| Notes ouzbèques UnaMilanese · 9 mars 2025 à 20:19 · 47 photos 37 messages · 11 participants · 3 329 affichages | | | | 9 mars 2025 à 20:19 Notes ouzbèques Message 1 de 37 · Page 1 de 2 · 2 504 affichages · Partager L'Afrosyiob galope dans un crépuscule avant l'heure, fouetté par une bourrasque de neige dense. Dans le gris infini se dessine parfois, rarement, un monumental complexe industriel, fantomatique. Ça et là, au milieu de nulle part, surgit une silhouette humaine (un soldat ?), debout, immobile au bord des rails. Sur l'écran planté au milieu du plafond, un fringant minet bollywoodien vêtu de couleurs éclatantes se trémousse en tout sens et lance des regards genre merlan frit à une danseuse au bord de la pâmoison. Un serveur circule dans l'allée centrale proposant à la vente des crêpes que je soupçonne fourrées au steak haché. Je suis en Asie centrale, en Ouzbékistan, nulle part entre Boukhara et Samarcande.
J'ai choisi pour titre "notes", notes éparses, ébauches, je ne sais pas trop ce que je vais écrire mais il est certain que ce ne sera pas un carnet linéaire.
Et une photo... il faut une photo, alors :
des touristes locaux, entre chameau de Bactriane et bagnole électrique, devant des murs anciens, feront l'affaire. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: UnaMilanese · 9 mars 2025 à 20:57 Re: Notes ouzbèques Message 2 de 37 · Page 1 de 2 · 2 489 affichages · Partager Très joli texte...j'ai hâte d'y être, puis je te demander si tu es allée dans la vallée de Ferghana? | | | À: UnaMilanese · 9 mars 2025 à 21:00 Re: Notes ouzbèques Message 3 de 37 · Page 1 de 2 · 2 485 affichages · Partager Le chameau de Bactriane, puisque j'en parle... de nos jours il porte le petit nom de Damas, dont il existe une version deluxe. Comme son illustre prédécesseur, on le voit souvent se déplacer en caravanes, l'un derrière l'autre. Il va d'une ville à l'autre, peut transporter officiellement jusqu'à 7 personnes, ce qui est déjà beaucoup vu la masse et le volume de l'ouzbek moyen dans si peu de mètres cubes, mais la police a dernièrement arrêté l'un d'entre eux et en a extrait 15 individus. Comment y contenaient-ils est un mystère total. Il est invariablement blanc. Comme, à la louche, 80 % des voitures locales. Il m'a été expliqué que ce choix très monochrome est attribuable au fait qu''il fait chaud, vraiment chaud, en été. Né Daewoo, il est désormais Chevrolet, comme là encore l'écrasante majorité du parc automobile. Il parait que c'est dû aux droits de douane, de 100 % sur les véhicules importés, alors que Chevrolet fabrique in situ. A part ça on trouve des marques bizarres, genre "Make your dream real", le dream est très gros, carrossé SUV. Damas est très maniable et se faufile bien dans les ronds points à 4 voies où la priorité n'est pas très claire (pousse toi de là que je m'y mette ?), doit plutôt bien encaisser les nids de poule qui constellent l'asphalte dès que l'on s'éloigne des grands axes. Sans doute Ok Yol (blanche route, c'est à dire sans encombre), lui est-il destiné.
| | | À: Corinnette69 · 9 mars 2025 à 21:50 · Modifié le 23 mars 2025 à 19:10 Re: Notes ouzbèques Message 4 de 37 · Page 1 de 2 · 2 469 affichages · Partager Salam alekum Corinne (avec la main droite sur le cœur),
Non, je ne suis pas allée dans la vallée de Ferghana. Ça me donnera l'occasion de revenir, et de mieux déambuler dans Tashkent, de laquelle j'ai eu une vision rapide (1 jour au début, mais décalquée par la nuit de voyage, et un jour au retour) qui m'a un peu laissée sur ma faim.
Quand pars-tu ?
