Fabricia · 18 novembre 2004 à 15:55 · 77 photos 43 messages · 11 participants · 16 843 affichages | | | | 18 novembre 2004 à 15:55 · Modifié le 28 oct. 2005 à 10:32 Message 1 de 43 · Page 1 de 3 · 12 261 affichages · Partager En cette fin d'année 1995, mon père arbore la rosette de la Légion d'Honneur fraîchement épinglée au revers de son costume de fête par un préfet vendéen, pour honorer ce vétéran de la grande guerre. C'est son jour de gloire car il souffle les cent bougies de son gateau d'anniversaire avec l'aide de ses arrières petits-enfants. Ses cinquante descendants se sont réunis pour cet événement exceptionnel... qui précède notre départ vers Bombay.
A bord d'un avion Air- India, on retrouve les saveurs des plats indiens servis à bord par de belles hôtesses en sari. C'est sous un soleil levant voilé de brume jaunâtre que l'avion s'approche de Bombay- Mumbai. On n'en croit pas ses yeux : un gigantesque bidonville déferle tout contre les grillages qui limitent le tarmac. Quelques pilotes de nos amis disent qu'ils ont, à chaque fois, le même choc : ils plongent droit sur les baraques qui entourent la piste où ils posent leurs monstres rugissants... Les malheureux qui survivent dans ces bicoques sont certainement devenus sourds et aveugles pour résister à ces agressions incessantes.
Lourde chaleur humide, plus de 30°, le contraste est violent pour nous qui avons quitté un Paris glacé. Mêmes formalités de douane, police, contrôles de passeports et visas, change de dollars en roupies, et taxi pour l'Hôtel Ritz, point de chute de nos trois premières nuits. La vieille guimbarde saute et bringuebale sur une route poussiéreuse qui traverse le chaos du plus grand bidonville du monde. Douze à quinze millions d'habitants dans la mégapole, qui a rejeté le plus loin possible du centre les sans-ressources agglutinés sur des kilomètres dans cette banlieue pourrie.
Le Ritz est situé près de la gare Churchgate qui dessert principalement les environs de Bombay. Une foule de travailleurs envahit les trottoirs à heures fixes, avec un objectif commun qui s'inverse en fin de journée.
C'est le dernier jour de l'année 1995, comment les Indiens fêtent-ils la nuit de la St-Sylvestre ? Nous aurons la réponse le soir même. Nous partons explorer le coeur de Bombay dès l'aube. Le quartier historique a été édifié par les britanniques à la gloire de leurs souverains. Si l'on en juge le style de construction en briques de la Victoria Station, c'est à leur reine-impératrice des Indes qu'ils ont également dédié les monuments officiels tels que l'Université et la Haute Cour de Justice, pur XIXème siècle rococo-anglais. La célèbre India Gate, sur le front de mer, est un arc de gloire offert au roi George V et à la reine Mary lors de leur visite en 1911.
Face à la mer d' Oman, le plus prestigieux palace de l' Inde, le Taj Mahal Hôtel, se dresse de toute son imposante structure de pierres, surmontée de coupoles qui rappellent vaguement son homonyme d' Agra. Quand on pénètre dans le hall, un immense sapin de Noël paré de boules scintillantes nous indique immédiatement que les riches indiens ont ajouté cette chrétienne tradition à leurs innombrables fêtes locales. Plusieurs grands salons de réception où des fauteuils profonds accueillent les clients fortunés. Ameublement luxueux, lustres monumentaux, miroirs et tableaux ornent les murs de ce temple dédié à la déesse Lakshmi, grande prêtresse du fric dans la mythologie hindoue. Une hôtesse nous guide au dernier étage pour contempler le panorama époustouflant sur la ville et la mer à nos pieds...
Une armée de serviteurs en tenue d'apparat s'affaire autour de nous, souriant sans obséquiosité, prêts à nous aider dans le choix d'un restaurant parmi les quatre du palace. C'est au Sharmiana que nous nous régalons de spécialités, revues et corrigées pour nos palais fragiles par un chef qui a beaucoup voyagé. Comme dans tous les établissements de ce type, la galerie marchande présente les plus beaux objets d'art, des vêtements traditionnels, livres, cartes postales, souvenirs divers dont nous faisons une première moisson. J'admire, une fois de plus, les superbes tapis cachemiris...
Quelques pas dans les jolis jardins suspendus (Hanging Gardens), où les familles promènent leurs enfants qui jouent comme tous les enfants du monde à la balançoire et au toboggan.
Intrigués par de drôles de coutumes, nous espérons apercevoir les fameuses Tours du silence au sommet desquelles les Parsis déposent leurs morts, offerts en pâture à de gras vautours. On a beau écarquiller les yeux, on ne voit strictement rien car de hauts murs dissimulent ces rites étranges aux regards indiscrets.
Dans le Temple Jaïna, par contre, nous sommes autorisés à pénétrer pour assister aux cérémonies de l'après-midi en compagnie d'une foule de fidèles en costumes bariolés, les bras chargés d'offrandes et d'énormes bouquets de fleurs. Tintements de clochettes, chants rituels, trompettes et cymbales rythment les différentes phases de la "messe". Photos autorisées.
