La Chine sept ans plus tôt Yangguizi · 14 janvier 2007 à 15:58 · Une photo 89 messages · 14 participants · 18 049 affichages | | | | 14 janvier 2007 à 15:58 La Chine sept ans plus tôt Message 1 de 89 · Page 1 de 5 · 8 089 affichages · Partager Sept ans c'est bien peu de chose, c'est juste un septennat, ce n'est même pas un dixième de l'espérance de vie moyenne d'un mâle français. Et pourtant c'est énorme dans ma courte vie de voyageur. Il y a sept ans, ce n'était pas mon premier voyage, ce n'était pas non plus mon premier voyage seul, ce n'était pas non plus mon premier voyage seul en Chine, et ce n'était pas non plus mon premier voyage seul en Chine où je sois tombé amoureux de ce pays. Mais pour des raisons que je m'explique mal, c'est probablement le voyage qui m'aura le plus marqué, n'ayant jamais ressenti autant de bonheur à visiter une terre étrangère, et ne pensant pas connaître à nouveau un bonheur aussi intense, hélas. C'est donc un souvenir heureux dont j'entretiens méticuleusement la mémoire, me rappelant souvent de tel ou tel visage ou anecdote au détour d'une rue de Shanghai, ou à l'écoute de certaines musiques.
C'était aussi mon plus long voyage: 5 semaines en tout. Pour certains ça peut paraître peu, mais à cette époque où j'étais étudiant, je pouvais me permettre un voyage que je considère aujourd'hui comme d'une longueur à faire rêver. Il y a sept ans jour pour jour, j'étais encore dedans, et à l'approche du cinquième anniversaire de mon immigration en Chine, je me dis qu'il est peut-être enfin temps de coucher cette expérience par écrit, chose que je ne faisais jamais à cette époque où VF n'existait pas.
J'ai longtemps hésité sur le style à adopter. Il est évident qu'avec sept ans de recul et une expérience chinoise beaucoup plus solide, je ne vois plus les choses de la même façon. Mais je vais malgré tout essayer de faire transparaître l'état d'esprit qui était alors le mien. Je pense aussi me souvenir assez précisément de la plupart des détails de ce voyage, ainsi que de leur chronologie approximative, exploit dont je suis parfaitement incapable pour mes autres voyages de la même époque, où je ne prenais pas non plus de notes. Mais puisque je me suis payé le luxe d'attendre sept ans avant d'écrire tout ça, je vais quand même aussi m'offrir le petit plaisir de l'autocritique et du regard neuf. Il serait dommage de ne pas en profiter! | | | À: Yangguizi · 14 janvier 2007 à 16:09 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 2 de 89 · Page 1 de 5 · 8 083 affichages · Partager 1. L'excitation du départ
C'était donc une époque où je ne concevais pas de voyager dans un autre pays que la Chine. J'habitais alors Paris et vivais à l'heure chinoise, passant tout mon temps libre (qui, étant étudiant, était alors bien plus important que mon temps pas libre) à lire sur la Chine, à écouter de la musique chinoise, et à essayer de fréquenter des chinois à Paris ou sur internet, histoire de progresser dans l'apprentissage de cette langue.
Fin 1999 fut une période assez triste aussi pour moi, en raison de l'échec à un examen important, pour la première fois de ma vie. Il fallait donc que je me change les idées, et pour cela, rien de mieux qu'un voyage, en Chine bien évidemment. Je pouvais me permettre de quitter la France quelques semaines, et allais donc mettre ce temps à profit pour m'imprégner un peu plus de cette Chine qui me faisait rêver. Je n'y avais alors fait que deux voyages jusque là, et ressentais physiquement un malaise en n'y étant pas. Et puis j'avais deux choses importantes à faire en Chine aussi à ce moment-là: assister à la rétrocession de Macao à la Chine, et déclarer ma flamme à une fille connue à Shanghai six mois plus tôt. L'itinéraire était donc tout trouvé, et j'ai acheté un billet Paris- Hong Kong, Shanghai- Paris, en me laissant toute latitude pour visiter ce qu'il y aurait sur mon chemin entre les deux villes.
Le 14 décembre (ou bien était-ce le 13 ou le 15) au matin j'ai donc enfin bouclé ma valise, ai écouté une dernière fois les enfants crier dans l'école à côté de chez moi, ai pris ma respiration, et ai fermé ma porte à clé avant de rejoindre la station de métro puis la ligne de RER qui devait m'emmener à Roissy. C'est parti!
Sept ans plus tard: et dire que maintenant je ne rêve que d'une chose: passer mes vacances hors de Chine... | | | À: Yangguizi · 14 janvier 2007 à 16:28 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 3 de 89 · Page 1 de 5 · 8 074 affichages · Partager 2. Un pénible voyage en avion
Pour une fois, je n'allais pas voyager sur Air China, une compagnie que pour des raisons inconnues j'appréciais à l'époque, mais sur KLM, ce qui signifiait que le vol n'allait pas être direct.
Le court vol jusqu'à Amsterdam se passa plutôt bien, en compagnie d'une charmante japonaise avec qui on n'a pas réussi à s'échanger plus de quelques mots en raison de l'obstacle linguistique. Puis une fois à l'aéroport de Schipol, je n'ai pas eu à attendre trop longtemps avant d'embarquer sur le vol pour Hong Kong. J'allais cette fois avoir beaucoup moins de chance pour l'emplacement du siège puisque j'allais avoir la pire place de l'avion, celle qui se trouve en tête d'un des "compartiments" de l'appareil, donc juste derrière un mur, dans la rangée centrale, et sans même avoir de siège sur l'allée. Le pire donc, d'autant que sur KLM l'emplacement pour les jambes est réduit au minimum sur ces sièges situés juste derrière le mur. Il allait donc falloir garder les jambes pliées pendant une dizaine d'heures, ne pouvant me résoudre à faire comme mon voisin de gauche qui avait enlevé ses chaussures et avait levé sa jambe suffisamment haut pour que ses pieds reposent sur le mur, à peu près à hauteur de la tête.
