Mon "carnet de voyage" + quelques photos :
1/ Pèlerinage chez les Musulmans (été 2015)
Istanbul : un autre apéro avant l'apéro ?
Cette année, j'avoue que je me la joue peinard : je voyage en structure organisée, quasiment tout compris. [...]
Bangladesh : 10.000 papas, mamans, enfants... et moi
Mais
Istanbul n'était que le prologue à l'objectif : mettre un pied dans un pays plus connu pour ses catastrophes et ses maux de vivre, le
Bangladesh.
L'organisation est toujours au top. Un exemple : hier après-midi, je décide de prendre le bus pour aller de Comilla à Srimongol. J'aurais mieux fait de prendre le train, mais il fallait pour cela que je respecte un timing. Le responsable de l'hôtel m'indique le lieu de départ du bus : Sachengasa. J’hèle un rickshaw, un taxi-tricycle à pédale, qui comme très souvent, craint tellement de ne pas me comprendre, qu'il me montre son ignorance pendant que je baragouine un ou deux mots clés. Immanquablement des badauds et autres gérants d'échoppes suivent la scène et l'un d'entre eux s'approche. Je lui représente les mots clés : Sachengasa, bus, Srimongol. Tout s'arrange. Quand on est arrêté ET que le conducteur se retourne en me fixant, c'est qu'on est à destination, sinon c'est un simple embouteillage ou que le conducteur cherche son chemin. Comme je commence à avoir une certaine habitude, je donne l'appoint.
Aparté : à destination, dans les quelques cas où le conducteur de taxi/rickshaws tenterait de négocier ou renégocier à la hausse le trajet, aussitôt un attroupement se forme et le pauvre n'aura jamais le beau rôle. En général ça se termine par quelques phrases certainement bien sentis et appropriées de quelques uns et un anglophone qui fait l'intermédiaire et me propose de verser un petit supplément.
Et donc me voici déposé là où il y a des bus : une rue engorgée de bus qui fait office de gare routière. Un grand classique dans ce pays ; c'est le bordel dans une rue qui uniformise la couleur des pieds. On se rue sur moi pour savoir le pourquoi du comment et un Bangladais m'emmène devant quelques planches et une tôle ondulée qui font office de guichet pour les bus allant au nord-est. Bon, lui s'est pour le bakchich, mais il est au petit soin : il veillera à ce que j'ai un siège à l'ombre, me montrera mon siège dans le bus, s'occupera de mon sac à dos.
J'achète un ticket et d'office on me donnera la place de choix : dans la première rangée du bus, même si elle était déjà réservée à quelqu'un d'autres. Au guichet, je suis l'attraction et le superviseur me montre quantités de signe de sympathies qui feraient rougir même la plus délurée. Le moindre mot que je prononce en bangladais déclenche l'hilarité des 20 personnes présentes, pas toujours les mêmes car il y a un système de roulement, il ne faut pas que le touriste se lasse. Du coup, j'offre une tournée générale de "rosh galla" une confiserie locale nationalement réputée, mais qui a détrempé dangereusement le sac en papier les contenants et donc qui devrait bientôt contaminer tout mon sac. C'est très sucré, tellement que je ne sais pas si c'est également très gras, donc les Bangladais adorent, même si comme à ce moment là, le papier colle aux bonbons.