Arrive l'heure du souper : à la réception du Ritz, on nous rappelle que c'est le réveillon, ce soir, et qu'un dîner-spectacle va être servi, moyennant supplément. Effectivement, lorsqu'on pénètre dans la salle à manger, revêtus l'un et l'autre de nos plus beaux habits, il y a déjà de nombreux convives indiens, très élégants, assis à table pour fêter l'année nouvelle. Un orchestre joue des airs discos et les plus jeunes dansent joue contre joue ou sautillent en cadence sur la piste, entre les plats du dîner. C'est très long... Nous irions bien dormir, lorsque l'animateur annonce le tirage d'une loterie : il déplie un papier et claironne le nom des gagnants :... oui, on a bien entendu, sous les applaudissements, il nous offre une charmante pendulette qui fera le bonheur, à coup sûr, de nos petits enfants ! Nous sommes émus par la gentillesse de cette joyeuse assemblée. Souvenir touchant, mais encombrant, que nous allons promener durant quatre semaines dans nos bagages, jusqu'à notre retour en France.
L'Ile Elephanta est notre destination en ce premier de l'an 1996. De nombreux bateaux proposent l'excursion. Embarquement sur un vieux rafiot qui en a vu d'autres d'une joyeuse bande d'indiens en goguette qui montent à bord, chantent et chahutent dans un tonitruant charivari. La traversée dure une heure dans la baie peuplée d'énormes navires de tous les pays. Au loin, on distingue une centrale nucléaire édifiée sur un îlot. L'eau est noire et visqueuse et n'incite pas à la baignade. Mais comme toujours, en Inde, la beauté de l'île Elephanta fait oublier la pollution industrielle de l'immense port de commerce.
Les grands arbres exotiques forment une voûte exquise où il fait bon escalader les hautes marches qui mènent aux grottes sculptées entre le Vème et le VIIIème siècles, consacrées au dieu Shiva. La montée est accompagnée par les multiples vendeurs de souvenirs qui interpellent les visiteurs. Certains proposent de jolis colliers de grenat et d'améthyste. Quelques cristaux de quartz feront le bonheur de notre petit fils, grand amateur de minéraux.
Les indiens sont en congé, aujourd'hui, et ils sont venus très nombreux sur l'île, chargés de volumineux paniers de pique-nique. Assis à l'ombre des arbres, c'est un monde haut en couleurs qui a fui la grande ville pour goûter la fraîcheur de ce petit paradis.
Dans les grottes bien trop sombres, les photos sont décevantes, nul éclairage n'a été prévu pour mettre en valeur les splendides statues qu'on devine plus qu'on ne les voit au fond des galeries. Mais il règne une atmosphère étrange, mystérieuse et magique, qui nous enveloppe et nous fascine. Le visage de Shiva, dont les trois faces expriment la complexité du dieu, est si imposant avec ses cinq mètres de hauteur qu'on est écrasé au sol comme une fourmi devant un éléphant ! L'oppression se dissipe quand on retrouve le soleil et les sarabandes de singes qui accourent vers nous, curieux et affamés. Biscuits, bonbons, fruits, ils attrapent tout avec frénésie, se réfugiant dans les arbres pour dévorer ces friandises.
La faim nous tenaille : point de restauration alléchante sur place. Il est temps de rejoindre la terre ferme avant le retour massif des randonneurs. La mer est légèrement houleuse, il fait une chaleur poisseuse et nous accostons devant la porte de l'Inde vers 14 heures. Déjeuner délicieux au "Rangoli", bistro typique dont le buffet regorge de mets irrésistibles.
Notre hôtel est situé dans le quartier le plus touristique de la ville, et dès que nous sortons dans la rue, une nuée de quémandeurs fonce sur nous... Méfiance : la veille, on s'est laissés amadouer par un "étudiant" qui nous a entraînés dans la cour d'une morgue... Pas d'argent pour payer le bois du bûcher... Impossible d'échapper à quelques bonshommes d'apparence religieuse, armés d'un cahier de donations obligatoires. Que cela nous serve de leçon pour la suite du voyage.
Derrière le luxueux Taj Mahal, des ruelles immondes sont envahies d'une foule mêlée de touristes en quête d'émotions fortes. Le sol est jonché de détritus ignobles, des tas d'ordures jamais ramassées sont visités par quelques miséreux qui disputent aux rats les débris encore récupérables. Nausée, dégoût, immense pitié pour les laissés-pour compte qui n'ont plus que ça pour survivre. Au milieu de ce cloaque, quelques vestiges de la splendeur britannique subsistent comme des hâvres de paix au milieu de l'enfer.
Le restaurant "Vintage" surprend par sa relative propreté et la qualité du service à l'anglaise. Ce qu'on y mange n'est pas aussi mauvais qu'on pourrait le craindre. La cuisine grande-bretonne, en général, n'a pas très bonne réputation auprès des frenchies. Nous avions connu bien pire à Londres, il n'y a pas si longtemps !.. | | | À: Fabricia · 18 novembre 2004 à 16:09 · Modifié le 29 nov. 2008 à 14:54 Message 2 de 43 · Page 1 de 3 · 12 248 affichages · Partager Bombay - Photos - Images attachées: | | | À: Fabricia · 18 novembre 2004 à 16:30 Message 3 de 43 · Page 1 de 3 · 12 199 affichages · Partager Impossible à cette heure de partir en Inde, alors je fais une imprim et je pars en voyage ce soir, dans mon boccal  ! Merci pour les bons moments que je vais passer chère Fabricia...