Il y avait des hôtesses chinoises sur ce vol, et j'ai demandé à l'une d'entre elles si je ne pouvais pas changer de siège, mais il me fut dit que l'avion étant complet c'était impossible. Je n'ai eu qu'à me retourner et pointer du doigt la rangée juste derrière pour interroger la demoiselle sur le pourquoi du siège vide qui semblait n'attendre que moi. Elle a donc eu la présence d'esprit de demander à la vieille hongkongaise qui était à côté de ce siège vide s'il était libre, et après quelques échanges en cantonnais, elle me répondit que ledit siège était en fait occupé par quelqu'un de momentanément absent. Son absence momentanée allait en fait durer tout le vol, jusqu'à l'atterrissage, et je n'ai en fait jamais vu personne l'occuper. J'ai donc profité de l'impossibilité de dormir dans ces conditions pour me retourner de temps en temps et jeter des regards noirs à la méchante hongkongaise. Je crois que mon aversion pour les hongkongais date de cet épisode.
Fort heureusement, Dvorak allait accompagner ce pénible voyage, et la programme musical de KLM fut tout à fait à la hauteur. Hélas pour Dvorak, ou plutôt pour sa mémoire, je ne peux plus écouter le concerto pour violons de l'illustre compositeur sans avoir une pensée pour ce vol.
Vers la fin du vol, j'ai enfin engagé la conversation avec le jeune hongkongais aux cheveux longs qui était à côté de moi, et qui s'est en fait avéré être un type sympa. Il m'a recommandé de prendre le train express pour rejoindre le centre-ville, un train dont j'ignorais l'existence, n'ayant pas du tout préparé mon voyage.
Dès que nous avons débarqué de l'avion, c'est un portrait géant de Jacky Chan souriant qui nous attendait, ce qui a provoqué une grimace de dépit chez mon ex-voisin de siège qui gromela "il est vraiment partout celui-là". Bienvenue à Hong Kong!
Sept ans plus tard: KLM reste toujours la compagnie que j'aime le moins, à l'exception peut-être d'Air China. | | | À: Yangguizi · 14 janvier 2007 à 17:11 · Modifié le 15 jan. 2007 à 3:39 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 4 de 89 · Page 1 de 5 · 8 063 affichages · Partager 3. Ciel, je ne suis pas en Chine !
Le train express qui relie l’aéroport au centre de Hong Kong est une superbe réalisation, il faut le reconnaître. Peu de villes ont un système aussi pratique et efficace, bien qu’assez onéreux. J’ai malgré tout réussi à me perdre en descendant à la mauvaise station. Le nom de Kowloon est assez trompeur, puisque je m’étais dit que voulant loger à Kowloon c’est sans doute là qu’il fallait descendre. Et bien non !
J’ai donc fait un trajet en métro des plus sinueux avant de rejoindre ma destination, les horribles blocs de béton de Mirador Arcade et de Chongking Mansions, sur Nathan Road, dont les tarifs indiqués sur le lonely planet m’avaient alléché. J’ai donc eu le temps de regarder autour de moi, par la fenêtre du train d’abord, puis dans la rame du métro, cette étrange population qui n’avait vraiment rien en commun avec la Chine que j’avais connue jusque là. Et puis cette langue cantonaise que je trouvais d’autant plus horrible que je n’en comprenais pas un traître mot me fit définitivement comprendre que c’est bien un nouveau pays que je visitais. Absolument rien à voir avec la Chine dont j’étais tombé amoureux.
J’ai fini par atteindre mon but. Mirador Arcade et Chongkong Mansions : ces deux immeubles d’une quinzaine ou d’une vingtaine d’étages abritent une quantité de guesthouses toutes plus sordides et bon marché les unes que les autres. A la sortie du métro, j’ai suivi le premier rabatteur qui m’a abordé, puisque de toute façon ces guesthouses se ressemblent toutes. J’en ai donc eu pour mon argent : une cage à lapin individuelle, sale et minuscule, avec, luxe suprême, une salle d’eau privative tellement exiguë qu’il était en fait difficile d’entrer à l’intérieur. Un rapide coup d’œil autour de moi en sortant de la chambre : de nombreux routards et africains venaient loger là, j’étais donc bien tombé chez les fauchés, ce qui, en tant qu’étudiant, correspondait en fait à peu près à ce que je cherchais.
Une fois ma valise posée et ma « douche » prise, je suis descendu visiter le quartier qui ne m’a pas vraiment plu. C’était Tsimshatsui, le cœur touristique de Hong Kong, probablement un des coins les plus grouillants du territoire, où pullulent les pièges à touristes et autres rabatteurs en tous genres. L’ambiance ne m’a pas du tout plu et j’ai descendu la Nathan Road jusqu’à la promenade qui fait face à l’île de Hong Kong.
Là, ce sont des sikhs qui m’ont abordé pour me lire la bonne aventure. « You are a very lucky man today, sir » ai-je entendu plusieurs fois avant de répondre « c’est pas l’impression que j’ai, au revoir ». Allez, courage, j’allais quand même laisser une chance à Hong Kong avant de la condamner définitivement, il devait bien y avoir des choses intéressantes à voir et à faire sur ce territoire. Et dans le pire des cas, je n’y resterais que quelques jours avant de rejoindre la vraie Chine, celle où je me sens chez moi.