Le trajet est, disons, classique, s'est à dire qu'on frôle la catastrophe des centaines de fois. L'expression "pas la place pour passer une feuille de papier à cigarette" prend tout son sens quand on se déplace au
Bangladesh. Mais ça, je le raconterai dans un autre billet d'humeur. Le superviseur n'oublie pas de m'offrir le thé lors d'un arrêt et de surveiller tout le long du trajet que tout va bien pour moi. Il est d'ailleurs secondé par la quasi-totalité des occupants du bus. Mes voisins de sièges se relaient pour me faire la conversation, entre accents anglais non oxfordiens, on se comprend. Proche de la destination, changement de bus : le superviseur appelle un mec qui passe par la pour qu'il m'accompagne dans ma quête. Mais bien entendu, les murs ont des oreilles. Un bangladais va aussi à Srimongol et il lui reprend aussitôt le relais. On monte dans un baby-taxi, un tricycle électrique, il me paie le trajet. On arrive à l'arrêt de bus : une simple file d'attente dans un carrefour, ça semble bien organisé et structuré. Le bus arrive, ne s'arrête pas au démarrage de la file et du coup, c'est la cohue pour monter et ainsi avoir une place assise. Mais je m'en fous, je sais que j'en aurais une, les Bangladais tiennent à donner une bonne image de leur pays. Pendant le trajet mon guide téléphone à un copain qui m'attend à la descente du bus et m'accompagne jusqu'a ma chambre d'hôtel. Enfin, il m'indique le restau où diner.
Une dernière remarque : si tu veux pouvoir manger sans être fixée par tes voisins consommateurs, le staff toujours pléthorique, le gérant, les badauds et les personnels des magasins voisins et ce quelque soit la classe de resto, ne va pas au
Bangladesh.
Ca c'est de l'organisation !
2/ L’immigré est vraiment bien accueilli
Un exemple pour illustrer la bienveillance de tout un peuple à mon égard.
Je quitte
Dhaka, la capitale, et arrive en fin d’après-midi à
Rajshahi, une ville au nord-est du pays. Je trouve rapidement un hôtel et vais à la recherche de renseignements sur les nombreux sites historiques du coin : mon guide papier donne le nom d’un propriétaire d’une guesthouse particulièrement compétent. Devant un hôtel proche du mien, dans lequel je logerai ensuite, je rencontre une famille en vacances. Ni une, ni deux, ils décident de m’aider à chercher cette fameuse adresse. Ils sont venus en voiture et ont un chauffeur, ce qui semble la norme ici. On passe au peigne fin le quartier, en vain puisque la guesthouse n’existe plus. Bien sûr, le chef de famille me laisse sa carte, je n’ai qu’à l’appeler au moindre problème.
Ma deuxième mission consiste à trouver un cybercafé afin de donner des nouvelles à mes parents : ici, les musulmans ne mangent pas les occidentaux. Mon guide papier m’indique qu’un cybercafé se situe près d’un hôtel. Ne connaissant pas la ville, un rickshaw, c’est-à-dire un tricycle-taxi à pédale, m’y emmènera. Comme très souvent, le conducteur du rickshaw – rickshawwala – panique à l’idée de ne pas comprendre ce que je vais dire et donc fais la mou dès que j’émets le premier son. J’appelle le policier qui se trouve à côté de nous et qui n’attend que ça et le message passe. J’arrive devant l’hôtel, mais pas de cybercafé à l’horizon. Un tailleur dont le magasin est en face de l’hôtel, m’interpelle. Aussitôt les 4 employés du magasin discutent entre eux : où y a-t-il un cybercafé dans le coin ? L’un d’entre eux va chercher un collègue et finalement un passant m’emmène. Me voilà arrivé devant un immeuble, il m’indique l’ascenseur et le cybercafé se trouve au deuxième étage. Comme il commence à se faire tard, il est fermé. Je redescends et le surveillant de l’immeuble m’emmène alors vers un deuxième, qui ferme dans quelques minutes. Le surveillant me voit ressortir et donc questionne les alentours, une personne m’emmène dans un troisième cybercafé, où tous les ordinateurs sont occupés. Pas de souci, une personne me laisse sa place. Je demande à utiliser Skype, il me faut donc un casque, un micro et un ordinateur compatible : on est à quatre dessus, mais si j’ai le son, je ne peux transmettre. Une autre personne me laisse sa place et cette fois-ci tout fonctionne : j’ai mes parents au bout du fil ! Pour me remettre de toutes ses émotions, rien de tel qu’un passage chez le barbier : rasage, re-rasage, re-re-rasage, masque visage, massage, onguents...
