La Chine sept ans plus tôt Yangguizi · 14 janvier 2007 à 15:58 · Une photo 89 messages · 14 participants · 18 052 affichages | | | | À: Yangguizi · 12 février 2007 à 15:18 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 61 de 89 · Page 4 de 5 · 2 226 affichages · Partager 37. Mon jardin secret
S'il est un autre lieu que je tenais particulièrement à revoir à Shanghai, c'était incontestablement le parc Luxun situé dans le nord-est de la ville, au coeur du district de Hongkou. J'y étais allé à deux reprises l'été d'avant et l'avais élu à l'unanimité jardin le plus agréable de Shanghai, bien qu'il ne soit ni le plus réputé ni le plus connu de la ville.
Il n'avait pourtant pas grand chose d'unique et ressemblait à vrai dire à la plupart des jardins urbains des grandes villes chinoises. Le parc Luxun était quand même relativement ancien puisqu'il existait avant guerre sous le nom de Parc Hongkou. Aujourd'hui cerné de tours d'habitations et d'un grand stade, il n'en est pas moins une oasis de calme et de tranquilité au milieu d'un district qui, il est vrai, n'est pas parmi les plus grouillants de la ville. Non loin de là subsistaient des quartiers anciens pleins de charme, et de petits bijoux architecturaux réservant d'authentiques surprises.
Mais revenons au parc lui-même, étalé autour d'un petit lac sinueux, dont les parties les plus étroites sont traversées de ces petits ponts en arc de cercle qui font la joie des photographes en quête d'imagines typiques de la Chine ancienne. Le week end surtout mais pas seulement, des personnes âgées viennent jouer de la musique et chanter des chants démodés qui ne plaisent qu'à leur génération... et à moi-même puisqu'il s'agit de chants révolutionnaires et patriotiques. J'ai passé des heures à les écouter, à discuter avec eux, et même à chantonner quelques mesures à leur plus grande joie. Que j'y avait passé de bons moments en cet été 1999! Ce mois de janvier 2000 se passa d'ailleurs tout aussi bien! Rien n'avait changé, ici au moins. En fait, non seulement j'étais le seul étranger, mais j'étais aussi le seul jeune dans les parages, ce qui m'a assuré un certain succès. C'était en fait encore mieux en 2000, puisque je n'ai pas eu à subir cette fois les assauts verbaux nationalistes de chinois furieux du récent bombardement de l'ambassade chinoise en Yougoslavie par l'aviation de l'OTAN au printemps 99. Mon passage au parc Luxun fut donc cette fois exclusivement placé sous le signe des vieux chants, et j'ai beaucoup admiré le talent caché de ces petits vieux dont la culture musicale était encyclopédique, et qui jouaient et chantaient pour certains avec grand art.
Je me suis plus tard longuement assis au bord du petit lac, laissant les gens venir à moi pour faire la conversation. Une dame d'une cinquantaine d'années vint à son tour faire un brin de causette, mais j'ai sérieusement cru que mon niveau de chinois laissait à désirer quand j'ai compris qu'elle me disait être espagnole et je ne sais plus quelles autres absurdités. J'avais en fait très bien compris, et ai réalisé au vu des sourires et gestes amusés des gens autour que la dame en question était folle. J'avais oublié un instant que je les attirais, et ai eu un peu de mal à m'en débarrasser, ce que je n'ai finalement réussi à faire que quand des badauds l'ont gentiment écartée pour discuter à leur tour avec moi.
Sept ans plus tard: j'ai trouvé des parcs similaires dans de nombreuses villes chinoises, et même ailleurs à Shanghai il y a des petits vieux qui poussent la chansonnette au milieu du moindre espace vert. Quant au quartier du Parc Luxun je n'y vais plus très souvent, mais c'est toujours un plaisir d'y retourner, car c'est sans doute un des endroits où vit le mieux l'âme shanghaienne, ce quartier un peu excentré étant pour l'instant relativement épargné par les démolitions et projets immobiliers délirants. | | | À: Yangguizi · 12 février 2007 à 15:40 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 62 de 89 · Page 4 de 5 · 2 221 affichages · Partager Toujours très chouette récit!
A ton avis à quoi est dû le fait qu'on est toujours un étranger en Chine (en Asie) quoi que l'on fasse, quoi que l'on dise?
Pour t'aider, je te dirais que ça fait plus de 25 ans que je suis en Belgique et je suis toujours considéré comme étranger et on me le rappelle presque tous les jours. Alors que je suis européen... | | | À: Migrador · 12 février 2007 à 15:57 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 63 de 89 · Page 4 de 5 · 2 219 affichages · Partager Je ne sais pas ce qu'il en est de ton expérience personnelle en Belgique, mais il existe quand même en Europe de l'ouest une conjonction de facteurs qu'on ne retrouve pas en Asie: une longue histoire d'immigration venue des quatre coins du monde, une marginalisation des sentiments xénophobes. Le phénomène est certes très très loin d'être éradiqué, mais quand même, il existe un important courant anti-raciste en Europe, un passé colonial impliquant des liens étroits entre métropole et pays situés au-delà des mers, dans un pays comme la France, une vocation universaliste qui se doit d'abolir les discriminations entre français et étrangers, une histoire démocratique relativement longue, la coexistence de la notion de droit du sol et de celle de droit du sang.
Tout ceci existe très peu en Asie, et pas du tout en Chine. Voilà un début d'explication, il y en a sans doute d'autres. | | | À: Yangguizi · 13 février 2007 à 10:52 · Modifié le 14 fév. 2007 à 5:04 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 64 de 89 · Page 4 de 5 · 2 205 affichages · Partager 38. Changement de programme
Inutile de maintenir le suspense plus longtemps, quelques jours après mon arrivée, je n'étais plus célibataire puisque J. s'était "rangée à mes arguments", et que, pour employer le vocabulaire imagé douteux des étudiants francophones, j'avais trouvé une "partenaire de langue". Mais la situation n'était pas si rose que ça, puisqu'il ne me restait qu'environ une semaine à passer à Shanghai, et J. n'aurait que très peu de temps à me consacrer en raison de ses examens qui étaient sur le point de commencer et allaient la condamner à une vie de réclusion pendant la majeure partie de ce qui restait de mon séjour. J'avais vraiment choisi le bon moment!
Je n'étais pas loin du désespoir lorsque J., qui était décidément plus futée que moi, me demanda tout naturellement si je pouvais modifier la date retour de mon billet d'avion. Quel con, comment n'y avais-je pas pensé plus tôt? J'ai arraché le billet d'avion de la pochette où il était méticuleusement rangé pour en lire toutes les conditions générales. Impossible évidemment de trouver la réponse, ne comprenant absolument rien aux codes qui figuraient dessus. Où pourrais-je trouver la réponse et procéder aux démarches éventuelles? Au bureau de KLM à Shanghai bien sûr! J'ai remué ciel et terre pour le trouver, mais personne n'a su m'en donner les coordonnées. J'étais à nouveau livré à moi-même.
