Perso, j'ai un diplôme de droit et je parle russe (peut-être pas parfaitement, mais en tout cas couramment et sufisamment pour travailler en russe). J'ai également étudié le droit russe mais en
France. Votre projet est intéressant. Perso, je n'ai jamais eu aucun mal à trouver du boulot, que ce soit en
Russie ou en
France. Parler russe n'est pas très répandu, être juriste et parler russe, ça l'est encore moins, être juriste française, parlant russe et capable de travailler avec le droit russe, c'est presque rare. Et si en plus, vous parlez arabe...
Néanmoins, je mettrais quelques bémols à votre projet :
1. Un diplôme russe ne vaut rien à moins d'être obtenu dans une université moscovite (MGU ou MGIMO) ou dans certaines universités réputées (la faculté de droit d'Ekaterinbourg est plutôt pas mauvaise). En revanche, un diplôme obtenu à Pyatigorsk n'aura aucune valeur. J'ai travaillé deux ans à l'université là-bas et je sais comment cela se passe. J'enrageais souvent de voir des étudiants obtenir leur diplôme uniquement parce qu'ils avaient payés.
2. Le droit est spécifique à chaque pays. Même si la
Russie a opté pour le droit civil et s'est largement inspiré du droit français, il est difficile de travailler en
France avec un diplôme russe. Par ailleurs, en
France, l'enseignement du droit, c'est surtout l'enseignement d'un mode de raisonnement. A l'issue de vos études, on vous demandera de savoir penser en juriste, plus qu'une connaissance parfaite des lois et autres textes juridiques. Or, en
Russie, ce n'est pas du tout la même chose. Quelque soit la filière choisie (en tout cas en sciences humaines), le principe est l'apprentissage par coeur. Vous apprenez des pages et des pages d'info, mais on ne vous demande pas de construire un raisonnement à partir de ces connaissances. Travailler ensuite en
France risque d'être difficile à ce niveau-là.
3. Il existe tout de même pas mal de juristes en
Russie qui parlent parfaitement français. Si vous vous retrouvez en concurrence avec eux, personne n'aura intérêt à vous embaucher. En revanche, si vous avez un diplôme de droit français et que vous parlez russe, là vous avez un profil vraiment rare qui peut être intéressant (beaucoup de structures françaises préfèrent embaucher un français plutôt qu'un étranger à certains postes).
Ce que je vous conseillerai, c'est de débuter vos études en
France. L'université
Paris 10, par exemple, propose un double diplôme droit français/droit russe (les deux premières années, c'est plutôt langue russe, mais à partir de la licence, des professeurs de droit russe viennent à
Paris vous faire des cours). La cinquième année consiste en un stage en
Russie ou un semestre/un an d'études dans une université. Vous pouvez alors vous raccrocher à une université et approfondir votre connaissance du droit russe ou des relations internationales. Bien sûr, vous n'aurez pas tout de suite le niveau d'un juriste russe, mais le droit n'est jamais que du droit et il est facile de s'adapter à un nouveau droit surtout lorsqu'il s'agit de droit civil comme en
France. J'en fais l'expérience chaque jour dans mon boulot.
Sinon, il y a d'autres possibilités comme le diplôme de Sciences Po
Paris couplé avec MGIMO. Vous passez deux ans en
France et deux ans à
Moscou. Mais c'est difficile d'y entrer et il faut avoir déjà un excellent niveau en russe pour postuler (le dossier de candidature est par exemple à rédiger dans les deux langues).
Pour finir, je dirais que votre projet est vraiment intéressant. Le droit offre de nombreux débouchés autres que les procédures judiciaires ou les juristes d'entreprise. Le russe ouvre également beaucoup de portes et je suppose qu'il en est de même pour l'arabe. Les trois combinés, c'est top. Ensuite, tout dépend de ce que vous voulez en faire. Les relations internationales c'est assez bouché, mais cela ne signifie pas que de trouver du boulot soit impossible.
Ce qui compte c'est vous forger une bonne expérience de terrain dans les régions qui vous intéressent (si j'ai bien compris, c'est plutôt
Asie Centrale et
Caucase). A chaque fois que je postule pour un nouveau job, l'employeur s'arrête sur mes deux ans à Pyatigorsk, ne me parle que de ça et m'embauche parce qu'il trouve ça hallucinant d'aller s'enfermer pendant deux ans au fin fond du
Caucase. Faire vos études en
France ne vous empêche pas de cumuler les stages sur le terrain (c'est ce que j'ai fait pendant toutes mes études). Et les stages, c'est également une façon de se constituer un bon carnet d'adresse, ce qui est toujours utile quand on cherche ensuite du boulot dans un domaine comme les relations internationales.
Avec une bonne expérience, un diplôme de droit/relations internationales français, le russe, l'arabe et éventuellement quelques mois d'études en
Russie, je vous assure que de nombreuses portes s'ouvriront devant vous.