rebonjour j'essaye comme ça... Camino de
la Plata 2008
Lundi 07 juillet 2008
Arrivée à
Séville vers 9H du matin... ça y est ! Nous foulons le sol de l’
Espagne, et nous sommes sur le Camino de
la Plata, 3 ème Camino officiel espagnol... après le camino Frances et le Camino del Norte, via Camino Primitivo, voici le moment tant attendu de marcher sur le Camino de
la Plata...
On nous avait prévenu, « faut pas le faire en été... trop chaud ! »... trop chaud ? Michèle garde sa polaire.. presque froid... Bernard ne transpire pas... trop chaud ?...
Mais où sont les flèches jaunes ? où sont les pèlerins ? Patience....
Nous nous dirigeons vers l’office de tourisme, puis posons nos affaires dans le couvent, l’hospederia Santa Rosalia, Calle Cardenal Spinola 8....... Qui accueille les pèlerins de Compostelle...
Pour l’instant nous nous mêlons aux touristes nombreux dans la capitale de l’
Andalousie, la magie de
Séville opère vite son charme... la cathédrale et sa tour « la Giralda », emblème de
Séville, minaret de l’ancienne grande mosquée construit au XIIème siècle, dans le style almohade, à l’instar de la Koutoubia de
Marakech. La tour est surmontée d’une lanterne au décor plus chargé, édifiée au cours du XVIème siècle. Giralda, ou girouette, désigne la représentation de la Foi qui tourne au gré des vents au sommet de l’édifice. Il ne subsiste rien de la grande mosquée, à l’exception de la cour des Orangers (patio de los Naranjos). La cathédrale est un sanctuaire gothique tardif d’une taille gigantesque. Il fallait démontrer la suprématie du Christianisme sur l’Islam vaincu... A la croisée du transept les voûtes atteignent près de 60 m de hauteur....
Tombeau de Christophe Colomb...Nous cherchons les références Jacquaires... ça y est ! une chapelle Santiago, à l’intérieur de la Cathédrale, dédiée à l’Apôtre et aux Chevaliers de l’ordre de Santiago. Saint Jacques y figure en grand « Matamores » (le tueur de Maures) - le lieu s’y prête -... mais ça me dérange toujours autant. Le paradoxe du Chemin de Compostelle.. Certains fanatiques chrétiens vénèrent Santiago pour ça ! Rien que pour ça, je m’arrêterais de marcher sur ce Chemin... et pourtant je continue...
Cet antagonisme entre Christianisme et Islam, va nous poursuivre tout le long du chemin... Rajouté à cela, le passage des Romains... Ce Chemin s’annonce différent des autres... La mémoire de la violence des luttes est restée.
En parfaits touristes, nous montons tout en haut de la Giralda, d’où nous pouvons contempler
Séville sous tous ses angles (à chaque palier, une trentaine, au total,
Séville se découvre au Sud, au Nord, à l’Est, à l’Ouest).
L’Alcazar, le fleuron de
Séville, est fermé le lundi.... Désolation.... Regrets... mais demain matin nous partirons sur le Camino.... Amis Pèlerins, n’arrivez pas un lundi à
Séville !
Nous nous rattrapons par la visite de la Plaza d’
Espagne (nous en verrons beaucoup, beaucoup d’autres, mais celle-là fait partie des plus belles). Nous assistons à la représentation de danseurs et danseuses de Flamenco, sous un ciel bleu et grand soleil... complètement envahis par leur danse... Observons un genre de grand palais en demi cercle, démesurément vide...malgré sa beauté...
Nous nous laissons perdre dans les rues de
Séville, nous imprégnions du mouvement, de l’ambiance sévillane...
Séville, point de départ vers la Gallice, vers le tombeau de Santiago, vers le bout du vieux monde à Fisterra, est un vrai cadeau, on prétend qu’elle fût fondée par Hercule, mais on dit aussi que les Phéniciens et les Grecs l’occupaient déjà. Capitale du royaume Wisigoth, elle devient arabe en 712. Plus tard, les expéditions vers l’Amérique s’embarquent depuis les rives du Guadalquivir (rives que nous aurons l’occasion demain d’admirer longuement.... Mais ça, on ne le savait pas encore...).
Malgré la chaleur, nous faisons les fanfarons en ne cessant de comparer
Séville avec
Nîmes, où il y fait bien plus chaud... Nous paierons cette arrogance dès le lendemain...
Christian, ne regrette pas ton choix, même si tu nous manques !
Ce soir nous découvrirons le gazpacho et nous nous goinfrerons de nouilles avant de passer une nuit réparatrice.
Mardi 08 Juillet
Séville – Guillena (officiellement 22.7 km... en réalité, et spécialement pour nous, un petit détour de 15 km nous est offert sur les rives du Guadalquivir = 37.7 km)
Démarrons à 6H45, frais comme des gardons, confiants en l’avenir, avec le traditionnel café froid (petites doses achetées à Inter avant de partir, soit une quarantaine de doses dans le sac... ingrédient très très précieux pour démarrer une journée de marche dont on ne sait jamais à l’avance ce qu’elle nous réserve), lait chocolaté et gâteaux secs dans le ventre.
Respectant les consignes du Livre (guide « le Chemin de
la Plata » de Jean yves Grégoire aux éditions Rando), attendons sereinement de voir apparaître le pont
Triana, tout en longeant le Guadalquivir, il fait bon, les espagnols font leur jogging, ou du vélo, walkman sur la tête, de 7 à 77 ans.
Les tags sont magnifiques, la vie est belle, mais 1H30 plus tard, le pont
Triana refuse toujours d’apparaître...
Le doute s’installe. Nous demandons « a donde està el puente Triano ? »... et cruelle déception, c’était celui qui s ‘appelait Isabelle II, juste à la sortie de
Séville, soit 1H30 plus tôt, soit 7.5 km avant...
Ce n’était qu’une petite mise en jambe dit Bernard, toujours positif...
Le climat étant doux à souhait pour marcher, nous retournons sur nos pas, rencontrons la première flèche jaune et le 1er pèlerin, 2 h plus tard. La vingtaine gaillarde, en forme, qui fait ce camino par petits bouts de 2 ou 3 étapes, car il doit travailler.
La chaleur commence à pointer le bout de son nez.
Après une bifurcation qui nous fait traverser un parking de camions, accessoirement camp de gitans, le petit jeune prend son envol et nous sème allègrement... nous marchons si lentement ????
Marchons jusqu’à Santiponce, des orangers tous les 5 mètres sur les trottoirs... dépaysant....
Passons près du site romain
Italica que nous ne visiterons pas pour cause de détours matinaux qui ont permis à Râ de s’élever dans le ciel et de nous chauffer la tête....
Nous ferons quand même une pause sandwich bière avec le chorizo le pire du monde, et repartons à 13 H, heure la (presque) plus chaude....
Rond-points d’autoroutes, passage sous des ponts d’autoroute.... (sympa le camino !)... pour déboucher.... Enfin sur un chemin fléché de 13 km.... Tout droit, dont de longs km sur une piste interminable sans aucune ombre (« la sombre », en espagnol).... Les hispaniques ont un sens de l’humour un peu particulier.... Il y a des moments où l’on a envie d’être sombre (sobre ?).... Oui, parce que la bière avec 40 °, c’est pas conseillé....
Donc le soleil brille en
Andalousie... la chaleur s’installe +++...
Trouvons la première ombre 2 heures plus tard... Michèle rougit et s’allonge...
Bernard tente de boire de l’eau de la bouteille, et regrette de n’avoir pas apporté des sachets de thé, tellement l’eau est chaude.
Autour de nous, des champs de tournesols, de maïs, de pommes de terre, d’oliviers... à perte de vue.
Michèle dérougit... mais pas ses pieds = ampoules à l’horizon. Nous repartons passablement assommés par la chaleur qu’un petit air traître nous empêche de réaliser pleinement. C’est arrivés à Guillena à 16 H avec personne dans les rues, que nous mesurons la puissance de la chaleur.
Allons à la police, comme indiqué sur le guide, nous renseigner pour l’albergue : une salle de sport très rudimentaire, d’après le jeune pèlerin espagnol que nous retrouvons dans un bar. Il semble insister lourdement pour nous signifier que ce n’est pas pour nous. Non, mais pour qui nous prend-il ? Nous avons fait 2 caminos déjà ! Ah ces jeunes ! Nous allons quand même voir, et effectivement ce n’est pour personne. Le gardien nous prévient d’un air écoeuré que c’est pas top... nous rentrons.... CHOC !
Cabinets infâmes, sans porte, donnant sur le vestiaire, donnant sur des ersatz de douches qui coulent sur des matelas pourris, éventrés. Le sol est sale, les murs sont sales... après quelques brefs instants de concertation, nous décidons d’aller à l’hôtel.
A peine rentrés dans la chambre, nous cherchons la clim... elle que nous avons toujours refusée jusqu’alors. La chaleur est étouffante, nous devons nous allonger d’urgence ! Avons le contre-coup de la journée, ce qui ne nous empêchera pas de bien manger et boire, en savourant un bon menu pèlerin. Prenons des forces pour demain.
Mercredi 09 Juillet
Guillena – Castilblanco de los Arroyos (officiellement 19 km, en réalité 19 + 5 de détours = 24 km)
Nuit reposante, malgré grosse cania !
Partons au lever du soleil à 7H15 avec un café con leche gentiment offert par la serveuse. Vraiment sympa ! serions-nous sur le Camino de Santiago ? Merci !
Quittons le village d’un pas alerte, il fait doux à 7H15 ! évitons de peu un 1er détour grâce à un espagnol en tracteur qui nous fait signe d’aller dans l’autre sens... serions-nous sur le Camino de Santiago ? Merci !
Nous descendons dans le lit du rio Rivera de
Huelva (presqu’à sec), puis nous trompons encore de pont et plus d’anges pour nous remettre sur le bon chemin....cqfd.. petit détour de ¾ H... on s’améliore ! demain sera encore mieux !
Le soleil s’est levé, il est 8H, il nous éblouit en pleine face. Bernard refuse toute crème solaire et lunettes ! je le dirais à Marion !
Michèle enfile ses lunettes de glacier jusqu’aux oreilles, chapeau..... et nous retrouvons enfin les flèches jaunes.
Nous poursuivons une piste sur 2 km, puis un chemin de terre tantôt bordé d’oliviers, de figues de barbarie, d’orangers.. sur une quinzaine de km... nous franchissons un portail où sont censés nous attendre des vachettes, qui heureusement étaient absentes.
Un peu de route pour finir, sur environ 5 km, puis arrivée à Castilblanco vers 13H30... OUF !
Il fait très chaud !
Le village fait penser tantôt à l’
Amérique du Sud par ses églises, tantôt à la
Tunisie par l’architecture des maisons (petites maisons blanches, carrées, décorées de sortes de vases en faïence sur la terrasse qui fait office de toit).
L’albergue est parfaite ! Nous y retrouvons notre jeune espagnol, qui reprendra le bus dans l’après midi pour retourner à
Séville, une dame qui écrit tout le temps, la 45aine, et un couple d’autrichiens, dont Monsieur au bord de l’apoplexie, rouge sec, dès le début de l’après midi.
Déménageons dans l’autre dortoir où nous rejoint une jeune et jolie allemande, même pas rouge ! alors qu’elle est arrivée à 16H, heure à laquelle le soleil est de plomb...
Jeudi 10 Juillet
Castilblanco de los Arroyos –
Almadén de
la Plata (29.6 km)
Démarrons à 6 H pétante, lampe de poche téléchargée solairement en activité, assistons à l’aurore.