Tout ce qu'il me resta à faire fut donc d'aller à l'aéroport de Hongqiao, d'où je devais repartir, et trouver quelque part un vague logo KLM qui me permettrait enfin de rencontrer une personne qui saura m'aiguiller. Je m'y suis rendu, et ai aperçu le fameux logo quelque part au détour d'un couloir obscur et confidentiel, dans une partie de l'aérogare que les passagers ne devaient pas souvent fréquenter. "Il n'y a pas de bureau KLM dans cet aéroport, me dit-on", ce que j'ai ressenti comme une terrible injustice. Comment faire alors? Quelqu'un a dû me dire à un moment donné que KLM et Northwest Airlines avaient des accords et que je pourrais peut-être trouver mon bonheur auprès du bureau de cette compagnie américaine. Eux étaient effectivement représentés à l'aéroport de Hongqiao. Mais ils ne pouvaient rien faire pour moi, il fallait pour cela retourner à l'agence principale en centre-ville, au Shanghai Center (ça ne s'invente pas).
Afin de me laisser pousser des ailes, c'est cette fois un taxi que j'ai pris, au lieu du bus poussif de l'aller, après avoir identifié sur mon plan le nom chinois et l'adresse du fameux Shanghai Center (inutile de donner le nom anglais d'un immeuble à un taxi, ça ne marche jamais). Je me suis retrouvé dans le complexe immobilier de l'hôtel de luxe Portman Ritz Carlton, qui était déjà à l'époque un des fleurons du parc hôtelier de la ville. J'ai rapidement trouvé le bureau de Northwest Airlines, dans lequel figurait, ô miracle, un logo KLM. Le suspense était à son comble, l'employée à qui j'allais adresser la parole ayant le droit de vie et de mort sur ma vie amoureuse.
"il y a un problème pour décaler la date de votre retour" me dit-elle. Ca y est, c'est foutu me disais-je en mon for intérieur. "Il faut payer un supplément de [était-ce 100 dollars?]... vous acceptez?
Bien sûr que j'accepte! Tant pis pour le billet bon marché que j'avais trouvé, et qui allait se transformer en billet d'un prix moyen. Je partirais donc une semaine plus tard que prévu, soit juste le jour où mon visa expirait. Certes, j'aurais pu partir encore plus tard en faisant renouveler mon visa, mais j'avais quand même quelques obligations en France, et J. devait de toute façon rentrer dans sa province quelques jours après mon départ pour le Nouvel An chinois. Avec cette semaine supplémentaire, je faisais donc d'une pierre deux coups, puisque non seulement j'obtenais du temps à passer avec J. mais en plus je pouvais faire un petit voyage supplémentaire, le temps qu'elle passe ses examens. Etait-ce cela le bonheur?
Sept ans plus tard: et oui, on est toujours ensemble. Il y a d'ailleurs de nombreux membres du forum qui ont déjà rencontré J. | | | À: Yangguizi · 14 février 2007 à 14:25 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 65 de 89 · Page 4 de 5 · 2 179 affichages · Partager 39. Train train quotidien
Puisque j'avais environ trois jours à tuer le temps que J. en finisse avec ses examens, je pouvais donc en profiter pour passer ce laps de temps hors de Shanghai, de préférence dans une ville proche. L'été d'avant j'avais déjà visité les grands classiques du coin, à savoir Suzhou, Hangzhou, Nankin et Putuoshan, et cette fois c'est sur une destination un peu moins classique que j'allais jeter mon dévolu, la ville de Shaoxing, à mi-chemin entre Hangzhou et Ningbo. Seulement trois heures de train, c'est ce qu'on pouvait appeler une courte distance.
Je commençais à les accumuler les heures de train, mais je ne m'en lassais pas, ces monstres d'acier faisant désormais presque partie de mon quotidien. Assis en siège dur, j'allais cette fois partager mon temps avec trois hommes d'âge mûr qui ne se connaissaient pas, et qui étaient apparemment des hommes d'affaires de petite envergure. Ils n'avaient en tout cas pas l'allure de citadins de grande ville. L'un de ces hommes était assez chétif, et les deux autres avaient l'air assez enclin à se moquer de lui sous divers prétextes, même si de ce que j'en ai compris, ça n'allait jamais vraiment être méchant. Le plus volumineux d'entre eux, et aussi celui ayant le plus d'autorité me rappelait par certains de ses traits un de mes professeurs, qui pourtant n'avait absolument aucun ascendant asiatique, et n'en avait même pas le physique. Mais je ne pouvais pas m'empêcher de leur trouver une ressemblance, c'était assez amusant.
Un peu plus tard, un mendiant fit son apparition dans le wagon. Certains lui donnaient une ou deux pièces, la plupart rien du tout. Auprès de ceux-là, il insistait peu, car il m'avait déjà repéré de loin, et au fur et à mesure qu'il se rapprochait de moi, je sentais une situation gênante se profiler. Je ne m'étais pas trompé: je n'avais absolument aucune monnaie à lui donner, pas la moindre piécette, n'ayant sur moi que des grosses coupures de 100 yuans (le plus gros billet chinois). C'est rare mais c'est ainsi, j'étais totalement à court de monnaie, et bien sûr il ne me croyait pas. Les autres autour de moi ne me croyaient pas non plus d'ailleurs "vas-y, donne lui juste un yuan" me disait le sosie de mon professeur. Rien à faire, personne ne voulait me croire, bien que je montre mon portefeuille et mes billets de 100 yuans désespérément seuls (ça c'était une connerie bien sûr). La situation empira quand le mendiant s'agenouilla devant moi avant de se prosterner en inclinant sa tête d'avant en arrière pendant une minute ou deux. J'étais au comble de la honte, lorsque l'homme d'affaires lui donna une pièce de ma part, ce qui le fit repartir. J'ai eu beau bredouiller que je ne pouvais rien faire pour lui, j'ai bien senti une désapprobation unanime se former autour de moi, mais elle finit par s'estomper et la conversation reprit rapidement son tour normal.
Comme de nombreux chinois, ces messieurs étaient obsédés par l'argent et les niveaux de rémunération en France. Ils insistèrent donc pour me demander à combien se montaient mes revenus et ceux de mes parents. Ils étaient pires que des inspecteurs des impôts! Mais comme j'étais étudiant et donc sans ressources fixes, ma situation ne les intéressa guère et on put rapidement passer à autre chose: le vin et les parfums français. Sujet de conversation absolument impossible à éviter quand on est français en Chine...
Un peu plus tard, c'est un vendeur ambulant et son chariot qui pénétra dans le wagon, vendant nouilles instantanées et bouteilles d'eau aux amateurs. Il avait aussi tout un tas de gadgets stupides pour les amateurs qui s'ennuyaient vraiment à bord. Quelques rangs devant moi, un vieillard en famille acheta une boule rebondissante et fluorescente et eut l'air de bien s'amuser avec. Je n'en revenais pas: le petit vieux retombait en enfance devant tout le monde, il était fasciné par se petite balle rebondissante qu'il s'amusant à faire rebondir dans le couloir du wagon. Pauvre Chine...
Sept ans plus tard: la mendicité s'est considérablement développée en Chine, et sa forme organisée et para-mafieuse est bien établie à Shanghai depuis 2003-2004, avec toutefois des hauts et des bas selon la pression policière qui "se relâche" parfois. | | | À: Yangguizi · 15 février 2007 à 15:25 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 66 de 89 · Page 4 de 5 · 2 161 affichages · Partager 40. Le plaisir d'être mal logé
Je ne sais plus pourquoi je me suis retrouvé dans cet hôtel. Etait-ce un mauvais conseil du lonely planet ou de quelqu'un à qui j'avais demandé son avis en arrivant en gare de Shaoxing? Je ne m'en souviens plus. Toujours est-il que cet établissement ne brillait ni par sa propreté ni par la qualité de son service, ni encore par la gentillesse de son personnel. Et pourtant j'y suis resté il me semble trois nuits. Pourquoi n'en ai-je pas changé en cours de route? Aucune idée, peut-être tout simplement la paresse ou le conservatisme, ou encore la certitude que ce ne serait guère plus brillant ailleurs. Disons juste que j'en ai eu pour mon argent, m'étant imposé quelques restrictions budgétaires suite à la décision d'allonger la durée de mon séjour.