Ma faim... et le volume des ouzbeks, champions de lutte.
Note gastronomique, carnée, supermegacarnée. On mange bien, vraiment. La cuisine est délicieuse, riche de saveurs où pointe presque toujours le gout de la coriandre. Mais il y a de la viande partout. Dans les soupes, d'une grande variété, viande sous forme de boulettes qui flirtent avec les œufs de caille dans la chi au chou, dans l'universelle mastava, dont on vous dit que c'est une soupe de riz mais d'où émergent des os dressés vers le ciel, dans le bortsch. Il faut se rabattre sur la soupe de lentilles pour y couper. Provisoirement. Parce qu'après la soupe, le choix se dessine entre viande, et viande, et autrement, ben, viande. Ah, le plat de fonte brulante où des oignons et des lamelles de bœuf crépitent dans l'huile ! Les plov, pilaf, délice dont chaque ville a sa spécialité, riz, carottes et viande. Raisins et pois chiches aussi, parfois. Finalement, le plat le plus diététique est la shashlik, la brochette, vendue à l'unité et exclusivement accompagnée de lamelles d'oignons. Un genre de brpochette surprise pour les non-russophones, puisque les menus pour étrangers sont en russe, avec caractères cyrilliques histoire de corser l'affaire. Ah tiens, c'est du poulet, ah tiens, c'est du foie, etc. Un petit en-cas ? Chips, saveur viande bien sûr. Et on peut toujours implorer des boiled o fried vegetables, rien n'y fait. Ou personne ne comprend l'anglais, ce qui est fréquent, ou il n'ont pas cet extraordinaire mets au menu. Restent les salades, terriblement appétissantes, et pour l'unique fois où nous avons cédé à la tentation, d'un exquis équilibre de saveur et... monstrueusement laxative. Next time ? Penser à mettre le couteau suisse dans la valise pour pouvoir se peler des pommes, parce que... les bananes, ça va bien, un peu.
| | | À: UnaMilanese · 10 mars 2025 à 10:22 Re: Notes ouzbèques Message 5 de 37 · Page 1 de 2 · 2 415 affichages · Partager Il importe bien peu le fil des jours et ces notes selon tes souvenirs et tes désirs qui (dé)filent dans une belle écriture me plaisent immensément par ce qu'elles racontent et dessinent... | | | À: UnaMilanese · 10 mars 2025 à 17:46 Re: Notes ouzbèques Message 6 de 37 · Page 1 de 2 · 2 389 affichages · Partager A bord de ton TGV ouzbek, déjà tu racontes les premiers festons de ton voyage et tu le poursuis dans le désordre, en vrac, au gré de tes envies. C’est ce que j’aime. Alors fonce mais pas aussi vite que l’afrosylob, fonce lentement. C’est mieux pour savourer... | | | À: Pondy · 10 mars 2025 à 21:18 Re: Notes ouzbèques Message 7 de 37 · Page 1 de 2 · 2 369 affichages · Partager Salam alekoum Dolma et Dom (avec la main droite sur le cœur, la tête légèrement inclinée, les lèvres qui ébauchent un sourire).
Vous me faites le plaisir d'une visite et je vous offre un jus de grenade. Un jus grenat, explosion de dizaines de graines sous la presse. Un jus dont il est bien difficile de dire s'il est vraiment bon. La douceur y côtoie l’âpre, le sucré l'astringent, mais il si frais, si fluide, si léger qu'il est un bonheur, une planche de salut digestive dans un océan de viandes grasses. Aller au marché pour nous en procurer aura été un passage obligé dans chaque ville et le frigo des chambres d’hôtel aura été plein pendant tout le séjour de ce précieux élixir.