3/
Bangladesh : un pays dont vous êtes le héros
On a beaucoup exagéré sur le
Bangladesh
Pourquoi le
Bangladesh ? Même les Bangladais sont surpris : « Pourquoi es-tu là ? » Il pense plus à un businessman qu’à un touriste. Mais l’interlocuteur est toujours heureux que quelqu’un vienne leur rendre visite. En fait la vue d’un touriste est tellement rare qu’il m’est arrivé plusieurs fois de répondre à la négative à la question « tu es japonais ? ». Il y a même un Japonais qui m’a demandé si je n’étais pas bangladais. Les Japonais semblent être majoritaires chez les touristes.
Le
Bangladesh est un pays boudés des tours opérators, et finalement je trouve ça très injuste. D’accord, c’est un pays très pauvre. Il est vrai que le système de protection social est perfectible. Le touriste est là pour pallier à certaines de ses failles en distribuant sa monnaie. Il faut dire que le plus petit billet ici est de 2 centimes, donc l'achat d'une bonne conscience est bon marché. Mais hélas (?) comme le pays n’est absolument touristique, les déshérités doivent plutôt compter sur la générosité de ces compatriotes. Un système de doggy-bag permet de donner les restes de son repas à un pauvre qui attend parfois devant le resto. C’est un pays très pauvre, mais pas misérable.
Si les touristes ne sont pas là, il faut dire aussi que ça n’est pas la saison. En juillet-août, c’est assez nuageux, donc humide. Et quand les nuages sont absents, c’est une fournaise ! Mais la mousson n’est plus ce qu’elle était et mon poncho n’est jamais sorti du sac. Donc ça n’est pas si pire.
What else ?
J’arrive la semaine qui suit le ramadan, donc de nombreux Bangladais sont en congés, enfin ceux qui ont assez de revenus pour se le permettre, le terme nombreux n’est donc peut-être pas le plus approprié. Le lendemain de mon arrivée, je vais visiter le Fort Lalbagh, un site historique situé au centre de la capitale
Dhaka, agrémenté d’un beau parc. Le billet d’entrée coûte 40 fois plus cher pour l’étranger que pour l’autochtone, ce qui permet aux bangladais de profiter de ce havre de paix. Un lieu fermé, un occidental et des centaines de Bangladais, forcément la scène est assez peu fréquente. Me voilà donc devenu pendant un moment George Clooney : Les selfies s’enchainent. Parfois, il y a même la queue, il faudrait que je me trimballe avec un distributeur de tickets, comme au rayon charcuterie des supermarchés. En plus, pour un pays musulman, les filles ne sont pas très timides. Les copains, maris, frères, pères, fils et les synonymes au féminin m’interpellent pour une photo avec un ou des membres du groupe, le tout dans la bonne humeur. Ce petit goût de célébrité est ma foi assez valorisant. Un Bangladais me conseille de demander 10 centimes par photo, ça rembourserait une bonne partie de mon billet d’avion. Combien de centaines de personnes ont ma pomme dans leur boite à images ?
En parlant de cliché, un autre cliché, ce pays est plat. Les seules côtes sont les montées des ponts et les points culminants, les cheminées des fours à briques. La découverte de ce pays à bicyclette aurait pu être idéale, mais l'instinct de survie prendra le dessus. J'ai quand même sillonné la campagne en vélos ; mais même sans effort, l'effet mousson fait dégouliner l'européen. Je n’ai emprunté que des routes sans aucun véhicule, même l’idée de croiser un enfant en tricycle donne des sueurs froides.
Fluide non newtonien et effet doppler
Un pays sans alcool vit aussi au rythme des embouteillages et sait trouver d’autres moyens de conserver un nombre élevé de morts sur la route. Ici, un aveugle peut conduire, mais un sourd sûrement pas. Je me demande d’ailleurs si les conducteurs bangladais ne seraient pas équipés de sonars, comme les dauphins ou les chauves-souris.
On ne peut pas dire que la circulation au
Bengladesh soit anarchique, puisqu’elle suit des règles précises en fonction de critères aussi très précis :
- je suis devant/derrière/à côté/en face de toi,
- plus/moins/aussi gros/rapide/bloqué que toi.