Il faisait plutôt froid cet hiver dans la région de Shanghai et donc de Shaoxing, un froid piquant et humide, pour lequel je n'étais absolument pas équipé. Autre erreur de ma part, je n'ai pas cherché à investir dans un bon manteau qui m'aurait sans doute simplifié la vie. L'hôtel dans lequel je logeais n'avait aucun dispositif de chauffage, et les maigres couvertures n'étaient guères suffisantes pour me permettre un minimum de confort pendant ces nuits glaciales. Mais le plus dur était sans doute d'effectuer le trajet du lit à la douche, qui bien qu'étant située dans la même chambre - je tiens toujours à avoir une salle d'eau individuelle quand je choisis un hôtel - n'en représentait pas moins un véritable parcours du combattant, en raison du froid glacial qui animait la fameuse traversée. Et puis il fallait aussi slalomer entre les traces de crasse sur le sol, qui ne donnaient guère envie de faire un faux pas.
Une femme de chambre est un jour entrée tandis que j'étais sous la douche. Mes vêtements étant posés sur des sacs plastiques eux-même disposés sur un meuble - c'était la meilleure mesure hygiénique que j'avais trouvée - je n'avais aucun moyen de sortir de ma cachette précaire pour lui dire de déguerpir, mes suppliques de la faire dégager restant vaines, ou du moins ponctuées par de simples "hein?" La bonne femme s'était donc mise en tête de passer un coup de serpillière dans la chambre, ce qui n'était pas du luxe, mais le moment était vraiment mal choisi. Enfin bon, je pouvais au moins continuer à faire couler de l'eau chaude sur mon corps pour éviter de mourir de froid tant que je restais nu. La dame a fini par partir, et j'ai donc pu sortir et me rhabiller.
Je crois que c'est d'ailleurs la même qui est entrée dans ma chambre un beau matin vers 8 heures, sans d'ailleurs avoir eu la présence d'esprit de frapper à la porte, et tandis que j'étais encore au lit. Ca aurait plus mal tomber, elle aurait pu entrer pendant que je me changeais. Enfin bref, j'ai quand même eu le toupet de lui dire qu'elle me dérangeait et l'ai invitée à partir, ce qu'elle n'a fait qu'après m'avoir bordé. Cela m'a tellement surpris que je crois être resté muet sur ce coup.
Mais le principal problème de cet hôtel, c'était la clientèle mal élevée et bruyante. Enfin disons que cette clientèle était tout à fait normale pour un hôtel de ce genre. Les clients réglaient le volume sonore de la télévision au maximum et en laissant ouverte la porte de leur chambre, afin que tout le monde en profite, et ce à tout heure du jour et de la nuit. Il y avait aussi les parties endiablées de mah-jong qui finissaient à pas d'heure. Un homme d'un peu moins de quarante ans a un jour frappé à la porte pour m'inviter à l'accompagner au karaoke. Je me suis méfié de ses manières efféminées et ai donc poliment refusé son invitation. Il a ensuite refait irruption plusieurs fois, avec toutes sortes de propositions - décentes tout de même - à la clé (mah-jong, télévision, etc.) Il a fini par comprendre que seul le sommeil solitaire m'intéressait et n'a plus réinsisté.
Sept ans plus tard: le parc hôtelier chinois est en général plutôt bon pour un pays du niveau de développement de la Chine. Il y a certes toujours à redire sur la propreté, un robinet qui marche mal ou un truc qui ne va pas, il y en a toujours, mais rarement je n'avais eu une telle conjonction de désagréments, et ce quel que soit le budget choisi. | | | À: Yangguizi · 15 février 2007 à 16:11 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 67 de 89 · Page 4 de 5 · 2 153 affichages · Partager 41. Grandeur et décadence
Shaoxing est réputée pour deux choses à part son hiver glacial et ses hôtels pourris, cette petite ville du Zhejiang fut le foyer de deux familles qui allaient donner naissance à deux des plus illustres personnages chinois du XXème siècle: l'écrivain Lu Xun et le Premier Ministre Zhou Enlai, deux poids lourds quasi unanimement respectés dans la Chine moderne. Shoxing fut longtemps une ville de lettrés et de mandarins, avant de sombrer dans l'oubli et le déclin au cours du XXème siècle, et son lien avec ces deux hommes si illustres n'a donc rien d'une coïncidence.
La maison natale de Lu Xun se visite, même si cela n'est pas exactement passionnant. Il s'agit toutefois d'une belle demeure familiale, assez typique de la région, qui a probablement été restaurée de fond en comble. Le mobilier et les objets quotidiens qui sont aujourd'hui exposés sont-ils d'époque? Sans doute. Ont-ils réellement appartenu à la famille de Lu Xun? Bien malin qui pourrait le dire. Disons juste qu'il s'agit d'une visite sympathique mais qui ne casse pas des briques. Premier écrivain moderne chinois (ses oeuvres étaient écrites en langue du peuple, et non en langue littéraire comme il était alors d'usage), sa renommée fut ensuite récupérée par les révolutionnaires qui lui attribuèrent une conscience de la lutte des classes peut-être un peu tirée par les cheveux. Après sa mort, il fut souvent surnommé le Gorki chinois, à une époque où le régime communiste s'inspirait de son grand voisin soviétique. Sa moustache est reconnaissable entre mille, et Lu Xun est devenu une des icônes du pays. Le parc de Shanghai qui me plaisait tant lui doit d'ailleurs son nom, et il abrite même un petit musée à sa gloire. Comme je voulais faire semblant d'être cultivé, j'ai acheté un recueil de ses morceaux choisis, et ai essayé de le lire dans le texte. Sans dictionnaire, j'avais vraiment beaucoup de mal, et ai dû intriguer beaucoup de chinois qui m'observaient tandis que j'étais absorbé par le déchiffrage de l'histoire de A. Q. (le Candide chinois) ou autres nouvelles.
Juste à côté de là, la maison familiale de Zhou Enlai pouvait également se visiter. Zhou Enlai n'est en fait pas né à Shaoxing, mais c'était le berceau de la famille Zhou, et la ville se l'est donc attribué. La famille Zhou fut jusqu'au milieu du XIXème siècle une importante famille de mandarins avant de connaître des difficultés au fur et à mesure que la dynastie Qing déclinait. Ce n'est donc pas pour rien que le grand homme fut parfois surnommé le mandarin révolutionnaire. C'est d'ailleurs sans doute le seul communiste chinois d'importance dont le respect dépassait les frontières du monde communiste de l'époque. De fait, on peut sans doute dire que c'était un des grands hommes du XXème siècle, dont l'action et la rectitude morale inspirent une large admiration, malgré son soutien inébranlable à Mao et à ses causes perdues.
C'est dans la maison familiale de Zhou Enlai que j'ai rencontré une des plus belles et ravissantes jeunes filles qu'il m'ait été donné de rencontrer, et qui a manifesté à mon égard un intérêt extrêmement appuyé, dont je n'arrive toujours pas à croire que j'ai réussi à le repousser. Mais je venais alors de commencer mon histoire avec J. et n'étais guère d'humeur libertine. La fille était élève-guide et faisait son stage sur ce lieu touristique, sous la supervision d'une directrice acariâtre. Mais elle était très douée pour échapper à sa surveillance et s'isoler avec moi pour me draguer.
