Fabricia · 6 août 2004 à 12:35 · 54 photos 30 messages · 10 participants · 16 628 affichages | | | | 6 août 2004 à 12:35 · Modifié le 26 mai 2007 à 17:30 Inde: Calcutta - Orissa - Darjeeling - Vallée du Gange Message 1 de 30 · Page 1 de 2 · 12 057 affichages · Partager Partis de Paris-Roissy le dimanche 29 décembre 1996 par un froid glacial, nous atterrissons enfin à Delhi, au petit matin. C'est l'hiver en Inde, aussi, les indiens ont l'air frigorifié, tout entortillés dans leurs châles, il fait 18°...Au bout de longues heures d'attente dans une salle sinistre de l'aéroport, nous embarquons à nouveau dans un Boeing Air- India à destination de Calcutta.
L'avion a plongé dans un épais nuage de pollution jaunâtre qui recouvre la ville comme un édredon géant. Horreur. La circulation vers le centre-ville est étonnamment fluide, et la ville elle-même semble propre : nous sommes surpris et décontenancés : cela contredit tout ce qu'on a pu lire sur Calcutta... L'hôtel Kenilworth a bien enregistré la réservation faite par Miss Air- India de Nice. On s'écroule sur nos lits extra-planches pour récupérer de cet interminable voyage.
Le "Times of India" annonce la venue prochaine de Sir John Major, premier ministre britannique. Tout s'explique ! Les miséreux qui campent d'habitude le long des rues ont été ramassés et parqués au loin, hors de la vue du cortège officiel qui passera par-là dans quelques jours.
Mais la voici, la vraie Calcutta, crasseuse, grouillante et authentique, fidèle à sa mauvaise image : car nous sommes plongés dans le quartier New-Market, aux ruelles encombrées de charrettes, camions, motos, vélos, qui arrivent autour des halles surpeuplées. Odeurs pestilentielles des tas d'ordures amoncelés sur les trottoirs. Et voici les "hommes-chevaux", ces pauvres bougres attelés aux brancards de leur pousse-pousse. Ils cavalent pieds nus pour transporter humains ou ballots énormes au milieu des embouteillages terrifiants. Ce sont les derniers survivants de cette corporation en voie de disparition.
Ce soir, grand dîner de fin d'année au Kenilworth. Un repas "ourdou" au Marble room, mets traditionnels et orchestre moghol qui joue des musiques nostalgiques. Bel adieu à 1996, bonjour 1997.
Promenade dans le quartier chinois, surpeuplé, où nous pouvons circuler sans être abordés par les mendiants qui grouillent autour de notre hôtel. Ici, c'est la vie des travailleurs qui nous saluent en souriant, sans nous considérer comme des "porte-monnaie à pattes". Un passant indien nous guide vers le Marble Palace, bien caché dans un parc, en refusant énergiquement la moindre pièce. Cette grande bâtisse un peu écroulée, témoin des anciennes splendeurs, renferme une foule d'objets collectionnés à travers le monde, ensevelis sous une poussière et des toiles d'araignées séculaires... Curieux et très émouvant.
Tout près, le grand poète bengali Rabindranah Tagore a vécu dans une maison transformée en musée. Nous sommes exceptionnellement admis à entrer dans la belle mosquée Nakhoda, aux coupoles vernissées de céramique verte qui dominent le vieux quartier musulman. Tout en haut d'un interminable escalier de pierre, on a une vue plongeante sur les toits environnants, couverts d'immondices.
Une bonne adresse : Sudder street, le restaurant Zaranj, avec sa cascade d'eau fraîche qui serpente entre les tables. Délicieux plats de cuisine bengalie.
Le chauffeur sikh en grande tenue nous pilote vers le Pont Howrah qui traverse la rivière Hooghly, jusqu'à la gare principale de Calcutta. Il a garé la belle limousine, tandis qu'on pénètre dans la vieille station ferroviaire où une foule de voyageurs court vers les trains en partance. Assis ou couchés sur le sol crasseux, des familles entières se sont réfugiées sous les verrières, chassées de leurs villages à la recherche d'un improbable avenir.