Le rétroviseur est inutile sauf l’intérieur qui sert à vérifier que le blanc n’a pas bougé une oreille, et ainsi peut-être émis un désir, un sentiment de gêne... bref à besoin d’aide.
Si quelqu’un est derrière toi, que tu sois en véhicule ou à pied, le ton et la longueur du coup de klaxon donnent toutes les données suffisantes pour évaluer : sa vitesse, son éloignement, sa grosseur et sa volonté de te dépasser. L’effet doppler te renseigne très efficacement sur son intention de te dépasser et l’imminence de l’action. Un coup de klaxon : tu ne bouges pas, plusieurs coups : tu bouges ou dévie ta trajectoire de quelques millimètres. Un long coup signifie : « fais comme tu le sens, mais je suis plus gros que toi, j’ai des protections contre les chocs éventuels donc même s’il n’y a pas la place ni la visibilité, je compte te dépasser. »
Ici on ne double pas, on envoie dans le bas-côté, on contourne au plus juste ou on bloque. Mais surtout, on tente de passer devant, le principal objectif quand on démarre. L’arrêt peut se faire n’importe où, n’importe comment. Le demi-tour, qui peut devenir contre-sens, agrémente la monotonie. Le concept du cédez-le-passage n’existe même pas en rêve.
Les routes et les sentiers sont composés d’au moins trois voies : le centre pour ceux qui ont à partir de trois roues et les bas-côtés pour les petits.
Mais qui sont les petits : vélos, motos. Puis par ordre d’importance, les vélos transportant de longs tuyaux ou des tiges de cannes à sucre, les tricycles, les tricycles transportant des charges encombrantes, non humaines, toutes les sortes de tricycles à moteur, les voitures, rares, et autres véhicules à quatre roues.
Les gros sont les bus et les camions. Les camions ont un avantage : ils ont des pare-troupeaux de buffles à l’avant et à l’arrière. Les bus aussi ont souvent un avantage, leur carrosserie n’est plus à un choc près.
Mais revenons au cœur du sujet : l’embouteillage. Tout est prétexte à cela, un rétrécissement, un croisement ou une différence de vitesse entre deux véhicules. Chacun donc avance en klaxonnant, même si manifestement le passage n’est pas possible. Comme seuls les hommes conduisent, le combat de coq est aussi une explication.
1) La file ralenti ou s’arrête : notre véhicule entre dans le bouchon.
2) Notre véhicule double sur la droite ou sur la gauche : trois files se forment.
3) Du coup, la file en sens inverse est bloquée.
4) Les files se multiplient : arriverait-on au cœur du bouchon ? Non, simplement, la chaussée est plus large ou un parking permettent au fluide de s’écouler : un fluide occupe tout l’espace ! Sa viscosité évolue : ça bouge, ça bloque.
5) Les véhicules en face sont sur plusieurs files et nous enfin sur une seule : nous avons passé le cœur du bouchon, donc suivant le 3), nous sommes bloqués ! Il est alors toujours possible de penser à recréer d’autres files parallèles... ou pas.
6) Le changement de file est toujours très délicat car chacun défend farouchement sa place de suivant celui qu’il suit. La technique du sandwich peut marcher : un force par la droite, un autre par la gauche, celui du centre est peu à peu bloqué. Bien entendu, un seul gagnant et la deuxième manche établit la hiérarchie entre les deux perdants, sauf qu’entre-temps, bien sûr, au moins un quatrième est entré dans la danse.
7) Si, on sort de la file, il est très difficile de la réintégrer, même en adoptant un ton pleurnichard, grand spécialité du pays.
8) La circulation redevient fluide, on sonne la charge à coup de klaxon : à partir de maintenant, c’est à fond. L’objectif est : doubler, dépasser tout ce qui bouge et surprendre celui qui est derrière en changeant parfois de trajectoire avec l’aide des irrégularités du terrain. Et, pourquoi pas, participer à la création du prochain bouchon.