A demain
Dolma | | | À: Dolma · 19 novembre 2004 à 13:51 · Modifié le 13 sep. 2005 à 13:35 Message 4 de 43 · Page 1 de 3 · 12 161 affichages · Partager La nuit est tombée sur Bombay. La longue plage de Colaba paraît déserte, mais lorsqu'on regarde mieux, on peut voir des ombres allongées sur le sable, endormies dans le vacarme des voitures et bercées par les vagues de l'océan. C'est le refuge des sans-abris qui se dissimulent contre la jetée, échappant ainsi à la rafle des policiers intraitables qui veillent sur la tranquillité de ce quartier résidentiel...
Nous nous envolons à destination d' Hyderabad, capitale de l'état Andhra Pradesh, au centre du sous-continent. Hauts lieux des affrontements franco-britanniques pour s'emparer des richesses convoitées par les deux puissances rivales, la cité et sa région gardent encore la trace des combats acharnés au cours du 18ème siècle.
Ville folle, polluée, bruyante à l'excès, envahie par des motos innombrables qui se faufilent entre les monstrueux camions dont les pots d'échappement crachent une épaisse fumée asphyxiante stagnant dans les rues bondées. Peu ou pas de trottoirs pour les piétons qui se déplacent le long des boutiques en rangs tellement serrés qu'on ne voit même plus où l'on pose les pieds.
Au risque de se voir transformés en pâté, nous traversons l'horrible magma de la rue centrale pour admirer le "Charminar", arc de triomphe érigé au coeur de la ville au 16ème siècle par les musulmans. Le courage ne manque pas au malheureux mendiant qui se propulse sur sa planche à roulettes, à la force de ses bras, dans la circulation infernale. On n'aperçoit que son visage grimaçant et une main tendue à la portière de notre taxi : c'est un cul-de-jatte qui n'a d'autre moyen pour subsister que d'exhiber sa difformité, même s'il lui faut ramper au ras des camions hurlants qui l'ont évité jusqu'à maintenant. Vision d'épouvante...
Vite, regagnons l'hôtel Ritz, superbe petit palais de maharajah tout blanc dans son écrin de bougainvillées rose tyrien. Tout son luxe réside essentiellement dans l'apparence extérieure, les murs sont fraîchement repeints, le grand jardin foisonne d'une végétation abondante, le hall et les salons de réception sont ornés de beaux objets et meublés dans le style moghol. Nous avons une chambre vaste, plutôt sombre, qui surplombe les galeries du rez-de-chaussée, la salle de bain est rudimentaire, il n'y pas de superflu. La première nuit est particulièrement troublée par les participants du Rotary-club local rassemblés autour d'un bruyant repas. Les convives expriment leur satisfaction par des allocutions hurlées au micro, saluées d'interminables applaudissements. Nuits indiennes classiques, les indiens adorent la fête et le bruit.
Découverte des environs : soleil radieux, ciel bleu saphir, petit déjeuner savouré sous les arbres du jardin. Un chauffeur nous pilote dans son Ambassador vers les tombes Qutb Shahi Kings. Ce sont de merveilleux mausolées persans du 18ème siècle, aux fines sculptures, dans un enclos de silence simplement bercé par le chant des oiseaux. Douce harmonie, calme, sérénité.
Le fort de Golconde est une citadelle édifiée sur une haute colline de granit, remparts imposants, portes armées de clous pour résister aux charges des éléphants, murailles redoutables. C'est immense, on se perd dans les ruines évocatrices des combats qui se sont déroulés ici. Quelques siècles ont passé, mais n'ont pas altéré la puissance et le courage des vaillants guerriers de cette ancienne place forte. Parmi les broussailles, deux mangoustes très affairées à la recherche de leur déjeuner : gare aux cobras, c'est leur mets favori. Prudence donc : regardons attentivement où nous posons le pied !
Retour à la vie moderne, les émotions ont ouvert les appétits : le Krishna Oberoi affiche un excellent buffet mughlai servi dans le parc. Rassasiés, comblés par cette douce halte sous les palmiers au bord d'une piscine hollywoodienne, il faut jeter un coup d'oeil chez les marchands qui exposent leurs trésors dans la galerie de l'hôtel. Hyderabad est la ville des perles fines. De nombreux joailliers présentent leurs créations à damner toute européenne passant par ici...Et toujours les somptueux tapis cachemiris...
Troisième jour à Hyderabad : on lève un peu le pied, heureux de flâner à notre rythme, il faut savoir ralentir la cadence sous un soleil ardent. Le Birla Temple est une construction récente, de style hindou, blanc éclatant, juchée au sommet d'une colline qui domine la ville. Ce lieu de culte est très fréquenté. Dans cette région à forte majorité musulmane, on respecte aussi les autres croyances. Une foule de pélerins piétine sur les dalles de marbre, les mains chargées d'offrandes sous forme de noix de coco vendues par les marchands ambulants. Lente progression devant les autels dédiés aux divinités infinies, représentées sur les fresques violemment colorées qui ornent chaque monument. Un curieux chateau dresse ses tours chapeautées d'ardoise dans le lointain. Un certain Walt Disney en est peut-être le propriétaire ?
