Je ne suis pas d'accord avec la conclusion de votre analyse :
La seule solution: apprendre le chinois.
Ah oui, d'accord. C'était une façon de parler destinée à ceux que l'on croise parfois et qui disent le plus sérieusement du monde que tout le monde parle anglais en
Chine (LOL) et qu'il n'y a aucune barrière de langue. En fait, ça en dit surtout long sur leur façon de voyager: aucunement indépendants, ils dorment dans des hôtels à touristes et passent par les agences des hôtels pour réserver tous leurs transports... Bref, ils voyagent dans leur bulle, sans vraiment voir le pays qu'ils visitent. Bien sûr, chacun est libre de voyager comme il l'entend, mais c'est franchement dommage de voyager comme ça, surtout en
Chine !
Comme disait Bouvier, on ne fait pas un voyage, c'est le voyage qui nous fait. Ce n'est pas tant la destination qui compte que le chemin parcouru et les difficultés rencontrées. Le voyage est plein d'anecdotes et de difficultés. C'est ça qui lui donne du piment et sa raison d'être. Par exemple une gare chinoise...
Un voyageur qui n'a jamais, même pas une fois, acheté ses billets de train dans une gare chinoise (je ne parle pas des gares où il y a un guichet "english speaking" comme à
Shanghai ou à
Suzhou), en faisant la queue pendant une heure puis bataillant au guichet pendant 10 minutes avec un employé à la mine patibulaire et ne comprenant pas un mot, avec les autres Chinois derrière qui commencent à s'impatienter et dont certains vont commencer à mettre leur grain de sel... ce voyageur ne pourra pas vraiment dire "j'ai voyagé en
Chine".
Je ne sais combien de dizaines de fois je suis allé à la gare, là-bas, pour acheter mes billets et j'ai des souvenirs géniaux. Une fois (c'était dans ma ville, Nankin), je suis allé à la gare à minuit pour échanger des billets de train. C'était au début, je ne parlais presque aucun mot de chinois. J'arrive au guichet, l'employé refuse pour je ne sais quelle raison, je m'accroche, on "parle" si tant est qu'on puisse appeler discussion le charabia dans lequel nous essayions de communiquer... Les gens derrière moi commencent à me soutenir et nous voilà à 10 devant le guichet en train de vociférer, entraînant d'ailleurs l'arrivée de deux policiers qui se mêlent eux aussi à la discussion ! Ca s'est fini en franche rigolade et l'employé a d'ailleurs finalement accepté de changer mes billets. C'est un petit truc mais j'ai littéralement adoré. C'est de ce genre d'anecdotes que sont faits les voyages. Quelqu'un qui passe par l'agence de son hôtel pour acheter son billet, il ne connaîtra jamais ce genre de petit moment qui fait le sel du voyage et même de la vie...
L'un des souvenirs les plus amusants que j'ai du Xinjiang, c'était dans une petite ville bordant le désert. Avec ma femme, on s'est dit "allez, on va faire une après-midi de chameau". Bon, le truc classique mais je ne voulais absolument pas passer par l'agence de l'hôtel, donc on y est allés nous-mêmes. Deux-trois heures de bus pour arriver dans cette ville, donc. On essaie de se renseigner pour savoir comment aller dans le désert (distant d'une dizaine de kilomètres) pour faire du chameau, mais les gens ne nous comprennent pas (je ne sais pas si c'est à cause de mon chinois bancal ou parce que très peu de Ouïghours parlent mandarin de toute façon). Je vois une poste, j'y entre. Et là, ne sachant pas comment dire "chameau" en chinois, je me mets à mimer un chameau qui rumine, en fredonnant la musique de Lawrence d'Arabie. Putain... je n'ai jamais vu têtes aussi incrédules ! J'étais là comme un con en train d'imiter un chameau avec sa bosse devant des visages pétrifiés de surprise, Hans et Ouïghours confondus. Après une minute, un immense éclat de rire a parcouru la petite salle, une femme en a même pleuré... Moi-même, je ne pouvais plus parler, j'étais pété de rire... C'est tout con, mais c'est pour des moments comme ça qu'on voyage.
Donc bien sûr, tu as raison, si j'avais bien parlé chinois, ces moments n'auraient pas existé. Mais ce n'est pas dans ce sens que je disais ça. C'était plutôt destiné aux personnes qui prévoient tout et réservent tout depuis leur hôtel où le personnel peut effectivement parler anglais. Mais c'est une bulle, ce n'est pas la vraie
Chine... Il faut quand même parler quelques mots de chinois pour sortir de cette bulle. Et surtout, pour parler avec les habitants. Car ça aussi, c'est quand même l'une des raisons de voyager. Si on n'a aucun échange avec les habitants - et ce contact ne peut être qu'en mandarin pour l'immense majorité des Chinois - c'est un peu triste, non? C'est un voyage incomplet...