Je suis entièrement d'accord avec toi, ces prix sont hors de proportion avec avec le niveau de vie du pays.
Le horseman ou le muletier touche 300 à 350 Rs par bête, soit 6 à 7 €, et c'est déjà une fortune pour lui. Les prix ont grimpé à une vitesse vertigineuse, car tout le monde payait sans broncher. Alors, les agences demandaient un peu plus le coup d'après. Actuellement, beaucoup font un compte rond à 50€/j/pers, et il y en a qui paient sans rien dire.
L'effet pervers de cette masse d'argent déversée par le tourisme est que les prix en ville ont considérablement monté, que tous les commerçants, hôteliers, chauffeurs de taxis, tenanciers de restaurants et de guesthouses, c'est à dire tous les habitants de
Leh et de quelques villes touristiques, ont énormément d'argent. Avec ça, ils peuvent améliorer leus maisons - rien à dire-, et surtout ils ont les moyens de manger et de boire des produits indiens - de l'
inde chaude. Tous les paysans des hameaux de montagne où ne pousse que l'orge au dessus de 3500m, ne descendent même plus à
Leh en octobre pour vendre une partie de leur récolte : personne n'en veut plus. L'orge qui a nourri tout le
Ladakh pendant des siècles n'est plus digne de ces nouveaux riches.
Alors ces paysans s'appauvrissent car, avec leur travail, ils ne peuvent même plus gagner quelques roupies pour acheter du sucre, une chemise ou des chaussures. Tous les jeunes quittent les villages sans avenir, et les hommes valides font les porteurs ou les horsemen pendant l'été. En traversant les hameaux de montagne, tu as dû constater qu'on n'y rencontrait plus que les femmes, les vieux et les tout jeunes enfants.
Le
Zanskar n'était pas encore touché par ce phénomène, mais ça vient.
Je ne suis pas très optimiste sur l'avenir du
Ladakh. Tant qu'un calme précaire se maintient avec le Pakistan et La
Chine, le tourisme continuera d'enrichir les plus riches et d'éliminer les plus pauvres. Mais au premier coup de canon, d'un côté ou l'autre, plus personne ne mettra les pieds au
Ladakh. Je l'ai déjà constaté en 1990 et en 1999 et 2000, où ça chauffait avec le Pakistan. Ce jour là, il ne rentrera plus un sou au
Ladakh. Et ce jour là viendra avec de tels voisins.