Un curieux édifice situé au nord-ouest de la ville, sur les bords de l'Hooghly, le Belur Math, où se rejoignent les trois principales religions indiennes : hindouisme, islam et christianisme. Nous roulons sur la Grand Trunk road, qui relie Calcutta à Delhi, traversant le sous-continent dans toute sa largeur. Trafic d'une intensité supra-indienne, une marée d'énormes véhicules dans les deux sens, occupant tout l'espace, dans un nuage de fumées nauséabondes qui stagne à quelques mètres du sol. Les camions déglingués, surchargés de marchandises entassées en montagnes débordantes, menacent de verser dans le profond fossé. A l'arrière de chaque monstre, on peut lire "Horn, please" ainsi que la marque TATA, constructeur richissime des poids lourds indiens. C'est le marquis de Carabas, ce Mr. TATA possède des paquets d'actions phénoménales dans de nombreuses sociétés internationales.
Les milliers de voitures garées devant les grilles du Belur font présager de la foule qui piétine autour du temple baroque édifié sur la colline. Un cortège incessant de pélerins défile à l'intérieur de la basilique oecuménique qui ressemble vaguement au Sacré-Coeur de Montmartre. Sous des tentes bariolées, on aperçoit des personnages enveloppés de toges jaunes ou orangées, crâne rasé à l'exception d'une mèche de cheveux tortillée au sommet, cascades de colliers autour du cou. Assis sur les tapis, un auditoire subjugué par un gourou peinturluré qui psalmodie de lancinantes onomatopées amplifiées par un puissant micro. Invocations à Ramakrishna... | | | J'aime beaucoup. Tes écrits sont trop rares. | | | Et puis? Et puis???  Merci tout plein! On attend la suite!!! | | | 2 Janvier 1997 - Calcutta -
Et puis... Nous avons promis à notre nièce Sophie, 20 ans, d'aller rendre visite à deux ou trois de ses amis qui habitent ici, et qu'elle a connus durant son séjour de quelques mois chez... Mère Térésa. Arrivée seule dans cette ville, Sophie s'est naturellement proposée comme bénévole dans l'un des centres de secours de la célèbre Mère Courage. La jeune personne s'est attelée aux plus humbles besognes, ne rechignant pas à laver le linge des malades dans des cuves d'eau froide (Mère Térésa était hostile aux éléments superflus du monde moderne, donc absence de lave-linge, lave-vaisselle et autres gadgets inutiles...). De nombreux autres jeunes d'horizons différents étaient employés bénévolement et partageaient les mêmes corvées, armés d'un coeur généreux, sans protester ni se plaindre... Sophie avait trouvé une chambre très simple dans un quartier plutôt déshérité de Calcutta, où sa seule compagne était une charmante petite souris qui la faisait sursauter dès qu'elle la voyait apparaître par un trou du plancher... Comme quoi le courage n'est pas toujours proportionnel aux épreuves encourues !
De bon matin, nous partons en taxi à la recherche de Mrs. Sheila, directrice de la "Sheila's day kiddies school" dans un quartier plutôt sordide... L'école est fermée, mais un brave monsieur nous emmène au domicile de la dame qui loge tout près, au premier étage d'un vieil immeuble protégé par un rideau de fer solidement cadenassé. Une servante nous introduit dans le petit salon modeste, Mrs. Sheila nous accueille à bras ouverts, heureuse de connaître Tonton et Tata-Sophie... Cette dernière nous a confié un chèque pour participer au financement de la petite école privée créée par Sheila, qui se dévoue corps et âme aux gamins des environs. Elle leur apprend à lire, écrire, compter, parler anglais, et leur sert un repas à midi. Tout ceci bénévolement et grâce à ses propres deniers et aux subventions de quelques autres donateurs.
Magnifique personne, qui appartient visiblement à la bourgeoisie bengalie, et qui a décidé d'agir directement contre l'immense détresse de ses voisins. Ses amis lui ont reproché d'avoir abandonné sa maison des beaux quartiers, ce à quoi elle a répondu : "Si je veux les aider et les comprendre, je dois être à leur portée immédiate". Nous sommes très touchés par cette personne exceptionnelle, qui n'est pas la seule à se dévouer pour ses compatriotes, nous rencontrerons d'autres donateurs pendant nos voyages à travers l' Inde.
Deuxième mission : retrouver un jeune garçon, Raju. L'adresse approximative, rue A.J.C. Bosé, près d'une boutique d'appareils électriques, est difficile à trouver, les numéros des maisons sont attribués sans aucune suite logique sur cette longue avenue, mais à force de tourner et revenir sur nos pas, on questionne une petite fille qui part en courant et revient avec Raju, le copain de Sophie... Douze ans, mince et souriant, tout ému de lire la lettre que Sophie lui a écrite en y joignant des timbres pour sa collection, ainsi que quelques petits billets.