Il fait bon, c’est agréable malgré 17 km de goudron sans pause et dans détour ! (on devient bon !), peu de voitures, des milliers de chênes lièges. Ça commence à monter (qui disait que le Camino de
la Plata était plat ?).
On attaque la sierra del Norte.
Courte pause au pied d’un chêne liège à l’entrée du parc forestier du Berrocal : nectarine, barre de céréales et c’est reparti pour 13 km dans la savane africaine.
Chemins bordés de cistes aux arômes enivrants et d’eucalyptus. Dans des endroits marécageux magnifiques, des lauriers roses sauvages égayent ce paysage aride, sec et vallonné. Sur les hauteurs, des superbes palmiers.... Parce que ça monte... en plus !.. et ça descend ! (faudra se renseigner sur la signification de Plata....y a un truc qui a dû nous échapper).
Ce parc forestier est immense, on ne croise personne, sinon 2 pèlerines qui ont l’outrecuidance de nous doubler alors qu’elles sont parties ½ h après nous !
Soyons humbles !
La nature est très dépaysante, l’étape n’est ponctuée d’aucun village, d’aucune ferme, NADA !
On est prêt pour l’Afrique !
Petite surprise, 2 km avant l’arrivée, une montée très raide avec la chaleur qui s’est installée depuis quelques heures = Michèle impose un 2ème arrêt pour prendre des forces. Mais pas trop longtemps, car plus on attend, plus la chaleur sera insoutenable.
Dynamisés par les fruits secs, nous gravissons ce col pour arriver à un panorama superbe, le Mirador « Cerro del Calvario »... en effet, cette montée ressemblait bien à un calvaire !!!
On aperçoit le village d’
Almadén de
la Plata... descente paradisiaque de part la perspective et la beauté du village : maisons blanches avec 2 minarets. On se croirait en
Tunisie...
Albergue propre et agréable, nous retrouvons nos acolytes : le couple autrichien dont la femme marche parfois avec la hollandaise qui écrit tout le temps (mais on sait pourquoi depuis ce soir : elle a perdu son guide, et chaque soir, elle recopie les indications pour l’étape du lendemain ou surlendemain, sur le guide de l’autrichienne). Son mari semble faire le trajet soit en lévitation, soit en car, soit en voiture, car il est toujours le premier arrivé...
Apprécions une longue douche, et allons boire une bière, manger nos similis sandwichs, puis siesta !
C’est Bernard qui réveille Michèle !!! il y a inversion des pôles, c’est sûr !
On est prêt pour la piscine municipale : un régal après cette journée ! piscine découverte sur fond de montagne. Même pas besoin de serviette : séchons sur place, faisant fi des regards quelques peu surpris mais gentils. Tous les espagnols sont très gentils depuis le départ, beaucoup plus que sur le camino del norte, mais nous ne retrouvons quand même pas cet engouement très particulier au Camino Frances pour Santiago.
Repas pèlerin, le plus gras du monde, et bruyant... mais on est frais ! Michèle vomirait bien, mais ce n’est pas le lieu....
Vendredi 11 juillet
Almadén de
la Plata – El Real de Jara (15.7km)
L’étape proposée par le guide va jusqu’à Monesterio (36.2 km), nous partons dans l’idée prudente de la scinder en 2 pour cause de chaleur excessive, et démarrons à 6h30.
Paysages somptueux et montagneux... nous ne comprenons toujours pas qu’on ait pu appeler ce camino ainsi « Plata »... quelques dénivelés digne du camino del norte, avec la chaleur en plus...
Traversons quelques fermes, cheminons avec chèvres et vaches, cochons noirs... et arrivons à 10 h30 tout surpris à El Real de Jara (tout le parcours s’est fait à l’ombre).
Un château surplombe le village.
Hésitons un moment à continuer l’étape, demandons à la dame de l’office de tourisme son avis : dégoulinante de sueur à 10h30, elle nous déconseille sérieusement de continuer à cause de la chaleur... et visiblement préfère avoir 2 pèlerins en plus dans l’albergue municipale.
Ceci dit, superbe albergue, chambres arrondies comme des caves, 3 dortoirs de 4 lits, quasi chambre individuelle.
Nous retrouvons Bertie, la hollandaise qui carbure aux poivrons, carottes, pistache, mais s’est fait du jamon pois chiches pour ce soir. Elle a entre 45 et 50 ans, 5 enfants, et a déjà fait le Camino Frances et le Norte (les gens croisés sur ces chemins, ont déjà tous quasiment fait le Camino Frances, mais ont été « refroidis » par le nombre de pèlerins toujours croissant, et préfèrent ces chemins moins fréquentés), c’est vrai que le Camino Frances est très fréquenté (certains parlent de l’autoroute des pèlerins), mais le Camino Frances reste pour moi le plus passionnant, de par ses rencontres, son émotion liée aux rencontres et à sa symbolique (la meseta – qui nous paraît aujourd’hui toute petite, par rapport à celle traversée sur le Camino de
la Plata), la Cruz de Hierro, où l’on peut déposer ses « valises », en les confiant précieusement au Ciel vers lequel s’élance cette croix si fine, si frêle... le Cebreiro, dernière épreuve avant d’atteindre la Terre Promise, la Galice et la Ville Sainte, Santiago.
Mais chaque Chemin a sa propre histoire, et chaque Chemin mérite d’être foulé... on arrive toujours au même endroit : Santiago et sa cathédrale incomparable à aucune autre, et Fisterra, le bout des Terres, là où le soleil meurt chaque soir dans l’océan... clou du spectacle dont je ne me lasse pas... mourir, renaître, mourir, renaître....
Mais pour revenir à Bertie, elle nous intrigue, de par sa vivacité, elle marche plus vite que nous (peut-être marchons-nous lentement ?), sans chapeau.... Ils sont fous ces Hollandais !
Allons visiter le château au bout de la colline et apercevons un second au loin : Castillo de la Torres, œuvre des chevaliers de Santiago, château aux 3 Tours, qui délimitait la frontière entre l’
Andalousie et l’Extrémadura.
Ratons l’expédition de la tente en
France, car la Poste n’ouvre qu’entre 10h30 et 11h30 ! oui, car la décision était prise : renvoyer la tente, pour s’alléger en vue des longues étapes qui nous étaient annoncées, sans villages, sans manger, et surtout sans eau.... Le camel back de 2 litres ne suffira pas ! il faudra prendre une bouteille de plus (soit 1.5Kg de plus, du moins au départ).... Pas question d’augmenter le poids des sacs ! alors on s’allège...
Nous nous mijotons nouilles + boulettes de viande + rioja, et préparons le même repas pour le sac à puces de chat qui miaule à la mort devant la porte de l’albergue.
Panorama magnifique du balcon de l’albergue : Nous sommes en hauteur et avons une vue sur le village et ses alentours dont le château, coucher de soleil derrière la colline....
Samedi 12 Juillet
El Real de Jara _ Monesterio – Fuente del Cantos 21 + 22 = 43 km)
Démarrage à 6H30 en fourrure polaire pour Michèle ! la température a chuté...
Faisons d’abord 21 km dans un paysage de chênes, quelques oliviers, quelques fermes avec des cochons noirs très sociables, qui feront le si bon jamon du coin !
Sommes en pleine forme lorsque nous arrivons à Monesterio à 11H30...21 km sans pause...
On n’a pas dû voir les arrêts...
le chemin est parfois tellement « prenant », qu’on oublie de s’arrêter
pour se reposer...
marcher, marcher...
ou peut-être voler ?
(Santiago n’est pas à un miracle près).
Décidons de retenter l’expédition de la tente, Monesterio est plus important que le village de la veille, la Poste doit être ouverte.
Nous réexpédions donc non seulement la tente (980 g) mais aussi les matelas de sol (300 g chacun). Nous pourrons donc poursuivre notre chemin plus léger et aurons de la place pour quelques bouteilles supplémentaires pour les étape futures qui s’annoncent difficiles.
Prenons bocadillos, coca pour Michèle et cerveza pour Bernard, qui ne peut se résoudre, malgré la chaleur à ne pas respecter la Tradition Houblonnesque..., du bon jamon + fromage qui arrachera le palais de Michèle pour un moment.
Croisons le couple d’Autrichiens qui s’arrêtera là pour aujourd’hui + Bertie et la jeune Allemande, qui continueront elles aussi.
Le ciel est d’un bleu magnifique et le soleil brille un maximum.
Un petit vent frais du nord nous donne des ailes... (ce qui est peut-être normal, après s’être allégés...)
Nous entamons la plus belle étape de la semaine, et une des plus belles de ce Camino.... Sur des plateaux ondulants avec des vues sans fin sur des collines qui ressemblent à des dunes. La Meseta du Camino Frances en encore plus grandiose : le désert sur 23 km.... Rien... ni animal, ni végétal, ni ombre... quelques fourmis et criquets nous tiennent quand même compagnie.
Les fourmis sont tellement nombreuses qu’il faut faire attention pour ne pas les écraser, toujours affairées en longues double lignes, celles qui partent de la fourmilière, et celles qui y reviennent, chargées de choses qui nous paraissent minuscules.... Minuscules, c’est bien ce à quoi on doit ressembler nous aussi, vue d’en haut, perdus dans ce désert, écrasé de chaleur... on se sent reliés à ces fourmis.
Des champs de blé à perte de vue moissonnés ou non, toute une palette de couleur allant de l ’ocre à l’or pur.
Un silence à la fois absolu et serein.
Assistons à quelques mini tornades de vent et de poussière, les éléments sont en harmonie, nous aussi... quelque part entre la terre et le ciel.
On se dit qu’on est prêt pour l’Afrique...
Atterrissons à Fuente de Cantos, (malgré le nom, nous ne trouvons pas de fontaine qui chante, ni de fontaine tout court.... Elles sont rares sur ce chemin, voire complètement absentes jusqu’à présent)...dans un couvent qui fait albergue touristique (concept que l’on découvre sur ce chemin : afin de rentabiliser le système, vu le nombre insuffisant de pèlerins, ces albergues accueillent également les touristes, mais à un prix supérieur).
Monument historique, cadre superbe : l’albergue turistico de la Via de
la Plata est installée dans le couvent franciscain
San Diego, restauré récemment.
Le village, Fuente de Cantos est le village natal du peintre Zurbaran, né en 1598, mon ignorance en peinture ne m’avait pas permis de le connaître, mais visiblement, il est très connu, et il compte parmi les grands maîtres de la peinture espagnole.
Et... surprise, surprise... nous y rencontrons Enrique et Susana !!!! avec lesquels nous avions marché et sympathisé lors du Camino del Norte l’an dernier avec Christian... INCROYABLE !
Sommes ravis de nous retrouver et improvisons un petit repas pèlerin entre nous dans une salle prêtée par le responsable de l’albergue. Enrique, a fait le Camino de
la Plata au printemps (sous la pluie), et il voulait montrait à Susana, quelques endroits superbes où il s’était arrêté, dont ici à Fuente de Cantos. Ce qui a facilité la négociation pour la salle.
Enrique nous met sérieusement en garde à plusieurs reprises par rapport à la chaleur :
- ne pas refaire d’étapes de 43 km, sauf si vraiment
vraiment le temps le permet...
- boire 4 à 5 litres d’eau par jour.
Il dit cela, mais ne rêve que d’enfiler ses chaussures de marche pour nous accompagner... visiblement Susana ne donne pas son accord...
