé du petit couvre-chef de rafia typique des chefs tékés, et toutes les personnalités rassemblées dans la tribune officielle m'ont semblé frappées de stupeur. La stupeur se communiqua aux spectateurs congolais entassés sur la place et dans les rues avoisinantes, même perchés dans les arbres, quand s'éleva la voix caverneuse, grandiloquente de Malraux qui déclamait son discours d'intronisation. Tout le monde s'est regardé, je n'avais jamais rien entendu d'aussi ridicule et le comble de l'excitation populaire fut atteint lorsque Malraux, l'agitant littéralement à bout de bras, prononça ces paroles : "votre main, Monsieur le Président, il faut que je la serre !".
Le nouveau gouvernement était un gouvernement d'opérette, avec un ministre des finances qui demanda, quand il prit ses fonctions, qu'on lui remit les clés du trésor (sic), et je ne suis pas du tout étonné de la demande de 5 millions faites à l'administrateur de Sibiti. Notez bien que depuis, avec l'exploitation du pétrole, on a fait beaucoup mieux dans le genre ! En tout cas, Youlou avait une haute idée de son importance, comme le montre cette anecdote : il devait se rendre en France par vol régulier mais décida d'arriver à l'aéroport avec une bonne heure de retard sur l'horaire prévu (il devait avoir des activités très importantes de dernière minute !). Le commandant de bord voyant le temps s'écouler, décida de décoller et le fit....pour être obligé de revenir charger son précieux passager et sa suite. Il y eut certainement des sanctions...au moins officiellement !
J'ai travaillé à Sibiti en 1957 et n'ai par conséquent pas eu l'occasion d'y renconter M. Degoul arrivé là en 61. Mais effectivement, les populations locales n'étaient pas enthousiasmées à l'idée d'avoir des chefs congolais. Comme me l'a confié alors un ancien militaire "on aime obéir aux Blancs parce qu'ils ont appris à commander, mais il n'est pas question d'obéir à des types d'une autre tribu et qui ne savent rien !". Et bien des années plus tard, à Pointe-Noire, un jour de manifestation comme il s'en produisait sporadiquement, un homme très digne en costume et chapeau m'interpella : "monsieur, je suis ancien militaire français, nous en avons marre de ce b..., quand est-ce que vous allez revenir, vous les Blancs ?". Je lui ai conseillé de garder ses opinions pour lui et de vivre avec son temps ! Il était bien déçu... | | | À: Nicodilo · 31 mars 2010 à 14:44 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 36 de 50 · Page 2 de 3 · 1 622 affichages · Partager Septembre 1966: Retour en France
« Ce fut mon dernier séjour en Afrique, ce fut aussi le moins intéressant pour moi, en raison du fait que j’avais mené, à Kinshasa, la vie du parfait fonctionnaire. Elle n’était pas de nature à me plaire. Il y manquait les contacts humains, les responsabilités, les risques, les initiatives, les événements imprévus devant lesquels il fallait faire front immédiatement, la variété infinie des activités! C’est avec une grande nostalgie que je quittais l’Afrique. Je savais que c’était la fin de toutes activités et cependant je me sentais en pleine forme. J’avais connu à la fois l’indépendance et l’esclavage: L’esclavage à mes devoirs et à mes obligations, l’esclavage à ceux que j’administrais et auxquels je me suis toujours consacré entièrement."
Postface:
"Et actuellement, en 1991, ce que je ressens, c’est un certain sentiment d’injustice à notre égard. Cette affirmation peut surprendre. Pour la comprendre, une explication est nécessaire. J’ai appartenu, comme mes camarades, bien entendu, au cadre le plus élevé de la hiérarchie nationale et par voie de conséquences, nos traitements étaient également les plus élevés. Or, vers les années 1955, le gouvernement avait décidé de procéder au reclassement de la totalité des cadres de la nation. Seul, celui des Administrateurs ne l’a pas été. Mr Giscard d’Estaing, alors Ministre des Finances, s’y est opposé, sous le prétexte que l’empire était en train de se lézarder et qu’il risquait fort de se disloquer.
Jusqu’en 1964, les conséquences prises à notre encontre n’étaient pas encore très sensibles. Toutefois, depuis lors, plusieurs reclassements ont eu lieu, plusieurs dévaluations ont été effectuées. Si on ajoute à cela l’inflation annuelle, il est facile de se rendre compte que notre situation s’est très gravement détériorée. En 1964, sans être Rothschild, j’étais riche ou tout au moins, je jouissais d’une très large aisance. Mon traitement mensuel à l’époque s’élevait à un million. J’ai pu sans difficulté faire face aux études de nos 4 enfants.: un ingénieur, une docteur es pharmacie, un professeur, un géomètre. J’ai également acheté à l’époque un assez grand appartement et je l’ai meublé sans crédit supplémentaire. Je pouvais, malgré cela offrir quelques voyages à ma famille. Mais actuellement, j’en suis réduit à la portion congrue. Le montant mensuel de ma pension est de 12 000 francs. Que puis-je faire avec cela? Payer péniblement mes impôts et taxes, ma cotisation à une mutuelle, les assurances diverses. Toutes dépenses sortant de la routine, même vestimentaires, me sont interdites. Je prends la chose avec philosophie. Mais, lorsque j’imagine ma femme qui a onze ans de moins que moi, sera seule un jour, c’est alors que je ressens vraiment un sentiment d’injustice. Elle n’aura plus alors, avec les mêmes charges, que le minimum pour vivre. En 1964, le gouvernement a décidé qu’il était inutile de revaloriser les traitements des Administrateurs, étant donné qu’ils avaient de droit accès sur leur demande à tous les cadres supérieurs et en outre aux plus hauts de l’échelle. Et le statut de Cadre des Administrateurs de la FOM, devint celui d’un cadre d’extinction. Evidemment, la chose était intéressante pour tous les Administrateurs plus jeunes que moi. Mais moi, je n’avais plus que 5 ans avant d’arriver à la retraite. Je ne pouvais dans ces conditions faire carrière dans un autre cadre. Par contre, mon adjoint de Fianga est Ambassadeur en Iran depuis un certain nombre d’années. L’ancien cadre des Administrateurs de la FOM a de ce fait fourni à la France, au moins:
- 109 ambassadeurs - 76 préfets - 8 inspecteurs de finances - 18 conseillers à la cour des comptes - 16 membres du conseil d’Etat - 10 conseillers à la cour de cassation - 6 premiers présidents à la cour d’appel - 8 procureurs généraux à la cour d’appel - 4 présidents du tribunal administratif - 4 inspecteurs généraux du travail - 1 premier ministre - 3 ministres - 12 députés - 6 sénateurs
et ces renseignements sont loin d’être à jour.