A l'écart des rues bruyantes, nous entrons dans un vieux cimetière anglais, à l'abandon depuis des dizaines d'années. Les merveilleux tombeaux des premiers colons ont été restaurés, surmontés de pierres gravées évoquant brièvement l'existence d'un lointain passé.
Nous sommes mûrs pour une plongée dans le terrible Kalighat où se dresse le grand temple de la déesse Kali, mère de la ville. Sophie nous a aussi parlé d'une amie européenne dont elle aimerait avoir des nouvelles. Cette personne serait employée dans le "mouroir" de Mère Térésa, le "Nirmal Rhiday", dernier refuge des plus pauvres qui sont recueillis ici pour l'ultime voyage. On pousse la porte de l'hospice. C'est une petite entrée séparée par un lourd rideau derrière lequel on devine des rangées de lits de toile, où gisent les agonisants sous leurs draps blancs. Une religieuse en sari immaculé bordé d'un galon bleu vient à notre rencontre. - Non, elle ne connaît pas celle que nous recherchons...- Quittons au plus vite cet endroit sinistre, avec une pensée admirative pour la généreuse Albanaise qui a consacré sa vie aux plus pauvres d'entre les pauvres.
Au bout de la ruelle, les portes du temple de Kali sont ouvertes : un prêtre brahmane nous fait entrer et nous guide devant les sanctuaires ornés de fleurs. Il montre la pierre du sacrifice quotidien, rougie du sang des moutons noirs égorgés chaque jour pour attirer la bienveillance de la féroce déesse sur la ville et ses habitants. C'est une très ancienne coutume, il dit qu'autrefois c'était des sacrifices humains qu'on pratiquait au même endroit. On frissonne d'horreur.
A la sortie de l'enfer, tout à côté, d'accortes demoiselles, fardées et vêtues de saris rutilants, font de l'oeil aux passants mâles : des soeurs "charity-sex"... Il faut de tout pour faire un monde !
De retour à l'hôtel, nous préparons notre excursion de demain : "Chandernagor", un des cinq comptoirs français de l' Inde coloniale... | | | Dans les rues de Calcutta - Belur Math - Aperçus Images attachées: | | | Merci Parvat, merci Lepiaf, d'encourager ma prose indienne... J'éprouve tant de plaisir à évoquer tous ces souvenirs...Lointains et pourtant toujours aussi vivants...
Ce n'est pas pour rien qu'on a longtemps appelé ce fabuleux pays "LES INDES" ! Sources inépuisables de découvertes et d'émotions fortes. | | | J'ai grandement souris en lisant ton dernier post. Mes parents partent EN Inde fin octobre et ma mère n'arrête pas de dire qu'elle va "AUX Indes"!
Je trouve ça tellement joli en plus : LES Indes.....
J'attend avec impatience aussi qu'ils me racontent et me donnent envie d'y aller (s'il fallait encore!). | | | À: SylvieF · 10 août 2004 à 14:37 · Modifié le 12 nov. 2008 à 8:37 Re: Inde: Calcutta - Orissa - Darjeeling - Vallée du Gange Message 8 de 30 · Page 1 de 2 · 11 924 affichages · Partager Chandernagor -
Dans nos livres d'histoire, cinq noms qui évoquent un lointain passé : Chandernagor- Yanaon-Karikal- Pondichéry- Mahé, les comptoirs français de l' Inde... Edifiée sur les bords de la rivière Hooghly, province du Bengale occidental, Chandernagor a fait partie de ces fleurons exotiques de 1686 à 1951.
On roule à nouveau sur la Grand Trunk Road, la plus embouteillée de toutes, à allure réduite. Le maelström infernal quotidien auquel nous sommes habitués, maintenant : véhicules à moteurs, norias de charrettes tirées par des buffles, motos fumantes, vélos titubants, milliers de piétons et d'animaux qui traversent sans souci du danger... Il est exclu, pour un étranger à ces non-lois de conduite, de prendre soi-même le volant... Génocide routier garanti...