Cette rencontre est quand même incroyable, ils ne faisaient que passer, ne devaient pas dormir ici (ce qu’ils ont fait finalement), on s’est rencontré dans les douches (j’étais en train de « lavar la ropa », et Michèle en train de se doucher), on n’aurait pu ne pas se voir, même en étant au même endroit au même moment... encore un mystère du Chemin...
Leur rencontre fût précieuse à plusieurs niveaux, car Enrique, prend notre guide, et nous propose un découpage différent, qui nous permettra de couper certaines étapes difficiles. Michèle est maintenant beaucoup plus rassurée sur la suite du camino.... Mais parfois les choses ne sont pas simples, et l’avenir nous prouvera que rien ne sert de vouloir échapper à son destin.... Mais ça, on ne le savait pas encore.
Dimanche 13 Juillet
Fuentes de Cantos -
Zafra (25.8 km)
Départ 6H30, très frais, la polaire est de rigueur pour Michèle : 13°.... (sommes-nous bien sur le Camino de
la Plata ?)
Pour la 1ère fois nous voyons des vignes, bien grasses, bien irriguées.
Pour la 2ème fois en une semaine, traversons un village en cours d’étape : personne à l’horizon, sauf 2 rapaces au-dessus de nous (je me demande Christian, si ce ne sont pas les mêmes que l’an dernier... ils nous auraient attendus et retrouvés... la patience d’un rapace est terriblement efficace ! mais nous ne nous laisserons pas faire !).
Pause à 9H30 : banane + gâteaux secs de la région + tarte de Susana.
Croisons la hollandaise et l’allemande sur une partie plus désertique, arrivons sur une voie ferrée avant
Zafra, que nous aurions dû longer, mais moment d’inattention, nous la traversons (en faisant quand même attention aux trains qui n’ont pas l’air de se bousculer par ici).
Ça ne fait rien, arrivons par un autre côté de
Zafra et profitons d’un marché local et gigantesque pour acheter 1 kg de délicieuses tomates (0.50 €).
Arrivons à l’albergue à 13H30, une jeune fille sympathique, Ahuda, nous ouvre le cadenas qui ferme la chaîne de la porte d’entrée. Supers dortoirs pour nous seuls ! génial !
Cadre magnifique : ancien Convento
San Francisco, voûtes, plafonds incurvés, super patio !
Même sans « l’esprit camino », les gens sont profondément gentils dans cette région.
Et en plus, pour clore cette journée, nous finissons chez un chinois qui nous prépare un super plat de riz, poivrons, oignons, gambas ou viande, avec un moins super rosé... pour 3 francs 6 sous...
Lundi 14 Juillet
Zafra – Villafranca de los Barros (21.5 km)
Traversée d’un petit village « Los Santos de Maimona », cité déjà mentionné à l’époque romaine sous le nom de « Segeda Augurina », aux confins de l’Empire à la frontière avec la Lusitanie.
Au Moyen Âge, le village était contrôlé par l’Ordre de Santiago, et son écusson est toujours composé d’une croix de Santiago, flanquée de deux coquilles Saint-Jacques. L’église paroissiale Nuestra Senora de
los Angeles domine largement les maisons villageoises à façades blanches. Le porche, la « Portada del Perdon », reflète tout l’orgueil et la puissance des chevaliers de Dieu. L’actuel « ayuntamiento » (la mairie) est installé dans les murs de l’ancienne commanderie de l’Ordre.... Nous sommes donc bien sur le Camino de Santiago....et les anges nous accompagnent...
D’ailleurs, une ménagère, en train de faire son ménage, nous voyant hésiter sur la suite du chemin, nous indique, de loin, à grand renforts de geste, et sans un mot, le chemin pour suivre le Camino....muchas gracias Senora de
los Angeles !
Superbe lever de soleil !
Que des vignes irriguées et des oliviers, excepté un champ d’amandiers dans lequel les cigales ont érigées domicile et nous chantent leur chant lancinant, qui nous promet à cette heure précoce, une journée bien ensoleillée !
Pause au bout d’une quinzaine de km au pied d’un olivier.
Le soleil a cogné dès 8 H du matin, lunettes de glacier et chapeaux.... Arrivée tranquille à 11H30 à Villafranca de los Barros, à la « Casa Perin », superbe Casa Rural (maison d’hôte) décorée total années 20.
Rencontre avec l’Association des Amis de Compostelle du Camino de
la Plata, où l’on tamponne nos crédenciales et l’on se fait confirmer les dires d’Enrique, à propos de la chaleur et des découpages éventuels d’étapes.
Le responsable de l’Association est visiblement très heureux de nous accueillir, et de parler du Camino de
la Plata, et des autres...
Il part dans quelques jours avec les autres membres de l’Association pour marcher sur le Camino Primitivo (Camino del Norte)... Ils ont déjà plusieurs Compostella spéciales pour les associations, affichées sur les murs.... Un vrai Pèlerin ! malgré son embonpoint... et un agréable moment d’échange « compostellien », il nous rappelle d’ailleurs que nous sommes le 14 juillet, fête nationale en
France...
Ah oui ? et bien, on est bien mieux ici !
Sauf si on nous dit que la Bastille est sur le point d’être (re)prise, et le roi emprisonné par rapport à ces méfaits vis à vis du peuple, et des plus démunis en particulier....
Nouilles, vino tinto de la casa, préparation de sandwich pour demain... et gros dodo....
Mardi 15 Juillet
Villafranca de los Barros – Torremegia (28, 1 km)... le 0.1 km après le 28, est écrit sur le guide, on veut bien le croire...
Départ 6H10, heure à laquelle l’espagnol extrémadurien se lève !
Il fait chaud (même sous les étoiles).
Nous croisons un cheval avec une carriole (et un espagnol dessus), et plusieurs tracteurs (avec des espagnols dessus également) sur la première partie de l’étape... Ils partent travailler à la vigne... d’ailleurs nous ferons 14 km de ligne droite au milieu des vignes (une pensée pour le Môle, et mon père qui doit à l’heure qu’il est, enfourcher son vélo pour se rendre, lui aussi à la vigne)...
Nous assistons à un magnifique lever de soleil...
Pause à 9H, barre de céréale.
Nous aurons alors tout le loisir de vérifier sur cette seconde partie, que la ligne droite est le plus court chemin entre 2 points.
Sachant que le court chemin est de 14 km sous une chaleur montante et sans ombre.
Arrivons fièrement à 11 H30 à Torremegia, où nous apprenons que le seul et unique lieu qui peut nous accueillir, l’hôtel « Millenium », est fermé ! (soupir)
Nous nous apprêtons à poursuivre sur 14 km supplémentaires sans penser à nous réapprovisionner en eau, avec le thermomètre qui indique 38 °...
Lorsque l’employé nous rattrape sur le seuil de la porte en nous disant qu’il nous fait la faveur de rouvrir une chambre pour nous.
Muchias Gracias Santiago !
Douche, sieste.... Village inerte coupé par la nationale, construction comme des corons sans toits... Pourtant ce village est né de la Reconquête par les Rois Catholiques sur les Maures.
Le vrai fondateur de ce village, en 1480 est don Diego (non ! pas « de la
Vega ») mais, don Diego Garcia (non ! pas le sergent) don Diego Garcia Torres y Mexia, qui fit construire le palais du même nom abritant (soit-disant) l’actuelle albergue... (elle était fermée pour cause, a priori de rénovation).
Nous sommes allés la voir quand même : l’encadrement du porche d’entrée est flanqué de coquilles, et le linteau comporte plusieurs blasons familiaux.
Savourons notre cervoise (fraîche) sous la pluie battante... et oui ! un orage vient d’éclater...
Ça sent le minéral très fort : la terre, le fer...
Mangeons à l’hôtel... copieux, et vin offert... ce qu’il nous faut.
Réservons le pain et les yaourts pour le lendemain, avec la bénédiction de la patronne, puis n’avons pas assez pour payer en liquide (il manque 1 euro), allons retirer de l’argent au DAB pour régler notre dette, mais la patronne refuse... cette gentillesse nous fait du bien.
Mercredi 16 Juillet
Torremegia –
Merida – Aljucen (13.8 + 16.8 + détours = 32 km)
Commençons par réveiller la brave patronne à 6 H du matin pour partir direction
Merida.... 3 mn plus tard, revenons en courant, Bernard a oublié son bâton...
Peu d’étoiles, le ciel doit être couvert...
Il fait nuit, quelques éclairs jaillissent au loin.
Paysage banal, sauf l’arrivée somptueuse par un gigantesque pont romain, qui n’a jamais cessé d’être utilisé depuis 2000 ans, avec près de 800 m de longueur et soixante arches, il figure parmi les ouvrages les plus ambitieux des romains.
Nous arrivons à 9 h. c’est pas une étape ça !
Café con leche, comme au bon vieux temps du Camino Frances, puis en route pour la visite des monuments romains. Il fait plus chaud que ce matin, pressons le pas... car même pas besoin de se parler pour savoir qu’on prolongera cette après-midi, jusqu’à Aljucen.
Nous visitons :
- le théâtre dont la construction a démarré vers l’an 15 avant JC. Gradins pouvant accueillir 6000 personnes et scène encadrée par 2 étages de colonnes corinthiennes avec statues et scènes mythologiques.
- L’amphithéâtre, plutôt en ruine, construit vers l’an 8 av JC, 14 000 spectateurs pouvaient assister aux spectacles depuis les gradins de marbre.
- La basilique Santa Eulalia, avec un sanctuaire wisigoth, édifice construit au V° siècle sur les restes d’un temple romain dédié à Mars. La basilique est dédiée à Santa Eulalia, martyrisée à
Merida, c’est la patronne de la ville.
Mais fallait pas rester trop longtemps dans la crypte labyrintesque et basse de plafond... Michèle est un peu claustrophobe.. c’est vrai que l’endroit dégage une atmosphère plutôt pesante.
- L’acqueduc Los Milagros qui acheminait l’eau retenue dans le réservoir de Proserpina, à 5 km au nord de
Mérida. Des piles de granit et de briques sur le lit du rio Guadiana ! 830 m de longueur, 25 m de hauteur !
Mérida, ou Emerita Augusta fût fondée en l’an 25 av JC par l’empereur Auguste pour recevoir des vétérans des légions ayant combattu dans la péninsule ibérique. La cité devient la capitale de la Lusitania, hautement stratégique par sa situation à l’extrémité occidentale de l’Empire, juste à la croisée des grandes voies romaines reliant
Tolède à
Lisbonne, et
Séville à
Astorga...
Petites courses, fruits, tomates, pain, puis repartons pour Aljucen.
Pause au réservoir de Proserpina, paradisiaque !
Pourraît être touristique, mais ne l’est pas.
Un lac, 3 personnes, quelques paillotes, dont malheureusement un repère franquiste, où malheureusement nous les soutiendrons financièrement involontairement en consommant une cerveza et un coca + olives.
Non content d’exposer une photo de Franco avec sa famille avec un article d’El Pais (malheureusement équivalent du Monde), il fait le signe fasciste devant la photo, il invitera également un gentil client muet à faire de même.
C’est dommage, car le muet est sympathique et communique aisément avec Bernard au sujet du Camino (des gestes, des onomatopées, des mimiques...) entre muets, ils se comprennent... fascistes ou non....
Quel est le message de la journée ?
Pique niquons sous un arbre, sur des rochers au dessus du lac.
Sérénité absolue : paradoxe de cette demie journée.