Devant une photo des premiers communistes chinois, elle me dit que Zhou Enlai était le plus beau de tous, avant de se tourner lentement vers moi, de me regarder dans les yeux, et, en me passant la main dans les cheveux, me dire que je ressemblais beaucoup à Zhou Enlai (ah bon?). L'émotion était à son comble, il fallait absolument que je réponde positivement à un tel compliment, et l'ai à mon tour regardée dans les yeux en lui faisant un grand sourire avant de... lui demander quelle ligne politique Zhou Enlai avait adoptée lors des premières années suivant la fondation du PCC. Apparemment ce n'était pas du tout la réaction qu'elle attendait de ma part et elle eut l'air déçue. C'est bizarre, une telle question aussi pertinente aurait dû la stimuler dans sa formation d'élève-guide. Pourquoi était-elle donc aussi déçue?
La directrice arriva et eut l'air de ne pas apprécier l'intérêt marqué que me portait sa stagiaire. Mais devant l'hôte étranger que j'étais, elle n'osa ni la réprimander ni nous séparer, elle se contenta juste de se joindre à notre discussion. Zhou Enlai avait étudié en France, enfin y avait passé du temps car il avait peu fréquenté les établissements universitaires, et la France a conservé le souvenir de ce séjour en entretenant la mémoire de Zhou Enlai (et de Deng Xiaoping) dans la ville de Montargis, devenue aujourd'hui une destination privilégiée des touristes chinois en Europe. La directrice me parla de cet épisode de la vie du Premier Ministre en me conseillant d'aller visiter les lieux du souvenir en France, mais sans toutefois être capable de m'en donner la localisation exacte (à l'époque je n'avais jamais entendu parler de Montargis et de ses fameux étudiants chinois des années 20).
La jolie stagiaire réussit à nouveau à s'isoler avec moi et à me glisser son numéro de téléphone pour que l'on se revoie. Je n'arrive toujours pas à croire que je ne l'ai jamais rappelée!
Sept ans plus tard: je ne peux pas m'empêcher de penser à autre chose qu'à l'Histoire et à la politique à chaque fois que j'entends parler de Zhou Enlai ou que je vois sa photo. C'est quand même gênant! | | | À: Yangguizi · 16 février 2007 à 15:19 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 68 de 89 · Page 4 de 5 · 2 135 affichages · Partager 42. Encore une Venise chinoise!
La ville italienne de Venise n'est bien évidemment pas la seule au monde à être bâtie sur des canaux. L'Europe et l'Asie regorgent de phénomènes urbains semblables, mais c'est toujours à Venise que se comparent les villes voulant attirer le touriste par le charme de leurs canaux. En Chine, c'est Suzhou qui est souvent surnommée la Venise de Chine, car c'est la plus connue, et Marco Polo, le vénitien le plus célèbre, en avait déjà parlé. Mais la région de Shanghai, extrêmement humide, marécageuse et poreuse à souhaits, regorge en faits de ces villes d'eau au charme surranné. Shaoxing est donc l'une d'entre elles. Et Shaoxing aussi est prétendante au titre de Venise de Chine.
Des canaux, il y en a certes à Suzhou, mais sans faire preuve de chauvinisme européen exacerbé, ce serait quand même insulter la cité des doges que de vouloir comparer ses canaux à ça. J'ignore à quoi ressemblait Shaoxing du temps de sa gloire, mais la ville moderne est faite de bâtiments gris et de rues comme toutes les autres villes chinoises ( Suzhou comprise). Et ce ne sont pas les quelques misérables cours d'eau qui paressent encore entre quelques vieux quartiers probablement voués à une destruction prochaine qui peuvent rattraper cela. Mais Shaoxing avait quand même son charme, son caractère prononcé de ville du Jiangnan, cette région historique désignant une partie des provinces du Jiangsu et du Zhejiang, dont Shanghai occupe presque le coeur géographique.
Dans les parcs et jardins de Shaoxing, j'ai erré des heures durant afin de tenter de percevoir cette gloire passée. Ce n'est en fait qu'à l'écart de la ville, auprès du Lac de l'Est, que j'ai ressenti le coup de foudre tant attendu. Infiniment moins étendu que le fameux Lac de l'Ouest de sa voisine Hangzhou, le Lac de l'Est de Shaoxing est très étroit, et est bordé d'une imposante falaise se reflétant dans l'eau verte du lac. On en fait très vite le tour, mais la balade est superbe.
Et puis Shaoxing c'est aussi ce chapeau de type un peu bavarois que sont censés porter les hommes, mais que seuls ceux travaillant dans le tourisme, comme les bateliers du lac par exemple, portent encore. En trois jours, ce sont bien les seuls que j'ai vu porter cette coiffe si typique.
Sept ans plus tard: j'ai vu quelques Venise en Chine et même dans d'autres pays, mais pas encore la Venise d'Italie (ou faudrait-il dire la Shaoxing italienne?) | | | À: Yangguizi · 16 février 2007 à 15:52 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 69 de 89 · Page 4 de 5 · 2 130 affichages · Partager 43. Frissons
Comme je l'ai déjà mentionné plus haut, il faisait froid en cet hiver 2000, et les températures glaciales ont en partie gâché mon séjour à Shaoxing. Il fut pourtant un moment où ce froid glacial fut le bienvenu car il contribua à immortaliser - oserais-je dire à geler - un des moments les plus forts de mon voyage, la visite du Mausolée du Roi Yu.
Situé lui aussi un peu à l'écart de la ville, le Mausolée du Roi Yu est une construction sans doute assez récente, en tout cas bien plus que l'âge supposé du fameux roi antique. J'étais seul ou à peu près pour visiter ce lieu, d'une importance historique moyenne, mais dont l'esthétique ainsi qu'une combinaison d'émotions me laissent encore un souvenir très ému. Ca fait partie de ces coups de foudre irrationnels que l'on éprouve parfois lors d'un voyage initiatique.
Adossé à une colline et ceint d'une haute palissade rouge, le mausolée se compose d'un bâtiment principal, aux toits agilement recourbés sur les côtés, et de quelques bâtiments secondaires accueillant régulièrement quelques expositions. En commençant la visite de ce complexe, j'entendais une musique sourde se rapprocher, dont je ne parvenais pas à identifier la provenance. Puis j'ai fini par comprendre qu'elle provenait de l'intérieur du bâtiment principal. La montée des marches vers celui-ci, seul dans un froid glacial, bercé par une fascinante musique de carillons et d'antiques instruments à cordes, m'a certainement procuré cette si précieuse sensation d'avoir atteint un des buts de mon voyage, d'avoir enfin découvert un aspect si improbable de cette Chine ancienne qui me fascinait sans jamais se dévoiler. L'espace de quelques minutes, je m'étais retrouvé propulsé quelques siècles en arrière, dans la Chine des Song ou des Ming, au coeur de cette glaciale Asie du Nord sujette à tant de légendes fascinantes et de fantasmes inassouvis. Un autre touriste à mes côtés, quelques degrés centigrades de plus, ou quelques mesures de travers, et toute cette alchimie ne se serait jamais produite, et le Mausolée du Roi Yu n'aurait été pour moi qu'une visite quelconque, une de plus sur ma liste déjà bien longue.