Un portique de fer forgé rouillé qui enjambe la route annonce la ville de Chandernagor. Au fronton de l'arche figure la belle devise "Liberté-Egalité-Fraternité", témoin muet de l'ancienne présence française.
Une étrange atmosphère règne dans cette enclave endormie dans une lourde moiteur, sur les berges du fleuve immobile. La résidence des gouverneurs a été transformée en musée. Dans un appentis qui donne sur la cour, deux indiens sont étendus sur des charpoïs. Ce sont des lits de repos, une toile de corde tressée clouée sur quatre pieds en bois qu'on voit partout, sur le bord des routes. Les gardiens sursautent à notre vue : des visiteurs ? Ils n'en voient pas souvent, de ces français nostalgiques passant par ici, et curieux de leur ancien comptoir...
Qu'à cela ne tienne : ils s'emparent d'un lourd trousseau de clés énormes et ouvrent pour nous les vieilles portes de bois vermoulues. Voici la chambre de Joseph-François Dupleix (1696-1763), administrateur des établissements français de l' Inde. Et son lit, dont les dimensions impressionnantes évoquent la grande taille du personnage... Quelques documents de papier jauni sont affichés sous vitrine, résumant les péripéties de l'aventure coloniale des siècles enfuis.
Derrière le musée, une petite église blanche, plantée sur une pelouse d'herbe sèche, est ouverte aux quatre vents. Quelques gamins viennent à notre rencontre. Habituelles questions sur notre pays... Ils ne s'expriment maintenant qu'en anglais... Notre belle langue française a disparu depuis longtemps de leur programme scolaire. Disparue, elle aussi, la grandeur de notre patrie dans ce coin perdu...
Retour nostalgique et éprouvant sur la Dum-Dum road, horrible boulevard qui nous ramène vers le centre-ville de Calcutta. Dîner au "Peter's Cat", bonne adresse conseillée par Sophie, hâvre de paix et délices culinaires réconfortants. Besoin d'oublier durant quelques heures les épreuves d'une longue journée de bruits et de fureur.
La capitale du Bengale est très fière de posséder une seule ligne de métro, nord-sud, qui compte quelques stations. Propre, fonctionnel, il est surtout fréquenté par les employés de bureau et les étudiants. Cette ville s'enorgueillit de son élite intellectuelle. Les Bengalis sont considérés comme les plus érudits des indiens. De nombreux écrivains connus vivent dans les quartiers résidentiels, loin de la misère des bidonvilles. Un parc boisé s'enrichit d'un terrain de golf, un hippodrome et des courts de tennis fréquentés par la jeunesse dorée.
Une opulente construction se dresse dans un immense carrefour du centre : le Victoria Memorial Hall, qui témoigne de la puissance britannique à l'époque où la ville était la capitale de l' Inde. Elle a été transférée depuis 1912 à New-Delhi. Une statue massive de la reine-impératrice trône devant l'escalier monumental de marbre blanc, qui nargue encore les visiteurs d'un lourd regard. Elle personnifie vraiment le mépris de son époque pour les peuples conquis par la violence et l'âpreté.
Une charmante vieille demeure très british, située au 13A Sudder street, au fond d'un luxuriant jardin, propriété d'un couple anglais : l'hôtel Fairlawn, où ont été tournées plusieurs scènes du film "La Cité de la joie". L'établissement est géré selon des rites inchangés depuis des dizaines d'années. Des gravures ornent les murs des salons surchargés de meubles anciens. On peut y déguster des repas servis par des domestiques indiens gantés de blanc, à heures fixes, plats cuisinés à l'anglaise, traditions immuables. On ne sert que les pensionnaires.
Je suis quand même autorisée à prendre quelques photos de la réception et son escalier, si bien descendu par le héros du film, interprété par le bel acteur Patrick Swayze !
Notre avion décolle ce soir pour Bhubaneswar, état de l'Orissa, au sud-ouest de Calcutta. Images attachées: | | | Toujours aussi percutantes ces lignes ; par tes mots et tes images on vit si facilement ce que tu décris que ça me confirme que je suis dans l'incapacité d'aller là où tu vas... ça s'appelle peut-être de la lâcheté ? | | | À: Dolma · 12 août 2004 à 16:14 · Modifié le 12 nov. 2008 à 16:05 Re: Inde: Calcutta - Orissa - Darjeeling - Vallée du Gange Message 10 de 30 · Page 1 de 2 · 11 879 affichages · Partager Bhubaneswar -
Capitale de l'état Orissa, c'est une petite ville tranquille, ignorée de la plupart des circuits touristiques malgré ses jolis temples autour d'un lac. Il est très agréable de se promener dans la campagne qui mêle étroitement ses habitations à l'ombre des édifices sacrés.