Quelques mots du pain... Chaque ville a le sien, variable selon la taille, l'épaisseur, le gout peut-être, je ne suis pas grande amatrice. Chaque boulanger le frappe de son poinçon métallique au dessin qui le distingue. Dans chaque gare, juste avant d'embarquer, des stands l'exposent, et il semble d'usage d'en acquérir pour en porter à ses hôtes, ou peut-être emporter l'esprit des racines dont on s'éloigne.
| | | À: UnaMilanese · 10 mars 2025 à 22:48 Re: Notes ouzbèques Message 8 de 37 · Page 1 de 2 · 2 345 affichages · Partager Le couteau, le Laguiole pliable que papi gardait toujours au fond de la poche de son pantalon, n'était pas dans la valise prêt à éplucher des pommes ouzbèkes parce que faire celle-ci a relevé d'un drôle de casse tête pendant quelques semaines. Samarcande, minimum 2, maximum 15, ok, une petite doudoune, un polaire, quelques tee-shirt à manches longues, des baskets. Samarcande, minimum - 13 maximum 1. Ah, ben alors, grosse doudoune qui couvre les cuisses, pull de laine épaisse à haut col roulé, chaussettes de rando d'hiver et gros godillots. Des semaines de tournis météorologique incompréhensible, imprévisible. La veille du départ j'étais prête à toute éventualité, avais tout envisagé, tout pris et était assise sur la valise, qui malgré mon poids refusait obstinément de fermer. Qui peut le plus peut le moins disait papi, j'ai opté pour le grand froid.
Il a fait froid, très. Le froid et sa beauté, la neige. Des flaques de neige immaculée, poudreuse constellent le Kizilkum, le désert rouge. Elle s'accroche à l'ombre des murs des citadelles brunes du Khorezm, aidée par le vent glacial. Dans les rues désertes et frissonnantes de Khiva, j'adopte malgré moi le pas de Paul Atréïdès qui parcourt les sables d'Arakis sans alerter les gros vers au bec tout poilus (de Dune dans la nuit du vol Istanbul- Tashkent, en survolant la Mer Noire puis la Caspienne). Les balais et les pelles s'activent pour dégager cours, esplanades et accès aux portes. Le Pamir, les monts du Pamir ! immenses, étincellent de blancheur, ivre d'espace et de lumière, joie aveuglante, cueillie par les vitres de la Cobalt qui ahane sur la pente puis se laisse glisser jusqu'à Shahrisabz.
| | | À: UnaMilanese · 10 mars 2025 à 23:11 Re: Notes ouzbèques Message 9 de 37 · Page 1 de 2 · 2 330 affichages · Partager Bonsoir, beau retour...mais la chaine du Pamir est tout de même assez éloignée de Shahrisabz, environ 500 /600 km plus à l'est. Finalement, avec ce froid...la viande grasse n'était peut-être pas inutile... | | | À: UnaMilanese · 11 mars 2025 à 0:09 Re: Notes ouzbèques Message 10 de 37 · Page 1 de 2 · 2 316 affichages · Partager Il est assez étrange ton premier pain. Un kouglof raplapla à moitié -cuit...
Je le laisse aux chameaux et embarque l'un des derniers en compagnie d'une brochette.
Peut-être un soupçon de vodka pour faire passer le tout et réchauffer le gosier... | | | À: Perju · 11 mars 2025 à 19:24 Re: Notes ouzbèques Message 11 de 37 · Page 1 de 2 · 2 274 affichages · Partager Bonsoir Jean Pierre.
mais la chaine du Pamir est tout de même assez éloignée de Shahrisabz, environ 500 /600 km plus à l'est.
C'est M., citoyenne ouzbèke, qui l'a dit!
"A Samarcande les montagnes sont le Pamir et à Tashkent le Tien Shan. "
Serions-nous en présence d'un cas caractérisé d'appropriation frauduleuse de chaines de montagnes ?
J'avais rendez-vous avec l'Oxus, et, monogame dans l'ame, ne m'étais pas du tout occupée des autres aspects géographiques. Le Pamir était une belle surprise.
Finalement, avec ce froid...la viande grasse n'était peut-être pas inutile...
Sur 15 jours, le gras du plat n'a pas eu le temps de se transformer en protecteur gras corporel. Il nous a juste bien fatigué le foie.
