Finalement le mieux est de publier le commentaire sur Bien Hoa que j'ai publié sur le site du guide du routard 
Vous êtes vous jamais demandé pourquoi on oublie souvent de parler de Biên Hòa quand on évoque le
Viet Nam ? Avec ses 470 000 habitants (officiels), sauf erreur de ma part c’est la quatrième ville du pays après Sài Gòn, Hà Noi et Hai Phong, juste devant Hué et ses 400 000 habitants. On me dira peut-être qu'il n'y a rien à voir à Biên Hòa, que c'est une grosse ville industrielle et qu'on y trouve une église sans grand intérêt tous les 100 mètres. A y regarder de plus près, on confond souvent Ho Nai, peuplé comme tout l'Ouest de la ville de nombreux « Bac ky nam moue bon"» (gens du Nord 54) qui n'est qu'un quartier de Biên Hòa, avec la ville elle-même. D'ores et déjà la fréquentation des Bac Ky 54 est une expérience humaine exceptionnelle dont vous ne sortirez pas indemne. Chacun d'eux est porteur d'une histoire douloureuse. La fuite du Nord en 54, le regroupement par paroisse de ces catholiques persécutés depuis des siècles, les frères et les pères emprisonnés dans les camps de rééducation en 1975, les enfants privés d'école et d'université, l'humiliation de se voir chasser de leur propre maison en 1978 par d'autres Bac Ky, les « Bac Ky baï moue lam » - gens du Nord 75 ; les tentatives de fuite en mer, les pères, les frères, les maris, les parents, les enfants disparus...
Je suis resté un mois à Biên Hòa !
Pourquoi Biên Hòa ? D’abord parce que je m’y étais fait des amis via internet, et ensuite parce que j’avais commencé à apprendre le Vietnamien en
France, et que je voulais le pratiquer sur place. Il se trouve que mes amis m’ont déniché un hôtel dans le quartier Quyêt Thâng (je dis bien un hôtel, pas un mini hôtel) où personne ne parlait ni français ni anglais, et pour un prix stupéfiant : 160 000 dông par jour (1 euro valant sur place 26000 dông), avec tout le confort moderne et le petit déjeuner compris.
Et j’ai découvert la ville ! D’abord ses habitants. Ici pas de racolage systématique des commerçants comme à Sài Gòn, les gens vous regardent simplement ; un petit sourire, un petit signe de tête, et ils vous sourient à leur tout. Des gens adorables, d’une discrétion et d’une gentillesse exemplaires. Pour prendre un exemple, un jour où j’étais rentré dans une pharmacie pour y acheter de l’aspirine, la pharmacienne m’a fait asseoir, m’a posé des tas de questions sur ma famille, et pour finir, après m’avoir offert le thé et un rafraîchissement, m’a vendu UN comprimé de paracétamol et UN comprimé d’Epheralgan. Bien sûr les ados sont plus agaçants, mais ça reste bien en de ça des limites de la correction, et ils engagent volontiers le dialogue, soit en anglais, soit en vietnamien, acceptant le recours à l’écriture quand j’avais du mal à me faire comprendre en Vietnamien.
Et puis la ville elle-même ; je veux dire les quartiers centraux que constituent Quyêt Thâng, Thanh Binh, Trung Dung et Hoa Binh. Les lacs et les parcs, plus nombreux qu’à Sài Gòn, et la rivière, la Sông Dong Nai. Une rivière aussi large que l’un de nos fleuves, qui prend naissance du côté de Da Lat et qui au lieu de filer droit sur la mer musarde jusqu’à la rivière Sài Gòn dans laquelle elle se jette. Les trois kilomètres de promenade le long de la duong Nguyen van Tri, qui longe la rivière, est une des plus belles promenades que j’ai jamais vue ; avec la Sông Dong Nai limoneuse d’un côté qui charrie ce que je ne sais trop être des plantes aquatiques ou de la végétation arrachée en amont (comme le courant y est faible et capricieux certains bouquets voguent d’un côté, d’autres de l’autre et l’on ne sait plus très bien où est l’amont et où est l’aval) ; des kiosques, des massifs de fleur sur trois kilomètres entretenus au jour le jour, des arbres énormes avec des autels de l’autre ; des amoureux sur les bancs (c’est nouveau au
Vietnam !). Tous les matins (ah oui, à 5 H on se réveille au son des haut-parleurs !) j’allais tourner avec les Vietnamiens autour du petit lac qui se trouve à une cinquantaine de mètres de l’hôtel, quelquefois je faisais le tour d’un lac beaucoup plus grand dans Trung Dung, et une à deux fois par jour je me payais ma petite (façon de parler) promenade le long de Nguyen van Tri. En face, de l’autre côté du boulevard, vous avez le vieux marché, une ruine qui doit disparaître dans quelques mois, et l’hygiène y gagnera ce que le pittoresque y perdra. J’ai mis trois semaines avant de me décider à pénétrer ce boyau obscur où deux personnes ne peuvent se croiser de face, et j’avoue ne pas l’avoir traversé de part en part tellement le sentiment d’oppression était prégnant !