Sept ans plus tard : je suis retourné plusieurs fois à Hong Kong depuis et ne l’ai jamais appréciée. Même si elle se sinise lentement, cette ville n’a pas grand-chose à voir avec le reste de la Chine, et mes premières mauvaises impressions ne se sont jamais envolées. | | | À: Yangguizi · 14 janvier 2007 à 20:51 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 5 de 89 · Page 1 de 5 · 8 041 affichages · Partager Chouette, encore un récit de yanghizzi!
Une chose me chiffone :
Et puis j'avais deux choses importantes à faire en Chine aussi à ce moment-là: assister à la rétrocession de Macao à la Chine, et déclarer ma flamme à une fille connue à Shanghai six mois plus tôt.
Je t'aurais cru plus romantique! La politique avant l'amouuur? Peut-être les séquelles d'une éventuelle déception? Es-tu bien sûr qu'à l'époque tu hiérarchisais les choses dans cet ordre?
Je ne voudrais pas être indiscrète mais je dois dire que tu as piqué ma curiosité!
Mais je serai patiente, je te laisse nous raconter à ton rythme la suite des évenements...
Vivement la suite,...donc! Marie | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 0:17 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 6 de 89 · Page 1 de 5 · 8 028 affichages · Partager Encore!
Tu nous fais souffrir! Crache le morceaux nondidju! | | | À: Mlefevre · 15 janvier 2007 à 1:01 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 7 de 89 · Page 1 de 5 · 8 025 affichages · Partager Euh... bonne question. On va dire que j'ai cité les choses dans leur ordre chronologique, Macao étant avant Shanghai sur mon trajet. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 8:40 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 8 de 89 · Page 1 de 5 · 8 006 affichages · Partager 4. Seul dans la foule
Je suis resté quelques jours à Hong Kong, errant dans ses quartiers, ses centres commerciaux, ses parcs et sa foule. Je n'avais pas pris d'appareil photo avec moi, ayant l'intention d'en acheter un sur place, et je me suis fait avoir comme un débutant en achetant un appareil numérique à Tsimshatsui. Je ne savais pas encore que Tsimshatsui n'était pas l'endroit où il fallait acheter, et qu'il fallait se méfier de toutes ces boutiques où les prix ne sont pas affichés. Je ne me suis en fait pas vraiment fait avoir, je ne pense pas avoir payé beaucoup plus que ce que j'étais censé payer pour l'appareil de mon choix, mais mon erreur fut surtout d'acheter à l'aveuglette, sans avoir aucune idée de ce qui existait sur le marché. Fin 99, les appareils numériques n'étaient pas une nouveauté, mais ils étaient moins répandus qu'aujourd'hui et je ne m'y étais alors jamais intéressé. J'ai donc acheté n'importe quoi, ayant souvent regretté mon acquisition jusqu'à ce que la chose tombe en panne définitive quelques jours après l'expiration de la garantie, un an plus tard. Ce modèle était donc un Philips (!!!), 200.000 pixels, sans zoom, sans carte mémoire mais avec une capacité de stockage de seulement 100 photos, mais avec un design sympa. Voilà, j'avais donc droit à 100 photos pour immortaliser mon voyage de 5 semaines. Il allait falloir photographier avec parcimonie!
Je n'ai pas aimé grand chose à Hong Kong, à part passer du temps à rester assis sur la promenade de l'extrémité sud de Tsimshatsui, dont la vue sur les tours d'en face me rappelait beaucoup Pudong à Shanghai. J'ai croisé des philippins, des afghans, des indiens, des africains, des européens, et même des hongkongais, mais n'ai symathisé avec personne, sauf brièvement avec un touriste israélien qui avait l'air aussi pommé que moi. C'était une situation nouvelle pour moi: être dans une ville chinoise sans sympathiser avec personne, alors que partout ailleurs où j'étais allé, j'avais toujours rencontré des gens adorables qui avaient su me faire aimer leur ville. Dans le reste de la Chine, il n'était alors pas très compliqué de rencontrer des gens. Il suffisait de m'asseoir quelque part et d'attendre que les gens viennent, attirés par la curiosité. A Hong Kong où les étrangers étaient si nombreux, cela ne marchait évidemment pas. Cet amour pour la Chine avait donc bien quelque chose de très narcissique mais je m'en satisfaisais, comptant les jours avant de franchir la frontière. Mais je devais tenir à Hong Kong jusqu'à la rétrocession de Macao, que les autorités chinoises et portugaises n'étaient sans doutes pas prêtes à avancer de quelques jours juste pour abréger mes souffrances. Une petite exception toutefois à cette solitude, puisque j'ai pu rencontrer une de mes correspondanes internet qui a heureusement eu le temps de m'accorder un rapide diner dans un restaurant à soupe de serpent. La fille était très sympathique mais, travaillant dans la finance, elle n'avait évidemment pas de temps à consacrer à un touriste de passage. Quant à ses compatriotes hongkongais, ils n'étaient pour la plupart pas méchants ni désagréables du tout, mais je n'ai tout simplement trouvé aucune affinité avec eux. La ville n'est tout simplement pas faite pour moi.
Entre les cafards de l'hôtel et le serpent dans la soupe, ainsi que d'autres créatures bizarres dans d'autres restaurants, j'ai eu l'impression désagréable de faire du tourisme zoologique, ce qui n'était quand même pas le but de ce voyage. Comble de l'ironie, je n'ai même pas apprécié la nourriture à Hong Kong, alors que pour y être retourné plus tard, il m'est arrivé de très bien y manger. La cuisine cantonaise, c'est quand même une des meilleures de Chine. Le problème de ce premier voyage était sans doute que je voulais dépenser peu, et qu'à Hong Kong, je ne connaissais pas les bons plans pour bien manger pas cher.