Rencontre insolite avec un couple blond aux yeux bleus : ils sont suédois, parents adoptifs d'une jeune indienne qui est restée dans son bel hôtel, allongée sur un relax au bord de la piscine. Plus suédoise encore que ses parents !
A la terrasse du Ritz, deux survivants de la conquête des Indes sont attablés devant a nice cup of tea. Ils se sont signalés sur le livre de bord de l'hôtel comme lord and lady Ascoigne and Windermere (or something like that...). Ainsi que des fantômes exhumés de leur sépulcre, ils s'imaginent revenus dans le "bon vieux temps", lorsque la fière Albion régnait en maîtresse absolue sur un empire où le soleil ne se couchait jamais... | | | À: Fabricia · 19 novembre 2004 à 13:59 · Modifié le 21 nov. 2004 à 9:13 Message 5 de 43 · Page 1 de 3 · 12 156 affichages · Partager Hyderabad illustrée... Images attachées: | | | À: Fabricia · 19 novembre 2004 à 14:04 Message 6 de 43 · Page 1 de 3 · 12 143 affichages · Partager Quelle écriture talentueuse, Madame !
Dolma | | | À: Fabricia · 20 novembre 2004 à 21:08 Message 7 de 43 · Page 1 de 3 · 12 089 affichages · Partager Encore une belle aventure ! tes photos sont superbes et favorisent le dépaysement... c'est tout de même mieux que la TV !...
A bientôt pour une autre jolie suite...
Stanzarth | | | À: Fabricia · 22 novembre 2004 à 12:27 Message 8 de 43 · Page 1 de 3 · 12 052 affichages · Partager Aurons-nous bientôt la suite de ce périple ? C'est toujours un grand plaisir de découvrir un endroit du monde lorsqu'il est présenté avec autant de vie, d'impressions, d'images, d'émotions... le lecteur ne se contente plus de suivre ce qui a été vécu mais il participe au voyage et c'est ce que tu nous offres à chaque fois chère Fabricia.
Et moi, j'aimerais bien repartir sur tes chemins 
Dolma | | | À: Dolma · 22 novembre 2004 à 19:11 Message 9 de 43 · Page 1 de 3 · 12 042 affichages · Partager Qu'est ce que je suis impatiente d'y retourner... Merci pour ce petit plongeon chère Fabricia!!! | | | À: Parvat · 23 novembre 2004 à 13:55 · Modifié le 6 juil. 2006 à 10:46 Message 10 de 43 · Page 1 de 3 · 12 025 affichages · Partager Madras -
D' Hyderabad, nous atterrissons à Madras, au bord du golfe du Bengale. La chaleur est toujours aussi intense, mais l'air marin souffle un vent léger qui rafraîchit un peu malgré le soleil brûlant. C'est à l'hôtel Savera que nous posons nos bagages. Beaucoup d'occidentaux parmi les clients, dont les participants au séminaire d'un laboratoire pharmaceutique international.
L'organisation "Aide et Action" a installé son siège dans le coeur de la ville. Une première visite dans leurs bureaux afin de prévoir la rencontre, dans deux semaines, avec notre filleul Anumandharaj, dans les montagnes du Nilgiris. Accueil chaleureux du personnel indien, francophone, ce qui facilite grandement la conversation. Une atmosphère sympathique règne dans cette villa nichée dans un parc fleuri. On nous offre le thé de bienvenue, tandis que la responsable nous informe de ses activités à travers le sous-continent. Un autre "sponsor" assiste à la réunion : français, lui aussi, il nous surprend par son exceptionnel parrainage. Il a pris sous son aile cinq écoliers indiens pour assurer leur scolarité. "Je suis célibataire, j'ai un métier lucratif en France, j'ai décidé de consacrer le surplus de mes revenus à des oeuvres utiles"...
La ville de Madras va bientôt abandonner ce joli nom pour celui, plus hindou, de Chennai. C'est un port de commerce dont l'accès est interdit aux visiteurs. On entrevoit d'énormes cargos chargés de montagnes de caissons en partance pour tous les ports du monde. Le Fort St-George, George Town et ses marchés pittoresques, le quartier d'Anai Salai et ses magasins modernes, et l'étrange Ice House au bord de mer : il y a deux siècles, des bateaux rapportaient des lointains sommets himalayens des blocs de glace conservés dans les soutes, enveloppés dans la paille, et stockés dans ce bâtiment conique pendant de longs mois.
Et toujours la lumineuse beauté des indiennes dans leurs saris étincelants, aux longs cheveux d'ébène tressés de jasmin, d'une grâce aérienne dont elles semblent n'avoir pas conscience... Les hommes sont habillés diversement selon leur situation sociale. La plupart d'entre eux portent chemise et pantalon classiques. Pour les plus pauvres, le "longhi", rectangle de cotonnade drapé autour de la taille et relevé en pagne pour faciliter la marche. De nombreux ateliers de tissages fabriquent le fameux madras à carreaux de couleurs, exporté vers les Antilles depuis toujours.