Puis repartons pour Aljucen, chemin plus sympathique que celui de la matinée. Roches granitiques sortant de terre, chênes.... On aurait pu se croire parfois dans les landes, parfois en
Bretagne... cela sous une chaleur presque insupportable... incroyable ! traversons pour la 3ème fois dans la journée un lieu habité : le village de Carrascalejo, après le faste romain de
Mérida, c’est un plaisir très subtil de retrouver un univers bucolique et des villages perdus au milieu des terres. Carrascalejo- littéralement : lieu pierreux, sans doute appelé ainsi en raison des blocs granitiques qui hérissent les alentours.... Dans ce hameau, le temps semble suspendu..
MIRACLE ! une fontaine ! la 1ère fontaine du Camino de
la Plata, depuis
Séville... fontaine avec de l’eau qui coule, et qui est potable ! ça tombe bien, nous y plongeons nos têtes et aspergeons nos chapeaux.
Nous allions commencer à boire, quand une femme (la seule personne dans ce village que nous verrons) nous interpelle « un momento ! » et rentre dans une maison, nous n’osons plus boire, peut-être n’est-elle pas potable ?
Quelques instants plus tard, elle ressort avec une bouteille de 2 litres remplie d’eau très fraîche qui sort du frigo.
Nous lui demandons si celle de la fontaine n’est pas potable, elle répond, « si ! pero este, era mejor ! mas fresca ! »
Muchas Gracias Senora de Carrascalejo !
Un régal !
Il en faut peu pour être heureux !!!
On l’est total, et on descend les 2 litres en un clin d’œil !
Les gens sont vraiment très gentils depuis le début de ce Camino.... Mais cette fois, cette donneuse d’eau fraîche, nous rassure complètement... nous sommes bien sur le Camino de Santiago...
Nous avions pour la première fois de l’eau à volonté (et c’était déjà un grand cadeau), et cette femme, sans qu’on lui demande quoi que ce soit, veut nous offrir encore plus...
D’ailleurs, s’il nous fallait une preuve supplémentaire, à la sortie du village, nous passons à côté d’un grand calvaire surmonté d’une croix de l’ordre de Santiago. Le fût est un reste de colonnade romaine.... C’est le 1er signe visible que nous rencontrons depuis
Séville (soit + de 200 km après) !
Nous verrons plus loin également une représentation de Santiago sur des murs....
Nous repartons le cœur léger, nous sommes sur le bon Chemin ! en route pour Aljucen, une bagatelle de 5 km...
Arrivons à l’albergue, et c’est Pascal qui nous ouvre, un français d’une soixantaine : il vit là depuis 1 mois avec Chica, son mulet.
Il voulait aller de
Grenada dans la Drôme, en passant par les anciennes drailles... mais il a dû y renoncer, car la plupart ne sont plus praticables, il ne lui restait plus qu’à emprunter les
chemins de Compostelle (Camino de
la Plata jusqu’à
Astorga, où il rejoindra le Camino Frances, jusqu’à Puente La Reina, où il empruntera le Camino Arragonais et le Chemin d’Arles)... en fait, il est devenu pèlerin malgré lui.
Il avait un a priori sur ce Chemin, à cause de la « version » Santiago le « Matamores »....mais en ayant passé un mois ici, presque comme un hospitalier, car c’était devenue sa maison, il a pu rencontrer pas mal de pèlerins, et nous a dit son intérêt pour ces rencontres.
On ne sait pas trop où il habite.... Visiblement, il était agriculteur, éleveur dans la Drôme, et serait parti depuis pas mal de temps pour l’
Espagne.
La tienda n’ouvre dans ce village de 150 habitants que jusqu’à 14H. Nous n’avons donc rien à manger, ce que Michèle déteste !
Heureusement Pascal nous propose de partager sa pitance.
Acceptons malgré l’heure tardive qu’il impose (20H30, 21 H)...on n’a pas le choix..... il doit s’occuper de Chica qui est blessé (raison pour laquelle il est coincé ici)... proposons 1 bouteille de pif acheté au café en échange...
Excellent repas préparé par Pascal, et partagé avec lui.
Il n’a pas d’adresse, sauf celle d’internet, et semble prendre la vie comme elle vient.
Jeudi 17 Juillet
Aljucen – Alcuescar – Aldea del Cano (20.6 + 15.5 = 36.1 km)
Nous nous réveillons à 5 H, comme d’hab.
Pascal se réveille aussi, puis part méditer dans la cour.
Il se réveille tôt tous les matins.
Il nous rapproche du Camino dans la nuit à travers champs, sous les étoiles... (le champ des étoiles = Compostelle) puis au revoir chaleureux...
Ce Pascal est plus Pèlerin qu’il ne le croît (ou qu’il ne le dit)...
On lui doit une fière chandelle ! sans lui, hier soir, nous nous serions couché le ventre vide...
Comme quoi, il y a toujours un ange placé au bon moment au bon endroit...
Merci Pascal !
On se dit qu’il a dû inviter à sa table plus d’un pèlerin depuis 1 mois...
D’après ses dires, il passerait 1 à 2 pèlerins tous les 2 ou 3 jours.... Le Camino de
la Plata en été n’est pas fréquenté, sauf par quelques enfadados (fadas en catalan)...
Filons tout droit (comme d’hab.) sur des pistes rouges à travers d’immenses rochers de granit sortant de terre, paysage de landes, chênes lièges, plantes aromatiques...
Le soleil se lève... éblouissant !
Coup de chaud pour Michèle dès 9H du matin ! la journée promet... nous perdons les flèches jaunes 1 h avant l’arrivée, sommes donc obligés de faire plusieurs km sur la nationale en direction du pueblo que nous apercevons au loin, et qui, normalement devrait être Alcuescar.
Tombons sur le couvent « Los Esclavos de Maria y de los Pobres », où un jeune et beau prêtre nous invite à nous arrêter en nous alléchant avec le repas gratuit du soir : pas besoin d’aller faire les courses ou d’aller au restau !!!! c’est alléchant, mais neni, nous voulons aller au bout de l’étape que nous nous sommes concoctés.
Montons en haut du village pour acheter des fruits et de quoi faire des sandwiches, cerveza dans un café en dégustant le sandwich.... Et repartons à 12h30, qui n’est pas encore l’heure la plus chaude !....
Par contre ce fût certainement une des plus chaude journée...
Alors nous avons dû mettre la commande automatique, et Dieu sait où nous étions durant ces quelques heures, mais, nous, nous ne nous rappelons de rien, si ce n’est qu’on est arrivé à 16H30 en loques desséchées, à.... Aldea del Cano !
Albergue à nos pieds en arrivant ! même pas besoin de chercher.
On va quand même chercher les clés au café d’en face, choc thermique, avec la climatisation et les ventilateurs... difficile de sortir quelques mots, mais le patron, sans un mot, nous remet aussitôt les clés et nous réclame 6 €... certains espagnols accoudés au comptoir tentent de communiquer, mais nous ne comprenons rien... entre l’accent d’ici très spécial et la cafetière qui a bouillie, le seul objectif immédiat est la douche froide !
Maison hyper moderne (refuge pèlerin ouvert en 2006), très haut plafond, avec 2 fenêtres à 3 m de hauteur (sommes-nous au pays des géants ? ou avons-nous rapetissé ?), on ne peut les ouvrir, ni les occulter...
Il fait très chaud à l’intérieur également.
Plaque chauffante en vitrocéramique, frigo, machine à laver... un parador !!!!
Prenons une douche, éreintés...
Puis sortons pour chercher un long moment sous la chaleur de plomb un magasin ouvert pour acheter nouilles, albongodillos (boulettes de viande en boîte dont l’origine est méconnue), sauce tomate, bouteille de Rioja (est-ce bien raisonnable ?)
Mangeons avec grand plaisir, même parmi les mouches (il y a une étable avec des vaches, juste à côté de l’albergue, en plein village....)...
Jusqu’à ce que... chaleur de la journée + étuve de l’albergue + chaleur de la digestion (et de la Rioja) = chaleur +++++.... Et à partir de 21H, Michèle, au bord du gouffre, 1) s’allongera hagarde, 2) aspergera ses jambes et pieds tous les ¼ h avec de l’eau froide, 3) se rafraîchira avec un gant de toilette jusqu’à s’endormir avec....
Bernard surveille les opérations... Michèle est bien pâle, mais elle va s’en sortir encore une fois...
Vendredi 18 Juillet
Aldea del Cano –
Caceres (24 km)
Départ 6H avec tranches de pain de mie intégral + beurre SVP !!! Merveilleux ! trempées dans café chaud !
Démarrons à 6H15 avec une pleine lune orangée superbe !
A gauche la pleine lune, à droite firmament de début de jour... 1ères lueurs... spectacle plutôt saisissant...
Paysages désertiques...
Traversons après 10 km, le pont romain de la Mocha sur le rio Salor.
Pause à Valdesalor... Village pas très joli... normal quand on connaît l’histoire : il a été construit en 1950, dans le cadre du « plan
Badajoz », décidé par le gouvernement de Franco.
Le but était de développer l’Extrémadura en y implantant des familles... une forme de colonisation...
Bornes romaines... 9 H, il fait très chaud.
Mangeons des bananes pourries achetées hier (nous te remercions l’épicier... Même pourries elles étaient bonnes) + barre de céréales.
Michèle se trempe la tête dans une pseudo fontaine nauséabonde, jusqu’à ce qu’un espagnol lui crie dessus pour lui indiquer une autre à 2 m 50, propre et avec eau potable !!! la vie est belle !!!
Repartons direction
Caceres.
Le Camino de
la Plata se révèle de nouveau ne pas être plat... quelques côtes, toujours le désert, pire ! des odeurs de charognes...
1) voyons un mouton mort
2) voyons un mouton blessé avec 3 pattes
3) voyons la quatrième patte plus loin...
Mais que font les bergers ?
Bon présage pour la journée.... Et cerise sur le gâteau : le squelette de chepaquoa mouton... mais rassurons-nous, n’avons pas vu de squelette de pèlerins... la vie est belle !
Pressons le pas quand même... marchons, marchons jusqu’à
Caceres... superbe ville inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité depuis 1986...
Nous grimpons sans nous arrêter, vers le haut de la vieille ville qui nous attire par ses monuments Moyenâgeux...
Le nom de Castra Caecilia mentionné dès 78 av. JC désigne une colonie romaine implantée au nord de la ville actuelle.
A l’emplacement du
Caceres historique, on cite plutôt Norba Caesarina, fondée en 34 av. JC, dont il subsiste des ébauches de murailles. La Cité devient une place forte entourée de fortifications sous l’occupation arabe. Elle prend le nom d’Alkasar. Reconquise au XIV° s. par les Chrétiens,
Caceres devient un foyer culturel et s’enrichit. Eglises et palais se construisent à un rythme effréné pour donner en moins de 200 ans le visage que l’on connaît aujourd’hui....
Cerveza avec toast d’enfer dans un café design supersympa...
Puis Office de Tourisme pour avoir le plan de la ville et trouver l’albergue municipale...
Je t’en foutrai des albergues municipales à 34.50 € la nuitée !!!!!!!
Visitons la vieille ville, remplies de bijoux.. dont un Parador..... Il y a même l’église Santiago... c’est à partir de cette église que s’est créé l’ordre militaire des frères de
Caceres, qui devint ensuite l’Orden de Santiago....
Tortilla Verano d’enfer... et dodo...
Samedi 19 Juillet
Caceres – Casar de
Caceres – Embalse de Alcantara (11.2 + 23 = 34.2 km)
Réveil à 4 H du matin, car la journée sera longue et chaude.
Départ à 5 h, à cause d’un petit détour proposé, cette fois par Michèle, qui ne sait toujours pas lire un plan... et Bernard lui fait totale confiance.... Ça nous a permit de revisiter une partie de
Caceres by nigth...
