Musique traditionnelle du Mali et Gospel américain
Le soir du 10 juin 2020, à
Richmond, capitale de la
Virginie, une foule abat une statue de bronze de plus de deux mètres de haut de son piédestal. L’objet représentait Jefferson
Davis, président de la Confédération pendant la guerre de Sécession – groupe de onze États du Sud qui ont mené de 1861 à 1865 une guerre meurtrière pour le maintien à tout prix de l’esclavage. Les manifestants, eux, étaient mobilisés dans Black Lives Matter, d’une ampleur sans équivalent depuis le Mouvement des droits civiques, qui a surgi à travers le pays suite à la mort violente, par asphyxie, infligée par une patrouille de police de
Minneapolis à
George Floyd, quadragénaire afro-américain devenu symbole des nombreuses morts aux mains de policiers très majoritairement blancs, désormais équipés militairement, et presque jamais sanctionnés. Le meurtre de George Floyd à
Minneapolis a suscité une vage d’émotions et un sursaut civique dans la société us-américaine. Et les échos résonnent loin des
Etats-Unis, d’autant plus que le racisme et la violence dans les forces de l’ordre existent dans bien d’autres pays...
Dans la tristesse des événements à
Minneapolis, je pense et renvoie à une chanson de la défunte reine du gospel américain,
Mahalia Jackson, «
God shall wipe all tears away », à nouveau enregistré en 2016 par le Kronos Quartet & le
Trio Da Kali
avec la magnifique chanteuse malienne,
Hawa 'Kassé Mady' Diabaté (fille du plus grand chanteur traditionnel malien,
Kassé Mady Diabaté
). Kronos est revenu sur l’enregistrement de cette chanson comme un hymne de tristesse et d’espoir. La chanson est – à plusieurs égards – en rapport avec Black Lives Matter : Mahalia
Jackson qui a enregistré son premier gospel (tiré du Livre des Révélations 21, et la musique écrite par Thomas A. Dorsey) à la fin des années 30, était très impliquée dans le Mouvement des droits civiques et était d’ailleurs sur le podium aux côtés de Martin Luther King lors de son célèbre discours au
Lincoln Memorial en 1963. En fait, c’est
cette femme
qui s’est tournée vers King pour lui dire : «
Tell them about the dream, Martin ! Tell them about the dream ! »
Les paroles de «
God shall wipe all tears away » ont été traduites en bambara (langue la plus parlée au
Mali), la musique d’orgue de l’original a été répartie entre le quatuor à cordes et Hawa 'Kassé Mady' Diabaté les chante avec cœur et âme :
«
God shall wipe all tears away »
Even if there are dark clouds over our headsWhen the sun comes out, gold will be seenThat is a promise in heaven :God shall wipe all tears away.
When we arrive in God’s blessed houseWhere the sun is always shiningAnd the morning is always bright :God shall wipe all tears away.
(en bambara) :
«
Ala bɛna mɔgɔ ɲɛji bɛɛ cɛ »
Hali ni kaba nɔgɔ b’anw kunna deKalo mana bɔ sanuman bɛ yeO ye layidu ye, fo kaba laAla bɛna mɔgɔ ɲɛji bɛɛ cɛ
N’anw sera Ala ka so baraka maTile bɛ kɛ tuma bɛɛDon min sɔgɔ man da yeelenAla bɛna mɔgɔ ɲɛji bɛɛ cɛ
David Harrington, fondateur et premier violoniste du Kronos, écrit : «
I just listened again to ‘God Shall Wipe All Tears Away’ and God missed a few here in my room--the idea of Hawa singing this with us is really beyond any known reality. That this song could be sung in another language, by someone who has had such a different life and environment than Mahalia Jackson and yet is bound to her by the most amazing and somehow related vocal sound is totally inspiring to me. There is something so deeply musical at work here. I hope that Hawa will like the song too. »
En fait,
she does, elle est devenue une de ses chansons préférées ET une de ses plus belles...
Hery
Kronos Quartet & Hawa 'Kassé Mady' Diabaté :