L'architecture de Hong Kong m'a laissé plutôt froid. Je n'ai pas aimé les quartiers crasseux de Kowloon, je n'ai pas aimé les gratte ciels rutilants de Victoria, je n'ai pas aimé les blocs d'habitation de la périphérie, et je n'ai pas spécialement aimé les bâtisses coloniales éparpillées sur l'île de Hong Kong. J'ai malgré tout aimé la vue du pic, car il fallait bien aimer quelque chose, et n'ai malheureusement pas eu la bonne idée d'aller explorer les îles, une erreur réparée quelques années plus tard.
J'ai aussi peu apprécié le fait de ne pas réussir à communiquer en mandarin là-bas, je devais à chaque fois revenir à l'anglais, mes interlocuteurs ayant un mandarin la plupart du temps encore plus mauvais que le mien, quand il n'était pas inexistant.
Sept ans plus tard: quand je suis retourné à Hong Kong quelques années plus tard, j'ai au moins eu la satisfaction de pouvoir y parler mandarin, les habitants du territoire se mettant à l'apprendre à grande vitesse. La différence était stupéfiante. Quelques iles et quartiers plus sympas visités dans les années 2000 m'ont partiellement réconcilié avec Hong Kong, mais j'ai toujours détesté cette impression d'être perdu dans la foule, une impression rarement ressentie ailleurs en Asie. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 9:35 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 9 de 89 · Page 1 de 5 · 7 994 affichages · Partager Bien rattrapé! Hi hi hi! Marie | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 14:01 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 10 de 89 · Page 1 de 5 · 7 976 affichages · Partager 5. Retour en Europe
Ce début de voyage m'a tellement déplu qu'au bout de seulement quelques jours, j'ai décidé de rentrer en Europe. Coup de chance, l'Europe n'était qu'à une heure de bateau de Hong Kong mais il fallait se dépêcher car le lendemain ce serait trop tard, elle serait de nouveau à une dizaine d'heures d'avion. Nous étions le 19 décembre 1999, et pour encore une journée, il existait un petit confetti d'Europe appelé Macao, la dernière colonie européenne d'Asie. Le lendemain, donc le 20, ce serait déjà une terre chinoise. Il était donc grandement temps d'atteindre le premier but de mon voyage. L'événement était d'une portée symbolique considérable, même si dans les faits, pas grand chose d'important ne se passerait ce jour-là, qui affecte concrètement l'existence des gens y vivant. La chute du dernier avant-poste européen en Asie, comment rater ça? L'occasion ne se représenterait jamais, la parenthèse historique vieille déjà d'un demi-millénaire étant sur le point de se refermer pour de bon.
Je n'étais évidemment pas le seul à avoir eu cette idée, et en confiant ma valise aux gérants de la guesthouse, je suis tombé sur un américain qui disait "let's go and see what's going on in Macao". Il y aurait évidemment foule là-bas, ce qui ne me posait aucun problème, bien au contraire. Dans ce genre de circonstances, l'événement doit être vécu de manière encore plus intense au milieu d'une foule compacte. J'avais prévu d'aller à Macao le 19 au matin et d'en revenir le 20 dans l'après-midi, et de faire nuit blanche entre les deux. Impossible que la nuit ne soit pas blanche pour tout le monde, me disais-je. Je n'ai donc réservé aucun hôtel, et n'ai pas jugé bon d'emporter mes affaires.
Un petit coup de tampon sur mon passeport pour indiquer que je quittais le territoire, et hop, me voici à bord du bateau rapide à destination du mini-territoire. La traversée a dû durer une heure, pendant laquelle mes yeux ne quittaient pas l'écran qui diffusait en boucle un petit film retraçant l'histoire de Macao et les préparatifs de la rétrocession. J'étais au comble de l'excitation! A l'arrivée, nouveau coup de tampon - en langue portugaise cette fois - et hop, me voici sur un nouveau territoire.
Autant Hong Kong m'a déplu du début à la fin de mon séjour, autant j'ai immédiatement aimé Macao, ses rues, son ambiance, et son histoire beaucoup plus ancienne et palpable au détour de nombreuses ruelles. Les rues avaient des noms portugais affreusement compliqués mais je n'ai eu aucun mal à rejoindre à pieds le centre-ville. J'avais une fois encore rendez-vous avec une correspondante d'internet qui avait eu la bonne idée de me contacter quelques semaines plus tôt, alors que mon voyage était déjà réservé. L'adresse qu'elle m'avait donné n'existait pas, et j'ai donc décidé de quitter le quartier, une fois certain qu'on ne pourrait pas se retrouver. Au bout d'une minute, quelqu'un m'attrappe par le sac à dos par derrière, c'était elle. Un miracle qu'elle m'ait reconnu car j'étais déjà loin du lieu de rendez-vous supposé, et elle aurait pu attrapper un autre étranger. Deux de ses amies l'ont rejoint, et nous sommes partis explorer le vieux Macao, perché sur une petite hauteur.
Tout cela me rappelait beaucoup le Portugal, bien que je n'y sois alors jamais allé. Mais comme ça faisait bien de dire ou de penser que ça me rappelait l'Europe du Sud, j'ai décidé de m'en convaincre. Quelques années plus tard je suis allé à Lisbonne, et effectivement ça m'a un tout petit peu rappelé Macao. J'ai beaucoup aimé visiter la forteresse de Monte et la cathédrale San Paolo, dont seule la façade est restée debout. Construction monumentale, l'ambiance qui s'en dégage une fois passés la grande porte et les pieds dans les ruines, est assez étonnante. Au bout d'une heure ou deux, les demoiselles ont pris congé pour vaquer à leurs occupations, et nous nous sommes donnés rendez-vous dans la soirée. J'ai donc continué la visite seul. Je suis redescendu vers la place du Leal Senado, à la décoration et à l'architecture si kitch, qui était alors noire de Monde.