Catherine | | | À: Attila · 11 mars 2025 à 19:29 Re: Notes ouzbèques Message 12 de 37 · Page 1 de 2 · 2 270 affichages · Partager Salut Agnès.
Il est assez étrange ton premier pain. Un kouglof raplapla à moitié -cuit...
Je le laisse aux chameaux et embarque l'un des derniers en compagnie d'une brochette.
Peut-être un soupçon de vodka pour faire passer le tout et réchauffer le gosier...
Une panne de gaz ?
Catherine | | | À: UnaMilanese · 11 mars 2025 à 21:01 Re: Notes ouzbèques Message 13 de 37 · Page 1 de 2 · 2 250 affichages · Partager Bonsoir Catherine,
Je vois que les Chevrolet locales blanches à 95% ont suscité ta curiosité. Si je me suis aussi copieusement ennuyé à Tashkent, je crois que leur uniformité y est pour beaucoup ; j'adore les véhicules, ils sont pour moi un des points de curiosité, l'identité d'un pays par leur palette. Et là, vraiment, quel ennui ; j'en ai été réduit à courir les nouveautés électriques chinoises, nombreuses tout de même, pour me divertir dans les rues. Et une Renault 25.
Côté salades, puisque tu en parles aussi, comment dire ? Je n'ai jamais aussi mal mangé de toute ma vie qu'en Ouzbékistan ; les salades sont très acides, les légumes ressemblent à des pickles. En UZ, en KZ, et au KG, mon truc c'est les shashliks de poulet, la bouée de sauvetage.
Michel Image attachée: Photo postée par le membre Tatra. | | | À: Tatra · 14 mars 2025 à 19:16 Re: Notes ouzbèques Message 14 de 37 · Page 1 de 2 · 2 179 affichages · Partager Bonsoir Michel,
Et hors de Tashkent ? On croise ici et là de bien vieilles Lada, d'autres voitures manifestement anciennes mais dont je n'ai pu capter la marque et de beaux gros camions, de ceux qui ont le museau saillant et de grosses phares rondes.
Il a fallu que je cherche ce qu'étaient les pickles, les sottaceti donc. Je ne sais pas, je n'ai mangé qu'une fois une salade composée, qui avait une harmonie de saveurs étrange, et séduisante (betteraves, pommes de terre, céleri, et il y avait aussi autre chose, dont de la coriandre. J' ai été agréablement surprise par les gouts, sauf que ce n'était pas trop adapté à un petit estomac de milanaise chouchouté à la nourriture diététique (il a eu un choc  ).
Comment manges-tu les shashlik de pilons de poulet sans couteau, cet ustensile étant inconnu sur les tables ?
Catherine
PS : ouzbèque ou ouzbèke ? Un doute orthographique soudain... | | | À: UnaMilanese · 14 mars 2025 à 19:35 Re: Notes ouzbèques Message 15 de 37 · Page 1 de 2 · 2 172 affichages · Partager Bonsoir Catherine,
Bon, bien sûr j'ai vu quelques Volga, quelques Moskvitch, quelques-uns des petit bijoux fanés qui me plaisent. Mais très peu. Je trouve plus mon compte au Kazakhstan, et cette uniformité blanche me dissuade à jamais du Turkmenistan.
Comment manges-tu les shashlik de pilons de poulet sans couteau, cet ustensile étant inconnu sur les tables ?
Un bon shashlik n'est pas composé de pilons, ou alors ils sont désossés. Mais je n'ai jamais utilisé de couteau pour manger un shashlik, de toutes façons.
PS : ouzbèque ou ouzbèke ? Un doute orthographique soudain...
Ouzbèque, je crois. Mais de plus en plus, j'abrège UZ, KZ, KG... Ce mot n'est pas fait pour être transcrit en français.
Michel | | | À: Tatra · 15 mars 2025 à 17:32 Re: Notes ouzbèques Message 16 de 37 · Page 1 de 2 · 2 125 affichages · Partager Je crois bien que je vais aller faire un tour à Achgabat. 