Comme dans toutes les grandes villes indiennes, l'Alliance française possède à Madras une vaste bibliothèque, fréquentée par des étudiants qui connaissent tous nos classiques. Nous sommes autorisés à emprunter un ou deux livres, à condition de les rapporter avant de quitter la ville. Intéressante exposition de photos prises par un indien dont un jeune guide commente en excellent français les différents clichés, ayant trait à l'histoire contemporaire de l' Inde.
Le Connemara est un prestigieux palace entouré de palmiers et de fleurs. Quelques indiens très riches viennent s'offrir le luxe d'un repas dans ce décor de rêve. Pour les voyageurs moyens, ce n'est vraiment pas ruineux... Une jeune femme française et ses deux enfants sont attablés près de nous. On entame une agréable conversation avec cette gentille famille, arrivée à Madras il y a quatre mois. Dentiste installé dans le Jura, le mari s'est expatrié à Madras sous l'égide d'un ashram pour exercer presque gratuitement son métier. Mais les déceptions successives les ont assez vite convaincus de mettre fin à cette expérience et les voilà à la veille de regagner la France.
Au crépuscule, nous allons marcher sur une des plus grandes plages du monde : sable fin et blanc, longues vagues d'un océan qui miroite sous les rayons du soleil couchant. En cette fin du jour, nombreux sont les habitants qui viennent se détendre au bord de l'eau. Des étudiants nous posent les questions de rigueur : "Where do you come from ? What is your name, your âge, your job ?"... Etonnement des garçons : "Comment pouvez-vous voyager aussi loin si vous ne travaillez plus, et avec quels moyens ?" Nous tentons d'expliquer le système de cotisations en vigueur dans nos contrées, qui permettent un revenu régulier suffisant à ceux qui ont atteint l'âge de la retraite... Leurs yeux trahissent une certaine difficulté à comprendre ce qui n'existe pas ici... Si l'on en doutait encore, on mesurerait alors notre énorme chance... | | | À: Fabricia · 23 novembre 2004 à 14:06 Message 11 de 43 · Page 1 de 3 · 11 852 affichages · Partager Photos de Madras Images attachées: | | | À: Fabricia · 23 novembre 2004 à 14:24 Message 12 de 43 · Page 1 de 3 · 11 836 affichages · Partager Toujours ce voyage de dépaysement, par les mots et les images, et comment ne pas rêver de marcher sur la plage comme le fait cette si élégante et gracieuse indienne...
Dolma | | | À: Dolma · 26 novembre 2004 à 14:28 Message 13 de 43 · Page 1 de 3 · 11 801 affichages · Partager Mahabalipuram -
Nous longeons la côte pour une courte étape jusqu'à Mahabalipuram (Mamallapuram), petite ville posée sur le sable, où s'activent des potiers et des sculpteurs de pierre assis devant les échoppes débordant de leurs oeuvres. Un cliquetis incessant de ciseaux rythme les heures laborieuses de ces ruches humaines.
Le Shore temple (temple du rivage) est l'un des plus célèbres édifices du sud. Ses ruines spectaculaires se dressent face au golfe du Bengale. Il règne ici un calme absolu bercé par les longues vagues marines qui lèchent les vieilles pierres. On rêve éveillé, c'est la magie des lieux dont la beauté fascine le visiteur.
Les fresques de la Descente du Gange (longue procession animalière sculptée dans la falaise) attirent de nombreux touristes, parmi lesquels on remarque une majorité d'indiens, toujours aussi intéressés par les merveilles de leur patrie.
La "motte de beurre de Krishna" est un énorme rocher posé en équilibre, si lourd qu'il a résisté à toutes les tentatives pour le déplacer. Il terrifie les habitants de la région car il semble pouvoir se décrocher à tout moment de son minuscule point d'attache. Ce qui n'empêche pas certains audacieux de s'allonger pour dormir dans son ombre.
Rencontre inattendue, au sommet d'une colline, d'une jeune française et son vieux père, venus de Delhi pour la journée. Echange cordial, invitation de la demoiselle à la retrouver dans la capitale, où elle est professeur de sociologie à l'université. Voici un des moments agréables de nos voyages : nous avons tout loisir de flâner où bon nous semble, sans hâte, et des relations épisodiques comme celle-ci se renouvellent souvent.
Chaleur de four : on retrouve la chambre de l'hôtel Veeras, simple et proprette. Sieste indispensable : impossible de déambuler sous un soleil implacable. La soirée est très courte : il fait brutalement nuit vers 18 heures. Il faut se dépêcher car il reste à voir les "Five rathas" : étranges constructions qui reproduisent en miniature cinq temples sculptés en alignement dans des blocs de rochers. Un jeune vendeur nous poursuit avec acharnement pour vendre ses cartes postales. Il est collant comme de la glu. Difficile de lui faire comprendre qu'on n'achètera rien.
On s'écroule sur le lit pour récupérer quelques forces après les kilomètres parcourus dans les chemins sablonneux, calcinés par le soleil.