Sept ans plus tard: l'autre jour, peu avant d'atterrir à Canton en revenant du Cambodge, l'avion est passé sous la couche nuageuse pile au moment d'approcher la côte chinoise, dont la première vision fut Macao. Une vue imprenable sur l'ensemble du territoire, vraiment très impressionnante, surtout cet aéroport construit sur la mer. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 14:51 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 11 de 89 · Page 1 de 5 · 7 857 affichages · Partager Combien y aura-t-il d'épisodes STP ? J'aime bien pouvoir lire tout d'un coup. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 14:56 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 12 de 89 · Page 1 de 5 · 7 855 affichages · Partager 6. Le calme avant la tempête
Il était l'heure de déjeuner, et j'ai trouvé au detour d'une ruelle un curieux restaurant sino-portugais-africain qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, mais dont les plats étaient assez intéressants.
De retour sur la place du Leal Senado, les gens se pressaient pour pénétrer à l'intérieur du bureau de poste qui vendait des timbres probablement édités pour l'occasion. Quant à moi, c'est par un journaliste de je ne sais plus quel papier que j'ai été abordé. Le bonhomme voulait absolument m'interviewer pour savoir ce que je pensais de la rétrocession de Macao. Je me demande bien pourquoi il m'avait choisi - puisqu'a priori il n'avait aucune chance de deviner au premier regard que j'étais un génie de la géostratégie et des grands enjeux internationaux - mais il m'a quand même demandé comment je voyais l'avenir de Macao après la rétrocession. J'ai pris une pose très intellectuelle et j'ai réfléchi un moment avant de trouver une réponse très intelligente: "je suppose que ce sera un peu comme à Hong Kong". Bingo, c'était la bonne réponse! Enfin j'en sais rien, mais comme il m'a posé une seconde question, j'ai supposé que j'avais passé le premier tour. Ce que je ressens en étant ici? Euh... je suis ému? Bon, ça, ça n'était sans doute pas la bonne réponse puisque l'interview s'était arrêtée là.
Comme prévu, il y avait foule de touristes ce jour-là à Macao, et je me suis finalement un peu éloigné du centre-ville historique pour me perdre dans les quartiers plus modernes et plus anonymes. Le métissage culturel permanent qui s'offrait à mes yeux me ravissait et j'ai ressenti une vraie nostalgie à l'idée de la page d'histoire qui était en train de se tourner sous mes yeux. Partout, des slogans en chinois annonçaient des lendemains qui chantent pour Macao, tandis que le nouveau drapeau vert de Macao apparaissait partout. Un grand drapeau portugais flottait encore au dessus de la vieille ville, et je suis resté un moment à le contempler.
J'essayais de me renseigner à droite à gauche sur les préparatifs de la fête de la rétrocession. Apparemment tout se passerait dans la vieille ville, à part bien sûr la cérémonie officielle à l'écart, à laquelle seuls quelques VIP triés sur volet pouvaient participer. Les gens avaient l'air pessimistes sur le somptueux feu d'artifice qui se préparait, en raison du vent très violent qui posait des problèmes de sécurité.
Apparemment deux concerts se préparaient, l'un sur le Leal Senado, à l'entrée de la vieille ville, et l'autre juste sous la Cathédrale Sao Paulo, à seulement dix minutes à pieds. Qu'allait-il bien pouvoir ce jouer ce soir-là? Mystère que j'étais impatient de découvrir...
L'heure avançant, je me suis rendu compte que mine de rien, j'avais fait une sacrée trotte sur ce petit territoire, et je me suis mis en quête d'un restaurant pour diner. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais j'ai mangé un pigeon ce soir-là. C'était la première fois de ma vie, et à part la satisfaction d'avoir vengé ma chevelure souillée 10 ans plutôt à Rome par un volatile indélicat, je n'ai pas tellement apprécié l'expérience. Ils auraient quand même pu s'abstenir de mettre la tête de la bestiole en plein milieu de mon assiette quand même...
Sept ans plus tard: rien à faire, je reste très conservateur en matière culinaire, et il ne m'a jamais intéressé de reproduire cette expérience pigeonnesque. J'ai toutefois parfois un petit rictus à la vue de pigeons marchant en agitant gauchement leur tête. | | | À: Lepiaf · 15 janvier 2007 à 14:59 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 13 de 89 · Page 1 de 5 · 7 853 affichages · Partager Combien d'épisodes? Je ne sais pas encore, une bonne cinquantaine sans doute. Ce sera probablement le plus long de mes carnets, longueur du voyage oblige. Je ne peux que te conseiller de prendre ton mal en patience. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 15:18 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 14 de 89 · Page 1 de 5 · 7 847 affichages · Partager Dans une société de l'immédiateté, le sage sait qu'il peut être bon d'attendre. Comme écrivait Corneille dans Polyeucte : Et le désir s'accroît quand l'effet se recule". (à lire à haute voix pour ceux qui ne connaissent pas Polyeucte par coeur). Puisque tu ne connais pas encore le nombre d'épisodes, pourras-tu indiquer que c'est fini ? | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 15:25 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 15 de 89 · Page 1 de 5 · 7 841 affichages · Partager Quand la chine se reveillera le monde tremblera A mon avis ce pays est déja reveillé | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 16:02 · Modifié le 15 jan. 2007 à 16:26 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 16 de 89 · Page 1 de 5 · 7 821 affichages · Partager 7. La fin d'un monde
J'ai retrouvé mes amies après diner, et nous sommes allés nous installer sur les marches devant la cathédrale pour assister au concert. Disons le clairement, ce spectacle était absolument honteux. Aucun chant patriotique ni révolutionnaire, mais seulement de la minable variété chinoise et étrangère. Comment osait-on ainsi désacraliser un événement d'une telle importance? Un écran géant montrait ce qui se passait chez les VIP, mais ça n'avait pas l'air très passionnant non plus, quoi que d'un niveau idéologique quand même un peu plus élevé.