Dans le cas d’un croisement, on est plus dans un amoncellement de type Tetris, avec la mauvaise volonté de chacun : pas de problème pour passer derrière moi, mais devant moi, impossible !
Parfois, on voit un véhicule sans aucune éraflure ni bosse. Deux solutions, c’est une voiture neuve ou un bus qui vient juste d’être repeint. J’ai bien l’impression que certains n’ont pas été repeints depuis le départ des anglais en 1947. Des autobus à impérial sillonnent
Dhaka. Imaginez un vague parallélépipède de pâte à modelé malaxée qui roule. En fait, j’ai vu que c’était un autobus à impérial, car ce véhicule à un étage.
La municipalité de
Dhaka a investit dans des feux de circulation... Mais pas dans la formation ni l’information des conducteurs. Donc tout le monde passe sans distinction de couleur et sous les yeux des policiers qui du coup font la circulation.
4/ Juste prix modique (Problème de riche)
Remarque préalable : dans le texte qui suit, les sommes sont grosso-modo en centimes d’euros.
Vendredi 14 août, déjà plus de trois semaines de voyage da ns ce
Bangladesh qui m’offre tant. Je décide d’aller à
Sonargaon, une ville proche de
Dhaka où il y a tout un tas de sites historiques et un beau parc apprécié des Bangladais. Je loge dans le Old
Dhaka. Par expérience, je sais que le trajet de l’hôtel à la gare routière est de 25 à 30 takas. En sortant de l’hôtel, je monte dans un rickshaws. C’est un tricycle-taxi qui pèse à vide une centaine de kilos et qui n’a qu’un plateau et un pignon donc une seule vitesse. Ces « cycliste » sont donc parmi les plus pauvres de la ville et donc soit des « migrants économiques » soit des personnes qui n’ont jamais trop connu l’école. Celui-là arrive à comprendre du premier coup mon charabia, et nous voilà partis. A l’issue du trajet, je donne un billet de 100 au cycliste, qui me rend 70, normal !? Je lui donne un pourboire de 10, soit + 33%, ce qui en relatif est donc important pour lui et qui ne change rien pour moi. Il est content et moi je suis content qu’il soit content. Je « récompense » son honnêteté et mon karma gagne un pouième. Il est facile d’en déduire que le salaire journalier de ce forçat de la route est de quelques euros, qu’il ne peut faire des journées à rallonge et qu’il ne pourra compter sur aucune protection sociale s’il tombe malade.
Je passe la journée à
Sonargaon, et vis des anecdotes qui illustrent ce que je suis en train d’exprimer.
Je suis donc en fin de journée de nouveau dans la gare routière, où je commence à chercher un rickshaw qui me ramènera à mon hôtel. En fait, très rapidement on doit être entre 10 et 15 à chercher un rickshaw et donc à tomber sur le premier venu. Bien sûr mes anges gardiens prennent les devants, « Tu ne lui demandes que 30 », « Tu l’amènes à l’hôtel » et autres que je ne comprends pas, les remarques fusent et se répètent afin de s’assurer que tout se passera bien. Le voyage est semblable à l’aller, dans les mêmes conditions de circulation et de météo. Arrivée à destination, je donne 40 au cycliste, qui entame alors la fameuse scène de la pleureuse, enseigné dans toutes les bonnes écoles de taximen : il veut 50. Immanquablement, la foule nous entoure et veut assister, et pourquoi pas participer, à cette scène de rue. Le contexte circule très rapidement et la foule qui nous entoure reste insensible à son manège, mais attend la suite. L’acte suivant demande alors l’intervention d’un anglophone : « donnes-lui ces 10, ça ne te coûte rien ». Ce qui est vrai, mais pour moi la question n’est pas là : comment arrêter alors cet effet multiplicatif ? Lui donner le double ou le triple, ne me coûte rien. Il arrive dans les sites très touristiques d’autres contrées que les services ne soient alors plus accessibles aux autochtones, les professionnels ne s’occupant que des touristes qui leur jettent leur richesse. Par exemple, la veille, je me balade dans Dhanmondi, un quartier où les expatriés européens logent assez souvent. Je prends un rickshaw pour une distance plus courte que celle citée précédemment A l’arrivée, je donne 50, et les pleurs arrivent : « je veux 100 ». On en arrive à 3 à 4 fois le prix demandé par un rickshaw « ingénu ».