Il règne ici une vraie douceur de vivre, à l'écart de l'agitation coutumière. Tout le monde s'affaire à ses occupations et nous regarde passer en souriant. Un panneau annonce "Habitation Project" : c'est un village tout neuf, dont les occupants d'une même ethnie ont été regroupés dans des maisonnettes en pierre, après avoir quitté leur terre natale. Probablement des aborigènes chassés pour des raisons qui nous échappent... Femmes et enfants sortent à notre approche, silencieux et dignes. Nous passons sur le chemin le plus discrètement possible.
Nous avons marché longtemps, sans nous rendre compte de la distance, sous un soleil de plomb, et les heures chaudes deviennent lourdes sur nos crânes fragiles ! Point de taxi dans ces parages, seuls quelques rickshaws-vélos se proposent pour nous ramener à l'hôtel. Comme des poussahs ? Bien obligés d'accepter ce moyen de locomotion qui nous donne, une fois encore, la désagréable sensation d'exploiter la misère. A contre-coeur. Un indien gros comme une arête nous remorque, debout sur ses pédales, soufflant et suant sous le poids de nos personnes... Dès que la rue monte un peu, c'en est trop pour notre honneur : on pose le pied à terre et on paie la course interrompue d'un gros billet... Après ça, on jure qu'on ne le fera plus. Et pourtant, c'est grâce aux clients que ces pauvres gens peuvent gagner quelques roupies. Alors ?
Sur la côte du golfe du Bengale, deux villes possèdent des édifices magnifiques : Konarak et Puri. Le temple du Soleil de Konarak dont l'architecture symbolique sous la forme d'un immense char de pierre représente la course de l'astre durant le jour. Les quatre points cardinaux sont figurés par des tours ornées d'éléphants et de chevaux, et des dieux en prière. Ruines grandioses entourées d'arbres, quiétude... On rêve assis à l'ombre dans cet univers magique.
Contraste brutal avec la trépidante Puri, qui abrite en son coeur le temple Jagannath, où se pressent des milliers de dévots pour le festival religieux du Ratha Yatra. Juin et juillet sont les deux mois de folie collective, la ville devient noire de monde, les hindouistes arrivent de toute l' Inde pour vénérer les sacro-saintes reliques. Par chance pour nous, il ne s'y passe pas grand'chose ici, cet hiver. On peut admirer les allées du temple, interdit aux non-hindous, du haut d'une tour voisine, ouverte pour nous par le gardien, moyennant un confortable backchich..
Sur la grande plage de Puri, à l'extérieur de la ville, c'est le retour des barques de pêche. Les pêcheurs tirent leurs filets grouillants sur le sable. Des femmes portant de grands paniers sur la tête trient les poissons qu'elles rapportent au village, où ils vont sécher sur des fils, ou étalés sur les toits des cabanes, pendant des jours. L'odeur qui se dégage de ces milliers de bestioles en putréfaction est épouvantable. Il faut bien regarder où on pose les pieds, les habitants des lieux ont l'habitude de s'y soulager sans aucun état d'âme !
D'immenses plages blondes, léchées par les vagues d'un océan écumant, miroitent sous les feux d'un soleil brûlant. Couleurs vives des saris, palmiers et bambous, éclats argentés des poissons qui frétillent sur le sable : tout est sujet à photos.
La route du retour est bordée de nombreuses échoppes qui vendent des tissus bariolés, brodés de minuscules miroirs incrustés, pendeloques, damiers en nacre, éventails en plumes de paon, bois sculptés. Mille et une babioles pour attirer les voyageurs en quête de souvenirs exotiques. Un gigantesque stupa bouddhique a été édifié à Dhauli, grâce aux offrandes de riches japonais.