Arrivé en haut des marches, j'ai enfin vu le groupe de quatre musiciens, et ai pu identifier les instruments qui avaient pu produire une telle merveille. J'étais seul avec eux, encore une fois. Pourquoi et pour qui jouaient-ils? Pour les quelques improbables touristes de la journée qui paieraient chacun une poignée de yuans pour pénétrer dans l'enceinte? Ou tout simplement pour eux-mêmes, pour préserver une tradition et une atmosphère qui ne pourrait faire vibrer que quelques rares privilégiés? Je ne l'ai pas su car je ne leur ai pas demandé. Nous ne nous sommes en fait pas parlé du tout, et avons juste échangé quelques sourires, le temps que je regarde rapidement autour de moi ce qu'il y avait dans cette salle, et notamment la statue sans intérêt du fameux roi. La magie était déjà rompue. Le froid redevint froid, la solitude redevint pesante, et les carillons ne furent plus qu'un bruit de fond sans harmonie aucune.
Sept ans plus tard: il y a eu d'autres années plus ou moins froides dans la région de Shanghai depuis, et même quelques chutes de neige sur la mégapole et la campagne du Jiangnan, mais l'hiver 2006-2007 fut incontestablement le plus doux de tous, puisqu'il n'a en fait pas vraiment eu lieu. Signe des temps, je suis en ce moment en chemise et sans chauffage au moment où je tape ces lignes, et je n'ai pas froid. Le réchauffement climatique est plus que perceptible cette année, et j'ai bien peur que le merveilleux souvenir d'il y a sept ans soit condamné à ne jamais être reproduit. C'est dommage, je serais volontiers retourné à Shaoxing un weekend d'hiver. | | | À: Yangguizi · 16 février 2007 à 18:11 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 70 de 89 · Page 4 de 5 · 2 122 affichages · Partager Par rapport à ton numéro 40...
Et je vais te singer un peu 
"Il y a certes toujours à redire sur la propreté (des hôtels) , un robinet qui marche mal ou un truc qui ne va pas"
Peut-être est-ce une exception mais il y a 7 ans (et oui, moi aussi ça fait 7 ans) "on" m'a logé dans un Hyatt Regency (5 étoiles) que voici: dans la chambre que voici: Et bien que la chambre à proprement parler était... propre, la salle de bains elle était très sale, du sol à la baignoire qui avait des cheveux et la cuvette de WC qui gardait encore les traces des anciens "locataires" de la chambre... Croyant que la salle de bains n'avait pas été faite, je me dis que le lendemain ils la "feront". Le lendemain, la chambre est rangée, mais la salle de bains toujours aussi sale. Je suis pas du genre à aller me plaindre puisque je n'ai pas du tout l'habitude du luxe ce genre d'hôtel, je demande à ce qu'elle soit nettoyée pendant mon absence de la journée. En revenant le soir, plus de cheveux dans la baignoire, plus de "traces" dans la cuvette, mais par contre le sol était inchangé: maculé de traces suspectes.
Voyez la SDB: Etonnant! Et durant tout mon séjour, près de 15 jours, la situation de ma SDB ne s'est pas améliorée...
L'état des toilettes d'une manière générale en Chine était assez... "pas du tout nettoyée". Pourquoi un tel désintérêt au nettoyage des toilettes?
7 ans plus tard (hehehe ) Je précise ici, que l'"on" m'a mit dans cet hôtel sans que j'aie le choix et j'exècre ce genre d'hôtels. Je préfère de loin ceux décrits par Yang. D'ailleurs je n'y suis plus jamais retourné sauf une nuit 3 ans plus tard et c'était impeccable. Le rapport à la SDB des chinois aurait-il changé? Ou simplement, ils se sont fait à une autre notion de la toilette? Ou simplement, ils se sont adaptés à la demande sans changer leurs habitudes à eux? Je n'ai jamais osé demander... | | | À: Yangguizi · 17 février 2007 à 3:58 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 71 de 89 · Page 4 de 5 · 2 137 affichages · Partager 44. Cuisine de caractère
A part ses hôtels pourris, ses canaux et ses illustres représentants, Shaoxing est également réputée pour sa table et sa gastronomie si particulière. Je ne pourrais pas dire que je l'ai particulièrement appréciée, mais il faut bien reconnaître qu'elle a du caractère.
Impossible d'échapper dans la rue à l'odeur infecte du choudoufu (littéralement, pâté de soja qui pue - il s'agit bien du terme exact). Subtil compromis entre les senteurs de la merde et du vomis, la puanteur du choudoufu devrait normalement dégoûter tout être humain normalement constitué, mais elle cache en fait un plat particulièrement apprécié dans la région, que ce soit à Shaoxing ou dans le reste du nord-Zhejiang. Je n'ai pas pu me résoudre à mettre la chose dans ma bouche lors de ce court séjour, mais j'ai dû obtempérer à l'invitation d'amis chinois quelques années plus tard dans une autre ville de la région, et n'ai pu les satisfaire qu'en avalant la petite chose accompagnée d'une quantité impressionnante de bière pour masquer le goût et me donner du courage. Bref, c'est un petit peu moins dégueulasse au goût qu'à l'odeur, mais ce n'est pas quelque chose de très recommandable.
En revanche, le véritable plat de la région, une sorte de porc accompagné de légumes verts très cuits qui se glissent dans une petite galette, est tout à fait mangeable, et j'ai même eu plaisir à en manger plusieurs fois. Quelques jours plus tard, à Shanghai, j'ai même emmené J. en manger dans un restaurant de type Shaoxing de la ville. Tout y était, y compris le chapeau des serveurs, sauf le choudoufu, c'était donc parfait!
Et que dire du fameux alcool jaune de Shaoxing, qui soit dit en passant n'est pas vraiment différent des autres alcools jaunes de la région. Il fut longtemps un de mes alcools préférés. Autour de 25° d'alcool, un intéressant goût sucré, et une couleur jaune foncée originale, il était délicieux d'en avaler quelques gorgées pour accompagner certains plats bien choisis. Il m'est même souvent arrivé d'en commander ailleurs en Chine hors de tout contexte.
Mais paradoxalement, un de mes plus grands plaisir culinaires lors de ce passage à Shaoxing fut un repas n'ayant rien à voir avec la gastronomie locale, un simple hot pot comme on peut en déguster partout en Chine, mais qui lorsqu'on se gèle en hiver est une véritable bénédication tant pour le corps que pour le palais et l'estomac. Ce n'était pas particulièrement bon, mais la chaleur de la marmite dans laquelle on plonge soi-même ses ingrédients pour les faire cuire est un rare plaisir.
Lors de mon dernier repas à Shaoxing, j'ai toutefois craqué, et ai mangé dans un KFC. C'était la première fois que je mangeais dans un fast food occidental depuis le début du voyage, mais c'était un besoin irrépressible. Non pas que j'apprécie ce type de nourriture, au contraire, non pas que j'ai besoin de faire une pause après presqu'un mois de cuisine chinoise, mais surtout, ce KFC situé tout près de l'hôtel était le seul bâtiment de la ville que j'ai trouvé où il y avait du chauffage! En fait de fast food, ce "repas" fut sans doute un des plus longs que j'ai fait lors de ce voyage, tant je voulais profiter de la chaleur jusqu'au dernier moment!