A
Sonargaon, les touristes viennent et donc on en arrive à des dizaines de takas « en plus » pour un café, et des centaines pour un trajet ! Est-ce une bonne idée que le touriste étranger paye beaucoup plus, car pour lui ça reste des centimes ? Dans ce cas, le plus gonflé s’en sortira toujours mieux que l’honnête, devant l’étranger considéré davantage comme un porte-monnaie que comme une source d’échanges. Le
Bangladesh est un cas d’école, car les touristes sont très peu nombreux et donc les cas de surfacturations sont extrêmement rares, mais comment faire ?
Sites touristiques
Car, dans ce pays, les sites touristiques sont toujours sans touriste étranger :
Dans le superbe temple hindou de Katanaga, non seulement l’entrée était gratuite et le site pour moi tout seul, mais en plus on m’a invité au repas pris en commun.
A
Sonargaon, un des sites est bien caché et interdit aux étrangers, mais j’en ai déduit que les français ne sont pas des étrangers, ou bien ?
J’arrive au temple de Mahasthan trop tard : le site est fermé. Une petite foule est là et donc s’intéresse à mon cas. Soudain un déclare : « Passe par-dessus la grille ». Je regarde autour de moi et personne ne semble trouver l’idée mal appropriée. Du coup, j’ai le droit à un superbe couché de soleil au sommet du site. En échange, les autochtones ont de quoi alimenter les discussions de ce soir !
A Puthia, je rencontre un universitaire spécialiste des temples hindous, il me décrit longuement le site et ne se lasse pas de montrer les actes des soldats pakistanais : il est désolé que ces barbares aient détruit les sculptures hindous du temple pendant la guerre d’indépendance du
Bangladesh en 1971. Ah oui, il est musulman !
Au musée de Comilla, il est bien précisé à l’entrée que les photos sont interdites et le responsable me le rappelle lorsqu’il me tend le billet... Mais quelques minutes après, je le vois frétiller, il ne tient plus, son naturel reprend le dessus et il tient absolument à me prendre en photo tenant un des plus précieux objets du musée !
5/ Le train-train
Alors que j’expose mon projet de poursuivre au nord-est après avoir visité le nord-ouest, mon GO du moment me reprend : « Non, tu ferais mieux d’aller à Khulna, au sud-est, car tu as des trains de nuit direct, ça sera plus simple et plus agréable qu’en bus »
OK
D’après ce que j’ai compris, les billets de trains, soit tu les achètes à l’avance, soit au dernier moment car des places et des couchettes sont toujours réservées pour d’éventuels apparatchiks ou autres fonctionnaires. Pour éviter le stress, j’opte pour la deuxième solution. En vacances, l’organisation est source de contraintes.
J’arrive à la gare et le guichetier me dit que le train de nuit est complet mais qu’il y aura peut-être de la place dans celui de demain, il m’invite à le revoir dans 1h. Je suis perplexe ! Je déambule dans la gare et des Bangladais m’interpellent : ils connaissent mon problème, ils ont leur billet, vont en acheter un ou ils l’ignorent et se renseignent : « What is your name ? », « Where you come from ? », « Selfie ? », la routine reprend ses droits. En fait de déambuler, je bataille avec d’autres pour être juste dans l’axe d’un ventilateur.
Aparté : dans une autre gare, j’avoue que j’ai péché : je m’installe sur un banc réservé à la police. Bien sûr, à moi on ne me reproche rien, au contraire. Et pourtant tous les bangladais qui voudront profiter eux aussi de ses bancs se feront jeter. Comme quoi, on s’accommode très rapidement de l’injustice surtout quand elle vous montre la hauteur de votre piédestal. Dans cette même gare, avant de m’offrir ce plaisir, je m’étais installé dans la salle d’attente. Soudainement les représentants de l’autorité, ou autoproclamés, se sont mis à faire du zèle, les sans-billets dehors !
