Ci après un extrait du blog de Chris et Peter, un couple de jeunes retraités anglais en route vers la
Chine, que j'avais croisé fin 2017 en
Corse au début de leur voyage.
Ils ont passé une soirée avec les quatre victimes, 4 jours avant leur assassinat. Ils livrent leurs impressions sur la façon dont les voyageurs et les habitants ont ressenti cet événement.
"Notre tristesse fut grande lorsque on apprît la terrible nouvelle de la mort des 4 cyclistes que nous avions rencontrés alors que nous logions au même hostel à Kalaikhum. Nous avions passé du temps à comparer nos routes et à nous raconter des anecdotes et nous aimions beaucoup ces gens. Le couple d’Américains avait des paniers sur leur porte-bagage avant, chose que j’enviais et j’admirais ; ils étaient modestes et toujours prêts à aider : un couple aventureux parcourant le globe de façon simple et amicale. Nous avons une superbe photo de nous tous le jour où nous nous sommes quittés, chacun allant de son côté, et il semble inimaginable de savoir qu’ils seraient tués quatre jours plus tard.
Nous avons appris la nouvelle par un autre cycliste alors que nous étions encore en route vers
Khorog. Nous avons tout de suite compris que ça pouvait être eux, à cause du jour du drame et de la nationalité des victimes. Au début on a pensé à un terrible accident mais nous avons vu aux infos qu’il s’agissait d’une attaque délibérée ; le coup fut pour nous terrible à la pensée d’un tel gâchis de vie.
Cet horrible évènement créa de manière prévisible une anxiété que nous avions jusqu’alors jamais éprouvée ; on a réellement pensé quitter de suite le pays.
A
Khorog, notre hôtel était envahi par des militaires en discussion avec un groupe de cyclistes italiens : leur ambassade leur avait conseillé de quitter le pays sous escorte militaire. Cela a accrut d’autant plus notre anxiété, et nous nous demandions pourquoi notre ambassade ne se souciait pas de notre sort. Nous avons parlé à d’autres cyclistes et avons réfléchi beaucoup sur le cours des événements ; finalement on a pris la décision de continuer sur la
Pamir Highway. Tous les autres cyclistes rencontrés ont continué leur voyage, même si le manager de notre hôtel nous a affirmé que de nombreuses réservations avaient été annulées.
C’était non seulement une terrible tragédie personnelle pour les victimes et leurs familles, mais aussi un désastre pour le
Tadjikistan qui essaie de promouvoir le tourisme à tout prix.
Les locaux étaient tristes et en colère, surtout dans la région où nous étions. Ce sont en majorité des Musulmans Ismaéliens, une secte « Shia » dont le leader est Aga Khan. Ils sont tolérants dans leur croyance et ne sont pas connus pour être extrémistes. Nous avions un jour séjourné dans une famille ismaélienne et avions été intrigués de voir sur le mur une photo de Jésus. Notre hôte Ruslan nous informa qu’il aimait à la fois Jésus et Mahomet, et que l’essentiel pour lui était de vivre en paix avec ses voisins.
Ce qui s’est passé au
Tadjikistan est en tel désaccord avec nos précédentes rencontres et expériences que nous ne voulons pas assombrir notre mémoire. Nous ne sommes pas naïfs et connaissons les problèmes de ce pays : pauvreté, chômage, passage de drogue d’Afghanistan vers le reste de l’
Asie centrale et la
Russie, corruption, opposition muselée. Mais le pays semble toujours sûr et accueillant.
Le monde est ainsi fait que de tels actes de violence se passent désormais partout. Notre sens de l’aventure et notre volonté d’en apprendre plus sur l’autre sont étouffés par une minorité de personnes semeurs de panique. Cela nous attriste."