Je ne suis pas un investisseur, mais voici ce qu'on écrit dans le Monde sur l'économie brésilienne:
Les gérants sont, par nature, infidèles. Jusqu'en 2005, ils plébiscitaient l'
Inde. Désormais, ils n'ont d'yeux que pour la
Russie et le
Brésil. "Ce sont nos deux pays préférés dans la sphère émergente", confirme Patrice Lemonnier, responsable de la gestion actions des pays émergents chez Crédit agricole Asset Management.
Si la
Russie, premier exportateur mondial de pétrole, profite pleinement de la manne du pétrole, l'essor du
Brésil est plus inattendu. Après des décennies de déboires, le plus grand pays d'Amérique latine bénéficie enfin d'un environnement politique et économique stable. Le président Lula, en poursuivant la politique orthodoxe de son prédécesseur, a rassuré les investisseurs. Réélu dimanche 29 octobre, l'ancien métallo a d'ailleurs tenu deux jours plus tard à démentir les rumeurs d'un possible relâchement budgétaire. Dans l'euphorie de la réélection, son ministre des finances avait en effet laissé entendre qu'un changement de cap était envisagé, ce qui, lundi, avait fait baisser de 1 % la Bourse de
Sao Paulo.
Grâce à l'envolée des prix des matières premières, la balance commerciale est excédentaire depuis trois ans. Surtout, le problème de l'inflation, ramenée à 4 %, semble enfin résolu. Du coup, le gouvernement brésilien va pouvoir baisser les taux d'intérêt, qui restent élevés (14 %). Cette détente devrait stimuler l'investissement et encourager la consommation.
Certes, avec une croissance de 3 %, le
Brésil est encore loin d'afficher des performances comparables à celles de l'
Inde ou de la
Chine, mais le pays semble engagé dans un cercle vertueux. Selon Crédit agricole AM, sa croissance pourrait atteindre 4, 5 % dans les prochaines années.
Si les entreprises brésiliennes les plus connues à l'étranger restent le gérant pétrolier Petrobras et les exportateurs CVRD (minerai de fer) et Embraer (avions), les valeurs préférées des gérants sont plutôt celles qui profitent de la vigueur de la consommation, comme les distributeurs ou les banques.
L'amélioration des fondamentaux de l'économie brésilienne ne semble pas complètement prise en compte par la Bourse de
Sao Paulo. En moyenne, les actions des entreprises brésiliennes capitalisent moins de huit fois leurs bénéfices attendus pour 2007, contre onze en moyenne dans les pays émergents et quatorze pour les pays développés. "Le
Brésil est le moins cher de tous les pays émergents", confirme Stéphane Barthélémy, gérant de State Street Emerging Markets.
Autre favori des marchés, la
Russie est le pays qui profite le plus de la hausse des prix du pétrole et du gaz. La production d'hydrocarbures représente plus du quart de son produit intérieur brut (PIB). Ses fondamentaux sont impressionnants : une croissance de 7 % par an, un excédent budgétaire correspondant à 6 % du PIB, un excédent de la balance des paiements proche de 10 %.
Depuis cet été, le pays n'a plus de dette extérieure. L'argent du pétrole et du gaz favorise le développement rapide d'une classe moyenne avide de consommer. C'est pourquoi les entreprises étrangères se précipitent en
Russie. Quitte, parfois, à payer le prix fort, comme la Société générale, qui va débourser 2 milliards de dollars d'ici fin 2008 pour prendre le contrôle de Rosbank, la septième banque russe. La banque française détient déjà 20 % du capital et a une option pour passer à 50 %.
Même si certains gérants se méfient de son opacité, le marché chinois conserve, de son côté, beaucoup d'attraits. La
Chine serait l'un des rares pays émergents à bénéficier d'une chute du prix des matières premières, puisqu'elle en importe massivement. En revanche, l'économie chinoise serait directement affectée par une récession aux
Etats-Unis. Son marché intérieur n'est pas encore assez robuste pour compenser une baisse des commandes de son principal client. Un ralentissement brutal risquerait de mettre à mal le système bancaire chinois. La fragilité de certaines banques, dont les bilans regorgent de créances douteuses, est le talon d'Achille de l'économie chinoise.
Mais peu de gérants envisagent un scénario aussi noir. Ils espèrent qu'un ralentissement modéré aux
Etats-Unis permettra d'éviter une surchauffe de l'économie chinoise, dont le PIB a encore progressé de 10, 4 % au troisième trimestre. Mais il avait augmenté de 11, 3 % au deuxième trimestre. "L'industrialisation de la
Chine est un cycle économique comparable à la reconstruction en Europe et au
Japon après la seconde guerre mondiale. Il est difficile de rester à l'écart d'un tel marché", résume un gérant.
Souvent comparée à la
Chine, l'
Inde se trouve dans une situation très différente. La plupart des gérants s'accordent à dire que les valorisations y sont excessives. "L'envolée depuis quatre ans du Sensex, l'indice de la Bourse de
Bombay, me fait penser à celle des valeurs Internet en 2000, juste avant leur effondrement", glisse Arnaud de Langautier, directeur général de CCR Chevrillon-Philippe. Les entreprises indiennes capitalisent près de vingt fois leurs résultats attendus pour 2007. Un niveau qui s'explique par un énorme afflux de capitaux étrangers, notamment en provenance du
Japon. "C'est le plus cher de tous les pays émergents. Les sociétés informatiques y sont hors de prix", explique Stéphane Barthélémy. Pénalisée par la faiblesse de ses infrastructures et la lourdeur de son déficit extérieur, l'
Inde pourra difficilement maintenir son taux de croissance actuel, proche de 8 %.