Il fait déjà chaud.
La lune brille et nous choisissons d’aller par la route pour nous simplifier la vie.
Bernard refuse ostensiblement toute traversée de route normale.
La
Guardia Civil nous arrête (« mais qu’est-ce qu’ils foutent ceux-là à 5 H du mat ? »)...
Ils nous font comprendre que c’est dangereux de marcher de nuit, les voitures ne nous voient pas.... Bernard montre fièrement sa lampe de poche, c’est quelqu’un de prudent.
Nous ferons ainsi 11 km dans la nuit ou presque, et arrivons frais (ou presque) à Casar de
Caceres au lever du jour et ouverture de bar.
Petite pause pour se refaire une santé, bien appréciable.
Quittons le village par une piste blanche en côte et pénétrons... Dans le désert !
Des mégalithes sortent de terre, immensité du paysage vallonné, pas de végétation... paysage lunaire, désertique, le soleil monte et chauffe...
Nous sommes portés par cette immensité, ce rien nous remplit.
J’aimerais parfois être un oiseau pour voler au-dessus de ce paysage, et parfois je me transformerais bien en mégalithe, figé dans l’instant éternel, au milieu de ce désert.
Michèle mitraille le paysage de photos, Bernard continue de marcher (en ralentissant le pas quand même).
On aimerait bien emporter avec nous ce lieu magique...
Apercevons une tâche bleue au loin, c’est l’Embalse de Alcantara, retenue d’eau immense.
Le Barrage a été construit en 1969 pour retenir les eaux du Tage.
Le lac artificiel a englouti plusieurs villages, mais aussi une portion de la Via de
la Plata et le mansio romain de Tumulus.
L’antique calzada enjambait le Tage au moyen du pont d’Alconetar, bâti sous l’empereur Tranjan. Lors de la mise en eau de la retenue, une partie du pont fut déplacée et reconstruite plus au nord...
On aperçoit le haut d’un château au milieu de cet océan... on a d’ailleurs vraiment l’impression d’arriver à l’océan, tellement c’est grand...
Chouette ! on va se baigner !
(on avait prévu le maillot, car on avait vu ce « plan d’eau » sur la carte avant de partir).
Juste avant d’atteindre ce lac, marchons le long d’un terrain rocailleux, sinueux, montant et descendant.... Encore des cistes qui embaument tout le chemin.
Vue plongeante sur cet « océan »... finissons par descendre sur la route goudronnée au bord du lac.... 5 km de macadam sous le soleil, les yeux rivés sur cette eau qui nous appelle...
1H30, la chaleur devient extrême...
Arrivée un peu longue sur ce goudron, avec la chaleur qui monte.
Michèle ne peut résister à se jeter sur un sandwich fait avec Amour la veille. Bernard n’a pas faim. Trop chaud !
Et atteignons l’albergue, située au bord du lac.... Fermée ! (ça refroidit !)
Après avoir appelé l’hospitalier, ½ H d’attente, douche froide et mangeons (remangeons pour Michèle), et tentative de dodo... même pas sommeil, trop chaud, trop fatigué, les « endomorphines »commencent à faire leur effet au bout de 11 jours de marche.
Alors nous décidons gaiement d’aller faire comme tous les touristes (qu’il n’y a pas ici... ce qui aurait dû nous alerter).. ici, il n’y a personne, sauf 3 espagnols arrivés peu après nous, et qui, eux, font la sieste !!!!
Mais grosse déception, arrivés au bord de l’eau, elle était d’un vert saumâtre, et sentait le moisi, l’eau croupie.
Nous n’y avons même pas mis nos doigts de pied à tremper, et pourtant il faisait plus de 40 ° à l’ombre, donc imaginez au soleil !!!!!
Nous sommes donc très vite remontés nous enfermer dans l’albergue avant de suffoquer de chaleur.
Le concept de cette albergue nous laisse un peu rêveur.
Pas de coin cuisine, pas de quoi faire la vaisselle, mais l’hospitalier nous vend au prix fort 1 boîte de conserve, 1 pizza et 4 bières pour 14 €.
La nuit est à 15 € par personne...l’hospitalier ne vient que pour ouvrir l’albergue, et encaisser l’argent, après il rentre chez lui dans un village à proximité...
Ce sera mieux dans quelques année certainement.
Maintenant Michèle « comate » avec un gant mouillé sur la tête et les seins à l’air....
Je t’Aime Mon Amour
Toujours
Tous les jours.
La journée a été chaude.... Et (heureusement) nous ne savons pas ce que demain nous réserve...
Dimanche 20 Juillet
Embalse de Alcantara – Embalse de Alcantara = 1 km – Canaveral (non pas en fusée, mais presque... en voiture.... Ben oui, y a des fois où il faut s’adapter au progrès...)
On fait chabat aujourd’hui, jour de repos (c’est dimanche, non ? le chabat est le samedi, mais le jour du Seigneur est le dimanche....)... contraints, forcés...
Réveil 5 H, départ 6h15, petit déjeuner copieux (ce qui est rare), café à volonté, nuit relativement paisible, malgré la chaleur torride.
Démarrons plein d’entrain pour gravir d’un pas alerte une bonne petite côte (mise en jambe...) causons beaucoup (ce qui est rare), sur des marches futures, partout sur la planète, et surtout sur la Cordillère des Andes,
Tibet,
Egypte, GR 20 en
Corse....
Et POUF ! Michèle s’allonge direct sur le bas côté, petit coup de fatigue, mais impossible de se relever...
Bernard patient et rassurant, attend calmement... même pas de baffes...
1 h passe et nous décidons, au ralenti, de rebrousser chemin pour rejoindre la route et faire du stop jusqu’à Canaveral, 10 km plus loin.
L’état de Michèle ne laissait pas présager la possibilité de marcher sur 10 km, ni même 2... peut-être pourra-t-elle redescendre le chemin jusqu’à la route (1 km) ?
Il est 9 H et toujours confiant dans la solidarité caminesque espagnolesque, ferons naïvement du stop.
1 h plus tard, mais confiant encore dans la solidarité caminesque espagnolesque, rebroussons chemin (pour la 2ème fois) pour rejoindre une des rares maisons présente dans ce lieu.
Un couple de personnes d’un âge certain nous reçoit chaleureusement, nous offrant à boire et madeleines.
Il y a 2 boliviennes dont une visiblement mariée au fils du couple. La bolivienne et son marie nous emmèneront jusqu’aux urgences à Canaveral... en voiture, bien sûr !!!! Vais-je être malade à mon tour ? La voiture a souvent un effet secondaire pas très sympathique dans mon ventre, surtout après avoir marché quelques jours... Mais non je tiens le coup, et Michèle reprend quelques couleurs...
Ils étaient impressionnés par la maigreur de Michèle (qui bouffe pourtant comme 10...).
Ils nous confient donc à une infirmière de garde, puis nous embrassent chaleureusement, comme de vieux amis qui se quittent pour un certain temps...
Emotion... quelque chose s’est passé...
Nous en sommes troublés... nous les avons dérangés un dimanche matin, en pleine réunion de famille, ils étaient là en vacances, les parents habitent
Caceres, et ont ce pied à terre, ici (maison de campagne, au bord du lac, où l’on ne se baigne pas).
Etrange rencontre, dans cet endroit désertique... le malaise de Michèle nous aura permis de bénéficier de cette rencontre pas ordinaire, de la gentillesse gratuite et spontanée de ces gens.... Qu’aurions-nous fait à leur place ? Certainement la même chose... (enfin, je l’espère), mais donner est facile... recevoir, l’est moins !
On a parfois l’impression d’avoir une dette... mais leur « au revoir » chaleureux, m’enlève cette idée de « dette »...
“...
May you always do for othersAnd let others do for you...” Bob Dylan
Ce qui donne à peu près
“Puisses-tu toujours faire du bien aux autres Et laisser les autres t’en faire »
Non ! Nous n’avions pas de dette, simplement le plaisir partagé d’être ensemble et de se soutenir : eux, de nous aider... nous, d’être aidés, simplement, gratuitement, fraternellement !
L’infirmière, ne causant pas français, mais adorable, prend la tension de Michèle : Parfait ! 12.8 ! (du jamais vu !)... le taux d’oxygène : Parfait !
L’interne arrive, on cause, tout va bien, apte pour continuer le Camino... (sauf, aujourd’hui, peut-être...), à condition de se blinder d’Aquarius : c’est la découverte du jour ! genre de limonade pour sportifs, remplie de sels minéraux.
Allons donc de ce pas acheter 3 bouteilles à la station essence du village (oui, ça sert aussi à çà, les stations d’essence ! c’est du carburant pour marcheurs fatigués, ayant perdus leurs sels minéraux en chemin... d’ailleurs certaines stations arborent fièrement la coquille – Shell -... c’est donc bien la preuve qu’elles sont des relais sur le Camino de Santiago...
Il n’y a pas de hasard ! juste une adaptation aux Temps Modernes).
Pourquoi la station d’essence ? Parce que c’est dimanche, et que tout est fermé (sauf les relais de sels minéraux)... et c’est même une chance que tout soit fermé, car nous lirons plus tard sur le Livre d’Or de l’albergue, différents avertissements quant à la qualité de la nourriture vendue dans la tienda, ainsi que dans le bar restaurant... il semblerait que quelques pèlerins aient eus des ennuis gastriques ici....
Mais ventre affamé n’a pas d’oreille, ou d’yeux, et on va démarrer par une ventrée de nouilles à 14 h au bar restaurant.... (on ne prend pas trop de risques en ne prenant que des nouilles... pas fous quand même !) Aquarius sin vino pour Michèle, un
solo vaso de vino tinto pour Bernard...
La vie est Belle !
Sieste pour Bernard, dégivrage de congélateur pour Michèle.
Incroyable ! une pèlerine espagnole (nationalité reconnue par le bruit de ses pas) débarque à 15 H, ainsi qu’un énergumène français et chrétien baptisé Pierre... à 18 H !!! Ils sont fous ces gaulois ?
Un pèlerin qui sait tout, qui parle tout le temps, qui pose des questions sans attendre les réponses, et qui nous saoulera avant la bière pendant 30 minutes sans interruption.
Il vient de passer une épreuve physique et climatique intense ! sans eau, sans ombre à 14 H au bord de la route après 36 km d’épuisement, et sans portable pour appeler au secours !
Il voulait s’arrêter à l’albergue d’Embalse de Alcantara, et a trouvé une fin de non recevoir... il était très en colère... il faut reconnaître que c’est aux antipodes de l’esprit Camino... quasiment de la non assistance en personne en danger...
Nous devons préciser que Pierre semble plus proche des 70 ans que des 20 ans !
Malgré notre compassion, réussissons à fuir son flot incessant de paroles pour nous rendre au bar (climatisé...).
L’hôtelier muy sympatico nous sert 2 cervezas et se donne beaucoup de mal pour trouver le code qui nous permettra d’utiliser internet.
Mangeons le menu del Dia en confondant ternero (viande qu’on aime) avec conero (= lapin qu’on n’aime pas) grâce à de subtiles mimiques de l’hôtelier qui mimait les oreilles de lapin comme des cornes de vaches).
Finissons nos verres de vino tinto dans la salle de bar pour pouvoir fumer, quand... HORREUR ! Pierre débarque, tonitruant, bruyant, mais nous permet de rencontrer un sculpteur baroudeur chilien.
Ce dernier a déjà fait le Camino Frances en vélo, et après avoir voyagé dans presque tous les pays du monde entier, en vélo, a choisi de poser ses valises dans ce petit village. Il pense se réinstaller au
Chili, qu’il a fuit à l’époque de Pinochet.