A la recherche de la famille Brajeswari... Ce sont nos anciens voisins français-indianisants qui ont quitté la métropole il y a quelques mois pour s'installer à Bhubaneswar, et nous avons décidé de leur rendre une visite surprise. Mais nous ignorons leur adresse. Par chance, le directeur d'un ashram que nous avons interrogé accepte de nous mettre sur la bonne voie. C'est avec plaisir que nous retrouvons la petite famille expatriée qui s'est installée à l'ombre de la secte Hare-Krishna, près du temple Izscon. Une communauté de dévots venant de plusieurs pays s'est ainsi rassemblée dans ce quartier résidentiel pour vivre selon les préceptes d'un respectable gourou. Mais chaque famille reste libre de se loger selon ses goûts, dans de jolies villas indépendantes.
Quelques jours après, dès l'aube, nous regagnons Calcutta pour prendre un avion à destination de Darjeeling, sur les collines du Bengale occidental, altitude 2000 mètres. Images attachées: | | | Je suis bien heureuse de te lire. J'ai, comme l'impression que tu y es encore, comme si tu nous décrivais ce que tu voyais en direct, en "live" !!!!!!!!! D'autant plus, que je pense que mon prochain voyage sera encore l' Inde, de Calcutta à Madras.
J'espère lire la suite très bientôt. | | | Trois semaines en vadrouille et quand je rentre je me plonge dans tous ces posts et j'avoue que j'y prends énormément de plaisir, merci Fabricia | | | Eh oui ! on attend la suite avec impatience et quand elle arrive, comme toujours on est pris dans un tourbillon de poésie, de charme et d'évasion... Ton précédent post ne m'incitait pas à partir et celui-ci me ferait faire le contraire ! A bientôt Fabricia Dolma | | | Voilà bien les raisons qui font que l' Inde n'a pas fini de surprendre les voyageurs curieux : ce balancement perpétuel entre attirance et rejet... Admiration et répulsion... Beautés et laideurs... Malgré ces contrastes éprouvants, cette étrange planète magnétise la plupart d'entre nous, qui avons eu le coup de foudre pour elle...
Merci, Dolma, Lapetitmarie, Parvat, Sylvie, Vilcanota, Lepiaf, et tous ceux que j'oublie... pour vos compliments qui m'encouragent à poursuivre ces récits. J'y prends un grand plaisir, donc je n'ai pas beaucoup de mérite à me replonger dans mes nombreux carnets... | | | Darjeeling -
On vient de survoler les sommets enneigés de l' Everest et du Kanchenjunga, le toit du monde, à plus de 8000 m d'altitude, dont les cîmes étincelantes émergent des nuages.
L'avion Indian-airlines nous dépose sur le tarmac du petit aéroport de Bagdogra, puis il faut prendre un taxi pour gagner Darjeeling, à 90 km. La voiture grimpe vers les contreforts de l'Himalaya, sur une route sinueuse, tracée à flanc de rochers. Les collines sont couvertes de forêts denses, l'air est vif, quelques singes audacieux gambadent sur la route et nous regardent avec des yeux malicieux. Les conducteurs sont très prudents sur ces lacets étroits tout juste assez larges pour se croiser au ralenti.
De nombreux villages sont accrochés sur les hautes collines, dont les habitants sont en majorité des népalais et tibétains réfugiés. Le fameux "toy train" serpente sur les rails qui suivent et croisent notre route. La brave petite locomotive à vapeur, toussant et crachant, remorque deux wagons miniatures remplis de voyageurs hilares et pas pressés...: jugez plutôt : 9 heures pour parcourir 80 km !
Il nous a fallu à peine 3 heures pour arriver à Darjeeling, à l'hôtel "Mayfair Resorts Hill", flambant neuf. Nous sommes les premiers clients inaugurant cet établissement qui vient d'ouvrir. Le staff au grand complet nous souhaite la bienvenue et nous installe dans une chambre aux murs lambrissés, avec petit salon aux profonds fauteuils devant une cheminée garnie de bûches, salle de bain ultra moderne, et, comble du luxe, les fenêtres donnent sur les jardins en terrasse qui dominent la petite ville. Léger bémol : il fait très froid dans cet hôtel, car les branchements électriques provisoires sont insuffisants pour faire fonctionner le chauffage... La salle de bain est une glacière. Mais tout est si joli, le personnel est aux petits soins et le cuisinier se met en quatre pour mitonner un dîner pantagruélique pour deux.
Un gentil garçon est venu allumer un feu dans la cheminée de la chambre et glisse deux bouillottes brûlantes entre les draps... Bonne nuit, les petits !