Je crois que le coup de grâce fut porté quand retentit ce que j'ai alors cru être le second hymne national chinois, en vigueur en cette fin de siècle, j'ai nommé... la musique du film Titanic. Je l'aurais entendue partout pendant ce voyage, c'était du véritable matraquage, les chinois(es) étant friand(es) de tout ce qui est mièvre et à l'eau de rose. Une histoire d'amour aussi cul cul ne pouvait donc que leur plaire, et la musique d'un tel chef d'oeuvre ne pouvait que se maintenir en tête du hit-parade pendant une éternité.
Nous sommes descendus voir ce qui se passait sur le Leal Senado, mais c'était un concert du même genre, la foule étant encore plus compacte, et les lieux encore moins confortables. On a donc fait plusieurs allers-retours entre les deux endroits, histoire de se dégourdir les jambes de temps en temps. J'en ai profité pour interroger les filles sur ce qu'elles pensaient de la rétrocession, mais elles n'en avaient absolument rien à foutre et n'avaient pas la moindre idée de ce qui se passait lorsque l'Histoire était en marche. C'était à désespérer, mais guère étonnant étant donné le très faible niveau de politisation de la plupart des chinois, macaonais (macaronis?) compris.
Tandis que l'heure tournait, nous avons convenu d'attendre minuit sur la Place du Leal Senado, là où la foule était la plus compacte et l'ambiance la plus susceptible d'exploser. J'ai trouvé l'ambiance de cette célébration particulièrement bon enfant. Rien ne pouvait faire deviner à un observateur extérieur qu'il s'agissait d'un événement historique, le tout ressemblant à une simple fête populaire sans raison particulière. Serais-je donc le seul à être ému? Je ne pouvais y croire, les gens ne pouvaient pas rester impassibles, ce n'était pas possible. J'ignore si les locaux où les touristes étaient les plus nombreux, mais il y avait un sacré paquet de monde, je n'ai pas été déçu de ce point de vue.
L'heure H s'approchant, la foule a commencé à reprendre en coeur le compte à rebours, tandis que l'écran géant montrait les drapeaux chinois et portugais prêts à prendre la relève l'un de l'autre, sous l'oeil ému des dirigeants chinois et portugais ayant bien sûr fait le déplacement pour l'occasion. Le drapeau chinois sur l'écran géant a commencé à se lever tandis que le compte à rebours approchait de 0.
J'osais à peine respirer, essayant de garder le plus longtemps possible dans mes poumons cet air européen qui redeviendrait chinois dès que je relâcherais ma respiration.
10...9...8...7...6...5...4...3...2...1......... salve d'applaudissements et de hurlements de joie de tous côtés. L'ambiance était à son comble, mais je m'étais pourtant attendu à quelque chose d'encore plus intense. Les chinois semblaient heureux, tandis que mes amies restaient toujours aussi impassibles. Quelques secondes après minuit, des jeunes portugais aux balcons, sans doute des résidents, ont à leur tour manifesté leur tristesse en chantant des airs portugais, et en huant et sifflant, c'était extrêmement émouvant à voir. La page était tournée, mais eux étaient toujours là. Qu'allaient-ils donc devenir en terre désormais étrangère? Je n'ai malheureusement pas pu en rencontrer, cela aurait été passionnant de dialoguer avec eux.
La tempête annoncée était bien là, le vent nous décoiffait et aucun feu d'artifice n'a malheureusement pu être tiré, mutilant ainsi la fête d'une de ses composantes essentielles. C'était très dommage.
Mes amies ont rapidement pris congé et nous nous sommes à nouveau donné rendez-vous pour un petit-déjeuner le lendemain matin. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la foule s'est à son tour rapidement dissipée, et vers une heure du matin, il ne restait déjà plus grand monde dans le quartier historique. Comment allais-je bien pouvoir passer ma nuit blanche si tout était déjà fini?
Sept ans plus tard: j'ai eu de très nombreuses occasions par la suite de constater le degré de désintérêt des chinois pour la chose politique. L'indifférence de la grande majorité aux grands problèmes de notre époque, nationaux ou internationaux est extrêmement déroutante au début. On finit par s'y habituer, mais cela reste parfois choquant. Il n'empêche que quand je dis encore parfois "j'y étais", même les chinois me regardent parfois avec un oeil envieux ou admiratif. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 16:33 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 17 de 89 · Page 1 de 5 · 7 810 affichages · Partager 8. La fête des dissidents
Je me suis donc rapidement retrouvé seul comme un con, sans hôtel où aller et sans rien à faire. J'avais rendez-vous le lendemain matin à 8 heures et il me restait pas mal de temps à tuer. Bon, j'avais décidé de faire nuit blanche, pas question donc de chercher à dormir. Je commençais à me ballader dans le centre-ville désert, et au bout d'un moment, décidais de remonter vers la cathédrale, voir si par hasard il n'y avait pas encore des festivités. Et là, surprise! La fête officielle fut remplacée par une manifestation de chinois mécontents de la rétrocession, qui se livraient à un rituel fort intéressant. L'un d'entre eux portait un masque grossier du président Jiang Zemin, tandis que de faux soldats avec des mitraillettes en carton faisaient semblant de tuer de vrais-faux dissidents. Ils avaient dû répéter leur spectacle assez longtemps car c'était franchement bien fait et rigolo. L'un d'entre eux se mit à chanter une parodie de l'hymne national chinois, sous les rires de l'assistance. Il y avait une petite centaine de spectateurs, dont beaucoup d'étrangers, qui rigolaient et prenaient des photos à tout va. Il y avait aussi des "men in black" qui se tenaient à l'écart, la bouche et l'oreille scotchés sur leurs talkie walkies. Des flics en civil, c'était évident. Mais ils n'intervenaient pas.