Il gagne sa vie partout avec ses sculptures sur bois, parfois grandes (à l’albergue de
Ponferrada, il a réalisé une sculpture de 2 ou 3 m....) parfois petites (en Afrique...) il parle français, espagnol, allemand, anglais, italien, quelques langues africaines.... Nous discutons jusque tard dans la soirée... il retrouvera Pierre dans un autre bar et ils feront la fermeture à 2 H du matin...
Lundi 21 Juillet
Canaveral – Galisteo (28.5 km)
Nous nous réveillons à 4H30, en même temps que Nuria (la Catalane) et Pierre (qui totalise 2H30 de sommeil).
Nuria presse Pierre, sachant qu’il vaut mieux partir le plus tôt possible, mais celui-ci s’acharne à nettoyer, passer la serpillière, vider les poubelles... n’oublions pas qu’il a été hospitalier et sait ce que c’est de nettoyer après le passage de pèlerins.
Nuria, gentille, mais excédée, l’attend dans la rue.
Pierre n’arrête pas de parler, même pendant la montée raide de départ. Il s’essouffle, mais continue... Il se permet de faire des réflexions à Nuria qui commence à s’énerver « tu n’es pas mon père ! c’est mon problème si je porte trop d’eau ! » Elle nous dit l’avoir dépanné à 3 reprises parce qu’il était sans eau, avoir appelé pour lui, l’avoir empêché de se perdre à plusieurs reprises ! rien ! au contraire, il joue à « Mr je sais tout », je connais tout mieux que tout le monde, ne s’intéresse absolument pas à la personne qui est avec lui. Et surtout il harcèle Nuria qui n’en peut plus et souhaite avancer le plus possible pour le semer.
Faisons une halte au bout de 10 km. L’aquarius réussit à Michèle : en pleine forme !
Pierre tient à nous faire passer par Grimaldo (ce qui implique 2 ou 3 km de détour !) Bernard perd du temps à le rejoindre et à récupérer Michèle et Nuria qui attendaient sans rien comprendre au bord de la route. Pierre continue à causer... il nous fatigue...
Nous mettons le turbo et marchons 5 h ou 5H et ½ sans pause.
Longeons un muret de pierre, nous frayons un chemin entre les chênes et apercevons un genre de lac. Panorama superbe !
11H30 à un point haut retrouvons Nuria, soulagée d’avoir semé Pierre, prenons une barre de céréale, admirons Galisteo qui se découvre à nos yeux : village fortifié, en haut d’une colline.
Faudra encore 1 H30 de marche plein soleil pour arriver.
Longeons un canal (qui nous rappelle celui de Castille sur le Camino Frances), puis empruntons des pistes caillouteuses blanches.
Arrivons vers 13 H à l’hôtel plutôt qu’à l’Albergue (la chambre pour 3 est moins chère... avec la clim en plus...)...
et qui débarque ? furieux ? Pierre. Il veut faire le point : « alors ? où on dort ? Vous avez prévu une chambre pour 4 ? Mais ça ne se passera pas comme ça, après tout ce que j’ai fait pour vous ! je vous ai laissé les photocopies des étapes à l’albergue précédente que vous n’avez même pas prises ! je vous ai éviter de vous perdre ce matin en perdant du temps ! en principe les 1er pèlerins arrivés s’occupent des suivants : vous avez demandé si je pouvais avoir une chambre pour 7 € ?.. et patati patata..
Michèle blanchit et s’explique quelque temps avec lui, le temps qu’il parte ailleurs.. ouf !
Nuria est excédée, Michèle aussi, et même Bernard ! on rigole quand même.
Quelques courses pour le traditionnel repas de midi (enfin... 14 H) : pain thon tomates... et dire que c’est l’anniversaire de Bernard !!!
Dormons l’après midi, puis mangeons le menu del dia à partir de 21 H ? con una buena botella de Vino Tinto, cause que c’est l’anniversaire de Bernard.
Oui j’ai 50 ans aujourd’hui... ça se fête, il paraît...
Ma meilleure façon de fêter cette moitié de siècle, (et d’être encore en vie), est d’être ici, en train de marcher sur le Camino de Santiago...
Miracle de tous les jours !
Même pas mal aux pieds ni aux jambes, la tête dans les étoiles, les pieds sur terre... et, cerise sur le gâteau... avec Michèle ! Marcher, marcher, sur cette planète magnifique, sur ces Chemins si particuliers, que sont les
Chemins de Compostelle, avec pour objectif unique... atteindre Santiago de Compostella... si ce n’est pas cette année, ce sera l’autre, peu importe... j’ai le temps.... Même si j’ai (déjà) 50 ans, j’ai l’impression d’en avoir 10, par moments.... Emerveillement de chaque instant sur ce chemin, rencontres exceptionnelles, même si aujourd’hui, celle de Pierre, vient perturber l’Harmonie... mais c’est ainsi ! Pierre a certainement quelque chose à nous apprendre... bien qu’il soit a priori bien « malade ».
Marcher aujourd’hui, 21 juillet 2008, dans ces espaces désertiques, sous une chaleur suffocante, est pour moi, une victoire, que je savoure à chaque pas...
Une pensée pour Gaël et Cécile, Basile, Lila... Marion.. et Eva, pour mes parents, pour David, qui vient de partir (et que je sens toujours tellement présent)... je repasse en film tous les gens que je connais et que j’aime (famille, amis, collègues....)...Dora... et Lui, là haut ?... Dans ces moments de longue marche, je sens Ta présence, je me souviens de ce moment à Fisterra, en Octobre 2002... où j’ai enfin accepté l’Evidence, après avoir « déposé mes valises » ! Ce Chemin permet vraiment de se centrer sur l’Essentiel... de s’ouvrir...
« plus je m’éloigne des hommes plus je me rapproche de l’Humanité »... Je ressens toute la Force de cette Humanité... je me sens relié... à la Nature qui m’entoure, même si ce n’est que du désert, en regardant bien, il y a toujours quelque chose... la présence de Michèle est un cadeau magnifique ! Nous marchons au même rythme, nous ne faisons qu’UN... sans un mot...les mots sont toujours approximatifs, alors nous marchons l’un devant l’autre, ou côte à côte, main dans la main... parfois, il se peut que nos pieds ne touchent même plus le sol...
Pour revenir sur terre, Galisteo, existait déjà sous l’empire romain, non loin du village actuel, sous la forme de relais « Mansio Rusticana ». Aujourd’hui, ce qui frappe en arrivant à Galisteo, ce sont les murailles ahmohades qui ceinturent le centre historique. Ces fortifications ont été érigées par le Maures au XIIIème siècle peu de temps avant la Reconquista, en utilisant les pierres recueillies dans le lit du rio Jerte. Leur hauteur de 11 m pour une épaisseur de 3 m donne une idée de la crainte que pouvait inspirer la venue des chrétiens.
Mardi 22 Juillet
Galisteo – Carcaboso – Arco de Triomphe – Hostal de Asturias (= 11 + 20 + 9 = 40 km)
10 h de marche... la journée la plus terrible du Chemin...
Départ 5h30, avec Nuria, sans Pierre... dans la nuit, sous les étoiles... lampe de poche... la route goudronnée jusqu’à Carcaboso.
7H30, le soleil apparaît.
Pause, retrait d’argent pour Nuria, yaourt, gâteaux secs pour Michèle, clope pour Bernard (à chacun sa nourriture)... 8H15 repartons pour l’Arc de Triomphe...
Paysage plus vallonné que ces derniers jours, et très irrigués.
Contraste de verts pâturages, à côté de pailles desséchées. Beaucoup de champs fortement irrigués. Maïs, choux... il y a beaucoup de vaches grasses, on se croirait en
Suisse...
Puis sentiers sablonneux qui serpentent au milieu des chênes, le long de murets en pierre, ceci pendant 4H30 jusqu’à l’Arc de Triomphe.
Nuria bute sur un serpent, et nous prévient... fléchage pas toujours évident à suivre...
Chemin sans fin... dans un décor de steppe africaine... un pas puis un autre et encore un autre.. nous avançons en silence.
Enfin apparaît une ferme au bord du chemin vers 12H30....Faisons le plein d’eau... Il était temps, les camel back étaient quasiment vides.... Enfin, une présence humaine !
et.... 13H et quelques... arrivons à l’Arc de Triomphe, symbole du Camino de
la Plata !
Vestige romain grandiose, posé au milieu du Chemin... de nulle part...
Ce lieu est certainement le plus emblématique de la Via de
la Plata.
Tomber nez à nez en rase campagne avec ce monument quasi intact qui a traversé deux millénaires, demeure un instant très fort de ce voyage.
Des fouilles récentes ont permis de dégager un champ de ruines aux abords de l’Arc. Ici, se dressait la Cité de Caparra et le mansio du même nom. Un
miliario (borne) portant le chiffre CX indique que nous nous trouvons à cent dix miles romain (163 km) d’Augusta Emerida (
Mérida)...
Nous sommes soulagés et ravis d’admirer cette œuvre gigantesque dans ce lieu désert.
Il y a des fouilles tout autour qui mettent à jour l’antique cité de Caparra... Mais il fait très chaud.
Rencontrons des touristes, venus en voiture (une route est toute proche)... ils semblent être contents de croiser des pèlerins, nous sommes plutôt décomposés, et avons du mal à communiquer.... Car le reste du Chemin demeure aléatoire...
Cela nous fait quand même un drôle d’effet d’être là, tous les 3... sous le symbole du Camino de
la Plata, celui que l’on trouve sur toutes les bornes du Camino en forme de cube, qui indique la direction, tout comme l’étoile sur le Camino Frances.
Nuria téléphone sur son portable à l’hôtel, où une personne était sensée venir nous chercher, mais comme il ne peut le faire qu’à partir de 16 H, nous choisissons de poursuivre.
La chaleur monte d’un cran, il est 13h30, et nous pressons le pas. Michèle s’est déguisée en Yasser Arafat pour se protéger du soleil. Il nous reste, en principe, que 8 km pour atteindre une route qui croise le Camino, puis 2 km pour rejoindre l’hôtel. En réalité, l’hôtel se trouvait à 5 km supplémentaires de ce que nous avions marché : ce n’est plus possible d’avancer, épuisés... la chaleur...des chemins ou petites routes qui partent dans tous les sens, aucune flèche, aucun panneau... Nuria téléphone à nouveau à l’hôtel qui nous expédie une voiture pour nous récupérer. OUF !!!!
Petite pensée pour Enrique et son « bon plan », mais c’étaient les mêmes informations qu’avait Nuria sur son guide espagnol, des Amis de Compostelle de
Séville. Le patron de l’hôtel, marcheur sur le Camino à ses heures perdues propose d’envoyer un mail ou d’appeler l’Association de
Séville, afin qu’ils rectifient sur leur guide les informations relatives à son hôtel.... Il n’est pas à 3 km de l’Arc, mais à 14 km... et impossible à trouver sans plan...
Nous avions voulu échapper à notre destin d’une étape de 39 km... nous les avons quand même fait.... Sans commentaires !
Douche, repos. Michèle s’endort... puis allons prendre cervezas comme 2 zombis, et rencontrons un couple de français qui habitent au
Portugal.