Dans le calme de la nuit, un bruit étrange, comme du métal frotté, qui me fait penser, ô horreur, à un serpent à sonnettes... Je m'étonne de ne pas m'en inquiéter davantage et je sombre dans un sommeil de plomb. Il s'agit peut-être de gros lézards qui s'expriment en grinçant blottis derrière les rideaux ou sous le sommier...
Pondichery -
Ce nom évoque une foule de souvenirs historiques liés à la France. Une douce torpeur enveloppe la jolie ville blanche du bord de mer, aux allures de cité résidentielle pour riches marins en croisière. La promenade le long de l'océan ressemble à une côte d'azur du 19ème siècle, avec ses calèches tirées par des chevaux fatigués qui trimbalent les voyageurs nostalgiques.
Impossible de trouver une chambre libre dans tous ces hôtels gris et blancs : tout est complet. Bizarre, bizarre... Où sont donc tous ces clients ? Explication : la ville est peu à peu rachetée par la confrérie Aurobindo, qui a la mainmise sur toute l'administration locale. Leur signe de ralliement, cette peinture gris et blanc qui recouvre tout ce qui leur appartient. Les résidents viennent du monde entier pour se ressourcer à l'ombre de la secte toute puissante.
Assez loin du centre, voici enfin l'hôtel Surguru qui veut bien nous héberger, à condition de payer en roupies. C'est la première fois qu'on refuse nos dollars en Inde. Etrange, non ?
A 8000 kilomètres de la France, on croit rêver lorsqu'on lit le nom des rues : "Romain Rolland", "Alexandre Dumas", "Suffren". Quelques plaques indiquent des restaurants : "Rendez-vous" ou "Le Club". Au fond d'un jardin touffu et fleuri, une jolie maison ancienne abrite le restaurant français typique. Le menu affiche des tentations irrésistibles. C'en est trop pour nos estomacs en manque (les restaurants "aurobindo" sont exclusivement végétariens). Nous nous asseyons sous une véranda couverte de bougainvillées, nappes blanches, vaisselle de porcelaine, verres de cristal et fauteuils de rotin sont déjà un plaisir pour les yeux.
Plusieurs français sont assis autour d'une grande table, s'exprimant à voix haute sur un sujet qui semble passionnant, mais leurs paroles ne parviennent pas jusqu'à nous. Il est question d'une réunion à organiser pour le soir même. Quelques heures plus tard, on en saura davantage puisque la mort de François Mitterrand vient d'être annoncée au consulat de Pondichery.
A la table voisine, un jeune suisse repose ses tripes arrachées par trois mois de nourriture indienne.
Visite à l'Alliance française qui accueille des étudiants de la région inscrits à des cours donnés en français. Il reste encore des familles indiennes très attachées à notre pays, l'état de Pondichery n'ayant été restitué à l' Inde qu'en 1956. Le directeur nous fait visiter les grandes salles d'étude et parle de sa vie personnelle. Sa femme et son bébé de six mois sortent peu, étant donné le climat torride. Il aime énormément son travail, mais il sait qu'il ne pourra pas rester très longtemps en poste ici à cause des températures très éprouvantes pour les européens.
Nous rasons les murs pour rester à l'ombre des arbres. Les rues sont désertes en ce début d'après-midi, la ville blanche dort. Derrière les grilles, des villas montrent leurs façades décrépies par les ans, les assauts de la mousson et le manque d'entretien. Mais ces flétrissures sont joliment masquées par les buissons de bougainvillées. La ville est séparée en deux par un canal qui délimite les quartiers français et indigène. Sur l'autre rive, la ville noire est la face indienne de Pondi, où l'activité ne cessera qu'à la tombée de la nuit.
Alors que nous émergeons de la sieste, des bruits de clochettes nous attirent vers la fenêtre : une cohorte de garçons et de filles en robe pourpre défile à vive allure sur le trottoir. Ils psalmodient des incantations d'un ton monocorde avec une certaine agressivité. Tout ce qui pourrait entraver leur progression doit immédiatement s'effacer devant la troupe en marche. Il s'agit sans doute des dévots de l'ashram Aurobindo.
La curiosité nous pousse jusqu'à Auroville, une agglomération rurale entièrement édifiée par les membres de la secte, à dix kilomètres de Pondichery. Inauguré en 1968, cet immense village regroupe des activités multiples, artisanales et scientifiques, dont les participants affluent des quatre coins du globe. Curieux endroit. L'atmosphère est imprégnée de sagesse mêlée à un sens très réaliste du commerce, puisque plusieurs boutiques vendent les produits fabriqués sur place.
Une gigantesque sphère de verre et d'acier, le Matri Mandir, est le lieu de méditation et recueillement obligatoire à la gloire du vieux gourou, Sri Aurobindo, et sa compagne "La Mère". Sur le trajet du retour, on traverse de pauvres villages où des groupes d'enfants affamés se jettent sur les fruits et les biscuits que nous leur donnons.
Dîner au "Club", à la lueur des photophores, nostalgie, musique douce et mets délicieux. Retour à pied sous les étoiles, dernier salut aux deux personnages de bronze qui veillent sur le destin de la ville : le Mahatma Gandhi et François-Joseph Dupleix, ancien gouverneur de Pondi au 18ème siècle.
