Bon, je reprends le tout point par point d'après ma propre expérience.
1- La structure.
1.1 La monnaie.
Comme en
Chine au début de son ouverture aux étrangers, à
Cuba coexistent 2 monnaies : l'une est le
peso cubano (CUP), monnaie des Cubains; l'autre, le peso convertible (CUC), destiné surtout aux touristes, mais les Cubains qui en ont peuvent s'en servir pour acheter dans les magasins mieux pourvus en produits de qualité, presque toujours importés. Ils peuvent d'ailleurs maintenant acheter n'importe où avec des
pesos cubanos, mais il leur en faut tellement que cela leur est pratiquement impossible.
Les Cubains peuvent obtenir 1 cuc contre 25 cup, le touriste contre 1 cuc reçoit 25 cup dans le secteur privé, 24 si l'échange se fait dans une banque ou dans les entreprises d'État ou avec un changeur privé à la porte d'une CADECA.
1.2 Deux secteurs cohabitent.
Dans le secteur d'État (S1) les prix sont affichés uniquement en cup. Dans le secteur parallèle (S2), les prix ont maintenant un double affichages, cup et cuc, avec le taux de conversion de 25.
Les touristes avec leurs CUP ou leurs CUC peuvent acheter dans S1, les Cubains avec leurs CUP ou leurs CUC dans S2.
Cependant, il est presque impossible pour un touriste de se loger autrement que dans S2 - hôtels ou
casas particulares autorisés -. Si un Cubain décide d'héberger un touriste sans autorisation de l'État, il doit le faire au noir. Sauf, si dans la ville où le touriste se trouve, il n'y a pas de casa autorisée. Il est alors possible de dormir dans une casa pour Cubains et même de payer en
pesos cubanos, c'est négociable.
Enfin connaitre l'espagnol facilite l'accès aux moyens de transport de S1 - les camions ou les guaguas Astro-. Je me suis vu refuser l'achat d'un billet en cup pour un trajet en guagua Astro, il m'a fallu prendre Viazul, le nom de la compagnie de bus pour les touristes ou les Cubains qui ont des CUC. De fait on voit des Cubains dans les bus Viazul. Ce sont souvent des parents ou des amis du chauffeur !
1.3 Les prix.
Les prix de S1 sont nettement inférieurs à ceux du S2. J'y vois deux raisons. Il est possible que les propriétaires prennent une marge pour se rémunérer qui s'ajoute au prix de S1. Il faudrait donner un exemple de situation ici, car tous les magasins appartiennent à l'État. Il n'y a pas de
propriétaires. Il y a seulement de petits revendeurs de vieux objets dans la rue ou dans des magasins genre brocante où il faut renoncer à la qualité.
L'État lui-même taxerait plus lourdement les produits de S2. L'objectif de la création de S2 serait pour l'État cubain de maximiser l'impôt sur le touriste, et donc les rentrées fiscales. Évidemment !
1.4 Des secteurs cloisonnés.
Le cloisonnement des 2 secteurs est surtout mercatique. D'une part, la plupart des touristes qui viennent à
Cuba choisissent un séjour tout compris ou partiellement. D'autre part, les entreprises de S2 - les meilleurs magasins alimentaires, de souvenirs, restaurants - se trouvent généralement dans les zones touristiques que le touriste individuel quitte peu souvent.
Enfin l'agencement des magasins, la piètre qualité des restos d'État, etc... Conditionnent le touriste lamda.
Au total, peu de touristes fréquentent le S1. Quant aux Cubains, généralement désargentés, ils représentent globalement une demande non solvable pour S2.
2 La régularisation de l'économie.
2.1 Pour S1, l'ajustement de l'offre et de la demande.
L'équilibre du marché s'obtient par les queues. Le principe est celui des campings aux
USA, premier arrivé, premier servi. Aux
USA, quand le camping est plein, le campeur en cherche un autre ou il va dans un motel; à
Cuba, dans S1, la queue se dissout d'elle-même, et il faut aller faire la queue ailleurs. Aussi S1 marche sur la rumeur; le Cubain défend son rang dans la file - j'ai assisté à une altercation entre Cubains, l'un voulant passer devant l'autre, alors que le bus était vide -. Une telle situation est absolument exceptionnelle car le principe de l'
ultimo (dernier arrivé) est sacré quand il y a une queue. En arrivant, il faut dire
ultimo pour savoir après qui on sera servi. Et tous les autres qui attendent sont témoins et pas question de passer devant un touriste à moins d'être malade, infirme ou enceinte.
Pour autant, on ne peut pas dire que l'économie cubaine est une économie de pénurie, parce que de bons produits se trouvent dans les rayons de S2. Même les rayons de S2 sont parfois dégarnis car la planification de l'approvisionnement est trop souvent déficiente et la distribution est lamentable.
J'ajoute pour être franc que plus on s'approche des produits de première nécessité, moins cette observation est vraie. Les
bodegas (S1) où sont distribués les produits de première nécessité sont souvent mal approvisionnées.
Il est à souligner que le prix reste le même, que l'offre soit supérieure ou inférieure à la demande. Le ministère des Prix décide du prix des produits de première nécessité et même du prix de la langouste (12 CUC) servie dans les
casas particulares.
2.2 Pour S2
C'est tout autre chose, il n'y a pas de queue. Parfois juste une attente aux caisses quand un groupe rentre dans un magasin.