Sept ans plus tard: je n'ai plus bu une seule goutte d'alcool jaune depuis l'hiver 2003. Cette année-là, j'ai passé le Nouvel An chinois dans la famille de J., non loin de Shaoxing d'ailleurs, et ai participé à la pire orgie alcoolique de ma vie. Ce n'était pas un ni deux verres de vin jaune que j'ai dû vider ce soir-là, mais environ 30, en cul sec, et sous les encouragements de tout le monde dans le restaurant. En tant qu'invité d'honneur, j'ai bu infiniment plus que les autres, et n'ai absolument pas su estimer mes capacités. Ma très longue nuit aux toilettes et mon épouvantable gueule de bois le lendemain comptent parmi les plus mauvais souvenirs de ma vie. Depuis, je n'ai pas été capable d'en reboire une goutte, alors qu'avant j'adorais ça. | | | À: Yangguizi · 17 février 2007 à 4:24 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 72 de 89 · Page 4 de 5 · 2 134 affichages · Partager 45. Une si petite ville
De retour à Shanghai, j'allais enfin avoir du temps à passer avec J. puisqu'elle avait enfin fini ses examens. J'étais content de passer du temps à Shanghai, mais nous nous sommes mis d'accord pour aller quand même passer une journée à Suzhou, ville que nous connaissions déjà, mais nous nous sommes dit que ce serait plus agréable d'y aller en couple.
Avant cela, j'ai quand même passé quelques moments seuls à Shanghai, et j'ai profité de l'un d'entre eux pour aller farfouiller du côté du bazar à touristes de Yuyuan. La très forte densité de magasins de souvenirs, hébergés dans une vieille ville chinoise reconstruite de toutes pièces quelques années plus tôt, est un signe qui ne trompe pas: il s'agit bien d'un piège à touristes. Mais qu'importe, ça me faisait plaisir d'y aller.
Tandis que j'étais absorbé dans mes pensées, un type se précipita vers moi en disant qu'il me connaissait et qu'on avait déjà discuté avant. Ne l'ayant pas reconnu, j'ai cru qu'il s'agissait d'une de ces dizaines de manières d'aborder les touristes pour leur proposer des arnaques bien rodées, mais le type sut me dire de quel pays je venais, ce que je faisais comme études, ainsi que des détail surprenants sur ma famille. Il ne pouvait donc que dire la vérité, on s'était bien déjà parlé auparavant. Et là je me suis souvenu: six mois plus tôt, il m'avait bien abordé sur le Bund pour faire la conversation, et on a dû passer une bonne demi-heure ensemble à discuter de tout et de rien. Ce n'était donc pas un arnaqueur, et je me suis excusé de ne pas l'avoir reconnu tout de suite. Mais quelle coïncidence quand même!
Il m'a invité à boire le thé dans la boutique d'un de ses amis, sans que je n'oublie de lui préciser que je n'avais envie de rien acheter. On a dû discuter encore une heure tous ensemble, et lorsque je leur ai fait part de mon projet d'aller à Suzhou, ils ont ri de moi en disant que j'allais y perdre mon temps et que je ferais mieux d'emmener ma copine dans une ville voisine comme Zhouzhuang ou Tongli. Je ne connaissais pas ces villes d'eau, et à vrai dire je m'en fichais un peu, mais il est vrai qu'il s'agit-là de grands classiques lorsque l'on visite la région de Shanghai. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en cinq ans de vie à Shanghai, je n'y ai jamais mis les pieds, alors que ça se fait très facilement dans la journée, voire moins.
Au moment de partir, le patron de la boutique m'a toutefois demandé si je ne voulais pas lui acheter des pyjamas en soie, mais j'ai décliné son offre. "bu hao yisi", me dit-il alors, utilisant une des expressions les plus répandues en Chine, mais que je ne connaissais pourtant pas encore. Ca veut tout simplement dire "désolé" ou quelque chose d'approchant, mais en voulant trop chercher à comprendre, j'ai compris de travers. Littéralement, ça veut dire "mauvaise signification", et je ne voyais vraiment pas du tout où il voulait en venir. Ils ont donc écarquillé les yeux lorsque j'ai répondu en insistant "hao yisi, hao yisi" (bonne signification), ce qui ne veut absolument rien dire du tout, cette expression n'existant tout simplement pas. Voilà donc comment nous nous sommes quittés dans un sentiment de gêne réciproque alors qu'il n'y avait pas lieu.
Sept ans plus tard: je ne connaissais toujours pas le nom de mon "ami" mystérieux, mais je l'ai encore croisé par hasard six mois plus tard. On a éclaté de rire en se voyant au loin, et nous sommes chaleureusement serré la main. A ce niveau là ce n'était plus une coïncidence mais le destin! Allais-je donc le rencontrer par hasard à chaque venue à Shanghai? Hélas je ne l'ai jamais vu lors de mon séjour permanent ici, et n'ayant ni son nom ni ses coordonnées, je n'ai aucun moyen de le rechercher. | | | À: Yangguizi · 19 février 2007 à 17:50 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 73 de 89 · Page 4 de 5 · 3 070 affichages · Partager 46. Regard différent
Suzhou c'est comme Shaoxing, c'est une Venise chinoise où il fait froid en hiver. Nous y sommes partis tôt le matin avec J., à bord d'un train bondé où nous avons cette fois dû rester debout. Mais Suzhou, ce n'est en fait que la grande banlieue de Shanghai, et le trajet ne prend qu'une heure. Il n'était donc pas si insupportable que ça de devoir rester debout.
J'étais déjà allé à Suzhou six mois plus tôt, et avais ma petite idée sur ce que je voulais revoir et ce que je voulais découvrir, n'ayant pas eu le temps de le voir la fois d'avant. J. s'en fichait un peu et m'a laissé la responsabilité d'organiser le programme de la journée.
J'était absolument frigorifié lors de la visite matinale du Jardin de la Politique des Simples, mais ici encore comme à Shaoxing, le froid hivernal avait un charme indéniable. Et la présence de J. à mes côtés me permettait d'admirer les lieux avec un regard différent. Rien à voir donc avec les impressions de l'été. Puis en fin de matinée, c'est par le Jardin de la Forêt du Lion que j'ai été charmé. Avec ses sentiers sinueux serpentant au milieu de pierres savamment taillées, cette fausse impression d'espace dans un endroit clos somme toute plutôt exigü, l'endroit inspirait incontestablement sérénité et admiration. C'est ce moment-là que choisit enfin la neige pour commencer à tomber. Ce ne furent que quelques timides flocons, mais ils étaient les premiers que j'allais connaître en Chine, et ils complétèrent admirablement ce paysage idyllique.
L'après-midi, j'ai tenté de retrouver les quartiers de la ville ancienne qui m'avaient le plus plu, mais sans succès. Non seulement certains avaient été complètement détruits pour être probablement rénovés avec un goût très douteux, mais encore j'ai été incapable de m'orienter efficacement dans ce qui restait. Qu'à cela ne tienne, j'ai pu découvrir de nouveaux endroits intéressants et faire une balade les plus agréables dans l'après-midi.