Bagarre contre les nuages de moustiques qui ont envahi la chambre... Demain sera un autre jour. | | | À: Fabricia · 27 novembre 2004 à 15:25 Message 14 de 43 · Page 1 de 3 · 11 780 affichages · Partager J'en peux plus!!! Jour J- 93. Quel beaux souvenirs, quelles belles images j'ai en tête... Merci Fabricia :) | | | À: Fabricia · 27 novembre 2004 à 16:19 Message 15 de 43 · Page 1 de 3 · 11 774 affichages · Partager Salut Patricia ! Tes posts sont comme je les aime : dans un français impeccable et s'attardant sur tous ces détails exotiques, toutes ces différences qui motivent, poussent à se bouger les fesses et à aller vérifier sur place. J'ai une question à te poser : tu as éveillé ma curiosité en nous parlant des Aurobindos à Pondichery. pourrais-tu nous en dire plus sur cette secte étrange ? | | | À: Gwennou · 30 novembre 2004 à 8:47 · Modifié le 30 nov. 2004 à 14:02 Message 16 de 43 · Page 1 de 3 · 11 684 affichages · Partager Sri Aurobindo, né à Calcutta en 1872, mort à Pondichery en 1950, était un philosophe religieux qui concevait le yoga comme une discipline permettant de reconnaître en soi la vérité. Il a été secondé par une française, "la Mère", qui a partagé la vie du sage et contribué à maintenir ses pensées...
Grâce à des subventions internationales, la cité d' Auroville a été édifiée comme modèle universel en harmonie avec la nature. Que reste-t-il de la simplicité et du détachement de Sri Aurobindo dans cet immense complexe dont les ramifications s'étendent dans toute la région peu à peu acquise par la "secte" ? Et à cela, je regrette de ne pouvoir donner une réponse claire et détaillée... Image attachée: | | | À: Fabricia · 30 novembre 2004 à 13:14 Message 17 de 43 · Page 1 de 3 · 11 675 affichages · Partager Merci beaucoup Fabricia pour cette réponse plus que détaillée, c'est quelquechose dont je n'avais jamais entendu parler ! j'espère que tu continues à bien t'amuser. De toutes façons je suis tes pérégrinations à la trace... | | | À: Gwennou · 30 novembre 2004 à 14:42 Message 18 de 43 · Page 1 de 3 · 11 664 affichages · Partager Thanjavur -
Quatre heure de route, en taxi, pour atteindre Thanjavur (nom indien de Tanjore), circulation infernale d'énormes camions, bus surchargés de grappes humaines accrochées aux portières et sur les pare-chocs, motos, vélos zigzaguants, vaches errantes, biquets affolés (l'une de ces bestioles en a perdu la vie sous nos yeux), humains inconscients qui traversent, indifférents aux klaxons furieux des chauffeurs de poids lourds... On se demande comment la chaussée n'est pas jonchée de cadavres.
Thanjavur et l'hôtel Parisutham nous voient débarquer sains et saufs après les émotions fortes de ces épreuves routières à nulle autre pareille. Je précède mon seigneur et maître avec mon barda, mais les porteurs de l'hôtel se précipitent vers mon mari pour porter ses valises. Je connais les us et coutumes des bagagistes qui s'empressent de saluer l'Homme, sans même remarquer ma présence. La femme n'est que l'ombre de l'ombre de son époux dans ce pays à très nette tendance masochiste. Amusant (il vaut mieux en rire) : quand nous sortons ensemble de la chambre, le matin, ils nous saluent tous d'un "Good morning, Sir"... Au restaurant, si je choisis des spaghettis et mon compagnon des choux-fleurs, le garçon note immédiatement deux parts de choux-fleurs... La commande de l'Homme annule automatiquement celle de la femme...
L'après-midi est consacré aux temples hindous de Brihadishwara, avec l'éléphant sacré qui bénit d'un coup de trompe les visiteurs qui ont offert l'obole à son mahout. La grosse bête ne refuse pas le bonbon qu'elle engloutit avec gourmandise. J'aime beaucoup les éléphants : si, un jour, je pouvais vivre en Inde, je m'achèterais un jeune pachyderme comme animal de compagnie.
Dans l'enceinte des temples, une longue file de pénitents vêtus de noir défile en récitant des mantras : des hommes et quelques jeunes garçons vont ainsi depuis des jours, de ville en ville, faire leurs dévotions, parcourant de longues distances pour accomplir un pélerinage rituel.
Architecture de la dynastie Chola, érigées en 1010, les hautes tours pyramidales de pierres ocres sculptées de milliers de dieux font face à une énorme statue du taureau sacré Nandi.
Soirée consacrée à des danses et chants hindous dans le jardin de l'hôtel, sous les étoiles. Grâce et beauté de ces jeunes déesses, évoluant au son d'une musique traditionnelle.
Bien qu'il soit très tôt, le soleil est déjà brûlant et la montée au "Rock fort" de Tiruchirapalli (dite Trichy) est épuisante avec ses 277 marches à gravir pour atteindre le sommet. Récompense : à nos pieds, nous découvrons le panorama grandiose de la ville grouillante de visiteurs. Dans les échoppes, on achète les jolis bracelets de verre dont raffolent les indiennes.