Le cortège descendit lentement les vieilles ruelles jusque vers la place principale, en se livrant toujours à des scènes comiques, les spectateurs continuant à savourer le spectacle. Une fois sur la place, la présence policière était plus importante, et il y avait des paniers à salade qui attendaient leurs proies. Mais dans un premier temps, les policiers n'intervinrent pas. Je remarquais alors un type d'environ 25-30 ans qui ne me quittait pas du regard. Je me déplaçais, il me suivait, aussi discrètement que possible, et continuait à m'épier. Homosexuel ou policier? C'était encore un mystère. Les arrestations ont alors commencé, dissident par dissident, et certains se débattant, la police dut intervenir de manière assez musclée. Les spectateurs locaux et étrangers, de même que votre serviteur, ont alors unanimement hué la police, qui a vainement tenté d'interdire les photos. Mais les policiers n'étaient pas assez nombreux et il y avait trop d'étrangers, ils n'ont donc pas osé agir contre le public et se sont concentrés sur les dissidents. Finalement, toute la joyeuse équipe finit dans les fourgonnettes de la police, et les policiers civils et en uniforme quittèrent la place. Mais mon énigmatique espion était toujours là. La petite foule des badauds se dispersa à son tour, et je me retrouvais à nouveau seul. Presque deux heures du matin, bon, que faire maintenant?
Sept ans plus tard: cet épisode reste à ce jour le seul exemple vivant d'opposition ouverte et de répression qu'il m'ait été donné de voir en Chine. J'ignore si les dissidents en question étaient des gens de Macao ou des chinois du continent, et j'ignore encore plus ce qui leur est arrivé. J'espère qu'ils n'ont fait que passer la nuit au poste et que la police a été indulgente en raison de la médiatisation de la rétrocession. Mais à mon retour à Hong Kong et en France, je n'ai trouvé aucune trace nulle part de cet épisode qui est donc passé complètement inaperçu. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 16:43 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 18 de 89 · Page 1 de 5 · 7 808 affichages · Partager 9. Une rencontre énigmatique
Que faire en pleine nuit à Macao... mais bien sûr, le casino! Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt? Je pris donc le chemin du casino Lisboa, le plus grand et le plus connu de la ville, en regardant de temps en temps derrière moi. Le mystérieux personnage me suivait toujours, à distance raisonnable. Je bifurquais sur les petites rues, et il me suivait toujours. Des ennuis en perspective, me disais-je. J'ai donc accéléré le pas, et l'ai vu faire de même. Il a fini par me rattrapper.
"Je pense que vous êtes une sorte de journaliste" a-t-il dit en guise d'introduction
J'ai bredouillé "non non pas du tout, juste un étudiant en vacances"
"mais je vous ai vu prendre des photos tout à l'heure"
"ben oui, un touriste ça prend des photos, non?"
Nous avons discuté de tout et de rien, tout en marchant vers le casino. Je lui ai demandé ce qu'il faisait dans la vie, et il me répondit, après quelques moments d'hésitation, qu'il était joaillier. J'avais quand même remarqué qu'il connaissait la plupart des flics ayant participé aux arrestations, et qu'il devait donc être un joaillier avec beaucoup de relations, s'il disait la vérité. Mais en mon for intérieur, j'étais sûr que c'était un flic en civil. Je lui ai fait part de mon intention d'aller au casino et il se proposa de m'accompagner (il n'y avait jamais mis les pieds, me dit-il!) Mais il devait d'abord passer chez lui prendre quelque chose. Sans trop réfléchir, j'acceptais de l'accompagner, et une fois dans le taxi, je me rendis compte que j'avais sans doute fait une connerie. La situation était trop louche, et c'était clair, j'avais affaire à un mafioso qui allait me dépouiller dans un garage, me poignarder pour m'empêcher de parler, et jeter mon corps à la mer pour effacer les preuves. Comment donc m'échapper? Le taxi finit par arriver et Monsieur Fung (c'était son nom) me dit d'attendre. Il revint un petit quart d'heure plus tard et nous sommes allés au casino.
Bon, je m'étais fait un film, ce n'était pas un mafioso. Mais c'était qui alors? Pourquoi tenait-il à passer la soirée avec moi? Si après tout c'était un flic, il avait bien dû comprendre que je n'avais aucun intérêt pour lui.
Il discuta avec les gorilles à l'entrée du casino et vit bien que j'étais étonné puisqu'il avait dit n'être jamais allé au casino. "des amis de mon oncle" bredouilla-t-il. J'ai fini par l'interroger "tu as l'air de connaître beaucoup de monde en ville, comme les flics de tout à l'heure par exemple".
"oui, des amis d'enfance" répondit-il benoitement. Où était donc la vérité? Je ne le saurais jamais.
