Tu trouves alors qu'il faudrait mieux s'abstenir du trek du tour des
annapurnas et plutôt opté pour une autre option?
Les avis peuvent être partagés sur cette question. Personnellement, je trouve que la réponse peut être lourde de conséquences. J'ai écrit un billet sur un autre forum voyage que je me permets de retranscrire ici, vu l'importance et l'impact de cette problématique.
«Le tour des
Annapurnas permettra-t-il encore de faire une incursion dans ce
Népal reculé si singulier... un coin de pays sans route et sans véhicule, parsemés de bourgs appartenant au passé où même les nouvelles étaient propagées par les paysans marcheurs et les porteurs, il n'y a pas si longtemps. Les antennes paraboliques sont apparues, puis l'électricité dans certains hameaux, les cellulaires et maintenant la route. La «loi du développement» semble incontournable... il est difficile de stopper le «progrès» à l'heure du village global, ce n'est qu'une question de temps.
J'imagine que les paysages exceptionnellement beaux que j'ai vus en photos resteront beaux et que les larges panoramas sur la chaîne himalayenne seront toujours là. Que les populations locales conserveront une large part de leurs traits culturels. Certes, avaler la poussière déplacée par des 4 X 4, des minibus touristiques et des motos puant l'essence et entendre le bruit des moteurs qui forcent pour monter les pentes abruptes de ce massif ne sont pas des éléments positifs pour les amateurs de trekking. Le massif des
Annapurnas vaut-il ces inconvénients ? À chacun d'y répondre.
Pour autant, Manang, Marpha, Kagbeni ou Muktinath ne deviendront pas
Paris ni
New York à cause de la route mais ces villages continueront à être marqués par les empreintes du développement et certaines traces de modernité. Ce n'est que la suite logique d'un processus qui a commencé avec l'instauration même du trekking dans cette région dans les années 1950.
Il ne faudrait pas tuer le Tour des
Annapurnas à cause d'une route. Les communautés locales là-bas ont amélioré leur sort grâce à l'activité touristique qui fait rentrer des devise et procure de l'emploi aux Népalais. Certes, il y a des impacts importants sur l'environnement et la culture qu'il faut gérer, ce à quoi s'emploie l'
Annapurna Conservation Area. Sans tourisme, comment survivront ces communautés locales ? Certains coins reculés du
Népal ont échappé à la manne touristique... mais survivent à peine. C'est la famine et la misère.
Les villages de la
vallée de Katmandou sont reliés par des routes. Pourtant, on peut encore y observer un mode de vie ancestral s'apparentant à plusieurs égards à la vie communautaire du Moyen-Âge. Peu de personnes affirmeront que la vallée est sans intérêt et ne mérite pas une visite. Bien au contraire, on peut y vivre une expérience de voyage fort riche au plan culturel.
Le chemin de Compostelle n'est pas une expérience de «wilderness» comme peut l'être The Appalachian Trail en
Amérique du Nord. Pourtant, il est très fréquenté et très apprécié de très nombreux marcheurs, y compris par de nombreux adeptes du trekking de type «wilderness». Voilà une occasion de trekker différemment de temps à autre.
Le tour des
Annapurnas en trekking malgré la route ? Tout dépend des objectifs de chacun et de la façon dont le trekkeur conçoit le trekking. Le
Népal entre tranquillement dans le XXI siècle mais restera attaché à ses traditions pour longtemps. C'est déjà beaucoup. Les attitudes et les comportements sont attachés à la culture, laquelle est un noyau tenace dans toutes les communautés humaines. On pourra y observer encore longtemps la vie typique des sociétés traditionnelles du passé marquée par des cultures fortement teintées par les valeurs religieuses hindouistes et bouddhistes qui imprègnent fortement le quotidien des citadins et paysans népalais. Le dépaysement, la surprise, l'étrangeté, l'émerveillement sont déjà assurés quant à moi. Et cela ne changera pas demain. Le tour des Annapournas mérite de vivre selon moi. Libre à ceux qui préfèrent davantage d'exotisme et de dépaysement de choisir un autre trek au
Népal. Ils ont l'embaras du choix.
Aztus