Reprenons, je refais la queue et tandis que j’approche du guichet, des policiers et un homme commencent à s’agiter, notamment à réguler la queue et à interpeller le guichetier : visiblement les occupants de la gare qui n’étaient pas au courant de mon cas, l’étaient parfois et les autres maintenant le sont ! Effectivement, dans le train du lendemain, il n’y a plus de couchette disponible pour Khulna, mais il en reste pour l’arrêt précédent : Jassore. A priori, quelqu’un à besoin d’une couchette dans ce train entre 5h et 7h demain matin ?! L’ensemble de la gare est soulagé : une solution a été trouvée. Les sourires et les regards amicaux accompagnent mon chemin je montre maintes fois mon billet : preuve de la réussite collective.
Le lendemain, je retourne à la gare et retrouve des têtes connues. Très régulièrement, on m’offre des friandises, on m’indique le temps d’attente avant l’arrivée du train et finalement, on m’aide à trouver mon wagon (le bon) et ma place (presque !). L’arrêt suivant, gros problème, mon billet ne colle pas : comment faire comprendre à l’occidental qu’il s’est trompé ? Je change donc de compartiment et me retrouve avec un couple et leur bébé qui dort : ne pas faire de bruit.
Peu après, un groupe arrivent, fait un boucan de tous les diables dans le wagon et décident de transformer la fonction de mon compartiment, cette partie du wagon-lit devient wagon-restaurant. De plus, de vieilles connaissances viennent s’assurer une nouvelle fois que je vais bien. Bilan, bébé pleure.
Peu à peu, le compartiment se vide et ne reste qu’un peu plus que la contenance légale. Le calme revient et tout le monde s’endort... jusqu’à ce que le contrôleur mettent la sono en marche : une musique douce qui n’énerve que moi. La capacité qu’ont les habitants du sous-continent indiens à dormir quelque soient les conditions m’étonnera toujours. Je pars à la recherche du responsable du wagon, et découvre alors que beaucoup de voyageurs passeront la nuit debout dans le couloir. Un interrupteur permet de replonger le compartiment dans le silence. L’interrupteur extérieur est une spécialité du pays : il permet d’éviter les gaspillages d’électricité, notamment dans les chambres inoccupées des hôtels.
Peu avant 5h du matin, le contrôleur et les voisins s’activent : on est à Jessore dans 5mn et ils sont surpris que je m’arrête là ! L’organisation n’est pas si parfaite finalement. Dans la gare, tout le monde dort encore, je slalome entre les corps. Un coup de trishaw électrique et me voilà à BanchtaShekha, une ONG qui s’occupe de l’émancipation des femmes et du sommeil des touristes. A 5h du matin, y a-t-il âme qui vive ? Un raclement de gorge et un bruit de crachat : signe de vie typique de la région. « Good mo’nin’ » Comment sait-elle que je suis un étranger dans cette pénombre ?!
On me montre ma chambre, qui me convient, mais est-ce que l’air conditionné fonctionne ? Un coup d’interrupteur et on entend son grondement de gros félin asthmatique ! « no problem ! » « Ah bon ? » Ah oui, c’est vrai que le sommeil ici est de plomb. Bon allez, une douche est au lit. Un ergonome ferait fortune dans ce pays, il n’est pas rare que la douche soit entre l’étendoir à serviette et la porte de la salle de bain : comment se sécher les pieds, je sèche !
Au petit-déjeuner, je discute enfin avec un occidental : Gabriel est un milanais en projet universitaire dans cette ONG. C’est la première fois qu’il est en extrême orient. Que va-t-il faire ? Il ne sait pas trop, comme beaucoup d’occidentaux pleins de bonne volonté mais sans qualification qui arrivent pour aider les autres sans avoir rien préparer. Ca me rappelle tout un groupe de djeuns qui venait offrir toutes leurs compétences dans une école à
Madagascar et qui découvre en arrivant que c’était la période de vacances scolaires !