Un "morning tea" vient nous réveiller vers 6h selon la coutume héritée des britanniques, pour qui une journée ne saurait commencer sans ce breuvage matinal... Puis, un breakfast copieux achève de nous mettre en jambe pour visiter la ville : sublime ! L'hôtel est bâti sur les hauteurs de Darjeeling, au milieu des arbres. L'altitude inhabituelle à nos poumons nous essouffle un peu, nous obligeant à ralentir notre allure. On s'arrête devant les nombreuses boutiques "curios" d'artisanat tibétain. Je viens de me faire un ami, un antiquaire-brocanteur qui ouvre pour moi ses tiroirs de merveilles : colliers de corail, turquoise et vieil argent, un bol ancien de lama en bois ciselé d'argent, une trompe tibétaine... Difficile de résister à ces objets et à cet homme raffiné qui exprime toute sa douleur d'exilé, et qui a fui sa patrie envahie par l'armée chinoise avec la brutalité que l'on sait. Darjeeling a chaleureusement accueilli ses malheureux voisins.
Le soleil couchant illumine les hauts sommets qui dominent l'horizon. Il fait très sombre dans les petites rues pentues, de nombreux braseros sur lesquels cuisent des soupes parfumées jettent quelques lueurs dans la nuit. Le dîner est copieux et nous avons peine à finir nos assiettes, abondamment garnies par le chef qui a fait des merveilles. Enfouis sous notre couette, nous nous endormons comme des bienheureux.
Dans la cheminée, le feu s'est éteint au milieu de la nuit, malgré tous nos soins... On n'ose à peine sortir le bout du nez hors du duvet tellement il fait froid dans notre chambre princière ! Et que dire de la salle de bain, dont le vasistas est constitué de lames de verre en position ouverte ! Système D : des feuilles de papier-journal soigneusement pliées en accordéon et glissées dans chaque fente, pour éviter les vents coulis... Très efficace, mais il faudra refaire chaque soir le calfeutrage enlevé chaque matin par le préposé au ménage.
Dans la salle à manger, des nouveaux clients se régalent, eux aussi, de montagnes de toasts beurrés, oeufs, bacon, fruits et viennoiseries. Deux hommes, père et fils, belges, sympathiques avec qui nous conversons. Ils viennent de découvrir cet hôtel ce matin, après avoir passé une nuit affreuse dans un boui-boui de la basse ville. Le père et le fils se sont retrouvés en Inde, où le garçon travaille depuis quelques mois. Papa me plaît immédiatement : pensez donc ! Il vient d'affirmer avec force que " Paris est la plus belle ville du monde" et que "la langue française est la plus riche"... Il n'y a rien qui m'aille plus directement au coeur, venant de quelqu'un qui a voyagé dans le monde entier.
Nous prenons le "toy train" qui nous emmène vers le monastère de Ghoom. Dans le wagon, une joyeuse bande de jeunes voyageurs s'engouffre avec nous. Entassés sur les banquettes de bois, brinqueballés au rythme syncopé de la minuscule locomotive bleue qui pédale de toute sa vapeur sur les rails ondulés. Sifflets haletants pour annoncer son arrivée. On traverse les hameaux au milieu des marchands qui tendent leurs fruits par les fenêtres du train : il va si lentement qu'on a le temps d'acheter tout ce qui se présente : le marché en roulant ! Certains photographes descendent même pour prendre des clichés du train et remontent dans le wagon de queue sans se hâter. Fantastique trajet, on a envie d'aller encore moins vite pour que dure le plaisir...
Le monastère bouddhique de Ghoom est assis sur une colline boisée entourée de forêts. On pénètre dans le temple décoré de statues du Bouddha dans tous ses états, sous le regard bienveillant de quelques "mongs" (moines) à qui nous remettons notre obole.
Un taxi chahuteur enjambe les rails du chemin de fer et slalome sur des pistes défoncées pour nous porter sur Tiger Hill, célèbre point of view d'où l'on admire les plus hauts sommets du monde. Hautaine majesté, étincelant de neige glacée. Au bord d'un lac de cristal émeraude, une famille tibétaine demeure dans ce décor enchanteur et a pour mission de préserver la pureté de l'eau.
Tout près de l'hôtel Mayfair, sur la colline de l'Observatoire, des singes très effrontés ont pris possession des jardins de Chowrhasta.