M., qui a un contentieux géographique avec le sieur perju...
Un peu de pragmatisme pour les concrets qui passent par là : notes organisationnelles, note de frais. 13 jours, la grosse artillerie du must see de l'autoroute du tourisme d' Asie centrale : une nuit et demi à Tashkent, 2 à Khiva, 2 à Boukhara, 3 à Samarcande, 2 nuits à Tashkent. Hotels Ouzbékistan, Arkanchi, Merhob, Ideal, reOuzbékistan. Le voyage a été entièrement conçu l'été dernier par mes soins distraits (c'est l' Iran qui m'attire). Comme c'était alors compliqué de réserver les transports intérieurs et les hôtels avec autant d'avance, et que je n'avais pas envie de m'en occuper ultérieurement, j'ai contacté 3 agences locales qui annonçaient du tailor made. Elles m'ont proposé des devis avec un bon 40 % de différence de prix. Certaines me rajoutaient des prestations dont je n'avais que faire (genre rencontre d'une famille typique, spectacle de danses locales,...). J'ai finalement opté pour Turkestan travel, réactive, précise, et qui s'est révélée tout à fait fiable. Tous les hôtels, tous les déplacements intérieurs, tous les transferts gare ou aéroport/hôtel, tous les soupers (avec la carte bancaire de l'agence), l'excursion à Shahrisabz, celle dans les citadelles du Khorezm, et dans chacune des villes un guide différent qui parlait notre langue : 1 450 €/pers., plus 700 €/pers de vol TK avec escale à IST, plus 250 €/pers entre diner, jus de grenade et pourboires. Total : 2400 €/pers.
Ce genre de formule de voyage était une première, et il a deux qualités. Quelle que doit l'heure d'arrivée, on se sent pas transformé en poussin de la fermière (taksi, taksi, taksi - taksi, taksi, taksi -...) à la sortie de l'aéroport ou de la gare, et c'est franchement confortable, débarquant à des heures indues et dans des conditions climatiques un peu rudes, d'avoir un homme qui empoigne votre valise, vous ouvre la portière et vous conduit avec souplesse et dextérité à bon port. Et puis, surtout, la présence des guides, F, M, N, S. Deux hommes et deux femmes, 4 vies ouzbèkes, 4 visions d'un pays.
| | | À: UnaMilanese · 15 mars 2025 à 19:14 Re: Notes ouzbèques Message 17 de 37 · Page 1 de 2 · 2 107 affichages · Partager Bonsoir Catherine,
Je comprends ce que tu dis, et sembles découvrir, mais sans pour autant utiliser le service d'une agence, j'ai la plupart du temps un chauffeur qui m'attend. C'est amusant, d'ailleurs, parce que je suis souvent, honnêtement, très à l'avant de l'appareil, et comme je n'ai pas de bagage de soute, je déboule comme une fusée alors que le type pense encore avoir pas mal de temps, voire n'est pas encore là. C'est sûr que c'est agréable. J'ai Yandex Go pour ces pays là, et parfois je tente sans avoir rien de prévu d'autre, mais sans parler russe cela reste hasardeux. Tu as été à l'hôtel Uzbekistan, alors ? Peux-tu nous en parler ? C'est carrément mon genre, mais, je ne me souviens plus pourquoi, j'avais fait un autre choix.