Très surpris d’apprendre que nous marchons dans cette région. Visiblement ils mettent du temps à capter qu’il s’agit du Chemin de Compostelle (ce n’est qu’après leur avoir montré notre guide, qu’ils réalisent...). Apparence destroy : lui, genre Hells Angels, il ne lui manquait que la Harley (il l’avait troqué pour un 4x4), Elle, moins destroy... mais quand même... Il est sous dialyse, et, donc « obligé » de rentrer en
France tous les 3 mois, pour des examens... ils s’arrêtent à chaque fois ici. Insiste lourdement sur la chaleur dans cette région. Il parle beaucoup de lui, de tout ce qu’il a fait (rallye
Paris Dakar...). Elle semble l’admirer. Ils sont rigolos et sympas, et nous offrent des pépites (non, pas d’or, celles que l’on décortique en buvant la bière, et qui donnent soif encore plus). Il habite dans une cabane de pêcheur sur la falaise au bord de la mer... il en est fier. Elle est Bretonne, de Brest, et semble avoir tout quitté pour le suivre, aime beaucoup le
Portugal, se sent comme chez elle.
Mercredi 23 Juillet
Hostal Asturias – Banos de Montemayor (23 km)
Démarrons ½ h plus tard parce que ce sera de la route goudronnée tout le long et plus court que prévue.
Le paysage change et nous évoque les Asturies (ce n’est pas un hasard si l’hôtel s’appelait « l’hôtel des Asturies »)...zone montagneuse, verdure... échanges intéressants entre Nuria et Michèle, bonnes vibrations... Bernard trace bien loin devant.
Le temps passe vite. Ça y est ! on est arrivés au bout de l’Extrémadura, et on commence à monter sec. Arrivés à Banos de Montemayor, passons à l’Ayuntamiento, et apprenons, ô désespoir ! que Pierre est déjà arrivé, et a fait sa révolution dans le village...l’albergue n’ouvrira qu’à 17H.
Nous décidons donc de faire un tour par le marché sur la place.
Nuria veut acheter un maillot de bain car nous comptons patienter par la suite à la piscine municipale (ciel ouvert = merveilleux !) jusqu’à 17 H.
Au secours croisons Pierre, braillant, accompagné d’un guardia civil un peu tendu (on ne saura jamais pourquoi). Il nous demande fermement où est Nuria, Michèle lui répond qu’elle ne sait pas, que Nuria est libre.... Il attend de pied ferme, puis finit par s’épuiser et repart (Nuria s’était cachée en le voyant). Crise de fou rire + inquiétude pour Nuria : que se pasa ?
Il semble faire une grave fixation sur cette femme. Prenons une cerveza et passons une délicieuse après midi à la piscine, immense, en plein air sous le soleil...
La vie est belle !
Nous nous détendons, Bernard va jusqu’à réfléchir dans l’herbe et faire des rêves non évocables dans ce livret, mais justifiés par la présence obsédante de Pierre.
17 H, allons à l’albergue, où Vincente, l’hospitalier, nous apprend hilare, que Pierre est venu dès 10 H du matin semer la panique (comment est-il arrivé ici et surtout à cette heure ? nul ne le saura). Réagissons fortement en lui disant que nous voulons l’éviter (ce qu’il semble comprendre parfaitement, même si ce ne sont pas des agissements très pèlerins... mais le cas de Pierre est vraiment trop lourd, et relève de la psychiatrie).
Prenons nos douches. Bernard et Nuria étendent leur linge dehors, Michèle est sous la douche, lorsque Alerte générale, la collègue de Vincente nous prévient que Pierre est de retour, et nous attend. Elle a beau dire qu’on n’est pas là, il nous attend. Elle conseille à Nuria et Bernard d’attendre cachés dans le jardin, et prévient également Michèle de ne faire aucun bruit et de ne pas sortir de la douche... c’était franchement vaudevillesque......... Michèle s’assoit devant la porte des douche des fois qu’il insiste... et l’entend brailler, comme d’habitude. Ciel ! combien de temps cela va-t-il durer ?
Vincente et sa collègue ayant « neutralisé » l’individu en lui offrant une boisson et en acceptant d’entendre sa diarrhée verbale franco ibérique, viennent nous prévenir que nous pouvons nous échapper par le jardin... sans bruit, nous nous enfuyons, un peu honteux de leur laisser Pierre. Courons dans la rue, explosons de rire et de colère malgré que Bernard se blesse le genou.
Cerveza... retour discret à l’albergue pour payer : vincente et sa collègue sont épuisés, au bout du rouleau, hilares.... Puis partons au restau avec Nuria.
Nuria nous raconte qu’elle a été hospitalière à Foncebadon, qu ‘elle a beaucoup apprécié cette expérience.
C’est une personne généreuse et bien ancrée. Elle massait les pèlerins, faisait la bouffe pour 10 ou 20 personnes le soir, se réveillait le matin pour préparer le petit déjeuner des pèlerins, les accompagnait un bout de chemin pour se dégourdir les jambes, jusqu’à la Cruz de Hierro... et revenait nettoyer l’albergue, les sanitaires.. avant l’arrivée des nouveaux pèlerins...
Sacré personnage ! elle a fait 4 fois le Camino Frances, mais commence à saturer sérieusement de l’Extremadura, à cause de la chaleur, du harcèlement de Pierre, (bien qu’elle l’ait pris en pitié au début, et souhaitait l’aider) et du poids extrême de son sac à dos...Elle prendra donc le bus demain matin pour sauter 2 étapes et se rendre directement à
Salamanque. Nous avons pour consigne de mentir à Pierre et lui dire qu’elle est restée derrière nous dans un pueblo car elle s’est blessée.
Elle n’en peut plus, pourtant son attitude était on ne peut plus compatissante à son égard.
Jeudi 24 Juillet
Banos de Montemayor – La Calzada de Bejar – Fuenterroble de Salvatierra (13 + 21 = 34 km)
Prenons un petit déjeuner solide avant de partir (préparé la veille par l’hospitalier) et démarrons à 6H15 par une montée raide.
On devine le paysage plus qu’on ne le voit, car il fait encore nuit...
En se retournant et en regardant en bas, on voit les lumières de la ville devenir de plus en plus petite.. nous devons monter au ciel ?
Arrivons à la frontière entre l’Extrémadura et la Castille Léon... Cela signifie la fin proche de notre chemin pour cette année... petit pincement au cœur, à l’aube...
Nous évoluons à près de 1000 m d’altitude, la végétation change : frênes, châtaigniers, landes... plusieurs km dans des sous bois, petites rivières, on se croirait en Cévennes... sommes-nous sortis du désert ?
Le climat change, il fait plus froid (ou moins chaud)
Première courte pause à une fontaine pour se réalimenter en eau (excellente ! la 1ère vrai fontaine avec une eau pure !)
Croisons 2 espagnols rencontrés la veille qui nous doublent... puis direction Valdecasa... plateaux, petits chemins où les papillons nous accompagnent.
Arrivons par un chemin de terre à
Valverde de Valdecasa, hameau typique. On voit des espagnols qui travaillent sur les toits... toutes les maisons sont très anciennes, ce hameau nous rappelle Foncebadon, sur le Camino Frances. Nous croisons également pour la 1ère fois plusieurs calvaires en granit... la Galice, n’est plus très loin.. les Celtes ont du passer par là...
Il y a même l’église de Santiago, petite chapelle dans ce petit village d’environ 50 habitants.
Ça y est ! on est vraiment sur le Camino de Santiago ! on se sent chez nous...
Faut dire qu’ici, la calzada romaine rejoint l’Histoire jacquaire. Le village est sous la protection de l’apôtre Santiago, comme son église paroissiale. Le petit édifice en granit affiche un fronton classique très austère. Les familles de cigognes domiciliées sur les clochetons de campanile égaient notre passage de leurs craquettements. Il y aurait eu, paraît-il, un hôpital pour les pèlerins à
Valverde...
A la sortie du hameau, ciel ! redécouvrons Pierre, déconfit, en panne d’eau, comme d’hab, demande où est Nuria, et suivons les instructions :
« elle est restée se reposer à l’étape précédente.. » nous sentons qu’il va la lâcher... pressons tout de même le pas pour arriver rapidement à Valdecasa... et le laissons en train de discuter avec des espagnols qui lui indiquent la fontaine...
Nous partons donc rapidement, avec quand même un peu de honte, de le laisser ainsi... mail il est vraiment trop insupportable !
Jusqu’à Valdecasa, le goudron recouvre l’antique calzada, heureusement que la route est très peu passante. En revanche piétiner sur du macadam aux heures chaudes n’est pas franchement réjouissant !
Valdecasa est plus important que
Valverde avec 3 bars, une épicerie et un refuge. Les habitants sont des éleveurs de bétail.
Nous arriverons donc à Valdecasa en sueur, sans avoir fait de pause depuis 5 h...
Atmosphère, Il était une fois dans l’Ouest...
Au bar nous retrouvons les 2 espagnols et décidons de ne pas manger notre traditionnel sandwich pain tomates thon (il est seulement midi) pour repartir plus vite, éviter Pierre et une digestion difficile sous la chaleur.
Nous nous faufilons dans un beau décor composé de genêts, chênes-lièges et blocs de granit. On aperçoit les montagnes au loin, tout autour de nous, avec même un peu de... NEIGE !!!! vision féerique sur un immense plateau encerclé de montagnes.
Croisons une borne militaire romaine, puis 8 km plus loin, arrivons au refuge de peregrinos du Père Blas, très connu sur le Camino de
la Plata... mais que nous ne verrons hélas, pas.
C’est un hospitalier canadien qui nous reçoit. Superbe albergue décorée à la « Ernesto » (curé hospitalier sur le Camino del Norte, le parallèle de Blas... sur chaque chemin – Frances, Norte, Plata- il y a un curé qui s’est particulièrement investi, et qui a marqué fortement son empreinte... Nous avions eu l’honneur de croiser Ernesto l’an dernier... c’est déjà beaucoup !)
Beaucoup d’inscriptions sur les murs, énormes lettres de bienvenues pendues au plafond...
« je vous ai envoyé mes anges pour vous accompagner sur le Chemin »... Cette phrase est inscrite (ou sculptée) en une dizaine de langues...
Merci ! On en a déjà croisés un certain nombre...
Rustique et moderne à la fois, petites courettes avec des niches dans lesquelles se logent des statuettes du Camino (Santiago est la Star !).
Douche, repos, arrivée des espagnols, et...de Pierre.
Visite de l’église, très originale, constituée d’une ancienne tour de gué, pierres grises claires, sobre à l’intérieur.
La chance nous sourit aujourd’hui, car, l’église est ouverte (ce qui, cette année, ne s’est produit que rarement) : une dizaine de magnifiques statues en bois, plus grandes que nous, posées sur l’hôtel comme des êtres vivants.
C’est un berger du village qui réalise ces œuvres d’art, pour l’église. Il est « sacrément » doué ! statue de Santiago, bien sûr, ainsi qu’un Christ ressuscité... Il se dégage une ambiance vraiment sereine, joyeuse... pas de crucifixion, pas de Maria Dolores... et tout ce que l’on peut souvent trouver, surtout dans les églises espagnoles, relatif à la souffrance... ici, rien que de la Joie !
A côté de l’église Santa Maria la Blanca, se trouve un vestige de la calzada romaine, coupée sur sa tranche pour pouvoir observer les différentes couches de pierre, et leur disposition très particulière.
Nous avons enfin l’interprétation étymologique du mot « PLATA » : il viendrait de « BALATA » mot arabe, qui signifie « empierré », et qui aurait dérivé phonétiquement en « plata »... les Maures ont envahis l’
Espagne par ce chemin au VIII è siècle..., qui était la voie romaine, donc empierrée... (ils ont d’ailleurs été refoulés plusieurs siècles plus tard, par la même voie)... rien à voir avec plat ou plateau... mais une autre explication est aussi possible, car c’est par ce chemin que l’on véhiculait l’or extirpé des mines dans les Asturies, pour l’acheminer à
Séville.