Darjeeling, pour le monde entier, est l'origine d'un des plus fameux thés. "Happy valley tea estate", c'est ainsi que se nomment les manufactures préparant le breuvage des dieux. Les collines environnantes sont recouvertes à perte de vue de buissons de théiers d'un vert-bleu profond. Dans d'immenses ateliers, on traite toujours les précieuses feuilles selon la méthode artisanale des anciens maîtres britanniques. Le directeur nous invite dans le salon de dégustation où nous assistons aux préparatifs selon des règles immuables. Comme pour les vins hauts de gamme, le Darjeeling-tea possède son label, et celui qu'on nous sert dans des minuscules tasses de porcelaine est un des meilleurs crus.
L'Himalayan Mountaineering Institute a été construit pour honorer la fabuleuse équipée de Sir Edmund Hillary et son sherpa Tensing Norgaï. A ces deux héros légendaires, ont succédé d'autres intrépides grimpeurs des quatre coins de la planète. Exposition de photos, articles de journaux, accessoires et équipements utilisés par ces sportifs de l'extrême... Et le palmarès illustré où l'on peut voir les noms des français Pierre Mazeaud et Christine Janin. Cette dernière, jeune médecin, n'est pas la seule femme parmi ces célébrités : japonaises, américaines, britanniques, nordiques, ont été, elles aussi, victorieuses du "toit du monde"...
Nous rendons une visite au Tibetan Refugee Center, un village-coopérative qui abrite des tibétains exilés, exposant des objets d'artisanat fabriqués sur place. On ne peut repartir sans leur acheter quelques jolis souvenirs.
Dans la longue rue montante, des petits étalages de fringues aux couleurs criardes accrochent le regard. La mode enfantine, en particulier, est une débauche de volants, satins, paillettes, à s'en faire péter la rétine. Des porteurs, femmes et hommes, nous dépassent et grimpent la côte à vive allure, malgré les énormes charges retenues par une courroie qui barre leur front. Il ne faut surtout pas relever la tête, au risque de se casser le cou.
Le vieil hôtel Windamere trône dans son jardin anglais à l'abandon, et prétend offrir à ses clients triés sur le volet la " nice british way of life, as in the past good time"... Bof ! Tout a mal vieilli, un aperçu du salon de thé avec ses murs lézardés et ses meubles vermoulus évoquent un passé éteint.
Demain matin, nous allons reprendre la route pour redescendre dans la vallée, et nous quittons Darjeeling avec un pincement au coeur... Mais le voyage est loin d'être terminé ! Images attachées: | | |  ...... Stop, je rends l'âme, ce n'est plus possible...... arrête d'écrire comme ça avec cette façon qui te caractérise si bien.....
Je n'ai plus d'imagination pour écrire, écrasé que je suis par la justesse de tes récits, et ce matin je me suis même égaré devant la vitrine d'une agence vantant des circuits sur l' Inde..... c'est pas bon signe pour moi ça...... 
Top 10 de la narration, Fabricia number one....... ! | | | je me frotte les yeux....
C'est vrai qu'avec le voyage du pape à Lourdes tout peut arriver mais là quand meme c'est beaucoup....
Alors, Fabricia continue 
Et essaie de lui expliquer qu'on est là pour lui organiser le circuit 
et meme pour lui porter les valises | | | Tu veux parler d'un "miracle", je suppose, Gayatri ?
Tout arrive, ici-bas... Mais pour les valises, je ne suis pas très partante (un sherpa ferait mieux l'affaire), on pourrait lancer une collecte sur VF ?
Le calme va revenir et je laisse la place à d'autres voyageurs et d'autres destinations... seulement pour quelques jours. Car j'ai encore plusieurs étapes à raconter... | | | ..... plusieurs étapes à raconter et c'est bien ce qui m'inquiète, mais partir en Inde avec Gayatri et Fabricia me comblerait..... et pas que pour les valises à porter..... 
Mais bon, je ne suis pas encore sur le départ et la partie sera rude..... | | | j'adore te lire et ça m'a meme donner envie de le faire. On verra.
Quant à la collecte pour le sherpa, j'en suis. Et puis le grand miracle est possible, notre Guru Alan est bien mur pour l' Inde, ou bien c'est un grand coup de fatigue.....
Jaisalmer, toi et moi arriverons bien à avoir ce coriace | Carnets similaires sur l'Inde: Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 11 034 visiteurs en ligne depuis une heure! |