Sept ans plus tard: je ne suis jamais retourné à Suzhou depuis ce mois de janvier 2000. Aujourd'hui, Suzhou évoque plus pour moi son parc industriel que ses jardins ancestraux, et le nouveau pôle économique qu'elle représente, attirant toujours plus d'investisseurs étrangers que la hausse des prix à Shanghai fait de plus en plus hésiter. | | | À: Yangguizi · 19 février 2007 à 18:34 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 74 de 89 · Page 4 de 5 · 3 065 affichages · Partager 47. Une arnaque comique
C'est après la visite du Jardin de la Forêt du Lion et ses flocons de neige que ce fut l'heure attendue du déjeuner. Attendue non pas tant en raison d'un appétit mesuré, mais surtout en raison du chauffage, du thé chaud et des plats chauds qui m'attendaient. Pour moi, un seul critère suffisait à choisir un restaurant, qu'il soit chauffé! Mais cela n'était apparemment pas aussi facile à trouver que je l'espérais. A la question "avez vous le chauffage", c'est toujours un "non" gêné qui m'était opposé, tandis que je commençais à désespérer. Finalement, alors que nous étions sur le point de renoncer, un type finit par nous dire oui à l'entrée de son restaurant. Nous sommes donc entrés.
Mais où était donc le chauffage? A l'étage? Très bien, montons alors. La salle de l'étage était vide, mais tant pis pour l'ambiance, nous y avons pris une table et avons commencé à consulter le menu. Il y avait certes un appareil de chauffage, en fait une climatisation pouvant souffler de l'air chaud, mais celui-ci était éteint. Nous avons donc évidemment demandé à ce qu'il soit mis en route.
Le personnel du restaurant défila à tour de rôle pour tenter d'allumer la chose, tandis que nous avions déjà fini de commander et attendions nos plats et tandis que je me consolais en tenant le verre de thé à pleines mains, pour au moins réchauffer mes doigts engourdis par le froid.
Les plats finirent par arriver, ils étaient dégueulasses, mais je m'en fichais en fait, attendant toujours avec impatience le moment fatidique où le chauffage finirait par démarrer. Je commençais à manifester mon mécontentement, tandis que le patron du restaurant souriait gaiement en me disant que ça n'allait pas tarder. Puis, toujours avec un grand sourire, il revint quelques minutes plus tard pour avouer que le chauffage était cassé, mais qu'ils travaillaient à le remettre en route (comme s'il ignorait le problème quand il m'a invité à venir le voir).
Finalement, vers la fin du repas, il dut nous avouer que, meibanfa (y a pas moyen), le chauffage resterait cassé. Meibanfa et buhaoyisi bien sûr. Je n'étais pas très content, mais comme le thé et la mauvaise bouffe avaient au moins pu me réchauffer un petit peu, j'ai avalé la pilule. Il était toutefois temps de repartir, et j'ai demandé l'addition. Lorsque celle-ci nous fut présentée, je n'ai pu réprimer un rire nerveux.
Les prix des plats étaient relativement élevés, mais ça, nous le savions dès le début puisqu'ils figuraient sur le menu. Le thé nous était facturé? Admettons, ce sont des choses qui arrivent souvent. La serviette nettoyante aussi? Bon d'accord, ce n'est pas la première fois. Mais il y avait cinq yuans à la fin de l'addition qui correspondaient... au chauffage! Je croyais mal lire mais J. qui était aussi étonnée que moi m'a confirmé que nous devions effectivement payer 5 yuans pour le "chauffage". Chouette, enfin une occasion de s'amuser, direction le rez-de-chaussée pour une petite discussion avec le patron. les 5 yuans pour le chauffage, je suppose que c'est une erreur? mais non, vous êtes justement venus dans ce restaurant pour ce chauffage, donc c'est normal que vous le payiez. certes, mais le chauffage ne marche pas, c'est vous-même qui l'avez dit. oui, mais on a essayé de le réparer. mais vous n'avez pas réussi. ah ah ah, tu parles très bien chinois.
Et cette dernière remarque, c'est ce que dit en général un chinois qui est à court d'argument après qu'un étranger ait réussi à contrecarrer une tentative d'arnaque. Il dut donc faire marche arrière et nous "accorder" une remise de 5 yuans sur l'addition.
Sept ans plus tard: il arrive parfois de subir ces petites tentatives d'arnaques, plus mignonnes que méchantes, qui sont tellement ridicules que même un étranger peut réussir à les éviter. Peut-être par naïveté, il m'arrive parfois demander si certains chinois se livrent à ces pratiques de manière naturelle ou s'il y a une volonté délibérée d'arnaquer? En d'autres termes, pour prendre l'exemple de ce restaurant, le patron croyait-il sincèrement que ces 5 yuans étaient justifiés? Ce n'est pas vraiment impossible. | | | À: Yangguizi · 20 février 2007 à 1:06 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 75 de 89 · Page 4 de 5 · 3 057 affichages · Partager "Et de toute façon, les filles sont toutes bizarres par nature. " Il faudra que tu m'expliques celà !!! Cathy | | | À: Yangguizi · 20 février 2007 à 16:16 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 76 de 89 · Page 4 de 5 · 3 037 affichages · Partager 48. Spectacles nocturnes
Peu de temps après cette balade à Suzhou, nous avons convenu avec J. et mon ami français d'aller tous les trois voir un spectacle d'acrobatie au Shanghai Center. J'en avais déjà vu un à Pékin deux ans et demi plus tôt, mais ça ne me déplaisait pas d'y assister à nouveau, en sachant que les numéros seraient probablement plus ou moins les mêmes.
J'ai d'abord retrouvé mon ami qui m'attendait en bas de l'hôtel, avec qui nous avons remonté la rue piétonne jusqu'à la Place du Peuple pour retrouver J. qui devait arriver en métro. Sur le chemin, quelques proxénètes ont tenté de nous vendre les services de leurs "amies". Une plaie que j'avais déjà remarquée plus tôt, et que je me contentais de repousser gentiment à chaque fois. Mon ami qui avait dû subir leurs assauts plus souvent que moi avait élaboré des techniques de refus bien plus élaborées. "des filles? Mais tu vois pas qu'on est homos? Nous c'est des garçons qu'on veut!" Et les proxénètes répondaient parfois, à notre étonnement, que c'était aussi possible. "keyi", "you", répondaient-ils lapidairement provoquant notre fou-rire.
Après avoir retrouvé J., nous sommes partis à pieds jusqu'au Shanghai Center où nous avons admiré le spectacle comme prévu. Tours de force acrobatiques, précision des gestes, postures invraisemblables, nous en avons eu plein les yeux, surtout J. qui n'avait jamais assisté à ça.
Puis nous avons redescendu la Rue de Nankin dans l'autre sens, en direction de l'Est afin que chacun rentre chez soi. En chemin, nous avons raconté à J. nos mésaventures avec les proxénètes, ce que manifestement elle avait du mal à croire. En tant que fille et en tant que chinoise, elle n'avais bien sûr jamais eu affaire à eux, et elle devait croire comme la majorité de ses compatriotes que cela n'existait tout simplement pas. Arrivés à la station de métro, je lui ai dit au revoir, et nous avons continué à faire un bout de chemin entre hommes français.
Quelques homosexuels ont poussé des couinements en nous voyant, tandis que nous manoeuvrions pour éviter leurs embuscades. Des proxénètes, encore et toujours, tentèrent à nouveau de nous appâter? Mais où était donc le spectacle? Etait-ce eux ou nous? Il devait être environ dix heures du soir, ce qui, à l'époque, représentait une heure assez avancée dans la soirée. Tandis que nous approchions de l'hôtel, "La Chose" tenta de nous aggriper, mais nous parvinrent heureusement à lui échapper. Qu'est-ce que la Chose? Une créature d'un peu moins de cinquante ans, mi homme, mi femme, tentant de mettre la main sur les étrangers pour... je préfère ne pas savoir. Nous courions heureusement plus vite que lui/elle et il/elle n'a pas réussi à nous attraper. Finalement, grâce à une manoeuvre échappatoire fort ingénieuse, nous avons réussi à la fois à le/la semer et à reprendre le chemin de l'hôtel en sécurité.