Michel | | | À: Tatra · 15 mars 2025 à 21:40 Re: Notes ouzbèques Message 18 de 37 · Page 1 de 2 · 2 091 affichages · Partager Le van noir Hyundai au vitres fumées qui vient de traverser à une vitesse désespérément lente (un lit ! vite !) les routes si larges complètement vides à 4 heures du matin de la capitale ouzbèque s’arrête sous l'auvent de l’hôtel. Tout est sombre, il semble désert. Passées les deux portes aux vitres obscurcies, un vaste hall, azur et or, depuis le temps où Clavijo portait à Timour les présents du roi d' Espagne. A droite un bar à la lumière si tamisée qu'on n'y voit goutte, à gauche, la même chose. Quelques clients tard couchés ou tôt levés sont au comptoir. La clef en échange du passeport, aussitôt rendu. 1 603, seixième étage. Dans l'ascenseur, on a le temps de voir la pub pour le restaurant du 17ème, et aussi celle pour un smartphone Honor. Hall parquet et néons puis étroit couloir avec moquette rouge bordeaux à médaillons persans et tapisserie jaunâtre. La chambre est vaste, facile 25 m2 si ce n'est plus. Deux grands fauteuils damassés de jaune, une grande table basse, un lit king size avec une couette queen size. Deux baies vitrées ouvrent sur deux loggias qui donnent sur la ville, les immeubles des banques clignotent criards dans le noir silencieux. La salle de bain est d'origine, vintage années 70. Il fait chaud, très, une clim capricieuse et crachotante souffle un air aride.
9h45, dernier quart d'heure possible pour déjeuner. Le bar à gauche de l'entrée sert de salle de petit-déjeuner. Un long buffet central, avec propositions internationales, des œufs brouillés (beurk !), à la salade de fruits, en passant par des saucisses d'une seyante couleur fuchsia Barbie, des fruits au sirop, des fruits secs, des viandes en sauce, du riz, des pâtisseries à étages de génoise et de crème, des cornichons,... On se sert et... commence la recherche de la place où s'assoir, parce que vu la taille de l'immeuble, il n'y a décidément pas suffisamment de tables rondes avec 6 chaises autour pour que chaque chambre ait la sienne. Bon, alors, on préfère s'attabler avec des Indiens en tongues ? ou alors des Chinois ? Ou peut-être des Russes ? Ou des... indéfinissables ?
Retour de visite, un peu vaseux. Être du jour au lendemain tellement ailleurs saoule. F monte au dernier étage pour nous réserver le repas du soir, parce que demain lever 4 h pour prendre le vol pour Urgench et pas envie de ressortir. Il tarde. A. propose de le rejoindre, mais les 4 ascenseurs sont à l’arrêt. Thirty minutes, Sir. F. est descendu à pieds, c'est bon pour ce soir. So ? Thirty minutes, Sir. Ca sent le roussi, il est de plus en plus clair que ce thirty minutes à répétition est une donnée générique, sans aucune valeur ancrée dans une quelconque réalité. Un 'tit dénivelé ? Allez. Finalement c'est plus intéressant que de revoir la pub Honor. Chaque étage a sur le palier une activité économique, une agence de voyage, ou un bureau d'informaticiens, une agence d'événementiel, un salon de beauté. Tous les 3 étages, un filet est tendu dans le vide de l'escalier au cas où un client en aurait marre de la vie.
Le restaurant du dernier étage sent un parfum de synthèse qui assaille les narines. Au bar adjacent, genre ferry, de rares voyageurs discutent, une bière à la main et Tashkent à leurs pieds.
J'ai bien aimé. | | | À: UnaMilanese · 15 mars 2025 à 22:17 Re: Notes ouzbèques Message 19 de 37 · Page 1 de 2 · 2 078 affichages · Partager F. porte un léger collier de barbe noire de jais impeccablement taillée qui suit la courbe de la mâchoire et le menton. Il parle notre langue de manière un peu hésitante, il est guide depuis peu et travaillait auparavant dans un grand restaurant de la ville. Ses parents étaient enfants lorsque Tashkent s'effondra le 24 avril 1966 à 5 h 23 du matin, et ils étaient loin, à Boukhara. Il récite les informations sur la vieille Tashkent, ses murs de pisé, ses mosquées et madrasa. Il s'anime au retour pour nous parler des immeubles de l'époque Kroutchev, trop petits, mal fichus. Il s'adapte au moindre de nos désirs. Nous chouchoute, nous avance l'argent, pour que A. puisse acquérir le petit chapeau carré de velours bleu qui lui fait envie, pour que je puisse mettre une carte SIM dans mon smartphone (Honor, bien sûr !) puisque je n'avais posé qu'un regard vitreux sur la multitude de stands qui en proposent à l'aéroport et sur les distributeurs de billets qui encombrent le hall de l’hôtel Ouzbékistan. Il habite loin, mais toujours dans la ville. Parle facilement de l'inflation qui galope aussi vite que l'Afrosiyob, parle trop vite de la démocratie ouzbèque, récitation. Il engouffre une pantagruélique quantité de plov fin février, ne touchera strictement rien début mars. Le ramadan a commencé.