Retournons à l’albergue où l’hospitalier nous propose de préparer le repas pour tout le monde (9). Pierre nous surprend par son calme, il est très fatigué. Nous apprenons qu’il a 77 ans... cela nous oblige à reconsidérer quelque peu notre (re)sentiment envers lui... Aurons-nous la force à son âge de faire ce qu’il a fait ?... espérons quand même être moins chiant...
Nous mettons un couvert pour le père Blas, qui doit venir nous rejoindre pour le repas.... Mais l’heure tourne et l’hospitalier nous propose de commencer : tortillas, tomates, pastèque... très bon, bien qu’un peu léger pour des marcheurs.
Heureusement que nous avions prévu 2 bouteilles de vin... sans ça, le repas aurait été à l’eau... Les espagnols n’hésitent pas à se resservir sans demander si les autres en veulent, ou proposer de partager... L’ambiance n’est pas tout à fait comme on l’espérait, et le père Blas ne viendra pas.
Nous irons nous coucher le ventre moins repu que d’habitude, mais prêt pour le lendemain.
Nous apprenons que demain, à l’occasion de la fête de Santiago (25 juillet), il y aura une procession jusqu’en haut du Pico de la Duena (1ère moitié de l’étape de demain, soit 15 km !). le curé insiste pour que tous les pèlerins viennent ainsi que les villageois, mais nous préférons partir tôt, par crainte d’avoir à marcher sous la forte chaleur, après. Pierre, lui, restera... il était venu ici pour ça.
Vendredi 25 Juillet
Fuenterroble de Salvatierra – San Pedro de Rozados (28.2 km)
C’est la Fête de Santiago !
Partons de l’albergue à 6 H, il fait nuit et très froid. Ce sera la polaire pour Bernard, et polaire plus kway pour Michèle.
Démarrons par une meseta de 3 h (long plateau totalement désertique), avec une superbe aurore : couleurs irisées, nuages prenant des formes originales.... Filigranes de coton qui se délitent...
Traversée de troupeaux de vaches dont certaines sont noires et ressemblent à des taureaux, ce qui n’est pas sans inquiéter Michèle. Mais Bernard la protège, et les vaches, même noires, sont paisibles... pardon Monsieur, pardon Madame... on ne fait que passer... continuez à ruminer...
Le Chemin se perd au milieu de cette plaine immense, plusieurs chemins partent dans tous les sens... plus de flèches... et c’est là que nous voyons apparaître un vieil espagnol, venu de nulle part, qui nous indique la bonne direction, et nous dit que le curé et les habitants de Fuentorroble vont passer ici tout à l’heure, pour aller au sommet... « oui, merci nous le savons, mais la route est encore longue pour arriver à San Pedro, et la chaleur monte... »
Encore un ange ?
Arrivons à une barrière canadienne pour démarrer une raide montée d’une heure jusqu’au Pico de la Duena, là où arrivera tout à l’heure tout le village de Fuenterroble... le chemin est jalonné de croix, jusqu’au sommet.
C’est un lieu symbolique, le point le plus élevé de la Via Romana, qui se poursuivait au nord, jusqu’à
Astorga.
La Via Romana et le Camino de
la Plata vont donc bientôt se séparer.
Pour célébrer ce point haut, à peu près à équidistance de
Séville et de Compostelle, l’Association des Amis de la Via de
la Plata, sous l’égide du père Blas Rodriguez, a érigé une grande croix de Santiago en 1997.
Le site est, paraît-il, souvent balayé de vents très violents, mais aujourd’hui, ce n’est qu’une brise un peu fraîche.
Panorama superbe sur 180°...
Les montagnes au loin, et la Meseta jusqu’à
Salamanque... au fin fond de l’horizon, apercevons quelque chose qui pourrait ressemblait à un phare... on a vraiment l’impression d’être sur un océan...
Les éoliennes sont partout ! (pensée pour Christian)
Attaquons la descente pour arriver sur une petite route goudronnée sur 5 km... long, fastidieux, tout droit...
Beaucoup de nuages...Arrivons enfin à un pont près de l’unique ferme dans un rayon de 20 km aux alentours.
Nous sommes au Far West, et un groupe d’hommes à cheval marquent des vaches (ou taureaux ?). cela ressemble à une ferrade.
Faisons une halte un peu plus loin : bananes, gâteaux secs... il est 11 h environ, mais sommes plutôt fatigués...
Redémarrons pour 5 nouveaux km à côté de la route, mais avançons difficilement.. le chemin est très monotone.. un pas puis un autre... nous arrivons enfin, après un point haut à San Pedro de Rozados... plus d’énergie...
A l’entrée du village Michèle se fait mordre par un roquet...
Nous allons nous affaler dans l’albergue. La porte est ouverte, le prix est inscrit, mais il n’y a personne.
Dormons quelques heures, toujours personne.... Allons sonner à l’adresse supposée de l’hospitalier (selon les indications inscrites dans l’albergue).... Personne...
Allons donc manger, car en fait nous avons très faim... re tentons notre chance au retour, mais toujours personne, pas d’hospitalier en vue... nous lui laisserons l’argent sur la table... c’est quand même typique du Camino en
Espagne... une maison (car l’albergue en question était une petite maison de village, mitoyenne avec d’autres), ouverte à tous... et même pas dégradée...
La nuit sera bruyante, fête de Santiago oblige... concert dehors, rires, cris, chant des espagnols... mais nous dormirons quand même.
Samedi 26 Juillet : dernière étape ! qué tristesa !
Pedro de Rozados –
Salamanca (25 km)... + les allers retours dans
Salamanca entre la gare des bus et celle des trains, et l’albergue... = 30 km.
Partons un peu plus tard que d’habitude, vers 6H30. Avons du mal à retrouver le Camino pour sortir du village, perdons un peu de temps...Effet du dernier jour ? Pas vouloir partir ? Nous sommes si bien ici !
Finissons quand même par retrouver les flèches et en route pour une meseta matinale de 4 km jusqu’à Morille. Il fait frais : polaire pour Michèle.
Poursuivons par une large draille, où quelques vaches paissent tranquillement en nous regardant passer, puis par une autre meseta plus vallonnée de 10 km.
Au point haut, nous apercevons
Salamanque !
Etrange ces visions des villes ou villages que nous voyons de loin et qui nous apparaissent si infimes !
Recommençons à fatiguer... surtout Michèle.
Faisons une pause dès 15 km à Miranda de Azàn (en dehors du Camino), où nous dégustons un coca pour Michèle et un café con leche avec tartines frites (le reste de la fête d’hier) dans de l’huile bien grasse, pour Bernard.
Dans le café, un homme au bar nous repère, nous demande si l’on fait le Camino et nous propose de l’attendre pour nous remettre sur le Chemin (il connaît un raccourci).
Nous acceptons et marchons d’un bon pas pendant 5 ou 6 km.
Il est anesthésiste retraité, et revient dans son village natal, de temps à autres, mais habite au pays basque. Il s’émerveille de tout, et nous explique en espagnol (il ne parle pas un mot de français) :
- les cigognes qui ont besoin de peu pour être effrayées, et pourtant, n’hésitent pas à suivre les tracteurs qui labourent, pour débusquer les rats des champs, pour les manger
- comment on « ballonne » le blé
- la colline sur laquelle, il y a eu une célèbre bataille de Napoléon contre les espagnols
- la richesse culturelle de
Salamanque, chaque lieu qu’il faut visiter
- sa passion pour les corridas (il est anesthésiste bénévole pour les corridas)...
... Puis disparaît presque de façon magique, comme une ombre qui s’éloigne, qui rapetisse sur la colline protectrice, juste le temps de se dire au revoir, sans même s’être présentés. On ne connaît pas son prénom, il ne connaît pas le notre... aucune importance... nous avons partagé l’Essentiel : un moment d’allégresse (légèreté, insouciance...beaucoup de rires, sans savoir vraiment pourquoi... une communication/communion s’était installée, sans qu’on s’en rende compte) dans un espace-temps, comme s’il nous avait remis sur les rails après un moment de faiblesse... nous venons de traverser la 3ème meseta de la journée sans nous en rendre compte....
Certainement un de ces anges, venu partager quelques pas sur ce Chemin Sacré... une façon de nous dire « au revoir »... pour cette année...
Maintenant
Salamanca la Belle, grossit à vue d’œil... et le « phare » que nous avions aperçu hier, est aujourd’hui à nos pieds : relais télévision de
Salamanque...
Passons sous quelques ponts d’autoroutes, puis entrons dans les faubourgs de
Salamanque.... Agréables : pas de route bruyante et passante comme toutes les entrées de grande ville des Caminos Frances et Norte... seulement un petit chemin qui serpente dans un parc sur quelques km...
Nous débouchons sur un pont romain (15 arches... construit au Ier siècle) et distinguons maintenant très nettement la Cathédrale et un autre bâtiment ancien.
13h ! nous sommes au pied de la Cathédrale !
Nous la visitons immédiatement avec nos sacs, lourds, lourds... Superbe !
Il y a une ancienne Cathédrale (style roman) qui jouxte la nouvelle (gothique). Beaucoup d’art byzantin dans l’ancienne.
L’ancienne Cathédrale dédiée à Santa Maria, à laquelle on accède par la nouvelle, a été construite au XIIième s.
Richesse de sa tour lanterne, Torre del Gallo (Tour du Coq), décorée de nombreux lanternons et d’un toit en écailles, comme sur les cathédrales de
Zamora et de Périgueux. A l’intérieur le retable de l’abside comprend 53 tableaux représentant autant de scènes de la vie du Christ et de la Vierge.
La nouvelle Cathédrale symbolise la réussite de
Salamanque, par ses dimensions et sa richesse. Tous les styles s’y conjuguent : gothiques, Renaissance et Baroque, car sa construction s’est prolongée sur deux siècles, à partir de 1513.
Autre monument typique : La Casa de la Conchas, palais du XVème s. qui affiche des coquilles Saint Jacques sur sa façade, prouvant son lien avec l’histoire jacquaire. L’édifice fût édifié sur ordre de don Rodrigo Arias Maldonado de Talavera, à la fois chevalier et chancelier de l’ordre de Santiago....
Etc...
Mais voilà... le temps passe... et nous devons reprendre le train à minuit...
Cela nous laisse quelques heures pour s’imprégner de cette ville, qui donne un avant goût de Santiago... difficile toujours de s’arrêter ainsi... au milieu... mais c’était certainement l’endroit idéal pour s’arrêter cette année et reprendre l’an prochain.
On n’a pas été privé de désert !
520 km... 19 jours de marche... au pays des anges... juste un entraînement... pour aller plus loin...
« Bien que les pieds de l’homme n’occupent qu’un petit coin de la terre, c’est par tout l’espace qu’il n’occupe pas que l’homme peut marcher sur la terre immense. »Tchouang-Tseu
« Celui qui marche pour marcher n’a plus ni ambition ni souci de gagner de l’argent, d’amasser des biens et de se fonder une réputation ; il est absorbé par le seul effort de marcher et par rien d’autre. Celui que la marche enivre est à ce qu’il fait, il n’a pas d’autre vie que celle-là, et s’y abandonne entièrement au risque de « perdre sa raison » pour l‘émerveillement – qui est au fond sa véritable nature. Il est enfin « au monde » et il y reste, sans désir d’une autre vie... » Stevenson