Ayant connu Las Vegas j'ai été très déçu par le casino Lisboa, qui était beaucoup moins grand et exubérant que ce que j'imaginais. J'imagine que les scènes les plus intéressantes avaient lieu à huis clos, comme dans tous les films hongkongais de série B. Puisqu'il n'y avait rien à voir, il ne restait plus qu'à jouer, et Monsieur Fung accepta de m'accompagner aux machines à sous. J'y ai perdu quelques dollars, mais ai réussi à jouer longtemps pour ce prix-là, et le but étant de m'occuper en attendant que le jour se lève, je n'étais pas mécontent de mon exploit. Je suis ressorti du casino au bout de deux ou trois heures, et Monsieur Fung rentra enfin chez lui. Fin de l'histoire, et un mystère que je n'ai toujours pas réussi à m'expliquer.
Le jour se levait sur la nouvelle Zone Administrative Spéciale, et il ne me restait plus qu'à attendre patiemment l'heure du petit-déjeuner.
Sept ans plus tard: je ne comprends toujours pas pourquoi les casinos de Macao provoquent un tel engouement. Certes, c'est la seule ville de Chine où ils soient autorisés, mais on en trouve quand même ailleurs en Asie. Pyongyang pour citer le plus inattendu et surtout Genting (vers Kuala Lumpur) pour en citer un gigantesque m'ont largement plus impressionné. | | | À: Yangguizi · 15 janvier 2007 à 16:54 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 19 de 89 · Page 1 de 5 · 7 803 affichages · Partager  ...
Macao reste ancré dans ma mémoire grâce à ce très vieux film auquel on faisait allusion, mes soeurs et moi, au cours d'interminables parties de cartes qui avaient le don d'énerver les parents ! "A Macao où sont concentrés les lieux de plaisir et le trafic d'armes, un drame oppose un aventurier et sa fille qu'il a fait élever dans l'ignorance de son métier. Elle est arrachée à son milieu et sauvée de la tragédie par un jeune journaliste qui l'aime." | | | À: Yangguizi · 16 janvier 2007 à 15:43 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 20 de 89 · Page 1 de 5 · 7 743 affichages · Partager 10. Un autre Macao
Comme il était étonnant de découvrir un Macao vide, désert et mort à cette heure si matinale. Quel contraste par rapport à la veille au soir! Les rues principales du centre-ville étaient jonchées de papiers et de restes de la fête de la nuit qui venait de s'achever, en attendant de probables balayeurs qui devraient rapidement redonner son lustre à la vitrine du territoire.
J'ai beaucoup aimé cette solitude du petit matin, et la vue de ces quelques autres touristes égarés avec qui nous échangions des regards complices. Certains d'entre eux ont acheté tous les journaux qu'ils ont pu (les presses avaient dû tourner toute la nuit) en espérant se voir au milieu d'une des innombrables photos prises dans la foule. J'en ai moi aussi acheté un, pour le souvenir, mais ne me suis pas vu dedans.
Tandis que des gens revenaient refaire la queue pour acheter des timbres, la ville semblait se repeupler progressivement, et la vie reprendre son cours normal. Quant à moi, j'avais froid, j'étais même presque gelé. Je n'avais aucune idée des températures qu'il ferait à cette heure-ci, et ne m'étais pas habillé en conséquence. Je trépignais donc en attendant les huit heures, auxquelles je devais retrouver les filles pour un petit-déjeuner plus que bienvenu. Fort heureusement, elles étaient ponctuelles et nous sommes allés manger.
Et là, quel intense bonheur! Outre le fait de me réchauffer le corps, ce dont j'avais le plus grand besoin, ce petit-déjeuner fut certainement le plus délicieux de toute ma vie. Un assortiment gargantuesque de dim sums, ces délicieuses bouchées à la vapeur typiquement cantonaises, aux goûts fins et multiples, dont l'assortiment de formes et de couleurs est en soi le plus beau des préludes à la symphonie gustative qu'ils réservent. Ce fut mon premier vrai destin de dim sums, et même si ce fut loin d'être le dernier, je garde de celui-ci le souvenir le plus ému et le plus impérissable. Quel bonheur!
Plus tard dans la matinée, nous sommes partis visiter une des îles du territoire, un peu moins densément urbanisée que le centre-ville. Le paysage était quasi méditerrannéen. Le fort vent de la veille avait donné une superbe couleur bleue à la mer, qui pourtant a des couleurs en général beaucoup moins attirantes dans cette région du monde. C'est même un village quasiment méditerrannéen que nous avons visité sur cette île. Sans la population bien entendu majoritairement asiatique, on aurait facilement pu se croire en Europe du Sud. Décidément, j'ai adoré ce Macao, si petit, si européen, et si plein de cachet comparé au hideux voisin géant.
Sept ans plus tard: mon principal plaisir quand je retourne - rarement hélas - dans la région de Canton-Hong Kong consiste à m'empiffrer de ces délicieux dim sums. Le plus quelconque des dim sums de rue de cette région est infiniment meilleur que le plus raffiné de ceux que l'on trouve à Shanghai, malgré la profusion de restaurants cantonais. Je ne me l'explique pas et c'est particulièrement frustrant et irritant. Ainsi, il y a un peu moins d'un mois, lorsque j'ai passé une journée à Canton, j'ai réussi à m'empiffrer de dim sums fabuleux, le matin dans la rue, pour une somme totale de 2, 5 yuans (0, 25 euros). C'était à la fois un grand bonheur et une intense frustration car je savais que de retour à la maison, je ne pourrais plus m'offrir un tel plaisir. | Carnets similaires sur la Chine: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 6 403 visiteurs en ligne depuis une heure! |