Sept ans plus tard: la Chose refait parfois son apparition sur la rue piétonne, et essaie à chaque fois de m'attrapper, ce qu'il/elle n'a encore jamais réussi à faire. Les homosexuels sont eux aussi toujours là, notamment le fameux "Angela" qui passe toujours son temps à draguer les étrangers pour de douteuses virées nocturnes et autres fantaisies sexuelles. Quant aux proxénètes, leur nombre a explosé depuis deux ou trois ans, et leur densité et leur insistance sont devenues telles que le quartier est devenu insupportable le soir et que je songe maintenant à le quitter. | | | À: Yangguizi · 21 février 2007 à 11:12 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 77 de 89 · Page 4 de 5 · 3 024 affichages · Partager 49. Le rêve shanghaien
Est-ce la nouvelle Amérique? Non seulement une grande puissance en devenir, mais aussi un eldorado attirant les entrepreneurs et les aventuriers du monde entier désirant faire une nouvelle vie? Lorsque j'émettais cette hypothèse il y a sept ans, on riait beaucoup de moi, avant donc ce tournant de 2003-2004 où la Chine est soudainement devenue LE pays à la mode, et où l'immigration étrangère a pris un rythme plus soutenu, les plus dubitatifs caressant soudain eux aussi l'envie ou au moins la possibilité de venir à leur tour.
En attendant, j'avais mon rêve shanghaien pour moi tout seul, ou presque, les étrangers étant encore relativement peu en ville à cette époque. Ceci expliquant cela, l'accueil des shanghaiens fut bien meilleur en 2000 qu'il ne l'aurait été aujourd'hui. Je savais déjà que j'étais fait pour vivre dans cette ville, et ce nouveau voyage a bien entendu renforcé mes convictions - étant entendu que la première chose à faire si j'y emménageais serait d'acheter un manteau.
J'aimais cette ville de contrastes, ses gratte-ciels tous plus ambitieux les uns que les autres, ses vieux quartiers anachroniques, les restes des concessions, l'indémodable panorama du Bund, sa population rude au premier abord mais si attachante. Bref, j'étais bel et bien chez moi. J'y avais déjà mes petites habitudes, mes adresses préférées, quelques visages familiers que je pouvais saluer de temps en temps, et bien sûr... "des" proches. Qu'il était pénible de penser que ce rêve allait bientôt prendre fin, ne serait-ce que temporairement, et que je devrais bientôt retrouver cette monotone vie française.
Peu de temps avant de repartir, j'ai quand même voulu revoir le Musée de Shanghai, avec J. cette fois, qui connaissait pas si mal que ça les différents types d'antiquités que nous admirions. Et bien sûr faire le plein de ces spécialités culinaires shanghaiennes, les xiaolongbao, le poulet au citron, ou autres gongbao jiding. La gastronomie shanghaienne n'est certainement pas la meilleure de Chine, loin de là, mais je l'appréciais quand même. Comment pouvais-je de toute façon ne pas aimer quelque chose de shanghaien? Même les vendeurs de drogue ouighurs et les proxénètes me faisaient sourire, alors que j'ai une sainte horreur de ce type de personnages en général.
Sept ans plus tard: je n'idéalise plus rien et suis le premier à m'énerver des mauvais côtés des shanghaiens, qui sont en fait parmi les gens les moins intéressants de Chine. Mais même après toutes ces années, la ville exerce sur moi une fascination encore très forte. Malgré son occidentalisation rapide. Malgré la quantité exponentielle d'étrangers qui finiront bien par lui faire perdre son âme. Malgré ses profondes injustices et le sentiment de supériorité de sa population. La perfection est sûrement ennuyeuse à mourir. | | | À: Yangguizi · 21 février 2007 à 11:25 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 78 de 89 · Page 4 de 5 · 3 020 affichages · Partager 50. Mort temporaire
J'en ai oublié la date exacte, mais le départ finit bien par arriver, et il fut évidemment difficile, d'autant plus que J. m'avait rejoint à l'aéroport. Un chinois se dévoua heureusement pour me faire rire une dernière fois tandis que je faisais la queue pour payer la taxe d'aéroport, grâce à son dialogue avec la caissière: non, c'est 90 yuans que vous devez me donner non, 50 vous achetez une taxe internationale? non, nationale faites voir votre billet [..] c'est un billet international que vous avez, vous devez payer une taxe internationale mais je suis chinois, je dois payer une taxe nationale!
Il a fini par payer son dû, mais m'a bien fait rire.
Le vol KLM de retour fut encore plus pénible qu'à l'aller. J'avais la même mauvaise place que sur le Amsterdam - Hong Kong, et cette fois la video et la musique ne fonctionnèrent qu'au bout de quelques heures. J'avais heureusement un voisin de siège sympathique, et ce hollandais me suggéra d'aller passer mes quelques heures entre les deux avions à Amsterdam même plutôt qu'à l'aéroport. J'ai donc suivi ses conseils et ai pris le petit train en direction du centre-ville.
Je ne connaissais pas Amsterdam, mais avais beaucoup de mal à me concentrer sur ce que je voyais. Encore une ville de canaux, encore une Venise! Que j'aurais préféré arpenter ceux de Shaoxing ou de Suzhou. Je n'avais que la Chine en tête et me fichais bien de ne plus avoir de place sur mon appareil photo pour garder un souvenir de la grande ville hollandaise. Je ne voyais rien autour de moi, tandis que j'arpentais les rues de la vieille ville et sa surprenante faune urbaine. Je profitais toutefois du calme relatif de cette ville européenne pour me remémorer tous les souvenirs accumulés pendant ces cinq semaines. Jamais un voyage n'avait été aussi dense et passionnant, et je m'étais alors juré de ne pas en oublier une miette, ce que j'ai apparemment plus ou moins réussi.
De retour à Paris, enfin, je pensais déjà au voyage suivant.
FIN | | | À: Yangguizi · 21 février 2007 à 11:45 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 79 de 89 · Page 4 de 5 · 3 016 affichages · Partager Merci Yangguizi pour ce feuilleton passionant, un ou deux chapitres chaque matin quel plaisir !
Est-ce que ce sont tous des souvenirs "de mémoire" où est-ce que tu avais fait un carnet de voyage pour te rappeller les diverses anecdotes? Parce que je suis quand même impressioné de ta mémoire "éléphantesque" moi qui oublie très vite plein de petites choses, en premier lieu les noms des villes, des monuments etc.
Merci en tout cas de nous faire partager ce long récit. | | | À: Pierre73 · 21 février 2007 à 11:56 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 80 de 89 · Page 4 de 5 · 3 013 affichages · Partager Merci pour tes commentaires.
J'ai tout écrit de mémoire, sans notes. A cette époque là, ça ne m'avait jamais traversé l'esprit de mettre mes souvenirs par écrit. Je le regrette maintenant, car si les souvenirs de ce voyage sont encore très clairs, ce n'est hélas plus le cas d'autres voyages (en Chine notamment) dont j'ai oublié tous les détails. | Carnets similaires sur la Chine: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 900 visiteurs en ligne depuis une heure! |