| | | À: UnaMilanese · 16 mars 2025 à 0:05 Re: Notes ouzbèques Message 20 de 37 · Page 1 de 2 · 2 064 affichages · Partager N. est une femme d'affaire, parfaite. Doudoune crème assortie aux chaussures, bonnet aux gants au crochet, lunettes de soleil Prada. Sur sa photo de profil what's app, elle navigue sur un lac italien, tout sourire. N. est tension et lutte. Elle ne sera pas la domestique de son mari et père de ses deux enfants, dont elle a divorcé malgré le poids de la société. Une femme avec deux enfants, non veuve, trouve difficilement un nouvel homme. Tant pis, elle travaille dur, a offert à ses fils une grande maison et des cours d'anglais. N. est khorezmienne plus qu'ouzbèque, plus Al-Khorezmi que Timur le boiteux. L' Ouzbékistan n'est pas une démocratie. N. est révolte contenue. N. rêve de Naples, mais a des doutes sur l'obtention de son visa. Elle nous plante à Boston, le chauffeur nous ramènera, elle a à faire avec sa banque.
S. n'aurait pas dû être notre guide. Le programme annonçait V., sa femme, russe, pour l'heure au lit avec une mauvaise fièvre. Lui aussi a eu de la fièvre, il y a 3 ans, par - 17 degrés dehors, 15 jours d'hospitalisation à suffoquer, avec vue panoramique sur le cimetière. La covid. Il sourit, tout le temps. Nous raconte l'épuisement à convoyer pendant 7 mois de pleins pullman de touristes sur un circuit tellement bondé que les hôtels pourtant nombreux ne peuvent plus héberger les accompagnateurs, s'amuse de la touriste estivale nonagénaire convainquant la troupe de se lever aux aurores pour profiter de la fraiche et coiffant tout le monde au poteau, cherche encore comment diable il est possible en pleine nuit de se coincer le coton de la tige dans l'oreille ce qui lui aura valu de courir trouver un médecin, se divertit des principes qui veulent qu'on ne change que dans des banques et pas aux propositions de la rue, et des heures de queue que cela implique quand on est 50. Il est désinvolte et philosophe F., en ce lendemain d'entretien Zelensky-Trump qui rend plus carrées les mâchoires des dirigeants européens il glisse, malicieux, Vous verrez, vous deviendrez vous aussi amis de Poutine.
M. est sérieuse. Elle prépare un doctorat. Elle avait décidé de ne pas devenir médecin comme ses parents parce qu'elle n'avait pas envie de faire de longues études. Elle a tenté l'enseignement, qui l'a vite écœurée ; les parents des petits génies sont insupportables. Elle préfère s'occuper d'adultes étrangers émerveillés par son pays. Elle plaint ces touristes russes que nous croisons, et qui ne peuvent aller nulle part. Elle raconte que tout ce que nous voyons c'est grâce aux archéologues russes qui ont restauré des bâtiments bien mal en point au début du siècle dernier. Elle explique que tous ces beaux parcs remarquablement entretenus dont nous notons la présence sont un héritage de l'attitude du temps des communistes où les citoyens donnaient de leur temps pour rendre agréable leur espace collectif de vie. Ça se perd, dit-elle, les jeunes ne se sentent pas concernés et ne veulent pas participer s'ils ne sont pas payés pour. Les prénoms les plus donnés aujourd'hui aux nouveaux-nés sont Mohamed et Aïcha. Une pointe de dépit.
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