Ce soir, nous dînons en compagnie d'un couple de jeunes suédois : ils traversent l' Inde en direction de la Thaïlande et de l' Indonésie. Ils ont pris un congé de six mois pour bourlinguer en Asie, grâce aux subsides de leurs riches parents...
Dans le sud de l' Inde, le mois de janvier est consacré à la fête des moissons, "Pongal", qui donne lieu à de nombreuses réjouissances à l'indienne, c'est à dire bruits, musiques tonitruantes, animations nocturnes incessantes, défilés de chars à boeufs, processions, déplacements de foules énormes... En route pour Madurai ! | | | À: Fabricia · 30 novembre 2004 à 16:45 Message 19 de 43 · Page 1 de 3 · 11 656 affichages · Partager Pardon Fabricia, je ne résiste pas au plaisir de t'imaginer juchée sur ton jeune pachyderme pour aller faire tes courses au village voisin  !
Plus sérieusement, je dis: enfin ! la suite du voyage ! Nous commencions à nous impatienter, nous, les amateurs de l' Inde dont nous ne nous lassons pas et que nous apprenons à aimer (ou que nous redécouvrons) grâce à tes magnifiques récits.
Merci et surtout poursuis ton chemin...
Dolma | | | À: Dolma · 2 décembre 2004 à 10:57 · Modifié le 2 déc. 2004 à 11:36 Message 20 de 43 · Page 1 de 3 · 11 625 affichages · Partager Madurai -
Il semble que tous les hôtels soient complets... Nous finissons par avoir enfin une chambre au "Suprême" dans la rue principale de la ville. La nuit est cauchemardesque : relayée par tous les hauts-parleurs accrochés dans les rues environnantes, une musique infernale se déverse en boucle. Que faire contre ce boucan ? Prendre son mal en patience, la tête sous l'oreiller et des boules quies pour s'isoler un peu et fermer l'oeil quelques heures.
Madurai renferme des temples immenses, dont les hautes tours (gopurams) surplombent la cité entourée de murailles protégeant les sanctuaires. En cette période de fêtes, une multitude de pélerins afflue de toutes parts et déambule en rangs serrés dans les étroites ruelles. On s'intègre dans la foule qui nous emmène vers les temples sacrés. Il faut se déchausser aux portes gardées par des cerbères intraitables, qui obligent les visiteurs à patauger pieds nus dans l'infâme bouillasse, divinement "pure" contrairement aux apparences ! Sur l'instant, je me dis, comme le petit garçon de "La guerre des boutons" : " Si j'aurais su, j'aurais pas venu !"
Des pyramides sculptées de mille statues muticolores se dressent sous un ciel d'un bleu incroyable. On est saisi de stupeur devant ces constructions vertigineuses où le regard se perd dans les contorsions des innombrables personnages.
L'enchantement des cérémonies qui se déroulent fait oublier le cloaque où je piétine. Dans la ferveur collective, des pélerins se prosternent devant les autels consacrés aux dieux du panthéon hindou. Lampes de dévotions aux flammes tremblotantes, statues rougies de bétel, bols de ghee (beurre clarifié), odorants bâtonnets d'encens, fleurs et fruits déposés dans des coupes de cuivre, clochettes et litanies des prêtres brahmanes : les ombres vaporeuses dansent sur les parois en un mystérieux ballet envoûtant.
Malgré la sacralité de l'endroit, un garçon d'une vingtaine d'années tente de nous soutirer 500 roupies pour s'acheter, soi-disant, une licence de guide touristique : manque de pot, cher ami, votre scénario est trop simplet pour qu'on tombe dans le piège éculé.
Dans une ancienne demeure bourgeoise à l'extrêmité de la ville, un musée est consacré à la grande âme indienne. Le Gandhi Museum retrace la vie mouvementée du Mahatma. Pendant qu'on achète les tickets d'entrée, on voit arriver un étrange attelage. Debout sur les pédales de son vélo-rickshaw, un indien longiligne tire un couple de touristes assis dans la nacelle. Ce sont des français originaires de Savoie qui mettent pied à terre en remerciant vivement leur pilote. Depuis trois mois, ils sillonnent l' Inde en individuel, ne connaissant qu'une vingtaine de mots d'anglais pour se débrouiller dans leurs déplacements. Souriants et discrets, ils s'excusent de donner autant de mal à ce pauvre homme. Ils éprouvent une certaine gêne à se faire trimbaler comme des nantis, mais l'indien les a suppliés, expliquant que c'est son unique gagne-pain... Nos compatriotes ont accepté, la mort dans l'âme (ils doivent peser au moins 180 kilos à eux deux...). Ces fermiers rêvaient, au coin de la cheminée, d'aller un jour en Inde quand l'heure de la retraite serait venue. Et depuis notre retour, nous pensons souvent à eux, que nous avons trouvés si touchants.
Adieu Madurai. On quitte l'immense ville aux mille temples pour pénétrer dans des paysages campagnards : palmiers, montagnes, oueds, cultures de canne à sucre, café, coton, couleurs vertes et ocres... Notre prochaine étape : Periyar Park, réserve d'animaux sauvages. | Carnets similaires sur l'Inde: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 8 493 visiteurs en ligne depuis une heure! |