SUITE
Voici les dernières infos, sur les circonstances de l'accident :
Il est 17 h, et la jonque se trouve à 130 miles à l'est de
Malte. Pendant plusieurs jours, le temps a été favorable et la progression depuis
Suez s'est faite à vive allure. A présent, la mer est formée,.et l'étrave vient régulièrement frapper contre les vagues qui forment des creux de trois mètres. Un choc plus important que les autres attire l'attention de l'équipage. Dix minutes plus tard, une voie d'eau est constatée à l'avant du bateau, dans les cales. La Boudeuse a sans doute heurté un container flottant entre deux eaux, comme celui qu'elle a croisé la veille et qui avait fait noter au capitaine, dans le journal de bord, qu'il fallait être vigilant. Mais cet obstacle était imparable. Très vite, la lutte s'organise. Elle va durer treize heures. Toutes les pompes rentrent en action, mais l'eau monte inexorablement. Elle finit par provoquer un court-circuit. Les pompes ne marchent plus. A 21 h, Franceschi lance un premier message de détresse. La mer s'est légèrement calmée mais l'eau continue de monter. A 23 h, l'Echo Europa, un pétrolier italien, arrive sur zone. Le capitaine de La Boudeuse lui demande de stationner pendant que l'équipage essaye de sauver la jonque.
Les sept marins présents à bord jettent toute leurs forces dans la bataille. A 1h du matin, Franceschi comprend que la partie est perdue. Il réunit ses compagnons au bar de La Boudeuse, pour un dernier verre. L'ambiance est surréaliste. L'eau a presque tout envahi, il n'y a plus de lumière. A 3 heures, il confie à Kerneau, le second capitaine, la mission d'évacuer une partie de l'équipage en zodiac vers l'Echo Europa. Guilbert, écrivain et matelot, Pothon, chef-opérateur, et Rondel, mécanicien, s'éloignent vers le pétrolier. Avec ses deux lieutenant, Delaroche et Maury, Franceschi essaye encore... A 5h, L'Echo Europa tente de remorquer La Boudeuse. Peine perdue.
A 6h15, Le capitaine fait monter ses deux lieutenants sur le château arrière. La jonque bascule sur la gauche. A 6h30, c'est la fin. Les trois hommes plongent. Franceschi a quitté son navire le dernier. En se retournant, il voit encore quelques instants, dressé vers le ciel et le jour qui se lève, la plaque sur laquelle s'inscrit le nom de la jonque, avant qu'elle ne sombre définitivement vers les profondeurs.