A nuit tombée, les habitants de Biên Hòa et de Sài Gòn se retrouvent à « river side ». À l’extrême pointe de Quyêt Thâng vous passez un petit pont qui enjambe un arroyo et qui donne accès à une île sur le fleuve et au village de Hiêp Hòa. Là, dans des kiosques au bord de la rivière, au milieu des bambous géants et des frangipaniers, confortablement installés dans des fauteuils en osier, on sirote des jus de fruits ou du café et du thé glacés !
J’ai eu deux surprises de taille quand j’ai voulu me procurer un plan de Biên Hòa et des cartes postales. Sur le plan, il n’y a que quatre ou cinq rues dont le nom est indiqué, et il n’est possible de trouver des cartes postales qu’à la poste centrale. Et encore : UNE carte postale ! Celle représentant "la pagode de Confucius". Pagode qu'un ami me proposa de visiter. Il vint donc me chercher en moto et nous nous rendimes à Buu Long, ou Buu Dúc, que je sus ensuite être l’ancien village Hòa ky (c’est-à-dire des Vietnamiens d’origine chinoise, qui fondèrent Biên Hòa, à qui on accorda la nationalité Vietnamienne en 1956, avant de la leur retirer en 1980 et de les pousser à la mer sur des rafiots pourris après leur avoir fait payer le visa de sortie à prix d’or - l’un d’eux m’a montré son visa sur lequel était indiqué : nationalité Hòa ky)...
L’ensemble, je veux parler de la pagode, est surprenant car il comprend une dizaine de bâtiments dont le plus important se trouve au fond. Et là, devant le bâtiment principal, j’ai vu Confucius (enfin, son effigie), dehors (enfin, sous un abri qu’on avait construit récemment). Et dans la pagode un énorme buste... d’
Ho Chi Minh ! L’ami prit le temps de me lire ce qui était gravé sur les stèles et qui étaient sensés représentés la vérité historique, à savoir que
Ho Chi Minh était l’héritier des rois de la dynastie légendaire des Hung, puis des Ngo, de Lê Loi etc.
En revenant, l’ami s’arrêta à plusieurs reprises, pour me montrer les carrières de pierre qui peu à peu étaient devenues des lacs en se remplissant d’eau, l’un d’eux est même dû aux Japonais qui construisirent l’aéroport qui servit ensuite aux Américains... Il me montra les ateliers des derniers Hòa ky, ceux qui n’ont pas péri en mer et sont revenus d’exil, qui travaillent la pierre, tailleurs et sculpteurs (c’est la raison de leur installation ici plusieurs siècles avant que la région ne fut occupée par les Viets)...
Je dois dire que ce temple de Confucius fut un choc pour moi, et c’est sans doute ce qui m’a poussé un après-midi à refaire le chemin à pied. Une heure et demie à l’aller, autant au retour, depuis le centre-ville jusqu'à Buu Long. Et c’est là que je les ai vu aux trois quarts enfouies sous les herbes, tout au long de la route de Buu Long, jusqu’au fameux temple, comme un gigantesque et macabre jeu de piste. Les tombes. Les centaines, voire même les milliers de stèles de Hòa ky...
A Biên Hòa, même les morts se font oublier !