En 1964, un décret récent prescrivait la mise en congé de longue durée de 5 ans de tous les Administrateurs qui n’avaient pas opté pour un autre cadre ou qui à l’époque se trouvaient sans affectation. Et voilà pourquoi, j’ai été placé en position de congé longue durée de 5 ans, à compter du 12 juin 1964.
Ainsi, en outre, du fait que mon traitement est resté le même depuis 1964, je n’ai pas non plus participé à l’avancement durant toute cette période. Par voie de conséquence, il ne m’a pas été possible d’atteindre l’échelon le plus élevé de mon grade, ce qui aurait sensiblement amélioré le taux de ma pension.
De tout cela, je n’en fais pas une maladie et n’en fais pas non plus le sujet de mes conversations quotidiennes. Mais, par contre, chaque jour, dans mon for intérieur, je ne peux m’empêcher d’éprouver un sentiment de très grande injustice en pensant à la situation de ma femme quand je ne serai plus là." | | | À: Nicodilo · 31 mars 2010 à 17:13 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 37 de 50 · Page 2 de 3 · 1 616 affichages · Partager Je ne suis pas étonné par l'abandon de certains administrateurs après la disparition des colonies, il y en avait des centaines et je pense assez que les transferts à d'autres cadres furent largement conditionnés par l'âge..et les relations politiques. Deux administrateurs de ma connaissance se retrouvèrent professeurs à l'INALCO (leurs titres universitaires le permettaient) mais il est vrai que la majorité se trouva casée dans le corps diplomatique pendant toute la période de la "coopération" à des titres divers de "conseillers" (souvent symboliques). Mais effectivement, l'espèce est en voie de disparition sinon complètement éteinte de nos jours et je ne doute pas une seconde de l'ingratitude des hautes sphères de l'état à l'égard de ces hommes d'un autre temps. Ce récit incite à la réflexion dans de nombreux domaines et je vous félicite de faire revivre cette époque pas tellement ancienne, pourtant totalement ignorée de la majorité de la population ou alors complètement déformée par des gens ui ne l'ont pas connue! | | | À: Nicodilo · 1 avril 2010 à 17:01 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 38 de 50 · Page 2 de 3 · 1 599 affichages · Partager En relisant votre texte, je vois que règne une certaine confusion quant à la monnaie concernant le traitement de l'intéressé: 1 000 000 de quoi en 1964? Francs CFA, francs français? Pour le traitement en 91, 12 000 frs sont clairement des francs métropolitains. C'était effectivement très peu et je suis étonné qu'avec son ancienneté et la longueur de ses séjours outre-mer, M. Degoul n'ait pas bénéficié de bonifications quant aux points de retraite. Qu'il n'ait eu aucun changement d'échelon, je veux bien, mais enfin, avec les responsabilités assumées et l'ancienneté, il devait être Administrateur-en-Chef de la FOM, assuré d'une retraite très confortable! Il avait certes financé les études de quatre fils (et à ce sujet je vous signale que docteur ès pharmacie n'existe pas: le titre est docteur en pharmacie, les seuls docteurs és quelque chose étant les docteurs ès-lettres et les docteurs ès-sciences, titulaires de ce que l'on appelle un doctorat d'état...), mais cela ne suffit pas à mettre un quidam sur la paille (en principe). Il n'en reste pas moins que les plus de cinquante ans se trouvaient déjà sur une piste glissante, et que le cadre des anciens fonctionnaires coloniaux ne jouissait pas de la considération qu'il méritait! | | | À: Nicodilo · 1 avril 2010 à 17:53 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 39 de 50 · Page 2 de 3 · 1 593 affichages · Partager Bonjour,
J'ai lu ce thème en entier tout à l'heure, merci c'est bien intéressant tout comme les souvenirs de Mboloani que je profite de saluer par la même occasion.
| | | À: Choucarde · 2 avril 2010 à 17:25 Re: Administrateur de colonies, récit ( Togo) Message 40 de 50 · Page 2 de 3 · 1 577 affichages · Partager Coucou Choucarde,
Ce récit offre une belle occasion de rappeler quelques souvenirs...et de constater que beaucoup de temps s'est écoulé !
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